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La reprise ? Désolé, c’est fini.

mardi 7 juin 2016 à 09:00

Et patatras, c’est la catastrophe ! Tout était pourtant si bien engagé : pour le président François, après quatre années de vaches de plus en plus maigres, la croissance allait revenir, le chômage fondre, les bonnes nouvelles s’accumuler et la reprise revenir, vigoureuse comme une montée de sève printanière. Manque de bol, tout calcul fait, la reprise n’est plus.

La nouvelle est tombée, glaçante, sur tous les télex de la République du Bisounoursland où, pourtant, tout avait déjà été calé en prévision des réjouissances qui s’annonçaient nombreuses alors qu’enfin, le chômage était vaincu, la croissance revenait et les rivières de miel et de lait s’apprêtaient à couler en jets continus sur tout le pays : malgré les immenses efforts déployés par l’extraordinaire équipe de saltimbanques de la troupe Vallshollande, la joie n’est plus au programme pour les mois qui viennent et les rires cristallins des enfants heureux qui jouaient gentiment dans les couloirs de l’Elysée ont été douchés par les déclarations tristounettes de la Banque de France elle-même : la reprise, c’est fini.

Vendredi dernier, dans un communiqué laconique, la Banque de France a en effet indiqué que le PIB du pays devrait progresser de 1,4%… Ce qui est moins que les prévisions de Bercy (qui envisageait un 1,5% bien ronflant). Et même si la Banque prend des précautions en notant des aléas autour de ses prévisions, elle semble renoncer à envisager une accélération de fin d’année.

Bien sûr, au premier trimestre, le PIB a progressé de 0,6% selon l’Insee ce qui permet d’établir la croissance annuelle au moins à 1,1%. Bien sûr, selon les petits calculs de l’INSEE, la confiance des ménages et des chefs d’entreprises est en hausse, la consommation est solide et l’investissement repart. Bien sûr, les taux de crédit sont rikiki (grâce au sprinkler à pognon à la politique monétaire accommodante de la BCE). Bien sûr, l’euro se tient bien face au dollar (même si le prix du baril montre des petits signes de nervosité). Youpi, donc.

Mais non : la Banque de France semble renâcler à l’idée qu’enfin, le pays serait sorti de l’ornière dans laquelle le méchant (très méchant) Sarkozy l’avait plongé, et de laquelle le valeureux (si valeureux) Hollande l’a sorti. Il faut dire que l’établissement a un peu de quoi s’inquiéter : l’Euro 2016 ne garantit guère qu’une croissance marginale (voire nulle), les cours du pétrole peuvent continuer à grimper, les taux peuvent remonter, le dollar aussi, l’eau de la Seine encore un peu plus, bref, tout n’est pas encore bien calé.

Et puis, il y a aussi quelques signes extérieurs, entêtants et qui montrent que tout ne semble pas aller aussi bien que cela pourrait.

Il y a par exemple la petite musique qui vient de la grosse Commission, à Bruxelles… Peut-être les maladresses (volontaires ?) de Juncker ont-elles forcé Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, à admonester la Commission et, à travers elle, la France, pour la décontraction avec laquelle le pays n’arrête pas de jouer du trampoline sur les critères de Maastricht ? Il faut dire que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, avait expliqué sans rire ne cesser de donner des dérogations à la France en matière budgétaire « parce que c’est la France et qu’on ne peut pas appliquer le pacte de stabilité de façon aveugle », n’est-ce pas, ce qui provoque (et on le comprend) une franche irritation des pays moins arrogants et plus respectueux du pacte en question.

Or, si la Commission devait effectivement sanctionner la France pour sa conduite budgétaire, nul doute que les perspectives riantes et chantantes dressées par Bercy en prendraient un coup.

Il y a aussi l’autre petite musique qui vient de la Bundesbank, la banque centrale allemande, et qui revoit ses propres prévisions de croissance à la baisse… Or, si la locomotive de l’Europe marque le pas (oh, pas de beaucoup, mais tout de même), comment continuer à croire sans hésiter à une croissance revenue et vigoureuse pour la France, régulièrement caractérisée par ses retards à l’allumage et la mollesse de ses reprises ?

cgt - si je n'étais pas là

Il y a enfin, sur le plan intérieur, la récente accumulation des petites tensions sociales ici et là. Si l’humidité du mois de mai a certainement permis de calmer les ardeurs boboïdes des valeureux dormeurs debout, les autres manifestations de mécontentement, les arrêts de travail d’une certaine catégorie de syndiqués et les « pannes » technico-sociales d’une certaine catégorie de matériel roulant ou électrifiant n’ont absolument pas aidé le pays à continuer sur sa belle lancée pleine de croissance, de reprise et de création d’emploi, ahem brmmmbref enfin vous comprenez.

Dans ce contexte, on comprend d’autant mieux les petits chouinements tristes de Michel Sapin, le factotum en charge de ce qui reste des finances du pays. Pour lui, à force de faire des grèves, des arrêts de travail, des journées d’actions syndicales pas très productives et des blocages de sites divers et variés, on va finir par « mettre des bâtons dans les roues de la reprise de l’économie ». Il faut bien reconnaître que, même s’il a une féroce habitude à débiter des âneries (comme par exemple continuer à prétendre que la France parviendra à tenir ses objectifs d’un déficit limité à 3% du PIB – quel gros bobard, d’ailleurs dénoncé par la Cour des comptes !), notre petit bonhomme n’a pas complètement tort en soulignant qu’à force de rien faire, de s’arrêter et de faire grève, la France pourrait bien marquer le pas.

tweet ayrault chômage

On regrettera malgré tout que le petit financier du gouvernement n’ait pas jugé bon de nous faire un rapide total du coût des promesses répétées du dorénavant-candidat Hollande. Apparemment, le montant s’établirait tout de même à 18 milliards d’euros.

Ça, plus tout le reste, on a bien du mal à voir où la croissance va venir se nicher, où les économies attendues se trouveront, comment les déficits diminueront et comment la « reprise » arrivera.

forcément ça va bien se passer - vague

Source : http://h16free.com/2016/06/07/53692-la-reprise-desole-cest-fini


Ce sentiment persistant d’insécurité

lundi 6 juin 2016 à 09:00

La France peut bien subir des grèves, des blocages, des inondations, elle reste toujours la France avec son art culinaire, ses paysages colorés et ses traditions parmi lesquelles figure apparemment le détroussement des voyageurs sur les routes du pays, et pas seulement par la maréchaussée dûment accréditée pour ça…

C’est ainsi qu’on apprend, de façon tout d’abord fort discrète dans un petit article du Parisien, qu’un sentiment fortuit d’insécurité se serait matérialisé assez brutalement chez une petite troupe d’itinérants festifs et joyeux dans notre beau pays. Il se serait même cristallisé lorsqu’un sac à main se serait fait dérober d’une Mercedes en voyage à la sortie de l’autoroute A86, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) en direction de Saint-Denis.

Bon, manque de bol pour les autorités, la diplomatie française et (on va le voir) la presse nationale française, le sac à main était celui de la Princesse Astrid de Belgique, la Mercedes celle de sa famille royale et la petite troupe, la délégation de véhicules officiels. Dommage pour Le Parisien qui n’a pas cru bon de terminer en louant notre Sécurité Routière qui place des radars et des flics par douzaines sur les routes de France mais n’étend pas le concept de sécurité jusqu’à celui des portières, des vitres et des sacs-à-main sur le siège avant. Plutôt, il choisit de conclure avec une sobriété de chameau que l’enquête a été confiée à la Sûreté territoriale de Seine-Saint-Denis, voilà voilà, et passons vite fait à la météo, hein, après tout, l’eau monte et Paris-Plage semble avoir pris de l’avance, tagada tsoin tsoin.

paris plage plouf

Pour situer un peu dans le temps, tout ceci a eu lieu le 3 juin. La moiteur du mois justifie sans doute que le reste de la presse, écrasée par les températures affolantes et la sécheresse qui règne actuellement, n’ait pas vu l’entrefilet et n’ait donc pas trouvé le temps de relayer l’information. Mais bon, tout de même : on ne parle pas de Jean et Josette Dubidon dans leur 406, qui ont subi la même avanie et dont, objectivement, toute la police (y compris la maintenant célèbre Sûreté territoriale de Seine-Saint-Denis) se fout éperdument nonobstant le dépôt de plainte et les petits papiers que la famille Dubidon aura remplis.

Mais bon, il y a par exemple 50 ans de cela, les circonstances auraient été différentes et on peut parier que la mésaventure de la Princesse et de son mari l’archiduc Lorenz auraient au moins fait l’objet d’un article dans la presse nationale. Après tout, à cette époque, ce n’était pas tous les jours que la France recevait des hôtes de marque et qu’ils se faisait dérober leurs affaires de façon aussi vile. Et même récemment, lorsqu’un prince saoudien se fait tirer une montre de luxe, la presse relaie sans même hésiter à rappeler que ce n’est pas le premier cas d’espèce.

journalism - demorand keep fakingMais ici, rien. La modestie de la somme dans le sac de la Princesse (seulement 2000€, les enfants, un peu plus d’un SMIC, que peut-on faire avec ça de nos jours, sérieusement ?), la provenance des victimes (on ne parle pas de l’Arabie Saoudite, ici, mais de la Belgique, hein, un pays limitrophe et ami qui n’a pas assez de pétrole et beaucoup trop d’expatriés fiscaux, n’est-ce pas), et le mode d’exaction (un vol à la portière, mes pauvres amis, l’enfance de l’art et donc probablement un jeune en mal de sensations fortes, tout au plus, pas un gang de dangereux criminels), bref, tout concourt donc à ce que la presse française passe un blanc pudique sur l’événement.

Il faut attendre le 4 juin pour que ce soit RT (le vigoureux organe de Putine – je parle toujours médias, ici) qui en parle. Belle reprise de volée de la part de nos amis russes, mais malheureusement, il n’y a guère besoin de les forcer à nous faire voir la réalité déplorable du pays puisqu’ils ne font que reprendre des informations malheureusement exactes et surtout, toujours pas présentes dans la presse française nationale qui continue, le 4 juin, à s’en foutre complètement (l’eau continue de monter, les amis, et Roland Garros prend la tournure d’une vaste blague humide).

Magie des réseaux sociaux, c’est à partir de cette source que l’information commencera à tourner un peu, de pages Facebook en Twitters divers, pour arriver, finalement, le 5 juin, après 48 heures de pérégrinations dans les tuyaux d’internet, dans les petites feuilles de la presse nationale. Enfin, « presse nationale »… Closer et des tabloïdes « People » dont on finira par croire qu’ils en font plus et mieux en matière de journalisme que les médias officiels (du reste, c’était bien Closer qui avait lâché le morceau sur la maîtresse élyséenne). Voilà qui permet d’établir une échelle de valeur du journalisme français, qui n’est décidément pas à l’avantage de la presse nationale sur-subventionnée.

astrid - vol à la portière - google news

Le 5.06.16, vers 12:00, GoogleNews est formel : toujours rien dans la presse nationale. Ça va mieux.

En définitive, on ne peut qu’admirer cette belle performance : une Princesse se fait brigander par des malandrins non assermentés sur une route de France, ce qui intéresse vaguement la presse people et ses petits potins, mais pas plus. Peut-être la Princesse aurait-elle dû se faire violer ou tuer pour qu’enfin, Libération, Le Figaro, Le Monde et les journaux télés finissent par rendre compte d’un fait certes divers, mais impliquant une personnalité étrangère en déplacement sur notre territoire, et indiquant pourtant clairement comme un petit délitement inquiétant de la sécurité dans le pays.

Délitement qui, au passage, n’est pas ressenti seulement par les Princesses en Mercedes (ou Jean et Josette Dubidon en 406) mais aussi par certains de nos élus qui n’hésitent pas à se faire payer une arme et le porte-flingue qui l’accompagne par les fonds publics. Si la plèbe doit être impuissante, les élus, eux, doivent prudemment s’armer. Au cas où.

Mais voilà, princesse Astrid, pas de bol : comme le dit d’emblée l’article du Parisien, « Le scénario était des plus banals », votre aventure, chère Altesse, est d’une banalité affligeante et ne déclenche donc qu’un vague bâillement auprès des médias (et probablement autant auprès de la maintenant indispensable Sûreté territoriale de Seine-Saint-Denis). Comme la presse nationale s’en fiche, votre sentiment d’insécurité (routière ?) perdurera.

Une bonne nouvelle cependant : en matière de sentiments, celui d’insécurité en premier, il est maintenant probable que la Princesse belge partage plus avec le peuple français que son élite politique et sa classe jacassante.

C’est tout à fait rassurant.

Source : http://h16free.com/2016/06/06/53694-ce-sentiment-persistant-dinsecurite


Nucléaire : small is beautiful

dimanche 5 juin 2016 à 11:00

Et pour continuer dans la série des évolutions tranquilles qui sont, en fait, des révolutions silencieuses, je voudrais partager avec vous une information passée relativement inaperçue en milieu de mois dernier mais dont les implications sont suffisamment importantes pour y dédier un petit billet, d’autant que cela concerne l’énergie nucléaire.

L’énergie nucléaire est évidemment une question à la fois large et si chargée émotionnellement qu’il est souvent difficile de ne pas immédiatement partir dans un débat surpassionné où, rapidement, les intervenants s’échangent des noms d’oiseaux mutants. De mon côté, j’ai bien sûr déjà évoqué la question sous plusieurs angles, en notant plusieurs choses que les passions du moment éclipsent trop souvent.

Clean EnergyTout d’abord, l’énergie nucléaire ne manquera pas. N’en déplaise aux indécrottables malthusiens qui oublient trop souvent de faire de l’économie pour se contenter de physique et de psychologie rudimentaires, non, les ressources essentielles à l’énergie nucléaire ne manqueront pas. D’une part, l’uranium est assez abondant, et d’autre part, d’autres matériaux fertiles existent, à commencer par le thorium.

Ensuite et malgré les cris d’orfraies répétés, exagérés et hystériques des écologistes plus ou moins incohérents, l’énergie nucléaire est certainement bien plus sûre et bien moins polluante que les autres énergies. Outre le ratio du nombre de morts par TWh le plus faible de toutes les énergies disponibles actuellement, la production de déchets nucléaire est nettement mieux gérée que celle de tous les autres déchets industriels des exploitations des autres sources d’énergie, depuis le charbon jusqu’à l’hydro-électrique (et j’éviterais de m’appesantir sur l’éolien, fumisterie ultra-polluante).

Enfin, en termes industriels, l’énergie nucléaire est actuellement la seule qui soit économiquement viable et apte à répondre aux besoins gigantesques de toute l’humanité pour ce siècle et les suivants. Même si le pétrole ne manque pas (et loin s’en faut, même en tenant compte des blocages de la CGT et des âneries collectivistes de Maduro), les besoins énergétiques de l’humanité ne cesseront d’augmenter dans les prochaines décennies : à mesure que l’Asie et l’Afrique sortent de la pauvreté, une classe moyenne toujours plus nombreuse et qui se compte en centaines de millions d’individus ne pourra atteindre le confort possible actuellement qu’à la faveur d’un déploiement continu et massif de cette énergie.

Cette évolution démographique et sociale n’est pas un pari ou un vague sentiment, c’est, pour ainsi dire, une évolution inéluctable de la société humaine. La mauvaise nouvelle, c’est que l’accession de ces millions d’individus à un niveau de richesse moderne ne se fera pas sans faire grincer des dents quelques « intellectuels » médiatiques, leaders politiques et autres riches occidentaux qui multiplieront les arguments périphériques voire fallacieux, depuis l’écologie jusqu’à la surpopulation en passant par un racisme presque ouvert, pour les en empêcher. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe maintenant des solutions effectives pour répondre à ces nouveaux besoins gigantesques, tout en tenant compte des contraintes économiques, écologiques et géostratégiques (le nucléaire étant, en ce dernier domaine, tout particulièrement riche d’émotions paniquées).

C’est dans ce contexte qu’on apprend que la Tennessee Valley Authority (TVA), l’autorité gouvernementale en charge notamment de la production d’électricité dans plusieurs États américains de la vallée du Tennessee, a récemment demandé un permis de développer un réacteur nucléaire de petite taille à la USNRC (la Commission de régulation nucléaire américaine). Le but de cette demande est de passer en revue la sécurité, les prérequis en matière environnementale et de réponse d’urgence pour la construction potentielle d’un réacteur nucléaire de prochaine génération, sur le site de Clinch River, près d’Oak Ridge. Au passage, la proximité d’Oak Ridge ne doit rien au hasard puisque s’y trouve les Laboratoires nationaux d’Oak Ridge et qu’y avait été testé, plusieurs années durant, le principe d’un réacteur nucléaire à base de sels fondus de thorium.

Small Modular Reactors Plant

Cette demande de permis n’est pas une petite affaire puisqu’elle marque probablement un tournant dans la production industrielle effective de réacteurs nucléaires de petite taille. Ces derniers représentent en effet une vraie opportunité économique puisqu’au contraire d’une centrale nucléaire classique qui s’inscrit sur des cycles économiques très longs (on parle facilement de 40 à 50 ans), l’investissement initial est bien plus modeste et permet un retour en quelques années (8 à 10 typiquement). Or, les centrales actuelles, basées sur des réacteurs de taille importante, entraînent des coût qui deviennent immédiatement prohibitifs si on doit réduire l’horizon d’investissement autour de 10 ans.

En revanche, les réacteurs envisagés dans cette opération sont immédiatement construits avec un souci de modularité, afin de produire des petites unités très faciles à produire à la chaîne ce qui permet d’abaisser énormément le coût de chaque unité. En effet, dans les constructions de centrales actuelles, ce qui revient très cher est la sécurité qui est, à chaque fois, taillée sur mesure.

En outre, il est aussi envisagé d’utiliser des procédés de générations plus souples, depuis le Thorium, technologie ancienne et finalement bien maîtrisé, jusqu’au plus innovants réacteurs à onde progressive, encore au stade expérimental. De plus, ces nouveaux réacteurs sont construits en tenant compte des contraintes actuelles du marché dans lequel la production électrique peut grandement varier et doit s’adapter à des prix de marché très fluctuants : l’arrivée des énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque) dans les sources d’électricité sur les réseaux provoque des variations importantes dans les flux disponibles, et pouvoir disposer de réacteurs qu’on peut démarrer ou éteindre à volonté ou presque est devenu un enjeu économique notoire. L’organisation modulaire proposée permet justement de tenir compte de cette nouvelle donne.

S’il est bien difficile d’affirmer que l’avenir appartient à ce genre de petits réacteurs nucléaires modulaires, sur le papier ils semblent bien répondre aux différents défis de ce siècle. A l’opposée de cette initiative qui fleure décidément bon le « small is beautifull », on constatera en tout cas que l’architecture massive des centrales nucléaires modernes pose de sérieux problèmes en terme de réalisation (EDF et Areva en savent quelque chose).

Au passage, on ne pourra alors s’empêcher de dresser un parallèle intéressant entre ces deux cas d’écoles (les petits réacteurs à fission contre les grosses centrales sur fonds publics) et les progrès réalisés sur le front de la fusion, où d’un côté, le chemin que prend ITER, monstre architectural et étatique lancé à coup de milliards d’euros, laisse présager d’une fin aussi coûteuse que médiocre, et de l’autre, certains projets plus confidentiels comme celui de Lockheed Martin continuent de proposer des alternatives de plus en plus crédibles, pour une petite fraction du prix d’ITER…

duflot aime le nucléaire

Source : http://h16free.com/2016/06/05/53587-nucleaire-small-is-beautiful


Quand Bitcoin uberise Uber

vendredi 3 juin 2016 à 08:55

Uber, AirBnB et autres applications dites « disruptives », et généralement englobées dans le vocable des applications de l’économie participative, n’ont pas encore fini de savonner la planche des administrations étatiques que déjà se profile un nouveau changement d’ampleur, qui promet de saper autant les fondements étatiques que ceux de ces sociétés tierces : les applications en peer-to-peer, basées sur la technologie sous-jacente du Bitcoin, la blockchain.

Dit comme cela, on s’imagine immédiatement une usine à gaz. On aura tort puisqu’il s’agit d’un simple retour au commerce tel qu’il fut jadis, c’est-à-dire l’échange raisonné de bien ou de service entre adultes consentants, sans intermédiaire ni parasitage extérieur.

Oh, bien sûr, il est toujours possible, actuellement, d’échanger une heure de son temps avec un voisin pour l’aider dans un bricolage quelconque. Il est heureusement encore possible de dépanner la mère de famille en gardant ses marmots (ou le chat du voisin lorsqu’il part en vacances). Jusqu’à présent, il restait cependant assez complexe de faire passer à l’échelle cette « économie du partage direct ». D’une part, la nécessité d’une relation de confiance restreint naturellement les possibilités d’échange entre individus. Alternativement, si un paiement est effectué, on sombre rapidement dans un développement commercial, et les démarches administratives qui l’accompagnent refroidissent très vite toute velléité d’aller plus loin. D’autre part, faire savoir qu’on est prêt à payer pour un service, ou, à l’opposé, qu’on vend ses disponibilités ou son expérience imposait jusqu’à récemment de passer par des sites de petites annonces, que ce soit sur papier ou sur internet, qui constituaient toujours un point central d’échange dont l’étanchéité avec les services fiscaux ou administratifs n’était jamais assurée.

Avec l’avènement des AirBnB et autre Uber, on a surtout constaté un déplacement ou un amoindrissement des contraintes légales, sans changement fondamental de la relation entre le producteur du service et son consommateur. Si, grâce à Uber, Cookening, AirBnB et j’en passe, tout le monde ou presque peut s’improviser, de temps en temps, taxi, restaurant ou hôtel, on retrouve dans chacun de ces cas une société qui s’occupe de mettre en relation le client avec le fournisseur et qui, pour vivre, prend une commission plus ou moins généreuse pour avoir fourni cette mise en relation, avoir permis de noter le client et le fournisseur, s’être occupé de la partie financière (paiement du service, essentiellement).

blockchain - mécanisme global

L’apparition de la blockchain, la technologie sur laquelle est construite la monnaie numérique Bitcoin, change fondamentalement la donne : d’une part, il s’agit d’une technologie qui repose sur l’inutilité d’un tiers de confiance, c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire de faire confiance à un tiers pour valider les transactions ou stocker ses avoirs, puisque c’est le réseau, dans son ensemble, qui s’en charge. D’autre part, cette technologie, par nature décentralisée, permet de mettre directement en relation les individus.

Il y a quelques semaines de cela, j’avais évoqué Openbazaar, qui offre à tous la possibilité d’offrir ses produits ou services, sans avoir besoin de les référencer auprès d’un site d’e-commerce ou de petites annonces spécifiques, coupant ainsi complètement les frais liés à l’intermédiaire de ces transactions.

Une extension logique de cette décentralisation et de l’application de la blockchain apparaît maintenant avec Arcade City, qui est une application de mise en relation directe de clients et de fournisseurs appliquée aux taxis : ancien chauffeur chez Uber à Portsmouth (États-Unis), Christopher David a ainsi développé cette application mobile qui permet de connecter les chauffeurs et les voyageurs directement entre eux, sans passer ni par une centrale de réservation, ni par une infrastructure dédiée. Le bonus pour les chauffeurs est évident : ce sont eux qui fixent leurs propres tarifs, qui les affichent et qui laissent donc les clients accepter ou non le prix de la course. Comme il n’y a pas d’intermédiaire, 100% du prix de la course revient donc au chauffeur, là où Uber et ses concurrents traditionnels prennent une commission.

Avec un tel système, on se rapproche bien évidemment du système de taxi artisanal, où le patron-taxi, disposant de son propre véhicule et de sa propre licence, peut effectuer des courses et bénéficie de l’intégralité du paiement, à ceci près que les taxis « Arcade City », ne faisant pas de maraude et ne roulant pas sur les voies réservées aux taxis et au bus, n’ont pas besoin de la licence spécifique.

Bien évidemment, après avoir vu les taxis hurler contre les VTC, et les VTC hurler contre Uber, il n’est pas impossible de voir ensuite Uber (et ses coréligionnaires) hurler contre cette application. Parallèlement, l’État aura certainement quelques petits cris stridents en se rendant compte qu’avec un tel système, il devient à peu près impossible de déterminer qui, dans une voiture, est transporté à titre gratuit de ceux qui le sont à titre onéreux et dès lors, trouver une façon pratique et rentable de ponctionner le fournisseur de service ou son consommateur va probablement s’avérer tâche impossible.

En réalité, nous assistons à la disparition rapide de toute une partie d’un pan de l’économie. Non pas ce secteur du taxi qui continuera, on peut le parier, à exister quelques années encore : les gens auront bien encore un moment besoin d’aller d’un point à un autre et seront prêt à payer une somme modique pour ce faire. En revanche, l’économie du secteur des taxis, lourdement administrée par l’État et les corporations, qui l’avaient mise en coupe réglée et y avaient trouvé une source rondelette d’apports financiers, elle, va disparaître.

TGV, à eux de nous faire passer à la voiture.Avec sa disparition, on peut raisonnablement compter sur la multiplication des trajets et l’abaissement des prix du transport correspondant. Inévitablement, lorsque le prix de la course sera assez bas, la concurrence avec les transports collectifs, généralement lents, polluants et peu pratiques, atteindra son paroxysme. Les municipalités devront faire assaut d’inventivité pour expliquer des ponctions toujours plus élevées pour des réseaux de bus, de trams ou de métros que les gens utiliseront de moins en moins. Seuls les trajets de moyenne et de longue distances justifieront encore l’économie d’échelle que représente un train ou un avion. Enfin, par extension, si l’on peut transporter des personnes rapidement et pour un prix modique d’un point à l’autre d’une ville, il en sera rapidement ainsi pour tout le reste.

Uber a fait plus en une poignée d’années que l’État et les corporations de taxi en cent ans pour assouplir enfin le transport personnel en ville en redonnant le maximum de pouvoir au consommateur. Gageons qu’Arcade City fera encore progresser le marché du transport en le rééquilibrant du côté de l’offre et en nous débarrassant de l’État qui s’était arrogé une mission de plus en plus mal remplie.

Source : http://h16free.com/2016/06/03/53595-quand-bitcoin-uberise-uber


La révolution des robots continue, silencieusement

jeudi 2 juin 2016 à 09:00

Le progrès n’attend pas. Ainsi, pendant que, comme je l’expliquais hier encore, l’Assemblée nationale en profite pour injecter de la surveillance permanente dans votre voiture, dans le reste du monde et de façon un peu plus pragmatique, ce sont les robots qui se répandent dans les entreprises.

Ce sera sans surprise qu’on apprendra à ce sujet qu’Adidas a choisi l’Allemagne pour ses prochaines expériences industrielles. L’entreprise a en effet annoncé le 24 mai dernier qu’elle entendait faire fabriquer ses baskets par des robots d’ici l’année prochaine, ce qui lui permettra de rapatrier en Europe une bonne partie de sa production actuellement basée en Asie, et très largement réalisée à la main. Et le choix de l’Allemagne est bien sans surprise puisque ce pays a largement misé sur ses robots dont il est le premier producteur européen et qui peut s’enorgueillir d’avoir 281 robots pour 10.000 salariés (et un taux de chômage moitié moindre qu’en France, est-ce utile de le rappeler ?).

En introduisant de la robotique dans un maximum d’étapes de la conception de ses chaussures, l’entreprise vise à nettement diminuer son temps moyen de production d’un an et demi pour les chaussures faites main à quelques jours lorsqu’elles sont réalisées par des robots. Dans ce contexte, le groupe construit d’ailleurs une usine de 4600 m² à Ansbach en Allemagne. Cette usine livrera la première série test de 500 chaussures pour une vente dès le troisième trimestre 2016. Adidas envisage aussi de construire sa seconde usine aux États-Unis, et réfléchit à des équivalents en France et au Royaume-Uni.

Ce mouvement de robotisation et de relocalisation des activités n’est pas vraiment nouveau.

D’une part, les salaires ont nettement augmenté dans toute l’Asie, rendant moins pertinentes les économies de main-d’œuvre réalisées jusqu’alors avec les délocalisations. D’autre part, la robotisation concerne maintenant toutes les entreprises de fabrication en série (Nike talonne donc Adidas à petits bonds nerveux), et s’étend donc logiquement… aux fabricants chinois ou coréens eux-mêmes.

C’est ainsi qu’en Corée du Sud, Samsung investit fortement pour remplacer sa main-d’œuvre humaine par des robots afin de continuer à construire ses équipements électroniques de façon compétitive face à la concurrence de la main-d’oeuvre chinoise, réputée moins onéreuse. En outre, Samsung a été commissionné par le gouvernement sud-coréen pour développer les prochains robots de haute précision qui, pour le moment, sont produits à l’étranger et sont importés à grands frais. La Corée du Sud vise-t-elle à devenir l’Allemagne de l’Asie ?

innovation

De leur côté, les Chinois ne sont pas en reste puisque Foxconn, le géant chinois de l’assemblage de produits électroniques, teste à grande échelle le remplacement de ses ouvriers par des robots pour les tâches répétitives et vise à remplacer 60.000 emplois par ces automates, ce qui permettra de redéployer les ressources humaines sur des travaux réclamant plus de savoir-faire et de doigté, depuis le contrôle qualité jusqu’à la recherche et développement.

À la lecture de ces annonces, tant du côté d’Adidas que du côté de Foxconn, Samsung ou Nike, on comprend que le mouvement de robotisation de toutes les tâches répétitives de précision est en pleine ascension. En outre, l’arrivée sur le marché de robots moins coûteux, de plus en plus polyvalents, va rendre l’exécution de petites séries plus rentable, voire permettre des travaux d’orfèvrerie à des prix toujours plus bas. On assiste ici au même changement paradigmatique qu’avec l’arrivée de l’impression 3D qui offre là aussi la possibilité de produire de la très petite série ou des pièces autrement irréalisables par les moyens industriels traditionnels utilisés pour les grandes séries.

robot will process data for energyAu passage, on devra s’interroger de la réaction des bobos conscientisés qui n’achetaient plus leurs Nikes ou leurs Adidas qu’avec un pincement au cœur en pensant aux ouvriers chinois exploités (« Pensez donc, 2$ de l’heure pour fabriquer des ziphones, ma brave dame, c’t’un scandale »). Cette robotisation risque de les plonger dans l’embarras intellectuel : devront-ils pleurer le sort de ces ouvriers remplacés par des machines, ou devront-ils au contraire se réjouir qu’ils n’aient plus à devoir travailler de pénibles heures à coudre des chaussures pour un salaire de misère ?

De fil en aiguille, on peut aussi parier que ces bobos conscientisés seront vite rejoints par les nouveaux Canuts et autres Ludites que la France s’empresse (ironie du sort) de produire à un rythme stakhanoviste, afin de lutter contre cette abominable robotisation qui détruit de l’emploi, appauvrit les familles et détraque le temps, y’a plus de saison ma brave dame c’t’un scandale là aussi. Oui, après tout, luttons contre le bénéfice apporté par les robots ! Pour employer tout le monde, mettons à bas ces automates vicieux ! Revenons à la couture la plus fruste (avec des os taillés comme aiguilles, hein), engageons de grands travaux à coup de petites cuillères vengeresses, et croyez-moi, il y aura du travail pour tout le monde, c’est évident.

Et tant qu’à faire, protégeons encore plus les salariés qui seraient remplacés par ces hideux robots. Oh, bien sûr, cela aura pour effet inévitable d’accroître encore le coût d’embauche, de verrouiller un peu plus le marché du travail pour ceux déjà employés, mais ce n’est pas grave : même si c’est exactement ce qu’on observe actuellement (et qui explique au moins en bonne partie le différentiel entre la France, surprotégée et en sur-chômage, avec l’Allemagne ou la Suisse, aux lois bien plus souples et aux syndicats beaucoup plus affûtés), soyez certains que cette révolution robotique sera farouchement combattue avec ces méthodes catastrophiques qui empêcheront l’émergence de nouveaux emplois, devenus trop coûteux et qui ne seraient justement pas remplaçables par des robots (ceux avec un fort relationnel humain, typiquement).

Quel avenir douillet, celui qui se profile à l’horizon ! On va pouvoir mesurer en grandeur réelle la différence entre deux options : celle prise par les pays qui surprotègent leurs salariés et combattent le progrès, et l’option de ceux qui ont un code du travail mince et efficace, et embrassent les changements technologiques qui s’annoncent.

robots helping cats

Sur le court terme, les Chinois et les Coréens souffriront probablement de cette nouvelle évolution si rapide, et leur société devra s’adapter à ces changements profonds. Les Allemands, eux, s’en sortent déjà pas mal. Sur le moyen et sur le long terme, il m’apparaît en revanche bien plus délicat de trancher entre les deux options choisies puisque la seconde imposera, par la force des choses, une adaptabilité et un redéploiement des ressources là où c’est économiquement et humainement rentable, pendant que la première, guindée et sûre d’elle-même, continuera de s’enfoncer douillettement dans ses acquis sociaux, plongeant avec délice et abandon toute sa société dans un formol épais.

Source : http://h16free.com/2016/06/02/53653-la-revolution-des-robots-continue-silencieusement