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3e saut PAC

vendredi 12 septembre 2014 à 13:42
Troisième jour de stage. J'ai dormi comme un bébé suite aux deux sauts de la veille. L'altitude, le stress, l'âge, tout ça quoi... Le temps est meilleur mais le vent est assez fort (8 m/s), juste au dessous de la limite autorisée (10 m/s je crois).

Ce vent va avoir des conséquences importantes sur mon troisième saut, vous allez voir...

L'un des objectifs de ce saut est d'apprendre à tourner à plat, à gauche, puis à droite. Pour cela, c'est très simple, dixit le moniteur, il suffit d'enfoncer le coude dans l'air (coude gauche pour tourner à gauche, droit pour tourner à droite). Pas si simple pourtant quand on manque de souplesse... 

"Sauter d'un avion en parfait état n'est pas un acte naturel. Alors exécution et profitez de la vue", disait le sergent Tom Highway (Clint Eastwood) dans Le Maître de Guerre. La sortie de l'avion est toujours OK, je ne ressens pas de peur particulière. La température extérieure est aujourd'hui de -5°C, mais je ne sens pas la morsure du froid. Je suis concentré sur l'exercice et surpris que cela fonctionne correctement, mais pas autant que je le voudrais. J'étais sensé faire un 360° à gauche puis à droite (en suivant les signes du moniteur), mais je n'ai osé faire que des timides quart de tours (voir la vidéo).

C'est donc 45" de chute libre plutôt calmes, je commence à sentir les choses un peu mieux, même sans vraiment maîtriser grand chose. La traversée du nuage (à 31") reste un moment impressionnant pour moi. Les choses vont se compliquer à l'atterrissage.

3 saut PAC - tourner à plat


Ce que les vidéos ne montrent pas, puisque ce n'est pas moi qui filme, c'est toute la partie "vol sous voile", c'est-à-dire après que le parachute se soit ouvert. Il semble que les parachutistes s'intéressent d'ailleurs plus à la chute libre qu'à cette phase là, dite de transport.

Avant d'atterrir, donc, vous profitez pendant 5 à 6 mn d'une descente lente sous voile. Enfin, lente, c'est vite dit puisque la vitesse de chute est d'environ 4 m/s, soit 15 km/h. Pour illustrer, cela correspond à peu près au saut que vous feriez si vous montez sur votre bureau... A mon âge, c'est rude ! (on ne se moque pas)

Première chose à faire dès que la voile s'ouvre : vérifier qu'elle est ouverte correctement. Puis saisir les commandes (bras en l'air) et les tirer jusqu'aux hanches pour mettre la voile "en œuvre", puis reprendre la position de pilotage de la voile (bras hauts).

Ensuite, il faut regarder où l'on se situe, c'est-à-dire trouver l'aérodrome. Ce n'est pas si évident que cela, et sur l'un de mes sauts, je n'ai pas réussi à le trouver jusqu'à ce que l'idée me vienne de faire un demi-tour (l'aérodrome était derrière moi, panique dans la tête du gros oiseau)...

La descente parachute ouvert présente deux risques particuliers : la collision et l'atterrissage sur obstacle : il faut donc regarder où se trouvent les autres voilures, vérifier sa hauteur, s'orienter par rapport au terrain et en fonction du vent.

Avant la formation, je pensais simplement qu'une fois le parachute ouvert, il suffisait d'attendre que le sol se rapproche et de faire un roulé-boulé dans l'herbe. Que nenni ! Vous devez rester dans une "zone d'évolution" puis vous diriger vers un point de rendez-vous situé à 300 m de hauteur. A partir de ce point de rendez-vous (que l'on vous a indiqué juste avant de monter dans l'avion car il change si le vent change), vous entamez le circuit d'atterrissage (comme un avion).

Le circuit d'atterrissage le plus utilisé en parachutisme (information donnée pendant ma formation) est le circuit en U ou PTU (prise de terrain en U). A partir du point de rendez-vous de 300 m, il faut faire successivement :
1) Une étape en vent arrière
2) Une étape en vent de travers
3) Une dernière étape en vent de face pour se poser.

Un U quoi. Évidement, pour compliquer, il y a les U main droite et les U main gauche...

On essaye toujours de se poser face au vent pour réduire la vitesse horizontale par rapport au sol. En effet, en l'absence de vent, votre voile vous fait avancer horizontalement à environ 8 m/s (29 km/h). Avec un vent de face de 5 m/s, vous n'avancez plus qu'à 3 m/s (11 km/h) par rapport au sol, ce qui est plus confortable pour rester sur ses deux jambes.

Vous ajoutez à cela que le sens du vent et sa vitesse ne sont pas toujours les mêmes en fonction de votre hauteur. Vous pouvez avoir un vent fort en altitude dans un sens donné et un vent tournant au sol avec une autre vitesse...

C'est pour cela que les débutants comme moi, disposent d'une oreillette radio dans laquelle sont donnés les ordres de guidage par un moniteur au sol. Autant vous dire que pour moi, c'est parole d'évangile ! Le moniteur au sol surveille la descente de toutes les voiles et nous dirige en donnant des ordres précis du type "voile rouge, quart de tour à droite !". Le problème, c'est que tout le monde est sur le même canal de fréquence (utilisé également par le centre de voile tout proche, mais ça, c'est une autre histoire), et donc que tout le monde entend les mêmes ordres. Heureusement, chacun connaît la couleur de sa voile et agit en conséquence.

Oui, mais... sur ce saut, deux voiles avaient la même couleur (avec une petite différence : un trait jaune pour l'une, un trait vert pour l'autre). Et notre guide terrestre adoré s'est un peu emmêlé les pinceaux. J'étais sous voile rouge (avec trait jaune délavé) à environ 70 m du sol, bien face au vent, en train d'entamer ma dernière phase du circuit d'atterrissage, quand j'ai entendu un ordre sec dans mon oreillette : "voile rouge demi-tour gauche BORDEL !". Bien obéissant, en bon élève appliqué, j'ai fait un rapide demi-tour gauche... Ce qui m'a mis vent arrière ! Ensuite, étant trop près du sol, impossible de corriger quoi que ce soit.

Un simple et rapide calcul (que je n'ai évidement pas fait à ce stade du saut, bien plus occupé par l'arrivée rapide du sol), montre qu'avec un vent d'environ 8 m/s et une vitesse horizontale relative de 8 m/s qui s’additionnent en vent arrière, j'ai atterri à 16 m/s, soit 57,6 km/h. Je ne suis pas armé pour courir à cette vitesse là, même sans harnais (je rappelle que la vitesse de pointe d'Usain Bolt est de 44,72 km/h sur 100 m).

Bref, toutes ces explications pour vous dire que je me suis rétamé de tout mon long sur 10 m en broutant de l'herbe.

Je me suis relevé le plus dignement possible et j'ai fait signe que tout allait bien. Puis quelqu'un est venu me chercher en quad...

Je n'avais qu'une seule envie, recommencer !
Maso, je vous dis ;-)


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2e saut PAC

mercredi 10 septembre 2014 à 15:12
Le deuxième saut était encore mieux !

Un seul moniteur, le plaisir de mieux maîtriser son saut... avec un nouvel objectif : faire la flèche (voir la vidéo). Les sensations sont différentes : je suis toujours concentré, mais sur la nouveauté, un peu comme une sauvegarde incrémentielle...

Ce deuxième saut se fera le même jour que le premier saut. J'ai encore toutes les sensations en tête, et la crainte d'une procédure de sécurité (ouverture du parachute de secours).

Les objectifs qui m'ont été fixés par le moniteur pour ce saut sont simples :
- sortir correctement de l'avion
- trouver rapidement une position stable (il est maintenant seul à me tenir)
- faire la flèche lorsqu'il me fait le signe ad hoc avec sa main
- reprendre une position stable
- lire ma hauteur sur mon altimètre
- faire une poignée témoin
- surveiller mon altimètre pour ouvrir le parachute à 1700 m
- gérer le vol sous voile (toujours avec les conseils via l'oreillette)
- atterrir correctement et au bon endroit.

Mes prédécesseurs ont sauté dans un nuage (voir vidéo) alors que j'ai la chance de profiter d'une trouée. Tous les objectifs à réaliser sont atteints, sauf peut-être ma poignée témoin (j'ai mis la main un peu à côté, immédiatement corrigé par le moniteur). J'oublie un peu de regarder mon altimètre après chaque exercice, et je m'en rappelle d'un seul coup (d'où le geste un peu brutal)...

Mais cette fois, c'est bien moi qui ouvre le parachute, tout seul comme un grand, malgré la présence de la main du moniteur sur la mienne.


2e saut PAC : faire la flèche


Ce que ne montre pas la vidéo, c'est que je m'attendais à une ouverture en douceur du parachute, comme lors du premier saut. Or, et c'est en forgeant que l'on devient forgeron, chaque ouverture de voile est différente. Sur ce deuxième saut, ma voile s'est ouverte brutalement, me secouant comme un pantin désarticulé ! J'en ai gardé deux magnifiques bleus sur le haut des bras... Mais l'adrénaline des 45" de chute, puis de la gestion de la voile et de l'atterrissage m'a fait ressentir une puissance qui m'a rappelé mes 20 ans ;-)

L'atterrissage s'est fait comme pour le premier saut : sur les pieds, pour amortir, puis sur les fesses, pour le confort.

Le mauvais temps ne permettra pas de faire comme prévu le troisième saut le jour même. Ce n'est que partie remise. Deux montées à 4200 m et deux poussées d'adrénaline d'une demi-heure ont eu raison de mes capacités physiques : ce soir-là, j'ai dormi comme un bébé, en rêvant d'une chute dans un couloir lumineux qui se terminait par "Oh mon Dieu, c'est plein d'étoiles !" ;-)






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1er saut PAC

lundi 8 septembre 2014 à 16:01
J'ai peur que ce blog ne devienne trop sérieux, trop lié à mes activités "professionnelles"... Je souhaite que cela reste un petit blog perso sans prétention. Je vais donc revenir sur ce qui a été pour moi LA découverte de cet été : le parachutisme.

Ce billet fait donc suite au billet "Premier saut J-20" et à celui "Septième ciel", dans une nouvelle rubrique "Parachutisme".

Depuis longtemps, je souhaitais tenter l'expérience de sports "à risque" avant d'avoir atteint un âge ou un état physique qui m'en empêcherait. J'ai pratiqué pendant de nombreuses années la spéléologie, sport qui associe condition physique, explorations et analyses scientifiques des sous-sols (j'en ai souvent parlé ici). Je garde précieusement mon matériel, mais mes mousquetons me servent plutôt maintenant à accrocher mon hamac plus que les cordes statiques...

Je ne désespère pas de tester un jour le saut à l'élastique, le parapente et le vol à voile ! Mais cet été, j'ai testé pour vous le saut en parachute, la faute à mon 50e anniversaire (passé depuis un an, mais j'ai un peu procrastiné...).

Il y a deux façons de tester le parachutisme : le saut en tandem (on dit aussi baptême), ou la Progression Assistée en Chute (ou méthode PAC). Le saut en tandem est la façon la plus simple de découvrir la chute libre, puis le vol sous voile. L'ensemble du saut est pris en charge par le moniteur, laissant le passager profiter pleinement de ces instants exceptionnels. Vous êtes accroché au moniteur comme un sac, et vous n'avez rien d'autre à faire que de crier regarder et profiter du spectacle. Même la sortie de l'avion est gérée par le moniteur.

Dans le cas d'une formation PAC, le moniteur vous apprend à gérer toutes les phases du saut, et ensuite, c'est à vous de prendre les commandes... Voyons d'un peu plus près pourquoi cela fonctionne en toute sécurité.

Je suis arrivé le premier jour à l'aérodrome ne sachant pas trop comment tout cela allait se passer. En tant que spéléologue (et responsable technique), je suis très attaché à la sécurité. J'étais donc en observation sur ce point et très exigeant. Après tout, c'est ma vie que je confie à des inconnus.

Une fois les formalités d'inscription effectuées (certificat médical obligatoire), nous avons été accueillis par les moniteurs du club qui nous ont présenté le déroulement de la journée. Nous étions 12 stagiaires, âgés de 16 ans à 51 ans (oui, c'était moi le doyen), tous en bonne forme physique (sauf moi qui avait un peu peur pour le poids, le dos et les oreilles...). Il faut faire moins de 90 kg, et la balance du matin indiquait 89,9 à jeun tout nu (mais avec les deux pieds sur la balance), rapport aux vacances bien arrosées reposantes.

La matinée et l'après-midi ont été consacrées à des cours pendant lesquels on nous a appris entre autre chose la position à prendre à la sortie de l'avion (accroupi, un genou au sol, les mains sur l'autre genou), puis en chute libre (à plat ventre, bien cambré), la communication par geste, le geste d'ouverture du parachute, la trajectoire à suivre sous voile (après ouverture du parachute), les commandes et, bien sur, l'attitude à avoir en cas de problème... Une bonne moitié d'entre nous avait déjà sauté en tandem, l'autre moitié jamais. Je faisais partie des newbies intégraux.

Le temps plutôt maussade de cet été ne nous a pas permis d'effectuer notre premier saut dès le premier jour... Mais dès le lendemain, je pouvais monter dans l'avion !

Le premier saut PAC est particulier : chaque stagiaire est accompagné lors du saut par DEUX moniteurs. Lors de tous les autres sauts, un seul moniteur suffira à nous guider dans notre progression, mais lors du premier saut, personne ne peut vraiment savoir comment se comporter, se stabiliser, se maîtriser, se gérer, etc. La présence de deux personnes, une de chaque côté, est très rassurante.

Sur la vidéo qui suit, vous allez pouvoir voir les images brutes de la caméra d'un de mes moniteurs. Je suis dans le 2e groupe à sortir de l'avion, ce qui m'a permis de voir un peu comment cela se passait. J'ai une très seyante combinaison orange prêtée par le club. Je n'ai pas de stress particulier, toute mon attention est prise par l'enregistrement de mes sensations : "souviens toi de ce moment là, c'est la première fois !", me dis-je.

Le bruit dans l'avion est assez fort, et nous sommes tous serrés comme des sardines. Il y a trois stagiaires PAC, chacun accompagné de ses deux moniteurs, soit neuf personnes, auxquelles il faut ajouter le pilote. La porte est ouverte lorsque l'on atteint la hauteur de 4200m. Le premier groupe saute. Je les regarde avec concentration. Je suis surpris de ne pas avoir peur. Je jubile plutôt. Le moniteur me demande de me mettre en place, main sur le genou. J'obtempère. Je regarde en bas. Le moniteur me corrige : regarde loin devant. J'obéis. Il compte trois et GO. Je m'élance sans effort, soutenu étroitement par les deux moniteurs.

Le bruit change de nature. Le vent relatif lié à la vitesse horizontale de l'avion nous fait partir en biais, comme expliqué lors de la formation de la veille. La vitesse de chute augmente rapidement. Je suis stable, et pour cause : les deux moniteurs me tiennent fermement. Je prends la position (enfin presque), et souhaite ABSOLUMENT regarder en bas. Le moniteur qui filme corrige la position de ma tête (deux fois ;-). La chute s'effectue en toute sécurité.

L'exercice consiste à faire une "poignée témoin", c'est-à-dire à chercher sous le parachute la poignée qui permettra son ouverture. Exercice réussi (à 53"). Il faut ensuite vérifier sa hauteur en regardant l'altimètre, que je regarde comme on regarde une montre (à 1'11") ! Les deux moniteurs passent le temps en "discutant" derrière mon dos, tout en me surveillant.

A 1700m, après 43s de chute libre (soit une moyenne de 209 km/h !), je mets la main sur la poignée d'ouverture et j'attends "je ne sais quel signal" ! Le moniteur saisit ma main et déclenche l'ouverture (1'15"). La voile s'ouvre correctement, ouf. Ce sera l'unique fois où mon parachute se sera ouvert avec autant de douceur.

Dès l'ouverture, mes deux moniteurs me laissent gérer et s'offre un petit rab de chute libre. Vous pouvez apprécier sur la vidéo une prise de vue "en piqué", suivie d'une ouverture de voile et d'un panoramique sur Royan et son bord de mer.


1er saut PAC

La vidéo ne montre pas les 6mn de vol sous voile dans le silence, le plaisir de commander un parachute qui est, en fait, une voile rectangulaire parfaitement maniable par un débutant, ni l'atterrissage sur les fesses ! Toute cette phase s'effectue sous les ordres d'un moniteur au sol qui vous guide par radio (chaque stagiaire dispose d'une oreillette). Sécurité absolue.

Si le parachute ne s'ouvre pas, la voile de secours s'ouvrira toute seule à 800m. Si le parachute s'ouvre mais mal, j'ai appris la veille à le libérer et à ouvrir la voile de secours, procédure révisée dans l'avion. Sécurité, sécurité !

Les sensations de chute n'ont rien à voir avec tout ce que j'ai pu ressentir auparavant, en particulier dans les parcs d'attraction : aucune nausée, pas d'estomac qui remonte ou autre sensation désagréable. Cela ressemble plus aux sensations que l'on peut ressentir quand on met son bras par la fenêtre à 130 km/h en voiture et que l'on joue avec l'air...

Avec une seule envie dès l'atterrissage : ressauter !

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Crédit image : darkroastedblend.com

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Expert ou Huissier

vendredi 5 septembre 2014 à 12:56
Je suis souvent sollicité pour mener à bien des constatations concernant du matériel informatique en tant qu'expert judiciaire. Je suis alors obligé d'expliquer à mon interlocuteur qu'à mon avis il est préférable pour lui de passer par un huissier de justice s'il souhaite que les constatations soient opposables à une partie adverse.

Quelques explications me semblent nécessaires.

Un expert judiciaire est une personne inscrite sur une liste ad hoc d'une cour d'appel ou de la cour de cassation. Cette personne n'est en "mission judiciaire" que lorsqu'elle est sollicitée par un magistrat. Le reste du temps, c'est une personne normale, sans "super pouvoir" particulier.

Il est possible (et relativement fréquent) que cette personne soit contactée par un particulier ou une entreprise parce que son nom apparaît sur la liste de la cour d'appel (ou celle plus prestigieuse de la cour de cassation). Mais dans ce cas, l'intervention se fait à titre personnel, sans mission officielle demandée par un magistrat. On parle alors de mission privée.

Lorsque j'établis un rapport d'expertise privée, celui-ci n'a pas la même valeur que le rapport que je rédige dans une mission d'expertise judiciaire.

Lorsque je rédige un rapport d'expertise judiciaire au pénal, à la demande d'un juge d'instruction par exemple, je travaille seul. Les questions qui me sont posées sont très factuelles : y a-t-il présence de telle ou telle information sur le disque dur de l'ordinateur, l'ordinateur a-t-il été utilisé pour visiter tel ou tel site internet et si oui à quel moment, etc.

Dans tous les autres cas "officiels" (civil, tribunal de commerce, etc.), l'expertise judiciaire doit être menée en présence des parties concernées, d'une manière dite "contradictoire". Les questions qui me sont posées par le magistrat sont exposées aux parties, les réponses que j'y apporte sont critiquées, débattues ou défendues par les parties présentes. Les questions posées demandent un "avis" de l'expert, par exemple sur l'évaluation des montants financiers des préjudices subis par les désordres informatiques constatés.

Il arrive, et c'est l'objet de ce billet, qu'une partie souhaite préparer son dossier au mieux avant d'aller au procès, ou simplement pour impressionner son adversaire. Elle fait alors appel à un expert judiciaire, parce que le poids de la fonction compte, ainsi que les mots de son titre : "expert" et "judiciaire". Mais le magistrat ne s'y trompe pas : la parole d'une personne missionnée par une partie (pour des missions choisies par elle et directement payée par elle) n'a pas le même poids que celle d'un expert en mission judiciaire, quand bien même il s'agisse de la même personne.

Le rapport rédigé par un expert n'est pas un acte authentique. Dans le code civil français, un acte authentique est "celui qui a été reçu par officiers publics ayant le droit d'instrumenter dans le lieu où l'acte a été rédigé, et avec les solennités requises." Ainsi, les notaires, les officiers d'état civil, les huissiers de justice peuvent rédiger des actes authentiques.

Jusqu'en 2010, les constats d'huissier n'avaient que la valeur de simples renseignements (cf article 1 de la loi en vigueur en 2007), mais depuis 2010, le texte a été corrigé : "Ils peuvent, commis par justice ou à la requête de particuliers, effectuer des constatations purement matérielles, exclusives de tout avis sur les conséquences de fait ou de droit qui peuvent en résulter. Sauf en matière pénale où elles ont valeur de simples renseignements, ces constatations font foi jusqu'à preuve contraire."

C'est pourquoi il me semble préférable de faire faire les constatations techniques par un huissier de justice, plutôt que par un expert judiciaire en mission privée.

Bien sur, se pose alors la question : les huissiers de justice sont-ils tous compétents en matière informatique ? A l'évidence, comme pour toute profession non informatique, la réponse est non. Mais alors comment faire ?

Il existe des huissiers de justice qui se sont faits une spécialité en matière informatique. Ceux-là sont compétents, dans la mesure de leur compréhension de la technique informatique qu'ils maîtrisent. Pour eux, serveurs mandataires, caches de navigation, serveurs DNS n'ont plus de secrets. Pour autant, qu'en est-il des serveurs mandataires transparents ou des DNS menteurs ? Pour la cour d'appel de Paris, seul le respect des préconisations jurisprudentielles compte...

Mon conseil, donc :
- si les aspects techniques sont relativement simples (et que vous les maîtrisez suffisamment), faites appel uniquement à un huissier de justice compétent (sur les conseils de votre avocat bien sur, puisqu'il saura vous trouver un huissier).
- si vous pensez que la complexité technique est élevée, faites appel à un huissier de justice compétent ET un expert judiciaire.

C'est le prix à payer pour mettre toutes les chances de son côté.

AMHA.

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Le disque dur

lundi 1 septembre 2014 à 14:08
Le disque dur est posé devant moi sur le bureau. Je l'observe quelques instants en silence. Je viens de passer plusieurs heures à l'extraire d'un ordinateur particulièrement résistant au démontage. Je ne voulais pas faire de rayures avec mes tournevis, aussi ai-je du en fabriquer des souples avec de vieilles brosses à dents...

J'ai maintenant devant moi un disque dur tout à fait banal (et un tas de vis que j'ai mis de côté pour le remontage). Je le regarde fixement, faisant une petite pause dans cette expertise judiciaire solitaire. Comme tous les disques durs non SSD, c'est une merveille de mécanique. Pendant son fonctionnement, les têtes de lecture flottent sur un coussin d'air à quelques nanomètres des plateaux, ce qui ne laisse pas de me surprendre.

Le premier défi, qui consiste à essayer de faire démarrer l'ordinateur sur cédérom sans toucher au disque dur, a échoué. Mes différents "boot cd" n'ont pas réussi à reconnaître les différents éléments de l'ordinateur, en particulier la carte réseau. En tout cas, pas suffisamment pour me permettre de cloner le disque dur en un temps "raisonnable", et avec la garantie de ne PAS modifier les données inscrites dessus. Préservation de la preuve, garantie d'une expertise ultérieure donnant les mêmes résultats, responsabilité de l'expert, etc.

Le deuxième défi a donc été de réussir à extraire le disque dur du cocon constitué par cette magnifique carcasse aluminium, mince et fragile, sans vis apparente, clipsée de manière invisible. Difficile défi. Heureusement, internet est une source d'informations telle que j'ai pu trouver un site de passionnés ayant déjà entrepris le démontage de ce modèle ET partageant cette expérience. Avec précaution, j'ai entrepris de suivre leurs conseils, et pas à pas, malgré quelques petites différences liées certainement à une évolution du modèle, j'ai réussi à extraire le disque dur.

Le voilà posé sur mon bureau.

Je le prends en photo, je note le numéro de série et les diverses caractéristiques du disque. Je le prends délicatement entre les doigts pour le brancher sur mon ordinateur d'acquisition.

Je mets ce dernier sous tension. Quelques gouttes de sueurs perlent sur mon front : le moment est critique. Le disque dur fonctionne-t-il ? Les plateaux tournent-ils ? Les têtes de lecture vont-elles accéder correctement aux données stockées sur la couche ferromagnétique ? Y a-t-il un bruit suspect ?

Malgré toute mon expérience, mon cœur bat plus vite.

Apparemment tout va bien. Je lance la copie bit à bit du disque dur. Celle-ci va durer une douzaine d'heure. Je m'assure une nième fois que mon système de stockage est suffisant pour recevoir la copie, qu'aucune coupure programmée n'arrêtera le transfert, que la pièce est assez aérée pour évacuer la chaleur (mon bureau est minuscule). Je pars me coucher, un peu inquiet.

Le lendemain, avant de partir travailler, je vérifie que la copie suit son cours, qu'elle avance correctement, que le disque dur ne chauffe pas trop. J'ai hâte d'être ce soir pour pouvoir enfin éteindre le disque dur original.

Dans un coin de mon bureau trône l'ordinateur éventré, entouré de ses vis et clips soigneusement identifiés. Ma journée de travail est terminée, je peux commencer mon activité d'expert judiciaire. Je m'assure que les hashs de la copie et celui du disque dur d'origine sont cohérents, que ma copie numérique est bien sauvegardée et en sécurité. Je commence le remontage du disque dur dans l'ordinateur.

Puis, enfin, vient le défi principal : la recherche des informations que l'on m'a demandée de faire. Celles-ci sont peut-être cachées quelques parts, dans un fichier ou dans un container chiffré. Celles-ci sont peut-être dans la zone non allouée, dans des fragments d'anciens fichiers. Celles-ci n'existent peut-être pas. Mais ça, je ne le saurais que dans quelques jours ou quelques semaines.

J'aborde avec effroi ce dernier défi...

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