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Rendez-nous nos budgets ! Vite, plus d’argent gratuit des autres !

lundi 21 septembre 2015 à 09:00

Il y a un peu moins d’un an, toute la presse nous apprenait, tremblante d’effroi, que les budgets 2015 des communes allaient être serrés comme une corde de pendu : entre les maires qui faisaient des photos en slip devant leur mairie, et ceux qui expliquaient, la glotte humide et le timbre tremblant, en être réduits à fermer la piscine municipale pour boucler leurs finances, la situation transpirait la tension et la misère budgétaires. Un an après, le constat est encore plus cruel.

terrible austéritéIl est même si cruel que la fronde s’organise, et dépasse même largement l’habituel clivage droite-gauche : lorsqu’il s’agit de pépettes municipales, pas question de s’éparpiller en considérations bassement politiques. À l’appel de François Barouin, l’ex-stagiaire en charge des photocopies et du café à Bercy pendant un temps et maintenant président de l’Association des Maires de France, les maires ont décidé d’organiser une véritable fronde tant sont graves les problèmes posés par les restrictions budgétaires imposées par l’État : d’ici à 2017, c’est une baisse programmée de 30% des dotations budgétaires que le méchant état socialiste a ainsi décidé, et tout le monde sait que ces baisses vont impacter durement les missions indispensables de service public des municipalités.

Jugez plutôt : on demande à Cannes de faire des efforts de 42 millions d’euros sur trois ans (soit 14 millions sur un budget total supérieur à 440 millions, soit un abominable 3%). C’est taffreux ! Pour la métropole du grand Lyon, la baisse des dotations se chiffre à un milliard d’euros en moins en quatre ans sur un budget de 2,7 milliards d’euros annuel, soit 250 millions de moins à claquer par an. C’est tignoble !

terrible austérité - plus de billets d'avionD’autant que cette insupportable austérité entraîne forcément … des hausses d’impôts, pour plus d’une ville sur trois de plus de 100.000 habitants (et de 70% en 10 ans). Or, augmenter les impôts, c’est faire quelque chose de tout à fait désagréable pour l’électeur local. Là où l’ouverture d’une piscine municipale déserte, l’aménagement facile de pistes cyclables impraticables ou l’édition régulière, sur papier glacé, du petit mensuel municipal à la con font aisément mousser la « politique de la ville » du maire et permettent le renouvellement de son mandat d’élection en élection, a contrario l’augmentation des impôts, même légère, est à la fois une épine plantée dans la main du votant et une casserole que l’opposition municipale pourra toujours ressortir pour en asséner quelques coups au moment critique de la période électorale.

Bref, ça pleurniche fort chez nos maires qui ne reculent — comme certains syndicats, certaines corporations, certaines professions pourtant largement protégés — devant aucune caricature, aucune exagération et aucune statistique ad hoc pour faire comprendre à tous qu’il en va de la survie du tissus social du pays et que non, décidément non, aucune économie ne peut plus être réalisée sur ces postes. L’austérité, ça suffit, et tout ça, quoi bon, zut à la fin.

austérité 2014

Mais qu’il est difficile de ne pas voir les similitudes entre les couinements de ces élus et ceux, tout aussi longs et aigus, de ces artistes ou de ces associations dont la vie ne dépend que de la manne publique, d’une subvention ou d’une aide de l’Etat et que j’avais chroniqué en début d’année. Qu’il est difficile de ne pas noter la symétrie de comportement entre ceux qui sont subventionnés pour leurs « performances » artistiques et ceux qui sont subventionnés pour leur « performances » municipales ! Qu’il est compliqué d’oublier que les uns comme les autres n’ont pas encore commencé à réellement goûter l’austérité, la vraie, celle qui consisterait à couper, net, complètement et définitivement, tout subside de l’État !

Parce qu’après tout, si on entend ce genre de cris effarouchés, si on voit dès à présent de frétillants cuistres municipaux se déclarer humidement solidaire de la lutte contre ces baisses insupportables de dotations, que ne va-t-on entendre lorsque les robinets seront définitivement fermés, par évaporation complète de l’argent des autres ?

Eh oui : difficile aussi d’oublier que l’argent de l’État, c’est d’abord et seulement l’argent des contribuables. Que ces derniers se fassent détrousser pour le maire ou pour son patron ne change rien au résultat. La caricaturale diminution des services publics tant décriée n’est, en réalité, que la remise à niveau de ces services en fonction des moyens réels de l’économie. Et la France est à peu près ruinée : dette kolossale, emprunts permanents pour les dépenses courantes, notation auprès des agences baissant inexorablement, rentrées fiscales diminuant, fuite des cerveaux, chômage galopant et élus refusant, obstinément, de faire enfin des coupes dans leurs dépenses tous azimuts… Tout ceci concourt à l’inévitable disparition de l’argent des autres.

Et devant ces réactions caricaturales des maires, le plus croquignolet reste celle du Chef de l’État qui parvient à faire preuve d’une fermeté qu’il n’a jamais été capable de rassembler lorsque le sujet ne le concerne pas directement : à leur demande de rallonge budgétaire, il leur a répondu que « tous les acteurs publics doivent faire des économies ». En somme, démerdez-vous.

Logique : le père Hollande a le même problème que les maires, à son niveau. Ces derniers sont confrontés au choix cornélien de diminuer des services publics pléthoriques et coûteux et risquer d’encourir l’agacement des consommateurs-électeurs devant la disparition de trucs gratuits, ou conserver ces services mais augmenter les impôts ce qui entraîne inévitablement la grogne du contribuable-électeur. Pareil pour Hollande : ou bien fermer le robinet à subsides, ou bien augmenter les impôts. Et cette dernière option lui coûtera une élection qu’il ne peut surtout pas perdre.

En somme, le début de ces restrictions budgétaires illustre encore une fois l’art de l’État de monter les uns contre les autres et d’institutionnaliser la guerre des robinets d’argent public. Il est symptomatique de voir ce petit monde de parasites qui pleurent à chaudes larmes lorsque la tétine publique s’assèche, qui se battent entre eux pour avoir une part du butin, qui s’inventent des droits et des exigences pour justifier leur grogne et le retour à la vie douce et tranquille où les fonds dégringolaient sans effort.

Mais voilà, messieurs les maires, monsieur Hollande, vous aurez beau couiner, ça ne changera pas la donne : rien ne vous est dû, pas un kopeck. Rappelez-vous : c’est vous qui nous servez, pas l’inverse. C’est vous qui devez faire avec l’argent que nous consentons à vous donner, ce n’est pas à vous d’aller chercher plus. Et si vous n’êtes pas capables de vous restreindre, si vous n’êtes pas capables de sucrer ces services publics dispendieux et enfin (ENFIN !) revenir à un état minimal, cantonné à ses vraies fonctions régaliennes, alors vous ne mériterez ni notre vote, ni notre respect.

Vous trouvez qu’il n’y a plus d’argent ? Eh bien débrouillez-vous sans. C’est ça, votre rôle.

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Source : http://h16free.com/2015/09/21/41405-rendez-nous-nos-budgets-vite-plus-dargent-gratuit-des-autres


Malgré les interdictions et les gémissements, l’uberisation de la société continue

dimanche 20 septembre 2015 à 11:00

Dans quelques jours, le Conseil constitutionnel rendra sa décision sur la légalité de l’application UberPOP, soit, à peu près un an après la promulgation de la loi Thévenoud censée non pas reconnaître l’existence d’une phobie administrative mais, plus simplement, organiser la coexistence de ce nouveau mode de transport et avec les taxis traditionnels. Il aura fallu tout ce temps pour que l’appareil législatif commence à s’adapter au changement de donne… Et pendant ce temps, le monde continue de tourner toujours plus vite.

L’affaire pourrait paraître épineuse puisqu’Uber conteste de son côté la constitutionnalité de l’article L3124-13 du code des transports : pour la société américaine, cet article revient à interdire les applications innovantes qui tiennent compte des nouvelles possibilités technologiques. Bien évidemment, pour les concurrents directs (les VTC avant même les taxis), tout ceci est absolument scandaleux puisqu’à l’évidence, des gens qui font des trajets contre rémunération comme petit job d’appoint — au contraire du covoiturage — sont forcément des fraudeurs et que, tout le monde le sait, seul l’État peut autoriser l’un ou l’autre à exercer telle activité : seul l’État sait ce qui est bon pour nous, seul lui peut aussi déterminer la valeur et la qualité des services rendus, et le marché n’a qu’à bien se tenir, merdalafin.

Si l’on ajoute à ces bisbilles UberPOP contre les VTC les autres déboires Taxis contre VTC, on voit se dessiner une société française qui n’aime décidément pas que les individus s’affranchissent petit-à-petit de leurs habitudes, des corporations de leurs carcans.

taxis retour vers le passé

Et cette société n’aime tellement pas se débarrasser de ses carcans qu’elle entend visiblement combattre chaque nouveauté qui permettrait pourtant d’améliorer sensiblement la vie de tous et de chacun. Pendant que les taxis, bizarrement épaulés des VTC, se lancent dans des combats d’arrière-garde qu’ils ont de toute façon déjà perdu pour les plus importants des protagonistes, à savoir leurs clients, d’autres corporations se lancent à leur tour dans les mêmes batailles juridiques, les mêmes réflexes corporatistes contre ces innovations qui viennent grignoter leur pré carré.

On peut ainsi citer le co-avionnage qui se développe suffisamment bien pour attirer sur lui l’attention des autorités, dûment alertées par les concurrents et professionnels qui sentent, exactement comme pour Uber, s’échapper une clientèle qu’ils avaient jusqu’ici conservée captive. Globalement calqué sur le modèle de Blablacar, celui-là même que les VTC et les taxis entendent ne surtout pas attaquer lorsqu’ils se retournent contre UberPOP, de nouveaux acteurs (Wingly, Wingshare, Off We Fly, …) proposent de mettre en relation des passagers avec des pilotes d’avion.

L’objectif est assez simple : lorsqu’un pilote doit effectuer un trajet en avion — de tourisme, ici — ces sociétés proposent de leur faire diminuer les frais de vol en leur permettant de proposer le trajet à un ou plusieurs passagers. La start-up Wingly a ainsi atteint les 2000 utilisateurs en quelques mois, même si, bien sûr, au contraire du co-voiturage, le co-avionnage dispose de contraintes (notamment météo) fortes : le passager peut parfois se retrouver sans transport et doit pouvoir disposer d’un plan de secours ou d’un horaire flexible.

Compte-tenu des coûts, le co-avionnage ne concurrence pas directement ni le covoiturage, ni le TGV, mais il propose un assemblage prix / vitesse intéressant pour certains cas particuliers mal couverts par la voiture (souvent trop lente) ou par le TGV (parfois trop cher, ou inexistant sur certains axes, ou simplement en grève). Seule contrainte légale du co-avionnage : selon la loi, un pilote privé ne peut réclamer d’argent à son passager, et ne peut que lui demander une participation aux frais, au prorata du coût du vol et du nombre de passagers. Pour un trajet rémunéré, il lui faut en effet passer son brevet de pilote professionnel.

CorporatismeNous sommes en France et, par défaut, ceux des pilotes qui tentent la formule seront immédiatement soupçonnés de faire du travail au noir et de contourner les règles que l’Etat, la main guidée par le corporatisme, aura mises en place : devant la montée en puissance de ces start-ups et de cette nouvelle méthode d’amortissement des trajets, la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) a été saisie du problème virtuel et elle doit maintenant rendre un avis après enquête dans les prochaines semaines justifiant sans doute la fermeture de l’un ou l’autre des sites, et la mise sous surveillance étroite de ceux qui restent histoire que la fête et le fun soient rigoureusement encadrés.

Il ne manquerait plus que des adultes responsables contractent entre eux pour des services de transport sans que la loi y mette un holà nécessaire, et surtout (surtout !) sans que l’État ne puisse prélever au passage qui une petite cotisation sociale, qui une petite taxe au consommateur, qui un petit impôt sur un nouveau revenu.

Bien évidemment, ce que le co-voiturage et le co-avionnage entraînent l’un et l’autre en termes de crispations corporatistes sous couvert de marché noir, de sécurité du consommateur et autres mises en danger du travail d’autrui, se passe à l’identique lorsqu’il s’agit de co-restauration ou, plus exactement, de cette nouvelle mode qui consiste à dîner chez l’habitant.

En substance, différentes plate-formes informatiques proposent dès à présent de participer à des repas chez l’habitant, soit en tant que convive, soit en tant qu’hôte. La démarche est simple : en tant que convive, vous pouvez vous enregistrer sur un site comme Cookening ou VoulezVousDiner, indiquer la ville ou le quartier où vous désirez manger, et l’application vous propose de rejoindre le domicile d’une autre personne, elle-même inscrite en tant qu’hôte, qui se propose de régaler les invités moyennant un défraiement, dont le montant est affiché à l’avance.

Et comme de juste, si le co-voiturage empiète méchamment sur le travail des taxis, et fait concurrence à la SNCF, si le co-avionnage a une fâcheuse tendance à dissimuler des prestations commerciale, il va de soi que le repas chez l’habitant ne peut que fomenter contre les restaurateurs et concurrencer directement leur métier. Comme de juste, non seulement ceux qui offrent ces prestations le font pour dissimuler leurs revenus, tout en évitant de payer les nécessaires cotisations à l’État ou les caisses de sécurité sociale qui font si bien leur travail, mais en plus, ils mettent à l’évidence la santé de leurs convives en danger tant les règles sanitaires ne peuvent pas être correctement suivies dans un domicile familial traditionnel où Escherichia Coli fricote graveleusement avec la Légionellose et autres Salmonelles dans une crasse répugnante.

happinessVoilà qui justifie donc amplement que les syndicats et autres associations de corporations concernées dénoncent ces abominables torsions de marché en lançant qui une pétition, qui une action en justice, qui des contrôles inopinés.

Eh oui, vous l’avez compris : pendant que la numérisation de la société progresse et offre des possibilités renouvelées de créer de la richesse, en France, les corporations continuent leurs âpres combats. Et plutôt que demander qu’enfin soit mis un terme aux mille et unes vexations (fiscales, sociales, légales) qu’elles subissent, elles réclament à cors et à cris que ces vexations soient aussi imposées aux autres.

Que voulez-vous, en France, il est insupportable que certains s’en sortent mieux et surtout, peu importe d’être malheureux si on peut l’imposer aux autres.

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Source : http://h16free.com/2015/09/20/41319-malgre-les-interdictions-et-les-gemissements-luberisation-de-la-societe-continue


Soumission consentie pour dictature tranquille

samedi 19 septembre 2015 à 10:00

Aujourd’hui, un bref billet pour vous recommander un livre dont j’ai récemment achevé la lecture.

livre soumission consentie pour dictature tranquilleIl s’agit de « Soumission consentie pour dictature tranquille », d’Augustine C., auto-éditée, et disponible sur Amazon ici, dont le propos est de raconter l’histoire de Rémi, qui se fait arrêter, de sa femme Lilou et de son ami Yann, qui tentent tous deux de comprendre pourquoi et surtout comment sortir leur ami des pattes de l’administration. Toute l’action se passe dans un futur pas trop lointain et présente une société dystopique où la bien-pensance, le vivrensemble et le politiquement correct ont été poussés à un tel paroxysme que s’est établit une dictature complète par un contrôle social étouffant.

Ce livre se lit bien (et vite) et l’histoire y est bien menée. Compte-tenu de ce que j’observe dans les billets de mon blog, les dérives de la société que le livre décrit y sont « idéologiquement » pertinentes, dans un mi-chemin intéressant entre 1984, où tout le monde observe et dénonce tout le monde, où l’autorité centrale impose un flux permanent d’information et de surveillance sur chacun des citoyens (pour son plus grand bien, soyez en sûr), et le Meilleur des Mondes où tout le monde s’efforce d’être heureux, les plus nombreux en se faisant joyeusement décérébrer par les émissions télé idiotes, les administrations pléthoriques et les associations lucratives sans but, les autres, bien minoritaires, pour éviter les soucis permanents que risquerait de leur imposer la société.

Le lecteur comprendra sans doute que ce livre n’est qu’un premier tome d’une suite qu’on pressent dans les dernières pages et que j’attendrai sagement, pour voir où nous mène la rébellion qu’on sent poindre chez l’un des protagonistes.

Ouvrage agréable et peu cher, je vous encourage à vous le procurer. Bonne lecture.

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Source : http://h16free.com/2015/09/19/41264-soumission-consentie-pour-dictature-tranquille


Le bonheur : pas trop vite, pas trop fort

vendredi 18 septembre 2015 à 09:00

On l’a vu : c’est avec constance que le sénateur (ou la sénatrice en l’occurrence) s’immisce dans la vie des Français pour en réguler, règlementer, calibrer, légiférer et mesurer tous les aspects. Et cette semaine, il semble que les repas de la cantoche du Sénat, pourtant réputés splendides, n’ont pas suffi à calmer l’ardeur de nos barons de l’interventionnisme. C’est à une véritable avalanche que nous avons droit.

Vous aimez avoir le teint hâlé même en hiver ? Plus pragmatiquement, vous avez noté que le fait d’être exposé de façon correcte au soleil améliorait votre humeur, votre santé et vous fournissait de la vitamine D en suffisance ? Et logiquement, vous avez donc décidé de passer de temps en temps par la cabine de bronzage à UV ? Qu’à cela ne tienne, le Sénat intervient pour vous protéger complètement contre tout abus en sucrant purement et simplement ces cabines qui seraient, d’après le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, responsables de 19 à 76 décès annuels (notez l’écart des deux valeurs) par mélanome cutané.

Parce que les sénateurs savent ce qui est bon ou pas pour vous. Les sénateurs savent pertinemment que si l’on laisse les professionnels de santé expliquer aux individus comment se servir de ces lampes à bronzer, ou pourquoi s’en passer, ou bien encore comment éviter les abus, ils n’y parviendront jamais seuls. Les sénateurs sont les aides efficaces et pertinentes de nos dermatologues. Alors les sénateurs peuvent interdire. Et ils peuvent le faire même lorsqu’ils savent pertinemment que leur interdiction sera retoquée en seconde lecture à l’Assemblée, parce que même dans ce cas de travail parfaitement inutile, ils sont payés et peuvent ainsi faire leur propre publicité à peu de frais.

Du reste, ce si charmant empressement à chouchouter notre santé épidermique de la part des sénateurs tombe à point nommé au moment où ces mêmes sénateurs s’occupent d’autoriser l’ouverture et l’expérimentation des salles de shoot, dont la première doit ouvrir à Paris à Lariboisière.

La cohérence assez violente de ces deux décisions mises l’une à côté de l’autre laisse un peu groggy, mais baste, passons ; car s’ils savent mieux que vous ce que vous devez faire de votre bronzage et de vos veines, ils savent bien évidemment aussi quelle quantité vous devez boire et manger.

On savait depuis un moment déjà que l’État, dans son immense sagesse, s’était très judicieusement improvisé nutritionniste en établissant une pyramide alimentaire tout à fait crédible et pas du tout pathogène. La chasse permanente aux lipides (celle contre l’huile de palme en est devenue caricaturale) et la profusion invraisemblable de sucre dans l’alimentation courante, directement issues des « recommandations » catastrophiques de nos gouvernants, n’a bien sûr absolument rien à voir avec l’explosion des diabètes ou des maladies cardio-vasculaires qu’on observe partout où leurs indications sont suivies scrupuleusement.

La nouvelle pyramide alimentaire - Cliquez pour agrandir
La nouvelle pyramide alimentaire – Cliquez pour agrandir

On découvre à présent que nos sénateurs, continuant la même tendance qui consiste à se mêler d’absolument tous les aspects de notre vie à commencer par notre régime alimentaire, viennent de prendre quelques dispositions dans ce sens.

Il est maintenant clair qu’on ne devra surtout pas boire ou manger trop peu : le Sénat a modifié il y a quelques jours un article du projet de loi sur la Santé qui tentait déjà de résoudre le délicat et prégnant problème de la silhouette des mannequins en soumettant son activité à un indice de masse corporelle (IMC) minimal. Par décision sénatoriale, la mode vient donc d’être régulée, le régime alimentaire des mannequins aussi, et les choix de nos couturiers clairement rappelés à l’ordre. Les sénateurs ont tranché : si vous êtes trop maigre, même si c’est naturel, il vous sera impossible d’en tirer profit dans la mode. N’y revenez plus. Et allez manger plus gras, plus salé, plus sucré au lieu de gémir bêtement sur votre liberté rabotée. C’est pour vot’bien qu’on vous dit.

mangibougisme, programme nationale d'interdiction du fun

D’un autre côté, il ne faudrait pas sombrer non plus dans l’excès inverse et boire trop, par exemple. Si vous comptiez vous enfiler une bière ou deux pour oublier vos problèmes de maigreur naturelle mais inemployable sur les plateaux de shooting mode ou sur les catwalks, n’y comptez pas non plus. Là encore, nos amis sénateurs se sont jetés tels le guépard bourré sur une proie trop grosse et ont décidé de s’attaquer à la consommation excessive d’alcool chez les jeunes en adoptant un amendement fixant un prix seuil lors d’opérations de promotion, les fameuses Happy Hour, périodes au cours desquelles un débit de boissons propose assez scandaleusement de l’alcool à des « tarifs plus avantageux que d’ordinaire et parfois très bas », comme le dénonce Franck Mautaugé (évidemment PS), auteur de l’amendement et tout a fait outré de ce genre de pratiques qui jettent les âmes faibles dans les affres de l’alcoolisme et de la déchéance (au moins).

Propagande anti-alcoolCar tout le monde sait que les « happy hours » engendrent l’alcoolisme. Tout le monde sait que les jeunes attendent le moment propice pour se torcher, dans des bars coûteux. Tout le monde sait qu’en régulant les prix, on résout le problème. Tout le monde sait que les sénateurs sont les mieux placés pour cette tâche. Et tout le monde sait qu’est maintenant largement révolu le temps où les sénateurs, du haut de leur sagesse, se penchaient avec parcimonie sur le travail législatif, prenaient leur temps et adoucissaient l’interventionnisme de l’Assemblée en agissant avec prudence. C’est maintenant l’ère médiatique où il faut pouvoir faire parler de soi, et quoi de mieux qu’un amendement à la con, une loi bâclée, une procédure foutraque et une disposition débile pour montrer qu’on ne tremble pas trop et qu’on existe encore ?

Maladie de la sénilité ? Croyance, futile mais trop fermement ancrée, d’une indispensable utilité au point de légiférer sur tout, n’importe quoi et n’importe comment ? Volonté réfléchie entre deux vins trop capiteux d’influer sur la vie de leurs concitoyens ? Décisions malencontreusement prises derrière les brouillards épais d’un stupéfiant médical trop libéralement avalé avant le repos postprandial ? Difficile de savoir ce qui, précisément, pousse les sénateurs à ainsi légiférer dans ces domaines (et d’autres encore) pour le plus grand désarroi du Français lambda confronté, ensuite, à l’application de cette avalanche de textes débiles.

En tout cas, une chose est sûre : les sénateurs ne sont pas les seuls à se vautrer ainsi dans l’expression la plus consternante de l’exercice du pouvoir, qui consiste à faire pleuvoir sur les citoyens victimes les décisions arbitraires comme pleut le ciel sur certain Président. Ce qu’on trouve au plus haut niveau de la République est reproduit, religieusement et avec zèle, même, au niveau de chaque commune, par chacun des maires qui se sentira pousser la fibre dictatoriale et l’envie d’en découdre avec la réalité.

C’est ainsi que les maires de 42 communes membres de Grenoble-Alpes-Métropole, « la Métro », se sont décidé à furieusement contraindre la vitesse des automobiles en agglomération, en inversant la logique qui prévaut à la limitation en vigueur : à partir de la mi-2016, la vitesse maximale autorisée sera de 30 km/h et non plus de 50, cette dernière vitesse étant réservée pour des zones explicitement indiquée. Eh oui, en effet, si à 50 km/h, 45% des piétons heurtés par un véhicule motorisé décèdent, la mortalité tombe à 5% si on réduit la vitesse à 30 km/h, sans oublier du reste que si on réduit encore à 0 km/h, la mortalité à cause de la voiture s’effondre à 0 aussi.

yes-wayLe zéro mort par la voiture est donc à portée de main, ou plutôt, à portée d’interdiction. Du reste, une ville dont les commerces auront fui, les entreprises se seront retirées, n’aura rapidement plus suffisamment d’intérêt pour attirer la voiture et l’objectif sera là encore, atteint.

Plus aucune voiture, des consommations millimétrées (ni trop, ni trop peu), avec bien sûr pas trop de gras, de sel et de sucre, du sport pour conserver son esprit neurasthénique dans un corps sain … Les hommes et les femmes de pouvoir, tant au Sénat qu’au plus près de nous, travaillent chaque jour à notre bonheur. Mais attention : le bonheur, c’est surtout pas trop vite, et surtout pas trop fort.

coffin car

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Source : http://h16free.com/2015/09/18/41340-le-bonheur-pas-trop-vite-pas-trop-fort


Handicap et ERP : les palpitantes aventures du CERFA 13.824*03

jeudi 17 septembre 2015 à 09:00

Les opérations militaires d’encerclement des tâches complexes continuent ; la simplification administrative n’a pas fini de s’étendre partout sur le territoire français et à la fin de ce mois-ci, une intervention de grande envergure va débouler avec ses tanks, ses avions de chasse, ses troupes au sol et son carpet bombing du citoyen trop complexe : les établissements qui reçoivent du public (ERP) ont en effet jusqu’au 27 septembre pour envoyer leur dossier de mise en conformité pour les personnes handicapées. Ça ne rigole plus. Du tout.

Il faut en finir avec les refuges d’alpinistes inadaptés aux paraplégiques. La France doit mettre un point d’arrêt aux parcs de jeux et d’acro-branche incapables d’accueillir correctement les personnes à mobilité réduite ou en fauteuil roulant. Mieux encore, tous les commerces et les show-rooms, toutes les surfaces petites ou grandes doivent maintenant tenir compte de cette évidence : le monde n’étant pas totalement bisou, certains supportent des handicaps qui imposent que tous, oui, tous, y compris vous, là-bas, et votre établissement dédié à des motards, s’adaptent aux aveugles, aux para- et tétraplégiques, aux sourds et malentendants, aux manchots et aux politiciens.

bureaucratie : rien ne pourra plus l'arrêter !

Et comme de surcroît, la Simplification Administrative est en marche et ne laissera s’échapper personne, l’évidente solution passera par un formulaire administratif, laïc, républicain, citoyen et surtout très très festif.

Ce formulaire, vous pourrez en prendre connaissance sur le site du Ministère du Développement Durable, parce que les adaptations diverses et variées promettent un bon développement, durable même, des factures à payer. N’oubliez pas : si la lecture de ce formulaire est trop pénible parce qu’il contient des douzaines de termes abscons, qu’il demande une grosse quinzaine de pièces justificatives en un nombre de copies variables, ne vous inquiétez pas. La Simplification Administrative a tout prévu et écrasera d’une botte ferrée toutes les râleries improductives de ceux qui trouvent ça encore trop complexe en proposant gentiment un explicatif détaillé, ainsi bien sûr qu’un mode d’emploi au même format que le formulaire en question.

Le nom de ce formulaire ? C’est le CERFA 13824*03™®, *03 parce que c’est déjà la troisième version (eh oui, certains ne chôment pas au MiniDevDur, et n’hésitent pas à introduire une obsolescence programmée et rapide dans le CERFA 13824*01 et le CERFA 13824*02).

À quoi sert-il ? Tout simplement, à déclarer la mise en conformité de votre Établissement Recevant du Public (ERP) avec la norme d’accessibilité pour les handicapés décidée en 2005 lors d’une consultation minimale des parties prenantes, et qui devait être universelle 10 ans plus tard, pour janvier 2015. Compte-tenu des difficultés des uns et des autres à s’adapter, un petit aménagement du calendrier a été toléré, d’une part en repoussant la mise en conformité effective au premier janvier 2016, et d’autre part pour admettre que, d’ici au 27 septembre de cette année, seul un calendrier des travaux soit fourni.

Pour faire simple, le législateur a classé les établissement en cinq catégories, en fonction du nombre de personnes accueillies, les plus nombreux étant évidemment les plus petits. La catégorie 5, ceux qui accueillent moins de 100 personnes à un instant T, et qui recouvre donc l’écrasante majorité des commerces et services de proximité et des professions libérales, ceux-là même que le gouvernement ment vouloir protéger tous les jours un peu plus.

gifa kitten facepalmÀ ces cinq catégories correspondent bien évidemment cinq cerfas qui … ah non en fait, un seul et unique cerfa sera utilisé indifféremment pour tout ce beau monde. La Simplification, ça n’épargne aucun chaton : le législateur est un malin et a finement posé comme principe, par le truchement de cet unique cerfa, qu’un CHU accueillant plusieurs milliers de personnes et une profession libérale accueillant dix personnes tout au plus ont les mêmes conditions de travail et les mêmes exigences en termes d’accessibilité aux handicapés.

Nous sommes en France, et comme de juste, les choses n’ont commencé à bouger qu’après plus de neuf années pendant lesquelles personne n’a pris le temps de bien mesurer l’impact de cette mise en conformité. Et puis, 2005, c’est déjà un passé depuis longtemps révolu. Du point de vue des députés, c’est un peu comme les années disco : une jeunesse frivole, déjà lointaine, et pleine de vigueur un peu fofolle qui excusait sans doute ces petits débordements législatifs. Pas de quoi fouetter un chaton. Peu importe donc si tant et tant d’établissements publics restent difficilement accessibles.

Mais bon, tout de même, il y a un souci : cette catégorie 5, là, truc machin, c’est donc celle où les établissements concernés sont les plus nombreux, certes, mais aussi et surtout où ils sont les moins aptes à simplement comprendre et fournir la liste interminable de pièces à joindre au dossier. En effet, même si les chiffres varient selon les sources, on parle de 80% des ERP en catégorie 5 et de 450000 à 800000 établissements. (Notez la précision diabolique du chiffre, quasiment du simple au double, qui en dit long sur la capacité du législateur à correctement tailler l’effort demandé.)

gifa jon-hamm-facepalm

Ah et puis tant qu’on est dans les petits soucis de dernier moment, il se trouve également que les professions libérales sont souvent installées dans des locaux destinés à l’habitation et mutés en locaux professionnels, locaux faisant partie de copropriétés dans lesquelles les copropriétaires n’ont pas forcément (voire pas du tout) envie de voir des rampes d’accès et autres balises vocales ou visuelles décorer les parties communes. Quant à repousser l’un ou l’autre mur porteur pour accommoder des portes plus larges, … cela peut entraîner des négociations délicates. Or, lorsqu’on les multiplie par plusieurs centaines de milliers, on le fait au détriment de la productivité générale, des affaires et par voie de conséquence, de bonnes rentrées fiscales…

parcours institutionnel suiteLentement mais sûrement, et toujours dans le cadre d’une simplification administrative qui passe maintenant en mode thermonucléaire, puisque la mise en conformité de tout ce bazar risque de coûter cher et prendre plus de temps que prévu, se profile doucement le temps des dérogations (pour des raisons techniques, de coût, ABB, de rupture d’accessibilité) et des délais avec engagement de réalisation (le fameux Ad’ap, cache-sexe élimé d’une loi vraiment trop mal conçue).

Plus amusant encore, arrive aussi le temps des petits malins qui voient un joli business poindre. Eh oui, puisqu’une loi est votée, puisque l’obligation de mise en conformité existe, pourquoi ne pas avoir droit à un beau (pseudo-)diagnostic pour une modeste somme (en moyenne 500 euros HT) assorti d’un dossier type permettant de faire bonne figure ? Après tout, ce n’est pas cher, ce n’est pas l’État qui paye.

Arrive enfin le temps du renoncement : en juin 2015, seuls 2200 dossiers étaient déposés sur les 450.000 potentiels (selon la fourchette basse). Les trois prochains mois qui viennent promettent de grands moments de simplification administrative pour les 447.800 dossiers restants (fourchette basse, toujours), mois bien remplis, peut-être plus même que le Cerfa 13.824*03 du MiniDevDur. Voilà de quoi occuper quelques fonctionnaires.

wtf filocheMais au fait, qui va vérifier tout cela ? Quel vibrant Gérard Filoche de l’Accessibilité et de la Mise Aux Normes Handicapés se jettera dans la tâche immense de vérifier que tous ces cancrelats de patrons exploiteurs, de professions libérales spoliatrices et d’artisans aux magouilles comptables permanentes seront bien en règle ? Où trouvera-t-on les cohortes de fiers inspecteurs de la milice citoyenne à l’accessibilité ? Combien d’emplois publics tout ceci va-t-il nécessiter ?

Et puis, au fait, la simplification, le changement, le redressement productif, les handicapés, dans tout cela, que deviennent-ils ?


Remerciement à Olivier B. pour ses informations

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Source : http://h16free.com/2015/09/17/41270-handicap-et-erp-les-palpitantes-aventures-du-cerfa-13-82403