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[Redite] Loi Consommation et effets indésirables

dimanche 26 février 2017 à 11:00

Billet paru initialement le 25.02.2015

Avec les primaires socialistes, un homme nouveau s’est levé, droit, fier, capable de porter sur ses larges épaules de gladiateur de l’arène politique toutes les idées humanistes du parti officiellement socialiste. Benoît Hamon, subitement devenu sauveur d’un parti sans colonne vertébrale en pleine déconfiture, se retrouve propulsé au devant d’une scène médiatique au demeurant passablement encombrée d’autres olibrius chamarrés. Mais il serait dommage de ne voir en Hamon qu’un choix par défaut ou, comme jadis Hollande, par hasard ou malentendu. Hamon, c’est aussi la puissance de la pensée. Rappelez-vous, en 2015…


Ce qu’il y a de bien avec les interventions incessantes des politiciens dans la vie des Français, c’est qu’on sait, avant même qu’ils commencent leurs exactions, qu’elles aboutiront immanquablement à des effets impromptus et généralement indésirables. Et c’est d’autant plus vrai lorsque leurs agitations nerveuses se traduisent en textes de lois qui, une fois appliquées, provoquent parfois l’hilarité et souvent des situations regrettables.

Benoît Hamon n’est pas resté très longtemps ministre du gouvernement. On se souvient qu’avant d’avoir réussi le pari (un peu fou et franchement humoristique) d’être ministre de l’Éducation Nationale seulement pendant les grandes vacances en 2014 (bien joué, Ben !), il avait été ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la Consommation, charmant maroquin fourre-tout qui autorisait à notre impétrant une assez franche latitude pour pondre une loi qui, enfin, porterait son nom dans les livres d’Histoire.

Le dogmatique ministre n’avait donc pas tardé à pondre un corpus législatif roboratif destiné à – enfin ! – bouter les affreux producteurs capitalistes irrespectueux et fraudeurs hors de France, et à fournir – enfin ! – d’importants moyens au consommateur, petit mammifère chétif toujours malencontreusement placé entre le marteau pneumatique du capitalisme et l’enclume impitoyable du marché. Moyennant quoi, on découvrait une Loi Consommation dont les principales avancées législatives permettaient de résolument placer le consommateur français dans le XXIème siècle social-démocrate, avec de pleines brouettées de nouveaux droits, un gros barbouillage de déresponsabilisation et l’idée des actions de groupe qui déboulait pour donner – enfin ! – aux groupes de consommateurs spoliés une arme décisive contre les super-multinationales surpuissantes aux services juridiques surarmés et aux pratiques surlouches.

L’entrée en vigueur de la loi, en mars 2014, aura donc marqué le début de l’application de certains de ses aspects, avec le complément au premier janvier 2015. À cette occasion, le gouvernement a bien évidemment communiqué tout ce qu’il a pu pour bien rappeler aux consommateurs / citoyens / électeurs l’importance de ces nouvelles avancées progressistes et a donc mis à disposition des internautes compulsifs du clic un petit site dédié, proposant une batterie de petites vidéos dont le graphisme, les textes et le ton employé laissent penser qu’elles s’adressent à des enfants de 6 à 12 ans… Ce qui n’est probablement pas faux, tant la loi elle-même semble vouloir tout faire pour protéger l’adulescent français des méchantes réalités du monde palpable, plein de meubles aux coins pointus, d’aspérités imprévues et de clauses écrites en petit sur d’interminables contrats qu’il faudrait avoir la folie de lire pour comprendre.

loi consommation les vidéos

Au passage, je vous encourage à cliquer, à votre prochaine pause, sur ces palpitantes petites vidéos. On y apprend plein de choses sympathiques, et on peut voir à quel point notre ministre et ses nombreux sbires se sont activés pour à la fois mettre leurs petits doigts dans une quantité invraisemblable d’endroits où on ne les attendait pas trop, et nous présenter le résultat de leurs tripotages avec un brio coloré qui serait presque revigorant s’il ne camouflait pas, de temps en temps, des abominations assez catastrophiques.

Par exemple, on se réjouira (peut-être) qu’une action de groupe soit maintenant possible (à l’heure des bad buzz et des réseaux sociaux, elle peut tout de même constituer une alternative intéressante à de longs procès qui tiennent leurs coûts et leur pénibilité d’un engorgement déjà inquiétant et que cette loi ne risque pas d’améliorer) ; on se réjouira moins d’apprendre, au milieu de petits personnages aussi bigarrés que simplistes s’agitant de façon un peu mécanique, que – toujours pour protéger le faible consommateur – la DGCCRF pourra infliger des amendes à de méchants commerçants fraudeurs sans plus s’embarrasser d’encombrantes procédures judiciaires qui avaient le désavantage d’obliger les agents de cette noble institution à respecter un cadre juridique contraignant et éviter de se comporter comme des cow-boys (avec plus ou moins de bonheur, on le reconnaîtra aisément) et de coûter une blinde au système. Alors qu’avec la Loi Consommation, la distribution de prunes en mode accéléré va certainement permettre de faire rentrer de l’argent dans des caisses bien vides. Y’a pas, c’est win-win c’t’histoire.

dgccrf protégeant le faible consommateur

Mais voilà, comme je l’expliquais en introduction, même dans la République Démocratique du Bisounoursland, tout ne se passe pas toujours bien, et rapidement des effets de bord apparaissent.

Ainsi, lorsqu’on chante avec emphase les joies de la souplesse contractuelle retrouvée, cette loi permettant par exemple de rompre avec des assurances du jour au lendemain après la première année passée, on comprend bien que cette souplesse sera, en réalité, facturée d’une façon ou d’une autre par les assurances qui doivent maintenant tenir compte d’un facteur nouveau : un contrat qui venait d’être renouvelé tacitement signifiait jusqu’alors qu’un client serait pris en compte pour une nouvelle année. Avec la nouvelle loi, l’assureur n’aura plus aucune certitude concernant ce client et devra donc factoriser ce risque dans la prime du contrat. Il y a fort à parier que, comme bien souvent, cette liberté toute relative se traduise concrètement par une hausse des tarifs.

Le plus intéressant ici est que ce qui est imaginable pour cet aspect de la loi n’a pas tardé à se concrétiser pour un autre : depuis que les tarifs de parking sont calculés au quart d’heure, et selon les relevés d’Auto Plus repris dans cet article, ils ont assez sérieusement augmenté.

En effet, l’article 113.7 de la Loi Consommation prévoit que « tout exploitant de parc de stationnement affecté à un usage public applique au consommateur, pour les stationnements d’une durée inférieure à douze heures et payés à la durée, une tarification par tranche de quinze minutes au plus ». Manque de pot ou inconséquence juridique lourde, cette loi ne prévoyait aucune contrainte de tarif (et c’est logique, l’économie planifiée n’ayant officiellement plus cours en France et en Europe, suite – probablement ? – à son succès retentissant). Oh, zut et flûte, certaines communes en ont alors profité pour recalculer leurs tarifs de parking … à la hausse ! Ici, au passage, notez qu’on parle autant de groupes immobiliers spécialisés dans les parkings que de communes où ils sont situés, les uns étant en contrat avec les autres et leur reversant un pourcentage rarement négligeable qui viendra abonder aux caisses communales parfois stressées en ces temps de disette et d’emprunts toxiques en franc suisse trop vigoureux…

Le consommateur va-t-il se regrouper pour utiliser, justement, les belles possibilités de Class Action pour attaquer les méchants commerçants et les gentilles communes qui se gavent ainsi au passage ? Ou mieux, ce même consommateur, utilisant habilement les facilités d’une loi taillée pour lui, va-t-il aller trouver la DGCCRF pour qu’elle envoie Super-Inspecteur péter les rotules d’exploitants et de maires un peu trop gourmands ?

En tout cas, il est certain que cette nouvelle brassée de droits obtenus par le consommateur sur le reste de la société recèle en elle une quantité impressionnante d’opportunités juridiques croustillantes et d’effets indésirables rigolos. Parions que les prochains mois nous fourniront d’autres exemples.

Source : http://h16free.com/2017/02/26/57517-redite-loi-consommation-et-effets-indesirables


Méchant capitalisme, méchant Amazon qui crée de vilains emplois !

vendredi 24 février 2017 à 09:00

Dans ce monde incertain où les vilains et les méchants se cachent, bien trop souvent, derrière des figures angéliques aux intentions louables, le Camp du Bien doit sans arrêt faire preuve de vigilance pour savoir détecter ceux qui sont les suppôts de Satan et ceux qui servent la cause. Heureusement, il reste quelques points de repère sûrs, quelques affreux emblématiques qui constituent des cibles pratiques pour l’édification des masses. Parmi ceux-là, Amazon, bien sûr.

Et avec Amazon, on n’est pas dans la catégorie du petit garnement, de la petite racaille que le Camp du Bien se doit de remettre dans le droit chemin, à coup de pompes au derrière ou, plus prosaïquement lorsqu’il s’agit d’une entreprise, avec quelques législations bien senties. Non.

Amazon, c’est du gros méchant, de la grosse entreprise multinationale américaine, du « badass » capitaliste sans frein ni foi dont le seul credo, honteusement affiché, consiste à plaire au client roi, ce consommateur que rien ne satisfait vraiment, qui pousse les prix vers le bas et les chatons au suicide. Amazon, c’est cette entreprise qui a déjà été longuement dépeinte, par le détail, par l’un de ces reporters de guerre envoyé sur le terrain de la logistique. Rappelez-vous : Jean-Baptiste Malet, jeune journaliste de 25 ans, décidait de s’infiltrer incognito dans un entrepôt Amazon en répondant à une annonce d’emploi et, au péril de sa vie, nous narrait par le détail les trop horribles vexations que le travail dans cette entreprise lui imposait.

Depuis, les horreurs que le géant de la distribution américaine fait subir à ses employés ne se sont jamais démenties : les pages de notre vaillante presse française sont emplies des descriptions atroces d’employés dépecés vivants entre les rayonnages de « Harry Potter » et de « 50 Nuances de Gris », de ces rites sataniques aux pentacles peints avec du sang de vierges tenus régulièrement par un management inhumain (voire saurien) et autres complots illuminés ou plus si affinité.

Du reste, l’entreprise américaine, accumulant les succès (et le cash) n’a jamais réussi à s’attirer les bonnes grâces de l’intelligentsia française qui a bien reconnu en elle le destructeur implacable du petit commerce, de nos petites librairies de quartier qui sentent bon la patine et le papier moisi. Tout le monde sait qu’Amazon, c’est la mort du libraire (on trouve tous les livres chez Amazon, voyons), du vendeur de joujoux équitables (on trouve tous les jouets chez Amazon, voyons) et même du petit artisan de sextoys traditionnels (on trouve même ce genre de jouets sur Amazon, voyons). Le seul avantage d’Amazon aux yeux de certains (notamment à Bercy) reste l’existence dûment notée de produits utiles et en quantité adaptée à la ponction fiscale française.

Pour le reste, il y a une accumulation évidente de crimes à la bienséance et de délits d’outrecuidance de la part de la multinationale américaine qui ne lui permettront jamais d’échapper à l’opprobre et l’anathème que lui jettent en France le Camp du Bien, les médias, les syndicalistes et les organisations corporatistes diverses et variées.

Ainsi, l’entreprise de Jeff Bezos a-t-elle tenté de faire oublier ses abominables conditions de travail (dénoncées en leur temps par un New York Times remonté comme un coucou… ou presque) en proposant la semaine de 30 heures. Ah ah ah, qu’allez-vous faire croire-là, M. Bezos ? Tout le monde sait que vos employés, surexploités, misérablement traités, ne pourraient de toute façon guère aligner plus de 20h par jour, encore moins 30. Et … Ah c’est par semaine ? Hum Bon. Bref.

Ainsi, le géant de la distribution n’hésite pas à piétiner le plus élémentaire savoir-vivre comme l’ont dénoncé plusieurs syndicats, outrés de voir que l’entreprise n’hésite pas à offrir une prime pour démission : à chaque début d’année, le géant informatique américain propose à ses salariés qui auraient « un projet personnel » de démissionner en échange d’une prime pouvant aller jusqu’à 8000 euros. C’est, bien évidemment, parfaitement scandaleux voire immonde puisque cela inciterait certaines personnes à partir plutôt qu’à se faire licencier et toucher le chômage ! C’est en outre parfaitement inique puisque tout le monde sait que la France dispose déjà d’un véritable arsenal en matière de droit du travail, et qu’en procédant ainsi, Amazon court-circuite les formidables administrations et les magnifiques syndicats qui ont normalement la charge d’accompagner les personnes qui se placeraient elles-mêmes dans ces situations. Mais surtout, c’est parfaitement légal, ce qui rend tout à fait insupportable une telle distribution de pognon.

Heureusement, tout ceci ne pourra pas durer.

Dans le Camp du Bien, tout le monde sait que le Mal ne peut triompher. Tout le monde sait que ces employés maltraités, cet argent jeté à la face des salariés qui veulent s’en aller, que ces conditions de travail iniques, que cette gestion au cordeau, que tous ces éléments sont autant de clous autour du cercueil Amazon. Tout le monde sait aussi que l’avenir d’Amazon est pourri : regardez, même à Wall Street, alors que l’entreprise quadruple ses bénéfices, ils sont nerveux ! Ah ah, tenez-vous bien, suppôts de Satan, vous allez carafer et ce sera bien fait pour vous…

Ou presque. Parce parallèlement, on apprend dernièrement qu’Amazon envisage très fermement d’étendre ses activités physiques en France, au point de devoir créer 1500 nouveaux emplois, en contrat à durée indéterminée, ce qui porterait le total de ses effectifs français à plus de 5500. Argh, c’est beaucoup d’autant que le géant américain de la distribution en ligne ne recherche pas seulement « des ingénieurs, diplômés d’écoles de commerce et jeunes diplômés », mais veut aussi remplir des « postes non qualifiés » pour des personnes « souhaitant se former sur le terrain ».

Autrement dit, voilà qu’Amazon embauche à tour de bras, aussi bien des diplômés que des non qualifiés, dans un pays gangrené par 5 millions de chômeurs (peu ou prou). Voilà qui pose un évident problème : pour le journaliste moyen, pour l’élu de base et le politicien national chevronné, pour le commentateur boboïde qui, le poing levé, dénonce l’exploitation de l’homme par l’homme à coup de scanners logistiques cadencés comme du papier à musique, comment accommoder une vision du monde où le pire du capitalisme permet d’offrir un travail à plusieurs centaines de personnes, et en sortir d’autres centaines des difficultés provoquées par l’absence de qualification en leur proposant formation et expérience professionnelle probante ?

Dilemme particulièrement cruel que celui de ces gens-là qui vont devoir continuer à trouver toutes les tares possibles, continuer à taper sur celui qui va, de toute évidence, employer un nombre croissant de personnes en France, mais qui, à l’instar de McDonalds, Coca-Cola, Monsanto ou n’importe quelle autre entreprise, paie des impôts, des charges sociales et emploie des milliers de personnes.

Eh oui : il va être difficile de continuer à passer pour le sauveur du peuple, le défenseur des classes laborieuses, tout en crachant sur ces entreprises qui font, elles et au contraire de ces aigris, quelque chose de concret pour ces classes.

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Source : http://h16free.com/2017/02/24/57471-mechant-capitalisme-mechant-amazon-qui-cree-de-vilains-emplois


Bayrou rejoint Macron : l’amnésie, ce fléau politique

jeudi 23 février 2017 à 09:00

Un mal carabiné étreint la France, il semble s’étendre chaque jour plus loin, plus profondément. C’est à l’occasion du dernier rebondissement politique qu’on en découvre toute l’ampleur, même si ce rebondissement tient plus du vieux ressort usé de matelas trop vieux que d’une véritable révolution idéologique : François Bayrou, le rien au milieu du néant, décide de rejoindre Emmanuel Macron, le vide propulsé par un feu d’artifice.

On ne peut retirer à l’actuel maire de Pau un certain sens du spectacle, puisque cela fait plusieurs semaines qu’il distillait de rares informations aux journalistes au sujet de son implication millimétrée dans la campagne présidentielle. De ce point de vue, on ne pourra s’empêcher de noter ni sa proximité avec Emmanuel Macron, lui aussi tenant d’une communication savamment dosée pour attirer à lui toutes les caméras et les micros, ni l’évidence que ces deux hommes visent le centre, celui du nombril où, justement, tout le monde regarde et où ils peuvent se montrer…

C’est donc réussi : quelques heures durant, François Bayrou pourra à nouveau goûter au plaisir de la célébrité. Renonçant ainsi à ce qui aurait été une quatrième candidature de saut à l’élastique sans élastique à l’élection présidentielle après 2002, 2007 et 2012, il s’est offert à Emmanuel Macron dans une proposition dont les exigences sont suffisamment ridicules pour ne pas être prises en compte.

Il réclame ainsi une véritable alternance, ce qui permettra au poisson pilote de François Hollande, auquel Bayrou avait apporté son soutien en 2012, de continuer les magnifiques performances socialistes qu’on a pu observer jusqu’à présent, tant on a du mal à voir le moindre changement sur la ligne hollandesque. Soulignons qu’il veut aussi que le programme d’Emmanuel Macron « comporte en priorité une loi de moralisation de la vie publique, en particulier de lutte déterminée contre les conflits d’intérêts ».

Rappelons que le programme d’Emmanuel Macron, auquel Bayrou semble maintenant souscrire, n’a été vu par personne et que ses grandes lignes, traits vaporeux de fumée légère dans un brouillard épais de locutions ampoulées, n’ont guère laissé de traces concrètes et palpables dans l’esprit des gens. Conclusion : soit Bayrou a eu un accès privilégié au Graal macronesque, soit notre aimable bulot s’est engagé sur l’air chaud que tout le monde connaît déjà.

Seulement voilà : il y a quelque chose de triste voire pathologique dans cette quasi-déclaration de tendresse du vieux Bayrou au jeune Macron dans ce qui ressemblerait presque à un passage de témoin s’il n’y avait pas la myriade de vieilles peaux socialistes se bousculant déjà dans l’ombre de Macron.

Pour l’observateur extérieur, celui qui regarde la vie politique française avec un minimum de recul et de bonnes archives internet, il devient difficile d’ignorer les trous de mémoire béants qui semblent se développer chez les uns et les autres. Tout se passe comme si, à mesure qu’internet permet de conserver toujours plus de traces du passé, ce dernier soit ignoré de façon croissante par nos élites politiques dont le diagnostic médical semble tous les jours plus sombre.

Il n’y a pas six mois, en septembre 2016, Bayrou, pas moins en possessions de ses moyens (ou pas plus, c’est selon ?) qu’aujourd’hui, expliquait pourtant tout le mal qu’il pensait du candidat Macron, qui n’était pour lui qu’un « hologramme » (non, il ne parlait pas de Mélenchon qui n’illustrerait le propos que bien plus tard) et qu’il estimait propulsé par « les forces de l’argent », qu’il y avait derrière lui des grands intérêts financiers, apparemment incompatibles avec les fonctions présidentielles. Pour tout dire, Bayrou trouvait en Macron des airs de « bulle de savon », d’un « homme sans densité ».

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Toujours en septembre 2016, pour Bayrou, Macron était bien ce conseiller de François Hollande, directement responsable du résultat économique catastrophique observé partout en France.

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En décembre 2016, Macron proposait bêtement que les jeunes travaillent plus pour gagner moins, et ça, Bayrou, on ne la lui fait pas, ni à l’endroit, ni à l’envers. Que nenni.

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Mais voilà.

Arrive février 2017. La maladie a progressé. La mémoire flanche. La fermeté, la solidité, la morale, l’indispensable séparation de l’État et des puissances occultes de l’argent tous azimuts, tout ça, ce sont des notions adaptables, un peu floues et qui méritent un peu de souplesse. Macron n’est plus le candidat de ces forces. C’est un petit gars qui fait 20% dans les sondages, qui attire des micros et des caméras et donc c’est oublié : il faut que « nous dépassions nos intérêts personnels et partisans pour construire l’avenir que la France mérite », n’est-ce pas.

Et puis après tout, on a bien soutenu le maître en 2012, on peut bien soutenir l’élève en 2017, non ? Quelle différence ?

On pourrait trouver triste cette perte de mémoire pour le pauvre Bayrou. Le mal est plus profond : il touche aussi Emmanuel Macron puisque ce dernier, en septembre, répondait aux petites saillies de celui qui vient tout juste de le rejoindre au milieu de bisous humides. Pour Macron, Bayrou n’était que « le clapotis de la décadence ».

Là encore, cela n’a pas duré six mois puisqu’une fois février 2017 atteint, la bulle de savon sans densité est rejointe par le clapotis de la décadence et aucun des deux ne semble se souvenir de l’autre. L’étreinte semble belle mais à bien y regarder, elle ressemble à celle de deux vieux grabataires qui se tomberaient dans les bras, ayant parfaitement oublié qu’une semaine avant, ils s’étaient mutuellement juré une mort violente suite à un différend sur la quantité de compote reçue au goûter.

Malheureusement, ce mal qui touche régulièrement les politiciens serait supportable s’il ne s’étendait pas, chaque jour, bien au-delà.

Que dire de cette amnésie étendue qui s’empare des journalistes lorsqu’il s’agit de rappeler le passé rempli de volte-faces, de trahisons et de compromis douteux qui forment l’essentielle de la carrière politique de Bayrou ? Où est passée la mémoire des médias lorsqu’il s’agit de rappeler, en plateau et au candidat Macron, qu’il est directement responsable du foirage économique hollandesque, étant son premier conseiller puis un type directement aux manettes ? Pourquoi ces journalistes à la mémoire affûtée pour retrouver les émoluments et cascades financières du couple Fillon font-ils preuve d’une telle amnésie lorsqu’il s’agit du patrimoine ou des sources de financement de la campagne de Macron ?

Mais tout ceci n’est que broutille. Il y a bien pire : il y a cette cécité intellectuelle, cette amnésie permanente de toute une partie du peuple français qui, malgré ces retournements de veste invraisemblables, malgré les casseroles des uns et les affaires des autres, malgré les coups de poignards et les paroles données aussi vite oubliées, malgré tout, iront voter pour ces individus, ces êtres en perdition et ce système en déliquescence avancée.

La France, c’est ce pays merveilleux où les citoyens, tous atteints d’amnésie, découvrent tous les jours en leurs politiciens de nouveaux amis.

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Source : http://h16free.com/2017/02/23/57492-bayrou-rejoint-macron-lamnesie-ce-fleau-politique


Élection présidentielle : la baleine de Mélenchon

mercredi 22 février 2017 à 09:00

En mai 2016 et probablement suite à une robuste ingestion d’hallucinogènes variés, la presse découvrait une pléthore de candidats libéraux dans le paysage politique français. Février 2017, les choses se précisent progressivement : les candidats déclarés présentent leur programme économique et avec celui de Jean-Luc Mélenchon, le turbonéolibéralisme n’est pas encore tout à fait là.

… Mais tout de même, on sent un net manque d’appétit pour le socialisme.

Jugez plutôt : voilà que son programme a été bâti sur des perspectives de croissance, sur une tentative d’équilibrer les budgets, et sur l’appropriation de termes pourtant désuets comme relance keynésienne, chasse à l’austérité et autre politique d’investissement ambitieuse. On dirait presque un programme de la droite actuelle tant tout semble ainsi taillé au cordeau, propre sur soi. Pensez donc ! Il y a même une baisse de l’impôt sur les sociétés à 25% et l’introduction de la progressivité de la CSG ! On toucherait presque du doigt les idées de certains fillonistas !

Mais Jean-Luc va plus loin.

Ainsi, ce sont 102 milliards qui viendraient gonfler d’indispensables investissements financés par un bon petit emprunt artisanal, comme on en faisait jadis, mijoté tranquillement et en respect avec nos traditions ancestrales. Et comme c’est de l’investissement, il faudra les employer à construire des infrastructures, développer des universi… Ah pardon non, il s’agit de cibler « l’urgence sociale » (pour 45 milliards), « l’urgence écologique » (50 milliards dont 25 milliards pour le développement du capitalisme de connivence pardon des énergies renouvelables) et 7 milliards pour les « services publics ».

Ainsi, ce sont 173 milliards de dépenses supplémentaires dans ces « services publics » qui sont envisagés histoire d’avoir plus d’écoles qui forment de meilleurs illettrés, plus d’hôpitaux qui seront mieux débordés et aux maladies nosocomiales plus variées, plus de trains qui arriveront mieux en retard, plus de vivrensemble, plus de câlins, plus de ce que tout le reste du monde nous envie mais redoute de copier.

Grâce à cette solide relance qui engendrera 190 milliards de recettes supplémentaires selon les petits calculs des experts de son équipe armés du puissant Multivac-2017, Jean-Luc n’hésite pas à annoncer des taux de croissance joufflus (autour de 2% dès 2018) et un taux de chômage amaigri comme un grignoteur de quinoa à 6%. Il annonce aussi une envolée de l’inflation au-delà de 4%, youpi parce que l’inflation, qui permet d’écrabouiller du rentier et massacrer une monnaie, y’a que ça de vrai. Miam.

Bref, ce sont donc 273 milliards d’euros qui seront mobilisés pour relancer la machine France.

Seulement 273 milliards ?

À côté de programmes politiques comme ceux qui furent effectivement appliqués sous Sarkozy puis sous Hollande et qui firent passer la dette de la France de 64% à 97% du PIB, c’est à dire de 1250 milliards d’euros environ à un peu plus de 2100 milliards soit 850 milliards de nouvelles dépenses, les 273 milliards qu’envisage Mélenchon font vraiment pâle figure ! Quand on pense, Jean-Luc, qu’un socialiste de droite comme Sarkozy, suivi d’un socialiste de merde comme Hollande sont parvenus à claquer trois fois ce que tu nous proposes, qui plus est en se défendant de le faire et en ayant annoncé le contraire, et que l’un comme l’autre ont clairement été considérés comme des ultraturbolibéraux tant par leurs opposants que par leurs ex-amis politiques, on se dit que toi, qui a su rester un pur, un vrai rocardien socialiste, tu dois pouvoir faire mieux !

Sérieusement, Jean-Luc, en te contentant de ces 273 milliards d’euros que tu comptes imposer aux générations futures, aux entrepreneurs, aux retraités rentiers et autres riches bourgeois sous-taxés, tu es très en dessous de ce que d’autres ont réussi à faire : à l’aune des critères de 2007 ou de 2012, tu es même encore à droite de Hollande et même à droite de Sarkozy ! Non, Jean-Luc, tu ne peux pas laisser croire que le libéralisme a gagné !

Moi, je te le dis, 500 milliards ou rien ! Et ils sont faciles à trouver ! Rappelle-toi 2012 : au-dessus de 360.000 euros, tu prenais tout ! Qu’à cela ne tienne : pour 2017, je te sens mûr, vas-y, lâche-toi.

… Et de notre côté, pendant que tu te lâches, on va pouvoir comparer ton programme avec les autres.

Comme le programme de Macron est encore à l’état de suspension colloïdale dans un liquide trouble et qu’on en attend avec impatience le dépôt solide au fond de l’éprouvette d’ici mars, il sera difficile de l’évaluer face à celui de Mélenchon. Gageons que c’est voulu.

Celui de Hamon étant occulté par son idée rigolote de RAPPU (Revenu à peu près universel) et comprenant, comme pour Jean-Luc, de vastes pans de dépenses joyeuses et résolument détendues de la dette, contentons nous de noter qu’il lui faudra seulement trouver 60 milliards d’euros supplémentaires : c’est tellement rikiki à côté de Mélenchon qu’on croirait presque le candidat Hamon frappé d’humilité. C’est mignon, mais que diable ! Un peu de nerf, mon Benoît ! Toi aussi, tu peux atteindre la centaine de milliards. Le tout, c’est d’y croire !

Et puis, c’est toujours mieux que François, là-bas, au fond de la classe, qui, derrière son air de Droopy, essaye de nous faire croire qu’au contraire de ses congénères, au lieu d’augmenter les dépenses, lui va les diminuer.

Allons, François. Que vas-tu imaginer là ? On sait bien que les économies envisagées restent hypothétiques et de toutes façons teintées de cette immense difficulté que la moindre réforme, en France, cristallise immédiatement dans cette odeur caractéristique de merguez grillée.

A contrario, l’ouverture quasi-complète de tous les sprinklers à pognon par le candidat Mélenchon ne présente aucune complexité, si ce n’est vis-à-vis de nos partenaires européens dont tout indique que notre effervescent gauchiste n’aura à peu près rien à foutre.

Autrement dit, Fillon propose des économies et une austérité quelconques qui évoquent presque le sang et les larmes churchilliennes (presque, hein — restons sérieux, on parle du premier ministre de Sarkozy, tout de même) sans la moindre assurance d’y parvenir un jour, alors que Mélenchon promet de nous distribuer l’argent des autres, d’à-côté et des générations futures comme jamais auparavant, et s’il est élu, on sait qu’il y arrivera même avec un bras dans le dos.

Pas de doute, après le hareng de Bismarck que Jean-Luc nous proposa il y a quelques mois, c’est maintenant le tour d’une baleine qu’il va nous falloir avaler d’une bouchée…

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Source : http://h16free.com/2017/02/22/57449-election-presidentielle-la-baleine-de-melenchon


Nos élus et leurs petits patrimoines

mardi 21 février 2017 à 09:00

Avec le lancement de la campagne électorale pour le prochain tour de manège élyséen, tous les prétendants à décrocher la queue de Mickey se sont pliés à l’étape indispensable de déclaration patrimoniale. Si certains candidats, qui n’en sont pas à leur premier parcours, ont fait connaître leurs possessions depuis un moment, d’autres, en revanche, se découvrent un peu pour un électorat avide d’informations croustillantes.

Evidemment, la surprise n’est guère énorme lorsqu’on parle de Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou de François Fillon.

Le premier s’était déjà ouvert sur son patrimoine lors de la précédente campagne présidentielle où il avait même profité de l’occasion pour brocarder cette presse qui se repaît de façon un peu trop gourmande de ces détails affriolants qui, finalement, ne regardent que l’honnête homme : après tout, il pouvait aisément justifier des quelques biens immobiliers acquis au fil du temps et de quelques sommes rondelettes accumulées sur de modestes comptes épargnes.

Et ma foi, même si l’Express s’était, sur le moment, fendu d’un article intitulé « Patrimoine: Mélenchon n’est pas trop plébéien » que l’intéressé n’avait donc pas trop goûté, on ne peut que constater la modestie des sommes et possessions dont il est question et dont l’addition des montants dépasse probablement assez peu le million d’euros. Après 27 années passées dans la vie publique française, dont plusieurs mandats de sénateur, de député européen, de conseiller général et deux années comme ministre délégué, l’accumulation financière reste modeste.

Concernant François Fillon, non seulement son patrimoine est connu, mais en plus a-t-il bénéficié de l’épluchage en règle de toute une partie de la presse et notamment du Canard Enchaîné, épluchage qui aura d’ailleurs conduit à jeter le doute sur la solidité des emplois attribués à sa femme. Nonobstant, là encore on parle de sommes qui, si elles sont plus substantielles que celles de Jean-Luc Mélenchon, n’en restent pas moins relativement modestes. On est loin des patrimoines accumulés aux États-Unis par les Clinton et autres Obama qui se comptent en multiples millions.

Pour Marine Le Pen, le constat reste le même : si, là encore, les montants déclarés semblent un peu plus gros que ceux de Fillon ou de Mélenchon, on a bien du mal à attendre le million d’euros, barre peut-être trop symbolique pour que nos candidats se risquent à la franchir.

À vrai dire, c’est même suffisamment modeste pour qu’on se demande un peu où passe l’argent que ces élus touchent de leurs fonctions : après tout, tous les trois ont été pendant de longues périodes assez bien rémunérés par la République et on pourrait s’attendre à des économies plus substantielles. Manifestement, être élu impose un train de vie qui s’accommode mal d’une solide épargne.

Du côté des petits nouveaux, difficile de ne pas s’attarder aux cas de Benoît Hamon et Emmanuel Macron.

Le second est d’autant plus intéressant qu’il est connu pour avoir participé à une grosse fusion-acquisition pour le compte de la banque Rothschild et que cela lui a permis d’engranger presque trois millions d’euros. Son passage au secrétariat général de l’Élysée aura ajouté presque 400.000 euros de salaires. Si l’on découvre, au fil des informations disponibles dans la presse, qu’il a bien quelques comptes et assurances vies dont les montants totaux ne dépassent finalement pas le demi-million, ses déclarations ne permettent pas forcément d’en savoir plus sur son patrimoine total et ce qui reste effectivement des millions obtenus suite à sa courte expérience de banquier.

Bref, même après être passé par Rothschild, notre frétillant leader christique ne semble pas avoir conservé une grosse fortune personnelle.

Quant à Benoît Hamon, sa déclaration de patrimoine envoie autant de rêve que son programme politique : à part de l’immobilier (pour plus de 800.000 euros et dont plus de 70% n’ont pas encore été remboursés) et un fonds de retraite d’eurodéputé qui grimpe un peu au-dessus de 60.000 euros, ses comptes courants sont à la fois nombreux (une bonne demi-douzaine) et peu charnus (leur total n’excède pas 8500 euros). Même en ajoutant une vrombissante Opel Corsa à 10.000 euros dans l’escarcelle (qui paraît tout de même un peu plus sérieuse que le vélo de Taubira), tout ceci ressemble terriblement à un patrimoine moyen de français aisé, mais ni trop, ni trop peu.

À la lecture de ces éléments, pour chacun de ces candidats, un constat s’impose : être élu ne rapporte vraiment pas des masses. C’est même pire que ça : compte-tenu du risque de voir sa vie ainsi exposée dans les journaux, d’être si régulièrement trainé dans la boue par les journalistes voire de vilains blogueurs moqueurs, de se retrouver empêtré dans une enquête diligentée par l’un ou l’autre parquet financier soudainement soucieux à l’extrême de la bonne utilisation des fonds publics, on se demande exactement si les patrimoines accumulés et les sommes gagnées en valent la chandelle.

Pensez donc : on ne compte pas les heures de ces messieurs-dames ; on leur demande de courir la lande, presque tous les jours ; ils sont élus, je vous le rappelle, pour défendre vaillamment la veuve, l’orphelin, la République et la société française contre un peu tout ce qui va de travers dans ce bas monde ; et en échange, tout montre que les émoluments qu’ils reçoivent ne sont qu’une bien piètre compensation du sacerdoce, que dis-je, du sacrifice que ces individus nous font en se présentant ainsi, inlassablement, aux élections.

On en viendrait presque à se demander pourquoi ils sont si nombreux dans la course.

La seule explication raisonnable qui me vient à l’esprit est que le pays est si gravement malade des décisions politiques hasardeuses du passé que plusieurs belles âmes se sont levées pour tenter de le relever et lui donner un futur scintillant ; seule une situation presque perdue d’avance explique à la fois le nombre conséquent et l’abnégation de ces politiciens qui n’accumulent guère de patrimoine alors que leurs salaires sont très notoirement au-dessus de la moyenne et de la médiane française.

politics, before & after elections...

D’autre part, une autre question vient immédiatement à l’esprit à la lecture de ces patrimoines.

Lorsqu’on voit, justement, la difficulté que tous ces gens ont pour épargner et conserver un patrimoine conséquent, on ne peut que se demander si l’État n’est pas un trop terrible prédateur pour qu’il soit raisonnablement envisagé de le maîtriser dans son appétit fiscal vorace : si des élus, ceux-là même qui font les lois, ne parviennent pas à accumuler un peu de richesse, comment attendre des Français qu’ils sortent de la pauvreté, alors même que tous ces candidats s’y engagent d’une façon ou d’une autre dans leurs programmes ?

Alternativement, si ce n’est pas l’État qui leur ponctionne bien trop, on se demande si ces gens, incapables qu’ils semblent être d’accumuler vraiment du capital, sont bien dans la meilleure position pour gérer tout un État et ses centaines de milliards d’euros de budget, ses milliers de postes de dépense et ses myriades d’occasions de faire une grosse boulette coûteuse…

Plus simplement, faut-il vraiment voter pour des types qui vont gérer la France comme ils gèrent leurs propres affaires ?

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Source : http://h16free.com/2017/02/21/57414-nos-elus-et-leurs-petits-patrimoines