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Allez, à tantôt !

vendredi 21 juillet 2017 à 18:21
Les temps sont durs pour moi, avec comme conséquence un silence en ces lieux. L'avantage de cette situation est qu'elle m'incite à écrire beaucoup de billets, puisque c'est ma manière d'évacuer mon mal être. Je ne peux pas encore publier ces billets, tant que les cendres sont encore chaudes, mais j'espère que dans quelques mois, je sourirai de nouveau.

En attendant, je m'accroche au sourire de mon épouse, et à ceux de mes enfants. Le bonheur tient à la capacité que l'on a de savourer ces choses là.

Ma tribu et moi, nous partons trois semaines faire des randonnées autour du Saint Laurent au Canada, pour se vider la tête et s'enrichir des aventures que l'on va vivre ensemble. Je vais en profiter pour renouveler ma collection de casquettes, et essayer de retrouver ma confiance en moi.

Ce sera silence radio sur ce blog pendant tout ce temps.
Ensuite, je viendrai de nouveau raconter mes histoires.

Allô ça va bien ? Allez, à tantôt ;-)

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/3547870940526119901/comments/default


L'intimité mise à nu

samedi 8 juillet 2017 à 16:11
Chaque année, les étudiants de l’Année spéciale de journalisme (DUT en un an) de L’École Publique de Journalisme de Tours (EPJT) réalisent de A à Z un magazine appelé Innova. Cette publication a la particularité d’être thématique et d’être réalisée intégralement au sein de l’EPJT, par des étudiants encadrés par des professionnels spécialisés en presse magazine : rédacteurs en chef, maquettistes, secrétaires de rédaction. Cette année, le numéro 24 s'intitule "L'intimité mise à nu" et contient un article qui me cite et consacré aux perquisitions : "Sortie brutale du réel".

Je reproduis ici cet article, avec l'aimable autorisation de l'étudiant journaliste, Ambre Philouze-Rousseau. J'ai également ajouté ensuite l'interview complète avec mes réponses.


PERQUISITION SORTIE BRUTALE DU RÉEL

UNE VIE FOUILLÉE, SCRUTÉE À LA LOUPE. LA PERQUISITION N’EST ANODINE POUR PERSONNE. NI POUR LES PERQUISITIONNÉS NI POUR LES PERQUISITIONNEURS. RÉCIT CROISÉ D’ISABELLE ET DE SON FILS THOMAS, PERQUISITIONNÉS EN MARS 2016 ET DE ZYTHOM, INFORMATICIEN EXPERT JUDICIAIRE

C’est un mercredi matin comme les
autres. Les parents se préparent à aller
donner leurs cours, leur fils est en
route pour sa classe préparatoire. Et
puis des coups. Des coups frappés à la
porte de la maison familiale. Il est 7 h 45, le mari va
ouvrir. Sa femme, Isabelle*, observe par la fenêtre et
voit trois personnes devant l’entrée. Lorsqu’elle
remarque les brassards rouges marqués « Police », ils
sont déjà à l’intérieur. « Nous venons pour une
perquisition, annonce froidement la policière. Je
suis inspectrice de la brigade des mineurs. » Pour
Isabelle, qui se tient au milieu de l’escalier, l’incom-
préhension est totale. Tout s’écroule : « Ça t’arrête
dans tes gestes, dans tes paroles, tu t’arrêtes de res-
pirer, tu t’arrêtes de penser. » Près d’un an après, elle
a enfin trouvé les mots : « Cette perquisition a été
une ­rupture brutale, indélébile et irrémédiable. »
Les suspects ne sont pas les seuls à être atteints par
une perquisition, c’est également le cas de leur
entourage. « C’était violent dans leur parler et leur
façon d’être, se souvient Thomas*, le fils d’Isabelle.
J’avais ­l’impression qu’ils s’en fichaient complète-
ment, comme s’ils n’étaient pas impliqués. »
Les perquisitionneurs doivent en effet se garder de
toute empathie. La police n’agit pas toujours seule.
Elle a parfois besoin de s’entourer de ­personnes
comme Zythom, informaticien expert ­judiciaire.
Les autorités font appel à ses services pour analyser
le contenu de matériel informatique. Il assiste ­depuis
1999 des huissiers de justice, des juges d’instruction
ou des policiers dans des ­perquisitions et raconte
son vécu dans son blog. Malgré sa longue expé-
rience, il ne s’habitue pas à la ­violence de cette intru-
sion. « Une maison est un lieu privé. Quand vous
entrez avec les forces de l’ordre chez quelqu’un, c’est
d’une brutalité incroyable, explique-t-il. En plon-
geant dans les données ­numériques stockées sur le
disque dur, j’entre dans la vie intime des gens, pour
le meilleur et pour le pire. » Ce sentiment de « viol
de ­l’intimité » ne le quitte jamais.

ASSISTER À LA FOUILLE DANS LA RÉSIGNATION
Pour autant, Zythom a vécu des perquisitions plus
éprouvantes que d’autres. Comme celle lors de
laquelle il rencontre Léo, 7 ans. « C’est un petit gar-
çon volontaire, écrit l’informaticien sur son blog.
Il me dévisage sans peur, mais avec une lueur
d’incompréhension dans le regard. » Zythom tente
de sauver les apparences : « Je lui fais un grand sou-
rire. Je force mon visage à se détendre, ­raconte-t-il.
“ Ta maman a un petit problème avec son ordina-
teur. Nous sommes venus pour voir si on peut le
réparer ’’, c’est la seule chose qui lui vient à l’esprit. Le
petit Léo, rassuré, reste malgré tout ­soucieux, mais
pour d’autres raisons. « J’espère que ce n’est pas mon
nouveau jeu qui a abîmé ­l’ordinateur de maman »,
s’inquiète-t-il. Une innocence ­touchante et déchi-
rante pour Zythom. « Mon cœur se brise mais au-
cun muscle de mon visage ne bouge, poursuit-il. La
dernière image que j’aurai de Léo est son départ
pour l’école tenant son petit frère par la main et
accompagné par une voisine. Je lui ai fait un petit
signe avec le pouce levé. » L’informaticien ne peut
s’empêcher de terminer son récit en avouant : « Que
c’est dur, une perquisition. »
Cette rudesse, Isabelle et Thomas l’ont ressentie.
Non sans quelques sanglots dans la voix, le jeune
homme décrit une sortie brutale du réel. « À partir
de ce moment, tu te dis que rien n’est vrai,
raconte-t-il. Tu es dans le déni. » Il souligne égale-
ment la difficulté à prendre du recul et « à accepter
que des gens viennent chez toi pour prendre tes
affaires, pour fouiller dans ta vie. » Les trois étages
de la maison, les chambres, la salle de bains, les
placards, le garage ou encore la voiture, rien n’est
laissé au hasard. C’est dans le silence et la résigna-
tion ­qu’Isabelle et Thomas ont dû assister à
ces fouilles, pires qu’un cambriolage. « Un
cambrioleur, tu ne le vois pas faire, pré-
cise Isabelle. Là, tu les vois passer
partout et ils sont maîtres chez toi.
Tu n’as plus le droit de ­parler, de
bouger, tu n’es plus rien. »
Malgré plusieurs tentatives
d’échange, ­Isabelle reste dans
l’ignorance. « Vous cherchez quoi ? »
demande-t-elle aux policiers. « Des
indices » est la seule réponse qu’elle
obtient. Au delà de l’impuissance, elle se
dit marquée par ­l’attitude des forces de l’ordre qui,
sur l’instant, lui retire sa dignité. « Je savais qu’ils
ne venaient pas pour moi. Mais dans leur façon
d’être, ils me ­culpabilisaient de la même façon,
explique-t-elle. Je n’avais plus l’impression d’être
une victime, mais une coupable. » Un sentiment
qui ne la quittera pas, même une fois la perquisi-
tion achevée, puisqu’une convocation pour un
interrogatoire lui sera remise dans la foulée.
Le moment du départ reste, pour Zythom, tout
aussi marquant que celui de l’arrivée. Il se souvient
ainsi d’une perquisition d’un domicile familial en
2010. Seule la mère de famille était présente. Au
moment de quitter le logement, il lui présente ses
excuses. « Je revois encore aujourd’hui la rage dans
son regard », raconte-t-il.
Isabelle s’est quant à elle sentie abandonnée. « Ils
sont partis de chez moi, mon mari menotté. Ils ne
m’ont rien demandé. Même pas si j’avais besoin d’un
soutien psychologique », ­déplore-t-elle. Comme si
l’après importait peu. « Tu le prends bien. Tant
mieux. Tu le prends mal. Tant pis », avance la quin-
quagénaire d’une voix entrecoupée de silences. Pen-
dant les quarante-huit heures qui ont suivi la per-
quisition, Isabelle n’a pas eu de nouvelles. Son mari
en garde à vue, elle s’est accrochée aux quelques
mots glissés par ­l’inspectrice au terme de six appels
téléphoniques : « Vous aurez des nouvelles en temps
voulu. » Face à ce mutisme, son fils évoque une
« nonchalance qui ne respecte pas les sentiments ».

LE PREMIER JOUR DU RESTE DE SA VIE
Malgré la violence des émotions qui l’ont animé ce
jour-là, le fils d’Isabelle a réussi à prendre de la dis-
tance. « Ceux qui perquisitionnent le font à lon-
gueur de journée. S’ils ne prenaient pas les choses
froidement, ils ne pourraient pas le faire », résume le
jeune homme. Cette prise de conscience, sa mère l’a
eue lors d’une discussion téléphonique avec
l’inspectrice. « Ça a été un moment fort, parce
qu’elle m’a parlé de femme à femme, plutôt que
d’inspectrice à femme de suspect », se souvient-elle.
La policière évoque alors la nécessité qu’elle a de
s’interdire toute ­empathie. Elle concède cependant
que cela peut être extrêmement violent. Pour
Isabelle, ces mots sont libérateurs. « Cela m’a fait un
bien fou, j’ai compris que sa crédibilité était aussi en
jeu », avance-t-elle. ­
Pour Zythom, beaucoup de ­métiers impliquent de
devoir faire face à des ­situations désagréables tout
en mettant ses ­sentiments de côté : « Un pompier
choisit-il son métier pour les tragédies auxquelles il
va assister ? s’interroge-t-il. Lorsqu’on décide de
mettre ses ­compétences au service de la justice, il
n’est pas question de choisir les interventions en
fonction de ses goûts. »
Un an plus tard, Isabelle considère cette
perquisition comme « l’acte premier,
celui que l’on n’oublie pas ». Même si le
traumatisme va au-delà de la perquisi-
tion en tant que telle, c’est bel et bien
ce jour qui aura déclenché le boulever-
sement profond de sa vie intime. D’un
rire jaune, elle lance : « C’est désormais
un anniversaire supplémentaire. »

ANA BOYRIE, AMBRE PHILOUZE-ROUSSEAU
ET CLÉMENT PIOT

(*) Les prénoms ont été modifiés.

Le numéro 24 de la revue Innova est téléchargeable en cliquant sur ce lien (l'article commence en page 10).



---oOo--

Interview réalisée par Ambre Philouze-Rousseau

- Depuis quand participez-vous à des perquisitions ?

Je suis inscrit sur la liste des experts judiciaires depuis 1999. Ma première perquisition a été une assistance à Huissier de Justice l'année suivante.


- Pourquoi, en tant qu'informaticien, avoir décidé de travailler avec la justice ? Et donc de participer à des perquisitions ?

Comme je le décris sur mon blog, mon épouse est avocate. J'ai souhaité me rapprocher de son univers, qui est passionnant, et c'est elle qui m'a expliqué ce que mes connaissances pouvaient apporter à la justice. En demandant mon inscription sur la liste des experts judiciaires, je ne savais pas que ma vie allait basculer parfois dans l'horreur : recherche d'images et de films pédopornographiques, perquisition, intrusion dans la vie privée... Mais c'est le lot de beaucoup de professions : un pompier choisit-il son métier pour les tragédies auxquelles il va assister, un policier pour les insultes, un journaliste pour les chats écrasés ? Je ne me plains donc pas et j'essaye de faire mon travail du mieux possible pour aider la justice.


- Quel est votre rôle lors de ces perquisitions ?

En général, j'assiste un Huissier de Justice, ou un Juge d'instruction, ou un policier, dans sa recherche de la vérité. Surtout si celle-ci se trouve sur un ordinateur...


- Combien de temps dure une perquisition, en moyenne ?

Celles auxquelles j'ai participé ont duré environ une journée.


- A combien de perquisitions avez-vous assisté ?

Dix perquisitions, entre 1999 et 2016.


- De quand date votre dernière perquisition ? Pouvez-vous nous la raconter ?

Elle date de l'année dernière et je ne peux pas la raconter. Par contre, j'ai raconté plusieurs de mes perquisitions, en les anonymisant, sur mon blog (voir billets :
https://zythom.blogspot.fr/2007/04/assistance-lors-dune-perquisition.html
https://zythom.blogspot.fr/2010/06/perquisition.html
https://zythom.blogspot.fr/2014/12/perquisitionner-un-informaticien.html

- Avez-vous souvenir d'une perquisition plus difficile que les autres ? Si oui, pourquoi ?

Elles sont toutes difficiles, surtout celles chez les particuliers. Je garde le souvenir d'un enfant de 7 ans qui réagissait à l'entrée très matinale d'un groupe de personne dans sa maison. Je raconte cette histoire dans ce billet : https://zythom.blogspot.fr/2013/02/leo-7-ans.html


- Vous dites ne pas aimer participer à des perquisitions chez des particuliers ? Qu'est-ce-qui vous dérange ? 

Je n'arrive pas à m'habituer à la violence d'une intrusion chez les particuliers.


- Dans l'un de vos billets, vous parlez de « viol de l'intimité ». Qu'entendez-vous par intimité ?

Une maison est un lieu privé. Vous acceptez parfois d'inviter des personnes que vous connaissez à entrer chez vous, dans une partie de votre vie privée : le séjour, la cuisine, la salle à manger. Quand vous entrez avec les forces de l'ordre chez quelqu'un, c'est d'une brutalité incroyable (même si les policiers et les Huissiers avec lesquels j'ai travaillé ont toujours fait preuve d'une grande humanité et de respect). Vous entrez dans l'intimité des personnes : bureau, chambres à coucher, pièces des enfants, salle de bains, etc.
Je ressens la même chose quand j'analyse chez moi le contenu d'un ordinateur mis sous scellé par la police : en plongeant dans les données numériques stockées sur le disque dur, j'entre dans la vie intime des gens, pour le meilleur et pour le pire. Ce n'est pas une sensation agréable.


- Est-ce-qu'en fouillant dans l'ordinateur d'un perquisitionné, vous ressentez également ce sentiment de « viol de l'intimité » ?

Oui.


- Vous n'êtes évidemment pas seul dans ce genre d'intervention. Combien êtes-vous ? Pensez-vous qu'ils ressentent tous la même gêne que vous ?

Il y a en général deux ou trois policiers (ou gendarmes), un serrurier, l'Huissier de Justice et moi.
Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui aime faire cela, mais tout le monde est concentré sur sa mission et souhaite qu'elle se passe le mieux possible.
Les policiers parlent correctement aux personnes et à leurs enfants, et tout le monde essaye de faire baisser la tension initiale de l'entrée dans les lieux.


- Comment réagissent ceux qui sont perquisitionnés ? (Même si les réactions doivent toutes être différentes, comment réagissent ceux que vous avez pu voir?)

Il y a un grand stress dans le premier quart d'heure, puis la tension baisse quand tout le monde a compris le rôle de chacun des intervenants.


- Enfin, malgré le fait que l'intrusion vous dérange, allez-vous continuer à participer à des perquisitions ? Et pourquoi ?

Quand on choisit de mettre ses compétences au service de la justice, il n'est pas question de choisir les interventions en fonction de ses goûts. Par contre, j'accepte moins souvent d'intervenir lors de perquisitions, simplement parce qu'avec l'âge, mon niveau et mon agilité technique diminuent. Il n'est pas facile de rester au contact de toutes les technologies de stockage, surtout que je n'ai pas de compétences en téléphonie mobile. Il m'est difficile de dire aux personnes que j'accompagne que je ne peux pas analyser le contenu d'un téléphone portable, alors que les données intéressantes s'y trouvent peut-être. Il y a dans mon ressort des experts judiciaires plus jeunes et plus expérimentés que moi. Je leur laisse maintenant ma place.


Échanges du 19/03/2017


Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/3116608483759763011/comments/default


TeamVieux

mardi 13 juin 2017 à 13:53
Je me rends souvent compte sur les réseaux sociaux que je suis un peu à part (mais pas tout seul ;-) quand on considère le critère de l'âge. Beaucoup des personnes que je suis, sont plus jeunes que moi, et par ailleurs, beaucoup de mes amis IRL qui sont du même âge que moi ne sont pas sur les réseaux sociaux...

Je suis né en 1963.

Je fais parti de la #TeamVieux... voire #TeamTresTresVieux

Comme je n'y peux pas grand chose, je m'interroge sur ma résilience face au choc de la vieillesse sagesse. Et le constat n'est pas fameux.

J'ai beaucoup perdu en plasticité synaptique. J'ai du mal à retenir tous les éléments nouveaux lorsque j'assiste à une formation. Je suis pétri d'habitudes et de réflexes, même si je lutte contre ces ornières (voir ce billet de 2007).

La pratique de mon métier s'éloigne inexorablement de la technique (que j'aime) pour devenir plutôt un gestionnaire de ressources : la part de management augmente avec l'effectif que j'encadre, je mets en place des indicateurs qualités pour maîtriser les budgets et la croissance de l'entreprise, la part juridique de mon activité de responsable informatique augmente...

J'ai été marqué par la lecture de ce billet qui m'a fait comprendre le phénomène de perte progressive de nos capacités cognitives décrit sous le terme savant "d'agnosie de l'empan cognitif"... Et bien entendu, je me suis reconnu.

J'ai subi une petite dépression (voir le billet intitulé "la honte") cette année et un burn-out qui m'a laissé sur les rotules, avant de réaliser qu'il fallait que je me fasse aider (d'où les indicateurs qualité pour justifier d'une embauche).

Sur Mastodon, j'ai écris "Tu sais que tu commences à être vieux quand tu n'as plus le temps de saisir les 6 chiffres du jeton d'authentification avant qu'ils ne soient remplacés par 6 autres...", ce qui montre à quel point je suis atteint par la décrépitude ;-)

Concernant les expertises judiciaires, j'atteins presque l'âge que je critiquais quand j'ai prêté serment, à l'âge de 35 ans, il y a plus de 18 ans... J'étais jeune et plein d'entrain, je voulais proposer mes compétences à la justice, et j'étais consterné de constater que l'expert judiciaire juste au dessus de moi en âge dans mon ressort avait 30 ans de plus que moi (il a exercé jusqu'à 75 ans !). Je considérais qu'il était difficile pour une personne de 65 ans d'être encore dans le coup au niveau technique. Sans en être encore là, j'ai bien conscience du côté artisanal de mes compétences, et leurs limites (lire le billet "Artisanat de l'expertise"). J'envisage maintenant sérieusement de demander mon retrait de la liste des experts judiciaires. 18 ans, c'est déjà beaucoup.

A titre d'amusement, j'ai repris mes travaux de recherche, à peu près là où je les avais laissés en 1994 quand j'ai quitté mon poste de Maître de conférences pour me consacrer pleinement à l'enseignement, puis à la fonction support. Cela fait beaucoup de choses à rattraper, et cela occupe mes soirées à l'infini, quand je n'ai pas de réunions municipales, ni d'expertises judiciaires à faire. C'est effrayant tout ce que l'on peut oublier, en particulier dans le domaine des mathématiques...

Ce que je regrette le plus, ce n'est pas la perte de mes tablettes abdominales, ni de ma souplesse, ni de mon énergie, non. Ce que je regrette, c'est la perte de mon employabilité. J'ai une expérience, un savoir-faire, une envie d'apprendre, une envie de découvrir de nouveaux domaines, mais personne ne souhaite embaucher une personne qui a passé 50 ans. Même si j'accepte de redémarrer à zéro dans un domaine connexe (comme dans la sécurité informatique par exemple, voir ce billet sur l'ANSSI).

Pourtant, malgré la rouille de mes méninges, de mes articulations et de mes connaissances techniques, je me sens capable de mettre en place tous les aspects de l'informatique d'une start-up, d'une TPE ou d'une PME ! A moi tout seul, je peux concevoir une infrastructure correctement dimensionnée, gérer le projet de mise en place (du budget à la réception), assurer l'exploitation et le suivi, mettre en place une sécurité "raisonnable". Idem pour les serveurs, les outils logiciels métiers, les accès à internet, la téléphonie...

Mais simplement en regardant l'âge inscrit sur mon CV ou mon profil LinkedIn, je sens que je suis écarté. C'est ce qui me blesse le plus.

Vieillir, c'est se souvenir d'une époque où l'on pouvait faire des choix. C'est se retrouver coincé sur une route sans carrefour, dont on sait que c'est une impasse et dont on connaît déjà la fin.

Parfois c'est dur...
Omnes vulnerant, ultima necat 
« Toutes blessent, la dernière tue. » Formule affichée sur les cadrans d'horloge et les cadrans solaires en référence aux heures qui passent.
Omnia dicta fortiora si dicta Latina 
« Un propos prend plus de force lorsqu'il est dit en latin. »

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/2792138370070836640/comments/default


L'Orange lui va si bien

vendredi 19 mai 2017 à 14:11
Dans le cadre professionnel, je gère un abonnement internet pour le logement du gardien de mon entreprise. Il s'agit d'une offre classique Orange pour particulier. Le quartier où je travaille devenant (enfin) une zone éligible à la fibre optique pour les particuliers, je demande l'évolution de l'abonnement Orange vers son homologue survitaminé, toujours chez le même fournisseur d'accès.

Attention, à ce stade du récit, il faut comprendre que sous la présidence de Nicolas Sarkozy, certaines des entreprises "majeures" du marché de l'accès internet se sont partagées le gâteau déploiement de la fibre jusqu'à l'habitant (FTTH). Les découpages géographiques ont fait que je suis en zone "SFR", ce qui signifie que c'est la Société Française du Radiotéléphone (SFR donc) qui investit dans des kilomètres de fibres optiques autour de mon lieu de travail. Et sur mon lieu de travail vit un gardien (dans un logement de fonction), dont je m'occupe de l'accès à internet (suivez un peu ;-).

En cliquant dans l'interface web du site Orange pour confirmer ma demande de passage à "la fibre", je ne me doutais pas de l’enchaînement qui allait suivre...

Pour faire court et ne pas vous noyer dans une masse de détails ubuesques, j'ai successivement reçu des emails d'Orange, des SMS de prises de rendez-vous avec des techniciens sous-traitants de SFR, des coups de téléphone me confirmant les SMS et l'imprécision des horaires de rendez-vous, des emails de confirmation des coups de téléphone, et des emails d'enquêtes de satisfaction client (parce que c'est important pour nos relations) alors que rien n'avançait...

Les techniciens sont pourtant venus trois fois.
A chaque fois, il s'agissait d'une équipe différente et d'une entreprise différente.
A chaque fois, ils n'avaient aucune information, ni sur le dossier, ni sur les suites de la venue de l'équipe précédente...

Le problème est pourtant simple : vu la hauteur des couloirs et la situation des chemins de câbles dans mon entreprise, il faut une NACELLE pour tirer la fibre optique jusqu'au logement du gardien.

Toutes les équipes sont venues avec des échelles, des tabourets, des outils, des tire-câbles, etc., mais pas l'équipement approprié pour travailler en hauteur. L'installation n'a donc pas eu lieu.

Les mois passent, je relance de temps en temps mon dossier par un email aux services commerciaux qui me disent qu'ils vont prendre les choses en main (mais qui ne me disent jamais où ils en sont).

Jusqu'à ce que je reçoive cette lettre d'Orange :
"Suite à la résiliation de votre offre ou option, ou à votre déménagement, [...] et conformément à vos conditions contractuelles, nous vous remercions de bien vouloir restituer les équipements mis à votre disposition par Orange [...].
A défaut, les frais suivants vous seront facturés : Livebox 100 euros."

La résiliation ? Mais quelle résiliation ?

Je transmets le courrier à ma commerciale Orange préférée (commerciale pro) qui me dit qu'elle va s'occuper du dossier...

15 jours après, je reçois un courrier de relance intitulé "Rappel : restitution des équipements mis à votre disposition par Orange", contenant à peu près les même information, avec du gras sur la date limite de retour du matériel (quand j'écris "avec du gras", je fais allusion évidemment à la graisse en typographie).

Je commence à me demander si je ne vais pas goûter aux joies de la vie communautaire décrite par Piper Chapman...

J'appelle le 3900 où je passe successivement avec succès les différentes étapes me permettant d'accéder au graal suprême : l'accès à un être humain. Un être humain du service technique. Pourquoi du service technique, je ne sais pas. J'ai juste dit "internet" à un automate qui me demandait de résumer en une phrase mon problème.

L'être humain me dit qu'il s'agit d'un problème qui ne peut être traité qu'au niveau commercial, et me passe un autre être humain du service commercial. Ils sont donc au moins deux derrière le 3900 de chez Orange, derniers humains non encore automatisés.

Je suis extrêmement poli, calme, à l'écoute et bienveillant, comme je l'apprends en formation au management chez Germe. Et il en fallait de la bienveillance pour écouter ce compagnon en humanité m'expliquer :
"Mais monsieur, c'est tout à fait normal : vous avez reçu un courrier type puisque votre dossier m'indique que SFR refusant l'installation de la fibre, dans votre cas, l'évolution vers l'offre fibre Orange ne peut se faire".
"Mais vous allez couper l'accès internet ?"
"Non, non, votre abonnement est remis à son offre antérieur. Vous n'avez rien à faire".

Donc, pour résumer, quelqu'un, dans l'entreprise Orange, planqué bien loin du terrain, s'est dit "c'est compliqué d'ajouter un courrier type couvrant le cas d'une annulation de demande d'évolution d'offre. On va plutôt envoyer le courrier type de retour du matériel avec menace de faire payer 100 euros, c'est pareil"...

Sachant que l'être humain que j'avais au bout du fil, bien qu'arrogant dans ses certitudes ("vous savez monsieur, c'est compliqué la fibre avec toutes les contraintes imposées par la réglementation"), ne pouvait pas faire grand chose à part me confirmer que je n'avais rien à faire et que mon abonnement antérieur était bien maintenu malgré les deux courriers de demande de restitution du matériel ("mais non, monsieur, je ne peux pas vous le mettre par écrit, mais vous savez c'est bien consigné dans le dossier que j'ai sous les yeux").

Je m'attends au pire dans les jours qui viennent, concernant l'abonnement internet de mon gardien. Évidemment, si jamais Orange coupe la ligne, je lui garantis un maintien de l'accès internet via notre liaison pro.

Le plus drôle dans cette histoire, c'est que je sais qu'il y a dans mon entreprise une fibre Orange, éteinte depuis 10 ans (issue d'un marché gagné par Orange pour la région afin de relier notre école d'ingénieurs à internet). Cette fibre est toujours là. Je connais son cheminement jusqu'à la rue. Elle pourrait être utilisée pour nous relier de nouveau à internet, du moins pour relier le logement du gardien. J'ai montré cette fibre à tous les techniciens qui sont venus sur place, et j'en ai parlé à tous mes interlocuteurs de chez Orange (je n'ai jamais eu à faire à quelqu'un de chez SFR). Personne ne veut l'utiliser. Nous sommes en zone SFR, ce n'est pas le même service, nous ne sommes pas habilités à brancher cette fibre, le diamètre du câble est trop gros pour notre boîtier...)

Et pourtant l'Orange lui allait si bien.


Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/2152523166650784960/comments/default


Analyse inforensique simple avec des outils gratuits

lundi 15 mai 2017 à 18:12
Lors d'une discussion avec un Officier de Police Judiciaire, celui-ci me demandait comment faire une analyse de disque dur sans budget logiciel, tout en garantissant un bon niveau d'investigation.

Après avoir pris les précautions d'usage consistant à dire qu'on ne peut pas mener à bien des investigations techniques sans comprendre ce que l'on fait, je me suis dit que je pouvais faire sur ce blog une proposition (SGDZ), même si celle-ci peut éventuellement faire hurler les techniciens les plus pointus sur ces sujets (je trolle un peu aussi à ma manière).

Mon hypothèse de travail va consister à prendre le cas le plus répandu : un ordinateur sous Windows, non chiffré, avec un usage bureautique basique. L'objectif est de trouver un fichier présent sur le disque, éventuellement effacé.

1) Préserver les éléments de preuve au maximum.

Le disque de stockage de l'ordinateur ne doit pas être modifié. Or, un démarrage du système d'exploitation modifie plusieurs informations du disque, modifie des caches, procède éventuellement à des mises à jour, des connexions internet, etc. Il faut donc travailler sur une copie du disque d'origine.

2) Copier les données.

Parmi toutes les manières de procéder à la copie des données du disque de stockage, je vais présenter celle qui me semble la plus simple, même si elle n'est pas sans risque.

Les données sont aujourd'hui de plus en plus stockées sur un disque SSD, ou sur des mémoires flash plus ou moins propriétaires. Il n'est pas toujours facile de démonter le disque de stockage pour le placer sur une plate-forme adaptée, avec bloqueur d'écriture et connecteurs ad hoc.

Il est possible de démarrer l'ordinateur sur une clef USB appropriée, à condition de connaître parfaitement la procédure de démarrage sur clef USB spécifique de l'ordinateur.

Il faut donc se documenter le plus possible (sur internet) sur le modèle d'ordinateur, et sa procédure d'accès au choix du périphérique de démarrage (touche Echap, ou F1, ou F2, ou F11, ou F256, ou Suppr...).

Ma recommandation est de retirer si possible le disque de l'ordinateur et de faire des essais "à vide" pour être sur de démarrer correctement sur la clef USB.

J'utilise une clef USB de démarrage DEFT qui fonctionne pour tous les ordinateurs que j'ai rencontrés pour l'instant. Cette clef a la particularité de protéger tous les disques contre l'écriture (de manière logicielle), en plus de disposer de nombreux outils d'investigation qu'il serait trop long de présenter ici (mais qui sont très intéressant).

Une fois le démarrage sur clef USB DEFT effectué, il ne reste plus qu'à brancher un disque externe de capacité suffisante sur l'ordinateur et d'utiliser la commande dd, ou dd_rescue, ou ddrescue pour effectuer une image bit à bit du disque de stockage. Attention de bien vérifier les noms logiques des devices : il est préférable de savoir bien différencier le disque cible du disque source, surtout qu'il faudra bien passer le disque destiné à contenir l'image en lecture/écriture. Il faut comprendre ce que l'on fait.

Une fois la copie terminée, éteindre l'ordinateur et souffler un peu car le contenu du scellé est préservé (si l'ordinateur n'est pas tombé en panne JUSTE pendant ce moment là, auquel cas, il faudra faire jouer son assurance en responsabilité civile NECESSAIREMENT prise pour ce type d'activité).

3) Analyse des données de la copie.

Chacun est libre du choix de ses outils préférés (GNU/Linux, Windows, FreeBSD, etc.), mais comme la plupart des enquêteurs sont sous Windows, je recommande l'outil gratuit OSFMount qui permet de monter en lecture seule une image dd sous Windows (qui sera attribuée à un lecteur disponible, G: par exemple).

Cela permet de se promener sur le contenu (de l'image) du disque, sans modifier son contenu. Cela permet d'utiliser tous les outils de récupération de données,  tels que Recuva ou PhotoRec, ainsi que la version Windows de The Sleuth Kit (TSK).

Vous pouvez également utiliser tous les outils de la LiberKey, en particulier SearchMyFiles ou Everything.

Conclusion :

Il est possible d'utiliser des outils gratuits pour faire une analyse des données d'un support de stockage. MAIS cela ne dispense pas de SAVOIR ce que l'on fait et oblige à COMPRENDRE les concepts en jeu.

On ne s'improvise donc pas expert informatique.

Par contre, ces outils étant gratuits, ils sont faciles d'accès et permettent à une personne curieuse de s’entraîner, par exemple sur un vieux disque, et parfois de sauver une situation où la sauvegarde est un peu ancienne...

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