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Fillon, Macron et l’argent des autres

jeudi 26 janvier 2017 à 09:00

Oh ! Cela faisait vraiment longtemps que nous n’avions pas eu une bonne petite affaire politico-financière sur les bras ! Il est vrai qu’avec la République Exemplaire de Monsieur Hollande, nous avions été épargnés des agissements douteux de la gauche. Malheureusement, la droite n’a pas été sage : on apprend que Penelope Fillon, l’épouse de l’actuel candidat de la droite à la Présidence, aurait été indûment rémunérée. Oh !

Avec Penelope Fillon, l’emploi parlementaire qui l’aurait occupée pendant huit ans sentirait-il la fiction ? Les informations du Canard Enchaîné, qu’on a connu plus vivace à dénoncer des entourloupes, lui permettent d’affirmer que, de 2002 à 2007, l’épouse de François Fillon était embauchée comme assistante parlementaire, rémunérée pour cela, mais qu’on ne l’aurait guère vue dans les couloirs de l’Assemblée. Une dizaine d’années plus tard mais à seulement 90 jours de la présidentielle, voilà donc la question lancée dans l’arène publique.

Bien évidemment, le parquet national financier, toujours au taquet, a bondi sur l’affaire pour que toute la lumière soit faite, et ce dans les quelques heures qui ont suivi la publication de l’information. Au moins, en France, on a une Justice super-efficace.

De son côté, Fillon et son parti se sont lancés dans des explications peu convaincantes à base de boule puante et de misogynie. Parallèlement, plusieurs personnes, de droite et de gauche, se seront relayées pour rappeler que la pratique d’embaucher comme assistant parlementaire le conjoint, le fils ou la fille est une pratique extrêmement courante et très encadrée par la loi.

À ce point courante qu’on se demande un peu pourquoi diable les députés — et de façon plus générale ces hommes politiques qui commentent à présent les écarts de Fillon — n’ont-ils pas déjà mis de l’ordre dans ces habitudes. Plusieurs fois en effet l’idée de limiter les débordements observés dans ce domaine avait abouti à l’une ou l’autre loi de « moralisation » ou de « transparence » de la vie politique, aboutissant ici à limiter les rémunérations, là à bien encadrer le type de prestations couvertes… Mais l’interdiction pure et simple, pas encore…

C’est surprenant, tout de même, cette facilité que peuvent avoir les élus et, plus généralement, les politiciens, à confondre assez vite les dépenses personnelles avec les dépenses de l’État.

D’ailleurs, dans le même temps, on apprend par le truchement commode d’un livre — « Dans l’Enfer de Bercy » — qui paraît tout à propos que le brave petit Emmanuel Macron aurait peut-être bien tapé dans l’enveloppe des frais de bouche du Ministère de l’Économie pour « des repas, pour des réceptions avec ses amis Facebook, pour recevoir des philosophes, des sondeurs, qui n’ont pas directement trait à ses activités à Bercy ». Oh ! Fichtre, diantre et palsembleu, voici qui me laisserait presque pantois, si je ne savais pas déjà que la caste politique a très précisément tendance à ce genre de petits détours en marge si ce n’est de la légalité au moins de la moralité dont se prévalent pourtant tant François qu’Emmanuel.

Au passage, on notera que la couverture de l’affaire Fillon est plusieurs ordres de magnitude de celle déployée pour l’affaire Macron, alors que tous les deux sont candidats, tous les deux semblent plutôt en avance dans les sondages et que tous les deux ont de réelles chances de s’affronter au second tour de l’élection. Difficile aussi de ne pas noter le silence opportun entretenu par la gauche sur ces deux affaires alors que n’ont pas encore fini de retomber la poussière et les gravats de l’explosion de médiocrité que nous a valu leur « primaire » consternante à la participation fluide et fluctuante voire carrément bidon.

Mais soit, oublions bien vite ce premier tour du petit jeu de massacre mou au Parti Socialiste pour revenir sur ces petites entorses de nos politiciens à cette pureté ou cette honnêteté de principe qui semble, pour l’un comme pour l’autre, mise à mal.

Il semble décidément très difficile, en France, de ne pas tomber dans l’une ou l’autre ornière financière. A contrario, de nombreux pays nous montrent, par l’exemple, que l’inverse est possible. La taille des scandales outre-Rhin ou dans les pays scandinaves lorsqu’un dérapage financier est constaté nous rappelle qu’ailleurs, on ne rigole pas des masses avec l’argent du contribuable.

Comment expliquer une telle différence de traitement ? Comment ces pays font-ils pour que leur personnel politique soit, au moins sur le plan financier, beaucoup plus près des sous du contribuables ?

Je n’ai pas de réponse, mais je note en tout cas que la légèreté avec laquelle sont gérés les deniers publics se retrouve quasiment tous les jours dans la presse française. Quand ce n’est pas un rapport accablant (encore un) de la Cour des Comptes pour dénoncer les abominables patouillages de l’État-Actionnaire et les cafouillages coûteux de l’État-Stratège (dont j’ai régulièrement parlé), c’en est un autre pour noter les libertés aussi consternantes que coupables (à 300 millions d’euros) que certains ministres s’octroient pour régler des problèmes budgétaires ; comme par hasard, on retrouve au passage Ségolène Royal, habituée de la haute voltige financière dont la gestion régionale a laissé des traces profondes que les Pictocharentais épongeront comme ils pourront dans les prochaines décennies.

royal : la crisitude

Bref, c’est toujours le même constat : où que l’on regarde, le politicien français distribue assez généreusement l’argent des autres et ne semble pas vouloir rentrer dans le cadre pourtant de plus en plus contraignant de la loi et, plus encore, de la morale. Est-ce vraiment étonnant ? Parce qu’à bien y regarder, on n’arrête pas de commettre deux erreurs, en même temps : d’une part, on étend sans arrêt les prérogatives de l’État, prérogatives qui comprennent notamment celle de ponctionner les Français à tire-larigot. D’autre part, on place à des postes importants des individus qui ont déjà fauté, qui ont déjà prouvé ne pas être parfaitement honnête. Et même lorsqu’ils sont au départ honnête, on sélectionne in fine le politicien à son désir de pouvoir, chose que l’argent représente assez directement.

Autrement dit, notre démocratie semble avoir été construite pour sélectionner les individus qui seront le plus à même de faillir ou de développer une morale aussi souple et adaptable que possible, et cette même démocratie semble augmenter tous les jours le nombre d’opportunités où ces individus pourront justement exercer cette morale à géométrie variable. Lorsqu’on met le chat comme gardien du rôti, on ne peut pas, on ne doit pas s’étonner de retrouver le rôti franchement entamé et le chat, obèse et barbouillé, faisant à côté comme si de rien n’était.

Les mésaventures de Macron, de Fillon et de tant d’autres avant eux ne font qu’illustrer une fois encore le travail herculéen qu’il reste à accomplir pour séparer une fois pour toute les politiciens de l’argent des autres.

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Source : http://h16free.com/2017/01/26/57111-fillon-macron-et-largent-des-autres


Et maintenant, des congés paternités obligatoires

mercredi 25 janvier 2017 à 09:00

La lutte pour l’égalité des femmes et des hommes et contre les stéréotypes se poursuit jusque dans les chiottes oh pardon et c’est donc sans surprise que de nouvelles propositions voient le jour pour couler dans le béton cimenter la société autour de ces valeurs bisoucratiques indispensables à un avenir radieux : l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) s’est donc très logiquement penché sur les congés parentaux et à force de se pencher, a fini par tomber sur une proposition qui va bousculer du poney.

Pour ce magnifique Observatoire à la fois indépendant comme il le clame lui-même et tout à fait subventionné par l’État (ce qui lui assure une liberté de parole totale vis-à-vis de ce dernier, n’en doutons pas), l’égalité entre les femmes et les hommes passe notamment par la réduction de l’écart salarial entre ces derniers.

Bien évidemment, il n’est pas ici question de remettre en cause ce dogme maintenant claironné à longueur d’années par toute la classe jacassante. Peu importe que toutes les études statistiques sérieuses montrent assez clairement que cet écart n’existe pas une fois redressées les variables liées aux parcours professionnels des hommes et des femmes, aux choix des uns et des autres (dans la négociation salariale, dans le type de poste), et une fois pris en compte les interruptions de carrière, les horaires différents et les risques supportés par les deux populations dans leurs métiers.

Eh oui, cet écart salarial est bel et bien un mythe que j’avais précédemment évoqué et qui amènera toujours une question à laquelle tout le monde s’empresse de ne surtout pas répondre : puisqu’il semble de notoriété publique que les femmes touchent systématiquement moins que les hommes à travail égal, pourquoi diable les patrons continuent-ils d’employer des hommes, plus chers ? Les employeurs seraient donc assez malins pour discriminer activement les femmes et les empêcher d’accéder aux postes mieux rémunérés, mais trop sots pour le faire avec les hommes. Sauf à rentrer dans le mécanisme intellectuel douteux du complot mondial, on n’explique guère un tel comportement.

De ce point de vue, l’OFCE a trouvé une solution : l’écart constaté provient en partie de la maternité qui ralentit notoirement le parcours de carrière des femmes (la biologie, cette construction bourgeoise néo-fasciste, refuse toujours d’admettre que les hommes devraient, à leur tour, tomber enceints). Pire, nos sociétés, évidemment patriarcales et évidemment dirigées par des « hommes blancs cis dominateurs », ne font rien qu’à obliger les femmes à prendre ces congés maternités, actuellement de 42 jours calendaires. Or, à côté de ça, les hommes bénéficient d’un congé paternité qui est actuellement limité à 11 jours et qu’ils n’ont pas l’obligation de prendre.

Quand on y réfléchit vraiment très très fort, c’est carrément insupportable ! Cette société, toujours aussi patriarco-centrée et bien trop permissive, a donc décidé de pousser l’injustice sociale à son comble non seulement en donnant un congé à ces larves masculines inutiles, mais en plus, en leur laissant le choix de le prendre ou pas et, dans ce dernier cas (ultime affront !) de parader devant tout le monde pour bien montrer à quel point ils peuvent continuer à travailler, à progresser dans leur carrière et donc dans leur salaire en écrasant sous cape toute la gente féminine qu’ils méprisent de façon presque ostentatoire (et ne discutez pas, on sait que c’est comme ça que ça se passe).

Bref, le petit Français profite assez ignoblement des lois en vigueur pour jeter sa mâlitude aux yeux des femmes, et va jusqu’à ne pas prendre son congé paternité : seuls 70% d’entre eux profitent des 11 jours qui leur sont accordés.

L’OFCE a fait des petits calculs et tout est limpide : si l’on veut que ce paramètre n’influe plus sur le parcours de carrière des femmes, on peut au choix empêcher les femmes de faire des lardons (option A), imposer aux hommes de tomber enceints (option B), interdire le congé maternité complètement (option C) ou rendre le congé paternité obligatoire (option D) à condition bien sûr d’en amener la durée aux 42 jours actuellement en vigueur pour les femmes.

La biologie (chienne réactionnaire imperméable aux idéaux progressistes pourtant louables de nos belles âmes calculatrices) élimine d’emblée de sa main froide l’option B, on l’a vu, mais aussi l’option A (qui aboutirait à une disparition rapide de la race humaine, semble-t-il) et, pour différentes raisons, l’option C dont la mise en pratique provoquerait des effets de bords sociaux indésirables, avec des cris et des grincements de dents. Seule l’option D semble praticable, d’autant que, calculs à l’appui, elle ne coûterait qu’un misérable petit 1,54 milliard d’euros, une misère par les temps qui courent de Quantitative Easing, de taux bas et d’impression d’euros à tire-larigot.

Selon l’OFCE, l’impact d’une bonne grosse obligation des familles serait donc bénéfique : cela « rééquilibrerait entre les deux parents l’impact d’une naissance sur une carrière ».

Délicieuse façon d’envisager les choses que celle où la naissance n’est pas vue comme autre chose qu’un incident de parcours dans une carrière ! Magnifique exemple de raisonnement affûté sur les plus beaux sophismes de la justice sociale où ce qui est vu comme un enquiquinement problématique pour un sexe doit rapidement être imposé à l’autre afin que tout le monde subisse les mêmes pertes, aussi putatives soient-elles !

Accessoirement, l’OFCE s’est probablement foulé un poignet ou deux en calculant le milliard et demi d’euros que coûterait la mise en place de cette nouvelle obligation et de l’allongement de la durée de congé paternité, mais il ne semble pas avoir calculé l’effet de bord négatif que la société toute entière subira de cette nouvelle période d’indisponibilité d’une force de travail sur le marché. En toute logique, si le congé maternité est, au moins en partie, responsable d’une perte de salaire de près de 25% pour les femmes, l’application des mêmes recettes aux hommes devrait provoquer un alignement des salaires de ces derniers… vers le bas, dans les mêmes proportions.

Je ne suis pas sûr que la société française ait actuellement besoin d’une diminution de salaire d’une partie de sa population (et peu importe son sexe, ici). Je ne suis pas sûr qu’imposer une diminution du temps de travail, comme jadis les 35 heures, soit le gage d’une société plus juste, plus câline et plus bisou. J’aurais même tendance à constater qu’après plus d’une décennie de réduction effective du temps de travail un peu partout, on constate surtout des dommages sociétaux et économiques, plus de 3 millions de chômeurs (5, si l’on compte vraiment correctement), et un niveau de vie qui n’a guère évolué là où les petits flutiaux socialistes de l’époque nous pipeautaient des lendemains chantant, avec plus de congés et plus de youplaboum concentré.

Enfin, si l’on pousse au bout le raisonnement finalement assez consternant de l’OFCE, force est de constater que les femmes vivent plus longtemps que les hommes et que, touchant une retraite sur de bien plus longues périodes, elles finissent par largement rattraper l’écart salarial constaté auparavant. On s’étonne de ne pas trouver, en toute logique, une proposition pour améliorer cette enquiquinante inégalité en mettant harmonieusement fin à la pénible déchéance féminine après un certain âge.

Ah, mais j’oubliais : l’égalité est un concept fluide qui ne peut être manipulé que par d’habiles esthètes et de fins scientifiques du seul Camp du Bien. N’appartenant pas à ce camp, je me trompe évidemment : le congé paternité obligatoire de 42 jours, c’est super, vous verrez.

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Source : http://h16free.com/2017/01/25/57083-et-maintenant-des-conges-paternites-obligatoires


Pour une poignée de facteurs

mardi 24 janvier 2017 à 09:00

En France, contrairement à ce qu’on pourrait penser, toutes les entreprises ne licencient pas, loin s’en faut. Au-delà de celles qui, choisissant courageusement de ne surtout pas passer par Pôle Emploi, parviennent alors à trouver des candidats, on se doit de signaler ces entreprises publiques, para-publiques ou encore lourdement acoquinées à l’État et qui, elles, recrutent à tour de bras.

Il va de soi que la proximité des élections n’est qu’une coïncidence dans le redoublement d’activité de ces sociétés en terme de recrutement : avec le redémarrage vrombissant de l’économie française, tout le monde sait que les besoins sont énormes et que l’inversion de la courbe du chômage, c’est maintenant.

Sans surprise, aux premiers rangs des futurs employeurs, on trouve la Poste. La Poste, c’est cette entreprise qui, au départ, se chargeait de transmettre à dos de cheval des plis et courriers depuis un lieu A vers un lieu B. L’avènement des moyens de communication puis des transports modernes, à commencer par le vélo et le téléphone, auront profondément modifié le cœur de métier de l’ancestrale institution.

Modifications à ce point importantes qu’elles nécessitent, semble-t-il, une nouvelle vague de recrutements : on apprend ainsi que la Poste va doubler ses embauches de facteurs, proposant ainsi 3000 CDI dans l’année à venir au lieu des 1500 prévus initialement, qui viendront grossir les rangs des 70.000 facteurs déjà en place dans les villes et les campagnes françaises.

Les syndicats, fidèles à leurs habitudes, râlent. Quand l’entreprise licencie ou ne renouvelle pas les postes, ils râlent. Quand il pleut, ils râlent. Quand il ne pleut pas, il fait trop chaud, ou trop froid, ce qui les fait aussi râler. Ils râlent lorsqu’ils sont mal équipés, mais ils râlent d’autant plus fort lorsqu’ils sont trop bien équipés. Sans surprise, lorsque l’entreprise embauche, et embauche plus que prévu, ils râlent en prétextant que ce n’est pas encore assez.

On peut donc légitimement en conclure que tout va bien : pour embaucher ainsi tant de nouveaux facteurs, et déclencher des petits sons gutturaux chez les syndicalistes, c’est que les activités reprennent. Forcément, le courrier prend son envol, la distribution de paquets est en plein boom, et, très manifestement, le Français, qui ne sait plus trop lire et — à en juger les performances journalistiques moyennes — ne sait plus trop écrire s’est malgré tout furieusement lancé dans la production épistolaire au point de nécessiter de nouveaux bataillons de facteurs pour porter les millions de missives vers les millions de destinations que le pays abrite.

Que c’est beau, cette vague de plis affranchis à 20c 40c 50c 80c 85c qui déferlent dans nos campagnes et viennent apporter des nouvelles fraîches des contrées lointaines ! Qu’elle est revigorante, cette institution postale qui dépêche ainsi des milliers d’ardents préposés pour transmettre ces informations essentielles qui tissent ainsi du lien social à grands jets puissants, qui tissent partout, qui tissent tout le temps !

Enfin presque.

Parce qu’après analyse, il semble bien qu’en fait de vague épistolaire, on assiste plutôt à la mort lente (et joyeuse) du pli postal traditionnel, remplacé qu’il est par le courrier électronique, les SMS, le téléphone, l’internet, et tout l’attirail numérique moderne des citoyens français moyens. Parallèlement, la libéralisation des services d’acheminement des colis de plus de 50 grammes auront amené de nouveaux acteurs sur les platebandes jadis incontestables de La Poste : cela fait plusieurs années que vous pouvez faire perdre vos colis par d’autres gougnafiers que La Poste !

Bref, de façon générale, la Poste a décidé d’embaucher à tour de bras, alors même que toute l’activité postale, progressivement ouverte à la concurrence, est en nette perte de vitesse et ne permet certainement plus de justifier, à elle seule, le maintien de nombreux points de présence ou d’un nombre conséquent de facteurs sur tout le territoire : ainsi, les volumes de courrier ont chuté de 31% depuis 2008 et le chiffre d’affaires correspondant s’érode de 7% chaque année, malgré la hausse du prix du timbre plus rapide que l’inflation.

Ce qui explique sans doute pourquoi l’institution, dans sa légendaire clairvoyance, a décidé de multiplier les services que ses facteurs seront en mesure de couvrir. Philippe Wahl, son PDG, explique d’ailleurs que, je cite :

« Avec le vieillissement de la population, les services aux personnes âgées peuvent devenir une fonction essentielle et un des piliers de la future Poste »

Intéressante mutation : constatant, après tant d’années, l’inéluctable disparition du courrier traditionnel et ne parvenant pas à conserver une clientèle pour les colis qu’elle perdait pourtant très bien seule, la Poste a décidé de réorienter ses activités vers de nouvelles activités sociales. Pendant qu’Amazon planifie l’utilisation de drones et de livraison en quelques heures, l’Etat français, principal et très majoritaire actionnaire de la Poste parie sur une bonne vieille technologie du XIXème siècle qui a fait ses preuves au XXème et a depuis largement démontré que ce n’était pas la plus efficace au XXIème. Lucide, il décide ensuite de réaffecter discrètement ces bataillons de livreurs dans le service à la personne.

Dans ce nouveau cadre, on a donc des employés en CDI qui vont voir des personnes âgées et s’enquérir de leur état de santé, faire des courses ou régler un certain nombre de démarches administratives ou commerciales pour elles, et le tout pour un prix relativement modique, à tel point qu’interrogé sur le coût de ces opérations, Gilbert Pautasso, l’adjoint au maire de Saint- Colomban-des-Villards, déclare sans embages :

« Ne le dites pas mais ce n’est pas très cher. C’est surtout une demi-journée économisée pour les employés, une voiture et l’essence. »

Eh oui : le travail qui, traditionnellement, rentrerait plutôt dans le giron de la municipalité, tombe gentiment dans l’escarcelle de La Poste, pour un prix modique dont on ne sait pas trop bien si, finalement, il n’est pas quelque peu subventionné. Autrement dit, la Poste n’embauche pas 3000 nouveaux facteurs, mais 3000 « aides à la personne », coursiers, livreurs et autres « hommes et femmes à tout faire », chargés de faire les livraisons de courses, de médicaments, de pressing ou de pain, la relève des compteurs de gaz, la collecte des papiers à recycler, les diagnostics énergétiques et même les constats de petits sinistres. En somme, tout se passe comme si les mairies externalisaient discrètement toute une série de services auprès d’une institution qui n’est pas réellement taillée pour et dont la mutation aboutit à créer des milliers d’emplois dont on ne sait pas s’ils seront pérennes financièrement parlant.

On peut l’espérer, et il y a même gros à parier que ces activités pourraient être rentables. Malheureusement, le passif de La Poste est lourd : entreprise publique lourdement habituée à ses manies syndicales, tout aussi lourdement contrainte par les impératifs (législatifs, économiques voire électoraux de façon indirecte) que l’État lui impose régulièrement, on peut douter que tout ceci se traduise par une franche réussite économique.

En attendant, regardons calmement le nombre de « facteurs » s’envoler alors que le courrier s’éteint. Manifestement, même si les dirigeants de La Poste ont correctement arpenté la moitié du chemin intellectuel leur permettant de réorienter leur entreprise vers le service à la personne, l’autre moitié, essentiellement constitué par la libéralisation complète et définitive de ce dinosaure, semble impraticable.

Cela n’augure rien de bon.

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Source : http://h16free.com/2017/01/24/57059-pour-une-poignee-de-facteurs


Primaires socialistes : la victoire de Hollande

lundi 23 janvier 2017 à 09:00

Ça y est, la première vague des primaires socialistes vient de s’écraser sur le mur de la réalité et un constat s’impose : les Français continuent leur petit jeu de massacre. Malheureusement, à ce petit jeu, on peut légitimement se demander s’ils comprennent tous ce qu’ils vont gagner au final. Ou plutôt, perdre.

Presque comme prévu puisque ce n’était guère prévu comme cela, Dumbo Benoît Hamon arrive donc en tête de cette primaire. Le syndrome de la primaire de droite refait surface, y compris dans ce délicieux décalage des sondages (qui donnaient majoritairement Montebourg et Valls en tête) avec la réalité constatée : les plus gros favoris se retrouvent en posture délicate, et, contre toute attente, c’est donc Dumbo Benoît qui décroche la timbale dans une magnifique illustration de la raison pour laquelle il ne fallait surtout pas, ni à droite, ni à gauche, organiser de telles primaires.

En effet, le schéma global qui pointe le bout de son nez sera le suivant : à mesure que l’élection présidentielle, la vraie, approchera, on s’apercevra sans mal que les deux candidats désignés (à savoir, selon toute vraisemblance, Fillon pour la droite et Hamon pour la gauche) pataugeront dans leurs programmes. Le premier a déjà commencé à raboter le sien pour tenir compte d’un centre qu’il pressent déjà trop large, trop flou, trop mou et trop éloigné de ses positions fermes. Le second aura bien le temps de faire le même constat mais les principaux éléments de son programme actuel ne laissent aucun doute sur la réaction épidermique qu’ils déclencheront chez une forte majorité de Français : lui aussi devra en passer par un vrai recentrage, ou sombrer.

Que voulez-vous : tout le monde sait qu’en France, une élection se gagne au centre, aussi social-démocrate et consensuel soit-il. Pour les partis de gouvernement, c’est une belle gaffe que ces primaires déplorables. Ils les ont joyeusement organisées, trop contents de court-circuiter enfin le principe de l’élection présidentielle tel qu’envisagée par De Gaulle dans la constitution de la Vème République et bien heureux de trouver là un moyen simple et efficace de sortir du jeu démocratique une bonne partie des électeurs, encombrants mammifères difficiles à canaliser, en ne leur présentant que des candidats finalement adoubés par eux ; non seulement, les primaires à droite puis à gauche permettent de faire taire les dissensions internes, mais elles ont le mérite d’élaguer fortement le nombre de candidats potentiellement issus du peuple.

L’idée était bonne, sur le papier. Mais rares sont les plans « sur papier » qui résistent à l’épreuve de la réalité : les deux partis de gouvernement français, depuis longtemps sclérosés et englués dans des méthodes de fonctionnement d’un autre siècle, n’ont pas vu se refermer sur eux le piège des primaires, qui finalement désignent ceux des candidats qui sont les plus à même de diriger un parti aux idées franchement à droite ou franchement à gauche, mais qui seront, par là même, bien embarrassés pour gérer un pays tout entier qui ne s’est jamais gouverné qu’au consensus, au centre, avec tout ce que cela peut comprendre d’atermoiements et de compromis foireux.

Parallèlement, la situation devient de plus en plus délicate pour les tenants des extrêmes. Marine Le Pen est inaudible et elle-même empêtrée dans les philippoteries dont le parfum rappelle furieusement toutes les propositions des autres socialistes. Mélenchon doit à présent composer avec un parti socialiste qui, vraisemblablement, viendra grignoter sur ses plates-bandes avec un Hamon idéologiquement très proche de lui. Tout ce petit monde va se battre pour un électorat qui n’est ni extensible, ni majoritaire (et loin s’en faut).

Je rappelle que la qualification pour le second tour de l’élection présidentielle représente en moyenne 18 millions d’électeurs qu’aucun de ces candidats ne peut prétendre avoir.

Cette situation, cependant, n’échappe pas à Emmanuel Macron qui, tout aussi vaporeux soit son programme, continue de se placer à la fois en candidat hors parti et anti-système, « ni à droite ni à gauche » c’est-à-dire furieusement … au centre.

Pour le côté hors-parti, il peut continuer à le prétendre tant que la partie la plus transie du Parti Socialiste ne l’aura pas rejoint, consternée par les déclarations bafouillantes de son nouveau champion désigné. Cela ne durera qu’un temps : impossible d’oublier qu’il fut ministre (médiocre) d’un gouvernement résolument socialiste, qu’il s’adresse de façon sociale-démocrate à des électeurs socialo-démocrates, que son ébauche fumeuse de programme vaporeux ressemble à s’y méprendre à l’une de ces aquarelles légères et sociales démocrates pour savoir si on doit travailler 35 ou 32 heures, si on doit employer 6 millions ou plutôt 6.2 millions de fonctionnaires, ou si l’on doit s’autoriser plutôt 12 ou plutôt 15 dimanches ouverts par an. Bref : Macron est bien un social-démocrate centro-compatible (au point d’attirer Bayrou, ce qui pourrait constituer le début d’une poisse mémorable pour le pauvre ex-ministre qui ne méritait peut-être pas ce genre d’avanie).

Pour le côté anti-système, le ralliement récent et pas trop discret de quelques éléphants du Parti Socialiste (Royal, Huchon, Bricq, Hollande même ?) ainsi que tous ses seconds couteaux habituels (Attali, Minc, …), ajouté à son propre parcours parfaitement dans les normes du genre, permet de cocher absolument toutes les cases qui font de Macron l’archétype même du candidat du système, même si sa démarche reste, avouons-le, originale.

Mais peu importe : moyennant l’excitation adéquate et tout à fait calculée des médias, la baudruche Macron prend de l’importance et pourra probablement gêner suffisamment les pléthoriques candidats d’une gauche éparpillée. De ce point de vue, la manœuvre Hollande continue de faire son effet puisqu’il s’assure ainsi qu’aucun des candidats de son parti ne pourra prétendre prendre sa place. Macron, sa chose, vient de réaliser un assez beau parcours et les électeurs de gauche ont achevé la manœuvre.

Un peu plus de trois mois nous séparent de l’élection présidentielle. On peut d’ores et déjà garantir que la période électorale sera riche en rebondissements. Mais compte tenu des programmes des uns et des autres, je ne suis vraiment pas sûr que ce soit ce dont la France a besoin.

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Source : http://h16free.com/2017/01/23/57076-primaires-socialistes-la-victoire-de-hollande


[Redite] Sauve un arbre, croque un cafard

dimanche 22 janvier 2017 à 11:00

Billet paru initialement le 24.01.2011

Cette semaine, le réchauffement climatique s’est encore fait sentir en plongeant une partie de l’Europe, France en tête, dans une vague de froid qui rappelle à tout le monde et au plus grand dam de nos écologistes d’opérette qu’en hiver, les températures continuent d’être basses, zut et flûte. Cela n’empêche pourtant pas de réfléchir sur l’avenir de notre planète que nous, humains, n’arrêtons pas de tout péter partout. Forcément. Et un moyen d’atténuer notre terrible empreinte écologique consiste à croquer des insectes. Dans un billet paru en janvier 2011, je détaillais la proposition loufoque de ces écologistes moralisateurs qui, six ans plus tard, n’a heureusement pas trouvé de réalisation concrète.


Je vais peut-être vous effrayer, mais comme je ne suis pas sûr que l’information vous soit parvenue, je préfère vous mettre au courant : au rythme où vont les choses, la planète va super mal, et on va tous mourir de faim. Voilà, c’est dit. Heureusement, ne paniquez pas, la FAO et l’ONU ont déjà la solution ! C’est ça qui est bien, avec ces organisations : on en a toujours pour notre argent ! Et devant le défi qui se pose quand on doit nourrir 9 ou 10 milliards d’humains sans couvrir la Terre d’encombrants bovidés, ils proposent … de croquer des asticots.

A priori, le raisonnement qui sous-tend la proposition simple « Sauve Un arbre, Croque Un Cafard » est le suivant : il faut pas mal de terrain, d’eau et de soins pour faire pousser de l’herbe ou du foin afin de la transformer en bonnes protéines animales, genre steak bien juteux et bien goutu.

Si on doit livrer sa ration quotidienne de bifteck, de lapin, de poulet ou de cochon à chacun des 9 milliards d’humains, nombre que, selon l’ONU, nous atteindrons en 2050, on va manquer de terrain.

Or, le rendement de la transformation des plantes vertes en protéines est plus élevé pour l’insecte puisqu’il est entre six et huit fois meilleur que le bœuf. La conclusion s’impose d’elle-même : si on veut sauver d’une fin douloureuse et d’une faim certaine des centaines de millions de personnes, voire des milliards, il va falloir, tous ensemble, nous mettre à grignoter du scolopendre.

Et puis ça tombe bien : la viande va devenir inabordable, d’après ce que déclare l’entomologiste Arnold van Huis, au cours d’une conférence à l’université de Wageningen (Pays-Bas) :

« Le jour viendra où un Big Mac coûtera 120 euros et un Bug Mac 12 euros, où les gens qui mangent des insectes seront plus nombreux que ceux qui mangent de la viande. »

Avant de détailler le raisonnement que je viens d’exposer, notons que ce n’est pas la première fois que, pour des raisons éminemment écologiques et humanistes, on nous propose de modifier notre régime alimentaire : on se souviendra que, fin 2009, certains chercheurs nous proposaient de boulotter nos animaux de compagnie afin d’en diminuer l’empreinte carbone.

Comme on le constate, il s’agit simplement d’un passage à l’échelle : en 2009, on nous proposait de bouffer du chien. En 2011, on envisage un sursis pour le canidé et de cultiver ses puces pour les déguster à l’apéro. Si, de surcroît, on couple cette innovation culinaire avec une réforme musclée de l’Assurance Maladie, en butant à la date limite nos vieux et nos handicapés, qu’on recyclera, façon Soleil Vert, en petits biscuits nutritifs, on réalise là une avancée rassurante pour le bol alimentaire de tous nos congénères !

Des chenilles ? Non, un délicieux petit snack.

Ceci posé, cette proposition de dévorer de l’insecte à grande échelle est amusante à au moins deux titres.

D’une part, on ne peut s’empêcher de sourire à l’énoncé des hypothèses qui sous-tendent toute la suite logique qui nous vend, in fine, de la tourte aux asticots. Le thème général de la surpopulation et du malthusianisme court depuis près de 200 ans : puisque la population augmente et que les ressources sont finies, il y aura forcément un moment où, pouf, nous allons arriver à court de ressources et là, ça va grincer des dents en version polyphonique.

Et, comme en atteste les chiffres disponibles un peu partout (y compris à l’ONU), la population a bel et bien augmenté, bien qu’à un rythme plus faible que prévu, et qui se ralentit, mais le nombre de personnes qui souffrent de la faim a, malgré tout, diminué.

Car dans le temps où l’Humanité grossissait, elle faisait de considérables avancées technologiques : les rendements par hectare n’ont plus grand chose à voir avec ceux de 1800.

Bref : cela fait pas mal de temps maintenant qu’on nous vend de la faim dans le monde et de la fin du monde, avec pourtant des signes bien clair qu’on s’est constamment planté (comme par exemple le Club de Rome en 72)

L’autre remarque est que, si les surfaces agricoles consacrées au bétail sont effectivement limitées, elles n’en sont pour autant pas toutes exploitées. Et d’une, si l’on veut réellement de grandes quantités de protéines animales, on s’orientera plus certainement vers l’élevage en batterie. Ensuite, l’exploitation raisonné et optimisée des océans est encore très loin d’avoir atteint un point comparable avec celle de la terre ferme ; pour le moment, c’est encore le royaume de la pêche, alors que la chasse ne nourrit plus grand-monde.

Enfin, il n’est absolument pas inenvisageable d’imaginer que, d’ici 2050, des progrès notoires soient accomplis pour améliorer encore les rendements observés actuellement. Après tout, si certains partent en sucette à grand coup de milliards d’humains crevant la dalle en 2050, on peut aussi triper un bon coup sur les nanotechnologies et les productions de protéines hors-sol, non ?

D’autre part, et c’est le second élément le plus amusant, il est fort peu probable que l’utilisation des protéines en provenance d’insectes se traduise par l’arrivée, sur le marché, de tarentule grillée sous blister, de brochettes de sauterelles au rayon traiteur, ou de yaourts arôme citron/fourmi.

En effet, les industriels incorporent déjà les insectes dans leurs préparations alimentaires (l’exemple le plus connu étant le rouge de cochenille). Il est dès lors plus probable que si les prix venaient à suivre les prévisions citées plus haut, on nous vendra plutôt des pâtes alimentaires, délicieuses et parfaitement adaptées à une utilisation occidentale, ou qu’on pourra trouver des reconstitutions sous formes plus habituelles de différents mets à base d’insectes.

L’avenir étant toujours plus inventif que les personnes chargées de faire des prédictions, gageons que la tourte aux cancrelats n’est pas pour demain…

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Source : http://h16free.com/2017/01/22/57057-redite-sauve-un-arbre-croque-un-cafard