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Pouvoir aider un magistrat est quelque chose d'extraordinaire

lundi 16 novembre 2015 à 09:06
L'exercice de l'interview écrite est un genre auquel je me prête assez facilement, d'abord parce qu'il est facile car il ressemble beaucoup à l'écriture d'un billet de blog, ensuite parce que c'est toujours l'occasion de partager son expérience avec le plus grand nombre, et enfin parce qu'il correspond parfaitement à mon esprit d'escalier.

Il en va bien autrement avec l'interview orale, où le temps de réflexion est beaucoup plus court, avec un cheminement de la pensée qui doit rapidement être verbalisé. J'ai un mode de fonctionnement intellectuel qui demande du temps, je suis très loin d'être un esprit vif avec de la répartie...

C'est pour cela que j'ai d'abord refusé la demande de l'équipe de NoLimitSecu qui souhaitait m'interroger sur mon expérience d'expert judiciaire. C'était sans compter sur l'insistance de Sébastien Gioria (@SPoint) et sa capacité de persuasion...

NoLimitSecu est un podcast indépendant, animé par des personnes passionnées qui sont parties prenantes dans le domaine de la cybersécurité à des rôles et dans entreprises diverses. C'est donc avec un peu de stress que j'ai accepté de tenter l'expérience de l'enregistrement d'un podcast où je suis questionné par des spécialistes de la sécurité informatique, dont deux sont eux-mêmes des experts judiciaires ! Je me sentais un peu comme le médecin généraliste de campagne entouré de médecins spécialistes du CHR...

C'est peu de dire que j'étais dans mes petits souliers... Pourtant, je dois remercier Herve Schauer, Johanne Ulloa et Sébastien Giora pour leur bienveillance et la bonne ambiance qu'ils ont su installer lors de cette interview.

Vous trouverez le podcast de notre conversation sur le site de NoLimitSecu en suivant ce lien. Vous pouvez l'écouter directement sur leur site, ou le télécharger pour l'écouter dans les transports en commun ou dans votre voiture, ou pendant votre jogging, ou dans votre cuisine. Bref, c'est un podcast ;-)

Nous y abordons les sujets suivants:
- Qu'est-ce qu'un expert judiciaire ? (à 1'20")
- A quelle occasion t'es-tu décidé à faire un blog ? (à 1'50")
- Pourquoi es-tu devenu expert judiciaire ? (5'25")
- Quels sont les différents types d'expertises ? (7'23")
- Comment devient-on expert ? (9'13")
- Peut-on refuser une mission ? (16'34")
- La Justice a-t-elle besoin actuellement d'experts ? (20'01")
- Quelles sont les missions les plus demandées par les juges ? (22'47")
- Est-ce que tu dors bien ? (24'15")
- Quels outils utilises-tu ? (25'27")
- Quels sont les problèmes techniques rencontrés ? (33'15")
- As-tu été confronté à des avocats relous ? (40'48")
- Pourrais-tu nous en dire plus sur tes méthodes de gestion de crise ? (44'12")
- Est-ce que l'expertise judiciaire est une activité passionnante ? (45'10")

Je vous souhaite à tous une bonne écoute.

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/1981958400479541524/comments/default


La grosse affaire

mardi 3 novembre 2015 à 17:26
L'avocat me contacte d'abord par email. Le message est concis et clair : merci de m'appeler par téléphone à ce numéro. Je profite de ma pause de pas-déjeuner pour mener sur internet une petite enquête sur le cabinet : une grosse structure basée au Luxembourg...

Je l'appelle avec mon téléphone privé-réservé-aux-expertises :

Bonjour, je m'appelle Zythom et vous m'avez contacté par email pour un de vos dossiers en me demandant de vous appeler.
"Euh, oui, sans doute, mais c'est le secrétariat, là. Vous voulez joindre quel avocat ?"
[Brblgblglb...] Je voudrais parler à Maître M.M. Murdock, s'il vous plaît.
"Ne quittez pas, je vous le passe".
Bonjour, Maître Murdock à l'appareil, je suis content que vous m'ayez appelé aussi vite.

L'avocat me présente alors les grandes lignes de son dossier, puis répond à mes questions. La conversation devient de plus en plus technique. Je me rends compte que j'ai à faire à un avocat qui connaît bien l'informatique et qu'il est possible de voir où je vais mettre les pieds. Il s'agit d'un gros dossier international : une société basée à Hong-Kong poursuit un éditeur basé en suède pour dysfonctionnement de son logiciel de pilotage de navire marchand. Du gros, du lourd, de l'affaire avec des avocats partout dans le monde. J'ai un peu la tête qui tourne.

"Euh, mais quelle serait ma mission dans cette histoire ?"

A ce stade, je suis concentré comme jamais, et j'écoute, fasciné, l'avocat m'expliquer que les parties souhaitent un expert français en informatique impartial et que mon nom est sorti par le jeu d'un réseau relationnel improbable... Il me donne les détails de la mission. L'affaire m'intéresse au plus haut point, surtout que j'ai déjà traité un dossier contenant ce type de logiciel. Je demande un peu plus de détails techniques, que l'avocat me donne volontiers.

Le courant passe bien, la discussion est stimulante et intéressante.

Je parle de mes honoraires et l'avocat me dit "pas de problème". Je demande alors où doit s'organiser les différentes réunions d'expertise, et l'avocat m'explique que compte-tenu du choix des parties de prendre un expert français, les réunions doivent être organisées à Paris. Je lui réponds "pas de problème".

Nous raccrochons tous les deux en nous donnant quelques jours pour organiser la gestion administrative, les courriers, l'envoi des documents, etc. Je passe la nuit les yeux ouverts à me repasser la réunion téléphonique dans la tête. Il y a quelque chose qui cloche, mais quoi ?

Le lendemain, un doute m'habite : en quelle langue se déroulera la réunion ? Je rappelle aussitôt l'avocat qui me confirme que bien évidemment la réunion se déroulera en anglais... Je lui explique que, si je maîtrise parfaitement l'anglais technique et que cela ne me pose aucun problème de travailler en anglais, il m'est difficile pour autant d'envisager d'animer une réunion juridique pointue en anglais.

Il ne m'a jamais rappelé.
C'est ce qui s'appelle "To be left in the lurch"...

I will never set the Thames in fire
Ne me jugez pas...

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/5816920129754804999/comments/default


Le coût d'une expertise

mercredi 28 octobre 2015 à 18:10
Combien coûte une expertise ?
Voilà la question qui m'est souvent posée, soit dans le cadre de mon activité d'expert judiciaire (par le magistrat qui souhaite me désigner), soit dans le cadre de mon activité de consultant freelance, soit dans le cadre de ce blog.

J'ai déjà répondu à cette question, dans différents billets :

Mais il est vrai que je rencontre encore beaucoup de personnes qui s'interroge sur le prix (élevé) d'une expertise. Ces interrogations sont légitimes.

Tout d'abord, une précision : je ne suis pas un organisme de sondage à moi tout seul. Les informations que je donne ici ne sauraient constituer une vérité universelle. Elles ne sont que le reflet des connaissances que j'ai en la matière, et qui sont très parcellaires. Elles ne concernent d'ailleurs que les expertises informatiques.

Quand quelqu'un rencontre un problème informatique, il va chercher à le faire résoudre par un informaticien. L'informaticien est un expert en informatique. Il y a des experts autoproclamés (le petit neveu qui s'y connaît en informatique), des experts de terrain (qui ont un métier dans l'informatique) et des experts diplômés (qui ont... un diplôme).

Chacun pourrait raconter des histoires croustillantes sur les trois sortes d'experts dont je viens de parler, mais il existe réellement des gens compétents dans chacune des catégories.

Il existe une catégorie un peu à part, regroupant un peu des trois précédentes : je pense aux consultants. Les consultants font métier de vendre leurs compétences aux plus offrant. Il y a des consultants dans tous les domaines, et en particulier en informatique. Il existe des consultants indépendants, dit freelance, et des consultants regroupés dans des structures qu'on appelle SSII (ok, je simplifie ;-).

Quand j'étais jeune, au siècle précédent, on appelait cela des SSCI (société de services et de conseils en informatique). C'était aussi la belle époque du Sicob (ok, je digresse).

"Expert" est une appellation générique qui n'appartient à personne et tout le monde peut s'autoproclamer expert dans un domaine de son choix. Mon parcours personnel et professionnel fait que je pense que des études et un diplôme validé sont les conditions nécessaires pour pouvoir accéder à un certain niveau d'expertise (mais vous connaissez certainement des experts excellents qui n'ont pas fait d'études ou qui n'ont pas de diplôme). Tout le monde sera d'accord pour dire que ce ne sont pas des conditions suffisantes. Il faut de l'expérience. Et des expériences réussies. Les échecs et les désillusions amènent de l'expérience, mais il faut bien qu'un jour cela se traduise par des réussites à valoriser.

Vous faites donc appel à un expert quand vous ne disposez pas des compétences nécessaires à la résolution d'un problème. C'est le cas pour votre chauffage, pour votre sommier de lit, pour votre électricité. On ne peut pas être expert en tout. Chacun dispose de sa zone de confort.

Pour trouver l'expert dont on a besoin, tous les moyens sont bons : l'annuaire (je parle du bottin, pas de l'AD), les moteurs de recherche, le bouche à oreille, la réputation, la publicité, le "vu à la télé", etc.

Pour les magistrats, une liste des experts agréés est mise à leur disposition par les Cours d'Appel de l'ordre judiciaire. Les personnes ayant leur nom sur cette liste peuvent utiliser un titre protégé : "expert judiciaire". Pour la petite histoire, les Cours Administratives d'Appel ont récemment créé des listes ayant même objet, mais pas de titre protégé. Les compagnies d'experts ont choisi comme nom "expert de justice" pour désigner indifféremment une personne inscrite sur les listes de l'ordre judiciaire ou sur celles de l'ordre administratif.

Être inscrit sur ce type de liste donne une certaine "valeur" à la personne concernée car cette inscription se fait selon une procédure de sélection sensée garantir la qualité de son savoir et de son expérience.

Le coût d'un expert, qu'il soit judiciaire ou pas, peut être libre, encadré ou fixé. Dans mon cas, les honoraires sont libres, mais les magistrats chargés du contrôle des expertises disposent d'une grille leur permettant de repérer les experts trop chers. L'expérience m'a montré que cette grille est souvent mal utilisée...

Pour ma part, j'ai établi la grille suivante, lorsque je vends mon savoir-faire au plus offrant :
90 euros TTC / h pour les missions confiées par des magistrats
220 euros TTC / h pour les autres missions (arbitrage, expertises privées, exégèses expertales, etc.)

C'est mon prix de marché.

Comment ai-je pu fixer ce tarif ? C'est assez simple. La grille de référence utilisée par ma Cour d'Appel en 1999 faisait mention d'une fourchette de tarifs de 80 euros à 120 euros de l'heure pour les expertises informatiques. J'ai pratiqué le tarif bas pendant dix ans avant de le réactualiser. Quand on propose ses compétences à la Justice, ce n'est pas pour chercher à s'enrichir (du moins financièrement). Et pour le tarif "expert informatique", j'ai regardé ce qui se pratiquait autour de moi et établi ce montant par tâtonnement. Il y a peu de blog d'experts informatiques qui donnent ce genre d'informations. Tous les avocats à qui j'ai fait gagner leur affaire sont 100% satisfaits ;-)

Bien sûr, il faut être capable d'estimer le volume d'heures qu'il va falloir consacrer à un dossier. Et tenir au courant le client par anticipation d'un éventuel dépassement du temps si l'estimation initiale s'avère franchement inadéquate. Pour ma part, je me tiens toujours strictement au devis que j'ai établi, quand bien même mon estimation s’avérerait très sous-estimée, et je restitue le trop perçu si mon estimation était à l'inverse sur-estimée (cela arrive parfois). C'est une question de principe.

Lors d'une exégèse expertale, j'ai eu l'occasion d'analyser finement le rapport d'expertise informatique d'un de mes confrères. J'ai eu la surprise de voir que son tarif horaire était de 40€/h, mais que le temps facturé était de 50h (soit un total de 2000€), là où j'ai pu faire le même travail en 10h que j'aurais facturé 90€/h (soit 900€). Cela fait une grosse différence !

Le taux horaire n'est donc pas le seul élément à prendre en compte, en plus de l'efficacité, il faut aussi comparer l'efficience... Et qui mieux que les magistrats et les avocats peut comparer l'efficience des experts ?

C'est pour cela que le conseil que je donne, à presque toutes les personnes qui me contactent par l'intermédiaire de ce blog pour me demander le coût d'une expertise, est le suivant : contactez votre avocat. Il saura mieux que quiconque vous orienter vers la meilleure procédure, et vers le meilleur expert, au coût le plus juste.

Bien sûr, tout cela a aussi un prix. C'est pour cela que les avocats se battent pour la survie du système de l'aide juridictionnelle pour que les plus démunis puissent accéder aussi à la Justice. C'est pour cela que certains experts, dont je suis, acceptent un certain nombre d'affaires pro bono.

Parce que parfois, un bon conseil, une attestation technique évidente, une note technique pédagogique qui permet à l'avocat d'éclairer le magistrat, cela peut se faire gratuitement. Même si cela engage ma responsabilité.

L'aide envers son prochain, parfois, n'a pas de prix.

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/7710011573739634053/comments/default


Tome 6

lundi 12 octobre 2015 à 05:00
Oyez, oyez, oyez braves gens, le tome 6 de la série "Dans la peau d'un informaticien expert judiciaire" vient de sortir ! Il s'intitule "Yéléna" en référence à la petite fille qui revient souvent dans certaines de mes expertises.
Vous pouvez le commander au format papier chez mon éditeur, et parce que j'aime l'esprit de partage qui règne sur internet, il est également disponible gratuitement sans DRM au format PDF (cliquez sur les liens) :

- Papier (238 pages chez mon éditeur lulu.com)
- Pdf (2967 Ko)

Bien sûr, les tomes précédents sont encore disponibles, en format papier ou électronique sur la page publications.


Avertissements :

Les habitués du blog le savent, mais cela va mieux en l'écrivant: la publication des billets de mon blog, sous la forme de livres, est surtout destinée à ma famille et à mes proches. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi la démarche d'une autopublication. J'ai endossé tous les métiers amenant à la publication d'un livre, et croyez moi, ces personnes méritent amplement leurs salaires! Mise en page, corrections, choix des titres, choix des couvertures, choix du format, choix des polices de caractère, marketing, numérisation, etc., sont un aperçu des activités qui amènent à la réalisation d'un livre. Je ne suis pas un professionnel de ces questions, je vous prie donc de m'excuser si le résultat n'est pas à la hauteur de la qualité que vous pouviez attendre. Le fait d'avoir travaillé seul (avec Mme Zythom-mère pour la relecture, merci à elle), explique aussi le faible prix de la version papier pour un livre de 238 pages.

Je me dois également, par honnêteté envers les acheteurs du livre, de dire que les billets en question sont encore en ligne et le resteront. Les billets publiés dans le livre sont identiques, à part l'insertion des liens en clair, la correction des fautes de frappe et la mise en page.

J’espère que ce tome 6 vous plaira. N'hésitez pas à le faire découvrir autour de vous et à le partager.

En tout cas, je vous en souhaite une bonne lecture.

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/6405076665236619620/comments/default


Octobre rose

jeudi 8 octobre 2015 à 12:42

La blogueuse Madeleine Martin m'a gentiment autorisé à utiliser son dessin, qui me touche, pour promouvoir le mois de la lutte contre le cancer du sein. C'est le cancer le plus fréquent chez la femme. C'est aussi un cancer qui peut être soigné s'il est dépisté suffisamment tôt. Il concerne aussi les hommes (qui ont aussi des seins, bien qu'atrophiés).

Le site de l'association s'appelle cancerdusein.org

Parlez-en autour de vous.

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/3901895575531645167/comments/default