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Les utilisations possibles de Mastodon

mercredi 12 avril 2017 à 13:41

La hype retombe un peu et l’arrivée des nouveaux sur Mastodon également. Nous allons maintenant pouvoir parler plus largement des possibilités offertes par l’outil. La question est simple : en quoi et comment Mastodon pourrait m’être utile ?

Pour celles et ceux qui ne savent pas de quoi je parle, je vous invite à lire mon précédent billet qui explique, de la façon la plus large possible, ce qu’est Mastodon.

Au-delà des usages « de l’outil », à savoir le microblogging, le fonctionnement complètement décentralisé de Mastodon fait qu’il est possible de l’utiliser dans certains milieux ou certaines conditions assez spécifiques.

La base de la base

Pour comprendre les utilisations possibles de Mastodon, il faut déjà comprendre le fonctionnement du logiciel. Spoiler : la décentralisation est au cœur de l’ensemble.

Mastodon n’est pas un service en ligne édité par une société. Vous n’êtes pas obligés de passer par cette société pour l’utiliser, ni pour vous inscrire. Vous n’êtes pas non plus obligés de tout laisser sur les serveurs de cette société… puisqu’il n’existe pas de société derrière Mastodon !

Le logiciel se présente comme n’importe quel autre logiciel libre : on le télécharge, on l’installe et on peut l’utiliser… enfin, à peu de choses près.

Le « peu de choses », c’est que Mastodon ne s’installe pas aussi simplement que votre lecteur vidéo préféré, à savoir VLC. C’est un peu plus compliqué que ça pour l’administrateur et il faut quand-même disposer de certaines compétences mais, une fois installé, c’est parti !

Le fonctionnement de Mastodon est le suivant : une fois installé sur votre serveur – on parle d’instance – vous pouvez inviter qui vous voulez à s’inscrire. Ils passeront alors par votre serveur pour se connecter à l’ensemble des autres instances mises en ligne. On appelle cela un réseau fédéré.

Le fonctionnement n’est pas sans rappeler le service des e-mails : vous ouvrez une adresse chez un fournisseur de messagerie et vous pouvez communiquer avec d’autres personnes inscrites sur d’autres fournisseurs de messagerie. La différence ici est qu’on peut également voir l’ensemble des échanges – lorsqu’ils sont publics – en direct.

Mastodon dans le secteur professionnel

Un des usages auxquels je pense est l’implémentation d’une instance Mastodon dans l’environnement professionnel. Fini les mails pour parler rapidement de quelque chose. Terminé les alertes que personne ne voit car personne n’a le temps d’ouvrir ses mails. Plus de problèmes d’information manquée car telle ou telle personne n’était pas là.

Le principe est simple : votre service IT ou une personne technique de confiance installe le logiciel au sein de votre entreprise et s’assure que son accès ne soit possible que pour les employés de votre société. Installée en « interne » et configurée de façon à ce qu’elle ne puisse pas être connectée aux autres instances Mastodon, votre instance devient une plateforme d’échange entre employés, en temps réel, d’un potentiel tas d’informations.

Premièrement, vos employés peuvent parler entre eux et s’envoyer des informations utiles. Vous pouvez également envoyer des informations, qui apparaîtront dans le fil général de l’instance, afin de remplacer le mail que personne ne prend le temps de lire. Avantage, le message restera visible, il vous sera également possible de le supprimer par la suite, s’il n’a plus lieu d’être. Le format de Mastodon, 500 caractères, vous permet de rédiger assez long pour transmettre de l’information et c’est, à mon sens, moins contraignant que l’usage de l’e-mail.

L’éducation

Mastodon pourrait très bien trouver sa place au sein d’écoles, comme plateforme de discussion, d’échange d’informations. Là encore, plusieurs usages sont possibles.

On peut se servir de Mastodon à la façon d’une entreprise, afin que les élèves puissent échanger entre eux ou directement avec les enseignants et le personnel scolaire. On peut également distribuer des contenus en direct à un ensemble de personnes ou à la totalité de l’instance. Enfin, les messages « directs » permettent de transmettre des contenus plus ciblés encore.

Autre réflexion possible, on peut également se dire que Mastodon, cela serait une bonne occasion pour interconnecter des écoles les unes avec les autres : via différentes instances installées et interconnectées, le tout en restant dans un circuit contrôlé et non connecté à l’ensemble du réseau « maillé » Mastodon.

Tout n’est pas rose pour autant

Ce ne sont que des idées, déposées un peu rapidement sur un coin de table numérique, mais cela vous donne un aperçu des possibilités offertes par le logiciel et par le principe de décentralisation d’un outil.

Dans la pratique, ce n’est cependant pas aussi simple. L’outil doit garantir un certain nombre de fonctions et être assez sécurisé pour qu’il soit possible de garder la main sur les échanges et pour assurer un certain niveau de confidentialité.

Actuellement, les messages « directs » ne sont pas « privés », dans la mesure où l’administrateur de votre instance peut les voir… après tout, « c’est l’admin », Google peut voir vos mails sur Gmail, Twitter vos messages privés, c’est pareil. En soi, c’est problématique dans certains cadres ou pour certaines utilisations et je vois d’ici un problème avec un administrateur trop curieux ou une société qui vous vire pour un message direct envoyé sur Mastodon.

Bref, il reste encore de nombreuses questions de fond et de forme, techniques et juridiques, mais vous avez compris le principe essentiel. Ce logiciel ou, plus largement, un logiciel décentralisé, c’est un univers de possibilités qui ne dépendent que de vous et de vos usages actuels. S’ils peuvent être simplifiés par la mise en place d’un tel outil, alors lancez-vous !

 

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Mastodon, qu’est-ce que c’est ?

jeudi 6 avril 2017 à 16:43

Un énorme buzz a vu le jour récemment, autour d’un potentiel « concurrent » sérieux au service Twitter : Mastodon. Ayant vu beaucoup de papiers et surtout d’énormes erreurs, voire d’abjectes conneries, j’ai décidé d’en parler ici pour vous expliquer, en détail, ce que c’est.

Mastodon, définition

Mastodon est donc un programme qui permet, une fois installé sur un serveur, de faire du microblogging. Le principe se rapproche d’autres réseaux sociaux déjà existants, comme Twitter.

Seulement, la comparaison s’arrête là : même si Mastodon offre des fonctionnalités similaires à Twitter, il ne fonctionne absolument pas de la même façon.

Décentralisons

À la différence de Twitter, Mastodon est une application décentralisée, on va parler un peu technique mais rassurez-vous, ça va être très clair.

Définissons rapidement Twitter :

Twitter est un service web, géré par une société. Vous vous y connectez en vous rendant sur une plateforme unique, celle de Twitter. Vous pouvez éventuellement utiliser un client, mais au final, il se connecte aussi chez Twitter.

On parle d’un service centralisé pour cette raison et également car, pour pouvoir se servir de Twitter, il faut s’enregistrer chez Twitter directement.

Qui dit service centralisé dit, forcément, centralisation et les problèmes qui y sont associés :

Définissons maintenant Mastodon

Mastodon, c’est un programme, comme VLC, Libre Office ou votre jeu vidéo préféré.

Il se télécharge et s’installe sur un serveur. Il peut être installé par n’importe qui : vous, moi ; à la différence de Twitter où personne (autre que Twitter elle-même) n’a la main sur la recette de cuisine.

Après installation de ce logiciel, votre serveur devient ce qu’on appelle une instance Mastodon.

Une instance, c’est un peu comme votre maison : vous pouvez choisir d’y vivre seul (on parle alors d’une instance à utilisateur unique, les inscriptions ne sont pas ouvertes aux autres) ou alors vous pouvez y vivre avec des colloc’ (on parle alors d’instance ouverte).

Donc, une fois configuré, vous pouvez permettre à des internautes de s’enregistrer chez vous, sur votre Mastodon à vous, qu’on appelle une instance, comme expliqué précédemment. Cette notion étant très importante, on lui consacrera une partie du billet.

Si vous et moi installons plein de Mastodon sur plein de serveurs, il y en a partout et si, en plus, on vous dit qu’il est possible de papoter avec les copains d’autres instances sans pour autant devoir s’inscrire 10 fois, ben c’est trop cool, non ?

L’idée derrière tout ça c’est que vous avez le pouvoir de choisir où vous souhaitez loger (sur quelle instance). Vous préférez avoir vos données dans votre pays? votre ville? votre salon? C’est possible avec Mastodon (et il n’y a pas besoin de demander l’autorisation) : il n’y a pas de « chef » de Mastodon, pas de société qui le gère, pas d’instance suprême : c’est ce qu’on appelle un service décentralisé.

Qu’est-ce que m’offre Mastodon par rapport à d’autres services de microblogging comme twitter ?

En plus de ne pas avoir de chef, ni de centre, Mastodon apporte plein de fonctionnalités bienvenues.

Nous allons aborder les fonctionnalités qui sont actuellement présentes dans Mastodon. Je dis actuelles car, le logiciel étant libre, il est porté par différentes personnes et communautés du logiciel libre,il sera donc amené à évoluer.

L’évolution de ces fonctionnalités ne se fera pas en fonction du marché, ni du cours de la bourse et encore moins en fonction des désirs d’une entreprise qui cherche son business model – coucou Twitter – mais en fonction des demandes des utilisateurs : Mastodon est un système qui appartient à la communauté et à l’administrateur de l’instance !

Voici à quoi ressemble Mastodon :

Interface de Mastodon sur un ordinateur

Mastodon sur un ordinateur

Interface de Mastodon sur un mobile

Interface de Mastodon sur un mobile

500 caractères

Mastodon permet donc d’écrire des messages, des « Toots » ou des « Pouets » en français. Ce sont des messages de 500 caractères maximum, les noms d’utilisateurs sont comptabilisés dans le décompte et c’est éventuellement un problème : si vous mentionnez plusieurs utilisateurs d’instances étrangères à la vôtre, on perd « beaucoup » de place.

Reste que 500 caractères, c’est libérateur en comparaison à Twitter où on cherche plus à savoir comment écrire, à se plier aux règles du réseau, plutôt qu’à se focaliser sur le contenu et la richesse, l’intérêt du message.

Les liens vers des sites sont supportés – heureusement – ainsi que les images, les gifs, les liens vers des vidéos et globalement, tout type de lien.

Des filtres de base

Mastodon met à disposition des filtres « de base » dans la rédaction du message : il permet de masquer une partie d’un message, ce qui forcera l’utilisateur à cliquer sur un bouton pour lire la suite. C’est une fonction simple mais jamais implémentée par Twitter.

Image du message marqué de Mastodon

Mastodon met aussi à disposition un filtre pour les images « NSFW », pour Not Safe For Work.

Image du message marqué avec le filtre NSFW de Mastodon

On remarquera la présence d’un petit ajout « NSFW » en dessous de l’image.

Ce filtre vous permet d’indiquer que l’image de votre contenu est sensible et il faudra, alors, que l’utilisateur clique pour demander à voir l’image.

Exit donc les fonctions binaires qui font qu’on masque l’ensemble de ses contenus ou qu’on ne masque rien – comme Twitter – ou l’éventuelle obligation de créer un compte secondaire pour partager du contenu généralement réservé aux adultes.

Ce simple filtre, que je n’ai jamais vu ailleurs, permet à l’utilisateur d’être plus libre d’un côté et, de l’autre, il responsabilise l’utilisateur-lecteur : c’est lui qui devra cliquer pour afficher le média.

En fonction des règles de votre instance, le fait de ne pas respecter ces points-là vous conduira à être réduit au silence (vous pouvez parler mais seules les personnes qui vont vous suivre verront vos propos) ou bloqué (vous êtes bloqué comme sur n’importe quel autre réseau social).

Et c’est l’administrateur ou administratrice qui effectuera l’opération, en fonction des alertes remontées par les membres des différentes instances.

Les messages, eux aussi, bénéficient d’un filtre très fin puisqu’on peut définir le niveau de confidentialité de chaque message selon plusieurs critères :

Règles de confidentialité de Mastodon pour les messages

Tout est indiqué : un message public envoyé sera visible pour tout le monde, dans l’ensemble des instances connectées à celle où vous vous situez, un message non listé est également public, à la différence qu’il ne sera pas publié dans les fils des instances (locale et générale).

Le message privé est un message qui ne sera visible que pour vos abonné.e.s et un message direct ne sera, lui, visible que par les personnes mentionnées dans le message.

On peut donc dire que le message Direct est le DM de Twitter, à la différence qu’il apparaît dans les notifications, comme les autres messages. Autre différence, et de taille : un message privé peut obtenir une réponse publique, puisqu’il est possible de changer le niveau de confidentialité de chaque message.

La modération

Mastodon étant un programme décentralisé, il n’y a pas, comme expliqué au début de ce billet, de modération générale, comprenez par-là que ce n’est pas l’équipe de Mastodon qui modère, puisqu’il n’y a pas d’équipe.

La modération s’effectue de deux façons : les règles de l’instance et les signalements des utilisateurs.

Chaque instance comporte des règles, qu’on retrouve sur la page /about/more de l’instance, ce qui donne https://mastodon.xyz/about/more pour l’instance https://mastodon.xyz.

Ces règles sont propres à chaque instance. Ainsi, les règles de l’instance witches.town  sont, par exemple, différentes de celles de mastodon.xyz.

Vous avez donc tout intérêt à choisir une instance qui vous correspond et dont vous acceptez les règles et, si cela ne vous convient pas… vous pouvez trouver une autre instance ou même créer la vôtre !

Imaginez que votre Twitter ne vous plaise pas, bien, vous pourriez en changer, merveilleux non ?

Si vous ne respectez pas les règles de l’instance que vous utilisez, les utilisateurs peuvent vous signaler et l’administrateur ou administratrice de l’instance débarquera alors pour agir.

Nous sommes donc dans une modération beaucoup plus efficace que Twitter, dans la mesure où il y existe au moins autant de modérateurs qu’il existe d’instances. On compte ensuite sur votre respect des règles et sur les utilisateurs, le principe est donc de vous donner le pouvoir et de vous faire confiance pour ne pas faire n’importe quoi.

Quant à savoir qui est l’administrateur de l’instance, c’est simple, l’information est donnée dans la page des règles, sur le côté droit de la page. Pas besoin de chercher bien loin ou de s’assurer que ce soit réellement la vraie personne qui gère, c’est indiqué.

En parlant de « vraies personnes »

Le principal reproche que j’ai pu lire ça et là concerne l’absence de procédé de certification de compte, comme sur Twitter.

L’explication est à nouveau liée au fonctionnement de Mastodon : c’est un programme décentralisé, ce n’est pas un service, il n’y a pas d’entreprise derrière Mastodon et de facto, pas d’instance de certification.

Personnellement, je me fiche éperdument d’être ou non certifié mais je peux comprendre le problème, surtout en ce moment, dans ce changement complet ou nous semblons entrer dans l’ère du « post vérité » et des « fake news ». Ne pas pouvoir prouver que Le Monde est bel et bien Le Monde, c’est problématique et cela peut repousser les journalistes et donc, indirectement, desservir la montée en charge du réseau fédéré.

Mesdames et Messieurs, les journalistes, entreprises, marques éventuelles, la suite est pour vous :

Comment prouver l’authenticité des comptes de votre organisation, de votre journal ou de votre entreprise ?

Aux journalistes donc, ou aux maisons d’édition, voilà ce que je réponds : soyez indépendants ! Faites votre propre instance Mastodon.

Certifiez-vous vous-même ! Arrêtez d’obéir aux règles des réseaux sociaux qui ne vous appartiennent pas et faites vos propres règles, entrez dans « le game » comme on dit.

Ok mais si je monte mon instance, comment est-ce que ça prouve qu’elle appartient bien à ma structure ?

Si votre instance s’appelle social.lemonde.fr, mastodon.theguardian.co.uk ou que sais-je, c’est une preuve de l’authenticité de votre compte. On sait, rien qu’avec le nom de votre instance, que vous êtes qui vous prétendez être.

Cela ne vous demandera pas de vous plier aux règles d’un réseau. Ni d’obéir sans rechigner à des algorithmes étranges et obscurs, cela ne vous demandera qu’un serveur, le programme Mastodon et un peu de temps.

Toute la procédure pour l’installer est là (en anglais) pour celles et ceux qui comprendront, ou ici (pour Debian et en français), plus compréhensible, tout est documenté, mis à jour, vous n’avez plus aucune raison de ne pas le faire et cela vous offre d’énormes avantages : vous vous affranchissez des règles, vous n’êtes plus sur un réseau qui ne vous appartient pas et vous prouvez votre authenticité technologiquement.

Image de l'instance de Numérama

Numérama a crée sa propre instance (@social.numerama.com)
Pas de doute possible, ce compte est bien Numérama

L’univers des instances

Depuis le début de ce billet, j’ai pas mal parlé des instances, nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet.

Une instance, c’est donc un serveur, quelque part, qui fait tourner le programme Mastodon. Les internautes, comme je l’expliquais précédemment, peuvent venir s’inscrire sur votre instance Mastodon si vous le permettez – car il est possible de l’interdire et de rendre son instance privée – ou sur une autre instance, la liste des instances est ici d’ailleurs, ou de « migrer » d’une instance à une autre en fonction des règles établies, nous y reviendrons un peu après pour comprendre ce point.

Si, jusque-là, vous avez suivi, vous comprenez donc qu’une fois inscrit sur l’instance, vous allez pouvoir voir ou retrouver les autres personnes inscrites sur la même instance que vous. La taille de l’instance dépend des ressources allouées derrière, sur le serveur. Selon si le créateur ou la créatrice de l’instance dispose d’un énorme serveur avec beaucoup de capacités, l’instance pourra accueillir un certain nombre de personnes.

Mais comment faire pour échanger ou suivre quelqu’un qui n’est pas dans la même instance que moi ?

Excellente question Jean Pierre ! Mastodon est un système dit « fédéré », c’est-à-dire que les instances sont capables – par défaut – de se voir entre elles.

Imaginons que vous soyez sur l’instance disponible à l’adresse « mastodon.social » et que Paul, votre ami, soit lui, sur l’instance « mastodon.xyz ». Vous pourrez retrouver Paul en cherchant son nom simplement, ou, si vous savez sur quelle instance il se trouve, vous pourrez chercher directement son nom dans l’instance, sous la forme suivante :

@paul@mastodon.xyz

Voici comment on doit lire le format ci-dessus : le pseudonyme « Paul » sur l’instance « mastodon.xyz ».

Si le principe existait sur Twitter, nos pseudos ressembleraient à « @numendil@twitter.com » par exemple.

On parle donc de système fédéré car les instances communiquent entre elles et peuvent se voir, même si elles sont installées sur des serveurs différents. Ce concept n’a pas été compris par de nombreux journalistes qui parlent d’un serveur, d’un service, d’un groupe… Ce n’est pas ainsi que Mastodon fonctionne. Ils/Elles cherchent à rapprocher le fonctionnement de Mastodon à ce qu’ils connaissent alors que c’est quelque chose de nouveau, avec un fonctionnement différent, ce qui les amène à dire des sottises. Ami.e.s journalistes, si vous lisez ceci, ne le prenez pas contre vous et lisez.

On résume : à cette étape, on sait ce qu’est une instance, on sait également comment s’inscrire dessus et on sait qu’on peut trouver d’autres membres sur d’autres instances. Pour le fonctionnement global, vous avez l’essentiel du concept.

Mastodon : #needHelp?

Installer une instance Mastodon demande quelques compétences techniques mais beaucoup de ressources sont déjà disponibles. A cette adresse par exemple (pour Debian et en français), comme expliqué tout à l’heure. C’est un mode d’emploi complet, étape par étape, de tout ce que vous avez à savoir pour créer une instance Mastodon. Cela vous demandera un peu temps certes, mais le gain est simplement énorme et, à nouveau, si vous êtes journaliste, je vous invite à lire cet excellent article de Numerama pour comprendre l’intérêt.

Vous avez besoin d’aide ? les utilisateurs de mastodon pourront vous aider, vous pouvez utiliser le hashtag #needHelp sur mastodon ou encore poser vos questions sur le compte officiel de support

Le futur de Mastodon

Mastodon est un logiciel jeune dont l’évolution sera menée par les communautés qui l’utiliseront. On pourrait parler des quelques défauts que j’ai trouvé sur l’outil, beaucoup relèvent plus d’une question de goût et d’esthétisme que de réels défauts inhérents à Mastodon.

Cependant, il est pour l’instant impossible de migrer facilement son compte d’une instance à une autre facilement. Il faut exporter la liste des gens que vous suivez, créer un nouveau compte sur la nouvelle instance, puis signaler l’ancien comme n’étant plus actif, et espérer que les abonnés suivent, en perdant son historique de « pouets » dans le processus. Aujourd’hui ce n’est pas très grave, la plupart des utilisateurs n’ayant qu’un historique de quelques jours, mais quand les mois auront passé et le nombre de « pouets » aura dépassé le millier, ça découragera les utilisateurs à continuer à se décentraliser.

La seule question est : est-ce que cela va réellement fonctionner ? Comment Mastodon peut monter en puissance et en charge ?

L’inconvénient de la décentralisation est là : il faut des serveurs, donc des capacités informatiques, puis quelqu’un sachant déployer et maintenir à jour le programme. Les serveurs ne sont pas gratuits et Mastodon étant ouvert, libre et gratuit, il ne génère pas de revenus… mais il faut bien payer les serveurs et si on souhaite que le système monte en charge, il faudra investir dedans.

Les pistes sont nombreuses :

Je ne prédis pas l’avenir, mais pour une fois, j’ai l’impression que c’est assez bien parti pour Mastodon… Et vous ?

Un grand merci aux relecteurs, correcteurs et aux ajouts effectués par Tesla, HugoPoi, Sohka, Capslock, Nari, Keltounet et tous les autres <3

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Vault 7, Year Zero, mais encore ?

mercredi 8 mars 2017 à 15:22

Le mardi 7 mars 2017, Wilikeaks publiait une salve de documents, datés de 2013 à 2016, le tout sous un nom bien étrange « Vault 7, Year Zero« . Ayant lu pas mal de propos inexacts sur ce dossier, j’apporte ma pierre à l’édifice. N’hésitez surtout pas à me signaler la moindre faute.

Premièrement, de quoi parle-t-on ?

Vault 7, Year Zero : on parle de 8761 documents issus de la CIA, récupérés on ne sait comment, par on ne sait qui et transmis à Wikileaks. Vu la nature des documents, on peut supposer que la source est une personne interne à la CIA, qui dispose ou disposait d’un accès assez large à de nombreux documents confidentiels.

En vulgarisant, on pourra dire que la source est une forme de Snowden de la CIA. Pour rappel, Edward Snowden est la source qui a récupéré de très nombreux documents sur les techniques et programmes de surveillance et d’espionnage de la NSA.

Dans ces documents, on trouve des documents qui détaillent des procédures d’espionnage mais aussi, surtout même, des informations relatives au fait que la CIA dispose d’un impressionnant catalogue d’exploits et de failles en tout genre, la CIA n’hésitant pas à aller acheter des failles ou des 0day ça et là. Pour information, une « 0day » est une faille officiellement non déclarée et non documentée, une brèche qui peut mettre du temps à être connue et colmatée, bref, le paradis pour les agences type CIA, NSA et autres.

Un exemple ?

Bien que cité sur de nombreux articles, je vais revenir sur quelques détails pour vous donner de la matière.

Dans Vault 7, Year Zero, on peut, par exemple, parler du programme Weeping Angel. Ce programme permet, selon la documentation mise à disposition, de transformer votre TV Samsung en véritable petit espion via un mode « fake-off » : en apparence, votre téléviseur est éteint, en réalité il ne l’est pas. Il va transmettre un ensemble de données à la CIA, données paramétrables, de l’enregistrement audio au format Ogg à l’historique de navigation disponible sur la Smart TV. Le programme peut également glaner des informations disponible sur le réseau local où la TV est connectée, tenter de reconnecter la TV au réseau Wi-Fi, bloquer les mises à jour du téléviseur… de nombreuses fonctionnalités donc.

On trouve bien d’autres failles, tant pour les TV Samsung que pour appareils mobile de chez Apple ou qui tournent sous Android.

Une faille ok, mais c’est grave ?

Avant de parler de situation grave ou non (spoiler, c’est oui), il faut comprendre à cette étape qu’on ne parle pas de failles liées à une application, mais de failles liées au système d’exploitation ou au matériel de la machine. C’est peut-être flou, je vais donc donner un exemple plus parlant.

Vous utilisez une application qui protège certaines de vos données, vos mails, vos SMS, vos appels, avec des noms comme Silence, APG combiné à K9 mail ou Signal… avec une faille de ce genre, cette protection ne sert strictement à rien.

A rien. Et ce n’est pas un abus de langage. Avec le contenu publié sous Vault 7, Year Zero, on parle là de failles qui touchent ce qui fait fonctionner ces applications, le système d’exploitation. Avoir accès à une partie ou à l’ensemble du système rend toute protection applicative inutile.

Un peu comme avoir un manteau de fourrure en plein Sahara : ça ne sert plus à rien.

Donc Signal & Co se sont fait piratés ?

NON ! Non, non, non et non. Signal, Silence et j’en passe ne se sont pas fait pirater, je vous renvoie au point précédent pour bien comprendre la situation.

La CIA s’est attaquée au système d’exploitation qui fait tourner ces applications et pas aux applications et les protocoles de chiffrement de ces dernières sont toujours considérés comme fiables, elles n’ont pas été cassées.

Pour donner une autre analogie, c’est comme si vous aviez une maison extrêmement solide, très résistante… construite sur des pilotis. Et que la CIA avait moyen de détruire ces pilotis. Tout le système s’effondre mais le problème ne vient pas de la maison.

Ok, donc on est encore une fois tous surveillés ?

Non. La réponse est ferme, définitive et catégorique, non. Du moins pas grâce à ces programmes. Rien dans les révélations faites par Wikileaks ne permet de la surveillance massive.

Pour pouvoir prendre la main sur un Smartphone, il faut d’abord y avoir un accès physique, ce qui veut dire que la CIA (ou autre) doit pouvoir mettre littéralement la main sur votre téléphone.

Pareil pour votre téléviseur Samsung, la CIA doit venir physiquement faire quelque chose dessus.

Dès lors, on comprend aisément qu’il est impossible que tout le monde soit espionné. Ces techniques ne sont pas faites pour de l’interception massive ou de l’espionnage large, mais pour un usage particulièrement ciblé, dans des conditions très spécifiques.

Alors certes ces révélations font peur, l’arsenal technologique mis à disposition est impressionnant mais pour autant, il faut garder la tête froide et relativiser, bien lire les documents présentés et ne pas sombrer dans une paranoïa qui n’aurait aucune justification ici, à la différence de l’arsenal d’interception massive dévoilé par Snowden du côté de la NSA.

En espérant avoir apporté quelques éclaircissements à la situation.

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Décodex, bonne ou mauvaise idée ?

lundi 6 février 2017 à 15:22

Depuis que le journal « Le Monde » a sorti, via les décodeurs, son outil de vérification des sources, appelé Décodex, une petite crise a démarré sur le rôle que joue Le Monde dans la validation de l’information. Alors, journal ? Organe de validation de l’information ? Censeur ? Je vous donne mon avis sur la question.

Le décodex, qu’est-ce que c’est ?

C’est un outil initialement crée pour aider à lutter contre la diffusion de fausses informations. Actuellement, environ 600 sources différentes sont répertoriées, dans une V1 de l’outil qui sera amenée à évoluer. L’outil se décline en un site web, http://www.lemonde.fr/verification/ et en extensions pour certains navigateurs, le tout accompagné d’un bot à qui on peut adresser quelques demandes de vérification de contenus.

L’outil repose sur un principe relativement simple que je vais présenter via l’extension fournie par Le Monde. Pour que tout le monde comprenne, je vais vulgariser : lorsque l’on se connecte à un site Internet, l’outil vérifie si l’adresse dudit site est référencée dans sa base de données. Si le site y est, alors sa « qualification » remonte. Si le site n’y est pas, alors, simplement, le plugin indique que le site n’a pas encore été vérifié.

décodex journal le monde

décodex pixellibre

Dans la qualification des sites, on peut remonter plusieurs profils, que voici :

source : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/01/23/l-annuaire-des-sources-du-decodex-mode-d-emploi_5067719_4355770.html

Et il semblerait que ce soit cette qualification qui pose le plus de problèmes.

Le choix des couleurs peut effectivement faire penser à une forme de « validation », de « certification ». On peut se dire « si c’est vert, c’est bon, si cela n’est pas vert, attention à toi, ce site c’est n’importe quoi. », le vert et le rouge étant généralement utilisés comme symboles d’approbation ou de désapprobation.

Dès lors, je peux comprendre que beaucoup de personnes tapent sur cette codification puisqu’elle peut faire croire qu’il existe une certaine forme de validation.

Sauf que ce n’est pas le cas. D’ailleurs, la légende du code couleur est là pour le rappeler : même sur le vert il est indiqué « Ce site est en principe plutôt fiable. N’hésitez pas à confirmer l’information en cherchant d’autres sources fiables ou en remontant à son origine. ». On est donc loin du « ce site est fiable et les informations présentes sur ce dernier sont sûres, allez-y les yeux fermés. »

De même pour le rouge apposé sur certains sites : le plugin ne dit pas « fuyez, pauvres-fous » mais met en garde le lecteur. Les informations que ce site publie sont régulièrement fausses voire trompeuses. Il invite le lecteur à faire attention et ne lui dit pas de partir, le choix reste donc au lecteur du site. Il sait, grâce au Décodex, que la source qu’il consulte n’est pas totalement fiable, il devra donc faire preuve de prudence dans sa lecture.

Comment ils ont fait cette liste ?

C’est là que cela devient intéressant car le cœur du problème se concentre en partie ici : comment évaluer la qualité d’une source ? Il faut un critère identifiable, vérifiable et surtout, un critère neutre, imaginez que Le Monde déclare le journal Le Figaro peu fiable juste parce que Le Figaro est un journal pourri ? Inimaginable.

Un critère neutre, donc. L’exercice consiste donc à proposer une aide de lecture sans pour autant juger de la valeur d’un site afin de distinguer les bons sites web et les mauvais, ceux qui partagent des idées sympas et d’autres non.

C’est un pur travail de journaliste et pour rester neutre, on se basera donc sur le travail du journaliste, à savoir la recherche de l’information, le croisement des sources, la vérification de l’information, bref des éléments factuels et non une appréciation ou un jugement.

Je vais prendre quelques exemples de sites considérés comme plutôt fiables et d’autres considérés comme imprécis, militants ou encore des sites peu fiables et y apporter le même traitement. Je n’ai pas la prétention d’être journaliste hein, mais je suis apte à recroiser une information et à vérifier mes sources.

Premier exemple, Le Monde.

Le journal Le Monde donc, est qualifié de site plutôt fiable. Pourquoi ?

J’ai pris un des articles les plus partagés actuellement, à savoir :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/02/05/roumanie-500-000-personnes-manifestent-malgre-le-recul-du-gouvernement_5074983_3214.html

Dans cet article, on retrouve :

J’ai croisé l’information en cherchant moi-même sur d’autres sites, pour voir si les versions concordaient ou non. J’ai également eu la possibilité d’échanger avec des personnes sur le terrain et avec d’autres aux origines roumaines,  de lire des articles de journaux locaux, traduits par ces mêmes personnes : toutes les informations concordent.

Le travail de journaliste semble fait correctement, l’information semble plutôt fiable, donc le journal Le Monde remonte comme source plutôt fiable. Ce qui ne m’empêche pas de remettre en doute leurs propos, c’est la règle n°1 : doutez de tout, même lorsque cela semble fiable. Plus vous croiserez vos informations et mieux cela sera.

Second exemple, le Figaro

Si vous me connaissez, vous savez que je ne porte pas Le Figaro dans mon cœur. Le journal est considéré comme plutôt fiable, comme Le Monde.

J’ai choisi d’observer http://www.lefigaro.fr/international/2017/02/06/01003-20170206ARTFIG00119-le-programme-de-donald-trump-des-promesses-et-des-actes.php et croyez-moi, j’ai vraiment envie d’écrire ce billet pour en arriver à consulter Le Figaro qui parle de Trump.

Dans cet article, on retrouve :

Les éléments présentés sont fiables, sourcés, le travail effectué sur les données de l’article semble bon, l’article n’a pas à proprement parler de parti pris, il présente un état de fait, une situation. On peut donc considérer que le journal Le Figaro est, en effet, une source plutôt fiable….

Il faut savoir faire la distinction entre le travail de journaliste et l’opinion du journal. Je ne partage absolument pas les opinions du Figaro, cependant, je reconnais leur travail de journaliste comme je reconnais celui du Monde.

Autre exemple, Fakir

Fakir est considéré comme un site régulièrement imprécis, ne précisant pas ses sources et reprenant des informations sans vérification. Le Monde recommande d’être prudent et de bien verrouiller ses sources.

Pourquoi ?

J’ai pris http://www.fakirpresse.info/medef-et-ps-30-ans-d-amour pour vérifier.

Attention : Je précise que je n’avais jamais entendu parler de ce site avant et que ma première visite a été réalisée pour ce billet.

Premièrement, le site me semble être un site d’information militante, on y retrouve des punchlines avec un parti pris, un espace militant et des propos qui ne sont pas neutres. Ce n’est pas un problème en soi mais, de facto, on peut douter du traitement de l’information, qui même s’il est peut-être le plus neutre possible, ne sera pas totalement neutre puisque géré par des militants.

Je ne sais pas qui a rédigé l’article, je sais juste que c’est l’équipe de Fakir.

Les citations de texte ne sont pas sourcées, la première d’Attali par exemple, je l’ai cherchée ailleurs, en vain. Elle doit exister quelque part hein, peut-être pas au format texte, mais je n’ai pas retrouvé d’autres sources sur cette citation. Il aurait été bon de préciser d’où cela venait histoire de faciliter le travail au lecteur qui voulait retrouver l’origine de ces propos.

La petite remarque ensuite, concernant les dix plaies d’Egypte, ce n’est pas neutre non plus.

L’image reprise ensuite semble être un montage pour et peut-être par le site Fakir. C’est initialement une image de campagne des élections législatives de mars 1978, que l’on peut retrouver à divers endroits sur la toile.

La seconde image également d’ailleurs, puisqu’il s’agit en vérité d’une affiche PS pour les élections pour l’Assemblée Constituante octobre-novembre de 1945. Et il est facile de retrouver cette image sur Internet, çà et là, ainsi que dans les archives des affiches de campagne tenues par des passionnés, ce que j’ai fait.

Je n’en détaille pas plus car ce n’est pas la peine. Ce site donne des informations mais par manque de source ou manque de précision, il n’est pas « classé » comme plutôt fiable. Cela me semble normal dans la mesure où c’est un site de militants, clairement identifié.

Le décodex du Monde ne dit pas autre chose d’ailleurs, il ne dit pas que le site n’est pas fiable mais qu’il n’est pas rigoureux. Ce qui est le cas.

J’aurais bien détaillé un site comme égalité et réconciliation, mais là, c’est au-dessus de mes forces et je ne vais pas être neutre du tout avec eux, l’Univers Soral étant, à mes yeux, un poison pour tout le monde.

Ma morale

Je peux comprendre que des personnes soient dérangées par le travail effectué par Le Monde. Je peux également comprendre que faire ce travail revienne, pour certains, à « cataloguer » des sites, si on ne creuse pas, on donne l’impression que le décodex n’est ni plus ni moins qu’un organe de certification de l’information. Seulement ce n’est pas le cas. Les journalistes du Monde le disent également, cet outil est une aide de lecture, pour contextualiser l’information, contextualiser la source sur laquelle on se situe.

Cet outil est là pour assister le lecteur dans sa compréhension du monde de l’information, ni plus, ni moins. Il n’est pas là pour se substituer à la vigilance du lecteur, ni pour lui dire s’il doit partir ou rester sur le site, ce n’est, je le répète, pas le principe selon moi.

Au pire, dans une prochaine version de l’outil, il faudrait « pusher » plus explicitement l’information au lecteur, pour lui faire comprendre que le décodex n’a pas vocation à valider ou infirmer une source. Une partie du problème est là selon-moi : pour bien comprendre à quoi sert l’outil, il faut lire les données qu’il présente, se documenter et bien observer ce que contiennent les différentes qualifications… dès lors, et à mes yeux, plus de problème. D’ailleurs, de façon plus générale, cet outil ne serait pas utile si tout le monde prenait un peu plus de temps pour recouper l’information, même si c’est chronophage, c’est vrai.

Je vous laisse me faire part de votre avis dans les commentaires 😉

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« analyse » d’un discours de Marine Le Pen

jeudi 5 janvier 2017 à 13:39

Nous continuons l’analyse, cette fois d’un discours de Marine Le Pen, présidente du Front National et évidemment candidate à la présidence de la République.

L’échange choisi est disponible à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=rqHg8HrX_3s

Je l’ai choisi car on y parle de son programme et que son format, court sans pour autant être trop court, convenait à mes recherches.

Tout commence par la question d’une des deux journalistes présentes sur le plateau, qui la plonge dans l’optique d’être présidente de la république française. Dans cette optique, elle lui demande ce qu’elle ferait si, après avoir tenté de négocier une sortie de l’Europe et un référendum, la réponse était non.

A 1’19, Marine Le Pen répond « oui mais moi j’ai confiance dans la cohérence des français. ».

Comprenez par-là que ce scénario est inconcevable pour elle. Marqueur typiquement FN, Marine Le Pen s’exprime « au nom des français ». Ainsi, dans de nombreux discours, il n’est pas rare d’entendre « les français », « le peuple », « le peuple français ». Marine Le Pen s’autoproclame porte-parole de l’ensemble des français, elle dit représenter leur avis. Dès lors, critiquer son avis c’est aussi critiquer celui des français, il est donc délicat de remettre en cause son avis lorsqu’on part avec cette configuration de départ.

D’ailleurs, c’est comme ça que Sarkozy ou d’autres politiques actuellement en campagne s’expriment pour aller « chasser » sur les terres de l’extrême droite, en parlant « au nom du peuple français ».

A 1’53, on retrouve une citation commune aux trois discours analysés, avec Valls et Fillon puis ce dernier.

« moi je le dis car je suis la candidate de la vérité ». Les autres sont des menteurs, ils déclarent dire la vérité mais il n’en est  rien, c’est à peu près comme cela qu’il faut comprendre ce passage. C’est une tournure que j’ai pu voir chez la quasi totalité des « gros » candidats (Valls, Fillon, Le Pen).

A 2’20, elle déclare […] « j’aimerais souligner encore une fois que retrouver cette indépendance de la France » […], soit un marqueur de droite, donc c’est raccord, rien d’étonnant. La droite est conservatrice, l’extrême droite l’est également. On suggère au citoyen que le pays a « perdu quelque chose », le fameux « c’était mieux avant » qu’on retrouve dans les partis de droite en général.

A 3’36, on arrive dans la caractéristique principale du Front National : le parti « antisystème »…

…avec la phrase suivante : « ils peuvent choisir n’importe quel autre candidat du système qui se soumettra ou qui est soumis à l’Union Européenne ». Au moins, la référence est claire, à la différence de Valls ou de Fillon qui se déclarent aussi antisystème sans réellement le crier haut et fort.

Bref, comme je l’ai déjà dit précédemment, puisque nous saturons du système actuel, l’ensemble des candidats se déclare antisystème, buzzword de l’année 2017 et de cette campagne. Parfaitement logique, même si parfaitement faux. Ils étaient, sont et seront le système, Marine Le Pen n’échappe pas à cette règle.

Son parcours politique n’a strictement rien à envier aux autres, il est comme les autres d’ailleurs, la seule différence étant sur les convictions et les idées. Conseillère régionale, puis municipale, députée européenne. Elle a suivi de grandes études, comme les autres. Elle a souvent été favorisée par les relations de son père, que ce soit au début de sa carrière d’avocate, aussi brève fût-elle. Bref, il n’y a absolument rien d’antisystème ici et son désir de sortir de l’Europe est assez paradoxal.

Le fait de quitter l’Union Européenne donc , c’est un écran de fumée. Si Marine Le Pen est effectivement pour une sortie de la France de l’Europe, elle y travaille, dans cette Europe, puisqu’elle est eurodéputée. Elle a placé de nombreux « pions » du parti çà et là en Europe. Si publiquement, elle déclare qu’en sortir lui donnerait la souveraineté nécessaire, en privé, quelque chose me laisse penser que ce n’est pas aussi tranché que ça.

Marine le Pen ne répondant pas à la question de savoir si oui ou non elle serait démissionnaire de ses fonctions en cas d’impossibilité et de refus du peuple français de sortir de l’Europe, la question revient sur la table, elle répond :

« Je verrais, je verrais mais je pourrais le faire oui, si je n’ai pas les moyens, si encore une fois je ne peux pas respecter mon programme, si je ne peux pas respecter mes promesses, les français me mettraient alors dans une situation intenable »

Observez attentivement la responsabilité qu’elle « nous » ferait porter. Selon elle nous sommes les décideurs, nous sommes souverains, nos décisions sont les bonnes… mais pas toutes manifestement, puisqu’elle nous tiendrait pour responsable si elle devait quitter son poste.

Elle oppose donc « le peuple » à elle, comme d’habitude avec le FN, le « seul contre tous ».

Même si le fond est donc partiellement vrai, nous nous intéressons ici à la forme.

Elle aurait pu dire que le résultat du référendum la mettrait dans une situation intenable, ou que l’avis du peuple la mettrait dans une situation intenable, s’adressant alors au choix plutôt qu’au coupable.

Elle décide cependant de dire « les français », de rejeter la faute directement sur « le peuple » et les personnes du peuple, comme pour montrer du doigt « regardez c’est de leur faute à eux ».

Malin, mais évidemment discutable.

A 4’34, Marine Le Pen enchaîne

« encore une fois moi je prends les français pour des adultes, arrêtez de prendre les français pour des enfants, des enfants, des enfants capricieux qui changeraient d’avis d’un mois à l’autre, moi je ne le crois pas, je les crois intelligents, je les crois rationnels, je les crois cohérents, je les crois politiques … »

Nous sommes dans un discours plus que manipulatoire, puisqu’elle nous dit qu’elle a confiance dans la cohérence des français, elle rajoute que ce sont des adultes et non des enfants, tout en disant, juste avant, « les français me mettraient alors dans une situation intenable. »

Les idées de ce passage sont les suivantes :

Tout dans la nuance donc… Ce qui est merveilleux, c’est qu’ici, c’est Marine Le Pen qui nous prend pour des enfants.

Initialement, la journaliste demande à Marine Le Pen si elle compte démissionner en cas de référendum contraire à ses envies, il n’est donc nullement question d’infantilisation du discours. Elle va, alors, renverser la vapeur et faire croire que c’est la journaliste qui a tenu ces propos, qui nous prend pour des enfants, puisqu’elle l’accuse (« arrêtez de prendre les français pour des enfants, des enfants ») et qu’elle déclare elle, nous prendre pour des adultes.

L’argument, l’attaque, est faite pour dévier du sujet et pour permettre à Marine Le Pen de reprendre un peu de hauteur sur le débat.

Arrive ensuite une question sur les réfugiés : la jungle de calais a été démontée, l’action a été validée par la justice, la journaliste demande donc à Marine Le Pen que faire de ces réfugiés, la réponse :

« Eh bien on les renvoie chez eux. »

Eh ouais, c’est aussi simple que ça. Et Marine Le Pen de rajouter « cela représente un coût faramineux, je crois qu’on atteint presque les deux milliards.« 

Le chiffre annoncé ne sort pas de nulle part. Il y a quelques temps, un rapport de la cour des comptes établissait que le coût total des « migrants » était aux alentours des deux milliards (en prenant en compte le plus de paramètres évaluables possibles). Cependant, ce qu’elle oublie de préciser, c’est que ce coût de deux milliards ne peux pas tenir compte des richesses crées par ces mêmes personnes. En effet, il n’est pas possible, avec les données mises à disposition, de dire ce que créent ces migrants, la valeur du travail effectué, les ressources crées… et n’oublions pas qu’ils payent aussi des impôts et des cotisations…

Marine Le Pen n’en parlera pas, volontairement car le propos ne sert pas ses intêrets… dommage lorsqu’on sait que la cour des comptes elle-même mettait en garde contre une « lecture partielle et partiale de ses observations provisoires, qui portent en l’espèce sur la période 2009-2014 ». Mais non, Marine Le Pen se jette dedans à corps perdu… et si on ne va pas vérifier ce qu’elle raconte, qu’on se contente de ce niveau d’information, alors ça semble crédible.

Arrivée à 5’50, Marine Le Pen déclare, toujours sur les migrants : « la réalité est que l’immense majorité d’entre eux ne remplissent pas les critères pour obtenir le droit d’asile »

Ah, donc, Marine Le Pen a vérifié l’ensemble des dossiers ? Quelle est sa source pour déclarer de tels propos ? S’il apparaît évident que des gens ne répondront pas à ces critères, on se demande d’où tombe cette « immense majorité »

Elle appuiera ses propos à partir de 5’59  » Je rappelle à ceux qui nous écoutent que le droit d’asile on peut l’obtenir lorsque l’on est persécuté par le GOU-VER-NE-MENT, par le Gou-Ver-Ne-Ment de son pays. Il faut démontrer qu’à titre personnel on est l’objet d’une persécution politique de la part de son gouvernement. On voit bien qu’il s’agit là, et je ne leur jette pas la pierre, mais d’immigrants économiques, de gens qui euh, qui cherchent à ailleurs une situation plus positive pour eux que dans leurs propre pays.« 

Alors, oui… mais non. C’est tentant, et facile aussi, de penser que ces personnes migrent pour des raisons économiques mais que disent les faits sur le sujet ?

Premièrement, on va rappeler les conditions du droit d’Asile, les bonnes, les vraies, celles de l’OPFRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), tirées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que de la convention de Genève.

La qualité de réfugié est accordée :

Je ne parle ici que de la qualité de réfugié, il existe d’autres types de protections, la protection subsidiaire ou la protection temporaire par exemple. Vous pouvez retrouver plus d’informations sur le sujet à l’adresse suivante : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F299

Ensuite, observons quelques chiffres. En 2014, les principales nationalités candidates à l’asile étaient :

  1. La « république démocratique » du Congo
  2. La Russie
  3. Le Bengladesh
  4. La Syrie
  5. L’albanie

Je parle ici des candidats, hein. Il suffit d’observer la situation politique de ces pays pour comprendre que ce n’est peut-être pas que pour des raisons économiques. Allez dire aux syriens, au hasard, qu’ils migrent pour des raisons économiques tiens. Non… ils partent pour éviter de se prendre des bombes sur la gueule, pour parler clairement.

Toujours en 2014, observons les principales nationalités admises à l’asile avec, en lien, la situation politique de chaque pays :

  1. Syrie
  2. Russie
  3. Sri Lanka
  4. Guinée
  5. République Démocratique du Congo

Bien que la situation politique se soit « améliorée » dans certains pays, comme la Guinée, autant être clair, tout n’est pas tout beau tout rose, prenez le temps de lire un peu pour comprendre.

Bref, comme de nombreuses personnes à droite, Marine Le Pen joue avec la définition de réfugié et jongle avec les chiffres, tout en niant à demi mots la réalité des demandeurs d’asile. Un constat factuel un peu éloigné des propos de Marine Le Pen, donc.

Avançons…

La journaliste lui dit que l’Allemagne va accueillir 1 million de migrants, la France 30 000, elle lui demande donc si la France n’a pas la capacité d’intégrer 30 000 migrants.

Voici sa réponse à 7’25 :

« oui, 30 000, ça c’est ce que l’on nous dit, plus 200 000 légaux, plus  à peu près l’équivalent, 200 000 illégaux par an, ce qui fait évidemment des chiffres qui sont tout à fait spectaculaires »

Faisons un rapide calcul : 30 000 + 200 000 * 2 = 430 000, soit même pas la moitié de la capacité à accueillir de  l’Allemagne. Cela n’a donc de spectaculaire que le fait qu’elle annonce une série de chiffres qui semblent importants pour faire oublier le million de l’Allemagne.

Le fait de donner des chiffres précis a tendance à diminuer l’impact du million, le fait d’en donner plusieurs nous force à faire un calcul rapide, que beaucoup ne font pas. Virtuellement donc, elle « réduit » le million et fait croire que nos chiffres, à nous, sont énormes… alors qu’ils sont en deçà de ce que les autres pays connaissent. Nous passerons, sur les évolutions de ces chiffres au fil des années. Si nous avons plus de demandes que les cinq dernières années précédentes, nous ne revenons quand-même pas au niveau d’avant ces cinq dernières années, nous sommes toujours en dessous. Donc nous accueillons certes plus de personnes, mais toujours moins qu’avant.

Elle rajoute, à 7’41 :

« Alors la dimension humanitaire oui bien sûr, je partage cet avis de monsieur Toubon mais dans les pays d’origine avec des organisation internationales dont c’est le travail avec un financement de la part des nations pour que des campements humanitaires puissent être mis en place et puissent préserver des populations civiles notamment dans les pays en guerre, mais pas, euh, pas chez nous car nous n’en avons plus les moyens. »

Bien, prenons le temps de bien comprendre ce passage, c’est une figure très, très, très souvent utilisée par les politiques pour dégommer un avis tout en disant qu’on est d’accord avec cet avis.

La construction de sa phrase est la suivante : « Je suis d’accord avec X, mais laissez-moi vous expliquer pourquoi je ne suis pas d’accord avec X« 

Voici la déclaration de Jacques Toubon, défenseur des droits, notre X dans cette réponse :

« Est-ce que dans un pays comme la France aujourd’hui, on est capables de faire coincider la réalité des droits avec les droits qui sont proclamés, nous sommes le pays de la déclaration des droits de l’Homme, il faudrait, de temps en temps, s’en souvenir. »

Revenons à nos moutons… Marine Le Pen utilise donc la tournure : je suis d’accord simplement je ne suis pas d’accord. Elle s’appuie sur un propos initial, qui n’est pas le sien, pour y insérer son idée.

Ce passage pourrait s’apparenter à ce que l’on appelle une épanorthose, c’est à dire au fait de revenir sur ce que l’on dit pour renforcer, adoucir ou modifier complètement ce que l’ont dit.

C’est en trois phases :

Je fais une avance rapide jusqu’à 13’18 :

« les français depuis très longtemps ne sont pas d’accord et les dirigeants savent que les français ne sont pas d’accord et c’est peut-être la raison pour laquelle ils ne leur posent pas la question parce que la réponse leur déplairait .»

Encore un appui des propos sur les souhaits des français, classique en politique. Mais heureusement faux car tous les français ne sont pas de cet avis. Mais bon, dire que ce sont les français qui souhaitent cela, c’est porter la voix desdits français, donc c’est asseoir son propos, le critiquer revenant à critiquer celui des français.

A partir de 13’50, Marine Le Pen va insister 9 fois sur la « loi de 2004 sur les signes ostentatoires ».

On cite et on martèle la loi de 2004 sur les signes ostentatoires comme appui « scientifique » et, puisqu’on ne connait pas cette loi-là dans le détail on va se remettre à la bonne parole de Marine Le Pen.

C’est un truc de politique, discutable certes, mais qui fonctionne plus ou moins bien. On vient vous citer un texte de loi. On pense que cette personne, de par ses fonctions, connait la loi. Donc, par défaut, on va plus facilement avoir tendance à croire ses propos. Si un ami ou un inconnu venait vous dire la même chose, vous auriez plus de doutes. Le cerveau est comme ça. C’est un biais cognitif, vous n’en êtes généralement pas  conscient.

Ce biais là est un biais de conformité, on a tendance à aligner son avis sur celui du plus grand nombre. Le plus grand nombre pense que les politiques savent de quoi ils parlent, donc indirectement, vous avez plus tendance à vous aligner sur cet avis, même s’il est faux.

Je vous invite à vous renseigner sur ce biais cognitif là, la lecture des nombreuses études sur le sujet est extrêmement intéressante pour comprendre comment fonctionne votre cerveau. Mais passons et revenons à notre sujet.

Ses propos sont très efficaces. Elle y dit que la croix religieuse est, par exemple, « pas interdite », vérifications :

Voici ce que dit la loi sur les signes en question : « Les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive ». Donc, la croix peut également être interdite.

Sa déclaration est donc fausse. Mais de nombreuses personnes penseront, suite à sa déclaration, qu’elle est vraie, parce qu’ils n’iront pas vérifier ce que disent les textes, par fainéantise (pas au sens péjoratif) intellectuelle. Le cerveau n’aime pas faire des efforts, il s’en remet donc généralement aux informations qu’on lui apporte et n’a pas pour principe d’avoir une approche scientifique, de chercher, recouper, croiser des informations et des sources.

Comme vous pouvez vous en douter, elle vise plus une religion qu’une autre dans ce passage là, et ne manquera pas de le souligner explicitement par la suite, en parlant de la religion musulmane, qu’elle vient mélanger à sa guise avec l’intégrisme islamique, décrié et montré du doigt par de nombreuses personnes musulmanes qui galèrent, soyons clairs, avec cette responsabilité qu’on veut leur faire porter.

A 16’00, une journaliste aborde un texte, rédigé par les évêques de France. Ce texte dit qu’il ne faut pas interdire les signes religieux car cela encourage les courants fondamentalistes, les courants les plus durs ressentis comme une négation d’une foi personnelle. Elle demande à Marine Le Pen, ensuite, si elle fait fi de ce texte.

Réponse, à 16’22 : « Oui mais je crois que ces évêques qui ne sont pas tous les évêques ne doivent pas prendre de position politique, voilà. » Elle justifiera ses propos en expliquant, ensuite, que c’est aussi cela, la laïcité, c’est le fait que la religion et la politique soient séparées.

Il est amusant d’observer ses premières paroles : « qui ne sont pas tous les évêques », c’est révélateur. Elle ne le dit pas « comme ça », comme tout le reste de son discours. Elle le dit pour minimiser cette déclaration, minimiser les signataires de cette déclaration et faire naître l’idée, quelque part, que tous n’étaient pas en phase avec les propos tenus. C’est un tout petit passage mais sans efforts, il discrédite la déclaration et l’envoie balader d’un revers de la main.

France laïque, donc… pourtant, Marine Le Pen déclarera, juste après, vers 16’49 :

« et si on conçoit que la France a été modelée quand-même, par euh euh, son héritage chrétien, je ne comprends pas qu’un certain nombre de membres du clergé défendent, euh, ne défendent pas cet héritage chrétien et en réalité, au motif d’une prétendue solidarité des religions, eh bien, euh euh, facilitent le travail des fondamentalistes islamistes. »

En réalité, ce qui la dérange, ce n’est pas que le clergé déclare quelque chose en politique non, ce qui la dérange, c’est qu’il déclare quelque chose qui la dérange. Elle s’appuiera alors sur le fameux héritage chrétien pour dégommer assez brutalement ledit clergé qui a osé attaquer les racines chrétiennes françaises.

Je ne suis pas un expert religieux, ni un expert tout court d’ailleurs, mais la religion, n’est-ce pas l’amour du prochain ? Le respect et la tolérance ? L’acceptation de l’autre ?

La tournure de sa phrase permet de « renverser » les propos tenus au début de la question. Cela lui permet d’accuser le clergé d’une facilitation du travail des fondamentalistes islamistes… alors que, personnellement, j’en doute.

Le fait de préciser « un certain nombre de membres du clergé » permet aussi de se protéger des potentielles réponses dudit clergé. Il n’est pas visé, ce sont certains de ses membres qui le sont. Ou comment taper sur quelque chose sans réellement taper sur quelque chose. Habile déclaration que cette dernière.

De nombreuses études tendent à montrer que le fait d’être seul, isolé ou rejeté par les autres fragilise des personnes et que ces dernières, sous certaines conditions, sont « repérées » ou « tombent » dans l’intégrisme car elles ne sont plus seules désormais, elles appartiennent à une communauté, aussi discutable soit cette dernière hein.

A titre strictement personnel, j’ai trouvé que cette déclaration était une excellente chose, qu’elle ne touchait pas aux racines chrétiennes mais qu’au contraire, elle venait les renforcer, elle venait exprimer le respect, l’ouverture et la tolérance nécessaires pour que des personnes de croyances différentes puissent quand-même vivre en paix et en harmonie.

En y regardant de plus près, son discours est un discours de haine, de rejet, d’exclusion. Discours qui devrait vous faire réagir. Ce n’est pas en rejetant une partie de ses citoyens qu’on les rassemble. Réfléchissez à cela si vous vous dites que voter Le Pen ce n’est pas une mauvaise idée…

Je n’ai pas continué plus loin l’analyse, il reste quelques minutes dessus, qui parlent de la campagne présidentielle, sujet où j’avoue faire une overdose.

Le seul point positif avec le Front National et les têtes du parti, père, fille ou autre, c’est qu’on sait à quoi s’attendre : un discours très brutal, des marqueurs d’extrême droite, un profond et dangereux conservatisme et un rejet de toute différence, surtout si elle est religieuse.

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