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[Redite] L’incalculable contribution des syndicats français au chômage

dimanche 5 mars 2017 à 11:00

Billet paru initialement le 08.03.2016

Pendant que la campagne présidentielle bat son plein (d’un son creux), le pays continue de ronronner à ses habitudes. Dans celles-ci, on peut compter sur la grève et les problèmes syndicaux, comme par exemple pour Air France dont certains personnels envisagent une grève (qualifiée de préventive par un facétieux syndicat) du 18 au 20 mars prochain contre les efforts de productivité demandés aux navigants. Ah, la grève ! Ah, les syndicats, toujours irréprochables et propres sur eux, que deviendrait la France sans l’une et les autres ? Une puissance commerciale indomptable ? Allez savoir…


On le sait : il faut, partout dans le monde, beaucoup de sueur, d’abnégation, de courage et de persévérance pour créer et faire vivre une entreprise. En France, les obstacles administratifs, économiques ou sociaux rendent la tâche encore plus ardue, ce qui explique un taux de chômage structurel élevé. En revanche, partout dans le monde, foirer une entreprise est assez simple et en France, ça l’est encore plus puisqu’il suffit de faire intervenir l’État, les syndicats ou la justice.

L’affaire qui nous occupe aujourd’hui se déroule au sein de la société Desseilles, qui, bien qu’un des fleurons de la dentelle de Calais, n’en est pas moins en difficultés. Elle est même en liquidation judiciaire avec quelques jours de sursis, suite au jugement du tribunal administratif de Lille tombé en décembre, qui ordonne la réintégration de cinq syndicalistes licenciés en 2013 : l’entreprise doit à présent payer les deux ans et demi de salaires non versés pour chacun d’entre eux, ainsi que les indemnités prud’homales qu’ils vont demander pour les dommages et intérêts, soit entre 700.000 et un million d’euros, qui ne sont évidemment pas disponibles dans la trésorerie de l’entreprise.

Le hic, c’est que les syndicalistes licenciés l’ont pourtant été dans un cadre bien spécifique, celui du licenciement économique, validé par l’inspection du travail ainsi que la DIRECCTE (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) et le ministère du Travail, et ce, malgré les recours des licenciés.

Heureusement, la conjonction d’un syndicalisme utile et bien compris avec une justice taillée au cordeau par le tribunal administratif va donner à l’affaire un tour croustillant en imposant donc la réintégration des salariés, au motif que l’entreprise aurait dû proposer des reclassements en interne à ces salariés. Un reclassement interne dans une entreprise qui calanche, c’est croquignolet, on l’admettra.

gifa a little crazy

Quant à la réintégration, selon toute vraisemblance, elle fera fermer l’entreprise complètement, entraînant ainsi la transformation d’une poignée de licenciements économiques par une faillite complète avec 74 nouveaux chômeurs à la clé. Réintégration qui, de surcroît, n’est souhaitée par aucun des salariés actuels de l’entreprise, qui comptent pourtant des délégués syndicaux des autres centrales, et ont même monté un collectif pour que les licenciés ne soient pas réintégrés, et qui soutiennent la direction.

Seul un appel de la décision au tribunal permettra, s’il passe, de sauver les meubles et de permettre à un repreneur chinois de rattraper l’entreprise en difficulté. Mais si l’appel est rejeté, le repreneur a déjà fait savoir qu’il n’irait pas plus loin.

Belle affaire, ne trouvez-vous pas ?

En tout cas, tout y est réuni pour déclencher une tempête de facepalms violents.

Tout d’abord, sur le plan philosophique, on pourra se demander à quoi sert la multiplication des instances validant un licenciement, fut-il économique. En effet, même si l’inspection du travail, la DIRECCTE et le ministère lui-même semblaient d’accord sur le principe, il n’aura suffi que d’une petite décision de justice pour remettre en cause toute leur belle assurance. Les entreprises et, de façon plus générale, la société françaises y gagneraient si on pouvait se passer de leurs services compte tenu des résultats observés ; autant aller au procès directement, ce qui évitera d’occuper bêtement le temps des directions, inspections et autres encombrants ministères.

D’autre part, cette affaire prouve encore une fois la difficulté même de rompre un contrat de travail, notamment pour des syndicalistes, et même dans le cadre pourtant extrêmement balisé d’un licenciement économique. En outre, cette difficulté entraîne assez directement des conséquences néfastes imprévues et catastrophiques. Ici, très concrètement, cette surprotection des salariés va directement aboutir à multiplier par près de 15 les dégâts des 5 licenciements initiaux pour les transformer en 74. Certes, les syndicats ont clairement eu leur rôle à jouer dans cette consternante démonstration de force obtuse, mais à ce point de la réflexion, on en vient à se demander chafouinesquement si ces lois ne sont pas justement écrites pour donner in fine un pouvoir immense à des irresponsables trop heureux de résister encore et toujours contre le méchant patronat, quitte à tuer tout emploi autour d’eux…

gifa cat facepalm

Enfin, on devra noter l’incroyable incohérence de la protection sociale française que le monde nous envierait tant, qui oscille ici entre l’incohérence la plus crasse et l’hypocrisie la plus débridée.

Car c’est bien d’incohérence et d’hypocrisie dont on doit parler ici lorsque d’un côté, on se barbouille bruyamment du collectif et qu’on prétend chercher le bien commun, et que de l’autre, on bousille consciencieusement le moyen d’existence de salariés qui sont très heureux de leur condition.

En somme, on détruit le bien commun et ce lien social du travail dont les syndicalistes, les inspecteurs du travail, les juges administratifs, les ministres et tant d’autres acteurs se gargarisent à longueur de journée, sur les plateaux télé et dans les plus palpitants articles de presse, et on le fait au profit de personnes qui ont largement démontré leur toxicité au point de déclencher chez les autres salariés le besoin de vouloir se protéger d’eux (ici, en créant un collectif pour éviter leur réintégration).

Oh, j’entends bien les arguments dégoulinant de duplicité de ceux qui viendront, droits comme des I et la main sur cœur, prêts à jurer de leur rectitude morale, nous expliquer que le tribunal n’a fait ici que respecter la Loi, toute la Loi, rien que la Loi et qu’elle ne permet pas, aveugle qu’elle est, la moindre interprétation. C’est trop chou.

Mais voilà : ici, la justice (administrative) est devenue complètement autiste, rejetant l’esprit de la loi, le bon sens et la recherche du moindre mal au profit d’une application stricte, rigide même, de textes impénétrables dont elle entend rester la seule à pouvoir faire l’interprétation. Elle n’est plus que l’expression d’une forme de jusqu’au-boutisme, ne cherchant pas, comme jadis Saint Louis sous son chêne, à équilibrer les sentences mais à rendre un verdict qui soit conforme à l’idéologie qu’elle entend promouvoir ainsi, cette idéologie qui commande que le patron est un fourbe, que le travail aliène, et qu’il faut donc lutter, par tous les moyens, pour libérer les travailleurs et asservir les patrons.

almost blind justiceEn revanche, cela ne choquera personne que la même justice, aux mains d’autres tribunaux, voire aux mains de nos parangons de moralité, n’aura aucun mal à passer outre les petits écarts des uns ou des autres s’ils sont dans le Camp du Bien, élus ou syndiqués. Cette même justice saura se montrer accommodante ou vraiment très aveugle lorsqu’il faudra oublier certains comportements.

Et là où chaque article de chaque livre de loi sera épluché pour n’en oublier aucune subtilité s’il s’agit de faire rendre gorge à un salaud-de-patron, la loi deviendra un maquis d’interprétations et de latitudes généreuses lorsqu’il s’agira de juger l’un ou l’autre privilégié de la République, l’enfant sacré du syndicalisme, ou le socialement proche victime d’une trop méchante société.

Le sort de cette fabrique de lingerie calaisienne apparaît aussi sombre qu’incertain. Mais une chose est sûre : si elle disparaît définitivement, les syndicats et le tribunal administratif pourront se vanter d’y avoir grandement contribué. Dans un pays ou près de 5 millions de personnes se battent pour trouver un travail, c’est toujours bon à savoir.

Source : http://h16free.com/2017/03/05/57625-redite-lincalculable-contribution-des-syndicats-francais-au-chomage


Changement de rythme

samedi 4 mars 2017 à 10:00

Et voilà, arrive ce petit moment délicat où le blog va changer de rythme.

Remettons un peu de contexte : cela fait maintenant onze années et demi que je tiens ce blog, et huit ans que je produis à peu près 5 à 6 billets par semaines, hors périodes de vacances (vous pourrez le vérifier sur les archives, dans la colonne de gauche). En tout, ce sont 3000 billets qui se bousculent sur cette plateforme depuis septembre 2005, plus de 3900 images diverses, près de 400 gifs dont certains animés, et surtout, plus de 300.000 commentaires dont vous, fidèles lecteurs, êtes directement responsables (mais pas coupables, je vous rassure).

Pendant ces presque douze années, ce blog, en m’astreignant à un rythme soutenu, m’a donné l’occasion d’améliorer mon écriture, de poser mes raisonnements, de tenter avec un peu d’humour de faire passer quelques idées à vous, lecteurs fidèles et autres, que je remercie au passage pour votre assiduité et vos conseils, remarques et commentaires toujours plus nombreux.

L’expérience fut très enrichissante sur le plan humain (sur le plan financier, la vente d’un occasionnel t-shirt ou la récupération d’une poignée de mBTC ne permet pas encore l’autonomie complète). Cependant, j’arrive à ce point où l’habitude a pris place au plaisir. Friser la répétition, écrire une nouvelle fois, un peu différemment, sur un sujet déjà trop abordé ne m’amuse plus vraiment.

Dès lors, plutôt que risquer l’ennui (le mien et le vôtre), je vais changer mon rythme, et travailler moins pour m’amuser plus, en quelque sorte. Il y aura donc nettement moins de billets longs (1000 à 1500 mots), plus de petits billets courts ou de tweets, d’images amusantes (et à ce sujet, les contributions de lecteurs sont toujours les bienvenues) et de brèves en passant.

Bien évidemment, la campagne électorale sera l’occasion de trouver matière à se tordre les côtes. Nul doute que l’une ou l’autre pignouferie de presse viendra égayer nos journées et, à cette occasion, je trouverai le temps d’écrire un billet, que j’espère d’autant plus savoureux qu’il aura eu le temps de mûrir.

Et pour discuter, outre cette plateforme qui restera ouverte, il restera toujours les intertubes, depuis mon e-mail jusqu’à Twitter (@_h16) en passant par Facebook.

D’ici là, je vous souhaite de bonnes lectures. Et ça tombe bien, les archives sont lisibles aussi à partir d’ici :
[archives]

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Source : http://h16free.com/2017/03/04/57608-changement-de-rythme


Thinkerview : Entretien avec Ivan Erhel, porte-parole de Sputnik France

vendredi 3 mars 2017 à 09:00

Pour finir une semaine particulièrement agitée sur le plan politique (et toujours aussi consciencieusement éloignée des préoccupations économiques réelles de nos compatriotes), je vous propose un sujet complètement différent, en revenant sur un entretien récent produit par Thinkerview qui a interrogé Ivan Erhel, le porte-parole de Sputnik en France.

Sputnik, c’est le petit nouveau dans les médias web francophones, mais c’est aussi la version française d’un média russe qui existe depuis le 10 novembre 2014. En un peu plus de deux années, et grâce à l’évident financement de l’état russe, il est parvenu à ouvrir plusieurs agences dans le monde dont une en France. C’est un service d’information qui remplace l’agence RIA Novosti, et, pour beaucoup, c’est un simple relais de la propagande russe en France. L’entretien avec Ivan Erhel, son porte-parole, offre donc l’opportunité de voir comment le média se considère lui-même dans le paysage journalistique français.

Et à l’écoute de l’ensemble de l’entretien, force est de constater que le porte-parole fait preuve d’une lucidité qu’on a parfois bien du mal à trouver chez ses confrères d’autres plateformes. On appréciera d’ailleurs sa franchise lorsque (vers 16:00) il décrit son incursion en Ukraine et comment il s’est retrouvé à participer (en tant que simple observateur) à l’une des rondes de la milice d’extrême-droite locale qui, cherchant à bastonner des communistes ou des pro-russes, n’aura trouvé ce soir-là qu’à contrôler quelques immigrés clandestins d’Asie centrale.

Du reste, démarrant sur les chapeaux de roues (vers 3:20) en déclarant sans ambages que « la vérité se situe en marge de ce qui est écrit dans la presse », Erhel admet sans problème qu’effectivement, Sputnik, chez lequel il travaille depuis six mois, est financé par la Russie et diffusera donc les informations avec le point de vue spécifique de cet Etat.

Pour lui cependant, la Russie n’est pas l’ennemi à abattre mais doit rester un pays avec lequel on peut s’entretenir. Du reste, on ne peut pas lui retirer la comparaison avec les antennes, nombreuses de France Télévision ou de Radio France, directement subventionnées par l’état français et dont le rôle n’est finalement pas différent de celui de Sputnik, sans que personne ne semble s’en offusquer. Après tout, le modèle d’affaire de Sputnik est construit comme celui de Radio-France International, subsidié par l’état dans les deux cas. Sputnik Monde reçoit environ 100 millions d’euros par an, ce qui permet à Sputnik France d’employer un peu plus d’une dizaine de salariés, tous Français sauf deux Russes (le rédacteur en chef et une journaliste qui repart prochainement à Moscou).

D’autre part, tant qu’à amalgamer Sputnik au FSB (services secrets russes) ou aux intérêts étatiques ou capitalistes russes, Erhel n’hésite pas à rappeler qu’à côté des chaînes publiques subventionnées par l’Etat français, les chaînes privées étaient toutes détenues par des capitalistes et industriels français, de façon tout à fait similaire. La bataille pour savoir qui, des premiers ou des derniers, produit le plus d’information biaisées est donc ouverte.

Interrogé (vers 34:13) de but en blanc pour savoir si Sputnik ou son confrère télévisé, Russia Today, sont de la propagande, Erhel continue la comparaison : alors que la France baignait jusqu’à présent « dans la propagande anglo-saxonne (…) que France24 est de la propagande française à destination de l’Afrique ». Ce qui le pousse à s’interroger : « plusieurs points de vue sont-ils autorisés ? » Et, levant tout ambiguïté, il conclut d’ailleurs :

« Derrière Sputnik, il y a une volonté claire, étatique, de faire parler le point de vue russe et c’est assumé. »

Le but plus ou moins affiché (plutôt plus que moins) est donc de contrebalancer la propagande occidentale anti-Russe, allant « de la calomnie au russian-bashing » outré, qui s’illustre dans la contre-culture internet par l’existence même d’un hashtag #RussianDidIt (« C’est un coup des Russes ! »), dont on conviendra aisément vu le ton moqueur qu’il met plutôt en boîte ce dénigrement trop gros pour être cru systématiquement.

Et puis, finalement, propagande pour propagande, l’arrivée de Sputnik en France permet finalement de choisir à quelle sauce l’information sera servie.

La lucidité ne s’arrête pas à la nature même des informations débitées par Sputnik mais s’étend agréablement à une vision raisonnable de la profession de journaliste. Erhel rejoint finalement beaucoup de citoyens lorsqu’il constate que la carte de presse française reste bien souvent un avantage fiscal et seulement ça, certains journalistes ne la méritant pas alors que d’autres, n’en disposant pas, pourraient largement la réclamer. Il note à raison (vers 13:35) que « le pire ennemi du journalisme, aujourd’hui, c’est l’autocensure et le conformisme ». Pour lui (28:25), « Le Monde ment, comme tout le monde », soit par action, soit plus encore par omission. Or, toujours pour lui, « Le Monde, c’est la référence absolue de la presse française. Un scoop n’est un scoop que lorsqu’il est officiellement repris par Le Monde. »

Au sujet des nouvelles bidons (ou « fake news » tant décriées par les tartufes du Monde ou d’ailleurs), Erhel estime qu’il s’agit plus d’un sous-produit de l’internet qu’un sous-produit du journalisme, et que ces rumeurs et informations fausses sont la conséquence directe de la possibilité de chacun de s’exprimer et aussi de relayer ces bêtises.

Enfin, interrogé (vers 53:17) sur l’état de la presse occidentale et sur ce que, selon lui, il faudrait faire pour améliorer la situation, le porte-parole de Sputnik lance trois idées : d’une part, il estime qu’il faudrait que les journalistes fassent des stages dans les populations pour être un peu en phase avec la réalité, pour sortir de la classe journalistique. Beaucoup de mes lecteurs seront effectivement en phase avec cette proposition qui rejoint le constat, lu et relu maintes fois sur Internet, d’une déconnexion croissante du cercle des élites politiques et journaleuses sur elles-mêmes et le nécessaire besoin de leur retour à la réalité (à ce sujet, l’actuelle campagne présidentielle n’annonce aucune amélioration sur ce plan-là).

D’autre part, Erhel souhaite une vraie indépendance pour une agence de presse française, loin du mécanisme bâtard de subvention étatique qui permet à l’AFP de survivre, ou, à défaut, l’apparition d’agences de presse alternatives.

Enfin, on pourra trouver touchant son désir de revenir à la méritocratie qui viendrait amoindrir le succès des gens trop conformistes. Si, dans le fond, il a raison, cette méritocratie appelée de ses vœux remet en cause trop d’habitudes, de prés-carrés et de prébendes douillettes pour que la France de 2017 y songe sérieusement…

L'opinion publique : quand on est cool à ce point, on n'en a rien à carrer.

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Source : http://h16free.com/2017/03/03/57551-thinkerview-entretien-avec-ivan-erhel-porte-parole-de-sputnik-france


Pourquoi ce qui arrive à Fillon est très bien

jeudi 2 mars 2017 à 09:00

Avis de tempête sur le petit monde politique : alors que François Fillon avait annoncé officiellement qu’il irait bien, mercredi matin, tâter quelques culs bovins au Salon de l’Agriculture, voilà que le candidat à la présidentielle annule son déplacement à la dernière minute et annonce tenir une conférence de presse à midi. Dans une ambiance électrique et tendue, le voilà qui annonce ce dont beaucoup se doutaient : il est mis en examen.

Sapristi de saperlipopette de nom d’une pipe de cornegidouille ! Voilà une surprise immense : François Fillon, le candidat de la droite vient d’annoncer sa prochaine mise en examen dans ce que la presse a finement et avec une imagination extraordinaire baptisé « Penelopegate », à savoir les allégations de travail fictif de sa femme Penelope lorsqu’il était encore député au sein de l’Assemblé nationale.

Depuis que l’information a trouvé sa place en Une du Canard Enchaîné, le mercredi premier février, il ne s’est guère écoulé une semaine sans que le prétendant à la magistrature suprême ne se retrouve emberlificoté dans des allégations plus ou moins sulfureuses : chaque parution de Canard a entraîné une nouvelle salve de « révélations » que le reste de la presse, un peu trop visiblement goguenarde, a repris avec ferveur et excitation. Il paraissait donc normal que ce mercredi premier mars n’échappe pas à la règle.

Voilà donc Fillon mis en examen et, comme on pouvait s’y attendre, voilà donc Fillon qui ne renonce pas, et qui en profite pour noter la méthode et le timing, diaboliques, de l’institution judiciaire pour mener son opération.

DroopyfillonSi on oublie un instant les raisons exactes des agitations du candidat pour se concentrer sur cet aspect, force est de reconnaître que le Parquet National Financier (PNF), nouvelle créature instituée pour Cahuzac, a choisi avec soin sa cible et son calendrier. On est ainsi en droit de se demander pourquoi c’est bien le PNF qui s’est lancé dans cette aventure judiciaire à rebondissements : pourquoi a-t-on choisi d’ouvrir l’enquête via une juridiction d’exception, apparemment spécialement taillée pour les élus, alors que, dans une République enduite d’égalitarisme gluant, tout devrait concourir à un traitement de ces gens là aussi égal que possible aux citoyens lambda ?

Après tout, c’est bien parce qu’ils empilent les droits spéciaux, les privilèges spécifiques et les juridictions exclusives qu’ils se retrouvent, régulièrement, à devoir justifier de l’emploi de sommes, d’individus ou de passe-droits spéciaux, exclusifs ou spécifiques… En réalité, il serait plus que temps que nos élus bénéficient de la justice traditionnelle dédiée aux justiciables sans-dents, aussi bien en tant qu’accusés qu’en tant que victimes. Cela les inciterait peut-être enfin à faire le ménage et mettre les moyens nécessaires pour cette institution.

On peut rêver. Néanmoins, pour revenir à cet énième rebondissement dans l’affaire Fillon, notons tout de même que ce qui arrive au candidat est une excellente chose.

Un excellent état des lieux de la justice en France

En effet, qu’à la fin Fillon soit ou non élu, cette affaire permet de démontrer de façon éclatante que la justice sait être très rapide quand elle veut. Et cela permet d’envoyer un message fort à tous les justiciables de France : si vous, citoyen lambda, voulez que la justice s’occupe plus vite de votre cas, débrouillez-vous pour encarter publiquement votre opposant dans un parti de droite.

Ceci devrait d’ailleurs inquiéter… François Bayrou dont on a appris très récemment, par un livre de Corinne Lepage paru en 2015, qu’il avait fait employer son assistante personnelle par une députée européenne, ce qui s’apparente beaucoup à la gestion alternative de fonds publics pour un emploi personnel dont on accuse Fillon. Et cela pourrait inquiéter Macron, pour qui le président des jeunesses macronistes travaille alors qu’il a officiellement un emploi d’attaché parlementaire…

Parions que le PNF sera saisi et agira rapidement. Ou pas.

En outre, cette affaire permet de montrer que cette République sait être souple avec ses grands principes : le secret de l’instruction est finalement quelque chose de tout à fait négociable ce qui permet à la presse d’avoir des informations de première main. Du reste, même si c’est pénalement condamnable, parions que ces fuites (qu’on observe d’ailleurs dans un paquet d’autres affaires) ne seront jamais poursuivies, quand bien même Fillon a-t-il déposé une plainte.

De surcroît, cette affaire permet d’illustrer ce que veut dire « pouvoir judiciaire » avec ses avantages (celui qui lui autorise potentiellement toutes les cibles possibles, pas seulement le citoyen lambda mais aussi l’élu, le riche ou le puissant, youpi) et ses inconvénients (celui de, potentiellement, réduire à néant une candidature et l’espoir d’une partie de la population de voir son champion gouverner le pays). Voilà qui imposera un devoir de réflexion philosophique intéressant, à tous ceux qui aspirent au suffrage populaire, et aux autres.

Enfin, quoi de mieux que ce genre de rebondissements si subtilement planifiés pour entretenir une saine confiance dans la justice de son pays ? Encore mieux, cela permet de montrer à la fois la détermination d’un homme politique et toute la souplesse qu’il peut avoir avec la parole qu’il a donnée : mis en examen, il devait se retirer, ce qu’il ne fera pas.

Doit-on vilainement en conclure que son programme est du flûtiau ?

Bien sûr que oui.

Des conséquences amusantes s’il est élu

Et si notre homme, finalement, décroche la queue du Mickey au manège de l’Elysée, cette affaire nous offrira notre premier Président de la République mis en examen.

Fillon semble confiant.Quelque part, c’est normal, puisqu’on continuera alors dans la belle tendance impulsée à coup de Corona par Chirac, poursuivie à coup de Viagra par Sarkozy et confirmée à coup de Solex par Hollande puisque Fillon devra peut-être relocaliser l’Elysée à Fleury-Mérogis (encore qu’on pourrait concevoir de conserver le nouveau locataire à l’écart des autres prisonniers pour éviter que ces détenus ne se radicalisent franchement).

En tout cas, élu, il se retrouverait en poste avec une légitimité… discutable : par définition élu par une majorité de votants, il ne sera probablement pas élu par une majorité de Français et encore moins par une majorité de personne soutenant réellement sa candidature mais plutôt par ce groupe d’individus qui l’auront choisi par défaut, plutôt qu’un autre (ou une autre dans notre cas).

Autrement dit, il lui sera délicat d’avoir une vraie majorité gouvernementale et la rue sera promptement là pour lui rappeler la batterie de cuisine qu’il trimbale derrière lui.

Or, objectivement, si la France a un besoin criant de réformes, l’immobilisme et l’arrêt complet constituent des options presque souhaitable à l’alternative dangereuse qui consiste à courir comme un poulet sans tête, option malheureusement très probable lorsqu’on n’a ni majorité, ni fermeté à imposer un programme qu’on voit déjà raboté de tous les côtés et dont le degré de libéralisme, déjà fort faible en novembre, s’est rapidement évaporé les jours qui ont suivi la fin des primaires.

Décidément, cette affaire, marquée d’un bout à l’autre de l’évidente patte hollandesque, apporte malgré tout quelques bénéfices palpables aux Français.

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Source : http://h16free.com/2017/03/02/57585-pourquoi-ce-qui-arrive-a-fillon-est-tres-bien


La petite histoire derrière la fumeuse loi de Janvier 1973

mercredi 1 mars 2017 à 09:00

Aujourd’hui, pendant que l’actualité continue de se remplir d’affaires judiciaires contre les candidats à la présidentielle, prenons le temps de nous éloigner de ces effervescences locales pour revenir sur l’intéressante histoire de la loi de Janvier 1973 sur la Banque de France, dite loi Giscard Pompidou Rothschild, ou plus exactement la petite histoire, bien plus intéressante, de sa récente célébrité sur internet.

Rendons tout d’abord à César ce qui est à César, puisque c’est à Guillaume Nicoulaud qu’on doit d’avoir retrouvé le parcours assez croustillant de la petite histoire derrière cette loi devenue subitement célèbre il y a quelques années. Et pour ceux qui ne sauraient pas trop bien de quoi on parle (ce qui serait logique, tant cette loi reste, malgré tout, assez étroite dans son application), rappelons qu’il s’agit d’une loi qui modifie le statut de la Banque de France et précise notamment les conditions autorisant l’État à emprunter à cette dernière.

En particulier, l’article 25 est celui qui sera le plus commenté, plusieurs décennies après son entrée en force, puisqu’il prévoit que, je cite, « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France ». En somme, cet article impose une certaine discipline dans la gestion monétaire de la dette, en créant simplement une procédure garantissant la transparence entre le ministre de l’économie et le gouverneur de la Banque de France, laquelle procédure doit être approuvée par le parlement. Pour rappel, l’interdiction qui est faite au Trésor de présenter ses propres bons à l’escompte de la Banque de France est un principe déjà communément admis de tous et déjà présent dans la loi du 24 juillet 1936.

keep calm, we'll print more

Suite à l’effervescence récente d’un petit groupe d’activistes obstinés, cette loi aura été parée de plusieurs maux : selon eux, cette loi interdirait à l’État de se financer sans intérêt, et serait donc directement responsable de son endettement total (ou pas loin) ; et régulièrement, on indique en support à ces assertions les travaux de doctes économistes improvisés et autres vidéos palpitantes expliquant par le menu pourquoi l’État s’est vendu aux marchés et comment tout ceci est très méchant. Dans un billet détaillé paru en novembre 2011, je m’empressais d’ailleurs de crier « foutaises ! » et d’expliquer pourquoi ces assertions ne tiennent pas la route ; citons aussi celui de Magali Pernin qui résume bien la situation réelle.

Aujourd’hui, je vous propose de voir comment on en est arrivé là, et qui, selon toute vraisemblance, a aidé à propulser ainsi cette cargaison de fadaises sur les intertubes, et au-delà. Car en effet, elle a voyagé, cette notion que l’État français ne serait plus souverain pour émettre de « la dette gratuite », et ne pourrait donc plus la rembourser en imprimant la bonne quantité de francs, d’euros ou de Pistulons Républicains ! On la retrouve dès 2011 et 2012, décrite dans les programmes d’éternels candidats à la présidentielle comme Dupont-Aignan. Pour lui, comme pour d’autres qui l’ont bien vite rejoint (Jean-Luc Mélenchon puis Marine Le Pen, par exemple), horreur des horreurs, l’État n’est plus maître de sa dette.

Tout semble donc commencer avec deux sources possibles.

D’un côté, on trouve les travaux de Gabriel Galand et Alain Grandjean (connus seulement d’altermondialistes) qui, dans un livre de 1996, La monnaie dévoilée, expliquent leur point de vue sur la fameuse loi de 1973, sans toutefois aller aussi loin dans les conclusions que notre seconde source, un certain André-Jacques Holbecq.

De l’autre, pensionné de l’aviation civile, notre homme chérit dans sa retraite deux passions : l’ufologie et l’économie, et seulement l’anticapitaliste. Soyons indulgents, il n’est pas le premier à mêler ainsi la science qui gère la pénurie avec les extra-terrestres ; après tout, Paul Krugman avait fait de même il y a quelques années.

Or, depuis 2002, notre aimable retraité tient la forme : sur le sujet économique, il produit livre sur livre, accumule les sites et les blogs sur internet, à tel point qu’en 2007, il est repéré par Etienne Chouard, ​prof de lycée plus connu pour son militantisme que pour sa production intellectuelle, qui lui préfacera son livre consacré à la question, « La dette publique, une affaire rentable », écrit avec un certain Philippe Derudder et publié en 2008.

Dans un habile tango, Chouard va ainsi donner de l’audience à Holbecq qui utilisera en retour l’improbable aura de Chouard pour crédibiliser ses écrits, au point qu’en 2008, on retrouvera régulièrement nos deux compères chez Paul Jorion (que les habitués de ces colonnes connaissent probablement puisque j’avais parlé brièvement de cet économiste improvisé dans un précédent billet) au point que notre retraité s’en réclamera directement dans son dernier blog, PostJorion que seuls les plus solides d’entre vous sur le plan psychologique pourront aller visiter sans subir d’effets adverses.

C’est aussi à cette époque que le Canadien Paul Grignon (par ailleurs auteur de « Mystery Lines Sky », sur l’affrominable complot des chemtrails) produit « L’argent dette », vidéo qui relate par le menu comment les banques commerciales produisent de la dette (ce qui est exact), comment les intérêts détruisent le monde (ce qui est risible) et pourquoi seul l’État devrait produire de la monnaie (ce qui est absurde). Cette vidéo, simpliste, est un succès d’autant plus fort que la culture économique française est particulièrement lacunaire voire carrément fausse ; son succès permet d’asseoir les délires approximatifs de Holbecq et Chouard.

Partant de là, tout va s’enchaîner très vite : les semi-habiles de droite et de gauche (surtout aux extrêmes) trouvent dans la vidéo d’un côté et dans les « explications » de Chouard & Holbecq de l’autre un terrain de jeu génial permettant à la fois de légitimer le retour d’un État fort et l’abandon d’une méchante monnaie (l’euro) qui n’a pas été capable d’apporter le miel et le lait comme il avait été promis jadis.

La suite, on la connaît par nos fines élites politiques qui, découvrant l’intérêt de leurs sympathisants et de leurs militants pour ces thèses alternatives et commodes, s’approprient rapidement les concepts prédigérés et vont les remettre à leur sauce dans l’un ou l’autre de leurs programmes politiques habituels.

Voilà comment un empilement d’analyses approximatives et des éléments finalement complètement bidons se sont retrouvés propulsés sur le devant de la scène et se sont introduits dans les propositions de certains candidats qui, ne comprenant absolument pas les tenants et les aboutissants de cette loi et des principes politiques qui ont présidés à son introduction, s’empressent alors de relayer cette fumisterie pratique pour leurs visées électorales.

Une fois les écrans de fumée écartés, il ne reste qu’une paire de questions pour expliquer l’existence de ces dettes colossales qui s’empilent en France : qui, exactement, choisit ou non de faire de la dette, et qui, exactement, prête les sommes dont l’État a besoin ? Or, la réponse à ces questions permet de pointer du doigt l’éléphant dans le salon puisque sans l’ombre d’un doute, ce n’est pas la capacité de l’État à faire de la dette qui devrait être le sujet, mais plutôt, la propension catastrophique de nos élus à en contracter à tire-larigot.

Eh oui : foin de loi de 1973 Giscard Pompidou Rothschild Illuminati, un budget à l’équilibre (jamais voté depuis 1974) assurerait que la dette s’éteint. Foin de souveraineté et de monnaie imprimée librement, le fait de tenir les dépenses de l’État, le fait de ne dépenser qu’avec parcimonie l’argent pris au contribuable et, jamais ô grand jamais, de créer dette et déficits, tout ceci assure un avenir serein et une monnaie forte. Les exemples abondent de pays qui n’ont pas à subir cette loi et qui s’endettent comme des gorets au point d’être en faillite, de même qu’il existe des États qui se font fort de ne jamais s’endetter et ont, de ce point de vue, une monnaie stable et une économie prospère.

En définitive, l’histoire derrière la montée en sauce de ces explications tordues sur la loi de 1973 en dit beaucoup plus sur l’orientation politique et l’inculture économique assez consternante de ceux qui la développent que sur l’impact réel, au demeurant très modeste, de cette simple procédure de transparence introduite il y a plus de 40 ans.

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Source : http://h16free.com/2017/03/01/57537-la-petite-histoire-derriere-la-fumeuse-loi-de-janvier-1973