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[Redite] Le quinoa de Mélenchon ou la revanche du marché sur les collectivistes

dimanche 3 septembre 2017 à 11:00

Billet initialement paru le 09.09.2016

Voilà un an, Jean-Luc se lançait dans une présidentielle qui ne ressemblera à aucune autre. Sentant qu’il aurait besoin de toutes ses ressources pour louper la marche présidentielle avec suffisamment de brio, le Lider Marxisto s’était à l’époque lancé dans un nouveau régime-minceur à base de quinoa, sans se rendre compte que, ce faisant, il favorisait l’émergence d’un marché capitaliste en diable qui tire de la pauvreté un nombre croissant de paysans boliviens.

Depuis, cependant, on a eu la confirmation que son régime alimentaire est une démarche de stricte hygiène personnelle, le sort des peuples d’Amérique du Sud lui passant très loin au-dessus de la tête comme en témoigne son déni des exactions scandaleuses auxquelles se livre la dangereuse phalange collectiviste au pouvoir au Venezuela.

Le vendredi, c’est poisson – enfin, pour beaucoup. Pour d’autres, c’est l’occasion de tenter un repas à base de petites plantes vertes, de nouveauté en sachets d’importation bio et de graines à la mode. Ce sera donc sans surprise qu’on découvre que Jean-Luc Mélenchon, frétillant candidat à la présidentielle pour les huit prochains mois, s’est récemment mis à en manger avec délectation.

Au point, d’ailleurs, de susciter la curiosité de quelques journalistes en mal d’article pour leur canard, comme Gala, qui s’empressent donc de le rencontrer chez lui, dans son milieu naturel et cossu, afin d’en apprendre plus. Pensez donc ! La course à la présidentielle nécessite une forme de marathonien et commande l’abandon du bedon électif qui apparaît souvent après l’obtention d’un mandat, pour Jean-Luc comme pour d’autres. Le régime minceur s’impose, et si ce régime peut aussi faire passer un message politique, pourquoi s’en priver ? Il sera bien temps de retrouver l’appétit une fois retourné sous les ors de la République…

mélenchon swag meluche plus

En attendant, le candidat Mélenchon explique très simplement comment il procède et dévoile son secret minceur : avec quelques dés de concombre, de tomate, de verdure diverse et d’avocat, il ajoute une céréale miracle, le quinoa. Oh, il admet sans mal être en retard sur la mode apparue il y a déjà plusieurs années qui incite le rurbain conscientisé et le citadin en syntonisation parfaite avec Gaïa à brouter joyeusement la pseudo-céréale venue des hauts plateaux d’Amérique du Sud, mais après tout, s’il aime ça et qu’en plus, cela lui permet de faire passer quelques messages subconscients en terme d’écologie, de nourriture bio, de respect des petits animaux et de l’agriculture équitable, après tout, pourquoi pas ?

Sur le plan politique, ce petit bout de stratégie alimentaire peut s’avérer payant : le candidat Mélenchon montre ainsi se soucier d’une poignée de ces thèmes chers à une certaine gauche, celle qui pourrait bien quitter les rangs déjà clairsemés du PS traditionnel, voire des Verts en déroute, pour venir grossir ses suffrages. Et gêner le candidat issu de la primaire socialiste, c’est tout ce que demande Jean-Luc pour s’assurer d’un avenir politique plus dodu que son actuelle gamelle.

Cependant, sur d’autres plans que politique, Jean-Luc fait ici une démonstration plutôt ambigüe.

MélenchonDéjà, sur le simple plan nutritionnel, on est dans l’embarras. Le quinoa contient naturellement de fortes doses de saponine qui imposent de le laver très méticuleusement. On peut bien sûr sans mal admettre que ce qu’on trouve dans le commerce a déjà été correctement nettoyé, mais on s’étonnera de constater le détachement qui entoure ces saponines du quinoa d’un côté et de l’autre, l’hystérie qui entoure certaines plantes (OGM, traitées avant ou après la récolte, …) et certains composants (parabènes, typiquement) aux concentrations beaucoup, beaucoup plus faibles, et au suivi industriel autrement plus tatillon : les réactions allergiques aux saponines (et l’inflammation intestinale qui résulte de leur présence dans le bol alimentaire) ne semblent pas inquiéter ceux qui grignotent cette graine. Le principe de précaution, indépassable pour des OGM pourtant inoffensifs depuis des décennies, s’arrête dans l’assiette dès que la plante est estampillée « gentille » par les bonnes associations, je présume.

Au-delà de ces considérations bêtement chimiques, on s’amusera de l’étonnante leçon que le marché administre à Jean-Luc, pourtant peu susceptible de le vouer à autre chose qu’aux gémonies. Le quinoa est en effet une plante dont la consommation mondiale n’a cessé d’augmenter, à mesure qu’ont grandi sa notoriété et son succès notamment auprès des occidentaux financièrement à l’aise. Jean-Luc rentre ici tout à fait dans le cadre du sexagénaire à la fois soucieux de sa ligne et de l’image qu’il renvoie auprès de son entourage, et qui dispose tout de même de solides moyens pour une alimentation millimétrée.

Et ce faisant, il favorise directement l’émergence d’un marché mondial du Quinoa… Qui voit la Bolivie exporter plus de la moitié de sa production, ce qui se traduit directement par une hausse des prix du produit, y compris sur le marché national qui devient progressivement inaccessible pour les populations les plus pauvres auxquelles le quinoa s’adressait pourtant.

Pour un chantre des petites gens et de la classe ouvrière laborieuse qui a du mal à joindre les deux bouts, voilà qui est ballot. D’un autre côté, difficile de ne pas voir que cette augmentation du prix du quinoa provoquée par ceux qui en ingurgitent goulûment bénéficie directement à ceux qui, à l’autre bout de la chaîne, en produisent : on peut même s’autoriser à penser que ces producteurs, en Bolivie ou au Pérou, sont en train de sortir de la misère précisément parce que des millions de Jean-Luc conscientisés se sont mis à en acheter.

melenchon corporatisme crony capitalismOn se devra donc de noter ironiquement que dans l’histoire, Jean-Luc, probablement sans le savoir, aura démontré par l’exemple pourquoi la mondialisation permet effectivement l’enrichissement des peuples et pourquoi le capitalisme, en permettant l’émergence de ces comportements, est un véritable bienfait pour l’Humanité, en parfaite contradiction des thèses qu’il soutient avec véhémence à qui veut l’entendre. Mieux : Jean-Luc permet ainsi à ces pays d’Amérique du Sud de s’extirper doucement de ces fièvres collectivistes qui les mettent systématiquement à genoux : sans s’en rendre compte, chaque bouchée de quinoa d’un Jean-Luc pourtant remonté comme un coucou contre le méchant marché, c’est un clou de plus dans le cercueil marxiste que ces pays se construisent régulièrement, à l’instar de la Bolivie de Morales (qui se fait dézinguer un ministre un peu trop interventionniste par la cheville ouvrière minière mécontente qu’on vienne empêcher son taf) ou du Venezuela de Maduro (chez qui le papier hygiénique compte plus que les billets de sa banque centrale).

Au passage, on ne s’étonnera même pas de cette incohérence qui vient simplement s’ajouter à celle, encore plus flagrante, qui veut qu’on doive consommer localement, tant pour contrer la méchante mondialisation (ultra-turbo-capitatruc) que pour favoriser nos petits artisans, nos petites entreprises et nos petits paysans locaux. Le candidat Mélenchon a très légitimement choisi de brouter du quinoa plutôt que de s’enfiler de la Charolaise, ce qui aurait pourtant contribué à soutenir une filière de viande française en difficulté à cause de la mondialisation / le mauvais soutien de l’État à la filière / les méchants groupe agro-industriels sans foi ni loi / le capitalisme apatride / le cheval roumain / biffez les mentions inutiles, panachage possible.

C’est un peu le souci avec ces idéologies mal boutiquées : qu’on choisisse local ou non, qu’on consomme quinoa ou pas, quoi qu’on fasse, on finit toujours par être incohérent, et, mieux encore, on aboutit à favoriser capitalisme et mondialisation qu’on entendait pourtant combattre fermement.

Décidément, le marché est plus fort que Jean-Luc.

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Source : http://h16free.com/2017/09/03/58926-redite-le-quinoa-de-melenchon-ou-la-revanche-du-marche-sur-les-collectivistes


Ordonnances : Macron tiendra-t-il ?

vendredi 1 septembre 2017 à 09:00

Voilà, ça y est, on connaît (enfin) le contenu des ordonnances de la réforme du droit du travail esquissée par Emmanuel Macron pendant sa campagne. Pas de doute : c’est une véritable déferlante de libéralisme qui s’abat sur le pays.

Enfin… C’est un ouragan du point de vue d’une gauche qui frise l’apoplexie : avec la France Insoumise qui parle, en toute modération, d’« agression contre le Code du travail » et d’une généralisation de la précarité, un PCF (oui, ça existe encore !) qui évoque un « grand recul social » et « l’absolutisme libéral » de Macron, et un Parti Socialiste (ou ce qu’il en reste) qui pleurniche sur « un déséquilibre dans la relation entre les employeurs et les salariés » (à l’avantage de l’employeur, bien évidemment), on comprend que ces ordonnances déclenchent déjà de puissants prurits sur la couenne sensible des collectivistes et thuriféraires du tout-à-l’Etat dans lequel barbote le pays depuis plusieurs décennies.

Du reste, les spécimens collectivistes qui siègent à droite ont aussi des réactions épidermiques assez caractéristiques ; notons cependant que là où la gauche n’en peut déjà plus de voir certaines règles assouplies, le Front National semble s’inquiéter du trop grand pouvoir que vont récolter les syndicats avec la primauté des accords d’entreprise sur les accords de branche.

Bref : chacun joue ici une partition qui ne surprendra personne. Et puis bon, c’est la rentrée, après tout ! Que serait-elle si elle n’avait pas en elle, comme à peu près toutes les rentrées précédentes, tous les germes de frétillantes confrontations sociales dont le pays a le secret ?

En réalité, sur le plan pratique, on constate qu’en fait de tempête de néolibéralisme turbo-capitaliste ultra-en faveur des patrons, on trouve surtout quelques ajustements objectivement nécessaires dans une sorte de ménagement chouchèvresque typique de la tendance globale : de petits pas, un peu timorés, dans une direction qu’on sait bonne (le rééquilibrage du Code du travail entre salariés et entrepreneurs) mais avec ce rythme si mesuré qui amène la France à faire ce que tous ses grands partenaires ont fait avant elle… il y a 20 à 40 ans.

On pourra ainsi apprécier à sa juste valeur l’assouplissement de certaines règles concernant la procédure générale de licenciement qui est, en France, l’une des plus complexes du monde occidental et qui donne, tous les jours, son lot de procès aux Prud’hommes et impose à chaque entrepreneur de réfléchir aussi longtemps que possible avant toute nouvelle embauche, qui se traduit souvent pour lui par un mariage forcé dont toute tentative de divorce lui coûtera très cher.

Dans les prochains jours, le monde des jacassants reviendra en détails (et lourdement) sur le plafonnement des indemnités prud’homales : il lui sera facile de s’appesantir sur tous les cas qu’il ne manquera pas de dénicher montrant à quel point ce plafonnement est à la fois inique, outrageusement favorable aux (méchants) patrons et un véritable recul social sans précédent.

Pourtant, si ce dernier enlève une partie de l’insécurité financière que toute nouvelle embauche entraînait jusqu’à présent, ce n’est à mes yeux pas le point le plus important ; en réalité, on devra apprécier à leur juste valeur d’autres articles, ceux qui réintroduisent le principe de bonne foi de l’employeur et lui permettent d’établir un licenciement correctement motivé sans créer un véritable champ de mine juridique pour l’entreprise.

En somme, sans être la révolution qu’on aurait pu attendre et dont le pays a véritablement besoin, on devra se contenter d’un toilettage bienvenu d’une partie du Code du travail, nettoyage qui réintroduit un peu de bon sens dans le contrat de travail. Il était temps.

Cependant, le plus dur n’est pas ce qui vient d’être fait, mais bien ce qui sera mis en place effectivement.

Et là, quelques soucis risquent de se faire jour…

D’une part, il va falloir savoir gérer les syndicats dont une partie s’est montrée ouvertement hostile à ces ordonnances et qui ne se priveront pas de le rappeler bruyamment dans les semaines à venir.

D’autre part, il va aussi falloir calmer le jeu des collectivistes (ceux de gauche avec les Zinsoumis, et ceux de droite avec les Frontistes) qui vont se sentir pousser des ailes en appelant vociférant à la rue ; pour eux, c’est évident, le Grand Souar semble à portée et moyennant quelques merguez-parties, une ou deux manifestations et leurs inévitables échauffourées, tout ceci devrait se terminer, comme souvent dans ce pays, par des chansons et un retrait de tout ce qui les gratouille un peu dans le texte.

Du reste, les plans sont déjà prêts (ils l’étaient bien avant que les textes complets soient connus ce qui donne une idée précise de la bonne foi de certains en la matière).

Mais bon : vu la violence des réactions de l’opposition s’opposant avec force opposition, pour le même prix, le gouvernement aurait pu y aller bien plus franchement et introduire beaucoup plus de souplesses dans ce qui reste, au départ, un contrat définissant une relation commerciale entre individus a priori doués de raison et qui a été, jusqu’à présent, consciencieusement vitrifié par des années de négociations syndicales à sens unique, d’abandons en rase campagne et de perte de repères flagrante.

En pratique, on aura les cris, les grincements de dents, les agressions olfactives de saucisses grillées sur les boulevards parisiens, les échauffourées et les débordements pour un aimable paquet d’ajustements que l’air du temps, une économie en déroute et 20 ans de retard sur l’Allemagne ont rendu indispensables.

Or, maintenant, pour le gouvernement Philippe et pour son patron derrière, il va falloir tenir bon. Comme l’ont amplement prouvé tant de leurs prédécesseurs, passer le texte de loi n’est pas, loin s’en faut, la partie la plus délicate. Le président l’a-t-il compris ? Peut-être si l’on tient compte du récent appel d’offre pour l’achat d’un gros paquet joufflu de grenades par la Gendarmerie et la Police nationales.

Malheureusement, ce n’est pas ce qu’on a observé depuis que le petit gars est arrivé au pouvoir. Ainsi, le retrait totalement piteux du projet de diminution des APL a donné un aperçu pathétique de la détermination et du courage réels que cette fine équipe semble capable de rassembler.

Prenons ce qui vient. Souhaitons le meilleur. Préparons-nous au pire.

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Source : http://h16free.com/2017/09/01/58909-ordonnances-macron-tiendra-t-il


Journalistes politiciens et politiciens chroniqueurs : la porosité néfaste

mercredi 30 août 2017 à 09:00

Ces dernières semaines s’est illustrée une tendance, déjà présente mais qui grossit à vue d’œil : la reconversion feutrée et rapide de certains ténors de la politique dans la chronique journalistique, à tel point que le paysage audiovisuel français commence à ressembler à une maison de retraite pour politiciens.

On se souvient ainsi de Roselyne Bachelot qui, après avoir démontré toute l’ampleur de sa cuistrerie au ministère de la Santé pendant le douloureux quinquennat Sarkozy, s’était retrouvée à en faire la démonstration sur les plateaux de D8, i-Télé, TF1 ou France2. L’expérience, toujours en cours, continue de choquer discrètement une partie des Français dont les troubles de stress post-traumatique apparaîtront probablement dans la prochaine décennie, achevant de mettre le pays à terre.

Dans la même veine, Laurence Parisot nous a fait bénéficier de son robinet à platitudes lorsqu’elle s’est commise comme chroniqueuse sur les plateaux de RTL et d’Europe1.

Mais avec l’arrivée au pouvoir de Macron et de toute sa nouvelle garde de trottineurs, c’est un véritable tsunami de politiciens désœuvrés qui se retrouvent à suivre le même parcours que ces deux exemples précédents.

Et c’est finalement sans grande surprise qu’on apprend qu’Orélifilipeti, l’onomatopée un moment en charge de la Culture, se retrouve à chroniquer sur RTL, bientôt rejointe par Gaspard Panzer Gantzer, le petit futé en charge de l’extraordinaire communication de François Hollande. Henri Guaino, démis de son mandat par « des électeurs à vomir », nous assommera d’un billet quotidien sur Sud Radio. Autre député sorti en juin, l’ex député PS de Seine-et-Marne Rihan Cypel va officier sur Nova. Julien Dray, lui, interviendra sur LCI, probablement pas pour parler de montres ou de cartes de crédits pendant que Raquel Garrido, porte-parlote de la France Mélenchoumise, devient chroniqueuse sur C8, sans oublier Jean-Pierre Raffarin qui sera sur France 2 le dimanche soir pour nous jouer un petit air de flûtiau certainement palpitant.

Quel déferlement ! Encore peut-on s’estimer heureux d’avoir su éviter la présence de la Reine des Neiges, Ségolène Royal, qui se voyait bien devenir chroniqueuse politique mais que les radios ou les télés se sont fort judicieusement empressées de ne pas contacter. Golène et les Glaçons devra se contenter de son job d’ambassadrice. Ouf.

Une telle vague s’explique cependant assez bien : apparemment, retrouver un travail rémunéré après être passé par la vie publique et l’exposition médiatique correspondante, ce n’est pas toujours simple comme en témoignent abondamment les ex-élus dont les sanglots et difficultés s’épandent dans une presse tendrement à l’écoute, comme par exemple pour Emmanuelle Cosse dont la recherche d’emploi va s’en trouver singulièrement boostée grâce aux nombreuses pleines pages que ces médias lui offrent ainsi.

En effet, si, pour les ténors, le carnet d’adresses peut suffire à les recaser, pour beaucoup d’autres politiciens en revanche, les aptitudes démontrées lors de l’exercice de leurs mandats ne suffisent pas à motiver les entreprises à les salarier (et parfois, c’est même plutôt l’inverse, tant les performances et raisonnements de nos élus indiquent assez clairement à quel point ils sont à côté de leurs pompes). Difficile pour certains d’apprendre un métier alors que la politique représente tout (et un peu trop) pour eux…

Conséquemment, cette rentrée de Septembre sera terrible : on va donc avoir droit à un déferlement continu de leurs pensées profondes, à un véritable Niagara ininterrompu de leurs petites phrases, de leurs opinions ou pire de leurs conseils à la télé, à la radio et dans certains journaux trop complaisants… alors que ces gens n’ont jamais été foutus ni de diriger correctement leurs cabinets en particulier, ni la France en général (il suffit pour s’en convaincre de voir l’état dans lequel la France a été rendue après 5 ans de Sarkozy puis 5 ans de Hollande en double-coup dur), et que leurs avis, opinions et conseils ont été largement proférés urbi & orbi.

Et au-delà de cette triste perspective, force est de constater qu’un paquet de ces politiciens, dont on croyait s’être débarrassés à la faveur des dernières élections, va donc continuer de téter aux mamelles bien trop nourricières des contribuables puisqu’on va les retrouver dans des radios ou des télévisions subventionnées voire carrément du service public : France Culture, France Inter, France-2 ou tous ces autres médias qui s’abreuvent aux subventions culturelles vont bel et bien perpétuer, pour ces nouveaux chroniqueurs, le paiement de ces encombrants et coûteux incompétents aux frais du contribuable.

Plus triste, cette vague de politiciens débarquant dans les officines journalistiques montre à quel point est grande la porosité entre le monde médiatique et le monde politique. C’est, véritablement, une belle histoire d’amour qui se joue devant nous entre les journalistes et les politiciens, avec toutes les dérives possibles auxquelles on assiste maintenant depuis plus de 10 ans avec une consternation croissante : « off », potins et confidences (à la Trierweiler, par exemple), rumeurs, « fake news » – avec le quinquennat hollandesque en point d’orgue.

Porosité telle qu’on ne compte plus les journalistes ou chroniqueurs qui sont passés de l’autre côté du miroir (on pourra se rappeler de Mamère, typiquement), et dont le dernier exemple, avec la nomination de Bruno Roger-Petit comme porte-parlote du gouvernement, démontre à quel point est mince la différence entre les clowns qui nous gouvernent n’importe comment et les clowns qui nous abreuvent de propagande débile.

Au passage, avec cette nomination désastreuse qui ajoute un caniche au nouveau labrador présidentiel, Macron – qui prétendait il y a encore trois mois dicter son agenda médiatique – montre à quel point il est victime de son propre hybris et de sa volonté farouche d’être aimé de tous et tout le temps. Ne comprenant pas que diriger, c’est faire des choix et donc discriminer, c’est-à-dire obligatoirement déplaire à une partie des Français, il est condamné à se vautrer dans les mêmes erreurs que ses prédécesseurs.

Sans doute peut-on voir dans cette déferlante de politiciens devenus chroniqueurs la démonstration qu’ils ne peuvent absolument pas se satisfaire d’un retour à l’anonymat, à la vie du commun des mortels. En pratique, ceux qu’on retrouve sur les ondes sont, très concrètement, infoutus de simplement se taire et nous laisser supporter en silence la vague de politiciens suivants. François Hollande y a évidemment renoncé, incapable de rester dans le néant dont il est pourtant issu.

Et compte-tenu de l’écosystème particulièrement méphitique dans lequel ces individus ont évolué avant de nous tympaniser avec leurs opinions néfastes, il n’y a aucune chance qu’un discours nouveau puisse émerger avec eux.

Tout ceci va encore nourrir le pire de l’ochlocratie à laquelle nous sommes maintenant soumis puisqu’on va continuer à abreuver le peuple des discours de ces tribuns médiocres, toujours plus paresseux intellectuellement, qui, au lieu de se contenter d’haranguer les foules avec un mégaphone à la faveur d’une manif, vont utiliser la puissance de la diffusion de leurs âneries dans des millions de foyers plus ou moins captifs.

Dans une espèce d’auto-allumage avec emballement catastrophique, ces nouveaux chroniqueurs, aux idées paresseusement collectivistes et incultes économiquement, vont alimenter les pulsions faciles des foules. À leur tour, ces foules, paresseusement collectivistes et de plus en plus incultes économiquement, nourriront les pensées idiotes des politiciens de demain qui seront aussi paresseusement collectivistes et incultes économiquement que les raisons électorales le leur permettront. Quand, enfin, ces politiciens seront recyclés comme chroniqueurs, la boucle vicieuse sera fermée.

Pas de doute : voilà qui va nous faire un joli zéphyr de changement intellectuel, ça, mon bon monsieur.

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Source : http://h16free.com/2017/08/30/58892-journalistes-politiciens-et-politiciens-chroniqueurs-la-porosite-nefaste


La fine diplomatie européenne du président Macron

lundi 28 août 2017 à 09:00

Aller faire un tour dans le monde aux frais du contribuable est un des privilèges présidentiels. Soyons honnête : ce n’est pas forcément une mauvaise chose puisque cela sert normalement les intérêts de l’État français, et, parfois, celui des Français eux-mêmes lorsqu’il s’agit de défendre leurs valeurs et leur culture. Avec le récent déplacement d’Emmanuel Macron dans les pays de l’Est européen, on est cependant en droit de se poser franchement la question.

En début de semaine dernière, le président français avait une idée très claire lorsqu’il a décidé d’effectuer une tournée de trois jours en Europe de l’Est : pour lui, il s’agissait de convaincre plusieurs pays d’accepter le principe d’une réforme de la directive sur le travail détaché.

Vous connaissez déjà cette directive. C’est la fameuse « directive Bolkestein » qui avait été l’objet de polémiques effervescentes en 2005 alors que faisait rage la campagne du référendum pour le projet de Constitution européenne, et qui ne portait pas sur le droit du travail, mais visait à harmoniser les règles administratives d’accès des travailleurs dans un pays européen, empêchant ainsi la France de construire – comme à son habitude – obstacles administratifs sur obstacles paperassiers à qui voudrait s’implanter sur son sol pour y fournir des services. (Note : le texte original de la directive se trouve ici).

Très concrètement, cette directive permet aux travailleurs français, détachés dans un pays membre de l’Union pendant une période limitée, de bénéficier de tous les acquis et avantages sociaux français. Cela impose évidemment à l’entreprise qui détache de continuer à payer toutes les charges sociales françaises. De façon parfaitement symétrique, cela permet aussi à une société roumaine ou estonienne de détacher un ressortissant en France, où il subira l’abominable condition sociale que son pays réserve à ses citoyens, sans acquis ni avantages sociaux. Autrement dit, l’Estonien détaché en France se retrouvera avec la couverture sociale estonienne.

Bizarrement, les entreprises françaises ne se bousculent guère pour détacher les travailleurs français dans les autres pays. Inversement, les entreprises (de l’Est et du reste de l’Europe, en fait) détachent assez facilement leurs salariés vers la France où ces derniers se retrouvent très compétitifs, à salaire net égal.

Partant de cette constatation, n’importe quel Français un peu doué de raison aura naturellement compris que le matraquage des charges sociales et l’invraisemblable cornucopie de contraintes administratives constituent un obstacle assez colossal au développement de nos entreprises nationales, et une aubaine pour les sociétés étrangères qui bénéficient des standards artificiellement élevés et coûteux que nous nous imposons obstinément. En somme, la France devrait probablement adapter son système social antédiluvien aux nouvelles réalités économiques et sociales.

En revanche, pour les politiciens et les syndicalistes dont les postes dépendent ultimement de la frange de population absolument pas concernée par cette concurrence étrangère, la cause est entendue : c’est le reste du monde qui a tort et qui doit donc s’adapter.

De surcroît, Macron avait clairement annoncé qu’il serait là pour véritablement réformer le pays, pour faire de la politique autrement et pour remettre à plat ce qui devait l’être dans ce pays, à commencer par son système social. Énarque, inspecteur des Finances et parvenu à son poste par d’habiles manœuvres politiques et médiatiques, il était donc évident qu’il n’en ferait à peu près rien, voire tout son contraire : lors de sa tournée, le président français a rappelé que ce vilain dispositif accusé de favoriser le « dumping social » est une « trahison de l’esprit européen dans ses fondamentaux ». Il était donc parfaitement logique qu’il travaille au corps les chefs d’États rencontrés pour leur faire comprendre qu’en réalité, il était dans leur meilleur intérêt de fusiller leurs avantages comparatifs en barbouillant leurs systèmes sociaux des mêmes charges que le nôtre.

Ou, alternativement, que tout le monde rabote à mort cette fichue directive (dans le sens voulu par la France, ça va de soi).

Bizarrement, son discours n’a pas retenu beaucoup l’attention de ceux auxquels il était destiné.

Il faut dire que la diplomatie très alternative avec laquelle notre président à fait valoir ses « arguments » a certainement joué en défaveur de sa position pourtant si génialement intéressante, entre « La Pologne n’est en rien ce qui définit le cap de l’Europe » qui semble oublier que ce pays est membre de plein droit de la même Union que la France, et le « Le peuple polonais mérite mieux que cela » qui fait avec acharnement du trampoline sur la démocratie polonaise qui n’a rien à envier à celle qui, en France, fit voter par le parlement ce que le peuple refusa par référendum.

Inévitablement avec de telles positions si mesurées et si aimables, la réponse ne s’est guère fait attendre. Beata Szydlo, la Première ministre polonaise, a tout d’abord (et charitablement) mis les dérapages diplomatique du brave Manu sur le compte de sa jeunesse :

« Peut-être ses déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d’expérience et de pratique politique, ce que j’observe avec compréhension, mais j’attends qu’il rattrape rapidement ces lacunes et qu’il soit à l’avenir plus réservé. »

Elle a ensuite rappelé quelques évidences qui donnent tout leur sel à la position française  :

« Je conseille à M. le président de s’occuper des affaires de son pays, il réussira alors peut-être à avoir les mêmes résultats économiques et le même niveau de sécurité de ses citoyens que ceux garantis par la Pologne. »

Ah bah oui, c’est vrai, on l’avait un peu oublié mais en effet, compte-tenu de la trajectoire économique française comparée à celle de la Pologne, on est en droit de s’interroger sur la pertinence de l’analyse macronienne du problème : difficile pour le brave Macron de tenter de parler des problèmes des autres quand on arrive les bras chargés de casseroles.

D’autant que, si on en revient à la directive elle-même, de nombreux économistes ne manquent pas de souligner ses avantages non négligeables puisqu’elle permet de doper les profits des grandes surfaces françaises, très implantées en Pologne. Comme je l’ai écrit plus haut, si un effort devait être fait, il serait bel et bien dans l’autre direction, celle qui consiste à aligner progressivement le galimatias pesant de taxes et cotisations sociales françaises délétères sur la moyenne européenne, et non l’inverse.

Enfin, cette position du président français est d’autant plus embarrassante diplomatiquement qu’en parallèle, lui et son gouvernement n’ont pas fait mystère de tous les avantages et autres salamalecs (abrogation de l’extension de la taxe sur les transactions financières, suppression de la tranche de la « taxe sur les salaires » pesant sur les gros salaires du secteur financier, diminution du coût de licenciement d’un trader, …) qu’ils seraient prêts à mettre en place pour accueillir toute la City financière alors que les accords du Brexit se mettent en place.

Pire encore : dans la même veine de manœuvres diplomatiques si spectaculairement stupides, Macron, son gouvernement et tous les hauts responsables français derrière eux semblent ouvertement souhaiter le plus d’effets préjudiciables à la City de Londres, et ce, même si Paris n’en bénéficie pas.

Autrement dit, Macron montre ici toute l’ampleur de son « génie » diplomatique en conspuant presque ouvertement les travailleurs polonais (salauds de pauvres, va !) après avoir outrageusement favorisé l’arrivée de salariés londoniens.

Évidemment, toute cette belle intelligence, toute cette finesse dans les relations internationales, ça ne peut qu’aboutir au meilleur.

Forcément, ça va bien se terminer.

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[Redite] L’Etat croque-mort et sa sordide paperasse

dimanche 27 août 2017 à 11:00

Article initialement paru le 03.08.2012

En 2012, je constatais, amer, que la législation et la paperasserie entourant l’inhumation des défunts étaient particulièrement gratinés. En 5 ans, que de chemin parcouru en terme de simplification administrative ! Plus un papier à remplir, tout est électronique et les horaires des administrations sont maintenant si souples et si bien étudiés qu’un guichet administratif clos n’est plus un vrai obstacle à la vie citoyenne en France !

Et puis je me suis réveillé.

Il y a deux choses certaines, dit-on : les impôts et la mort. Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’au-delà des impôts et par delà la mort, la paperasserie que la bureaucratie étatique impose à tous, morts y compris, est devenue en France une incroyable machine à broyer minutieusement les familles.

On se souvient, il y a quelques années déjà, que les sénateurs avaient décidé que la crémation devait être fermement régulée, parce que, comprenez-vous, si on laisse les familles s’occuper de leurs morts, on aboutira forcément à des gens qui font n’importe quoi avec les cendres (les sniffer, les répandre partout dans leur jardin, les jeter en pleine mer sans autorisation de polluer les poissons et tout ça). Bref : devant l’abominable vide juridique qui laissait ainsi les gens libres de faire ce qu’ils pensaient le mieux pour leurs défunts (quelle horreur !), les sénateurs, n’écoutant que leur courage et leur besoin compulsif de fourrer leurs doigts boudinés dans les affaires des autres, avaient pondu une magnifique loi tatillonne qui avaient rapidement mis de l’ordre dans tout ce bazar libre et auto-organisé.

Crémation : toujours faire appel à un professionnelGrâce à leur rapide intervention, il ne fut bientôt plus possible en France d’organiser ses funérailles et sa crémation comme on l’entendait. Ouf ! Il était temps ! Un peu plus, et des milliers de familles se seraient empressées d’aller répandre les cendres de leurs chers disparus depuis des ponts surplombant des autoroutes, provoquant des accidents graves. Sans même compter les petits comiques qui n’auraient rien trouvé de mieux à faire qu’à distribuer les restes de leurs défunts dans des préparations culinaires amusantes, et autres inventions géniales pour se débarrasser d’encombrants souvenirs avec des méthodes que la loi et la morale réprouvent.

On pourrait croire que les pénibleries bureaucratiques ne concernent que les originaux qui choisissent – bêtement – le mode de la crémation pour des raisons forcément troubles (comme, par exemple, s’éviter des frais de mise en bière, d’enterrement, et de concession) et qu’après tout, puisque ces familles font ce choix pour s’éviter des impôts et des taxes – quels rapiats, quand on y pense – au moins, par contraste, on n’enquiquinerait pas trop les familles qui ont, elles, choisi de procéder de la manière normale (à savoir, du bon enterrement stato-compatible et bien reconnu en République du Bisou Égalitaire).

Le récent témoignage d’une de mes lectrices m’a permis d’ajouter quelques intéressantes informations sur le douloureux chapitre de la Gestion Etatique de la Mort. Force est de constater que ce sujet, très très mal couvert par les médias, pour lequel il n’existe qu’assez peu d’information, a été largement laissé au bon vouloir du législateur qui s’en est donné à cœur joie, probablement parce que n’ayant senti aucun frein de la part des médias. Eh oui : en république laïque, les morts n’intéressent pas, on peut donc leur faire subir tous les derniers outrages légaux, ça ne provoquera aucun tollé d’aucun journaliste pas du tout conscientisé.

Si, on le sait, les ennuis commencent en réalité dès la naissance, pour le cas qui nous occupe, c’est au moment où la personne rend son dernier soupir que le niagara d’emmerdements paperassier débute. Et si jamais le défunt a eu la très mauvaise idée de claboter loin de son lieu normal de résidence, alors là, vous décrochez la timbale.

En effet, dans ce cas, vous avez 48 heures (et pas une de plus) pour rapatrier le corps (d’où qu’il vienne). Sinon, quoi que le défunt ait décidé pour ses funérailles, il sera mis en bière. On imagine que le rapatriement depuis certains pays dans ce genre de délais doit donner un délicieux parfum d’aventure dont la famille doit apprécier toute la valeur à ce moment là.

Mais même sans parler de cas pénibles où le défunt n’est pas dans son pays d’origine, lorsqu’il s’agit simplement d’une mort hors de sa commune, ce délai de 48 heures est rapidement passé. En effet, peu importe son choix, il devra être inhumé dans sa commune d’habitation. Ce qui veut dire qu’il faut donc contacter les pompes funèbres du lieu d’habitation afin de faire rapatrier le corps et obtenir les papiers et autorisations nécessaires, autorisations que l’on obtient auprès de la mairie où la personne est décédée. Ici, on comprend qu’on va devoir faire travailler de concert deux administrations complètement étrangères, puisque de deux communes différentes. Le langage administratif étant ce qu’il est, la famille servira d’interprète entre les deux entités.

Eh oui : c’est bien à la famille de faire les petits papiers nécessaires au rapatriement du défunt ; les pompes funèbres ne s’en occupent pas (elles sont, pour rappel, dans la commune de destination). Évidemment, on s’en doute, ces petits papiers sont à la fois simple et peu nombreux : l’original de l’acte de décès, dont on devra aussi fournir une photocopie, l’autorisation écrite de tous les parents directs du défunt pour le rapatriement, avec la photocopie de leur carte d’identité, bien sûr. Et on y ajoutera la photocopie du livret de famille, parce que oui, on a tous, toujours, sur soi, son livret de famille prêt à servir, avec une ou deux photocopie récente pour la joindre à toutes les demandes judicieuse d’une administration pour laquelle la mort n’est, rappelons-le, qu’une petite étape rapide, et une série de cases à cocher dans une douzaine de cerfa. Pas plus.

distributeur de tickets d'attenteMuni de ces papiers indispensables (sans lesquels il va de soi que les familles détourneraient le cadavre pour le manger en petits morceaux goûtus, marinés dans une sauce maison, ou en barbecue, entre voisins), on peut aller à la mairie y faire les actes de décès pour les registres civils. Si tout se passe bien (mairie ouverte, horaires idoines, personnel compréhensif, démarches simples, papiers tous corrects), la mairie donne l’autorisation pour le transport du corps. On imagine assez bien que dans une petite commune, on doit faire face aux horaires judicieusement ciselés pour éviter toute praticité. Et dans une grande commune, on peut y ajouter l’inévitable distributeur de tickets, la queue interminable et la probabilité non nulle d’arriver devant le guichet pour entendre « Ah désolé revenez plus tard là c’est fermé ». Parce que, rappelez-vous bien que personne ne meurt un samedi soir d’août à 500 km de son lieu d’habitation. Personne. On est en France, merde. Les gens, bien élevés, meurent chez eux le mardi, entre 10h et midi !

Vous ne le savez sans doute pas, mais il y a un acte de décès civil, qui vous sera remis, après quelques péripéties bureaucratiques, par la municipalité où aura eu lieu le décès. Enfin, si elle est ouverte. Et il y a aussi un acte de décès médical, qui vous sera remis, après quelques autres péripéties bureaucratiques sans rapport avec les précédentes, par l’hôpital ou la clinique qui aura constaté le décès. L’original de cet autre acte vous sera indispensable pour que le croque-mort puisse trimbaler le défunt. Et comme personne (ni à la mairie, ni à l’hôpital) ne vous remettra le précieux certificat si vous ne le demandez pas (ce qui suppose de savoir qu’il existe et qu’il vous est indispensable, hein, bien sûr), vous serez bon, à un moment ou un autre, pour trotter dans l’établissement médical pour le réclamer.

Heureusement, là encore, ce sera facile puisque les services administratifs de ces endroits sont ouverts de façon extensive, que leur personnel y sera, comme d’habitude, charmant, compréhensif et prêt à se mettre en quatre pour atténuer la douleur de la perte d’un proche. Mais faut pas pousser. Ce sera le mercredi, entre 14:00 et 15:30, et encore, si Simone n’a pas pris ses congés d’août. Sachons vivremourir. 35h et tout ça. Non mais.

Tout ceci, évidemment, est un parcours possible. On imagine sans mal qu’il peut y avoir quelques embûches supplémentaires qui ajouteront au côté épique. Tout le monde ne meurt pas forcément dans sa commune de résidence ou dans la commune avoisinante. Tout le monde n’a pas forcément une famille nombreuse et débrouillarde, dont chaque membre, fonctionnaire ou assimilé, peut prendre plusieurs jours de congé au débotté. Tout le monde n’a pas forcément des membres de sa famille libres de leurs mouvements, motorisés ou disposant d’un salaire souple et large (ou, à défaut, d’un banquier compréhensif ou d’une assurance en béton armé) permettant d’organiser tous les déplacements.

Pour les naïfs qui s’imagineraient encore que la mort est, finalement, une délivrance, ne rêvez pas : dans la patrie des Droits de l’Homme, les droits sont millimétrés, et lorsqu’on vient de mourir, on n’est plus un Homme et on n’a donc plus que le droit de subir la paperasserie étatique, en long, en large, en travers. On ne fait pas ce qu’on veut avec le corps d’un défunt. Même pas lui rendre hommage sans le cerfa 27B-7 tamponné ici et là.

Funérailles agitées

Et non, vous n’aurez pas le droit de vous faire enterrer là où vous voulez (chez vous par exemple), sauf dans des conditions très particulières, encadrées par une palanquée d’articles législatifs taillés au cordeau pour, en définitive, rigoureusement écarter la plèbe de ce genre de facilités (on pourra se rappeler du cas de Jean Gabin, dont la famille avait du subir un parcours administratif « rigolo » pour que les cendres de l’acteur soient bien répandues en mer selon sa volonté). Quant à la dispersion, justement, elle doit faire l’objet d’une autorisation explicite de la mairie de la commune où la cérémonie aura lieu, sans doute pour éviter le cas où cela se fait de façon amusante, sur des pare-brises de voitures, au milieu d’un match de foot avec l’urne, ou je ne sais quoi d’autre. Il est indispensable, là encore, que l’Etat y mette son nez. Il en va de la vie mort de ses administrés, quoi !

Bref.

Si l’on ajoute les lois sur la crémation à ces parcours administratifs innovants et jouissifs lorsqu’un décès survient, si l’on n’oublie pas que viennent ensuite tous les organismes d’état à commencer par le fisc pour grignoter un peu le corps froid, on comprend que la mort n’est, depuis bien longtemps, plus une affaire intime, la cérémonie n’est plus ce dernier moment privilégié de salutation, d’adieu à un être cher, c’est, avant tout, une simple étape de plus que nous fait subir le plus froid des monstres froids, avec une bonne quantité d’avanies et de vexations pour bien nous faire comprendre qu’il nous possède, de la naissance à la mort, et au-delà.

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Source : http://h16free.com/2017/08/27/58868-redite-letat-croque-mort-et-sa-sordide-paperasse