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Redif : Le grand nettoyage

jeudi 13 août 2015 à 05:00
Dans le cadre des rediffusions estivales, je vous propose ce billet publié en février 2011, et qui me permet de partager avec vous les joies militaires...

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La propreté, c'est important. Mais à l'armée, la propreté, c'est TRÈS important. Tout est sujet à nettoyage: les armes, la cour balayée par le vent, les chambrées balayées par nos pieds, les vêtements, avec un petit plus pour les chaussures, les douches, les camions, etc. On nettoyait même les balais.

Mon séjour "à la dure" n'ayant duré qu'un petit mois, autrefois appelé le mois "des classes", je ne peux prétendre avoir nettoyé tout ce qui pouvait se trouver sur la base. Mais j'ai pratiqué pas mal.

Il faut dire que mon père et mes oncles avaient bercés mon enfance de toutes ces petites anecdotes qui faisaient le lien entre les adultes de sexe masculin après les repas dominicaux. J'étais donc préparé à tous les coups foireux qui allaient m'être proposés. Et cela n'a pas loupé.

M'étant fait remarquer par mon obéissance butée, je savais qu'il me faudrait assurer plus que les autres chacune des "missions" qui allaient m'être confiées, en tant que "chef" de chambre.

Les gradés nous avaient informés qu'une inspection des chambres allait être faite en fin d'après-midi, et que nous avions trois heures pour nettoyer nos chambrées en profondeur. Ma "mission" donc, était de faire en sorte que l'inspecteur n'arrive pas à trouver de poussière dans la chambre. J'ai réuni mes camarades de chambrée (nous étions 10 par chambre) et leur ai expliqué mon plan.

Nous avons donc commencé par le B.A.BA: rangement des lits (draps au carré) et nettoyage du sol.

Puis nous avons vidé nos placards et lavé l'intérieur de ceux-ci avant d'y remettre toutes nos affaires pliées et bien rangées. Le dessus des armoires a également été soigneusement dépoussiéré, ainsi que l'arrière et le dessous.

Nous avons démonté les pommeaux des têtes de lit pour y enlever les mégots laissés par nos prédécesseurs.

Nous avons essuyé le dessus des plinthes.

Nous avons nettoyé le dessous des chaises.

Nous avons nettoyé le dessus des plafonniers d'éclairage.
Nous en avons démonté les néons pour les tourner et en enlever la poussière.

Nous avons démontés les fenêtres pour en nettoyer les bordures intérieures et extérieures, et regraisser les gonds avec de la graisse propre.

J'ai pris un mouchoir pour nettoyer l'intérieur des prises électriques de la chambre...

Les lits et armoires ont été déplacés pour refaire le nettoyage du sol.

Et pour finir, nous avons éteint les lumières de la chambre pour nettoyer le dessus de l'interrupteur.

C'est donc avec un plaisir de fin gourmet que j'ai pu voir le sergent entrer dans la chambre pour l'inspection. Nous étions tous au garde à vous aux pieds de nos lits. Il avait mis ses gants blancs.

Il a passé un doigt sur une armoire.
Il a vérifié le bord intérieur de la fenêtre.
Il a vérifié le dessus des plinthes.
Il a sorti son mouchoir et vérifié l'intérieur d'une prise électrique.
Il s'est tourné vers le lieutenant et a dit "euh, cette chambre est propre mon lieutenant!"

Le lieutenant a pris son béret et l'a lancé sur le sol à travers toute la pièce. En le ramassant, il m'a fait constater que le feutre noir avait collecté quelques poussières et a dit "Sergent, cette chambre est sale! Faites le nécessaire!".

J'ai nettoyé les douches avec une brosse à dent.
Mais dans les yeux du sergent, j'ai vu briller une petite lueur d'admiration.

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/8509305372990791024/comments/default


Redif : Une sortie d'initiation

dimanche 9 août 2015 à 05:00
Dans le cadre des rediffusions estivales, je vous propose ce billet publié en février 2011, et qui rappelle le danger des cheveux longs...

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La pratique de la spéléologie dans le club qui m'a formé était un mélange d'exploration, de formation à la pratique, de formation à l'encadrement et d'éveil à l'intérêt scientifique de cette discipline.

Une fois passés les premiers niveaux de la pratique, j'ai donc très vite été incité à devenir encadrant, c'est-à-dire à passer le diplôme d'initiateur. A cette époque, vous aviez déjà 3 niveaux de diplômes spéléos: "initiateur", celui qui peut emmener des débutants dans des cavités adaptées (en particulier sans grand puits), le "moniteur", celui qui savait tout sur tout en plus d'être un sportif accompli, et enfin "l'instructeur", le demi-dieu de la spéléologie.

Je n'ai jamais dépassé le niveau "initiateur", préférant me spécialiser dans la manipulation des explosifs pour servir à quelque chose dans l'équipe de spéléo-secours de mon département.

J'ai donc encadré plusieurs sorties spéléos emmenant des débutants du club, très nombreux chaque année. L'une de ses sorties restera dans ma mémoire.

La préparation d'une sortie spéléo est très minutieuse, surtout quand on doit parcourir des centaines de kilomètres pour pratiquer ce sport. On regrette très vite d'avoir oublié une corde indispensable, entraînant l'annulation frustrante de la suite de l'exploration. Il faut connaître la topographie du gouffre choisi, regrouper les cordes appropriées, et tout le matériel pour les accrocher aux parois, répartir tout cela dans des sacs, organiser les repas, prévoir le gîte adapté, regrouper les voitures, vérifier les assurances, faire les répétitions des gestes techniques minimaux de manipulation du matériel de descente et de remontée, vérifier les harnais, les casques, les lampes à acétylène, les lampes électriques de secours, prévoir les réserves de carbure de calcium, etc.

Le club disposait d'un vieux combi Volkswagen que j'ai été amené à conduire souvent et qui nous permettait de partir à 8 avec tout le matériel spéléo et nos sacs persos en payant un tarif réduit aux péages (véhicule famille nombreuse).

Le gouffre sélectionné pour cette sortie n'avait qu'un seul puits, situé dès l'entrée. Ce puits faisait 10m et démarrait une cavité assez jolie par son cheminement souterrain bien que très fréquentée parce qu'accessible pour l'initiation.

Quand nous sommes arrivés à l'entrée du gouffre, il y avait déjà plusieurs équipes présentes sous terre, chacune ayant installé ses propres cordes. Je m'empresse de procéder moi-même à la mise en place de notre matériel (sous celui des autres équipes) et descend le premier pour assurer la sécurité des débutants depuis le bas du puits.

Je laisse donc mon camarade initiateur s'occuper de la sécurité en haut du puits, pour que chaque débutant soit placé sur la corde sans danger de chute. Chaque sortie doit être encadrée par au moins deux diplômés pour assurer la sécurité: l'un s'occupe du haut du puits, l'autre tient solidement la corde depuis le bas, pour assurer la descente en douceur du débutant. C'est cette tâche que j'avais choisie.

Je vois donc défiler, lentement mais sûrement, tout mon groupe, jusqu'à cette petite brune aux cheveux longs.

La descente sur corde en spéléologie nécessite l'emploi d'un appareil très simple à deux poulies fixes, tel que décrit ici sur Wikipédia. La corde fait un demi-huit entre les deux poulies, et la gestion des frottements (les poulies sont fixes) permet au spéléologue de maîtriser sa vitesse de descente. En cas de problème (perte de conscience, panique ou lâché de corde), la personne située en bas tire sur la corde et arrive à stopper la personne avant qu'elle n'acquière une vitesse de chute trop grande.

La consigne pour les cheveux très longs est de bien les attacher pour éviter qu'ils ne se prennent dans le descendeur et ne se coincent entre la corde et les poulies.

Las, mon camarade en charge de la surveillance du haut du puits était très vigilant sur la bonne mise en place de la corde dans le descendeur, moins sur les problèmes potentiels des longs cheveux. Et ce qui devait arriver arriva: à mi chemin du puits, une grosse poignée de cheveux s'est prise dans le descendeur, stoppant nette la descente de la jolie brune dans un hurlement de douleur assourdissant.

Tout le poids de cette jeune fille reposait sur une partie de son cuir chevelu qu'il tentait d'arracher... Plus je tirais sur la corde pour m'assurer qu'elle ne descendrait pas d'un seul coup, risquant de se briser les os à mes pieds, plus elle hurlait de douleur. J'étais bloqué en bas.

Mon camarade du haut ne pouvait pas descendre sur la corde déjà occupée (c'est une technique délicate qu'il ne maîtrisait pas) et restait tétanisé par les hurlements qui remplissaient tout le puits. Je ne pouvais pas bouger de mon poste car les cheveux (ou le cuir chevelu) risquaient de rompre à tout moment et la malheureuse n'était plus en état de gérer sa descente en douceur. Tout le monde était pétrifié.

Après quelques longues secondes d'hésitation, j'ai appelé un débutant qui me semblait plus dégourdi que les autres. Je l'ai regardé dans les yeux et lui ai expliqué ce que j'attendais de lui: qu'il tienne solidement la corde en y mettant tout son poids malgré les hurlements. La vie de notre camarade en dépendait. Après m'être assuré qu'il avait compris et s'était mis en position adéquate, je suis monté sur les cordes mis en place par les autres équipes qui nous avaient précédées.

Je me souviens de cette remontée de quelques mètres seulement qui m'a semblé prendre des heures.

Arrivé à la hauteur de l'infortunée chevelue, ma première pensée a été de lui couper les cheveux avec la flamme de ma lampe à acétylène. Un éclair d'intelligence m'a fait réaliser que l'ensemble de sa chevelure risquait de prendre feu. Je la rassurais comme je pouvais, elle alternait gémissements et hurlements, supplications et appel à l'aide.

J'ai alors retiré mon casque. Comme un moniteur du club me l'avait enseigné, j'avais toujours, glissés dans mon casque, une couverture de survie, la liste des question à poser en cas d'accident, un petit carnet et un crayon pour prendre des notes, une boite d'allumettes et un tout petit couteau.

En enlevant délicatement mes gros gants, j'ai saisi mon couteau avec précaution pour ne pas qu'il ne m'échappe, je l'ai déplié, et j'ai commencé à découper les cheveux pris dans le descendeur en expliquant à voix haute ce que je faisais. Sa tête a fini par se relever. J'ai pris la corde, demandé à l'assureur du bas de relâcher la tension, et j'ai fais un nœud autour du descendeur pour empêcher sa descente.

Je l'ai prise dans mes bras pour qu'elle pleure de toute son âme.

Au bout de quelques minutes, j'ai remplacé mon équipement de remontée par celui de descente, j'ai retiré le nœud de son descendeur et du mien, et nous avons commencé la descente sur nos cordes respectives, elle étant blottie contre moi, et moi tenant les deux cordes dans mes mains.

La descente s'est faite dans un silence rendu impressionnant par le vacarme précédent.

Il nous a fallu une heure pour repartir. Le cuir chevelu de la jeune fille avait gonflé d'une manière alarmante. Nous sommes remontés côte à côte sur deux cordes. Nous avons pris le temps nécessaire. Elle est restée allongée dans la voiture pendant tout le trajet vers l'hôpital.

Elle n'a pas poursuivi la pratique de la spéléologie.
Depuis, nous vérifions pour chaque fille et chaque garçon qu'aucun cheveu ne dépasse.
Et nous avons tous un petit couteau dans notre casque.

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/8138266089172301011/comments/default


Redif : Never forget

jeudi 6 août 2015 à 05:00
Dans le cadre des rediffusions estivales, je vous propose ce billet publié en février 2011, et qui montre l'intérêt d'être collectionneur ;-).

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L'ordinateur est devant moi, encore dans son emballage plastique transparent. L'étiquette du scellé contient une information qui m'effraie déjà: une date préhistorique.

Je regarde cette machine avec un brin de nostalgie: il s'agit d'une marque aujourd'hui disparue, datant de l'époque où l'on parlait de machines "compatibles IBM pc". Le processeur est fièrement indiqué sur une étiquette en façade: Intel 286. Je me frotte les yeux.

Je brise le scellé, et j'ouvre l'unité centrale de l'ordinateur. Comme souvent, l'intérieur est très sale, d'une poussière pâteuse brunâtre de mauvais augure. Je regarde les différentes nappes de connexion, et je me demande comment je vais bien pouvoir relier tout cela à mon matériel d'analyse...

Quelques jours auparavant, j'avais reçu un coup de fil d'un magistrat me demandant si j'acceptais une mission d'analyse de contenu de disque dur concernant un dossier dans lequel l'ordinateur avait été mis sous scellé vingt ans auparavant. Une histoire criminelle concernant un mineur. La date de prescription approchant, un nouvel élément invitait le magistrat à réouvrir ce dossier et à demander une expertise sur un point précis à chercher sur l'ordinateur.

Un PC de 20 ans...

J'ai donc commencé par prendre des photos de toutes les étapes du démontage, en particulier du nettoyage, jusqu'à pouvoir extraire le disque dur de l'ordinateur. Je pose celui-ci sur mon bureau et déchiffre les inscriptions de l'étiquette: capacité du disque dur: 40 Mo... avec connecteurs SCSI 1ère génération.

Par acquis de conscience, je branche le vieil ordinateur nettoyé et sans disque pour voir, et bien sur: rien. Ni Bios, ni lueur d'espoir de lire quoique ce soit sur l'écran (vert, non je plaisante, VGA).

Problème: je ne dispose pas de bloqueur d'écriture au format SCSI pour lire ce vieux disque dur sans risque de le modifier.

Là, je me suis dit: c'est quand même bien de travailler dans une école d'ingénieurs ET d'être conservateur. Dès le lendemain, je fouillais dans mes archives professionnelles affectueusement dénommées "mon musée" pour dénicher tout ce qui ressemblait de près ou de loin à des nappes SCSI, des cartes SCSI, des bouchons SCSI, des câbles SCSI, des lecteurs DAT SCSI et même des disques durs SCSI...

De retour à la maison avec mon petit matériel, je me mets en tête de brancher le vieux disque dur sur une machine fonctionnelle. Ma vieille carte contrôleur SCSI étant au format EISA, je trouve dans mon stock de vieux PC une machine à bus éponyme. Je ressors aussi une carte réseau 10Mb/s au même format de bus pour brancher tout mon petit monde à mon réseau actuel. Je précise aux vieux qui me lisent, que j'aurais pu tout aussi bien monter un réseau BNC 10BASE2 avec des résistances de terminaison \O/

J'allume mon vieux 486, je règle le BIOS, je règle les interruptions avec des cavaliers sur les différentes cartes contrôleurs ajoutées. Je branche un vieux disque dur SCSI retrouvé dans mon musée, je branche un vieux lecteur cédérom SCSI récupéré sur une ancienne station de travail (une SGI O2) et je boote sur une (très) vieille distribution linux capable de reconnaître tout mon petit matériel. Instant magique que celui où les différents tests défilent sur l'écran au démarrage. Après plusieurs essais de différentes configuration, me voici avec une machine capable de lire un disque dur SCSI sans écrire dessus. Je précise que cette préparation m'aura pris deux week-ends...

Je fais un test avant/après en calculant les hash SHA1 avant et après prise d'image de mon disque dur de test. Les résultats m'indiquent que le disque dur n'a pas été modifié.

C'est risqué, mais je pense que cela suffira. Je branche le disque dur du scellé.

Après un temps objectif d'une vingtaine de minutes et subjectif de plusieurs heures de transpiration, me voici avec une image binaire identique au disque dur d'origine (secteurs défectueux y compris). Je range le disque dur dans son scellé.

Il y a plusieurs façon d'explorer une image de disque dur, j'en ai plusieurs fois parlé sur ce blog: à l'aide de commandes unix basées sur de jolies expressions régulières (tiens, Wikipédia appelle cela des expressions rationnelles, je le note), ou avec un logiciel inforensique du type EnCase, WinHex, FTK, SMART, TCT, TSK, Safeback, FRED, ou X-Ways (par exemple), ou simplement par conversion sous forme de machine virtuelle (avec LiveView par exemple).

Personnellement, j'essaye toujours d'abord la méthode "boot sous forme de machine virtuelle" qui me permet de "sentir" un peu l'organisation de l'ordinateur que j'ai à analyser.

Et voici que je me retrouve avec une machine sous Windows 3.1!
Vous savez, le système d'exploitation de Microsoft avant Windows 7, avant Vista, avant Windows XP, avant Windows Me, avant Windows 2000, avant Windows 98, avant Windows NT4, avant Windows 95, avant Windows 3.11 et avant Windows NT3.1... Pas facile de démarrer une machine virtuelle là dessus. Sans vouloir faire mon papy show, c'était l'époque des instructions HIMEM et EMM386 dans le fichier Config.sys, des Winsock.dll et autres vtcp.386 (bon, maintenant je sais que je fais très papy). Cela fait quand même très bizarre de ne pas avoir de menu contextuel, et pas une seule image JPEG. Et en fin de compte, les outils de recherche sur les contenus de fichiers ne marchaient pas beaucoup moins bien qu'aujourd'hui.

Mais finalement, j'ai pu mener à bien ma mission et rendre mon rapport. Mon seul regret: ne pas avoir parlé de toute la misère technique rencontrée, le magistrat se moquant bien de cet aspect de mon travail.

C'est une des raisons d'être de ce blog :)

Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/1952044396580438375/comments/default


Redif : Merci

dimanche 2 août 2015 à 05:00
Dans le cadre des rediffusions estivales, je vous propose ce billet publié en novembre 2010, et qui relate quelques moments d'une collecte pour la banque alimentaire.

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Ce samedi je me trouvais debout à l'entrée d'un petit supermarché en train de distribuer des sacs plastiques. Pour comprendre ce qui m'a arraché à ma grasse matinée sacrée du samedi matin, il faut remonter quelques semaines en arrière. Plus précisément, lors du dernier conseil municipal.

Lors du compte rendu de l'adjoint en charge de la commission sociale, appel est fait aux conseillers municipaux de participer à la collecte de la banque alimentaire, la bien nommée BA. L'adjoint nous rappelle l'importance de cette collecte et que si tout le monde participe, chacun n'aura à consacrer qu'une petite partie de son week-end. Me voici donc inscrit sur le registre pour le créneau du samedi 10h30-12h.

Poli comme un miroir astronomique, j'arrive sur place à 10h25. J'y retrouve l'équipe précédente que je dois relever. Ils me passent les consignes, j'enfile un superbe gilet de signalisation couleur rouge fluo marqué en grosse lettre (dans le dos) "Banque alimentaire", je serre la main de mon acolyte qui vient juste d'arriver, et nous voilà tous les deux à accueillir les clients de ce petit supermarché discount.

Il paraît que ce supermarché discount est fréquenté par les personnes les plus modestes. En fait, pendant une heure et demi, je vais voir défiler toutes les catégories de personnes de la société française:

Il y a les souriantes: les personnes qui vous renvoient votre sourire franchement. Elles s'arrêtent pour prendre le sac plastique que vous leur tendez et vous écoutent dire "c'est pour la banque alimentaire". Elles hochent la tête et vous glissent un petit mot gentil: "je n'ai pas beaucoup d'argent, mais je donne toujours", "je vais donner du chocolat et des bonbons, parce que vous savez, les plus démunis ont besoin aussi de friandises", "Je suis au RSA, mais je vais donner quand même". Merci. Merci. Merci.

Il y a les stressées: elles nous ont repéré de loin (grâce à nos gilets rouges fluos) et ne s'arrêtent pas à notre hauteur, sauf après nous avoir entendu dire "c'est pour la banque alimentaire". Là, elles marquent un temps d'arrêt, se tournent vers nous et grommèlent quelque chose comme "ah oui, c'est bien". Merci . Merci. Merci.

Il y a les jeunes: ils/elles nous regardent avec une interrogation dans les yeux "keskecé?". Nous leur expliquons rapidement que nous collectons des aliments non périssables pour les plus démunis et que s'ils souhaitent donner quelque chose, ils peuvent nous le remettre après la caisse dans ce sac plastique. Je ne suis pas sur qu'ils comprennent toujours car j'ai eu droit à un "mais qui c'est qui paye alors?"... Merci. Merci. Merci.

Il y a les vieux: ceux qui viennent faire leurs courses le samedi avec la foule parce qu'ils sont seuls le reste de la semaine. En général, ils s'arrêtent et discutent avec nous. Ils nous racontent une tranche de vie que l'on écoute en silence. Merci. Merci. Merci.

Il y a les fatigués de la vie, les blessés de l'âme, les corps malades: Ils avancent doucement avec leurs sacs à la main car ils n'ont pas de pièce pour le caddy. Ils prennent toujours un sac en plastique qu'ils rendront toujours avec quelques choses dedans. Même si parfois on voudrait qu'il le garde pour eux. Merci. Merci. Merci.

Il y a cette personne qui m'a dit avoir dormi dans la rue pendant plusieurs années et qui m'a demandé plusieurs sacs plastiques. Elle nous a donné plus que ce qu'elle a emporté. Merci. Merci. Merci.

Il y a tout ceux qui se sont excusés car ils avaient déjà donné la veille, dans le magasin concurrent, à l'école. Merci. Merci. Merci.

Et il y a ceux qui ne nous voient pas: leur regard glisse sur nous et ils n'entendent pas notre "c'est pour la banque alimentaire". Ils n'écoutent plus le reste du monde. Ils ont le regard absent des parisiens devant le mendiant qui tend la main. Indifférents.

Il y a eu une seule personne aigrie ce matin là: elle s'est arrêté devant moi et m'a regardé droit dans les yeux. "J'ai une mère paralysée. Personne ne m'a aidé, alors je ne donne rien". Je n'ai rien su répondre, mais j'ai immédiatement pensé à Carmen Cru.

Pendant une heure et demi, j'ai vu défiler beaucoup de monde: des chômeurs, des avocats, des ouvriers, des noirs, des blancs, des jeunes, des vieux, des couples, des familles nombreuses... Beaucoup de parents nous envoyaient leur enfant avec le sac plastique contenant leurs dons. A leur regard timide, nous avons offert nos plus beaux sourires.

Merci. Merci. Merci.



Source : http://zythom.blogspot.com/feeds/720740627170249655/comments/default


Redif : Gestion de stress

jeudi 30 juillet 2015 à 05:00
Dans le cadre des rediffusions estivales, je vous propose ce billet publié en octobre 2010, et dont l'image d'illustration m'a toujours fait sourire (il m'en faut peu). Vous pouvez cliquer dessus pour l'agrandir...

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Cet après-midi là, tous les ordinateurs du travail se sont mis à planter (sauf le mien ;). Mon téléphone a commencé à crépiter et mes voisins de bureau à venir me voir, goguenards.

Aussitôt, je suis aller rejoindre mon équipe en salle serveurs.

Première chose, redémarrer la production. Comprendre ensuite si possible, mais arrêter le moins longtemps possible la structure. Et pour cela, il faut un peu de calme: je prends les téléphones de mon équipe pour éliminer le plus possible les interférences avec le monde extérieur. Je deviens le seul point d'entrée du service informatique (je réponds à tous les appels, poliment mais très succinctement: "Nous avons un gros problème, nous nous en occupons, merci de votre appel mais il va falloir patienter").

Nous commençons une analyse de tous les symptômes du problème. Les serveurs sont très lents. Seuls les serveurs Windows semblent atteints. Il est difficile, voire impossible, d'ouvrir une session distante dessus. Une attaque virale?

Je continue de répondre aux appels et à accueillir les personnes qui se déplacent jusqu'au service (en général des étudiants envoyés par les professeurs à la pêche aux informations).

Est-ce une instabilité liée au système de virtualisation? Dans ce cas, pourquoi les machines virtuelles GNU/Linux ne semblent pas affectées?

Je suis calme et ma sérénité gagne toute l'équipe. Nous sommes en train de faire un diagnostic différentiel sans canne et sans Vicodin... Les hypothèses fusent librement et nous les soupesons chacune pour trouver une piste.

Qu'est-ce qui peut bien mettre tout notre système par terre? Nous lançons iptrafic pour regarder les trames réseaux.
"Tiens, les machines de Casablanca se synchronisent sur notre WSUS local. Pas bon ça!"
"Peut pas être en rapport avec le problème, les débits en jeux sont trop faibles: 10Mb/s d'un côté, 2Gb/s de l'autre, un rapport de 200 entre les deux..."
"Un problème de synchro entre les deux annuaires, alors"
"OK, reboote l'un des deux serveurs AD, attend qu'il soit en ligne et reboote le deuxième ensuite, on verra bien"

La situation de crise est bien là. L'école est arrêtée, je sais que l'on me reprochera d'avoir failli. Mais le moment n'est pas encore à assumer le problème, le moment est à la recherche d'une solution pour retrouver un bon fonctionnement...

Nous sommes calmes, les gestes sont précis et les hypothèses, plus ou moins loufoques, sont passées au crible les unes après les autres.

"Si c'est un problème réseau, on est mal"
"C'est sur, nous n'avons pas de sondes temps-réel, à peine une surveillance snmp des principaux switches."
"Tous les serveurs Windows fonctionnent au ralenti, plusieurs personnes n'arrivent pas à s'y connecter, ceux déjà connectés ont des timeouts, et certaines machines sous XP se figent"
"Regarde la carte réseaux de la console, elle clignote comme une folle."
"Bon, pas le temps de lancer un Wireshark. On reboote le cœur de réseau. Si ce n'est pas cela. On débranche tout. On arrête toutes les VM, tous les serveurs physiques, et on redémarre tout".

Et comme dans une opération dans un bloc chirurgical, nous arrêtons le cœur (trois alimentations à mettre sur off), nous comptons jusqu'à dix, puis l'on remet tout sous tension.

Le cœur de réseau repart... Sur nos écrans, nous lançons différents tests pour jauger le fonctionnement des serveurs. Je regarde les courbes de charge. Il faut environ une minute pour que les autotests du cœur de réseau aboutissent et que le système soit de nouveau opérationnel. Nous retenons notre souffle.

Les étudiants dans le couloir nous font des petits signes d'encouragement. Les cours reprennent. Le problème est résolu. Notre switch principal était en vrille. Pourquoi? Pour l'instant, nous ne savons pas. J'ai peur d'une attaque virale qui serait passée à travers les antivirus. Il faudra bien que cela nous arrive, maintenant que l'on a abandonné Novell...

L'alerte aura durée un quart d'heure. C'est trop, beaucoup trop. Maintenant il faut que j'explique à 1000 personnes que je n'ai pas été capable d'empêcher cela. Mais pendant un quart d'heure, l'équipe a fait corps et travaillé avec une puissance que l'on ne trouve que dans les situations d'urgence.

Et ça, c'est beau.

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