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Printeurs 44

mardi 28 février 2017 à 14:47
Ceci est le billet 44 sur 44 dans la série Printeurs

Nellio, Eva, Max et Junior sont dans la zone contrôlée par le conglomérat industriel.

Dans un silence religieux, nous descendons tous les quatre de la voiture. Tout autour de nous, des immeubles s’élancent dans une architecture torturée donnant une impression d’espace et de vide. Pas la moindre fissure, pas la moindre poussière. Même les plantes ornementales semblent se cantonner dans le rôle restreint et artificiel de nature morte. J’ai l’étrange impression d’être dans une simulation, un rendu 3D d’un projet d’architecture comme on en trouve sur les affiches jouxtant des terrains vagues d’où doivent, bientôt, naître de merveilleux projets immobiliers aux noms évocateurs.

Il me faut un certain temps avant de réaliser qu’aucune publicité n’est visible. Pourtant, les formes des bâtiments s’éloignent avec une certaine élégance d’un fonctionnalisme trop strict. Les murs s’élancent avec une certaine recherche esthétique où les motifs en fractale semblent occuper une place prépondérante.

Une brise un peu brusque dépose soudainement une fine feuille de plastique sur laquelle se distingue difficilement le logo d’une marque de chocolat.

La feuille se pose sur le trottoir et semble s’y enfoncer doucement, comme un fin navire de papier sombrant dans une écume solide.

Je pousse une exclamation de surprise. Junior s’accroupit.

— Du smart sand ! Tout le complexe est en smart sand !

D’un geste de la main, il donne quelques instructions à Max. Obtempérant, celui-ci donne un violent coup dans le mur de béton en utilisant une partie métallique de son corps. Le mur semble s’effriter légèrement. Un trou bien visible se dessine et le sable se met à couler avant de s’arrêter et, sous mes yeux ébahis, de se mettre à escalader le mur pour reboucher le trou. Quelques secondes s’écoulent et le mur semble comme neuf !

Je me tourne vers mes compagnons :

– Je croyais que ce smartsand n’était encore qu’à l’état de prototype. Mais si tout le complexe en est construit, cela a des implications profondes.

Junior me lance un regard étonné.

— C’est impressionnant mais je ne vois pas trop…
— Cela signifie que le bâtiment s’est imprimé tout seul. Un architecte a dessiné les plans et le bâtiment est sorti de terre sans aucune assistance humaine.
— Oui mais où est le problème ?
— Que tout ce complexe peut avoir existé depuis des années ou n’être qu’un leurre, créé de toutes pièces dans les dernières vingt-quatre heures.
— Quel genre de piège ? interroge Max.
— Le bâtiment peut se modifier en fonction de certains stimuli pré-programmés. Nous pouvons très bien nous retrouver enfermés.
— Nous le serions déjà, murmure Eva. Toute la route est dans la même matière et aurait pu nous engloutir.

Je me tourne vers elle.

— Eva, tu m’as dit que tu connaissais FatNerdz. C’est lui qui nous a emmené ici. Peut-on lui faire confiance ?

— Confiance ?

Elle bégaie légèrement, sa lèvre inférieure tremble.

— Il ne s’agit pas de confiance mais uniquement de logique. Tu n’es pas mort, Nellio. Cette seule information devrait te suffire.

Bravement, elle s’avance vers une porte vitrée et, sous mes yeux ahuris, passe simplement à travers comme s’il s’agissait d’un hologramme. Junior exulte !

– Wow ! Du smart glass ! Génial ! Il fond instantanément et se reforme. C’est impressionnant.

Sans hésiter, nous emboitons le pas à Eva. Après tout, nous sommes désormais sous le contrôle total du bâtiment. S’il doit nous arriver quelque chose, il est déjà trop tard.

En franchissant la porte, j’ai l’impression de passer sous une fine chute d’eau. Un léger contact qui s’estompe immédiatement.

Je rejoins Eva, talonné par Max et Junior. Je sens comme une légère vibration et un pincement au creux de l’estomac.

— Nous montons ! Le bâtiment nous pousse vers le haut sans avoir besoin d’un ascenseur. C’est aaaaaah…

Sans prendre la peine de finir sa phrase, Junior se met à hurler. Paniqué, il nous désigne à grand renfort de geste ses pieds. Où plutôt l’endroit où aurait du se trouver ses pieds. À lieu et place de ses chaussures, je vois deux tibias s’enfoncer parfaitement dans le sol.

— Tu t’enfonces ! crie Eva.
— Non, le sol monte mais sans lui, corrige Max de sa voix artificiellement calme et posée.
— Ce n’est vraiment pas le moment d’argumenter à ce sujet, fais-je en me ruant sur Junior.
— Merde ! Merde ! crie ce dernier. Je sens que ça monte.

En effet, le sol est désormais dans la partie supérieure de ses mollets.

— Mais c’est quoi ? Une sorte de sable mouvant ?
— Non, répond Eva. Le bâtiment sais exactement ce qu’il fait.

Comme en écho, une image se forme sur un mur. Une fiche d’identité apparaît avec une photo de Junior, en uniforme, un numéro de matricule et un ensemble de méta-données sur sa vie et sa carrière. En rouge clignote une ligne « Policier déserteur. Dangereux. Protection totale requise. »

Je sens la panique me gagner. Machinalement, je m’approche de Junior pour tenter de le tirer vers le haut. Il hurle de douleur. Sans dire un mot, nous nous affairons tous les trois mais sans succès. Le sol arrive désormais presqu’à la taille de Junior qui se calme subitement.

— Cela devait finir comme cela. Protection totale. Je suis donc à ce point dangereux que toute action est justifiée pour me mettre hors d’état de nuire.
— Il faut faire quelque chose, dis-je. Max, ne peux-tu pas tenter de creuser le béton et que nous le portons au-dessus de nous ?

Eva, qui s’est reculée, me regarde froidement.
— C’est inutile, Nellio. Nous sommes complètement sous l’emprise du bâtiment. Il n’y a rien à faire.
— Mais…

Je tourne la tête vers Junior. Celui-ci tente de me rendre un regard brave. Le sol a désormais dépassé son nombril. Sa respiration se fait plus difficile.

— Je le savais, murmure-t-il. J’étais en sursis. Je suis néanmoins fier. Mais il y’a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi suis-je le seul ? Qu’avez-vous de différent ?

Eva s’accroupit pour se mettre à son niveau.
— Cet immeuble est confiant et n’utilise qu’une protection positive : seuls les cas confirmés sont éliminés. Les autres peuvent circuler sans autorisation particulière.
— Ça ne tient pas debout ! Pourquoi serais-je le seul listé ?

Eva réfléchit un instant avant de répondre.

— Parce que tu es un policier déserteur, tu as été repéré. Mais pour les bases de données civiles, Max et Nellio sont morts. Moi, je n’existe tout simplement pas. Ces deux cas ne rentrent probablement dans aucune des conditions du programme de l’immeuble et, par défaut, il prend le programme automatique du personnel autorisé. C’est une énorme faille de sécurité, le programmeur a du pondre ça avec les pieds mais son bug serait passé inaperçu si deux morts et un non-être ne s’étaient pas pointés.

Je pousse une exclamation de surprise mais je n’ai pas le temps d’aller plus loin que Junior pousse un cri. Il vient de constate que sa main droite, qu’il a bougé en parlant, a également commencé à s’enfoncer. Les doigts sont désormais pris dans le sol. Désespérément il tente de lever le bras gauche et de faire des mouvements pour se dégager. Son corps est désormais enfoncé au delà du plexus solaire. Il se débat laborieusement en poussant des petits cris.

— On ne peut pas rester là sans rien faire à le regarder crever d’une mort horrible ? fais-je en tentant de secouer les bras de Max et Eva.
— Visiblement si, répond laconiquement Max.
— Mais…

Paralysé par l’angoisse, j’observe le niveau du sol engloutir les épaules de mon ami, commencer à monter au niveau du cou. Il penche la tête en arrière dans un ultime espoir de gagner du temps. La pression sur ses poumons doit être énorme, il halète en poussant de petits cris aigus.

— Junior, fais-je. Je… Je… Tu es mon ami !

Le visage est désormais au niveau même du sol, comme un hideux bas-relief. Le smart sand commence à emplir la bouche de Junior dont les yeux reflètent une terreur pure, brute. Une terreur abjectes qui me figent et arrêtent les battements de mon cœur.

Le souffle coupé, je reste immobile, paralysé, les yeux rivés sur un sol propre et lisse.

 

Photo par Frans de Wit.

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Source : https://ploum.net/printeurs-44/


Les 3 piliers de la sécurité

mercredi 22 février 2017 à 13:57

La sécurité est un terme sur toutes les lèvres mais bien peu sont en mesure de la définir et de la concevoir rationnellement.

Je vous propose la définition suivante :

« La sécurité est l’ensemble des actions et des mesures mises en œuvre par une collectivité pour s’assurer que ses membres respectent les règles de la collectivité. »

Remarquons que la sécurité individuelle n’est garantie que si elle est explicite dans les règles de la collectivité. Si les règles précisent qu’il est permis de tuer, par exemple des esclaves, ces individus ne sont pas en sécurité.

Ces actions et mesures se divisent en trois grandes catégories, que j’appelle les trois piliers de la sécurité : la morale, les conséquences et le coût.

Le pilier moral

Le premier pilier est l’ensemble des incitants moraux qui encouragent l’individu à respecter les règles de la société. Ce pilier agit donc au niveau individuel et se transmet par l’éducation et la propagande.

Un excellent exemple de l’utilisation du pilier moral est le « piratage de musique ». À coup de propagande, les grandes maisons de disque ont fait entrer dans la tête des gens que télécharger une chanson équivalait virtuellement à voler voire blesser un artiste.

Cette affirmation est rationnellement absurde mais l’éducation morale a été telle que, aujourd’hui encore, pirater de la musique est perçu comme immoral. De manière amusante, ce phénomène est bien moindre avec les logiciels ou les séries télé car le côté « artiste spolié » est beaucoup moins pregnant dans l’imaginaire collectif pour ce type d’œuvres.

Le pilier des conséquences

Le second pilier est un facteur résultant de la multiplication du risque d’être pris en train de briser les règles avec la conséquence prévue en cas de flagrant délit.

Par exemple, malgré de nombreuses tentatives d’utilisation du pilier moral à travers les campagnes de la sécurité routière, la plupart des conducteurs ne respectent pas les limites de vitesse.

Des amendes ont donc été mises en place, parfois très élevée. Mais ces amendes ne sont pas dissuasives si le conducteur a l’impression que le risque d’être pris est nul. 0 multiplié par une grosse amende fait toujours 0.

Des contrôles radars ont donc été mis en place, en tentant de les garder secrets et d’interdire les détecteurs de radar. Mais là encore, l’efficacité s’est révélée limitée, le risque étant toujours perçu comme faible et relevant du « pas de chance ».

Par contre, l’installation de radars automatiques avec de grands panneaux « attention radar » a eu un effet drastique sur ces endroits en particuliers. Les conducteurs ralentissent et respectent la limitation, même si c’est pour une durée limitée.

Le pilier du coût

Enfin, il existe des situation où l’on se fiche de la morale et des conséquences. Le dernier pilier sécuritaire consiste donc à augmenter le coût nécessaire à briser les règles.

Ce coût peut prendre différentes formes : le temps, l’argent, l’expertise, le matériel.

Par exemple, je sais qu’un voleur de vélo se fout du pilier moral. Il a également peu de chances d’être pincé et donc n’a pas peur du pilier des conséquences. Je peux cependant légèrement augmenter pour lui le risque d’être pris en faisant tatouer mon vélo, mais c’est faible.

Par contre, je peux rendre le vol de mon vélo le plus coûteux possible en utilisant un très bon cadenas.

Voler mon vélo nécessitera donc plus de temps et plus de matériel que si mon cadenas était basique.

Les serrures sur votre porte ne sont qu’une augmentation du coût nécessaire pour rentrer chez vous sans la clé. Ce coût sera soit du temps (s’il faut fracturer la porte), soit en expertise (un serrurier vous ouvrira votre porte en quelques secondes).

Le théâtre sécuritaire

Toutes les mesures de sécurité qui sont prises doivent agir sur l’un de ces trois piliers. Des mesures peuvent même avoir des effets sur plusieurs piliers. En augmentant le temps nécessaire à enfreindre une règle (pilier du coût), on augmentera également la perception du risque d’être attrapé (pilier des conséquences).

Cependant, il existe également des mesures qui ne rentrent dans aucune de ces catégories. Ces mesures ne sont donc pas des mesures visant à augmenter la sécurité.

Par exemple, les militaires patrouillant dans les rues pour lutter contre le risque qu’un fou terroriste se fasse sauter. Les militaires n’ont clairement pas une influence sur le pilier moral. Ils n’ont pas d’influence sur le pilier des conséquences (un kamikaze se fout des conséquences). Et ils n’ont pas non plus d’influence sur le coût. Si vous voulez vous faire sauter, la présence de militaires armés dans les parages ne change rien à vos plans !

Cette analyse est donc importante car elle permet de détecter les mesures de non-sécurité. Ces mesures ne sont donc pas sécuritaires mais ont d’autres motivations. À titre d’exemple, les militaires dans la rue servent à donner l’impression à la population que le gouvernement agit. En effet, la seule action pertinente contre le terrorisme est le renseignement et l’action discrète mais la population aura alors l’impression que le gouvernement ne fait rien.

On appelle « security theatre » les mesures qui ne renforcent pas la sécurité mais ne servent qu’à donner l’image d’une sécurité renforcée. Dans certains cas, ces mesures sont justifiées (elles rassurent), dans d’autres, elles sont nocives (elles entraînent un sentiment de peur irrationnelle, sont elles-mêmes source d’insécurité).

Autre exemple : aux États-Unis, plusieurs états républicains ont mis en place des mesures pour soi-disant se protéger des fraudes électorales. Problème : ces mesures sont absolument inefficaces, adressent un problème dont l’existence n’a jamais été démontré mais elles ont un effet immédiat. Elle rende le vote très difficile voire impossible pour une grande partie des minorités et des populations les plus pauvres qui ont tendance à voter démocrate. Sous couvert de la sécurité, on prend des mesures dont l’objectif réel est d’avantager un parti.

Identifier les abus de sécurité

Lorsque des mesures de sécurité sont mises en place et qu’elles n’agissent efficacement sur aucun des 3 piliers, il est nécessaire d’être vigilant : la motivation n’est pas la sécurité mais certainement autre chose.

Si l’on prend des mesures pour soi-disant garantir votre sécurité, posez-vous toujours les bonnes questions :

– Est-ce que le problème est quantifié en termes de gravité et de probabilité ?
– Les mesures proposées adressent-elles efficacement au moins un des trois piliers ?
– Le coût et les conséquences de ces mesures sont-elles en relation avec le risque dont elles protègent ?

Mais si on applique la rationalité à la sécurité, on arrive à la conclusion effarante que pour nous protéger, nous devrions prendre des mesures drastiques pour réguler la circulation automobile, la qualité de notre alimentation et de l’air que nous respirons. Au lieu de ça, nous laissons nos émotions être manipulées, nous envoyons des soldats risquer leur vie un peu partout dans le monde ou nous luttons contre les freins à disque sur les vélos.

Au fond, nous ne cherchons pas la sécurité, nous cherchons à être rassuré sans devoir rien changer à notre mode de vie. Quoi de plus approprié pour cela qu’un ennemi commun et un régime totalitaire pour nous empêcher de penser ?

 

Photo par CWCS Managed Hosting.

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Source : https://ploum.net/les-3-piliers-de-la-securite/


Promis, je reste !

vendredi 10 février 2017 à 14:17

— S’il-te-plait, ne m’abandonne pas ! Résiste ! Reste !

Écrasé par la douleur, je broie sans m’en rendre compte les doigts frêles posé sur le lit d’hôpital. De longues larmes lourdes et pesantes ruissellent sur ma joue, inondant le drap.

Elle tourne vers moi un regard fatigué, épuisé par la douleur.

– Je t’aime, fais-je d’une voix implorante.

D’un clignement des yeux, elle me répond.

— Je t’aime, murmure un souffle, une ébauche de sourire.

Soudain, je me sens apaisé. Mon esprit s’est clarifié. D’une voix nette et fluide, je me mets à parler.

— J’ai toujours été deux avec toi. Ma vie s’est construite sur nous. Je n’ai jamais imaginé que l’un de nous puisse partir avant l’autre. L’amour, ce concept abstrait des poètes, a guidé chacun de mes pas, chacun de mes soupirs. C’est vers toi que j’ai toujours marché, c’est pour toi que j’ai toujours respiré.

Comme un barrage soudainement détruit, j’éclate en sanglot. Ma voix se déforme.

— Que vais-je faire sans toi ? Comment puis-je encore vivre ? Ne me laisse pas ! Reste !
— Je… Je te promets de rester, balbutie une voix faible. De rester aussi longtemps que tu le souhaiteras. Je partirai seulement quand tu me laisseras partir. Promis, je reste…
— Mon amour…

Pendant des heures, je baise cette main désormais décharnée, je pleure, je ris.

— Je t’aime ! Je t’aime mon amour !

Rien n’a plus d’importance que l’amour qui nous unit.

Une poigne ferme s’abat soudainement sur mon épaule.

— Monsieur ! Monsieur !

Hébété, je me retourne.

— Docteur ? Que…

— Je suis désolé. Il n’y a plus rien à faire. Nous devons procéder à la toilette du corps.

— Hein ? Mais…

Perdu, je me tourne vers ma bien aimée. Ses yeux sont fermés, un très léger sourire illumine son visage.

— Elle dort ! Elle s’est simplement assoupie !

Dans mes doigts, sa main est devenue glacée, rigide.

— Venez, me dit doucement le docteur en m’accompagnant. Avez-vous de la famille à appeler ?

*

J’entends à peine le chauffeur démarrer et faire demi-tour derrière moi. Sous mes pieds, les familiers graviers de l’allée crissent et se mélangent. Machinalement, j’ai introduit ma clé et ouvert la porte. Un sombre silence m’accueille. Ma bouche est sèche, mes tempes bourdonnent d’avoir trop pleuré.

Sans allumer la lumière, je traverse le hall d’entrée et m’installe dans la cuisine. Ouvrant le robinet, je me sers un verre d’eau.

Un frisson me parcourt l’échine. Une porte claque. Dans l’armoire du salon, les verres en cristal se mettent à chanter.

— Qui est là ?

Une fenêtre s’ouvre violemment et un tourbillon de vent envahit la pièce, m’enveloppant dans l’air froid de la nuit.

À mon oreille, une voix proche et lointaine susurre :

— Promis, je reste…

 

Photo par Matthew Perkins.

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La conscience de l’humanité passera-t-elle par les réseaux sociaux ?

mardi 7 février 2017 à 14:10

Dans « Pourquoi nous regardons les étoiles », j’ai expliqué que l’humanité est pour moi un organisme multicellulaire qui est en train de se doter d’un système nerveux (l’écriture et Internet) et, bientôt, d’une conscience.

D’un point de vue anecdotique, il est intéressant de constater que le logiciel d’intelligence artificielle MogIA avait prédit, en analysant les réseaux sociaux Twitter, Facebook et Google, que Trump serait élu là où les médias traditionnels étaient convaincus de la victoire d’Hillary Clinton.

J’ai la conviction que, bien qu’encore balbutiante, une conscience globale est en train d’émerger sur les réseaux sociaux.

Et vous avez un rôle primordial à jouer pour donner une direction à cette conscience, pour lui inculquer les valeurs qui vous sont chères.

Le piège des « fake news »

Depuis l’élection de Trump, un débat a lieu sur le partage des “fake news” sur les réseaux sociaux, des canulars présentés comme des nouvelles réelles et qui auraient influencés les électeurs américains.

Mais ces fake news ne sont-elles pas tout aussi représentatives de notre conscience collective que n’importe quelle autre information ? La réalité est une notion complexe et sa représentation est forcément subjective.

Après tout, notre société européenne s’est construite sur un livre, la bible, qui contient tellement de contradictions et d’absurdités que la question de sa réalité ne devrait pas se poser. Pourtant, il fut à la fois le fruit et l’influence de notre conscience collective durant plusieurs siècles.

Si nous voulons faire grandir notre conscience collective, il ne faut pas filtrer les fausses nouvelles, il faut apprendre à devenir critique et à les comprendre comme ce qu’elles sont : une partie légitime de nous-mêmes.

Il n’y a pas de vraies ou de fake news mais des expressions différentes de notre perception commune. Toute “vraie” news reste filtrée par la subjectivité de celui qui l’a écrite.

Construire une conscience collective sur Facebook

Je vous propose donc d’analyser l’influence que les réseaux sociaux ont sur nous et que nous pouvons avoir sur eux, en commençant par Facebook.

Pour chaque action que nous avons la possibilité d’effectuer, j’ai identifié trois effets :

Aimer une page Facebook

Sur Facebook, “Aimer” est un terme trompeur. Il serait plus juste de dire “Je soutiens publiquement”. Par exemple, en aimant la page Ploum, vous soutenez publiquement mon action de blogueur.

L’effet sur les autres est relativement important car cela revient à recommander Ploum à vos amis. Plus une page à des “J’aime”, plus elle est considérée comme crédible et importante, spécialement par les médias traditionnels. Votre “J’aime” a donc un poids réel (tout comme le fait de me suivre sur Twitter, le nombre de followers étant perçu comme une mesure de l’importance de la personne).

L’effet que cela a sur vous est très faible, voire nul à moins que vous ne cliquiez sur “Voir en premier”. Si vous ne faites pas cela, vous ne verrez presque pas les publications de la page en question. La raison est simple : Facebook fait payer les propriétaires de pages pour toucher leurs fans.

Le business de Facebook est donc de vous encourager à aimer ma page puis à me faire payer pour que mes posts vous parviennent.

Précision importante : vous offrez une part énorme de votre attention aux publicitaires si vous aimez des pages génériques ou liées à des domaines précis. Si vous aimez ce qui touche au vélo, vous serez inondés de publicités liées au vélo. C’est en utilisant cette technique que Trump a pu être élu malgré une campagne ridicule et un budget très limité.

Soyez donc vigilants et passez en revue tous vos “J’aime”, surtout ceux que vous avez fait à un moment ou un autre pour participer à un concours. N’aimez que ce que vous considérez comme un réel soutien public.

Personnellement, j’évite les marques, les grands groupes et les concepts génériques. J’aime les personnes, les artistes peu connus, les organisations ou les commerces locaux dont je souhaite activement assurer la promotion.

Profitez-en pour aimer Ploum.net sur Facebook et Twitter ! Ne suis-je pas un artiste peu connu ?

Aimer et repartager un contenu sur Facebook

En aimant et repartageant un contenu, vous un avez un effet maximal sur Facebook. Non seulement vous donnez du poids à un contenu mais vous augmentez la probabilité que votre entourage y soit confronté.

Attention, il y’a une astuce : ce poids va au contenu et pas au message au-dessus. Si vous aimez un message de type “Ce site d’extrême-droite est scandaleux”, vous donnez du poids… au site en question et favorisez l’apparition de ce site sur Facebook.

Il est donc important de ne pas partager ce qui vous indigne mais bien des sites, des articles, des vidéos que vous soutenez réellement.

Autre revers de la médaille : vous vous mettez à nu face aux publicitaires. Si vous aimez des articles sur le vélo, ils finiront par comprendre que vous aimez le vélo, bien que vous n’aimiez aucune page liée.

En résumé, soyez très prudents avec ce que vous partagez et soyez positifs !

Si vous voulez donner de la « conscience » à notre humanité Facebookienne, je vous encourage à partager des articles, des textes, des vidéos que vous trouvez vraiment intéressants, qui ont du fond, qui vous semblent pertinents.

Personnellement, je tente de proscrire les « révélations » de type « ce que les médecins/politiciens/médias vous cachent », les vidéos ou images amusantes, choquantes mais sans réelle réflexion. J’évite également les posts automatisés de type quizz, sondages ou « quel chat/acteur/personnage êtes-vous ? ». J’essaie également d’éviter ce qui fait réagir mais n’est au fond qu’anecdotique. Je fuis la manipulation des émotions.

En postant des articles ou des vidéos de fond, vous invitez à la réflexion, à échanger des idées. En développant des arguments sereins et positifs dans les commentaires, vous faites grandir notre conscience collective. C’est justement ce que j’essaie de faire, à ma petite échelle, avec les articles que j’écris ou que je partage.

Qui façonne ceux qui nous façonnent ?

En conclusion, il apparaît que Facebook est avant tout une machine à nous façonner. L’influence que Facebook a sur nous est maximale tandis que celle que nous avons sur Facebook est minimale.

Minimale mais existante !

Si nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser Facebook avec la pleine conscience de ce que nous faisons, l’effet sera tangible !

Je comprends le désir de beaucoup d’entre vous de quitter ou de ne jamais rejoindre Facebook. Malheureusement, on ne peut plus nier l’importance que cet outil a pris dans le façonnement de notre humanité. À tel point que je le trouve de plus en plus représentatif de la « conscience de l’humanité ». Alors est-il préférable de le quitter complètement ou d’essayer de le façonner à notre image ? À chacun de choisir sa solution en conscience…

 

Photo par Frans de Wit.

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Source : https://ploum.net/la-conscience-de-lhumanite-passera-t-elle-par-les-reseaux-sociaux/


Pourquoi nous ne faisons pas la révolution ?

dimanche 5 février 2017 à 13:19

Autour de moi, nombreux sont ceux qui s’indignent sur les différentes injustices, sur la malhonnêteté flagrante et indiscutable des politiciens qui nous gouvernent. Et de s’interroger : « Comment se fait-il qu’on tolère ça ? Pourquoi n’y a-t-il pas de révolutions ? »

La réponse est simple : car nous avons trop à perdre.

Depuis la corruption à peine voilée et bien connue de nos dirigeants aux injustices inhumaines de notre système, nous dénonçons mais n’agissons pas.

Nous avons peur de perdre…

Grâce à la productivité accrue, notre société pourrait nous nourrir et nous loger confortablement sans soucis. Cependant, nous sommes encore tous entretenus dans la superstition qu’il est nécessaire de travailler pour mériter le droit de survivre. Nous avons peur de la pauvreté voir même de demander de l’aide, d’être assistés.

Le travail est une denrée de plus en plus rare ? Le travail est le seul moyen de survivre ?

Ces deux croyances sont si profondément ancrées qu’elles rendent difficile de prendre le moindre risque de changer les choses. Car tout changement pourrait être pire. Et induire le changement est un risque individuel !

Nous avons trop à perdre…

Emprunt hypothécaire, grosse voiture, smartphone assemblé en Chine, ordinateur portable, chemises de marque produites par des enfants au Bangladesh. La société de consommation nous pousse à trouver dans l’achat et le luxe ostentatoire une réponse à tous nos maux.

Nous soignons l’hyperpossession par des achats compulsifs. Nous ne sommes même pas intéressés par les objets en question mais par le simple fait d’acheter, de posséder. Sinon, nous achèterions de la qualité.

Et le résultat est que nous possédons énormément de brols, de produits de mauvaises qualité que nous n’utilisons pas mais que nous entassons et refusons de jeter pour ne pas remettre en question notre acte d’achat. Nous possédons tellement que tout changement nous fait peur. Serions-nous prêts, comme nos arrières-grand-parents, à partir sur les routes en n’emportant qu’une simple valise ? Nous avons travaillé tellement d’heures pour acheter ces biens que nous stockons, souvent sans les utiliser une fois l’effet de nouveauté passé.

Prendre des risques

Au plus nous possédons, au plus nous avons à perdre. Ajoutons à cela que, dans le crédo sociétal, toute déviation de la norme est perçue comme une prise de risque incroyable, vitale. Si vous n’avez pas votre maison, vous risquez d’être sans ressource à la pension. Si vous n’avez pas de travail, vous êtes sociétalement un paria et vous serez demain à la rue. Demander de l’aide à des amis ou à la famille serait le comble du déshonneur.

Il est donc préférable de perpétuer le système tel qu’il est, de ne surtout rien changer.

Alors, nous râlons devant les injustices flagrantes, les manquements. Nous nous attacherons à des petits avantages, des augmentations salariales.

Nous voterons pour “le changement” en espérant de tout cœur que rien ne change.

Les révolutions

Il faut se rendre à l’évidence : les révolutions se font par des gens qui sont prêts à sacrifier leur vie.

Or nous ne sommes même pas prêts à sacrifier notre nouvelle télévision et notre carte essence.

Tant que nous nous évertuerons à protéger notre emploi et nos petits avantages, fut-ce au mépris de nos valeurs et de nos propres règles morales, nous nous condamnons à entretenir le système.

Par contre, nous pouvons apprendre à acheter de manière responsable, à ne plus sacrifier nos valeurs pour un emploi, à sortir de nos aliénations. Nous pouvons apprendre à remettre en question ce que nous achetons, ce que nous faisons pour gagner notre vie. Nous pouvons apprendre à refuser de nous laisser manipuler.

Peut-être que c’est tout simplement cela la prochaine révolution : prendre conscience des conséquences de nos actions individuelles, reprendre le pouvoir sur nos vies au lieu de se contenter de remplacer régulièrement ceux à qui nous déléguons le pouvoir.

 

Photo par Albert.

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