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25 ans dans une startup - billet n.25

jeudi 6 septembre 2018 à 05:00
Introduction - billet n.24

En 2006, cela fait déjà 7 ans que je suis expert judiciaire en informatique. Je suis donc sollicité par les magistrats de ma région lorsqu'ils le souhaitent, dans des dossiers où l'informatique intervient directement ou indirectement.

Les enquêteurs de la Police Nationale ou de la Gendarmerie commencent eux-aussi a être doucement équipés d'ordinateurs, mais ils sont encore nombreux à taper sur de vieilles machines à écrire, ou à utiliser leur matériel personnel. Mais surtout, les OPJ formés à l'analyse des scellés informatiques sont encore peu nombreux. Le gendarme N'Tech de mon département est débordé de demandes et les délais sont longs.

Les magistrats me sollicitent donc beaucoup. Surtout dans des dossiers de recherche d'images et de vidéos pédopornographiques.

Le problème est que je me retrouve confronté à ces images et ces films, alors que je n'y suis pas du tout préparé. Je suis papa, en plus, de trois jeunes enfants. De voir des enfants torturés et exhibés me remue profondément.

J'ai donc ouvert ce blog, en écrivant le premier billet intitulé "Pourquoi un blog ?". Mais dans les billets de 2006, se trouve la vraie raison d'ouverture de ce blog. Dans le billet "L'horreur de la pédophilie", la fin est la suivante :
Un dossier pédophile, c'est un expert judiciaire qui pleure tout seul dans son atelier.
On n'en parle pas autour d'une table, on n'en parle pas à la TV, on n'en parle pas sur les blogs. On travaille en silence, consciencieusement, et avec nous les gendarmes, la police, les greffiers, les magistrats, et d'autres, qui luttent contre ce fléau.

Ce billet est une thérapie personnelle.
Je commence à m'intéresser de plus près à la société dans laquelle je vis : le fonctionnement de la justice, les lois, ceux qui les écrivent, etc. J'assiste à mon premier conseil municipal dans le public. Ma conscience politique s'éveille.

Tout doucement, je m'ouvre au monde. Je commence à discuter avec des inconnus à travers ce formidable outil qu'est internet, d'autres choses que d'informatique. Je rencontre des blogueurs et des lecteurs IRL. Je mûris un peu.

Pendant ce temps, la startup grandit et nous décidons d'exporter notre modèle de formation dans un pays en pleine croissance : le Maroc.

Billet n.26

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.


Source : https://zythom.blogspot.com/feeds/4136598765117953121/comments/default


25 ans dans une startup - billet n.24

mardi 4 septembre 2018 à 05:00
Introduction - billet n.23

2002, c'est aussi l'époque de l'explosion des ordinateurs portables, avec un besoin pressant d'accès à internet. C'est l'époque des TIC, puis des NTIC. Ce sont aussi les prémisses du web 2.0.

Concrètement pour moi, il s'agit de consolider les serveurs LAMP de l'entreprise, de régler correctement les DNS primaires et secondaires, tout en accélérant les accès internet (10 Mb/s symétrique à l'époque) avec un serveur mandataire (proxy) muni d'un cache efficace Squid. Le réseau interne est séparé du réseau externe par ce serveur mandataire (qui nous représente sur internet, d'où son nom), lui-même protégé par un parefeu basé sur des règles ipfwadm (qui seront remplacées ensuite par des règles ipchains, puis iptables). Les règles du parefeu sont établies à la main, à partir de tutoriels trouvés sur internet. NetMeeting me donnera des maux de tête...

Notre messagerie est basée sur un webmail Squirrelmail et un client Pegasus Mail rescapé de notre longue période Novell Netware, et bientôt remplacé par Microsoft Outlook, plus conforme aux standards industriels. Tout ceci interroge un magnifique serveur Sendmail dont je me souviens avec délice du fichier de configuration pantagruélique. Je le remplacerai ensuite sans trop de regret par un beau et léger Postfix. La lutte contre les SPAM bat son plein, avec la mise en place du tout nouveau SpamAssassin associé à un astucieux greylisting. La lutte contre les virus/malware utilise ClamAV. Le tout est mené à la baguette par Amavis. J'apprends à faire la différence entre MUA, MTA et MDA...

Les pédagogues testent Claroline et Moodle. Je découvre l'administration de ces plateformes, en version test, pré-prod et prod, avec les joies des plugins rendus obsolètes par les montées de version.

Nous faisons développer un extranet basé sur le prometteur SPIP. Je découvre l'animation de contributeurs à des espaces collaboratifs...

Les étudiants nous demandent s'ils peuvent bénéficier d'un accès Wifi. Pour les encourager vers ce qui s'appellera bientôt le BYOD, nous installons une grosse borne Wifi Cisco 802.11a/b. Je découvre les joies du paramétrage Wifi, et l'entrée de matériels exotiques non contrôlés sur mon réseau. Beaucoup d'étudiants n'ont pas d'antivirus...

Les nouveaux ordinateurs arrivent équipés d'une interface curieuse qui s'appelle USB. Difficile visuellement de savoir dans quel sens mettre le connecteur. Bah, aucun avenir...

Les appareils photos commencent à être numériques. Je reçois mon premier, livré en bundle avec un switch HP.

Les enseignants découvrent avec méfiance les vidéoprojecteurs tri-tubes (et leur corollaire PowerPoint). Je teste un écran transparent, relié à un ordinateur, que l'on pose sur un rétroprojecteur pour le transformer en vidéoprojecteur-moins-cher (bof). La définition des écrans est 800x600. Le connecteur VGA règne en maître. 

2002, c'est aussi la naissance de mon troisième enfant. Je sais maintenant doser un biberon les yeux fermés, changer une couche d'une seule main et préparer sans rien faire brûler ma spécialité purée/Knacki au beurre salé. Je range mon caméscope pour faire des petits films avec mon appareil photo numérique.

C'est aussi une année record d'expertises judiciaires réalisées le soir, les week-ends et pendant mes congés.

Les années passent, riches en évolutions technologiques. J'ai le regard tourné vers l'avenir. J'essaye d'avoir toujours un coup d'avance, de faire les bons choix, de tenir compte des erreurs, de faire progresser ma roue de Deming. Je cours partout et j'aime ça.

Mais j'ai un point sensible que je vais découvrir assez brutalement.

Billet n.25

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

La clairvoyance (1936) de René Magritte

Source : https://zythom.blogspot.com/feeds/933386968637412702/comments/default


25 ans dans une startup - billet n.23

jeudi 30 août 2018 à 05:00
Introduction - billet n.22

En 2002, je commençais à avoir un système informatique qui ressemblait à quelque chose de sérieux : le câblage réseau était neuf, les actifs réseaux aussi, nos serveurs Novell Netware tournaient comme des horloges et offraient d'excellents services d'impression et de stockage de fichiers.

Mais tous les éditeurs de logiciels abandonnaient progressivement leurs développements sur ce système d'exploitation réseau. A chaque réunion avec les prestataires ou avec les commerciaux des différentes solutions de paie, de gestion RH, de sauvegardes ou même d'impression, j'avais droit au même regard étonné : "Ah bon, vous utilisez encore Novell ?"...

J'ai un avis très personnel sur ce qu'est un bon système d'exploitation réseau, et Novell Netware était pour moi une excellente solution. Nous en maîtrisions tous les aspects techniques et nous avions consciencieusement suivi toutes les évolutions du produit Netware, en particulier sa version 6.0. Le choix initial de Novell Netware ne m'appartenait pas, puisqu'il avait été fait par mon prédécesseur. Mais il m'appartenait de décider de persister dans cette voie, ou de renverser la table. C'est le genre de décision qui peut faire sauter un responsable informatique... Donc l'avis professionnel doit passer avant l'avis personnel.

Après la crise de gouvernance du début de siècle, la startup se développait bien, et n'avait plus rien à voir avec les débuts que j'avais connus. Le nom même de "startup" n'a d'ailleurs plus de sens en 2002 tant l'entreprise était arrivée à s'ancrer dans le paysage de son secteur d'activité. Par commodité de langage et d'écriture, et parce que le service informatique allait longtemps rester bloqué dans ce mode, je conserverai dans ce récit l'appellation "startup".

Mais j'ai maintenant, en 2002, affaire à 500 utilisateurs quotidiens, sur 200 ordinateurs répartis dans une dizaine de salles et une vingtaine de bureaux. Le système d'exploitation est majoritairement Windows 98 avec un client Netware, les salles de CAO sont sous Windows NT 4 qui est venu remplacer les stations de travail HPUX, les serveurs sont sous Novell Netware 6.0 ou sous Red Hat Linux qui a remplacé notre distribution Yggdrasil Linux/GNU/X.

Chaque migration nous demande de découvrir de nouveaux outils et de nouvelles pratiques. Nous sommes toujours trois, mes deux techniciens et moi, à assurer le support auprès des utilisateurs, l'administration réseau, l'administration des serveurs et des postes de travail, les achats informatiques et la stratégie d'évolution.

Je décide de faire le grand saut, et à l'occasion du remplacement du hardware de nos vieux serveurs, nous passons sur des serveurs racks, dans une nouvelle baie de serveurs, sur lesquels nous installons des Windows 2000 server pour héberger nos fichiers, nos services d'impression et un active directory tout neuf.

Les sauvegardes sont assurées par ARCserve vers un robot de bandes DAT au format DDS.

Les postes clients passent progressivement sous Windows XP fraîchement sorti.

L'accès internet, son parefeu, les règles de NAT, l'hébergement web et le serveur webmail SquirrelMail restent sous GNU/Linux.

Nous découvrons l'administration Windows, et ses écrans bleus de la mort...

Billet n.24

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Image générée avec http://atom.smasher.org/error/

Source : https://zythom.blogspot.com/feeds/1861726573758221295/comments/default


25 ans dans une startup - billet n.22

mardi 28 août 2018 à 05:00
Introduction - billet n.21

Gérer la croissance d'une startup n'est pas chose aisée pour un dirigeant. Il faut créer les bons postes, recruter les bonnes personnes, les manager, les faire grandir, répondre à leurs aspirations, faire des choix stratégiques, etc.

Il faudrait bien plus qu'un simple billet de blog pour analyser les raisons de la crise qui s'est produite au virage du 21e siècle, mais celle-ci résulte sans doute du mélange de plusieurs causes : déceptions humaines, choix financiers compliqués, marché tendu, stratégie de développement hasardeuse...

Pour faire simple et factuel, le directeur général est parti, un nouveau directeur général est arrivé, et avec lui une nouvelle manière de travailler.

L'une des premières choses que le nouveau DG a expliquée à l'équipe de direction que j'avais fraîchement rejointe est la suivante : "je ne vous connais pas, je ne sais pas si vous avez fait de bonnes ou mauvaises choses dans le passé, si vous êtes moteur dans cette entreprise, ou si vous ramez à contresens. Les compteurs sont remis à zéro. Montrez moi vos compétences, et que vous êtes capables de travailler ensemble pour le collectif."

Après quelques mois d'observation, quelques têtes sont tombées. Je n'en faisais pas partie.

Le projet de déploiement du nouvel ERP a démarré et a duré 24 mois. Tout le monde a pleinement contribué à son succès. La startup disposait enfin d'un outil centralisant toutes les données utiles à son fonctionnement et leurs traitements.

Billet n.23

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.


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25 ans dans une startup - billet n.21

jeudi 23 août 2018 à 05:00
Introduction - billet n.20

Avant de parler de la crise qui allait frapper la startup, je ne peux pas éviter de parler d'un événement mondial majeur qui a fait écrire à Alexandre Adler ce titre terrible : "J'ai vu finir le monde ancien". Littéralement.

J'assurais l'un de mes derniers TP d'informatique. Les sujets étaient distribués, les étudiants commençaient à travailler et à faire des recherches sur internet. En me déplaçant dans la salle de TP, je constate que sur plusieurs écrans d'ordinateur défilent les mêmes curieuses vidéos, sans rapport avec le sujet de TP. Les mêmes vidéos en même temps. Petit à petit, tous les étudiants et moi-même regardons ces images terribles diffusées en temps réel sur internet par les télévisions américaines.

Nous sommes le 11 septembre 2001, les images des tours jumelles du World Trade Center de New-York tournent en boucle partout dans le monde.

Je n'ai pas pris conscience immédiatement de l'immensité du changement de monde que j'observais à ce moment-là avec mes étudiants. J'ai demandé d'éteindre les haut-parleurs des ordinateurs, pour ne pas diffuser les commentaires médusés des témoins directs des attentats. J'ai demandé aux étudiants de se concentrer sur le sujet de TP. Celui-ci était pourtant loin de nos préoccupations, et un lourd silence régnait dans la salle.

Dès la fin de la séance, tout le monde est parti. Je suis rentré chez moi pour regarder les informations. Ma femme et moi avons réussi à protéger nos enfants de ces images terribles pendant quelques heures. Mais l'événement était trop fort, trop universel, trop historique, pour y échapper.

Ces quelques heures terribles ont modifié durablement notre mode de vie. Je ressens encore parfois l'effroi qui s'est emparé de moi à la vue de ces images. En particulier lorsque je les retrouve en version non censurée sur les scellés que je dois analyser, lorsque l'on me confie une mission d'expertise judiciaire et que le scellé appartient à un collectionneur d'images fortes. Le bruit des corps qui s'écrasent aux pieds des tours m'a longtemps empêché de dormir...

Et pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître parfois, la vie continue et avec elle, la série des succès et des échecs.

Billet n.22

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.


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