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[Redite] Si délicieuses dépenses sociales …

dimanche 24 juin 2018 à 11:00

Article initialement paru le 29.06.2015

Eh oui, « on met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas ». Comme en témoigne de billet d’il y a trois ans, la situation n’est pas nouvelle puisqu’en juin 2015, on mettait aussi un pognon de dingue et les gens ne s’en sortaient pas mieux. Depuis, on a accru les dépenses sociales, on a augmenté la dette du pays, … et le résultat est encore plus mauvais. Nous n’en avons probablement pas encore assez fait.

Oui. C’est cela : il doit être possible d’augmenter les impôts et ainsi, dépenser plus, non ?

En France (et notamment depuis le début du quinquennat Hollande), quand il pleut, c’est à verse et quand ça dévisse à l’extérieur, ça part en vrille à l’intérieur. Logiquement, alors que la situation internationale se fait chaque heure plus tendue, entre les énièmes péripéties grecques et le spectre de plus en plus présent d’une bulle financière sur le point d’éclater, on devait s’attendre aussi à une détérioration record de la situation économique purement nationale. Rassurez-vous : c’est aussi le cas.

Et c’est d’autant plus inquiétant que les informations suivantes n’ont pour ainsi dire pas été relayées par la presse nationale, trop occupée à regarder les sorties lapidaires de Valls ou les dernières âneries de Cambadélis. Pourtant, la nouvelle méritait sans doute qu’on s’y attarde même si l’actualité chargée justifie sans doute qu’il faille un peu de temps pour la faire revenir à la surface.

En substance, on découvre une inquiétude croissante des départements devant la croissance incontrôlée des prestations sociales.

Autrement dit, les départements n’ont plus une thune. Ce ne serait pas vraiment problématique si l’État, de son côté, disposait de quelques réserves. Mais ce n’est pas le cas et on commence à comprendre qu’en cette période de disette financière, il va falloir faire des efforts pour joindre les deux bouts, et ce d’autant plus que nous ne sommes qu’en Juin. Or, si avoir des problèmes de trésorerie en octobre, c’est enquiquinant, alors en Juin, cela devient franchement problématique.

Tax Money

D’autant que, comme je le notais, la raison principale du manque de trésorerie n’est pas liée à une dépense incontrôlée des fournitures de bureau qu’il serait facile de calmer, mais bien des prestations sociales au bout desquelles se trouvent des individus qui n’ont bien souvent pas vraiment d’alternative solide si celles-ci devaient s’interrompre, même momentanément.

Le constat, pourtant, ne laisse aucun doute et part d’une lettre de l’ODAS, l’Observatoire national de l’Action sociale, qui note il y a quelques jours que, je cite, « sans évolution du mode de financement de leurs compétences obligatoires, les Départements ne pourront plus, dans leur grande majorité, équilibrer leur budget dans un proche avenir. » Autrement dit, la distribution d’argent public continue de plus belle, son débit a même nettement augmenté (1.4 milliards de dépenses en plus en 2014 par rapport à 2013), et l’État, à sec, ne pourra bientôt plus du tout garantir l’équilibre des finances départementales.

Ce constat est partagé tant à droite qu’à gauche. Le bureau de l’ADF (Assemblée des départements de France), classé à droite, s’est alarmé de « la croissance incontrôlée des allocations individuelles de solidarité (AIS) qui conduira à l’asphyxie mortelle des départements » pendant que de son côté, « le groupe de gauche insiste sur l’urgence de la situation des finances départementales ».

Dans ces dépenses sociales, le premier poste des allocations versées est clairement le RSA (à 58%) dont les dépenses ont progressé de 9,2% en 2014. Les autres postes (l’APA – Allocation personnalisée d’autonomie – et la PCH – Prestation de compensation du handicap) sont aussi concernés par ces problèmes de trésorerie. Or, à moins bien sûr d’une inversion de courbe du chômage que bien peu espèrent encore, la situation devrait continuer de s’aggraver. Le plus gênant étant qu’on ne sache absolument pas à quoi s’en tenir ; d’après Claudine Padieu, directrice scientifique de l’ODAS,

« Contrairement aux autres postes, les économistes ne parviennent pas à réaliser des prévisions fiables pour le RSA. La hausse de ces dépenses est d’autant plus préoccupante qu’elle est imprévisible »

Zut, il va être délicat de planifier quelque chose (ce qui est une horreur pour nos amis les planistes), et tout indique que ça ne va pas aller mieux tout seul. Zut et zut.

Dès lors, on ne s’étonnera pas de retrouver quelques gémissements de conseillers départementaux, pour le moment discrets dans la presse locale, constatant, effarés, que la source d’argent gratuit des autres, qui tombait jusque là avec une belle régularité, commence à s’assécher. Zut, zut et rezut, il va falloir supprimer certaines subventions. Zut, zut, et rezut, tout ceci donne un parfum de déroute aux finances locales et pousse même certains à évoquer, sans ambages, un « krach budgétaire territorial ».

Eh oui, le problème, d’habitude pourtant simple, devient rapidement insoluble. Jusqu’à présent, il suffisait en effet de réclamer des sous à l’État. Lorsque celui-ci renâclait, la collectivité territoriale, jamais à court d’imagination, trouvait l’une ou l’autre taxe à augmenter, l’un ou l’autre impôt à retailler vers le haut, et, magiquement, l’argent rentrait. Malheureusement, ce temps de cocagne est révolu. Comme l’explique Jean-Louis Sanchez, délégué général de l’ODAS,

« Les conseils départementaux ne peuvent plus augmenter les impôts et, à ce rythme, ils ne pourront plus financer leurs dépenses sociales dans trois ans. »

Vous me direz : oh, trois ans, c’est encore une belle et longue période qui donnera certainement l’occasion à nos éternels dépensiers d’exprimer toute leur créativité, n’en doutons pas. Je me permets cependant de pointer que les dettes s’empilent, les expédients possibles s’amenuisent et les marges de manœuvres, déjà fort étroites il y a trois ans, risquent bien, à l’approche des élections et de l’impératif évident de ne pas tabasser l’électeur, de s’évanouir complètement. Autrement dit, tout ce petit monde, lentement mais sûrement, est coincé : ne pouvant plus augmenter les impôts, ne pouvant plus guère augmenter la dette, il va leur falloir diminuer les dépenses.

coincé

Comme je le disais en introduction, depuis que François Hollande a récupéré le pays des mains du précédent incompétent, lorsqu’il pleut, c’est à verse. Alors que les tensions internationales n’ont jamais été aussi fortes, que les marchés financiers affichent tous une situation bullesque et que le moindre événement imprévu (une faillite de Deutsche Bank ?) risque bien de déclencher des mouvements de panique mémorables, la situation économique nationale est inextricable. L’État, endetté jusqu’au cou, ne peut même plus faire mine d’aider les départements, eux-mêmes confortablement installés dans les dettes. Et à mon avis, ce ne sont pas les élections qui vont inciter les uns et les autres à apurer la situation.

Décidément, ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2018/06/24/61308-redite-si-delicieuses-depenses-sociales


Des élus de plus en plus dangereux

vendredi 22 juin 2018 à 09:00

En France, l’administration fait, tous les jours, d’immenses dégâts et, comme un occupant intérieur, prélève une dîme chaque année plus lourde. Cependant, sa frénésie de tabassage fiscal doit beaucoup à cet esprit ponctionnaire débridé qui souffle au sein de son appareil de direction : chaque jour, à côté d’une inculture économique consternante, nos élus nous font la démonstration d’un état d’esprit totalement vicié.

Et il n’y a guère besoin d’aller chercher bien loin puisque chaque semaine, que dis-je, chaque jour amène son lot d’âneries affolantes proférées par l’un ou l’autre personnage politique d’importance relative.

Ici, il serait facile d’exhiber des exemples particulièrement comiques en tapant dans l’immense vivier de populistes d’extrême-gauche dont la réputation en matière d’inculture économique n’est plus à faire. Dans l’une ou l’autre saillie où le populisme s’y disputera l’indigence du raisonnement sous-jacent, on trouvera toujours une bonne raison d’aller saboter un pan de l’économie sous des prétextes fallacieux mais électoralement vendeurs.

Dois-je réellement m’appesantir sur le dernier tweet de Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il se demande, pas suffisamment in petto, si l’argent fait le bonheur et si, quelque part, il ne faudrait pas arrêter un peu d’accumuler bêtement, oubliant (commodément ou par simple absence de raisonnement) que c’est précisément l’accumulation de capital qui a permis, depuis l’aube des temps, de sortir l’humanité de sa condition animale et du dénouement qui s’y rattache ?

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Si l’on n’est guère étonné de trouver ce genre de propos chez quelqu’un qui se fait fort de confisquer tout ce qu’il pourra (et d’accumuler pour lui et sa clique – l’accumulation, dans ce cas là, ne le rendant pas morose), on pourra s’inquiéter un peu plus en découvrant les opinions aussi informées que frappées au coin du bon sens avec 3g d’alcool dans le sang d’un certain Guillaume Peltier, occulté jusque-là, dont on a la tristesse d’apprendre qu’il est vice-président des Républicains, poste qu’il aura décroché probablement à la suite d’une épique partie de beer-pong (je ne vois guère d’autre explication possible).

Et pour ce Vice caché jusqu’à présent, il faudrait très clairement augmenter le SMIC de 10, 15 voire 20% : eh oui, puisqu’avec 1100 ou 1200 euros par mois, il est difficile de vivre en France, l’individu propose un électrochoc en augmentant le salaire minimum d’une façon musclée, tout en prétendant rééquilibrer cette hausse par « une baisse des charges drastique » sur ces salaires. Qui sont déjà, très largement, particulièrement allégés de charges.

Autrement dit, outre l’absence assez inquiétante de connaissance du sujet spécifique du salaire minimum en France, le frétillant demi-président nous démontre une méconnaissance dramatique d’une règle de base de l’économie : si vous contraignez artificiellement un prix à la hausse, vous créez, mécaniquement, des frictions dans le marché correspondant et accroîtrez inévitablement les inefficacités. En d’autres termes, le coût de l’emploi augmentant, vous allez créer encore plus de chômeurs.

Mais le politicien n’en a cure. Tout comme Jean-Luc et ses saillies ridicules à faire pousser des dents de travers, le brave Guillaume sait qu’on attrape plus de mouches électorales avec une pinte de populisme qu’avec une goutte de réalisme.

Heureusement, ni le premier ni le second ne sont au pouvoir. Il n’y a rien de plus dangereux qu’un populiste au pouvoir, surtout s’il se double d’un parfait crétin ou d’un inculte chimiquement pur en économie. Le Vénézuéla en fait les frais tous les jours, le Zimbabwe avant lui et la France n’y échappe pour le moment que par la grâce d’un énième concours de circonstances pas trop défavorables.

Mais voilà, la chance finit toujours par tourner.

Après tout, nous avons Bruno Le Maire comme ministre de l’Économie, et ce type n’a manifestement jamais été équipé pour en parler, l’analyser et à plus forte raison, la comprendre.

En témoigne la dernière enfilade d’imbécilités qu’il a proférées avec un aplomb que seuls peuvent afficher les innocents aux mains pleines et aux crânes vides.

Ainsi, pour ce minustre, aucun doute : il faut taxer Amazon, il faut taxer leurs livraisons, et puis c’est tout.

https://twitter.com/BFMTV/status/1008963662730670081

En cela, il rejoint donc avec une belle vigueur de vainqueur le train des sénateurs parti un peu avant lui qui ont décidé de fusiller ce qui restait de commerce en France, et de réintroduire une forme pas du tout subtile d’octroi dans nos villes et nos campagnes. On attend avec gourmandise les subventions aux troubadours et autres jongleurs que la République réintroduira pour ce nouveau Moyen-Âge festif, citoyen et un tantinet rigoureux que nous dessinent Bruno et sa brochette de déconautes de l’économie.

Pour entrer en politique, il faut une confiance en soi absolument inoxydable. Ce trait permet de sélectionner les plus obstinés, et la frontière est fine avec les plus bornés. Frontière que Bruno franchit allègrement, tel un réfugié de l’économie alternative franchissant une véritable Méditerranée de concepts foireux sur le petit pédalo de son intelligence : non content de vouloir fusiller Amazon et l’e-commerce français dans le même pédalage vigoureux, le voilà qui s’en prend avec finesse à la rémunération de l’ex-PDG de Carrefour.

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Eh oui : alors même que Bruno Le Maire n’a jamais été bénévole toutes ces années où il a sévi en politique (ce qui aurait mis son salaire à la hauteur de ses réussites), voilà celui qui est parvenu 5ème sur 7 candidats de la Primaire républicaine avec un imposant 2.36% distribuer des bons et des mauvais points à quelqu’un dont la rémunération dépend, au final, du bon vouloir d’actionnaires dont Bruno n’est normalement pas responsable.

N’en déplaise à Bruno, les rémunérations octroyées par Carrefour à ses dirigeants ne le regardent en rien et ne regardent que les propriétaires légitimes de cette entreprise privée qui finirait, magie du marché, par une faillite méritée si elle persistait à payer n’importe qui n’importe comment.

Faillite que Bruno n’envisage même pas, ce concept ayant été soigneusement gommé tant dans les administrations où il a laissé ses traces que dans toutes les boîtes où l’État met ses doigts boudinés et qui sont devenues littéralement impérissables, par la force des interventions catastrophiques de Bruno et de types de son « calibre » avant lui.

Ce faisant, le ministre de l’Économie intervient, encore une fois, dans un domaine qu’il ne maîtrise en rien, ce qui ne manquera pas de déclencher, un jour ou l’autre, des effets indésirables. Eh oui : un incompétent au pouvoir, c’est toujours dangereux.

Et ici, je ne parle malheureusement pas de prospective ou d’hypothétiques dérapages malencontreux, mais bien de faits certains et de conséquences inéluctables avec lesquels nous devrons vivre des décennies durant, de la même façon que nous vivons, ici et maintenant, avec les conséquences catastrophiques des colliers de nouilleries que les brillants prédécesseurs de Bruno ont enfilées avant lui.

Il me suffira, pour illustrer ce propos et conclure cet article, d’exhiber la dernière trouvaille du Conseil Constitutionnel dégotée par un Laurent Alexandre effaré (et il n’est pas le seul), et de constater que oui, décidément, avec ce genre d’olibrius aux commandes, ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2018/06/22/61279-des-elus-de-plus-en-plus-dangereux


Thinkerview : blockchain et gouvernance

jeudi 21 juin 2018 à 10:00

Ce mois-ci, petit détour Thinkerview dans le domaine des cryptomonnaies puisque l’équipe a choisi d’interviewer Primavera de Filippi, chercheuse au CNRS sur les aspects juridiques de la blockchain, et Rémy Bourganel, designer et qui travaille sur la gestion de l’identité numérique et l’implication de la blockchain dans ce domaine.

Dans cet entretien, nos deux intervenants passent en revue les différents concepts sous-jacents à celui de la blockchain, et exposent leurs avis sur les principaux bénéfices ainsi que les développements futurs que cette nouvelle technologie offre à l’humanité.

Ainsi, après un rapide tour d’horizon fait par Bourganel sur la technique de « consensus » qu’introduit Bitcoin, De Filippi revient sur les trois grands types d’applications que la blockchain permet, à savoir les applications financières, les applications notariales et les smartcontracts, ou contrats « intelligents », programmes dont l’exécution n’est dépendante que des mineurs, ces entités validant les transactions et assurant la réalisation du consensus au niveau de tout le réseau.

L’interview est très riche et balaye plusieurs sujets d’importance en rapport avec la blockchain : consensus, gouvernance décentralisée, identité et pseudonymat, les preuves à divulgation nulle de connaissance, consommation énergétique (qui donne aux deux intervenants l’occasion de sortir quelques âneries trop souvent entendues), monopole des banques centrales, informatique quantique, l’utilisation de la blockchain comme système de preuve et non de stockage de données, intelligence artificielle et systèmes répartis, …

J’encourage tous ceux qui sont intéressés par cette innovation à passer un peu de temps et visionner les éléments de réflexion proposés par ces deux intervenants.

Source : http://h16free.com/2018/06/21/61294-thinkerview-blockchain-et-gouvernance


Jean-Michel Blanquer réforme l’Éducation Nationale. Un peu. Vaguement. Peut-être.

mercredi 20 juin 2018 à 09:00

Aujourd’hui, je vous propose un texte de Marion B. qui à la fois résume fort bien ce que je pense de la situation scolaire française et donne une excellente idée de la valeur de l’actuel ministre de notre Édulcoration Nationale…

Jean-Michel Blanquer, la nouvelle excuse officielle à l’Éducation Nationale l’Ignorance Généralisée, est un homme politique savant contrairement à Najat Vallaud-Belkacem. Il arrive à ne pas irriter tout le monde de sa simple présence, il arrive à faire croire que l’école va se recentrer sur le « lire-écrire-compter », il arrive à faire croire qu’il est tout nouveau, tout propre et que, parce qu’il est tout nouveau, tout propre, la situation de l’enseignement en France va changer. Youpi et bal musette.

Sauf que le Jean-Mimi, il n’est ni tout nouveau, ni tout propre.

En fait, Blanquer n’est qu’un bonhomme des arcanes du ministère de l’Ignorance Généralisée, qui, flanqué d’une pelisse de vieux briscard d’État à la Bêtise Crasse, a fini par y arriver.

En 2009, sous Châtel, il était quand même déjà le secrétaire général de la DGESCO.

Toi qui n’as pas Bac+5 en acronymes, sache que la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire, c’est un peu elle qui prend toutes les décisions, même si on te fait croire que c’est le Ministre ; c’est d’ailleurs ce qui explique que si les ministres s’évaporent à la vitesse du son, les réformes continuent, elles, de s’empiler, toujours, tout le temps et quel que soit le temps, dans le même sens : diminution des heures disciplinaires au profit d’un temps toujours plus dévolu, voué, corvéable et corvéé à la construction de son propre savoir par l’apprenant. Ce qui visiblement marche au top quand on voit le niveau d’orthographe des élèves.

Jean-Mimi, son premier fait d’arme, c’est la réforme Châtel. Lecteur, souviens-toi la réforme de 2009 : diminution des heures disciplinaires, mise en place de l’AP et des TPE. Toi qui me connais, tu sais que l’AP c’est pour personnalisé et pas du tout individuel, mais je ne crois pas t’avoir déjà parlé des TPE.

TPE, c’est pour Travaux Personnalisés Encadrés. Un machin totalement républicain donc, i.e. complètement festif et inutile. Les élèves se mettent par groupes, décident d’une « problématique » qui ne sera au mieux qu’un problème, au pire qu’une excuse, et se réunissent une heure et demie par semaine au CDI, sur 18 semaines, sous l’observation bienveillante d’un professeur, suite à quoi ils font une prestation orale ridicule que l’État renommera soutenance pour faire classe.

Qu’ils bossent ou pas, c’est au choix des apprenants, sachant que même ceux qui n’ont rien fichu auront douze à cause du jeu des compétences à analyser. La grille d’évaluation montre bien que le savoir et les connaissances sont réduits à une portion si congrue que leur présence ne se justifie plus que parce qu’ils servent d’alibi à la mascarade.

Le TPE, c’est chouette : les points ne comptent que s’ils sont au-dessus de la moyenne et c’est toujours l’occasion de croiser des élèves qui viennent me sensibiliser aux inégalités hommes/femmes, m’expliquer ce qu’est une « QTE » dans les jeux vidéos par rapport à une scène animée, mais c’est aussi trop rarement l’occasion d’une authentique réflexion sur le cannibalisme.

Alors comme les TPE, ça ne marche pas, ça ne peut pas marcher, ça ne marchera jamais, même sur un malentendu, mais c’était son idée, Jean-Mimi – qui n’est qu’une continuité – s’est demandé comment aller plus loin et est allé voir du côté de l’Italie nous dégoter le « Grand Oral ». L’Italie désabusée revient de cette lubie pédagogogique, ce qui constitue à soi seul une bonne raison pour foncer dedans.

Logique française™.

Alors, dorénavant, nous n’aurons plus une heure et demie par semaine en première qui sera bloquée à faire absolument tout sauf acquérir des savoirs mais bien deux années à préparer un « truc ». Déjà, rien que ça, sans reparler de l’Italie qui en revient, ça sent bon le chocolat chaud et les bisous.

L’idée est comme toujours de prendre acte du réel – les élèves ne savent pas s’exprimer à l’écrit – pour en déduire l’idée la plus saugrenue possible, celle qui parce qu’elle sera la plus saugrenue, aura le moins de chance de marcher et sera réitérée jusqu’à muter en mantra : faisons-les passer à l’oral. Simplicité, élégance, logique. Car oui, s’ils sont nuls à l’écrit, ce n’est absolument pas parce qu’ils sont devenus incapables de maîtriser leur pensée à force de supprimer des heures de français mais parce que l’écrit est discriminant, méchant et autoritaire.

Oralement, ça va marcher.

« Et si j’y pense très très très, mais vraiment très fort, ça va devenir vrai », s’auto-persuade Jean-Mimi. Surtout si on évalue comme les TPE et qu’on ne compte que les points au-dessus de la moyenne, hein, Jean-Mimi.

Je passe sur la débilité de la plupart des TPE ou sur l’idée que savoir s’exprimer à l’écrit ça aide vaguement pour s’exprimer oralement, j’en viens directement au fait de l’oral parce que c’est le plus rigolo.

Les modalités de mise en place du « Grand Oral De La Mort Qui Tue Sans Discriminer Ni Reproduire Les Inégalités Sociales » ne sont pas encore connues. Tout au plus sait-on qu’il s’agira d’une des épreuves terminales survivantes du Choc de la Simplification, qu’il portera sur deux disciplines, comme les TPE.

Incroyable. Tant d’innovation d’un coup, je défaille. Concrètement, on va se taper un TPE sur deux ans. Youpi et fraises tagada !

Mais quand sera-t-il préparé ? Sur quelle base ? Quel temps ? On ne sait toujours pas.

Parce que l’écrit, sans doute que c’est méchant, mais l’oral c’est encore pire et cela demande deux fois plus d’entrainement puisqu’il va falloir que les élèves soient capables d’assumer leurs idées à un âge où on ne souhaite que s’agréger à la pensée dominante tout en prétendant, du haut de ses petits poings serrés, qu’elle est la sienne et qu’elle est originale. On risque de rigoler et de se faire sensibiliser bien profond aux inégalités hommes/femmes. Et vu mes grilles d’évaluations, je mettrai la moyenne.

En même temps, pourquoi je m’étonne, puisqu’à deux mois de la rentrée vient de surgir une réforme des contenus en collège – dont personne ne sait vraiment sur quoi elle portera – et des bacs pros – dont tout le monde se demande à quoi elle servira.

Parce que les bac pro, respect sur eux, vont maintenant devoir réaliser un « Chef d’œuvre ». Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Jean Mimi. Il s’agit de « redonner du prestige » aux filières pro et plutôt que de mettre en avant qu’un bon plombier gagne plus qu’un professeur de philosophie, on va leur demander de réaliser un chef d’œuvre. De Vinci, Caravage ou Beethoven, tenez-vous prêts ! Les bacs pro sont dans la place. Ça aussi, ça risque d’être propre.

Tout se vaut, toutes les opinions sont respectables, sauf celles d’Hitler, toutes les productions sorties du néant où elles auraient dû rester seront des chefs-d’œuvre. Tout va pour le mieux en République Française du Bisounoursland et de ce néant des choses humaines, le néant vient de gagner ses titres de noblesse.

R.I.P. gentil bac. Jean-Mimi, le tout nouveau tout neuf tout propre, veut ta peau depuis 2009 et il l’obtiendra vraisemblablement sous les applaudissements de tous ceux qui n’auront pas bien compris ce qui est véritablement en jeu précisément parce que tu te présentes comme tout nouveau, tout neuf, tout propre alors que tu n’es qu’un vendu de plus de l’Endoctrinement National.

Bien joué. Le réel est un gag.

Source : http://h16free.com/2018/06/20/61267-jean-michel-blanquer-reforme-leducation-nationale-un-peu-vaguement-peut-etre


Livraisons en ville : heureusement, le Sénat va saboter tout ça bien vite

lundi 18 juin 2018 à 09:00

Et si on revitalisait les centres-villes ? Et si on utilisait le pouvoir politique et une assez coquette quantité d’argent gratuit des autres pour aboutir à un résultat palpable et quantifiable, à savoir des centres-villes revitalisés ? Ce serait non seulement une bonne idée, mais certainement l’occasion de faire quelques puissantes lois que la République sera heureuse de voir appliquées ! Avec une telle idée, comment ne pas aboutir à un résultat formidable, et un succès épatant ?

En tout cas, c’est assez probablement ce que se sont dit nos sénateurs à qui il n’échappe jamais une excellente occasion de faire n’importe quoi, n’importe comment, avec le sourire et cette décontraction qui sied à ceux qui ne souffriront que trop rarement des conséquences de leurs décisions stupides.

Comme d’habitude, tout part d’une intention discutable, très mal définie, dans un cadre flou et avec des buts vagues qui se transforme, au fil des discussions, en une véritable offensive contre l’intelligence. Pour mener tel assaut, il fallait une troupe d’élite et en matière de propositions de lois consternantes, le Sénat a largement fait preuve d’un entraînement raffiné.

Or donc, les centres-villes se dévitalisent ? Qu’à cela ne tienne, légiférons !

Et pour bien faire, le Sénat expliquera donc ce qu’il entend par là dans un exposé des motifs particulièrement croustillant dont le premier chapitre pose immédiatement « L’absolue nécessité d’agir » sans laquelle l’inutilité de l’appendice sénatorial apparaîtrait au grand jour aux électeurs-contribuables.

Dans cet exposé, on apprend qu’avant d’arriver à de belles propositions, des trouzaines d’élus se sont rassemblés, commissionnés, auto-écoutés et congratulés généreusement, et qu’ils ont abouti à la conclusion imparable que « ce qui fait l’originalité et la richesse incomparable de nos villes françaises et européennes » c’est – je vous le donne en mille – « leur centre » (là où en Asie, en Afrique et en Amérique, l’originalité des villes provient de leurs banlieues et de la rase campagne, cette autre forme de ville avec moins de béton et plus d’animaux qui broutent, je suppose) et que ces centres-villes méritaient immédiatement la mise en branle massive de lois réformatrices.

En pratique et une fois faite l’exégèse attentive de la proposition de loi, cette « revitalisation » entend surtout combattre… les grandes surfaces et l’e-commerce. Oui, vous avez bien lu : alors que, depuis plusieurs décennies maintenant, les lois s’empilent précisément pour éviter que toute grande surface ne se développe en centre-ville, que l’asymétrie entre les commerces du centre et ceux de la périphérie a été entretenue précisément par cette opposition stérile introduite dans une myriade de lois aux effets imprévus et néfastes, cette proposition entend… en remettre une couche.

Mais au-delà de ce constat finalement banal dans cette France où chaque réforme, annoncée en fanfare, se termine par une réédition d’une précédente idiotie législative, il faut noter que cette proposition contient quelques pépites de crottin qu’il serait dommage de passer sous silence.

Ainsi, comme en France rien ne se légifère sans qu’une piscine olympique de pognon ne soit cramée, il est entendu qu’il faudra créer une Agence Nationale des Centres-Villes et Centres-Bourgs puisque dans ce merveilleux pays aux ressources fiscales apparemment inépuisables, chaque concept trouvera son Agence Nationale officielle, bien évidemment dotée de ressources et de personnel. Partant, l’Agence Nationale des Pains & Chocolatines ne tardera pas à voir le jour (que dirigera sans doute François Hollande, habilement recyclé).

Il serait bien évidemment possible de revenir en détail sur les 7 chapitres et 31 articles de cette loi, en engluant le lecteur dans le sabir sénatorial, pour y découvrir les nouvelles sources de dépenses publiques, les inepties conceptuelles, les âneries économiques et les sottises législatives qui amèneront une nouvelle dose de paperasserie et de taxation sur les pauvres citoyens français, mais plutôt que me lancer dans cet épuisant exercice, je me contenterai de me pencher sur son article 27 qui propose d’instituer une taxe sur les livraisons liées au commerce électronique, et dont l’idiotie résume assez bien tout le reste de la proposition de loi.

En effet, pour les sénateurs, pas de doute : la revitalisation-truc bidule des centres-machinchose, cela ne passe pas seulement par la création d’une Agence ou le déploiement d’une nouvelle fiscalité à tubulures chromées adaptée à de nouveaux défis taxatoires en milieux urbains, mais cela passe aussi par une distribution de punitions sur ceux qui tirent malgré tout leur épingle du jeu merdique imposés à tous en France.

Et comme actuellement, la mode consiste à taper sur le commerce électronique, cela est rapidement bouclé dans l’article 27 :

« …La montée en puissance du e-commerce, avec des conditions de livraison très favorables et de plus en plus souvent proches de la gratuité, induit des conséquences en termes de multiplication des trajets automobiles, générateurs de diverses pollutions, et conduisent par ailleurs à un usage immodéré des infrastructures routières. »

Oui, vous l’avez compris : en première comme en seconde analyse, il faut être particulièrement épais intellectuellement pour ne pas comprendre l’impact particulièrement dévastateur d’une telle loi, d’autant plus lorsqu’on apprend son taux, « fixé à 0,5€ par kilomètre avec un minimum forfaitaire de 3€ par livraison. »

Pour nos sénateurs, qu’aucune contradiction environnementale ne saurait étouffer, mieux vaut donc trente clients qui prennent chacun leur voiture pour se rendre au commerce de leur choix au centre ville plutôt qu’un ou deux livreurs qui auront tout loisir d’optimiser leurs tournées en une fois. Une fois cette loi passée, il deviendra bien plus compliqué pour les livreurs de rentabiliser leurs déplacements, tout comme il va devenir difficile pour ne pas dire impossible pour la plupart des sites d’e-commerce de s’en sortir avec ce qui s’apparente ni plus ni moins – comme le font justement remarquer différents acteurs du e-commerce français – qu’à une sorte de droit de douane interne à la France.

Frédéric Bastiat ironisait sur la mise en place de tarifs douaniers entre grandes villes de France et riait à l’époque de l’imbécilité d’une telle pratique. Aujourd’hui, il en pleurerait.

Du reste, cette loi, évidemment destinée à bouter Amazon hors de France au point que l’exposé des motifs peine à cacher cette motivation chauviniste, va directement appauvrir le consommateur français qui ne pourra plus bénéficier des offres de livraison e-commerce, au contraire de … partout ailleurs dans le monde. Pire encore : alors qu’Amazon développe actuellement des méthodes pour livrer ses clients même le dimanche (ne vous inquiétez pas, la Poste pourra continuer à perdre vos paquets le reste de la semaine), créant directement et indirectement des centaines d’emplois dans ce pays qui manque cruellement d’offres, la mise en place de ce nouveau tsunami de taxes tue ce vivier d’emplois dans l’œuf.

Voilà qui ne manquera pas de donner, une fois encore, un avantage décisif à la France dans sa course à la venezuélisation de son économie. On peut encore une fois remercier nos élus pour l’immensité du travail de sape qu’ils réalisent et s’il ne s’agissait pas, encore une fois, de sombre stupidité et d’inculture économique crasse, on pourrait même y voir un sabotage délibéré.

Accordons à nos sénateurs le bénéfice de l’idiotie.

Implied Facepalm

Source : http://h16free.com/2018/06/18/61251-livraisons-en-ville-heureusement-le-senat-va-saboter-tout-ca-bien-vite