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Naufrage d’Areva ou l’impossible éducation des Français au capitalisme

mercredi 3 février 2016 à 09:00

Le forum économique de Davos est, tous les ans, l’occasion pour différentes organisations non gouvernementales zumanistes, journalistes très conscientisés et autres politiciens du camp du Bien de rappeler à quel point les riches sont beaucoup trop riches alors qu’en même temps, les pauvres sont beaucoup trop pauvres. 2016 n’a pas échappé à la règle et se sont succédé études douteuses et sondages affligeants.

Oxfam nous a ainsi bassiné avec les palpitants (et pas du tout attendus) résultats de son analyse de la situation mondiale en termes d’inégalités en trouvant (ô surprise) que les inégalités se creusent (encore !), que les riches sont (encore !) plus riches et les pauvres sont bien sûr (encore !) plus pauvres. Les médias, notamment français, se sont empressés de relayer scrupuleusement les petits chiffres de la gentille organisation pro-gouvernementale. Et même lorsque des doutes grossiers ou des limites évidentes apparaissent, la presse n’hésite pas à sauver le soldat Oxfam en l’absolvant généreusement de ces grosses approximations. Autrement dit, on peut bien raconter des calembredaines si elles vont dans le sens communément admis que les (salauds) de riches, s’ils s’enrichissent, c’est bien en piquant leurs richesses aux pauvres.

Et à chaque fois que, dans l’actualité, le fameux forum est évoqué, la même presse n’hésitera pas à utiliser de fines ellipses pour le désigner : temple du capitalisme, les cimes du capitalisme mondial, bref, on sent bien que le capitalisme pose un grave souci, c’est évident, et que nos politiciens s’y pavanent semble chatouiller nos élites journalistiques. Ne comptez cependant pas qu’ils dénoncent la connivence des politiciens avec certains grands capitaines. Non. Ce qui chatouille les journalistes, c’est bien que des riches puissent s’afficher si ouvertement, à la face du monde alors que, normalement, la honte d’être ainsi parvenus à amasser fortune devrait les submerger.

Dès lors, on ne peut s’étonner que, lorsqu’on leur demande, les Français montrent plus que des réticences vis-à-vis du capitalisme. Les années précédentes, La Croix avait même commandé un sondage concomitant au vilain forum des riches, pour jauger de l’opinion des Français en la matière. En 2011, le sondage ne laissait aucun doute : un gros tiers n’était vraiment pas pour et souhaitait même son abandon. En 2013, le même sondage montrait une tendance alarmante : le capitalisme ne recueillait qu’une vingtaine de pourcent d’opinions favorables.

Ah oui, décidément, ces riches qui s’enrichissent, ce capitalisme qui s’installe partout (vraiment ?) et ce libéralisme qui dégouline de tous les pores de nos politiciens français (mais si, mais si !), trop c’est trop !

dis m'en plus sur l'ultralibéralisme en France

D’ailleurs, pour contrebalancer ces aspersions gigantesques de capitalisme et d’ultranéolibéralisme, pourquoi ne parle-t-on pas plus des réussites de ces modèles économiques et sociaux alternatifs qu’un nombre croissant de Français semblent réclamer de façon véhémente ? Qui nous narrera les passionnants rebondissements et la croissance phénoménale du bonheur brut par habitant des pays qui ont su choisir l’alternative au capitalisme, comme le Brésil, l’Argentine ou mieux encore, le Venezuela ? Qui, à part Libération, l’Humanité, Le Monde, le Monde Diplomatique ou tant d’autres, saura expliquer à tous les Français que ces pays, et tant d’autres, expérimentent chez eux et avec succès l’arrêt du capitalisme ?

libération tractAh, décidément, heureusement qu’il existe encore toute un cohorte de fiers soldats de la pensée alternative ! Si les journaux français (et plus généralement, francophones) ne s’étaient pas eux-mêmes investis de la mission d’expliquer, en détail, les bienfaits du socialisme, du collectivisme et de l’absolue nécessité de donner à l’État des pouvoirs décisifs, qui diable s’en occuperait ?

Et ça marche.

Les réussites flamboyantes des régimes étatiques plus ou moins musclés passés ou présents font peu de poids face aux promesses de lendemains qui chantent que nos journaux nous narrent avec application. En plus, le discours fonctionnera d’autant mieux dans les journaux qu’il aura été entendu préalablement avant, qu’il aura été expliqué et détaillé, par exemple à l’Université, dans les lycées et les collèges républicains, jusque dans les écoles où tout sera pensé, ouvragé pour conscientiser le futur petit citoyen.

Les citoyens, éduqués à la pensée anticapitaliste, baignés dans l’ambiance anticapitaliste depuis le journal du matin jusqu’à celui du soir, ne conçoivent plus la société que comme une lutte permanente contre ces riches qui les dépossèdent évidemment (!) du fruit de leur travail. La liberté n’est plus qu’un mot creux utilisé exclusivement pour créer de nouvelles restrictions, pour mieux corseter ces salauds de riches dont, bizarrement, le nombre ne cesse de croître lorsqu’il s’agit de payer taxes et impôts.

Quant aux politiciens, ils ont bien compris qu’un discours réellement libéral ou pro-capitaliste revient à signer leur arrêt de mort et fournissent donc ce qui est demandé.

Du reste, comment faire comprendre le capitalisme lorsque son « application » à la française consiste à faire injecter 5 milliards d’euros de l’État (des contribuables donc) directement dans le capital d’Areva, une entreprise énergétique ? Pourquoi nos médias tentent-ils d’expliquer que, subitement, c’est devenu le rôle de l’État de produire de l’électricité ? Pourquoi expliquent-ils que le capitalisme aurait subitement pour but de faire durer des canards boiteux, en allant piocher dans les poches du contribuable ? Pourquoi tentent-ils de faire comprendre que le capitalisme serait un jeu génial où les gains sont individuels et les pertes immédiatement collectivisables pour ces personnes bien placées auprès des gens portés au pouvoir grâce à leur démagogie ?

Peut-être faudrait-il commencer par expliquer que l’État qui intervient dans l’énergie, ce n’est pas du capitalisme, c’est de l’étatisme ? Que l’État qui pioche dans nos poches pour sauver des boîtes coulées par des incompétent(e)s, c’est de la connivence ? Que l’État qui décide directement de l’allocation de votre argent à votre place, c’est du collectivisme ? Que ni étatisme, ni connivence, ni collectivisme ne sont du capitalisme, et encore moins une expression même lointaine du libéralisme ?

Mais voilà : expliquer tout ça, ce serait revenir sur des décennies de discours, de positions et de dogmes qui ont bâti l’utopie française, celle dans laquelle le capitalisme apporte évidemment la misère (surtout là où il ne sévit pas), et où l’État détient évidemment la solution aux terribles dérives observées partout où son action n’a pas été profonde, totale et irrémédiable. Revenir là-dessus, ce serait admettre que certains programmes de l’Éducation Nationale sont lourdement orientés, que la presse n’a plus rien de neutre ou d’objectif ou que la télévision distribue plutôt de la purée que des informations…

Et ça, c’est absolument impensable.

enjoy socialism

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Source : http://h16free.com/2016/02/03/32903-naufrage-dareva-ou-limpossible-education-des-francais-au-capitalisme


Des motards bien propres et bien normés

mardi 2 février 2016 à 09:00

Au contraire des oiseaux qui, parfois, arrêtent de voler, le législateur, lui, ne s’interrompt jamais. Et quand il ne légifère pas au niveau national sur les péripéties de déchéance, il peut le faire au niveau européen sur le diamètre des mortadelles ou sur les vestes, les blousons et les pantalons de moto.

Eh oui, tout peut être normé, tout se norme, tout peut et doit entrer dans les cases précises que l’une ou l’autre loi définira avec la précision millimétrique que seul le législateur peut atteindre. Tout, y compris les EPI. Les équipements de protection individuelle (EPI), ce sont des vêtements ou accessoires destinés à protéger leur utilisateur des risques d’une activité dangereuse (loisir ou professionnelle, pas de différence), depuis le parachutisme jusqu’à la moto, en passant par la charpenterie ou la politique ou que sais-je encore.

norme-ce-moto1Ceux utilisés pour faire de la moto n’échappent donc pas à la règle universelle et imputrescible, et au niveau européen les gants et les chaussures de moto sont considérés comme tels. Dans ce cadre, ils doivent répondre à une norme dictée par la directive du Conseil Européen du 21 décembre 1989, l’obscure mais néanmoins prépondérante 89/686/CEE, qu’on pourra compulser avec attention à ce lien-ci, qui permet d’apposer une jolie petite étiquette « CE » avec un logo représentant un motard et sa moto de profil, avec le numéro de la norme. Palpitant, non ?

Bien évidemment, cette étiquette ne peut être posée qu’une fois que l’équipement a répondu à une batterie de tests fixés par la fameuse norme.

Or, jusqu’au vote du 20 janvier dernier au Parlement Européen, seuls les gants et les bottes de moto devaient être certifiés pour être commercialisés. Les casques, de leur côté, répondaient à un règlement spécifique (ECE 22-05). Quant aux vestes et autres blousons, la France impose aux fabricants qu’ils respectent la directive de 1989, pendant que les fabricants étrangers peuvent s’en dispenser.

On le comprend : la situation était particulièrement confuse. Et surtout, abominablement déloyale pour les fabricants français d’équipements de moto, obligés de respecter une norme dont leurs concurrents étrangers pouvaient jusqu’alors s’affranchir.

moto - really cute smileHeureusement, le parlement européen vient d’agir en ajoutant l’article 1.3.4 au chapitre VIII de la directive : « Les vêtements de protection comprenant des protecteurs amovibles constituent un EPI (…) ». De fait, moyennant la date d’entrée en application et la transposition de cet article dans les législations de chaque État membre, les équipementiers français ne seront plus défavorisés par rapport aux étrangers qui devront à leur tour subir les mêmes contraintes normatives.

Youpi.

Enfin, youpi, façon de parler.

Parce que si l’on fait preuve d’un peu de lucidité, on voit mal comment l’évolution de la situation améliore sensiblement les choses du point de vue de l’utilisateur de ces EPI, et on remarque surtout la dégradation de cette même situation du côté des fabricants. En fait, à bien y regarder, cette affaire est une nouvelle illustration de deux penchants bien français qui enfoncent toute la société dans un marasme paperassier inextricable.

Le premier, c’est l’insupportable habitude du Gold Plating. En substance, il s’agit de cette manie voire de cette compulsion maladive bien franco-française qui consiste, lorsqu’une directive est votée au niveau européen, à la transposer dans la législation française en accroissant chaque contrainte votée au niveau national, régional et local histoire de pouvoir dire, ensuite, que la qualité résultante des produits et services surpasse de très loin ce que la norme européenne recherche, nananère on est les meilleurs nananère.

Ce faisant, le Gold Plating entraîne une multiplication des coûts cachés et surtout permet de façon discrète à certaines entreprises, qui respectent déjà des standards de qualités très supérieurs à la norme, d’exclure à bon compte des concurrents seulement soucieux de coller aux termes de la directive européenne. Autrement dit, par un lobbying habile et le rehaussement exagéré des normes, les sociétés les mieux placées ferment le marché à leurs concurrents.

Le second, c’est cette nécessité pour les Français d’accroître les problèmes des autres plutôt que résoudre les leurs. Ainsi, les fabricants français, constatant la concurrence étrangère non soumise à toutes les normes franco-françaises issues du « gold plating » expliqué plus haut, ont sciemment choisi, pour rétablir l’équité commerciale, de faire remonter ces exigences au niveau européen plutôt que revenir au seul niveau d’exigence prévu initialement dans la directive.

On est ici exactement dans la même démarche que, par exemple, les taxis lorsqu’ils se plaignent des VTC et couinent auprès du gouvernement pour que ce dernier intervienne en leur faveur : plutôt que demander un alignement de leurs contraintes sur celles, plus légères, des VTC, les artisans-taxis demandent que les VTC soient finalement aussi contraints qu’ils le sont eux-mêmes.

Bref, encore une fois, les Français (et après eux, les parlementaires européens, donc, de facto, tous les Européens) ont choisi la loi et les obligations plutôt qu’en revenir à la responsabilité individuelle qui pouvait largement passer par la contractualisation au travers des assurances.

Bien sûr, dans le cas qui nous occupe, on peut se réjouir d’une augmentation des protections fournies pour les motards. Mais à quel prix ? Il ne faut pas perdre de vue que ces normes ne sont pas des labels, qui permettent de renseigner le consommateur sur la qualité des produits qu’il achète, mais des obligations qui s’imposent à tous les fabricants.

On peut sans mal imaginer que cette nouvelle norme entraînera une hausse des prix. Je ne suis pas sûr que le motard français y gagne. Plus gênant, l’égalité régnant à nouveau parmi les fabricants européens, les français envisageront peut-être la conquête de nouveaux marchés ; malheureusement, les coûts de fabrication répondent aux mêmes tendances que pour tous les autres produits, et si les fabricants français, déjà aux normes, espèrent attaquer les autres marchés de l’Europe, il est encore plus probable que ce sont les fabricants étrangers concurrents qui débouleront sur le marché français… avec des prix inférieurs, leurs charges salariales étant notoirement plus faibles. Attendez vous à des grincements de dents françaises dans quelques années.

moto motivator

En outre, au-delà de toutes ces considérations, il y a un élément inquiétant à cette « normification » (mélange de normalisation et de momification). Si l’on peut comprendre la création de normes dans un cadre professionnel, on peine à comprendre ce dévorant appétit normatif pour une pratique non-professionnelle, voire de loisir comme c’est souvent le cas pour la moto. Le motard, souvent représenté comme un esprit libre, reste en définitive seul responsable de sa propre sécurité, et des labels lui sont largement suffisants pour déterminer la qualité d’un produit.

Enfin, plus pernicieusement, il s’agit, en imposant aux motards ces équipements de plus en plus coûteux, d’une nouvelle façon d’en dissuader la pratique ; le motard, par son esprit libre et aussi parce qu’il est bien malheureusement l’un des principaux contributeur aux statistiques des accidents de la route, est un ennemi direct des autorités. Et dans ce cadre,  l’immixtion de la norme et de la contrainte dans une pratique accomplie librement est, encore une fois, une perte claire de liberté, et plus profondément, une entorse de plus à l’esprit même de ce loisir.

Franchement, si l’État, les lobbyistes et les avalanches de normes n’étaient pas là, qui dissuaderait les motards de s’adonner à leur passion ?

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Source : http://h16free.com/2016/02/02/44742-des-motards-bien-propres-et-bien-normes


Jolie progression de la police politique

lundi 1 février 2016 à 09:00

Parfois, en lisant certaines nouvelles, on croit rêver. On sait que la France n’est plus gouvernée mais poussée au gré des pulsions de dirigeants inconséquents. On sait qu’elle s’enfonce résolument, volontairement, dans une parodie de démocratie. On sait que chaque jour qui passe donne de nouvelles armes à un autoritarisme, à une pensée unique qui ne dit pas son nom. Mais même alors, on arrive à être surpris de la vitesse à laquelle elle court à sa perte.

Fascism : do you think it'll be this obvious ?

Bien sûr, on a bien compris que le fascisme, celui qui sent bon le cuir neuf de bottes militaires, ne s’installera pas en France. Tant de bonnes consciences veillent que c’en est impossible, voyons. Ou disons, pas tout de suite. Il faudra des étapes, progressives.

Mais parfois, les soubresauts de l’actualité donnent une impression d’accélération subite, dans la mauvaise direction.

Prenez le cas de Bernard Mezzadri, professeur de grec et de latin et maître de conférences à l’université d’Avignon et des pays de Vaucluse (UAPV) ; par un e-mail interne, il apprend que son établissement va bientôt recevoir le Premier ministre, Manuel Valls. En réponse, il poste sur le forum interne des enseignants-chercheurs et des personnels de l’UAPV une petite remarque narquoise :

« J’espère qu’en cette grande occasion la délégation de l’UAPV comptera suffisamment de « blancos » (et pas trop de basanés), afin de ne pas donner une trop mauvaise image de notre établissement.
Et s’il faut vraiment serrer la main du chasseur de Roms (qui naguère prônait la livraison des résistants basques aux tortionnaires franquistes), il existe des anti-émétiques moins dangereux que le Motilium…»

En faisant ainsi référence à des « blancos », le maître de conférences fait un rappel — pas très fin, convenons-en — d’une saillie du Premier ministre, alors maire d’Evry, qui avait tenu des propos similaires en 2009 sur un marché de la cité :

« Belle image de la ville d’Évry. Tu me mets quelques Blancs, quelques « whites », quelques « blancos »…»

Autrement dit, Mezzadri voulait essentiellement rappeler la petite phrase soufrée du maire devenu Premier ministre et insister sur le caractère ambigu de son comportement et de ses opinions.

Nous sommes en France, patrie des Droits de l’Homme, de la Liberté d’Expression et apparemment de la délation : une telle phrase, dans un e-mail à caractère restreint, ne pouvait laisser de marbre l’administration du maître de conférences. Plainte fut donc promptement posée pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, et Emmanuel Ethis, alors président de la fac en question, se chargera d’informer le procureur de la République.

Procès il y a donc eu : ce mercredi 27 janvier, une amende de 2 000 euros avec sursis a été requise contre Bernard Mezzadri. En outre, le réquisitoire du procureur laisse plus que pantois. Pour Bernard Marchal, l’affaire est claire : bien au-delà d’un crime de lèse Premier-ministre, tout ceci est bel et bien du racisme :

« Ce que je reproche à M. Mezzadri c’est de poser dans le débat la question de la distinction de race et de couleur dans la définition de la valeur d’un établissement universitaire. On entre dans un discours potentiellement raciste. »

Vous avez bien lu : alors que le professeur rappelle les écarts idéologiques de Manuel Valls en employant l’expression que ce dernier employa il y a quelques années, le procureur a décidé de considérer que, ce faisant, le maître de conférences sombrait lui aussi dans le vilain méchant racisme.

Pour un observateur un tant soit peu lucide, cette situation est consternante.

Consternante parce qu’elle indique clairement que la liberté d’expression, même sur un forum interne, est sévèrement limitée et qu’il devient dangereux de s’exprimer librement sans immédiatement encourir les foudres de l’administration ou de l’un ou l’autre délateur qui viendrait à rapporter ces propos au Procureur de la République.

Consternante, parce qu’elle montre assez clairement que certains (en l’occurrence, le procureur Marchal) n’hésitent absolument pas à tordre les contextes pour faire mousser une affaire qui aurait dû rester d’une banalité affligeante.

Consternante, parce qu’elle dévoile que le pays est parfaitement mûr pour sa chape de plomb intellectuelle, tout le monde pouvant, à tout moment, tomber sous les accusations de plus en plus fantaisistes (foutaisistes ?) du premier venu ou de son copain bien placé. Si l’État français devait mettre en place une police politique, elle aurait probablement cet aspect-là : d’un côté, de bons petits soldats, prêts à dénoncer la saillie déplacée, l’humour douteux mais surtout politiquement chargé, de l’autre des gens de loi n’hésitant pas à faire parler d’eux. Et si, pour le moment, on parle surtout d’une amende de 2000€ avec sursis, rien n’interdit d’imaginer un jour une peine de prison (avec sursis au début, puis ferme).

J’exagère ? Alors, dans ce cas, je ne suis pas le seul. Pour certains, la situation est même « pire que sous Sarkozy »… Oui, pour Mélenchon lui-même, dans une interview au Journal du Dimanche, il n’y a plus de doute :

« Sur tous les marqueurs de l’époque – et au premier rang le chômage – la situation est pire que sous Sarkozy. Quant aux dommages moraux, ils sont vertigineux. François Hollande est le nom de toutes nos misères et de toutes nos désillusions. Aujourd’hui, les gens n’ont plus de repères politiques : pour eux, droite et gauche sont deux blocs faisant la même politique. »

Alors oui, certes, il faut tenir compte du positionnement du leader du Front de Gauche. Il faut aussi tenir compte de la rancœur qu’il a certainement accumulée au contact du premier secrétaire du PS, puis du candidat PS puis du Président de la République, rancœur qui explique sans aucun doute la violence du constat qu’il pose.

Mais on ne peut pas non plus lui retirer une certaine lucidité lorsqu’il remarque que la situation actuelle est effectivement pire que celle qu’avait laissé Sarkozy (le chômage, notamment, a explosé sous Hollande). En outre, et c’est illustré par l’actuelle affaire Mezzadri, la situation morale du pays est effectivement pire que celle qui prévalait il n’y a encore que quatre ans : tous les indicateurs de liberté d’expression, d’indépendance de la Justice ou de droits individuels fondamentaux ont viré au rouge, et l’état d’urgence, auquel Mélenchon fait d’ailleurs allusion, aggrave encore la situation. Pour lui, s’il était « pleinement justifié dans les premières heures » suivant les attentats de novembre à Paris,

« dans la durée, cela fait reculer nos libertés collectives, sans aucun gain en termes de sécurité. »

Faut-il que la situation soit à ce point grave qu’il faille un homme d’extrême-gauche, aux élans régulièrement collectivistes, pour nous rappeler ces évidences, celles-là même que s’époumonent à crier partout les libéraux, à savoir qu’effectivement, cet état d’urgence atteint tous les jours nos libertés sans aucun gain de sécurité ?

Au vu de ce qui se passe tous les jours, au vu de cette consternante affaire d’Avignon, et alors que tout se met en place pour une extension invraisemblable d’un état d’urgence que plus rien ne justifie réellement, comment douter du chemin que prend l’État français ?

this will not end well train

 

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Source : http://h16free.com/2016/02/01/44902-jolie-progression-de-la-police-politique


IA, Robolution, ces emplois qui ne seront pas perdus

dimanche 31 janvier 2016 à 11:00

Tiens, ça y est : après le jeu d’échec en 1997 avec Deep Blue, c’est au tour du jeu de go de compter DeepMind, un autre ordinateur, parmi ses maîtres : le 27 janvier, un programme informatique vient de battre un joueur professionnel de go. Au-delà de l’aspect ludique, on comprend qu’une nouvelle étape dans l’intelligence artificielle est franchie. D’ailleurs, s’agit-il encore vraiment de jeu ?

En réalité, la victoire de DeepMind (qui avait déjà amusé le monde en écrasant il y a quelques mois toute une série de jeux vidéos ‘Atari’) est tout sauf anecdotique puisque, de l’aveu même d’experts du domaine, on n’attendait pas ce moment avant encore une décennie. Peut-être la rivalité commerciale entre Facebook et Google (dont est issu ce dernier calculateur prodige) a-t-elle permis un gain de temps considérable, et peut-être les estimations du progrès permanent en intelligence artificielle ont été un peu trop pessimistes, ou ont sous-évalué le caractère exponentiel des gains de performance et de finesse des mécanismes mis en place…

Et même si battre le meilleur joueur mondial de go reste encore à faire, il n’en reste pas moins que les premiers retours d’expérience de cette confrontation donnent des perspectives intéressantes : pour Fan Hui, le joueur qui a joué contre DeepMind, « l’ordinateur joue comme un humain », ce qui révèle un changement profond dans la façon dont les programmes de ce genre sont maintenant conçus : il ne s’agit plus d’opposer une sèche et phénoménale puissance de calcul à l’intuition humide et l’approximation toute biologique dont font preuve les humains. Pour qu’un professionnel ne voie plus la différence entre un programme et un joueur humain, c’est bien que les concepteurs de DeepMind ont réussi à simuler ou programmer de façon convaincante les caractéristiques essentielles d’un comportement humain, dans un cadre certes extrêmement borné, mais néanmoins suffisamment complexe pour qu’on ne puisse plus évacuer la réussite d’un revers de la main en la réduisant à une simple utilisation de la force brute.

Du reste, cette prouesse vient confirmer les avancées énormes des ordinateurs dans le domaine de l’intelligence artificielle et dans leurs progrès en matière d’ « apprentissage profond« , de mise en relation de différentes informations dans leur contexte et une certaine forme d’intuition. Watson, d’IBM, avait ainsi prouvé une capacité remarquable à mettre en rapport de vastes quantités d’informations pour répondre aux questions du jeu Jeopardy dans lequel il avait battu de façon presque humiliante ses opposants humains.

À l’évidence donc, l’intelligence artificielle progresse. Et c’est donc sans surprise qu’il ne se passe plus guère un mois sans qu’un nouvel article ne pointe les évidents problèmes que ces progrès, ainsi que ceux concernant la robotisation, vont provoquer dans les sociétés humaines : c’est sûr, avec tous ces robots qui font le travail pénible et toutes ces intelligences artificielles qui feront le reste, l’humain n’aura plus qu’à disparaître tristement dans un bain de larmes amères. Forcément.

J’exagère ? À peine. Pour certains, l’arrivée des robots, de l’intelligence artificielle, de l’impression 3D va provoquer la disparition de 5 millions d’emplois dans le monde. Pour d’autres, à commencer par Stephen Hawking lui-même, l’humanité est en train de signer sa perte avec ces inventions diabolique. Ou quasiment.

Mais voilà : aussi effrayantes, et, sur le plan journalistique, aussi médiatiques soient ces funestes prédictions, elles sont globalement fausses. Sur le plan économique, l’intelligence artificielle et la robotisation apporteront, comme les précédentes révolutions, de vrais bénéfices palpables à toute l’humanité. Oh, bien sûr, dans le cauchemar des experts, les robots, devenus intelligents, peuvent réaliser toutes les tâches que les humains réclament ; le chômage explose, et les humains, n’ayant plus rien à faire, deviennent fou après une partie de scrabble de trop ou meurent neurasthéniques.

innovation

Ce cauchemar est bien évidemment à côté de la plaque. En effet, en substance, trois grandes directions peuvent apparaître.

Dans le premier cas, ces IA continuent à servir les humains. Tant que les humains ont la possibilité de commercer entre eux, la nature et la puissance des IA n’entre pas en jeu directement. Tout au plus, ces mécanismes subtils influeront sur le type de commerces, leur fluidité ou les modalités qu’ils prendront à l’aune de cette ère nouvelle. Autrement dit, la nature des travaux, des emplois, des biens et des services change profondément, mais le commerce et les emplois existeront toujours.

Dans le second cas, la distinction même entre humains et IA tend à disparaître progressivement (par couplage de l’un et l’autre). Autrement dit, la distance entre les ordinateurs et ceux qui les pilotent, qui n’a cessé de se réduire depuis le milieu du XXème siècle en passant de milliers de kilomètres à quelques centimètres avec nos smartphones et autres tablettes, finit par se réduire à zéro. Dans cette hypothèse, la distinction entre IA et humain est inutile puisque, assez rapidement, un humain ne sera considéré fonctionnel que s’il dispose d’une interface avec une ou plusieurs IA.

Ceci peut paraître très futuriste, mais notez que de plus en plus de voix s’élèvent déjà pour faire passer internet dans les droits fondamentaux. Or, aussi mièvre cette proposition puisse-t-elle être, elle démontre cependant qu’un nombre croissant de personnes a pris conscience de l’importance d’être connecté. Au passage, les éternels pessimistes qui pleureront sur le sort des plus pauvres qui ne pourraient pas se connecter devront noter la pénétration remarquable des téléphones portables et des liaisons internet même dans les pays les plus pauvres ou dans les peuplades les plus reculées. Une humanité entièrement connectée n’a d’ores et déjà rien d’utopique.

Mais en tout cas, dans ce cadre, on voit mal pourquoi les différences de comportements, de besoins, d’envies qui forment la base du commerce et donc, de l’emploi, viendraient subitement à disparaître. Des humains « augmentés » ne seront pas moins demandeurs de produits et de services spécifiques à leurs désirs aussi variés qu’eux-mêmes.

Le dernier cas est la suite logique du premier : les IA, augmentant en puissance, gagnent finalement en autonomie pour se détacher complètement des humains (si tant est que le second cas, le mélange homme/machine, n’a pas déjà pris le pas). On peut alors verser dans le pessimisme facile de l’écrasante majorité des dystopies de science-fiction et croire que le premier but des IA sera de réduire l’humanité en esclavage. On peut aussi se demander pourquoi diable des IA qui nous auraient tant dépassé intellectuellement s’embarrasseront de nos petits problèmes alors que l’univers est vaste et n’attend qu’elles. Prêter aux IA les mêmes goûts du pouvoir, de la recherche de la perfection, du désir de destruction que nous, c’est leur accorder non pas des pouvoirs intellectuels supérieurs, mais plutôt égaux voire inférieurs.

Plus logiquement, des créations douées d’une intelligence si supérieure à la nôtre n’auront probablement pas ni envie, ni besoin de commercer avec nous. Et dans ce cas, nous continuerons, humains, à remplir nos besoins et nos désirs humains au travers des méthodes qui ont fonctionné depuis la nuit des temps. Là encore, on voit mal pourquoi l’emploi disparaîtrait. En pratique, ce dernier cas a peu de chance d’arriver tant le second paraît bien plus probable.

Enfin, il reste le cas que certains croient délicat de la transition entre la société industrielle du XXème siècle et cette ère nouvelle de robots intelligents à gogo. D’après ceux-là, le choc sera trop dur : trop de robots, trop intelligents, trop vite, et donc du chômage, des frictions, des Luddites et la misère pour tous… Comme je l’expliquais dans un précédent article, il n’en sera probablement rien : cette révolution a déjà commencé, depuis un moment même, et tout montre qu’on la vit d’autant mieux qu’on fait confiance aux individus plutôt qu’aux structures étatiques pour s’adapter.

Évidemment, là, la France et, de façon générale, les sociale-démocraties obèses ont un gros handicap. Mais le problème, on le comprend, vient de ces structures de sociétés, pas de la technologie en elle-même.

Et quelque chose me dit que c’est même cette technologie qui nous affranchira des lourdeurs de ces mammouths.

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Source : http://h16free.com/2016/01/31/44614-ia-robolution-ces-emplois-qui-ne-seront-pas-perdus


Médias : la méfiance grandit. À qui la faute ?

vendredi 29 janvier 2016 à 09:00

Depuis 2001, l’agence de communication et de gestion des relations publiques Edelman (une des plus grosses du monde) mène une enquête annuelle sur l’état de la confiance de l’opinion publique dans le monde. Les conclusions de son enquête pour 2015 sont à présent disponibles et sont intéressantes autant par les chiffres bruts que par leur évolution sur les dernières années, notamment lorsqu’on s’intéresse à la France. En substance, la population de l’Hexagone se montre de plus en plus méfiante vis-à-vis des médias et des politiciens…

Le premier point que soulève l’enquête réside dans la différence de comportement existant entre le public informé (il s’agit en gros des diplômés de 25 à 65 ans, dans le dernier quartile de revenus, et qui indiquent clairement se tenir informés) et le reste de la population : l’enquête montre que les premiers accordent plus facilement leur confiance aux « vecteurs » d’information (les médias et les politiciens), et cette différence est en France parmi les plus grandes observées. Autrement dit, il y a un décalage important entre le public informé (ou qui se déclare tel) qui conserve un niveau de confiance élevé dans les informations qui lui sont délivrées, et le reste du peuple, qui n’y croit pas.

Pire : l’enquête montre en plus que cette confiance s’érode nettement d’année en année et que l’écart de comportement observé entre le public informé et le reste de la population s’accroît, plaçant même la France dans les pays où le décalage croît le plus.

edelman - accelerating disparityCliquez pour agrandir

Et lorsqu’on regarde la confiance accordée aux institutions gouvernementales ou aux sociétés commerciales, la population globale française montre là encore qu’elle n’accorde guère de crédit à ces dernières (48% de confiance, c’est peu), mais – et c’est encore plus important – que le chiffre s’établit à 24% pour le gouvernement. En somme, les Français ne font guère confiance à leurs entreprises, et font même preuve de défiance vis-à-vis de la parole gouvernementale officielle.

edelman - business vs govt

Enfin, lorsqu’on se penche sur la confiance accordée aux médias (et, par voie de conséquence, aux journalistes), on constate le même état d’esprit : là où le reste du monde tend à accorder une confiance croissante, la France se détache de plus en plus de ses médias.

edelman - media increases

Le constat est sans appel : alors que le reste du monde semble accorder un regard confiant envers ses institutions et ses médias, les Français, au contraire, montrent tous les jours plus de défiance vis-à-vis d’eux. Mais peut-on réellement les blâmer ?

Soyons clairs. Pour les politiciens, il est assez facile de comprendre la position du Français moyen : la promesse non tenue est devenue une marque de fabrique pour l’élu typique, et les mensonges les plus évidents et les plus décontractés sont même la caractéristique essentielle qui distingue le politicien du simple brigand puisque ce dernier, lorsqu’il vous vole, ne prétend au moins pas faire autre chose que ça. Dans ce cadre, les assauts de pipeautage farouche et débridé que nous avons subi ces derniers mois n’ont pu que renforcer la tendance…

De l’autre côté, la perte de crédibilité des journalistes provient probablement d’un mélange de plusieurs facteurs, qu’on peut analyser comme suit.

Bref : décalage des traitements, milieu fermé, ersatz de concurrence, ces éléments jouent très naturellement contre le journalisme traditionnel, et en France particulièrement où la remise en question n’a toujours pas eu lieu, même après les événements de plus en plus marquants dans le pays.

Une presse de plus en plus coupée du peuple, des politiciens qui se nourrissent, à l’ancienne, des analyses de cette presse qu’on sent maintenant bien trop déconnectée… Tout ceci ne peut pas bien se terminer.

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Source : http://h16free.com/2016/01/29/44166-medias-la-mefiance-grandit-a-qui-la-faute