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Comment l’optimisation fiscale de Google révèle la moralité douteuse de certains élus

vendredi 25 août 2017 à 09:00

L’implacabilité inhumaine de l’administration fiscale française est, parfois, compensée par l’incroyable complexité de sa législation dans laquelle elle se prend souvent les pieds et, il faut le dire, la dose assez massive d’incompétence crasse d’une classe politique que le monde ne nous envie pas (mais nous copie assez fébrilement, soyons honnête). Et pour le moment, cela profite aux géants du Web, Google en tête.

Si l’on peut supposer qu’il doit bien y avoir quelques furieux grincements de dents à Bercy actuellement, on est en revanche certain de ceux qui accompagnent les pleurs et les petits poings serrés de colère de nos ministres et autres députés devant l’abominable étanchéité fiscale dont font preuve les géants du Web. Il s’avère en effet que Google, notamment, ne paie toujours qu’un tout petit écot au Trésor Public, et ce, malgré les tentatives nombreuses – dont la répétition maladroite confine d’ailleurs à la compulsion pathologique – de lui faire cracher au bassinet.

Je pourrais lister ici quelques unes des tentatives (navrantes d’amateurisme) qui furent faites dans le passé (tenez, le sénateur Marini avait tenté le coup en 2014, par exemple) mais je me contenterai de m’intéresser à la dernière en date, qui avait vu le fisc français réclamer un bon gros milliard d’euros bien dodu au géant de l’indexation histoire de lui calmer ses ardeurs internautiques.

Las.

Entre l’aspect très technique du dossier sur le plan fiscal (Google est déjà imposé en France pour les activités qui s’y déroulent, et en Irlande pour le reste) et l’aspect particulièrement complexe pour nos crânes d’œufs des technologies qui fondent les revenus de Google (l’affichage de pages indexées, ce n’est pas tout à fait comme la vente de shampoings ou l’application de maquillage en doses ultra-libérales), il était couru d’avance que le dossier, bien trop fortement teinté de politique, ne pourrait pas bien se terminer sans l’un ou l’autre vol plané dans les ors républicains.

Ce qui devait arriver arriva donc, avec ce petit côté ironique imbattable qu’on obtient lorsque le dur crépi de la réalité vient frotter avec vitesse sur les fesses flasques des politiciens imbéciles qui tentaient de lui échapper : après plusieurs années de procédures, patatras, la justice, contrainte et forcée, annule le redressement fiscal de Google en France.

Et bien que le rapporteur public du tribunal ait estimé précédemment que la procédure de redressement engagée contre Google n’était pas justifiée, au regard de la manière dont Google mène ses activités en France, l’État (et les ministres derrière) a continué obstinément à faire perdre son temps à la Justice française pour un résultat nul : finalement, le tribunal a estimé que Google France ne pouvait engager juridiquement Google Ireland Limited, le siège fiscal de Google en Europe, car les salariés de Google France ne peuvent procéder eux-mêmes à la mise en ligne des annonces publicitaires commandées par les clients français, toute commande devant en dernier ressort faire l’objet d’une validation de Google Ireland Limited.

Oh. Flûte et zut et crotte et caca boudin, voilà plus d’un milliard d’euros qui ne rentrera pas dans les caisses ! Qu’à cela ne tienne, Gégé Darmanin, le ministre de l’Action et des comptes publics, a annoncé dans la foulée que l’État allait faire appel de cet abominable jugement, scrogneugneu.

En attendant et devant le probable jus de boudin dans lequel se terminera l’appel, du côté du parlement, on s’agite : puisqu’apparemment, Google, ce monstre capitaliste sans bornes et sans surface taxable, a le culot d’échapper à l’impôt parce qu’il respecte la loi en vigueur que c’en est intolérable, modifions la loi à gros coup de replâtrage histoire de le faire tomber, lui aussi, dans l’ornière fiscale française.

Après tout, il n’y a pas de raison : pour l’État français, ses sbires du gouvernement et ses sicaires du parlement, ce qui est à lui est à lui et ce qui est à vous est décidément ouvert à d’âpres négociations. Dès lors, ce que Google gagne, que ce soit en Irlande ou ailleurs, fera l’objet d’une scrutation attentive par Bercy pour venir y croquer un bout, et ce d’autant plus si le gain est joufflu. Et s’il faut torturer la loi pour ça, allons-y.

just think of it as a tax

C’est donc munie de cette logique délicieusement socialiste que Catherine Osson, une députée LREM du Nord, membre active du mammouth mourant encore officiellement intitulé « Parti Socialiste », a décidé de poser une crotte question écrite au gouvernement dont la lecture attentive décèlera une grosse faute d’orthographe et ne pourra qu’éclairer grandement sur la bouillasse qui tient lieu de cerveau aux individus qui échouent dans ces lieux de perdition que sont devenues les Chambres parlementaires françaises. Et les grossièretés ne sont pas de trop lorsqu’on comprend (1) les soubassements véritablement débiles et (2) les motivations réellement hideuses qui sous-tendent la question de l’élue.

En effet, pour elle, s’il est impératif de modifier les principes légaux qui fondent la décision du tribunal administratif, c’est d’abord et avant tout pour corriger l’état lamentable des finances du pays.

Je n’exagère pas et vous avez bien lu : s’il convient de tabasser fiscalement l’un ou l’autre acteur malgré tout dans son droit, c’est pour lui tirer l’argent nécessaire afin de renflouer les caisses mises à mal par une gestion calamiteuse. Pour elle,

Dans une économie qui doit redresser ses comptes publics, (…) il ne peut y avoir de bienveillance pour ceux qui n’acquitteraient pas, à son juste niveau, une contribution au fonctionnement collectif de la société, et donc le paiement de l’impôt à la juste proportion de la richesse produite (…) Voilà pourquoi il est impérieusement nécessaire que les fondements légaux de la décision du tribunal administratif de Paris fassent l’objet d’une très prochaine correction.

Eh ouais : pour Osson, on ne corrige pas parce qu’il y aurait une erreur ou une victime, mais bien parce qu’on doit redresser les comptes publics. Fastoche et détendue de la matraque, n’est-ce pas ?

Oh bien sûr, la député s’empresse dans sa courte question d’insister sur les notions floues d’équité fiscale et de cohésion sociale avec la dextérité subtile qu’emploierait un peintre en bâtiment pour refaire le maquillage d’une mère-maquerelle. Mais cela ne trompe que les petits excités de l’impôt citoyen, festif et vexatoire comme la République en produit de plus en plus à mesure qu’être kapo y est plus rentable que vrai producteur de richesses.

Parce que, pour ceux qui sont restés lucides et comme je le disais plus haut, oui, ce que réclame l’élue socialiste est parfaitement stupide.

Si cette demande était suivie par l’appareil d’Etat, on se retrouverait à remettre à plat tous les accords fiscaux internationaux sur lesquels se fondent les multinationales pour optimiser leur exposition fiscale ; outre que c’est parfaitement débile puisque cela suppose des renégociations internationales alors que la France est dans une situation économique et fiscale désastreuses (et que nous n’avons donc pas de levier pour faire peser nos arguments), c’est aussi extrêmement dangereux parce que cela peut pousser les entreprises à tenir compte rapidement de l’environnement fiscal ultra-défavorable qui sera créé par la suite en France.

Cela se concrétisera au mieux par une non implantation en France – on l’observe déjà, la tendance sera alourdie (bien joué, Mamie Osson !) – au pire par une cessation complète de fourniture des services concernés, et là, je plains le pays qui va se retrouver rapidement en slip sur le plan technologique si ces députés continuent leurs âneries consternantes.

D’autre part, sa petite saillie pathétique est aussi assez phénoménalement hideuse sur le plan moral.

Réclamer une révision de la façon dont les impôts sont perçus avec comme motif essentiel qu’il faut renflouer les caisses du pays, c’est tenter ouvertement de corriger l’incurie des uns avec la bonne gestion des autres. C’est punir l’efficace pour financer l’incompétent.

Pire : il s’agit ici de ce comportement détestable, populiste et paresseux intellectuellement, qui consiste à désigner à la vindicte populaire celui qui s’est enrichi légalement en fournissant un vrai service, de le culpabiliser artificiellement (quitte à modifier la loi pour ce faire), et de lui soutirer son revenu simplement parce qu’il est bien gros, bien juteux, bien dodu, le tout, pour financer un Etat obèse et incapable de remplir ses missions de base et le train de vie scandaleux de ces élus qui pleurnichent sans arrêt la bouche pleine.

Ça, madame Osson, cela porte un nom : c’est de la bonne grosse jalousie, de l’avidité pure et simple, sans la moindre touche de moralité, c’est même pire encore, c’est du socialisme le plus vil.

Et ça, madame, c’est méprisable.

Source : http://h16free.com/2017/08/25/58850-google-et-sa-fiscalite-revelateurs-dune-moralite-meprisable


100 jours pour rien ?

mercredi 23 août 2017 à 09:00

Voilà, c’est fait : cela fait 100 jours qu’Emmanuel Macron, probablement plus surpris qu’on ne le pense par sa propre performance, est parvenu et exerce à la plus haute marche du podium étatique. Si cette période est un peu courte pour tirer un bilan définitif ce son quinquennat (il faudra encore plus de 1700 autres jours pour cela), au moins peut-on déjà dresser quelques constats et analyser la tendance générale.

Et ces constats s’imposent d’autant plus qu’un nombre important de Français a placé dans ce nouveau président beaucoup d’espoirs : espoir d’un renouveau en politique, espoir d’une meilleure gestion des relations internationales, espoir de réformes structurelles essentielles dans le pays, espoir d’une meilleure communication entre l’Etat et le peuple. Quant au reste des Français, ceux qui votèrent pour lui par défaut plus que par envie, et ceux qui ne votèrent pas pour lui voire contre lui, eux aussi sont à l’affût des marques de différences avec les précédents quinquennats.

Il faut dire qu’on revient de loin.

Le quinquennat Chirac fut désastreux d’immobilisme en matière de réformes profondes. La France, sur ce sujet, sera véritablement placée en mode « pause », pendant que sur d’autres thèmes, environnementaux par exemple, la pédale d’accélérateur sera copieusement écrasée. Le principe de précaution, introduit en 2005 dans la Constitution, continue de faire des ravages encore aujourd’hui.

Sarkozy fait un peu la grimaceLe suivant, fébrilement secoué par Sarkozy, fut l’occasion pour le pays de voter pour un président qui entendait faire des réformes au pas de charge et aller chercher la croissance avec les dents, et qui concrétisera cette vibrante volonté électorale par une enfilade de bricolages millimétriques, des moulinets de bras et des mouvements de menton frénétiques, ainsi qu’une avalanche de taxes particulièrement puissante (Rappelons au passage que cette avalanche est toujours choisie plutôt que l’explosion des impôts, car une explosion laisse des victimes qui couinent très fort là où l’avalanche ensevelit tout le monde dans un silence sépulcral).

Le quinquennat suivant aura été savamment abruti à coup de pantoufles chaudes par un Hollande aussi onctueux qu’inutile en terme de réformes. Préférant utiliser son temps présidentiel pour enfiler les déclarations consternantes, ridiculiser le pays à l’international et distribuer l’argent des autres en continuant les pluies de taxes et d’impôts que Sarkozy avait démarrées, le pédalomane blagueur ne trouvera jamais la force d’une quelconque remise à plat des épaisses couches législatives et, par paresse intellectuelle, laissera s’en ajouter de nouvelles.

Trois quinquennats pour rien ; quinze années pendant lesquelles les taxes, les impôts et la dette françaises auront grossi dans des proportions inimaginables. Seules les Trente Glorieuses, en propulsant la France dans l’opulence, lui auront permis d’éviter un effondrement complet à la vénézuélienne. Mais la trajectoire ne fait aucun doute.

Dans ce contexte, l’arrivée aussi inopinée qu’artificiellement médiatique de Macron laissait une lueur d’espoir : tout allait changer, évidemment.

Cent jours plus tard, on peut cependant rester dubitatif.

L’espoir d’un renouveau en politique commence à s’étioler.

En fait de renouveau, on assiste à un simple renouvellement des têtes mais pas vraiment des pratiques. Au sein du nouveau parti, beaucoup d’adhérents et de militants reprochent déjà l’organisation très pyramidale et l’autoritarisme permanent de la structure mise en place pour propulser Macron à la tête de l’Etat et lui fournir une ribambelle de députés tous frais. Ces défauts sont suffisamment présent pour qu’un nombre croissant d’adhérents quittent le parti. Quand aux députés novices, ils ont accumulé les bourdes pendant ces trois mois.

Bref : en terme de renouveau politique, on a essentiellement renouvelé le flacon et changé son étiquette. Son contenu, en revanche, ressemble à s’y méprendre à ce qu’on trouvait dans la mignonnette « Modem », la gourde « Les Républicains » et le cubitainer « Parti Socialiste » à la précédente législature.

L’espoir d’une meilleure gestion des relations internationales est mal engagé.

Si, fort heureusement, notre nouveau président n’a pas enquillé les maladresses et les approximations coûteuses comme jadis Hollande ou Sarkozy, Macron n’en a pas pour autant fait des étincelles mirobolantes. Rappelant un peu l’arrogance crâneuse de Sarkozy lorsqu’il déboulait dans les Sommets européens en prétendant piloter les discussions et diriger l’Union d’une main ferme, Macron a plusieurs fois tenté de faire croire qu’il pourrait imposer son agenda et les préoccupations franco-françaises à l’ordre du jour européen.

Las. La situation économique piteuse de la France ne lui a guère permis de concrétiser quoi que ce soit dans le domaine. Pour le moment, la Chancelière allemande aura poliment mais fermement rappelé le jeune politicien à l’ordre et les institutions européennes auront continué leur petite marche guillerette sans tenir compte le moins du monde des petits caprices du jeune premier.

Bien sûr, cent jours, c’est trop peu pour déceler une tendance en ce domaine mais la stature internationale de Macron, tout en marketing et en communication et très légère en matière de leviers politiques, ressemble beaucoup à celles d’autres leaders attachants de naïveté (Justin Trudeau vient à l’esprit, mais pas seulement). En somme, on retiendra sa poignée de main virile avec Trump, mais pas pourquoi l’un et l’autre se la serraient. Un peu court.

L’espoir d’une meilleure communication entre l’Etat et le peuple s’évanouit petit à petit.

Une nouvelle (bonne) peut en cacher une autre (nettement moins) : en choisissant de trier très sélectivement (comme les déchets) les journalistes qui auraient accès à ses petites aventures, Macron montrait avoir compris que la presse ne serait pas forcément une alliée sur le long terme. C’était plutôt rassurant en ce que cela pouvait annoncer de grandes manœuvres (par exemple : des réformes !) généralement aussi peu populaires qu’elles sont nécessaires et pour lesquelles cette presse se serait empressée de brocarder le président. Du reste, le résultat global est satisfaisant notamment par contraposée avec ses prédécesseurs : Macron semble tenir sa stature. Hélas, la communication qui fut minutieusement choisie n’aura pas empêché que soit écornée son image par ses propres bévues, maladresses et autres boulettes pendant ces cent jours.

On pourra citer rapidement la gestion présidentielle des efforts budgétaires demandés à l’Armée, qui aura sérieusement amoché toute bonne entente qui aurait pu régner entre le président et ses soldats. On pourra rappeler la communication désastreuse (pour ne pas dire foutraque) de la baisse rikiki des APL et le brouhaha incompréhensible qui s’en suivra entre le président, son gouvernement et ses députés avant un rétropédalage pitoyable.

Ce qui se traduit inévitablement par une véritable dégringolade de sa popularité dépassée seulement par Jacques Chirac lors de son deuxième mandat, alors qu’il était déjà passablement émoussé par sept années d’exercice du pouvoir : Macron ne réunit maintenant plus que 36% d’opinions favorables.

Bref : espérons que ces ratés magistraux ne soient dû qu’à un apprentissage encore en cours sans néanmoins oublier qu’en matière de communication, ces 100 jours ont été décisifs pour les trois précédents quinquennats…

Enfin et surtout, l’espoir de réformes structurelles essentielles dans le pays est tout sauf conforté.

On passera rapidement sur les réformes fiscales : rapidement rejetées aux calendes grecques, de vraies et solides baisses d’impôts ne verront jamais le jour. N’en parlons plus.

Oui, certes, youpi, une loi de moralisation de la vie politique est en place. Mais entre ce qu’elle aurait dû être et ce qu’elle est, l’écart est monstrueux. Apparemment, réclamer un casier judiciaire vierge à nos parlementaires comme pour tout le reste de la fonction publique semble chose impossible…

Alors, oui, youpi, des choses semblent enclenchées avec ces ordonnances concernant le Code du Travail, depuis trop longtemps obèse. Mais à l’évident écart entre ce qu’on aurait souhaité (des simplifications massives du Code, par exemple) et ce qu’on obtient (un peu de cosmétique sur les Prudhommes, des modifications finalement timides dans les définitions des contrats de travail, et quelques autres mesures certes pratiques mais finalement assez difficilement qualifiables de fondamentales), on sait déjà qu’un nettoyage vraiment impactant n’est pas à l’ordre du jour.

D’autant qu’il y a loin de la coupe aux lèvres : ces modifications diverses (et notamment le changement, modeste, de rapport de force entre les accords de branches et ceux d’entreprise) seront toutes critiquées et âprement combattues par les syndicats avec, à la clef, d’inévitables sessions de grillades de merguez et barbecues citoyens dans les rues de Paris.

Macron tiendra-t-il bon ou, comme pour les APL, mettra-t-il La République En marche Arrière et dos au mur ?

Cent jours se sont écoulés. Au contraire des précédents quinquennats, reconnaissons que ce ne sont pas trois mois de perdus : des discussions ont eu lieu, de la communication aura été fournie, des projets ont été lancés. Mais l’analyse de ces discussions, de ces communications et de ces projets montre encore une timidité maladive et un manque de courage particulièrement flagrant du Président et de son gouvernement.

Les réformes essentielles (et maintenant vitales) ne pourront se faire sans affronter la frange la plus radicale, immobiliste et passéiste du pays. Beaucoup trop peu d’éléments montrent que nos dirigeants ont pris conscience de cette réalité.

Ce n’est pas rassurant du tout.

optimisme

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Source : http://h16free.com/2017/08/23/58781-100-jours-pour-rien


Charlottesville et l’agonie d’Internet

lundi 21 août 2017 à 09:00

Peut-être l’Histoire retiendra la date du 12 août comme le début d’une nouvelle ère aux Etats-Unis, celle où (moyennant douze barils de lyrisme enduit à gros pinceau) les forces progressistes repoussèrent la Bête Immonde (au ventre toujours fécond, doit-on préciser) et son racisme nauséabond. Peut-être l’Histoire n’en fera rien, le reste de l’actualité noyant les événements de Charlottesville dans son brouhaha habituel, faisant oublier à tous la petite ville du Sud américain. Peut-être, de développements politiques en actions/réactions de plus en plus épidermiques, ce 12 août sera-t-il conservé comme le début d’une nouvelle guerre civile américaine (au moins dans l’œil humide de certains médias qui aimeraient bien que ce fut le cas). Une chose semble cependant probable : l’Histoire oubliera l’avoinée qu’Internet vient de se prendre.

Oh, attention. Je ne dis pas qu’Internet, la technologie qui permet à toutes nos machines de parler entre elles, serait mort à la suite de Charlottesville ; ce serait aussi faux qu’idiot. En revanche, je parle bien de cet Internet qui permet aux humains de dialoguer entre eux : si celui-ci n’est pas encore mort, il a clairement pris une bonne dérouillée depuis Charlottesville.

Ce n’est pas arrivé d’un coup : il a fallu des années, une ou deux décennies, pour en arriver là, mais nous y sommes.

Ainsi, cela fait des décennies que les médias « grand public » ont choisi de distribuer une information dont le biais n’a cessé de grandir au fur et à mesure que les lectorats s’éparpillaient. En soi, les événements de Charlottesville n’ont guère marqué de différence en terme de traitement : il était attendu, de toute façon, qu’un rassemblement visant à protester contre la destruction d’une statue confédérée ne pouvait être dépeint sans tomber dans la caricature ou, a minima, sans consciencieusement oublier des éléments de contexte essentiels.

Par exemple, que le rassemblement avait été planifié depuis des semaines. Qu’il avait reçu l’aval des autorités fédérales. Que les autorités locales avaient mis en place un plan tenant précisément compte des risques de débordements possibles. Que ce plan, qui permettait notamment d’éviter tout affrontement ouvert, n’a pas été respecté par ces mêmes autorités qui improvisèrent au dernier moment, en choisissant les options qui avaient pourtant été rejetées comme les pires lors des réunions préalables.

Mais comme je le disais, tout ceci était attendu. On savait, pour un tel événement qui n’aurait jamais dû déborder des feuilles « Fait Divers » des gazettes locales, que la présentation qui en serait faite ne pourrait pas, quoi qu’il arrive, représenter fidèlement ce contexte, pourtant extrêmement important. Après tout, ceux qui s’opposent à la destruction de la statue ne sont que des extrémistes de droite (nazis, néo ou non, et autres suprémacistes forcément blancs).

Il était tout aussi attendu que des sites web (presse, blogs, j’en passe) tenteraient de rappeler ce contexte commodément oublié. Il était évident que la plupart de ces sites seraient, eux aussi, directement classés dans la même catégorie que les groupes nauséabonds de manifestants précédents et en conséquence, que toute tentative d’amoindrir l’évidente culpabilité des protecteurs de statues coloniales serait proprement passée au bleu, et ce d’autant plus que cet amoindrissement se fait au coût très gênant d’un accroissement de la culpabilité de l’autre groupe de manifestants directement impliqué dans les événements.

Autrement dit : pour la presse, admettre ces éléments de contexte, c’est crédibiliser ces sites, c’est diminuer la responsabilité des groupuscules de droite en augmentant celle des autorités locales et, pire que tout, en augmentant celle, dès lors encore plus évidente, des contre-manifestants de cette gauche onctueuse qui n’a rien à envier à l’extrême-droite d’en face.

Partant, la presse s’est dès lors contentée de la pignouferie habituelle dans laquelle elle baigne avec ce brio qu’on lui connaît bien.

Les choses ont pris une tournure franchement aigre lorsque les échauffourées entre les trois camps (la police, les militants d’extrême-droite et ceux d’extrême-gauche) ont finalement abouti au pire : le militant d’extrême-droite James Alex Fields (le nom n’a pas été changé) fonce au volant de sa voiture dans un groupe de contre-manifestants, faisant un mort et de nombreux blessés.

C’est à ce moment que ce qu’on connaissait d’Internet a finalement basculé : de façon étonnante, jugeant qu’on pouvait tout à fait amalgamer le militant, son acte et tous ceux qui, de près ou de loin, se réclament du même bord, plusieurs sociétés de gestion de l’infrastructure d’Internet ont décidé d’agir.

Très concrètement et par exemple, cela revient pour GoDaddy à dénoncer le contrat qui les lie avec le Daily Stormer (un de ces sites web ouvertement acquis aux causes de l’extrême-droite), pourtant en ligne et en contrat depuis des années : la fourniture de leur nom de domaine s’arrêtant brutalement, le site disparaît de la toile. Ne se laissant pas faire, les propriétaires du site décident de passer sur Google DNS. Google, ne voulant surtout pas rester neutre dans l’histoire, retire rapidement le site de ses serveurs.

La suite est du même acabit : alors que le site tente de passer son nom en « .wang » et donc de bénéficier d’un nom de domaine sous pavillon chinois, la Chine le retire à son tour. Quelques heures plus tard, l’enregistrement du site en .ru suivra le même sort, les Russes refusant aussi.

Le point d’orgue sera atteint lorsque CloudFlare, hébergeant physiquement le site, décidera à son tour de bannir le Daily Stormer, en invoquant essentiellement le fait (difficilement contestable, on en conviendra aisément) que les propriétaires de ce site sont des trous du culs. On appréciera au passage l’explication navrée (et navrante à bien des égards) du patron de Cloudflare lorsqu’il déclare :

My rationale for making this decision was simple: the people behind the Daily Stormer are assholes and I’d had enough.(…) It was a decision I could make because I’m the CEO of a major Internet infrastructure company.(…) Literally, I woke up in a bad mood and decided someone shouldn’t be allowed on the Internet. No one should have that power.
L’idée derrière ma décision était simple : les gens derrière Le Daily Stormer sont des trous du cul et j’en ai eu assez. (…) C’était une décision que je pouvais prendre parce que je suis le PDG d’une société majeure d’infrastructure sur Internet. (…) Littéralement, je me suis levé de mauvaise humeur et j’ai décidé que quelqu’un ne devait pas être autorisé sur Internet. Personne ne devrait avoir un tel pouvoir.

Bref : pour une raison encore difficile à comprendre, il semble que la clause, pourtant simple à comprendre, qui voulait que l’infrastructure même d’Internet fut aussi neutre que possible, ait été définitivement jetée aux oubliettes.

Et si je dis « difficile à comprendre », c’est parce que ces décisions en cascade posent plusieurs problèmes.

Il est bien évidemment parfaitement clair qu’Internet, en tant que collection de moyens privés mis à la disposition d’entités privées et publiques, n’a pas d’états d’âme ou de conscience. Les entreprises qui fournissent des services sont très majoritairement (pour ne pas dire toutes et autant que je sache), capitalistes et essentiellement motivées par le gain et, par voie de conséquence, la satisfaction de leurs clients.

censorship : the worst part of it is (censored)En outre, si leurs conditions d’utilisations le leur permettent, comme c’est apparemment le cas tant avec GoDaddy qu’avec Google ou CloudFlare, rien n’interdit d’imaginer certaines clauses (notamment politiques) qui aboutirait au refus de service.

Malheureusement, ce genre de raisonnement, parfaitement compatible avec le principe de propriété et le libéralisme en général, entraîne de facto un problème légal : dès lors que les opérateurs d’infrastructure choisissent ouvertement de bannir l’un ou l’autre site et donc, d’exercer une forme de censure, cela entraîne leur responsabilité pénale soit pour avoir pratiqué cette censure ou, inversement, pour ne pas l’avoir appliquée (selon le cas).

Plus clairement, s’ils choisissent de bannir A pour une opinion politique contraire à la leur, il leur sera reproché d’avoir oublié de bannir B le cas échéant, ceci pouvant se traduire par des peines potentiellement très lourdes, en fonction des juridictions concernées. Je ne suis pas sûr que toutes ces sociétés veuillent effectivement aller sur ce terrain – et ce d’autant plus si les responsables de ces sociétés se sont publiquement engagés à ne pas faire ça.

En outre, on ne pourra que s’étonner de la rapidité de réaction contre un site pourtant présent depuis des années, et l’absence de toute réaction pour nombre de sites aussi extrêmes mais simplement teintés d’une autre idéologie (typiquement, certains sites salafistes, néo-communistes et clairement violents ou appelants à la violence, diffusant Despacito ou que sais-je encore).

De plus, une telle démarche est le premier pas sur une pente extrêmement raide et particulièrement glissante, celle qui oublie que la liberté d’expression n’a pas été introduite pour parler de la pluie et du beau temps, mais justement des sujets qui fâchent : en grignotant ainsi cette liberté d’expression au motif qu’après tout, ce sont des nazis, on prend le risque évident de la voir rapidement grignotée pour des motifs de moins en moins évidents. Au début, ce sont les nazis qu’on empêche de parler, ensuite, ce sont ceux qui osent prôner un certain conservatisme, puis, pourquoi pas, ceux qui n’ont pas la bonne religion (le choix étant laissé, je le rappelle, aux bons soins du fournisseur d’infrastructure) ou la bonne orientation politique.

Ainsi, c’est cette neutralité qui permet à Julian Assange de se faire entendre. C’est aussi cette neutralité qui permet à l’opposition vénézuélienne d’émettre sur Internet ses opinions sur la façon dont Maduro dirige le pays à la catastrophe. On ne peut bien évidemment pas empêcher un Mélenchon ou un Filoche de se lancer dans la fourniture de services Internet et de filtrer ensuite méthodiquement ceux qui utiliseraient leurs services, mais si le cas se présentait, il serait logique de trouver ce traitement anormal et dangereux, et de le dénoncer comme tel aussi bruyamment que possible.

Car à l’heure actuelle, les groupes les plus vocaux, ceux qui réclament le plus bruyamment que soient ainsi listés, pourchassés et bannis ceux qui ne répondent pas à des critères de plus en plus extensifs ne sont pas des groupes réputés ni pour leur représentativité au sein des populations, ni pour leur capacité à produire de la paix sociale.

Autrement dit, il y a un vrai problème de modération, voire de passivité de tous ceux qui sont attachés à la liberté d’expression, devant la mise en place de censures de plus en plus ouvertes de la part de sociétés qui ont choisi de faire passer les intérêts de leurs connivences étatiques et leurs propres agendas politiques avant les intérêts de leurs clients.

Facebook, Twitter, Google et quelques autres ont clairement choisi de filtrer, orienter et teinter les informations qu’ils fournissent. Ce qu’a fait Cloudflare (et même l’équipe de développement de Tor, dans une certaine mesure) marque une nouvelle étape dans le filtrage actif d’Internet.

Si ces sociétés commerciales ont parfaitement ce droit, il reste d’une importance vitale de prendre conscience de ces agissements. Il appartient à tous de bien comprendre les enjeux de ces comportements, de la société qu’ils engendrent et des dérives évidentes qui les accompagneront.

Et il est dès lors encore plus important de se préparer et de mettre en place, dès à présent, les alternatives qui pourront garantir cette liberté d’expression. Malheureusement, la direction a été choisie, la route est prise, et on sait déjà où elle mène.

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Source : http://h16free.com/2017/08/21/58786-charlottesville-et-la-mort-dinternet


[Redite] Liberté d’expression : la contre-attaque des Bisounours

dimanche 20 août 2017 à 11:00

Billet initialement paru le 21.01.2015

Les récents événements de l’actualité (que ce soit CharlottesVille, les réactions de Trump ou l’attentat de Barcelone) ont amplement démontré que la liberté d’expression, c’est très joli et très mignon, mais seulement tant qu’on exprime une opinion conforme à la doxa ambiante ou qu’on parle du temps qu’il fait (et encore, avec les climato-hystériques, la météo devient un sujet miné). En Janvier 2015, la France, traumatisée par l’assassinat d’une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, clamait urbi & orbi le caractère intouchable de cette liberté d’expression. Il n’aura fallu que quelques jours pour que ces paroles engagées soient oubliées.

Ce petit retour deux ans en arrière montre à quel point les choses ont évolué, et pas en mieux et le billet de demain ajoutera une pierre à l’édifice.

Le 11 janvier dernier, le monde entier, France en tête, communiait dans le recueillement et une ferveur inouïe jusqu’alors pour la liberté d’expression, la liberté de la presse et parce qu’en se rassemblant tous, pacifiquement, pouf, le terrorisme disparaîtra. Dès lors, plus rien ne serait comme avant.

Avant, on tergiversait au sujet des unes de Charlie Hebdo, comme le firent beaucoup trop d’individus tièdes qui s’empressaient de les dénoncer sans comprendre l’importance d’une liberté d’expression pleine et entière. Avant, on découpait cette liberté en petits morceaux faciles à appréhender, faciles à avaler, à mâchouiller et à recracher dans différents contextes. Mais ça, c’était avant.

Après les attentats, les cartes devaient être rebattues, les différences et les clivages oubliés, l’unité devait prendre le pas. Quant à la liberté de la presse et celle, concomitante, d’expression, elle devait être à nouveau indiscutable. Le monde entier, à nouveau éclairé par le phare bien français de la Liberté, allait voir ce qu’il allait voir, scrogneugneu.

Et en quelques jours, il a vu. Après un véritable feu d’artifice communicationnel axé sur un renouveau de la politique antiterroriste à pas cadencé, quelques mises au point furent rapidement faites, sur le mode « La liberté de la presse ne se négocie pas », suivi d’un « mais » bien gras et appuyé, parce qu’il ne faut pas oublier qu’on est en France, hein, tout de même.

Il faut dire que, l’espace d’une semaine, l’unanimité fut totale. Pendant sept jours, les censeurs ne pouvaient plus rien dire. Pendant cette semaine tragique et exceptionnelle, la liberté de la presse fut rappelée, louangée, défendue corps et âme puis érigée en rempart infranchissable dressé par la démocratie, la République et la civilisation, contre la barbarie, l’obscurantisme et aussi les méchantes idées qui piquent, parce qu’il ne faut pas oublier qu’on est en France, hein, tout de même.

Seulement, une semaine, c’est long quand on est un compulsif du petit cri strident à chaque bobo imprévu. C’est tellement long qu’une fois ce laps de temps écoulé, les bonnes habitudes sont revenues aussi sec, notamment celles qui consistent à bien mesurer les expressions, les opinions et les avis à l’aune du politiquement correct et des lois qu’on aura préalablement fait voter dans un temps où l’outrance était plus simple, parce qu’il ne faut pas oublier qu’on est en France, hein, tout de même.

marisol touraineBilan des courses : si Charlie Hebdo a bien le droit de montrer un prophète tout nu avec une étoile coincée dans l’anus, le tout, tiré à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, et disponible sur la place publique, il en va tout autrement avec les fresques murales d’une salle de garde, lieu à la fois privé et notoirement connu pour, justement, abriter des grivoiseries au son de chansons paillardes. Dans le cas d’espèce, c’est la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand qui a déclenché une vague de protestations : selon le collectif « Osons le féminisme » dont l’objectivité, le calme et la pondération ne sont plus à démontrer, la fresque qu’on y trouve représente Marisol Touraine subissant un viol en groupe. C’est abominable, il faut absolument la faire effacer !

En pratique, la scène salace, peinte là il y a plus d’une dizaine d’années, représente un quintuplet de super-héros (trois hommes et deux femmes) en pleine orgie. Sur celle-ci ont été apposées il y a quelques jours trois bulles dans le style d’une bande-dessinée faisant directement référence à la loi Santé de Marisol Touraine. La ministre n’est pas citée, son nom n’apparaît pas et tout porte à croire que c’est plutôt les internes auxquels la fresque fait référence plutôt qu’à la ministre. L’horreur étant totale et le collectif « Osons Le Féminisme » particulièrement bien introduit auprès des médias, la presse s’est emparée de l’affaire pour la faire mousser. Libération, oubliant un de leurs précédents articles sur les salles de garde documentant clairement la paillardise des lieux, reporte l’affreuse affaire sans distance ni analyse. C’est sûr, c’est un viol collectif (obligé !) …

tweet rossignol salle de garde

Vite, il faut censurer et châtier les auteurs, parce qu’en France, on a le droit d’insulter publiquement la foi de millions de personnes et ce, de façon aussi graveleuse que possible, mais il est tout de suite plus délicat d’exprimer son mépris pour une loi depuis un lieu privé.

fluide glacial le péril jauneDans le même temps et avec une synchronicité qui montre une délectation assez géniale pour la polémique facile, c’est la Une de Fluide Glacial qui occupe à son tour les petits censeurs à la gueule de bois d’une semaine passée sans pouvoir l’ouvrir. Et cette fois-ci, les irritations bruyantes et médiatisée proviennent de Chine, où l’on goûte peu que ce mensuel sur la bande-dessinée se laisse aller à des titrailles racoleuse sur « le Péril Jaune ». Au passage, on pouffera en constatant le rapprochement du comportement en République française de celui en Démocratie populaire chinoise (ami lecteur, tente de repérer la dictature). On attend avec impatience les déclarations gênées de nos diplomates qui devront faire comprendre que si l’on peut se foutre grassement de la bobine d’un prophète, il va falloir procéder avec plus de tact et de doigté avec nos amis Chinois qui, au passage, ont la bombe atomique et un fichu pouvoir d’achat.

Et pour parfaire une situation devenue bien glauque en la poussant carrément dans l’ornière du grotesque le plus abouti, on apprend, même plus consterné tant tout ceci semble maintenant aussi normal qu’un Président, qu’un juge d’instruction a décidé de poursuivre Arno Klarsfeld pour avoir osé affirmer qu’avec l’extrême-droite, une partie de l’ultra-gauche mais surtout une partie des jeunes de banlieues pourraient être carrément antisémites, ce qui porterait un grave préjudice à ces derniers (aux jeunes de banlieue, hein, pas aux antisémites, ni, bien sûr, à l’extrême-droite ou à l’extrême-gauche – suivez, quoi).

cerfabobo.jpgDécidément, la France « après Charlie » est particulièrement cocasse. Magma gluant d’émotions à fleur de peau, elle prétend n’avoir pas du tout eu peur des méchants terroristes mais regroupe ses membres transis d’effroi dans de grandes processions collectives médiatisées. Elle ne cédera rien à la liberté d’expression mais, une fois la stupeur retombée, laisse s’exprimer tous les groupuscules en mal d’exposition médiatique qui demanderont que cette liberté soit sérieusement encadrée, avec barreaux, pain sec et eau croupie. Cette France de l’après-Charlie se découvre remplie de petits êtres faibles et chétifs, choqués à la moindre atteinte au politiquement correct, à leur définition du bon goût, du bon humour ou de la bonne opinion. Le 11 janvier, tout le monde était transi d’amour pour cette liberté de pensée et d’expression. Et alors que tout les censeurs auraient dû disparaître, le 12 a accouché, discrètement, de la plus puissante armée de Bisounours choqués qu’aucun Cerfa ne pourra jamais consoler.

À défaut d’avoir été tirée, la chasse est donc ouverte : le Bisounours Censeur s’en donne maintenant à cœur joie. C’est, bien évidemment, parfaitement contradictoire avec la liberté d’expression, mais à présent, tout le monde s’en fiche. C’est, aussi évidemment, parfaitement contre-productif : par Effet Streisand, cela amplifie l’audience et la visibilité de ce qui peut choquer nos moelleux dictateurs. C’est enfin parfaitement con et d’autant plus contre-productif que ça clive les gens entre ceux qui aiment la provocation, ceux qui aiment la liberté d’expression, et les quelques uns qui sont directement choqués. Pire, cela renforce par opposition frontale et grossière les convictions des uns à provoquer, des autres à défendre la liberté d’expression tant elle est attaquée, et excite les derniers à vouloir fermer le caquet de tous les déviants, par la force s’il le faut (et bien sûr, il le faut !). Le problème, c’est qu’être choqué est facile. Il suffit de vivre. Il y aura donc toujours plus de raisons de museler celui qui choque que de raison de le laisser parler.

En tout cas, l’attaque de Charlie aura été un magnifique révélateur d’imbéciles.

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Source : http://h16free.com/2017/08/20/58804-redite-liberte-dexpression-la-contre-attaque-des-bisounours


Taxes par-ci, taxes par-là, échec partout.

vendredi 18 août 2017 à 09:00

En Socialie, il n’est pas un problème qu’une bonne non-solution ne saurait résoudre. En Macronie, c’est globalement la même chose, le panache communicationnel en plus : devant un problème donné, on continuera à employer les mêmes procédés foireux avec une obstination qui confine à la psychiatrie lourde mais au moins le fera-t-on avec la fougue et l’entrain que la jeunesse permet. Et en Macronie en particulier comme en Socialie en général, une vraie bonne non-solution à tous les problèmes, c’est une bonne taxe, pardi !

Le cas du paquet neutre est tout à fait symptomatique. Mesure constructiviste typique basée sur la remise en question d’un comportement réprouvé (fumer des cigarettes) non par la morale mais bien pour des raisons de coûts dans la santé collectivisée, l’idée consiste à faire croire qu’en enlevant sur les paquets de cigarette la spécificité des logos et autres emballages colorés, on parviendrait à réduire la vente des tiges à cancer.

Bien évidemment, plutôt que faire des paquets réellement neutres (i.e. blancs), il a rapidement été question d’introduire des images dépeignant les désagréments encourus suite à l’abus de cigarette, espérant ainsi dégoûter le consommateur devant les photos plus ou moins abominables de tumeurs et autres joyeusetés que l’addiction au tabac entraînerait. Malheureusement et comme prévu, six mois après l’introduction de ces paquets pas neutres du tout, le constat est particulièrement peu encourageant puisque les ventes ne se sont pas effondrées.

Elles n’ont même pas réellement diminué. Du reste, notons la polémique typiquement aoûtienne qui entoure les chiffres puisque si RTL affirme que depuis le premier janvier dernier, la consommation de cigarettes a augmenté, pour d’autres médias, elle n’a simplement pas bougé.

Une chose est sûre : comme en Australie où la mesure est en place depuis plusieurs années, on constate le même non-événement, à savoir l’absence d’effet sur la consommation. L’argument majeur qui avait donc présidé à la mise en place de ce paquet à photo gore est donc, comme on pouvait s’en douter, complètement bidon. On peine de la même façon à justifier la mesure avec l’autre argument habituellement utilisé (enlever l’envie aux enfants d’acheter leur premier paquet de cigarette) dont la portée n’a toujours pas été vérifiée et qui nécessite, de l’avis de ses promoteurs, une bonne grosse génération de 25 ans pour pouvoir être observé.

Avec cet échec, la diminution de la tabacomanie sera-t-elle remise à plus tard ? En Macronie, que nenni !

Devant le problème « cigarette », il suffit d’une solution simple : une bonne grosse taxe amenant le paquet à 10€.

Tant pis si le problème est surtout lié au coût pour les finances publiques de la santé collectivisée. Tant pis si l’augmentation du prix précipite les consommateurs sur le marché noir et les délinquants sur le sentier cossu de la contrebande. Tant pis si le reste des pays européens permet de s’approvisionner facilement en paquets à prix cassés. Tant pis si cette solution crée de nouveaux problèmes : cela va marcher, parce qu’elle a déjà été utilisée maintes et maintes fois avec succès.

D’ailleurs, puisqu’on parle de taxes, comment ne pas évoquer cette nouvelle taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises que le gouvernement envisage de créer pour résoudre un enquiquinant problème de trésorerie ?

Le problème est d’autant plus enquiquinant qu’il est directement issu d’un récent jugement de la Cour de justice de l’Union européenne. Cette dernière, saisie par l’Association française des entreprises privées et une vingtaine de grands groupes, a en effet jugé que la taxe à 3% sur les dividendes des grandes entreprises, mise en place par la fine équipe du président Hollande, revenait bien à une double imposition des grandes sociétés multinationales et qu’elle contrevenait donc à l’article 4 de la directive européenne sur les sociétés mères et leurs filiales.

Or, cette juteuse (mais illégale) ponction fiscale rapportait 2 milliards d’euros par an. Retoqué, l’Etat français va donc devoir trouver, rapidement, de quoi remplir son budget puisque tout le monde sait qu’il lui est absolument impossible de réduire ses dépenses à hauteur de ses ponctions illégales ; son obésité morbide ne sera pas combattue, pas plus en Macronie qu’en Socialie hollandesque, je vous rassure.

Et qui mieux que ceux qui se faisaient taxer illégalement pour abonder à nouveau au tonneau des Danaïdes ? Puisqu’on ne peut pas vous taxer le fondement par vos dividendes, on va le faire via la contribution sociale de solidarité des sociétés, pardi ! Et tant pis si la légalité de cette magnifique opération de taxe temporaire (forcément temporaire) « Sois Solidaire Et Tais Toi » ressemble à s’y méprendre à la légalité de la précédente opération « Par Ici La Bonne Taxe Sur Les Dividendes » : on a gagné trois ou quatre nouvelles années.

Ce petit tour de passe-passe, parfaitement inique et qui évite, encore une fois, toute remise en question au niveau de l’Etat et de ses sicaires fiscaux, permettra évidemment de résoudre le problème budgétaire en tabassant derechef ceux qui se faisaient tabasser : histoire de varier, le fisc frappera sur la joue droite après la joue gauche. Subtil.

Bien évidemment, la réussite flamboyante d’une telle mesure (en terme d’emplois, en terme d’incitation entrepreneuriale, et même en terme de rentrées fiscales – un comble) est à prévoir.

Enfin, il serait dommage de clore le sujet des taxes rigolotes et si singulièrement efficaces sans évoquer un nouveau cas particulier de taxe individuelle tout à fait pertinente et judicieuse.

L’histoire a été éventée par l’Est Républicain qui relate dans une récente édition la délicieuse aventure taxatoire vécue par Francisco Castano. Ce dernier, qui avait installé une petite serre artisanale de 6 m² (quelques planches et quelques pièces de film plastique) au dessus des dix pieds de tomates plantés dans son jardin, a eu l’idée réellement lumineuse (et, reconnaissons-le, remarquablement honnête et citoyenne) de déclarer cette serre à sa municipalité. Municipalité qui s’est empressée de taxer l’impétrant : 168 euros seront à payer, dont 126 pour la part communale et 42 pour la part départementale, soit 28 euros du mètre carré de serre artisanale, ou presque 17 euros par plant de tomates.

Même en admettant une vigoureuse production de plusieurs kilos de tomates, notre contribuable aura bien du mal à rentabiliser ses salades estivales, bios ou non.

Cette mésaventure, qui a pas mal tourné sur les réseaux sociaux, illustre à merveille toute la logique étatique et l’aptitude de l’administration de ne surtout pas s’adapter aux cas concrets qui lui sont fournis, écrasant ainsi les citoyens et les entreprises, petites ou grandes, dans le même égalitarisme fiscal aux résultats collatéraux toujours plus amusants.

Ainsi, il est peu probable que cet épisode favorise l’honnêteté future des citoyens. Ceux qui auraient eu des velléités de déclarations savent à présent qu’ils seront, eux aussi, sauvagement taxés, sans la moindre marge de manœuvre. Les rentrées fiscales correspondantes disparaîtront donc petit à petit.

Ainsi, il est peu probable même que ces citoyens se tracassent à construire quoi que ce soit de visible qui pourrait attirer l’oeil des voisins (la dénonciation fiscale étant un sport national couru) ou du fisc. Les achats et investissements correspondants disparaîtront donc petit à petit.

Ainsi, il est même possible que ceux qui voulaient se lancer dans le potager y réfléchiront à deux fois, notamment si l’on doit rajouter les taxes et contrôles sur la récupération de l’eau de pluie et autres misères potentielles que l’administration fiscale ne manquera pas de trouver. Potager qui pouvait entraîner commerce et socialisation avec les voisins, voire déclencher des vocations ou des économies sur le budget familial. Tout ceci disparaîtra là encore petit à petit.

En somme, les gens honnêtes sont invités à ne plus rien faire, ou à verser dans l’illégal ou cette zone grise loin des doigts prédateurs de Bercy.

Pas de doute, ces taxes, comme solution à tous les problèmes, c’est une excellente idée, un magnifique projet de société, et un avenir évidemment florissant qui se profile à l’horizon !

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Source : http://h16free.com/2017/08/18/58770-taxes-par-ci-taxes-par-la-echec-partout