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25 ans dans une startup - billet n.15

jeudi 2 août 2018 à 05:00
Introduction - billet n.14

Il n'y a pas de formation "responsable informatique dans une startup". Au départ, vous vous dites que vous allez faire de votre mieux et que tout le monde va vous féliciter. Après tout, vous êtes celui qui vient éteindre l'incendie, celui qui vient régler les problèmes en trouvant des solutions...

C'est vrai.

Au départ.

Puis, très vite, vient le temps où vous êtes perçu comme la cause des problèmes. Après tout, c'est vous qui êtes responsable de l'informatique (donc des problèmes qui viennent avec).

C'est vrai aussi.

Ma première idée a été de préserver mon équipe, en les protégeant le plus possible des reproches et des coups. Cela leur permet d'être concentrés sur le support 1 et 2, pendant que je lutte pour obtenir des moyens, des crédits, des ressources humaines, tout en essayant de réfléchir aussi aux solutions que je peux apporter à plus long terme : c'est l'objet du plan d'investissement, qui s'est vite transformé en schéma directeur, puis en SDSI. Et en même temps (marque déposée), j'apprends à être admin réseau, à gérer la sécurité informatique, à dépanner les ordinateurs, à gérer le stockage, les sauvegardes, les pannes...

Pour construire le nouveau réseau informatique, j'ai rédigé le cahier des charges, puis le CCAP et le CCTP en m'aidant de documents similaires trouvés sur internet. Je suis allé voir les responsables informatiques des entreprises locales et des universités de la région. J'ai fait une synthèse de tout cela, je suis allé voir le directeur général qui a obtenu le soutien des financeurs. J'ai ensuite passé un appel d'offre, animé la commission d'ouverture des plis et de sélection des soumissionnaires. Le chantier a démarré, avec sa cohorte de problèmes et de micro-décisions. Avec au bout un nouveau réseau flambant neuf : un mélange de câbles catégorie 5e+ (la catégorie 6 allait sortir bientôt) certifiés gigabit, avec des jarretières RJ45, et de fibres optiques certifiées, elles, 10 gigabits.

Pour l'époque (1998), c'était avant-gardiste. Tellement d'ailleurs, que le budget et la raison m'ont conseillé de ne prendre en actifs réseaux que des switchs 100 Mb/s et un cœur de réseau gigabit (soit 10x moins que le maximum possible). Je préparais ainsi le coup suivant et pensais à mon "moi de dans dix ans"...

La base de l'informatique, c'est le réseau. Il faut que celui-ci soit fiable et performant. Une fois celui-ci construit, il ne reste plus qu'à le maintenir en état et appuyer dessus les ordinateurs et les logiciels adéquats, pour pouvoir atteindre et franchir cette mythique année Y2K sans voir se déclencher mon siège éjectable. Le maintenir en état dans la durée, cela veut dire de protéger les prises des branchements sauvages, d'interdire les ajouts de "bout de réseau" non certifiés (tirage de câbles par des amateurs...), de surveiller son fonctionnement avec des sondes logicielles... Un vrai métier.

Oui, mais pour le reste : quels serveurs brancher sur ce réseau et quels logiciels installer dessus, pour quels services ?

Billet n.16

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Source Wikipedia

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25 ans dans une startup - billet n.14

mardi 31 juillet 2018 à 05:00
Introduction - billet n.13

Le réseau informatique s'agrandit, jusqu'au jour où la première catastrophe est arrivée : une panne complète du réseau. Avec le recul, je me dis aujourd'hui qu'une telle situation était inéluctable.

A cette époque lointaine, le câblage n'était pas dédié à l'informatique. Dans un élan de modernité, les concepteurs des bâtiments avaient mis en place un câblage universel pour la téléphonie, la vidéo et l'informatique. Toutes les baies de brassage étaient étiquetées pour que l'attribution d'une prise terminale soit clairement effectuée : une prise pouvait donc être affectée, soit au réseau informatique (exemple: un ordinateur pour le relier aux serveurs), soit au réseau téléphonique (ex: un téléphone pour le relier au PABX), soit au réseau vidéo (ex: un téléviseur pour le relier à la régie vidéo).

Avec plus de 850 prises dans les bâtiments, ce qui devait arriver arriva : les trois réseaux supposément étanches commençaient à avoir de plus en plus d'anomalies de branchements, de boucles, de défauts, d'interférences... Et le plus sensible dans l'histoire, était le réseau informatique avec ses HUB 10Mb/s, ses tempêtes de diffusion, etc. Nous en étions arrivés au point où régulièrement, nous devions appuyer les mains à plat sur les câbles des baies de brassage pour rétablir les points de contact dans les modules IBCS infraplus...

Il fallait trouver une solution. J'ai eu beau tourner le problème dans tous les sens, je n'en voyais qu'une : faire poser un nouveau câblage, dédié à l'informatique, en faisant cette fois les bons choix technologiques.

Je découvrais alors le fondement même du métier de responsable informatique, ce qui fait sa force ou sa faiblesse : devoir faire les bons choix pour préparer l'avenir, dans un domaine aussi évolutif que l'informatique :
- GNU/Linux, BSD, Novell, Solaris, NeXSTEP, Système 7, OS/2, VMS, HP-UX ou Windows  ?
- HUB ou switchs, câblage de catégorie 5 ou 5e, fibres optiques monomodes ou multimodes ?
- Serveurs tours ou en rack, 1U ou 2U, processeurs RISC ou CISC ?
- Fortran, Prolog, LISP, langage C ou SmallTalk ?
- Ajouter des trucs au système en le touchant le moins possible, ou remettre tout à plat ?

Tels étaient quelques uns des choix qui s'offraient à moi à l'époque. Et, bien que la startup commença à avoir quelques années au compteur, pas question d'avoir une assistance à maîtrise d'ouvrage, ni un conseil de qui que ce soit.

Comme beaucoup de mes (jeunes) homologues, j'étais seul...

Billet n.15

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Source darkroastedblend.com

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25 ans dans une startup - billet n.13

jeudi 26 juillet 2018 à 05:00
Introduction - billet n.12

Le lendemain de l'annonce de ma prise de fonction, toutes les personnes rencontrant des problèmes informatiques m'appellent pour que je les résolve immédiatement... Impression, mise en page, formule dans un tableur, bourrage papier, fichier effacé, etc.

Je réponds aux demandes comme je peux, mais j'essaye de donner de l'autonomie aux personnes pour qu'elles puissent s'en sortir seules la prochaine fois. J'utilise tout mon sens de la pédagogie pour former mes collègues. Hélas, le sujet est plus complexe que je ne l'imaginais et l'envie d'apprendre assez différente de celle des étudiants. Je découvre la résistance au changement...

Très vite, au bout de quelques mois, je comprends que je ne m'en sortirai pas comme ça. On ne peut pas carillonner et être à la procession, on ne peut être à la fois au four et au moulin. Je propose le recrutement d'un jeune technicien info pour m'aider sur la fonction support.

Puis, à deux, nous commençons l'amélioration des outils informatiques :
- structuration des données du serveur de fichiers
- mise en place d'un accès à internet par modem (nous sommes en 1996, la plupart des établissements d'enseignement supérieur sont déjà reliés à internet depuis au moins 10 ans !)
- installation d'IP sur les postes de travail, en cohabitation avec IPX
- mise en place d'un nom de domaine au nom de la startup
- création d'un serveur de messagerie Sendmail et d'une première passerelle, basés sur la distribution Yggdrasil Linux
- installation d'un outil de messagerie (Pegasus Mail)
- passage à Windows 95 et Windows NT
- abandon des Mac et des stations HP-UX au profit d'une uniformisation des logiciels.

En quelques années, toute l'organisation du travail va changer.

Les ordinateurs commencent à envahir très progressivement les bureaux, avec leur complexité technologique. Les dernières machines à écrire sont rangées, avec leurs duplicateurs carbones, mais sont prêtes à être sorties au moindre problème.

La startup grandit, le service informatique s'étoffe avec l'arrivée d'un deuxième technicien info.

Netscape Navigator règne sans partage et nous permet d'aller consulter les bases de données d'Altavista. La sécurité informatique commence à faire parler d'elle. Je donne sur le sujet une conférence à mes étudiants de 5eme année, basée sur l'ouvrage "Naissance d'un virus" de Mark Ludwig.

J'applique ce que j'enseigne et j'enseigne ce que j'applique. Attaques, défenses, contre-mesures, services (serveurs d'impression, serveurs de fichiers, authentification, sauvegardes...), MCO, plan d'investissement informatique.

Le réseau informatique s'agrandit, jusqu'au jour où...

Billet n.14

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25 ans dans une startup - billet n.12

mardi 24 juillet 2018 à 05:00
Introduction - billet n.11

Après trois années dédiées pleinement à la pédagogie, avec beaucoup de choses à apprendre, beaucoup de progrès à faire, j'ai complètement arrêté la recherche, d'autant plus que la startup ne développe aucun axe de recherche en informatique, et que je n'ai pas vraiment l'étoffe pour proposer de créer ex nihilo un programme de recherche avec les financements qui vont avec.

Mais sans recherche, comment rester dans le coup, techniquement ?

Bien sûr, je fais de la veille sur tous les sujets qui le nécessitent, et j'ai déjà beaucoup à faire sur mon périmètre fonctionnel : suivi des étudiants, révision du cours, animation de l'équipe de vacataires, modification des sujets de TD et de ceux de TP, enseignements en amphis, TD et TP, mise en place de projets techniques, encadrement de stagiaires, évaluation des apprentissages, participation à la promotion de l'école dans les différents salons et forums post-bac...

Mais le départ du technicien informatique, n'est-ce pas là l'occasion de revenir à mes premières amours : mettre l'informatique au service des utilisateurs ? De remplacer l'activité de recherche et son dynamisme intellectuel par une activité similaire mais plus concrète et appliquée : la gestion de l'informatique d'une entreprise naissante ? D'utiliser ma double formation d'ingénieur et d'enseignant-chercheur ?

Après mûre réflexion, je suis allé voir le directeur général et je lui ai fait la proposition suivante : "Je vous propose de créer le poste de responsable informatique et de me mettre sur cette fonction à mi-temps. Une seule condition : un rattachement hiérarchique directement à vous-même, et non plus au directeur administratif et financier. L'informatique ne doit pas être vue uniquement comme un centre de coût, mais comme un outil transversal au service de tous, avec éventuellement des arbitrages à votre niveau."

Il m'a répondu "Ok, mais je vous préviens, vous serez à plein temps sur la fonction, en plus de votre fonction actuelle..."

J'ai signé.

Le lendemain, les problèmes tombaient comme à Gravelotte.

Billet n.13

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

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25 ans dans une startup - billet n.11

jeudi 19 juillet 2018 à 05:00
Introduction - billet n.10

Sur le sujet de la pédagogie : rien que cette matière mériterait une saga entière de plusieurs tomes ;-)

Pour faire cours court, voici mes quelques règles de base :
- Appel. On ne peut pas espérer transmettre un savoir sans un minimum de présentiel. Mon cours n'est pas un MOOC. Je commente beaucoup de choses en direct live. Je fais donc circuler une feuille d'émargement que je ne quitte pas des yeux pendant le premier quart d'heure. J'accepte tous les retardataires tant qu'ils ne dérangent pas le cours (lire cette anecdote à ce sujet). Comme je sais que certains signent pour d'autres, au bout de trois amphis, je compare les signatures et, au cours suivant, j'appelle à voix haute les suspects d’absentéisme récurrent. En général, personne ne répond : effet garanti, et l'amphi est ensuite plein jusqu'à la fin du module.

- Discipline. J'ai la chance d'avoir une voix de Stentor qui me permet de surmonter le brouhaha. Je me déplace tout autour des étudiants et reste parfois tout en haut de l'amphi. Cela les intrigue et remet le dernier rang dans la course. J'essaye de faire varier le cours entre répétitions, interactions et anecdotes pour maintenir l'attention.

- Pause. Je fais une pause au bout d'une heure de cours. Les étudiants sortent 5mn, on perd un quart d'heure, mais l'attention peut de nouveau être soutenue. Tout le monde y gagne.

- Structure du cours. Je fais souvent des retours arrière, qui agacent les bons élèves, mais qui permettent aux moins bons de rester dans la progression. Je demande aux étudiants de faire des autoévaluations entre deux cours pour les aider à apprendre. Je les encourage à poser des questions en TD et en TP.

- A quoi ça sert. Je donne beaucoup d'exemples, les plus concrets possibles. L'algorithmique ne sert pas qu'à faire de la programmation. C'est une méthode de résolution de problèmes, par décomposition en sous problèmes jusqu'à ce que chaque sous problème soit simple à résoudre. Un peu comme la rédaction d'une notice de montage de meuble en kit...

- Ludique. Apprendre à programmer un jeu de dames, non pas chacun de son côté, mais en travaillant en mode projet : un seul programme de jeu de dames, mais développé par 100 personnes, est un excellent moyen de mettre en pratique les méthodes de gestion de projet. Chacun a une tâche relativement simple à faire, les problèmes mis en valeur se retrouvent surtout dans la coordination.

- Personnaliser. Chaque étudiant est unique. Il faut trouver le juste équilibre pour permettre à chacun d'y arriver. Il y a ceux qui travaillent pour payer leurs études, ceux qui ont besoin de temps pour acquérir des connaissances, ceux qui ont un poil dans la main, ceux qui aiment la discipline, ceux qui la détestent... Il faut discuter avec les étudiants (cafétéria, pauses, activités périscolaires...), essayer de les connaître, laisser sa porte ouverte, convoquer ceux en difficulté avant que les difficultés ne deviennent insurmontables, etc. Il faut respecter chaque personnalité et la laisser s'exprimer sans la juger. Former sans déformer. Ni moule, ni moules.

- Évaluer pour former. Je fais très attention à ce que les différentes évaluations des connaissances des étudiants que je réalise ne deviennent pas une évaluation de mon manque de pédagogie. J'insiste lourdement sur les points importants : "si vous ne deviez retenir que peu de choses de ce cours, celle-ci en fait partie". Si je constate que la moyenne de la promotion à un devoir est très basse, c'est souvent que j'ai raté quelque chose : soit j'ai été nul dans mes explications, soit j'ai mal rédigé mon sujet d'examen, soit mon barème est mauvais. Dans tous les cas, je suis en faute. Soit j'annule l'épreuve, en expliquant pourquoi aux étudiants et je recommence si possible, soit je modifie mon barème.

Une première année passe, puis une deuxième, et alors que je consacrais toute mon énergie à essayer de devenir un bon enseignant former de bons ingénieurs, tout à coup, au bout de trois ans, le technicien responsable de l'informatique démissionne.

Sa décision allait changer ma vie...

Billet n.12

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.



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