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Maroc, la Mafia pantagruélique

mercredi 20 novembre 2013 à 12:00

 

« Dignité pour tous ! »,  fut la revendication maîtresse du Mouvement du vingt février. Elle signifiait et signifie encore, égalité de traitement pour les puissants comme pour les plus faibles

 

 

Dans le premier des considérants, qui la fonde,  la charte universelle des droits de l’homme stipule que « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables, constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »

 

Dès son préambule donc et en quelque mots, la charte en question, met en lumière l’un des piliers fondateurs de toute société humaine. C’est en reconnaissant à son alter ego, la même

dignité que l’on revendique pour soi-même, que l’on bâtit des sociétés justes et démocratiques.

A contrario, c’est en refusant à leurs populations toute dignité, que l’on ouvre la voie au despotisme et son cortège d’injustices, légitimant dès lors, comme le souligne le troisième considérant de la charte précitée que l’homme soit« contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression. »

 

Le budget de l’indignité

« Dignité pour tous ! »,  fut la revendication maîtresse du Mouvement du vingt février. Elle signifiait et signifie encore, égalité de traitement pour les puissants comme pour les plus faibles.  A bientôt trois ans du fameux soulèvement populaire, je réalise combien nous sommes encore éloignés de toute dignité et combien l’épure de la nouvelle constitution est conforme à l’esquisse que nous dénoncions: scélérate, parce que nourrissant dans chacun de ses articles,  le dessein perfide, de reconduire à l’identique, sinon d’amplifier les errements et les injustices du passé. Ce qui était supposé rendre le Maroc meilleur, s’est révélé pure escroquerie. Un énième bonneteau encore plus indigne que le dernier des tours de passe-

passe, entrepris au détriment du peuple marocain. 

 

Et d’imaginer notre pays siégeant au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, aux côtés de l’Algérie, de l’Arabie saoudite, de la Chine, de Cuba ou encore  de la Russie,  ne prêche pas pour l’optimiste, mais fait plutôt craindre que cette élection ne soit perçue comme un encouragement malheureux à cette inclination particulière de la dictature marocaine et ses servants pour la dignité à géométrie variable.

 

Pour se convaincre de tout cela, il fallait se trouver à la commission des finances du parlement marocain de ce matin du 11 novembre 2013, au cours de laquelle il s’agissait d’examiner le projet de budget du palais royal.

Une séance pour la forme. Clairsemée et expéditive, qui raconte l’histoire indigne de douze députés qui, en moins de dix minutes et sans coup férir, ont augmenté le budget d’un seul homme de huit millions six cent soixante-dix-huit mille (8.678.000) dirhams (774.455 Euros), pour mettre à sa disposition,  deux milliards cinq cent quatre-vingt-cinq millions quatre cent quarante-sept mille (2.585.447.000) dirhams (230.734.295 Euros), quand des départements ministériels aussi sensibles que la santé publique, l’éducation nationale, la jeunesse et les sports ou encore la culture doivent passer par le chat de l’aiguille, pour faire passer des budgets au demeurant dérisoires, au vu l’ampleur de la tâche qui leur incombe.

 

Une boulimie soudaine et pantagruélique

Si l’énormité du budget ou plutôt du butin en question, met à rude épreuve le mythe du « Roi des pauvres », soigneusement entretenu par  un entourage royal véreux,  la disproportion de traitement entre le palais et les autres départements, expliquent, en grande partie,  le train de vie surréaliste de la monarchie marocaine,  l’enrichissement exponentiel du roi et de sa famille, et la place qui est celle  de notre pays, à la traîne de tous les indices mondiaux du développement.

 

Et c’est précisément parce que le diable se cache dans les détails que l’opacité, l’omerta et un halo de mystère enveloppent un peu plus, d’une loi de finance à l’autre, les dépenses du palais, comme son budget de fonctionnement qui équivaut à celui de quatre ministères réunis : les transports et l’équipement, la jeunesse et les sports, la culture et enfin l’habitat et l’urbanisme. Une ligne de crédit pharaonique, aux desseins machiavéliques parce qu’elle finance la transhumance royale, incessante, coûteuse et inutile et dont le seul but est d’entretenir un mythe éhonté, celui du roi qui travaille.  Un marketing indigne, financé par les deniers du peuple.

 

D’autres détails trahissent encore le peu de scrupules que manifeste Mohammed VI à puiser sans compter dans les deniers publics, comme cette ligne pompeusement surnommée « Dotations de souveraineté ». Rien moins qu’une caisse noire, mise à disposition du roi qui représentera cette année cinq cent dix-sept millions cent soixante-quatre mille (517.164.000) dirhams  (46.153.517 Euros) que l’intéressé s’acharnera sans aucun doute  à consommer, comme de coutume, en totalité, sans que personne ne vienne jamais s’enquérir de la façon dont les fonds ont été épuisés.Une rubrique à la source des moyens dont se sert la monarchie pour s’acheter les consciences  Urbi et Orbi.

Et que dire de ces frais de bouche qui engloutissent deux pour cent (2%) du budget de l’Etat après avoir fait l’objet d’une brutale augmentation de plus de cinquante-cinq pour cent (55%),  en 2001.  A croire que la disparition de Hassan II et l’accession au trône de Mohammed VI, aurait déclenché chez ce dernier, une fringale soudaine, confinant à une boulimie pantagruélique. 

 

L’arène de la lâcheté

Une fois n’est pas coutume, une voix bien timide, celle du député du PJD, Abdelaziz Aftati, du PJD s’est élevée pour réclamer que des administrateurs viennent s’expliquer sur le montant de l’enveloppe pharaonique que le palais projetait de s’adjuger. Peine perdue, car comme ces vieux singes à qui l’on n’apprend plus à grimacer, nos parlementaires ont passé outre, ayant appris à discerner chez leurs pairs, leurs gesticulations pour la galerie. De simples faire-valoir qui font la façade démocratique du régime marocain.

Abdelaziz Aftati ne démissionnera donc pas de sa députation. Le terme démission ayant été banni du vocabulaire de nos hommes politiques. Le terme courage aussi, la scène  politique marocaine ressemblant de plus en plus à une arène de la lâcheté.

 

Alors de tous ces chiffres astronomiques, je préfère n’en retenir qu’un seul : deux cents. C’est le nombre de postes budgétaires supplémentaires que nos parlementaires d’un autre âge ont octroyé au Palais royal  pour l’année 2014, alors que la crise bat son plein et que tous les ministères en sont à contracter leurs effectifs et manquent cruellement de moyens.  

Pour quatre cent dix millions deux cent mille (410.200.000) dirhams(36.628.270Euros), qu’on refuse cruellement  à ces centaines de diplômés chômeurs qu’on bat comme plâtre, parce qu’ils manifestent pour leur droit à la dignité, dans le travail. 

Deux cent postes et des millions de dirhams qui manqueront cruellement dans l’Atlas, où l’on continuera, sans doute de mourir de froid, d’inanition, d’enclavement et de misère, lorsque l’hiver sera venu.

 

Deux cents raisons de conclure enfin, que le régime politique marocain s’est structuré, pour se mettre au service d’un seul homme, empruntant aux plus sinistres mafias, leurs coups de mains, leurs brutalités, leur collecte de fonds, leur loi du silence, au point qu’il n’a désormais plus rien à leur envier.  

 

Source : https://fr.lakome.info/index.php/chroniques/1484-maroc,-la-mafia-pantagruélique


Maroc, la Mafia pantagruélique

mercredi 20 novembre 2013 à 12:00

 

« Dignité pour tous ! »,  fut la revendication maîtresse du Mouvement du vingt février. Elle signifiait et signifie encore, égalité de traitement pour les puissants comme pour les plus faibles

 

 

Dans le premier des considérants, qui la fonde,  la charte universelle des droits de l’homme stipule que « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables, constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »

 

Dès son préambule donc et en quelque mots, la charte en question, met en lumière l’un des piliers fondateurs de toute société humaine. C’est en reconnaissant à son alter ego, la même

dignité que l’on revendique pour soi-même, que l’on bâtit des sociétés justes et démocratiques.

A contrario, c’est en refusant à leurs populations toute dignité, que l’on ouvre la voie au despotisme et son cortège d’injustices, légitimant dès lors, comme le souligne le troisième considérant de la charte précitée que l’homme soit« contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression. »

 

Le budget de l’indignité

« Dignité pour tous ! »,  fut la revendication maîtresse du Mouvement du vingt février. Elle signifiait et signifie encore, égalité de traitement pour les puissants comme pour les plus faibles.  A bientôt trois ans du fameux soulèvement populaire, je réalise combien nous sommes encore éloignés de toute dignité et combien l’épure de la nouvelle constitution est conforme à l’esquisse que nous dénoncions: scélérate, parce que nourrissant dans chacun de ses articles,  le dessein perfide, de reconduire à l’identique, sinon d’amplifier les errements et les injustices du passé. Ce qui était supposé rendre le Maroc meilleur, s’est révélé pure escroquerie. Un énième bonneteau encore plus indigne que le dernier des tours de passe-

passe, entrepris au détriment du peuple marocain. 

 

Et d’imaginer notre pays siégeant au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, aux côtés de l’Algérie, de l’Arabie saoudite, de la Chine, de Cuba ou encore  de la Russie,  ne prêche pas pour l’optimiste, mais fait plutôt craindre que cette élection ne soit perçue comme un encouragement malheureux à cette inclination particulière de la dictature marocaine et ses servants pour la dignité à géométrie variable.

 

Pour se convaincre de tout cela, il fallait se trouver à la commission des finances du parlement marocain de ce matin du 11 novembre 2013, au cours de laquelle il s’agissait d’examiner le projet de budget du palais royal.

Une séance pour la forme. Clairsemée et expéditive, qui raconte l’histoire indigne de douze députés qui, en moins de dix minutes et sans coup férir, ont augmenté le budget d’un seul homme de huit millions six cent soixante-dix-huit mille (8.678.000) dirhams (774.455 Euros), pour mettre à sa disposition,  deux milliards cinq cent quatre-vingt-cinq millions quatre cent quarante-sept mille (2.585.447.000) dirhams (230.734.295 Euros), quand des départements ministériels aussi sensibles que la santé publique, l’éducation nationale, la jeunesse et les sports ou encore la culture doivent passer par le chat de l’aiguille, pour faire passer des budgets au demeurant dérisoires, au vu l’ampleur de la tâche qui leur incombe.

 

Une boulimie soudaine et pantagruélique

Si l’énormité du budget ou plutôt du butin en question, met à rude épreuve le mythe du « Roi des pauvres », soigneusement entretenu par  un entourage royal véreux,  la disproportion de traitement entre le palais et les autres départements, expliquent, en grande partie,  le train de vie surréaliste de la monarchie marocaine,  l’enrichissement exponentiel du roi et de sa famille, et la place qui est celle  de notre pays, à la traîne de tous les indices mondiaux du développement.

 

Et c’est précisément parce que le diable se cache dans les détails que l’opacité, l’omerta et un halo de mystère enveloppent un peu plus, d’une loi de finance à l’autre, les dépenses du palais, comme son budget de fonctionnement qui équivaut à celui de quatre ministères réunis : les transports et l’équipement, la jeunesse et les sports, la culture et enfin l’habitat et l’urbanisme. Une ligne de crédit pharaonique, aux desseins machiavéliques parce qu’elle finance la transhumance royale, incessante, coûteuse et inutile et dont le seul but est d’entretenir un mythe éhonté, celui du roi qui travaille.  Un marketing indigne, financé par les deniers du peuple.

 

D’autres détails trahissent encore le peu de scrupules que manifeste Mohammed VI à puiser sans compter dans les deniers publics, comme cette ligne pompeusement surnommée « Dotations de souveraineté ». Rien moins qu’une caisse noire, mise à disposition du roi qui représentera cette année cinq cent dix-sept millions cent soixante-quatre mille (517.164.000) dirhams  (46.153.517 Euros) que l’intéressé s’acharnera sans aucun doute  à consommer, comme de coutume, en totalité, sans que personne ne vienne jamais s’enquérir de la façon dont les fonds ont été épuisés.Une rubrique à la source des moyens dont se sert la monarchie pour s’acheter les consciences  Urbi et Orbi.

Et que dire de ces frais de bouche qui engloutissent deux pour cent (2%) du budget de l’Etat après avoir fait l’objet d’une brutale augmentation de plus de cinquante-cinq pour cent (55%),  en 2001.  A croire que la disparition de Hassan II et l’accession au trône de Mohammed VI, aurait déclenché chez ce dernier, une fringale soudaine, confinant à une boulimie pantagruélique. 

 

L’arène de la lâcheté

Une fois n’est pas coutume, une voix bien timide, celle du député du PJD, Abdelaziz Aftati, du PJD s’est élevée pour réclamer que des administrateurs viennent s’expliquer sur le montant de l’enveloppe pharaonique que le palais projetait de s’adjuger. Peine perdue, car comme ces vieux singes à qui l’on n’apprend plus à grimacer, nos parlementaires ont passé outre, ayant appris à discerner chez leurs pairs, leurs gesticulations pour la galerie. De simples faire-valoir qui font la façade démocratique du régime marocain.

Abdelaziz Aftati ne démissionnera donc pas de sa députation. Le terme démission ayant été banni du vocabulaire de nos hommes politiques. Le terme courage aussi, la scène  politique marocaine ressemblant de plus en plus à une arène de la lâcheté.

 

Alors de tous ces chiffres astronomiques, je préfère n’en retenir qu’un seul : deux cents. C’est le nombre de postes budgétaires supplémentaires que nos parlementaires d’un autre âge ont octroyé au Palais royal  pour l’année 2014, alors que la crise bat son plein et que tous les ministères en sont à contracter leurs effectifs et manquent cruellement de moyens.  

Pour quatre cent dix millions deux cent mille (410.200.000) dirhams(36.628.270Euros), qu’on refuse cruellement  à ces centaines de diplômés chômeurs qu’on bat comme plâtre, parce qu’ils manifestent pour leur droit à la dignité, dans le travail. 

Deux cent postes et des millions de dirhams qui manqueront cruellement dans l’Atlas, où l’on continuera, sans doute de mourir de froid, d’inanition, d’enclavement et de misère, lorsque l’hiver sera venu.

 

Deux cents raisons de conclure enfin, que le régime politique marocain s’est structuré, pour se mettre au service d’un seul homme, empruntant aux plus sinistres mafias, leurs coups de mains, leurs brutalités, leur collecte de fonds, leur loi du silence, au point qu’il n’a désormais plus rien à leur envier.  

 

Source : http://fr.lakome.info/index.php/chroniques/1484-maroc,-la-mafia-pantagruélique


Washington, comme un voyage de la dernière chance

samedi 9 novembre 2013 à 16:32

 Finalement, Mohammed VI se rendra bien aux Etats-Unis, où il sera reçu par le Président Barack Obama, le 22 novembre.

 

Le silence comme prix insupportable de la liberté

Finalement, Mohammed VI se redra bien aux Etats-Unis, où il sera reçu par le Président Barack Obama, le 22 novembre.

Une visite longtemps mise en péril par l'emprisonnement du journaliste Ali Anouzla pour les charges d'assistance à une entreprise terroriste et d'apologie du terrorisme qui avait soulevé sinon  l'indignation, du moins l'incompréhension, dans les milieux politiques américains, y compris parmi les plus favorables au Maroc. Depuis, le Directeur de « Lakome » arabophone a été remis en liberté provisoire, dans l'attente de son procès, au prix d'un silence jugé bien assourdissant par la plupart de ceux qui avaient mené campagne pour sa libération.

Mais le Maroc n'est pas tiré d'affaire pour autant. Washington a, en effet, durci le ton vis-à-vis de Rabat, depuis le départ de Hilary Clinton, à propos de l'affaire du Sahara qui n'en finit plus d'empoisonner les relations bilatérales avec une bonne partie des pays africains, dont  l'Algérie, faisant craindre le pire pour toute la région, au vu de l'escalade à laquelle se livrent les deux frères ennemis. Car de fraternité ou de relation de bon voisinage,  il n'est, en effet, guère plus question. Bruits de bottes, manœuvres communes entre Polisario et armée algérienne, surarmement, frontières hermétiques, paysans coupés de leurs champs, pour raison de militarisation, escalade verbale entre responsables politiques, escarmouches éditoriales entre journaux officiels, accusations réciproques d'atteintes aux droits de l'homme, rappel de l'ambassadeur marocain. Un florilège qui en dit long sur la cocotte minute du Sahara mais également sur l'animosité que les deux régimes se portent mutuellement, pour mieux occulter leur crise sociale respective.

De la menthe au goût de fiel et de lâcheté pour le 1° novembre algérien

Mais la cerise sur le gâteau, vient des manifestations hostiles à l'Algérie qui se multiplient au Maroc. Une première du genre. Alors qu'une simple réunion de potaches dissertant, en pleine rue, de philosophie, déclenche la vindicte de la police marocaine, les manifestations vouant notre voisin aux gémonies semblent jouir d'une impunité totale, portant à croire qu'elles reçoivent, à tout le moins l'encouragement de Rabat. Pour qui se souvient de la violence avec laquelle les forces auxiliaires avaient « négocié » la dispersion des manifestants face au centre culturel libyen, dans le quartier des Orangers, le 21 février 2011, au lendemain des exactions du régime libyen contre les manifestants désarmés, comprend difficilement le laxisme des forces de l'ordre face au consulat algérien ce 1° novembre. un drôle de cadeau à l'Algérie pour sa commémoration du déclenchement de la lutte armée contre l'occupant français.  Un cadeau empoisonné, au parfum de menthe, du nom de ce militant royaliste, Hamid Naânaâ qui a escaladé la grille en fer forgé, avant d'en faire de même pour le bâtiment des services consulaires  et de s'attaquer au drapeau algérien qu'il a décroché de  sa hampe.

Les policiers de faction, autour de l'édifice, ce jour-là, se sont bien gardés d'intervenir, mises à part de molles mises en garde et la scène immortalisée par une caméra anonyme, ne laisse planer aucun doute sur les auteurs du forfait. Ce sont les mêmes visages qui sévissent depuis plusieurs mois contre les militants du « Vingt février » ou contre toute manifestation dénonçant la corruption, les atteintes aux libertés, les abus de pouvoir et d'autres pratiques du régime marocain.

L'acte est, en lui-même, odieux parce qu'il s'est attaqué à l'un des fondamentaux même de la culture marocaine, sa proverbiale hospitalité qui dicte depuis des temps immémoriaux, que l'on fasse passer le bien-être de ses hôtes, avant même celui de sa propre famille.

Il est ensuite condamnable, parce que les manifestants se sont attaqués à des bâtiments jouissant de la sacro-sainte extraterritorialité, en vertu de laquelle la souveraineté marocaine s'arrête à la grille en fer forgé qui protège les jardins du consulat, et toute personne passant ce seuil, sans y avoir été invitée, se rend coupable d'un franchissement illégal de frontière, sinon d'une attaque délibérée du territoire algérien.

Enfin, si l'acte est odieux et condamnable il n'en est pas moins dénué de lâcheté, les bâtiments visés étaient désertés par leurs occupants, pour cause de jour férié.

Trois ignominies pour le prix d'une et dont la responsabilité incombe avant tout au régime marocain, dont les services de sécurité se sont soudain révélés incapables de protéger le consulat.

Tout porte à croire que Rabat,  après avoir tout raté en diplomatie et usé et abusé de toutes sortes de stratagèmes, en est pitoyablement réduit à instrumentaliser de sombres voyous pour apporter la contradiction à ses adversaires, qu'ils appartiennent à la société civile, aux militants des droits de l'homme ou à un état tiers.

« J'ai réglé l'affaire du Sahara ! »

Alors Mohammed VI aura beau prononcer tous les discours de la « Marche verte » qu'il voudra, il ne fera pas oublier les termes triomphalistes de son interview  au Figaro, en septembre 2001, au cours de laquelle il prétendait, candide, avoir «  réglé la question du Sahara qui nous empoisonnait depuis vingt-cinq ans », avant d'ajouter avec un soupçon de suffisance :

-« Ce genre d'affaire ne se traite pas en grimpant sur un piédestal et en publiant un communiqué par jour. Pour obtenir que les onze membres du Conseil de sécurité de l'O.N.U. reconnaissent la légitimité de la Souveraineté marocaine sur le Sahara, nous avons travaillé dur et dans la plus stricte confidentialité pendant dix-huit mois. »

Et c'est sans doute parce que le roi y avait tellement cru, qu'il avait perdu, ce jour-là, une occasion de faire preuve d'humilité et qu'il a laissé, par la suite, ses troupes, douze années durant,  se comporter en armée d'occupation et ses policiers de service à Laâyoune, Smara, Boujdour ou ailleurs, s'éprouver en terrain conquis et en supplétifs de la terreur, pendant que lui-même et les prédateurs de tous bords, investissait le terrain, s'accaparant sans vergogne, qui, les réserves halieutiques, qui, les réserves foncières, qui, les terres agricoles, qui, les phosphates, mettant en coupe réglée l'économie du Sahara, pendant que les enfants du pays continuaient de souffrir des affres de l'exclusion et de la répression. Les sahraouis n'ont ni pardonné, ni oublié. Ils le prouvent chaque jour, un peu plus !

Un énième discours pour rien

Ceux qui promettaient des  mesures importantes pour le discours du 6 novembre,  ont pêché, à tout le moins par omission, sinon par hypocrisie. Deux tares qui ont contribué à faire du Maroc ce qu'il est devenu : un pays dont on abreuve ses citoyens d'espérance en des lendemains meilleurs, qui ont, en réalité, été reportés sine die.  Une fiction improbable nourrie d'« Incha Allah » (si dieu le veut) et de « Hamdou lillah » (Rendons grâce à Dieu). Un mauvais film tant de fois consommé, qu'il en est devenu  imbuvable, voire toxique.

Seul changement palpable en trente-huit (38) ans de gestion calamiteuse du Sahara et en treize (13) ans de balbutiements et de bricolages sous Mohammed VI, les indépendantistes ont gagné en maturité, en force et en crédibilité, au détriment d'un Maroc, peu à peu lâché par ses alliés les plus inconditionnels, en raison de l'aveuglement, de l'incompétence et de la cupidité de ses politiciens. En prime, comme une épée de Damoclès, les adversaires du Maroc continuent d'agiter la menace de l'extension du mandat de la MINURSO  à la surveillance de violations des droits humains. Une humiliation pour Rabat qui n'aurait d'autre alternative que de laisser manifester les indépendantistes, bien à l'abri, sous les fenêtres des envoyés de l'ONU au sahara. Autant d'éléments qui font ressembler le déplacement du souverain marocain à Washington à un voyage de la dernière chance.

Mohammed VI et son avatar Bouteflika

Et si Mohammed VI et Abdelaziz Bouteflika en sont à se jeter si pitoyablement,  les Droits de l'homme à la figure, c'est précisément parce qu'il insupporte à chacun d'entre eux, de voir en l'autre, son parfait avatar et la copie conforme de ses propres turpitudes.

Alors, lorsque Mohammed VI s'interroge, dans son discours, s'il serait « raisonnable de penser que le Maroc respecte les droits de l'Homme dans le nord du pays et les transgresse dans le sud ? »,  on serait tenté de lui répondre par d'autres questions :

-       Battre ses compatriotes parce qu'ils manifestent pour leur droit légitime à la liberté, à la dignité et à la justice, fait-il partie de ce respect des Droits de l'homme, dont il se gargarise ?

-       Ruiner des journalistes, les emprisonner et les condamner pour avoir simplement fait leur métier, fait-il partie du jeu démocratique marocain ?

-       Piller les ressources de son pays, s'accaparer impunément les richesses économiques de ce dernier et faire une concurrence déloyale à ses compatriotes entrepreneurs, est-il compatible avec un minimum d'honnêteté et une bonne gouvernance ?

Lorsque le principal intéressé aura daigné sortir de son proverbial entêtement pour répondre à ces questions qui taraudent tant des nôtres, peut-être sera-t-il en mesure de comprendre pourquoi la fiancée sahraouie, refuse obstinément de convoler en justes noces, avec cet impitoyable bourreau venu du nord, qui la séquestre, la dépouille, la viole et la bat, depuis plus de trente huit ans.

Source : https://fr.lakome.info/index.php/chroniques/1483--washington,-comme-un-voyage-de-la-dernière-chance


Washington, comme un voyage de la dernière chance

samedi 9 novembre 2013 à 16:32

 Finalement, Mohammed VI se rendra bien aux Etats-Unis, où il sera reçu par le Président Barack Obama, le 22 novembre.

 

Le silence comme prix insupportable de la liberté

Finalement, Mohammed VI se redra bien aux Etats-Unis, où il sera reçu par le Président Barack Obama, le 22 novembre.

Une visite longtemps mise en péril par l'emprisonnement du journaliste Ali Anouzla pour les charges d'assistance à une entreprise terroriste et d'apologie du terrorisme qui avait soulevé sinon  l'indignation, du moins l'incompréhension, dans les milieux politiques américains, y compris parmi les plus favorables au Maroc. Depuis, le Directeur de « Lakome » arabophone a été remis en liberté provisoire, dans l'attente de son procès, au prix d'un silence jugé bien assourdissant par la plupart de ceux qui avaient mené campagne pour sa libération.

Mais le Maroc n'est pas tiré d'affaire pour autant. Washington a, en effet, durci le ton vis-à-vis de Rabat, depuis le départ de Hilary Clinton, à propos de l'affaire du Sahara qui n'en finit plus d'empoisonner les relations bilatérales avec une bonne partie des pays africains, dont  l'Algérie, faisant craindre le pire pour toute la région, au vu de l'escalade à laquelle se livrent les deux frères ennemis. Car de fraternité ou de relation de bon voisinage,  il n'est, en effet, guère plus question. Bruits de bottes, manœuvres communes entre Polisario et armée algérienne, surarmement, frontières hermétiques, paysans coupés de leurs champs, pour raison de militarisation, escalade verbale entre responsables politiques, escarmouches éditoriales entre journaux officiels, accusations réciproques d'atteintes aux droits de l'homme, rappel de l'ambassadeur marocain. Un florilège qui en dit long sur la cocotte minute du Sahara mais également sur l'animosité que les deux régimes se portent mutuellement, pour mieux occulter leur crise sociale respective.

De la menthe au goût de fiel et de lâcheté pour le 1° novembre algérien

Mais la cerise sur le gâteau, vient des manifestations hostiles à l'Algérie qui se multiplient au Maroc. Une première du genre. Alors qu'une simple réunion de potaches dissertant, en pleine rue, de philosophie, déclenche la vindicte de la police marocaine, les manifestations vouant notre voisin aux gémonies semblent jouir d'une impunité totale, portant à croire qu'elles reçoivent, à tout le moins l'encouragement de Rabat. Pour qui se souvient de la violence avec laquelle les forces auxiliaires avaient « négocié » la dispersion des manifestants face au centre culturel libyen, dans le quartier des Orangers, le 21 février 2011, au lendemain des exactions du régime libyen contre les manifestants désarmés, comprend difficilement le laxisme des forces de l'ordre face au consulat algérien ce 1° novembre. un drôle de cadeau à l'Algérie pour sa commémoration du déclenchement de la lutte armée contre l'occupant français.  Un cadeau empoisonné, au parfum de menthe, du nom de ce militant royaliste, Hamid Naânaâ qui a escaladé la grille en fer forgé, avant d'en faire de même pour le bâtiment des services consulaires  et de s'attaquer au drapeau algérien qu'il a décroché de  sa hampe.

Les policiers de faction, autour de l'édifice, ce jour-là, se sont bien gardés d'intervenir, mises à part de molles mises en garde et la scène immortalisée par une caméra anonyme, ne laisse planer aucun doute sur les auteurs du forfait. Ce sont les mêmes visages qui sévissent depuis plusieurs mois contre les militants du « Vingt février » ou contre toute manifestation dénonçant la corruption, les atteintes aux libertés, les abus de pouvoir et d'autres pratiques du régime marocain.

L'acte est, en lui-même, odieux parce qu'il s'est attaqué à l'un des fondamentaux même de la culture marocaine, sa proverbiale hospitalité qui dicte depuis des temps immémoriaux, que l'on fasse passer le bien-être de ses hôtes, avant même celui de sa propre famille.

Il est ensuite condamnable, parce que les manifestants se sont attaqués à des bâtiments jouissant de la sacro-sainte extraterritorialité, en vertu de laquelle la souveraineté marocaine s'arrête à la grille en fer forgé qui protège les jardins du consulat, et toute personne passant ce seuil, sans y avoir été invitée, se rend coupable d'un franchissement illégal de frontière, sinon d'une attaque délibérée du territoire algérien.

Enfin, si l'acte est odieux et condamnable il n'en est pas moins dénué de lâcheté, les bâtiments visés étaient désertés par leurs occupants, pour cause de jour férié.

Trois ignominies pour le prix d'une et dont la responsabilité incombe avant tout au régime marocain, dont les services de sécurité se sont soudain révélés incapables de protéger le consulat.

Tout porte à croire que Rabat,  après avoir tout raté en diplomatie et usé et abusé de toutes sortes de stratagèmes, en est pitoyablement réduit à instrumentaliser de sombres voyous pour apporter la contradiction à ses adversaires, qu'ils appartiennent à la société civile, aux militants des droits de l'homme ou à un état tiers.

« J'ai réglé l'affaire du Sahara ! »

Alors Mohammed VI aura beau prononcer tous les discours de la « Marche verte » qu'il voudra, il ne fera pas oublier les termes triomphalistes de son interview  au Figaro, en septembre 2001, au cours de laquelle il prétendait, candide, avoir «  réglé la question du Sahara qui nous empoisonnait depuis vingt-cinq ans », avant d'ajouter avec un soupçon de suffisance :

-« Ce genre d'affaire ne se traite pas en grimpant sur un piédestal et en publiant un communiqué par jour. Pour obtenir que les onze membres du Conseil de sécurité de l'O.N.U. reconnaissent la légitimité de la Souveraineté marocaine sur le Sahara, nous avons travaillé dur et dans la plus stricte confidentialité pendant dix-huit mois. »

Et c'est sans doute parce que le roi y avait tellement cru, qu'il avait perdu, ce jour-là, une occasion de faire preuve d'humilité et qu'il a laissé, par la suite, ses troupes, douze années durant,  se comporter en armée d'occupation et ses policiers de service à Laâyoune, Smara, Boujdour ou ailleurs, s'éprouver en terrain conquis et en supplétifs de la terreur, pendant que lui-même et les prédateurs de tous bords, investissait le terrain, s'accaparant sans vergogne, qui, les réserves halieutiques, qui, les réserves foncières, qui, les terres agricoles, qui, les phosphates, mettant en coupe réglée l'économie du Sahara, pendant que les enfants du pays continuaient de souffrir des affres de l'exclusion et de la répression. Les sahraouis n'ont ni pardonné, ni oublié. Ils le prouvent chaque jour, un peu plus !

Un énième discours pour rien

Ceux qui promettaient des  mesures importantes pour le discours du 6 novembre,  ont pêché, à tout le moins par omission, sinon par hypocrisie. Deux tares qui ont contribué à faire du Maroc ce qu'il est devenu : un pays dont on abreuve ses citoyens d'espérance en des lendemains meilleurs, qui ont, en réalité, été reportés sine die.  Une fiction improbable nourrie d'« Incha Allah » (si dieu le veut) et de « Hamdou lillah » (Rendons grâce à Dieu). Un mauvais film tant de fois consommé, qu'il en est devenu  imbuvable, voire toxique.

Seul changement palpable en trente-huit (38) ans de gestion calamiteuse du Sahara et en treize (13) ans de balbutiements et de bricolages sous Mohammed VI, les indépendantistes ont gagné en maturité, en force et en crédibilité, au détriment d'un Maroc, peu à peu lâché par ses alliés les plus inconditionnels, en raison de l'aveuglement, de l'incompétence et de la cupidité de ses politiciens. En prime, comme une épée de Damoclès, les adversaires du Maroc continuent d'agiter la menace de l'extension du mandat de la MINURSO  à la surveillance de violations des droits humains. Une humiliation pour Rabat qui n'aurait d'autre alternative que de laisser manifester les indépendantistes, bien à l'abri, sous les fenêtres des envoyés de l'ONU au sahara. Autant d'éléments qui font ressembler le déplacement du souverain marocain à Washington à un voyage de la dernière chance.

Mohammed VI et son avatar Bouteflika

Et si Mohammed VI et Abdelaziz Bouteflika en sont à se jeter si pitoyablement,  les Droits de l'homme à la figure, c'est précisément parce qu'il insupporte à chacun d'entre eux, de voir en l'autre, son parfait avatar et la copie conforme de ses propres turpitudes.

Alors, lorsque Mohammed VI s'interroge, dans son discours, s'il serait « raisonnable de penser que le Maroc respecte les droits de l'Homme dans le nord du pays et les transgresse dans le sud ? »,  on serait tenté de lui répondre par d'autres questions :

-       Battre ses compatriotes parce qu'ils manifestent pour leur droit légitime à la liberté, à la dignité et à la justice, fait-il partie de ce respect des Droits de l'homme, dont il se gargarise ?

-       Ruiner des journalistes, les emprisonner et les condamner pour avoir simplement fait leur métier, fait-il partie du jeu démocratique marocain ?

-       Piller les ressources de son pays, s'accaparer impunément les richesses économiques de ce dernier et faire une concurrence déloyale à ses compatriotes entrepreneurs, est-il compatible avec un minimum d'honnêteté et une bonne gouvernance ?

Lorsque le principal intéressé aura daigné sortir de son proverbial entêtement pour répondre à ces questions qui taraudent tant des nôtres, peut-être sera-t-il en mesure de comprendre pourquoi la fiancée sahraouie, refuse obstinément de convoler en justes noces, avec cet impitoyable bourreau venu du nord, qui la séquestre, la dépouille, la viole et la bat, depuis plus de trente huit ans.

Source : http://fr.lakome.info/index.php/chroniques/1483--washington,-comme-un-voyage-de-la-dernière-chance


Sahara Marocain, le discours de la panique

jeudi 31 octobre 2013 à 10:11

Le roi du Maroc, une fois n'est pas coutume, reconnaît que le dossier du Sahara traverse un moment pénible. Lors du discours d'ouverture de la nouvelle session parlementaire le 10 octobre 2013, il a notamment déclaré: « La situation est difficile. Rien n'est encore tranché. Les manœuvres des adversaires de notre intégrité territoriale ne vont pas s'arrêter, ce qui pourrait placer notre cause devant des développements décisifs. »

Un réveil tardif

Le roi du Maroc, une fois n'est pas coutume, reconnaît que le dossier du Sahara traverse un moment pénible.

Lors du discours d'ouverture de la nouvelle session parlementaire le 10 octobre 2013, il a notamment déclaré: « La situation est difficile. Rien n'est encore tranché. Les manœuvres des adversaires de notre intégrité territoriale ne vont pas s'arrêter, ce qui pourrait placer notre cause devant des développements décisifs. »

Mohammed VI en a profité pour  reprocher aux parlementaires et aux partis leur passivité en affirmant, une fois n'est pas coutume aussi, que « la question du Sahara n'est pas seulement la responsabilité du Roi, mais elle est également la cause de tous et de chacun : institutions de l'Etat, parlement, Conseils élus, et tous les acteurs politiques, syndicaux et économiques, les organisations de la société civile, les médias et l'ensemble des citoyens. »

Le reproche est plus vif quand il a déclaré que « la majorité des acteurs ne se mobilisent avec force qu'en cas de danger imminent menaçant notre intégrité territoriale, comme s'ils attendaient le feu vert avant d'entreprendre quoique ce soit. »

Ainsi, après avoir monopolisé avec ses proches courtisans, la gestion de ce dossier, la  franchise soudaine traduit le désarroi d'un homme et l'échec d'un système de gouvernance qui demeure en état de gravitation perpétuelle autour du même homme et de ses humeurs, autoritarisme oblige.

Rétrospective rapide

Pourtant, c'est le même Mohammed VI qui, il y a à peine trois mois, affirmait sur un ton   satisfait, lors du discours du trône le 30 juillet 2013 : « Le capital sympathie dont jouit notre première cause à l'international, s'est accru grâce à une bonne appréciation des tenants et des aboutissants de la question de notre intégrité territoriale. Cette évolution trouve son illustration dans le soutien grandissant apporté à notre initiative judicieuse, en l'occurrence notre proposition d'autonomie. A cet égard, Nous relevons notamment que la dernière résolution du Conseil de Sécurité a fermement réaffirmé les paramètres incontournables pour parvenir à une solution politique consensuelle et réaliste. »

C'est aussi le même roi, qui une année auparavant, déclarait sereinement le 30 juillet 2012: «  A cet effet, le Royaume du Maroc réaffirme sa détermination à continuer à s'investir de bonne foi dans le processus de négociation visant à trouver une solution définitive au différend régional artificiel autour du Sahara marocain, sur la base de la proposition marocaine d'autonomie, dont le sérieux et la crédibilité sont reconnus par la communauté internationale, et dans le cadre de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Maroc. »

Deux années auparavant, le 30 juillet 2010, le discours rappelait les vertus de seule vision royale: « En tout état de cause, le Maroc continuera à défendre sa souveraineté, son unité nationale et son intégrité territoriale, avec la détermination de ne pas renoncer au moindre pouce de son Sahara. Nous continuerons donc à aller de l'avant dans la mise en œuvre de la vision ambitieuse que Nous avons définie dans Notre dernier discours de la Marche Verte. Ainsi, le Sahara marocain sera en tête des bénéficiaires du processus de régionalisation avancée. De même que seront poursuivis sans relâche les efforts soutenus que nous déployons en faveur du développement solidaire de nos provinces du Sud. Nous comptons au même titre, procéder à une restructuration profonde du Conseil Royal Consultatif pour les Affaires Sahariennes (CORCAS). »

Depuis, la régionalisation, avancée n'a pas avancé d'un iota. Quant au malheureux  CORCAS, il est tombé dans les oubliettes et a même été royalement "zappé" lorsque le roi a confié au conseil économique, social et environnemental la mission de définir une feuille de route  pour le développement des provinces du Sud. Les honorables parlementaires-applaudisseurs n'ont pas levé le petit doigt.

Une diplomatie sans vision stratégique

En réalité, le discours du roi du 10 Octobre reconnait à demi-mot le déficit de vision stratégique diplomatique au Maroc et l'absence de la diplomatie préventive. En effet, les millions de dollars dépensés par le Palais et ses organes, sans aucun contrôle parlementaire, pour s'attirer la sympathie de certains lobbies aux USA et ailleurs, n'ont pas été très rentables. La « taginisation » et la « mamounisation » de la diplomatie ont permis, à titre d'exemple, de gaspiller 30 millions de dollars pour financer un complexe touristique dans une île des caraïbes (Dominique) en espérant acheter la voix de son gouvernement aux Nations Unies.

De même, le fait de décorer l'un des plus grands sionistes du monde, Malcolm Honlein en espérant que l'AIPAC, le plus grand lobby pro israélien, fasse pression sur le Congrès et l'Exécutif américains en faveur du Maroc, ne semble pas mettre à l'abri l'affaire du Sahara des turbulences qu'elle traverse et n'efface pas les dégâts causés à l'image du Maroc par la violence policière quotidienne au nord comme au sud du pays. Cette image a été encore plus ternie par le scandale de la malheureuse grâce royale accordée au pédophile espagnol Daniel Galvan puis par l'emprisonnement injuste pendant 39 jours d'un journaliste talentueux, Ali Anouzla, directeur de publication de la version arabe du site Lakome, en vue de le punir d'avoir souvent brisé les lignes rouges. Ces faits successifs révèlent au grand jour les dysfonctionnements d'une gouvernance basée sur la docilité, la corruption, l'incompétence et l'absence de contre-pouvoir.

Il est évident que le souvenir de la tentative de Washington, en avril 2013, de faire voter par le conseil de sécurité de l'ONU une résolution élargissant le mandat de la MINURSO au contrôle du respect des droits d'homme, a laissé des cicatrices profondes sur la diplomatie marocaine. Si la résolution a été retirée in extremis, rien ne garantit qu'en avril 2014 une résolution similaire (ou une autre mauvaise surprise), ne viendra pas gâcher la fête.

Le récent rapport du US Army War College montre que la demande US d'étendre ce mandat n'était pas un coup de tête contre le Maroc mais une décision stratégique pour la région (page 74). Le rapport parle clairement d'« authoritarian regimein Rabat » (page 68) et explique les succès du Polisario par trois facteurs : le soutien de l'Algérie, la faiblesse de la Mauritanie et les erreurs du Maroc. Il signale aussi que le scepticisme des Sahraouis à propos des intentions de Rabat est bien fondé, et que ce n'est qu'à travers de vraies réformes, l'autonomie et une réduction significative de clientélisme et de la corruption que le gouvernement marocain a une chance de gagner une certaine crédibilité parmi les Sahraouis (Sahrawi skepticism about Rabat's intentions is well grounded; only through genuine reforms, autonomy, and a significant reduction in clientelism and corruption does the Moroccan government stand a chance of gaining some credibility among the Sahrawis.)

Les brutalités légendaires des forces de sécurité Marocaines, qui ne rendent compte qu'aux hommes du Palais, sont toujours prêtes à agir comme le footballeur qui marque contre son propre camp.

En plus de l'attitude peu amicale des USA, que la diplomatie marocaine continue de qualifier d'allié stratégique du Maroc, les derniers développements de l'affaire sur le plan mondial ont de quoi inquiéter Rabat, puisque les pressions se font de plus en plus fortes pour trouver une issue à ce conflit qui a trop duré.

Si le Maroc s'accroche à une seule solution, à savoir le plan d'autonomie, le rapport Tannock voté le 22 octobre par le parlement européen cite, dans son paragraphe 99, le mot anglais self-determination (auto-détermination) à trois reprises. A ce propos, il n'est pas inutile de rappeler que la MINURSO veut dire Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental. Signalons au passage, à propos de ce rapport, que la propagande officielle marocaine s'en est "félicité",  tout en omettant de relever que, selon le texte, le Parlement européen « se dit gravement préoccupé par le récent rapport du rapporteur spécial des Nations unies sur la torture », « condamne les violations des droits de l'homme dont sont victimes les femmes sahraouies qui se manifestent notamment par du harcèlement et des violences sexuelles »,  « déplore vivement que, le 6 mars 2013, le Maroc ait expulsé une délégation de quatre députés au Parlement européen » et « soutient la création d'une mission MINURSO-CICR (Comité International de la Croix Rouge) officielle dans la zone de Fadret Leguiaa afin de procéder à l'exhumation et à la restitution des dépouilles aux familles, à la suite de la découverte de fosses communes par l'équipe d'investigation de l'Université du Pays basque. »

Les puissances mondiales pourraient pousser vers une formule de confédération ou de fédération, sans toutefois écarter l'indépendance pure et simple, même si elles sont convaincues qu'un petit Etat Sahraoui est peu viable et serait une source d'instabilité. Quoique, le Soudan a bien perdu son sud, l'Espagne pourrait être amputée de la Catalogne, la Belgique est menacée d'être coupée en deux et le Maroc lui-même considérait la Mauritanie comme territoire marocain et n'a reconnu son indépendance qu'en 1969.

Mais tant que les autorités Marocaines continuent de violer les droits de l'homme au Sahara, comme partout au Maroc d'ailleurs, lesquelles violations n'ont pas cessé depuis l'épisode d'avril 2013, la crédibilité de la proposition marocaine s'amenuise. En effet, autonomie ne rime pas avec absence de vraie démocratie et avec autoritarisme, qui demeure au cœur de la nature intrinsèque du régime marocain.

En mai dernier, l'académicien espagnol Bernabé López García avait publié une analyse pertinente sur l'échec du Maroc au Sahara, qui n'a pas pris une seule ride. Il met en lumière la politique de répression, les incohérences stratégiques de Rabat et surtout son «  incapacité au cours des six années écoulées à faire évoluer vers une solution le problème du Sahara, alors qu'il constitue la plus grande hypothèque de la monarchie et sa maladie chronique. » Il conclut que « loin de constituer le point final des négociations, ce plan (d'autonomie) peine maintenant à en constituer le point de départ, si tant est qu'il puisse y arriver. »  En d'autres mots, le Maroc a une cause juste mais de mauvais avocats.

Des services de renseignements  dépassés

Le discours royal est aussi un aveu de l'incapacité des organes sécuritaires et de renseignements intérieurs DGST et extérieurs DGED, à contrecarrer les efforts du Front Polisario qui a réalisé des percées au sein de certains parlements nationaux (comme la Suède) et du Parlement Européen. Le dossier Sahara est devenu un élément qui hypothèque les relations Morocco-Européennes comme le montre l'évolution des accords de pêche entre les deux parties. Or, ces organes sont sous le strict contrôle du Palais. Ni le gouvernement, ni les parlementaires dont le roi a tiré les oreilles, ne les contrôlent.

Nos services de renseignements et diplomatiques ont-ils vraiment anticipé les changements de l'administration US ? L'ancienne secrétaire d'Etat, Mme Hillary Clinton qui défendait à Washington et New-York la vision marocaine a été remplacée par un John Kerry qui semble bien moins séduit par les beaux caftans. En même temps, d'autres positions clés US ont été prises par des personnages moins sensibles au discours marocain et surtout intransigeantes lorsqu'il s'agit des violations avérées des droits de l'Homme, comme Susan Rice, responsable de la sécurité nationale et Samantha Power, ambassadrice US à l'ONU.

Ces services ont-ils assimilé les changements majeurs de la scène mondiale: la guerre froide est finie et la guerre contre le terrorisme a pris une autre tournure. Comment élaborent-ils leurs analyses ? En principe, ils doivent  définir et mette en œuvre des stratégies pour prémunir le pays, sa sécurité et son unité, des dangers et risques. Or, ils ont échoué sur le plan interne à contenir les aspirations séparatistes et sur le plan externe à gagner la sympathie de l'occident, y compris sa société civile et ses médias. Ils ont aussi échoué à construire une stratégie de communication crédible et convaincante. Ces services n'ont pas réussi à saisir les nouvelles techniques de la diplomatie mondiale, basée sur la coopération continue avec les grandes ONG internationales comme Transparency ou RSF, et sur les canaux de coopération avec les faiseurs d'opinion mondiale et les grands centres de recherches stratégiques.

A l'heure où ces derniers sont devenus à travers le monde des partenaires à part entière des décideurs, de par les notes de recherche qu'ils produisent et les débats qu'ils animent, le Maroc se distingue par un Institut Royal des Etudes Stratégiques qui ne réfléchit que sur ordre du roi, puisque son texte de création  stipule : « L'Institut a pour mission de mener des études et analyses stratégiques sur les questions dont il est saisi par Notre Majesté. » Pourquoi n'a-t-il pas tiré la sonnette d'alarme avant que le roi ne prononce son discours de panique ?

Le Maroc dispose-il de services de renseignement au sens noble et moderne du terme ?  Voilà un débat absent. Par ailleurs, la partie du site Internet du Ministère des AE consacrée au dossier du Sahara est loin d'être à la hauteur d'une cause réputée être nationale.

Des parlementaires applaudisseurs

Comme pour le dossier de l'éducation, le palais cherche à tout prix à faire endosser la responsabilité des ses propres échecs aux autres acteurs. Le roi sait très bien que dans la question du Sahara, comme tous les autres domaines dont le Palais  monopolise la gestion, les parlementaires sont réduits à de simples applaudisseurs. Après chaque discours du roi, ils se précipitent devant les caméras pour en saluer le caractère historique et exceptionnel et ânonner que leurs partis sont mobilisés derrière Sa Majesté le Roi pour appliquer ses Hautes  directives.

Les élites politiques, dont les députés et les partis, de par leur "béni-oui-ouisme" et leur silence, le populisme et l'indigence intellectuelle de certains de leurs leaders, portent une lourde responsabilité dans cette tragi-comédie dont l'enjeu n'est autre que l'unité nationale.

Bis repetitae

Ainsi, la démarche est la même : le Palais s'accapare le monopole d'un dossier qui engage la nation, utilise des fonds publics colossaux sans contrôle institutionnel, le confie à ses proches nationaux ou ses soi-disant amis internationaux, et impose un discours unique. Lorsqu'il s'aperçoit qu'il y a le feu et que son meccano est défaillant, il cherche des boucs émissaires. On l'a vu pour le dossier de l'éducation où le roi a voulu faire endosser l'échec à un gouvernement qui a moins de deux ans.

En septembre 1981, Abderrahim Bouabid, leader du parti USFP à l'époque, s'est trouvé jeté en prison pour avoir osé exprimer une divergence avec le roi Hassan II au sujet du Sahara. Lors de son procès, il a déclaré : « Ce procès s'inscrira dans l'histoire. La prison m'est plus agréable que de me taire et de ne pas exprimer mon opinion sur une question nationale déterminante et sacro-sainte. »

Le 30 avril 2013, après l'épisode de l'ONU, le site d'information Lakome a publié un éditorial lumineux et prémonitoire cosigné Aboubakr Jamai et Ali Anouzla, intitulé Le coût de l'autoritarisme. On y lit que « seul un processus de démocratisation crédible permettrait la reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara », que si « les défaillances tactiques n'ont pas manqué, plus problématique et plus lourde de conséquence est leur incohérence stratégique. » et aussi : « le Maroc a, depuis le début de cette affaire, misé sur le facteur temps pour affaiblir ses adversaires. Aujourd'hui, ce facteur s'est transformé en guerre d'usure en raison de l'accumulation des erreurs. Le temps, au lieu d'effacer ces erreurs ou les faire oublier, ne fait qu'en amplifier le coût. »

Ils ont eu le tort d'avoir raison.

ahmed.benseddik@gmail.com

30 octobre 2013

Source : https://fr.lakome.info/index.php/chroniques/1482-sahara-marocain,-le-discours-de-la-panique


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