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G20 : un message à peine audible en France

mardi 1 mars 2016 à 09:00

Ce week-end, il y avait un petit barbecue organisé à Shanghai par les membres du G20. La presse traditionnelle française, heureusement en pleine décompression de fin de semaine, s’est contentée du service minimum, tout en accaparant l’attention de ses lecteurs sur les déboires du président au Salon de l’Agriculture : pendant que, dans une atmosphère feutrée, les argentiers de la planète cherchaient des solutions à la panade dans laquelle ils nous ont mené, tous les yeux français étaient tournés vers la porte de Versailles à Paris.

Oh, bien sûr, il y a bien des choses à dire sur ce qui s’est passé lorsque François Hollande a débarqué au Salon. Mais commenter le malaise paysan, décrire celui du président François aspergé de crottin, c’est surtout étudier les symptômes d’une maladie dont, à la réflexion, on commence à comprendre que les causes se jouent plutôt à Shanghai.

hollande - monde pas facile pas gentil

Le lien, s’il n’est pas évident, n’en est pas moins réel.

Comme bien d’autres secteurs marchands en France, l’agriculture a été soigneusement mise sous assistance respiratoire massive avec d’amples subventions et un assistanat poussé à l’extrême. Les agriculteurs, presque entièrement fonctionnarisés par injection d’argent public (depuis les aides locales en passant par la PAC jusqu’aux connivences multiples entre gros producteurs, industriels et organismes d’État) ne peuvent plus vraiment se passer du goutte-à-goutte de subsides. Et lorsque la situation se tend, lorsque les prix ne vont pas dans le sens planifié, c’est-à-dire décidé par des instances administrés donc faillibles, que les subventions se font plus rares ou plus délicates à obtenir, la douleur du manque monte inexorablement.

Or, c’est bien sur le constat d’une reprise mondiale pâlichonne, voire inexistante, que se sont séparés les membres du G20. Reprise inexistante qui se traduit mécaniquement, pour la France, par différentes difficultés économiques à commencer par des soucis budgétaires au niveau de l’État qui ne peut donc pas continuer le généreux arrosage d’une filière qui ne vit plus guère que grâce à ça. En somme, les problèmes notés à Shanghai ont une conséquence directe dans les pâtures françaises, et, par ricochet, sur les déplacements présidentiels de François Hollande.

Alors oui, bien sûr, on peut comprendre que la presse s’empare plus du sujet agricole et des jets de crottins vers une cible présidentielle que du sujet, bien plus aride, de l’économie mondiale et des constats dressés par le G20. Mais il n’en reste pas moins que la conjoncture économique mondiale est franchement préoccupante et particulièrement volatile compte-tenu de l’actualité : entre le risque que le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne, l’afflux des migrants qui fragilise la gestion des frontières européennes et ses relations diplomatiques avec les pays périphériques, Turquie en tête, les chiffres de croissance économique – notamment chinois – récemment revus à la baisse par le FMI, et des bourses mondiales dont tout indique qu’elles se dirigent droit vers une forte baisse de leurs marchés « actions », difficile de trouver réellement de quoi se réjouir.

… D’autant qu’en face de chacun de ces défis, on trouve les mêmes clowns qui étaient déjà là lors des précédentes crises et dont les recettes sont très clairement responsables de l’état général des finances des pays concernés.

Les économistes ont beau jeu, à présent, de constater que les Quantitative Easings n’ont pas apporté les effets escomptés. En substance, en injectant massivement des liquidités, on a peut-être acheté quelques années d’euphorie artificielle sur certains marchés, mais à quel prix ? D’une part, on n’a pas réussi à déclencher la moindre inflation, et on a créé une telle masse de dettes qu’il devient à présent particulièrement délicat de les apurer.

déflation - quand les prix baissent

Pire : ces dettes et ces bidouillages strictement monétaires n’ayant abouti à rien de positif ont été mis en place par les mêmes guignols qui, actuellement, se tâtent vigoureusement pour savoir quelle marche prendre. Pour ces keynésiens en diable, l’inflation constituant l’alpha et l’oméga de la solution d’apurement des dettes, l’actuelle déflation est une calamité abominable. Ne comprenant pas que l’actuelle allocation des capitaux est complètement biaisée par des taux d’intérêt hors de toute réalité, ce sont les mêmes qui ont poussé les banques centrales à baisser tant et plus ces taux au point d’être à présent en territoire légèrement négatif.

L’inflation ne survenant toujours pas, malgré leurs exhortations à consommer, il ne reste plus guère que deux solutions : continuer la descente dans les taux vraiment négatifs, et par voie de conséquence, interdire l’argent liquide, purement et simplement.

Cette interdiction, qui aurait été parfaitement ubuesque  il y a quelques années, est maintenant sérieusement discutée. Le G20 qui vient de s’achever ne conclut pas autre chose : pour ses membres, il ne faudra pas hésiter à utiliser « tous les outils«  pour soutenir l’économie, depuis les réformes structurelles en passant par les relances budgétaires jusqu’aux méthodes les plus invraisemblables.

Et avec des taux franchement négatifs, la suppression du cash est-elle vraiment si invraisemblable ? Non, bien sûr, elle est même nécessaire.

En effet, dès lors que la banque vous fera payer, chèrement, le dépôt de cash sur votre compte en banque, il deviendra intéressant de le conserver plutôt en coffre, sous forme liquide palpable, plutôt que sous forme numérique trop facilement manipulable par un tiers (au hasard : l’État). Cette exfiltration du liquide hors du système consisterait un dernier recours de l’épargnant contre les affreuses bidouilles de nos dirigeants, et représente donc un risque qu’il est facile de limiter en interdisant le cash purement et simplement et en imposant le tout électronique. Bonus non négligeable : l’abolition de l’argent liquide permet de soumettre définitivement les peuples et les citoyens au bon vouloir des États. Ce serait dommage de s’en priver, non ?

Je résume : le G20 vient de s’achever sur des notes particulièrement pessimistes, même si la presse n’en a que peu parlé, et même si, quand elle l’a fait, a présenté de façon presque badine les conclusions et les recommandations de ses apprentis-financiers. En France, elle s’est focalisée sur des événements symptomatiques du malaise qui s’installe, la fermeture des robinets à pognon gratuit commençant à faire des dégâts.

Pendant ce temps, le reste du monde continue à tourner et à ne pas prendre à la légère ce qui se passe sur le plan économique. Certains (au Japon par exemple) ont compris vers où tout ceci mène, et prennent déjà des précautions.

Les Français, malgré l’autisme de leurs dirigeants et la surdité de leurs médias, entendront-ils les messages du reste du monde ?

this will not end well - beach

Source : http://h16free.com/2016/03/01/47504-g20-un-message-a-peine-audible-en-france


Cliniques : surtout, évitons tout bénéfice !

lundi 29 février 2016 à 09:00

Idée catastrophique basée sur une forme subtile de jalousie maladive, amendement passé en loucedé au milieu d’une grande loi imbuvable, vote en catimini, application impraticable et effets de bords multiples désastreux : tous les ingrédients sont ici réunis pour une « foirade des familles » © Politiciens Français.

De quoi parle-t-on ? D’un amendement à la Loi Santé de Marisol Touraine, déposé à la dernière minute en avril dernier, qui a été introduit sans concertation par le cabinet de la ministre et dont Bercy n’était pas au courant. D’un amendement qui, comme souvent, a été écrit à la va-vite, sur la base d’une idée qu’on croyait simple mais qui était surtout simpliste et qui va avoir des effets de bords désastreux. D’un amendement qui ne sera cependant pas revu et corrigé, voire annulé, et qui oblige les différents acteurs concernés (ministères et cliniques) à discuter péniblement du décret d’application de cette Loi Santé.

Décidément, cette Loi Marisol ressemble de plus en plus à la Loi Duflot tant les effets catastrophiques qu’on pressent pour la première rejoignent l’ampleur de ceux observés par la seconde (avec la mise à mort du secteur de la construction en France).

Cette fois-ci, il s’agissait pour le cabinet de Touraine d’appliquer aux cliniques la règle européenne en vigueur pour les services d’intérêt économique général (SIEG). Ce sont des secteurs financés au moins en partie par des fonds publics, ce qui permet de leur imposer certaines contraintes économiques. Dans le cas qui nous occupe, l’idée est de limiter les profits réalisés par les cliniques sur le dos de l’État ; en substance, cela part du principe que si l’État participe au financement de ces cliniques, alors la partie des bénéfices obtenus grâce à ce financement ne doit pas être déraisonnablement élevée. Et s’ils sont déraisonnables, alors pour faire original, poum, ponction.

impots et taxes

Oui, vous avez bien lu : l’État entend faire en sorte que ces services d’intérêt économique général ne génèrent pas trop de profit. C’est normal : le profit, par définition, est quelque chose d’assez sale. Faire du profit, cela veut dire évidemment qu’on profite de la situation. L’État, c’est bien connu, ne profite jamais d’aucune situation puisqu’il se doit d’être le plus impartial, en tout temps et en tous lieux. Sa justice est impartiale. Son traitement social est impartial. Son implication dans la société, dans les sociétés, toutes les sociétés (même commerciales, mêmes privés) est impartiale, c’est une absolue évidence.

Et surtout, qui mieux que l’État peut prétendre ne faire aucun profit ? En matière de non-profit, l’État est même un cador. De façon conceptuelle, c’est déjà un athlète olympique du non-profit puisqu’il s’insère comme intermédiaire dans un nombre considérable de transactions entre individus qui, sans lui, pourraient éventuellement mal tourner (c’est-à-dire, devenir profitable aux deux parties, si vous me suivez). Et de façon plus concrète, l’État français est lui-même un champion international du non-profit puisqu’il parvient, avec une abnégation qu’on ne peut qu’admirer, à cumuler plus de 2000 milliards d’euros de non-profit dodu, soit plus de 30.000 euros de dettes pour chaque Français dont il a la tendre charge.

Il est donc logique qu’à ce point imprégné de cette volonté de non-profit, l’État essaie par tous les moyens d’étendre ses vertueuses conceptions partout où il le peut. Par définition, les cliniques réalisant du profit sur le malheur des autres (les bobos, maladies et autres accidents de la vie de leurs patients), il fallait intervenir afin qu’un peu de décence soit ré-instillé dans ce monde atroce de gens qui n’ont pas compris que le profit gêne et la dette libère.

Bon. Bien sûr, il reste quelques petits soucis à régler pour qu’un pas décisif soit à nouveau franchi vers ce monde douillet de non-profits.

Le premier problème à surmonter, sans doute le plus délicat, sera de préciser les modalités du calcul sur lequel sera assis la joyeuse petite ponction que nos cabinétards et nos petits calculateurs de Bercy s’empresseront de réaliser. Comme une clinique, ce sont plein de services, plein de personnels, plein de matériels, plein de sources différentes de dépenses et de bénéfices, comme une clinique se fait aussi bien payer par des organismes publics que des assurances privées, mutuelles ou patients, comme une clinique, eh bien, c’est un peu plus complexe que ce que semblent imaginer nos énarques en roue libre, il va inévitablement y avoir quelques subtilités pour calculer ce qui entre dans le bénéfice déraisonnable (et public) et ce qui entre dans le bénéfice joufflu mais parfaitement privé.

Autrement dit, cet amendement promet un décret particulièrement subtil à rédiger dont tout indique qu’il va se terminer au mieux en jus de boudin illisible, en pire en abomination fiscale vexatoire comme notre pays en produit de façon industrielle.

parcours institutionnel Duflot Jan 2013

Le second problème consistera bien sûr à définir clairement la notion de raisonnable. Si, du point de vue de l’État, les choses sont assez claires (tout centime pris sur le dos de l’usagé dans un service qu’il rend est manifestement vécu comme une horreur indicible), à tel point que, par mesure de précaution sans doute, l’État à décidé de faire du déficit sa règle d’or, il en va tout autrement pour le reste des acteurs économiques qui, pas fous, comprennent qu’un peu de bénéfice de temps en temps, ça met du beurre dans les épinards et ça permet de payer les amendes, les taxes surprises, les ponctions rigolotes et autres cotisations frétillantes qui ne manquent pas de jaillir à chaque session parlementaire et au détour de cette myriade de cerfas que nos administrations pondent à rythme effréné.

Dès lors, on s’attend à d’homériques aventures et de picrocholines batailles lorsqu’il s’agira de bien expliquer qu’un profit de 12% (par exemple) sera raisonnable alors qu’à 13%, Bercy estimera que l’établissement de soin se vautre indécemment dans la pire des luxures financières.

Enfin, et c’est probablement le plus intéressant dans cette histoire, il serait dommage de passer sous silence les effets pervers évidents que ces consternantes stupidités socialistes créeront immanquablement.

Même en passant sur l’aspect désastreux du message général qui consiste à tabasser fiscalement des établissements qui s’en sortent très bien, cet amendement poussera tous ceux qui font un bénéfice à tailler leurs activités et leurs budgets pour le réduire autant que possible. Ces bénéfices représentant au mieux des investissements, au pire de coquettes sommes redistribuées aux actionnaires, cela se traduira à la fois par des baisses sensibles d’investissements dans les cliniques, ou par une baisse d’attractivité pour les actionnaires qui se retireront du secteur.

C’est très malin. Ces dernières décennies, la France était parvenue à gentiment dégringoler dans les classements de la qualité de soin ; par exemple, le nombre d’IRM par habitants en France n’est ainsi pas supérieur à celui de la Turquie, pourtant pas spécialement réputée pour son système de soin, et notre pays perd des places pendant que la Turquie en gagne. Grâce à ces efforts vigoureux pour écrabouiller toute velléité d’investissement dans le secteur privé de la santé, gageons que la France perdra encore quelques plumes dans les prochains classements. Mais, joie, bonheur, les profits seront enfin raisonnables !

La qualité des soins s’effondrant, on peut même parier que de frétillants imbéciles élus monteront en tribune à l’Assemblée Nationale, la gorge nouée par l’émotion, pour réclamer qu’enfin, l’État reprenne en main l’intégralité de la Santé en France. Et c’est exactement ce qui se passera, accélérant encore le mouvement vers l’abîme.

La collectivisation continue donc dans ce pays. Jusqu’à présent, elle trottinait à bon pas. Ces dernières semaines, elle galope.

Source : http://h16free.com/2016/02/29/47220-cliniques-surtout-evitons-tout-benefice


Une France de radars

dimanche 28 février 2016 à 11:00

Tiens, voilà qui est surprenant : une de nos administrations réalise une jolie performance et vient de battre un nouveau record d’efficacité ; ceci est suffisamment rare pour être souligné. Ne vous emballez pas trop tout de même, il ne s’agit pas de la SNCF ou de l’URSSAF, soyons sérieux deux secondes. Mais avouons que la belle prouesse de l’Agence nationale du traitement automatisé des infractions mérite quelques applaudissements.

Comment ? Vous ne connaissez pas l’ANTAI ? Pourtant, c’est grâce à leur travail décisif que vous pourrez recevoir, joie, bonheur et ponction monétaire, vos amendes et autres contredanses automatiques à la suite d’infractions routières vous plaçant immédiatement dans la catégorie des dangers publics ! Et pendant l’année 2015, l’ANTAI a battu son précédent record en émettant 13,31 millions de contraventions (au lieu de plus de 12 millions en 2014). Youpi, non ?

Au passage, on ne pourra s’empêcher de noter que cette multiplication des PV n’est pas liée à la multiplication des flashs mais à la meilleure qualité des radars et des photos qu’ils prennent et au meilleur recouvrement de la part de l’administration.

radars routiers moins laxistes

Vraiment, il aurait été dommage de passer sous silence les améliorations techniques, le bon recouvrement financier et le déploiement toujours plus grand de ces radars sur les routes de France. Il est vrai qu’on se demande souvent quand les nouvelles technologies s’insinueront dans certaines administrations et certains services publics. Ainsi, quand Paul Employ va vraiment découvrir internet, ça va poutrer violemment, vous verrez. Et lorsque le gouvernement ou l’Élysée recruteront des gens compétents pour leurs réseaux sociaux, peut-être ira-t-on jusqu’à découvrir qui est vraiment Président actuellement (c’est vrai, quoi, la blague a assez duré) ?

En attendant, réjouissons-nous de voir la France des radars progresser à grands pas.

Après tout, qui ne voudrait pas de ces magnifiques engins qui permettent à nos forces de l’ordre de brigander contrôler l’automobiliste sans que cela puisse vraiment se traduire par une meilleure sécurité sur les routes ? Qui pourrait réellement s’opposer à ce qu’on occupe nos bataillons de gendarmes et de policiers à choper du père de famille en Touran sur l’autoroute plutôt qu’aller risquer leur couenne et leur badge dans des cités ou s’organisent trafics, go-fast et traites des blanches, qui, de surcroît, ne rapportent rien à l’État et qui, quand ils sont gênés, peuvent même provoquer des aigreurs d’estomac à nos gouvernants ?

Bref, des PV qui arrivent à bon port, des amendes qui sont payées et des radars qui se multiplient, c’est vraiment une excellente nouvelle pour ce pays de liberté.

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland

Et puis ne l’oublions pas, le principe du radar est tout de même bien ancré dans les mœurs françaises. On aime beaucoup contrôler son monde. On adore s’assurer que tout le monde (les autres surtout) est bien dans les clous. On supporte assez mal celui dont la tête dépasse et qui fait le malin.

D’ailleurs, si l’on trouve du radar par douzaines sur nos routes, on trouve du radar ou son équivalent symbolique à peu près partout ailleurs.

oooh filocheEn entreprise, tout excès sera copieusement sanctionné. Le contrôle intervient à tous les niveaux et aucun n’épargnera le petit malin qui, s’il sommeille en chaque entrepreneur, ne manque pas de se réveiller si on lui en laisse la possibilité : les syndicats savent pertinemment que le patron cherche essentiellement à nuire aux salariés ; et ça tombe bien, les salariés se doutent, confusément parfois, que tout est fait pour les entuber. Le fisc sait que l’entreprise est le nid de tous les abus. L’URSSAF ne se fait aucune illusion et diligente heureusement assez régulièrement de perspicaces inspecteurs qui remettront l’exploiteur dans le droit chemin.

À l’école, au collège, au lycée, à la fac, là encore de solides petits radars existent et font tout ce qu’il faut pour garantir qu’aucun excès de vitesse intellectuelle ne sera enregistré. L’esprit critique est évidemment encouragé lorsqu’il s’agira de critiquer ceux qui en ont. Les récents événements ont d’ailleurs poussé notre brillantissime ministre de l’Éducation actuelle à mettre en place quelques jalons importants pour lutter contre rumeurs et autres théories du complot, ce qui assure que chaque individu, correctement cornaqué encadré, ne se fourvoiera pas dans l’une ou l’autre impasse intellectuelle, à commencer par celle du libéralisme.

Quant au reste de la société française, à commencer par sa culture, elle n’est pas moins exempte de ces radars qui flashent à qui mieux-mieux lorsqu’un excès de pensée déviante est détecté. Qu’est-ce que le politiquement correct, soi-disant pourchassé dans les émissions, les films, les pièces de théâtre, les spectacles qu’il faut avoir vus et qui sont pourtant les exemples parfaits de ce politiquement correct et de cette norme imposée discrètement mais implacablement à tous ? Comment ne pas voir ce politiquement correct depuis le moindre journal télévisé jusqu’à la récente (et soporifique) cérémonie des Césars, et comment ne pas noter tous les petits radars, à droite, à gauche, qui s’assurent que tout le monde est bien à sa place, dit bien ce qu’il faut, pense bien là où il faut penser et quand il faut penser ? Au passage et puisqu’on parle de cinéma, comment ne pas se rappeler du sort délicat que fut celui d’un film très politiquement incorrect, Made In France ?

Non, décidément, la performance de l’ATAI est la simple extension dans le domaine de la sécurité routière de cette habitude de la société française d’installer des radars absolument partout : on a instillé chez tous les bons petits citoyens la nécessité de détecter le déviant, le différent, celui qui va trop vite, trop lentement, qui est trop grand, trop petit, trop bête et surtout trop intelligent…

C’est inquiétant, à bien y réfléchir.

En effet, la meilleure des dictatures n’est pas celle qui donne à quelques uns, par l’armée et la police, le pouvoir de vie et de mort sur tous les autres, mais celle qui permet à chacun d’entre nous, par le vote, par le lobbying, par l’auto-censure ou la censure active, d’exercer une petite tyrannie sur tous les autres. Elle est bien plus stable, bien plus durable et bien plus solide que la dictature autoritaire traditionnelle puisqu’elle utilise les ressorts les plus profonds de chacun d’entre nous, cette part de jalousie et d’envie de contrôler les autres qui nous amènent, tous à des degrés divers, à accepter la société dans laquelle nous vivons, à la cautionner, et, pire que tout, à en redemander bruyamment lorsque l’occasion se présente.

Grâce à ce mécanisme qui a infusé cette dictature du radar social partout, la France est parvenue à se passer de l’étape suivante, la dictature autoritaire complète. Malheureusement, à mesure que, de politiquement correct en censures frénétiques, de contrôle permanent en sanctions automatiques, l’atmosphère se fait plus lourde et plus irrespirable, les nécessaires bouffées d’air frais que pourraient amener un peu de liberté n’arrivent pas ; les individus, se sentant chaque jour plus incarcérés dans un système étouffant, se font plus violents.

Par réaction, l’État et son gouvernement montrent leurs muscles, instaurent un état d’urgence, multiplient contrôles et sanctions. L’issue semble évidente : peu importe les prochains raouts électoraux, la petite tyrannie de chacun, montrant des difficultés croissantes à se maintenir sans heurts, sera bien vite remplacée par un pouvoir fort, autoritaire, sans contestation possible, et, pire que tout, appelé par les vœux de tous.

Ce pays est foutu.

winston churchill sur les fascites de demain

Source : http://h16free.com/2016/02/28/47343-une-france-de-radars


Cette sécurité sociale que le monde nous envie

vendredi 26 février 2016 à 09:00

La situation économique en France est décidément de plus en plus tendue. Et pendant que le petit Pépère du peuple achève son périple dans les eaux agitées du Pacifique, que son gouvernement, de maladresses en approximations, se fait pilonner par une majorité outrée, tout semble aller au pire et le moral des Français dégringole. Allons. Franchement. Ressaisissons-nous ! Il y a pourtant au moins une bonne raison de nous réjouir : notre système de sécurité sociale que le monde entier nous envie, évidemment !

Et notre système actuel de sécurité sociale, c’est vraiment tout un poème.

jesus vs socialistsLongtemps, ce système d’assurance collectiviste a été habilement confondu avec le système de soins français, longtemps parmi les meilleurs du monde mais qui, après des années d’errements et de budgétisations hasardeuses, n’est plus que l’ombre de lui-même : urgences désorganisées, déficits réguliers comblés à la petite semaine par des expédients, médecins démotivés corvéables à merci et devenus de véritables fonctionnaires d’un système orwellien, patients devenus la dernière roue d’un carrosse qu’on peine à sortir de l’ornière, tout est rassemblé pour que l’assurance santé française se transforme en une délicieuse aventure pleine de rebondissements.

Des rebondissements, il y en a, régulièrement, à tel point que ces colonnes n’ont aucun mal à en trouver pour alimenter la chronique. Et sans ça, on ne saurait vraiment pas quoi trouver à reprocher à ce système que le monde nous envie donc tant.

Ainsi, sans ce génial système de sécurité sociale collectivisé à outrance, qui serait-là pour ruiner des parents ? Par exemple, quel système, sinon un organisme collectiviste tentaculaire, mal géré et kafkaïen en essence, prétendrait s’occuper de tout le monde et assurer chacun contre les accidents de la vie tout en laissant sur le bas côté, avec une décontraction assez inouïe, un nourrisson atteint d’une maladie de longue durée ? Histoire rocambolesque dans laquelle le même nourrisson, eut-il été soigné à Paris, aurait été entièrement couvert mais traité à Nantes, parmi les gueux provinciaux, se voit adressé une facture de 9000 euros.

Ainsi, sans ce superbe système collectiviste où tout le monde cotise à fonds perdus pour une caste de privilégiés toujours moins nombreuse, qui finirait en retraite avec 1.07 euros par mois ? Quel système de retraite, sinon celui que le monde nous envie, pourrait ainsi se permettre de ponctionner chaque cotisant de centaines d’euros tous les mois pour ne leur donner qu’un euro en retour, une fois la retraite arrivée ? Heureusement, le plus scandaleux des organismes de sécurité sociale, le Régime Social des Indépendants, le RSI, relève très facilement le défi.

Ainsi, sans ce magnifique système collectiviste qui prétend à l’égalité de traitement, qui pourrait se permettre des traitements très différents entre les salariés, les commerçants et les professions libérales ? Qui pourrait d’un côté nous tympaniser d’une solidarité étendue, effective et chevillée au corps de ces organismes et de l’autre écrabouiller certains de ponctions de plus en plus iniques, pour des services en retour toujours plus mauvais voire inexistants, au point de les pousser au suicide ?

URSSafAinsi, sans ce formidable système collectiviste qui en est réduit à fliquer les entreprises pour éviter leur fuite désespérée d’une ponction toujours plus grande, qui aurait l’idée d’introduire des cartes professionnelles toujours plus farfelues (maintenant, c’est le bâtiment !) pour bien compter le cheptel ? Si l’URSSAF n’était pas là, qui s’occuperait de faire grossir les coûts de main-d’oeuvre dans des proportions invraisemblables ? Et s’il n’était pas là, combien d’entreprises, soudainement capables de payer une main-d’oeuvre pour un travail donné, soudainement plus encombrées de paperasseries idiotes, de formulaires débiles et de petites cartes professionnelles plastifiées à faire renouveler régulièrement, pourraient alors embaucher et inverser (enfin) la courbe du chômage ?

la secu te taxe

Et ainsi, surtout, sans notre magnifique système de sécurité sociale que le monde nous envie, comment Frédéric Lefebvre ferait parler de lui ?

Il faut dire qu’il a un boulevard devant lui avec un tel sujet, et que les primaires des Républicains s’annoncent bientôt. Autant trouver un bon angle d’attaque, et tant qu’à faire une récupération politique évidente, au moins, la proposition qu’il fait n’est pas l’énième nuage de fumée qui consiste à se proposer ingénument comme médiateur en promettant d’améliorer le système.

En effet, prenant fait et cause contre le Régime Social des Indépendants, le politicien semble vouloir remettre en question l’affiliation automatique à ce régime pour les indépendants et, plus iconoclaste dans un pays où la solidarité n’est pas autre chose qu’obligatoire, totale et sans retour arrière possible, il veut leur permettre de choisir librement leur régime de protection sociale. Dans une pétition adressée au gouvernement, le voilà qui écrit hardiment :

« Pour faire face aux problèmes récurrents des petites entreprises face au RSI , soutenez qu’elles bénéficient pour l’avenir de la liberté d’affiliation au régime de leur choix »

Oh. Voilà qui décoiffe quelque peu de la part de l’auteur d’un Zadig et Voltaire devenu culte : demander ainsi que les indépendants et les commerçant puissent librement choisir leur affiliation, c’est osé. Et s’il propose cette liberté en donnant l’exemple d’indépendants qui pourraient alors choisir de s’inscrire à la sécurité sociale des salariés, il évoque aussi la possibilité pour eux de choisir une assurance étrangère.

Autrement dit, le député Lefebvre vient de se prononcer, de façon indirecte mais sans aucun doute possible, pour une vraie liberté d’inscription à une assurance santé, et pas forcément dans le giron de notre étouffant système de sécurité collectiviste que le monde nous envie mais se garde bien de nous copier. C’est suffisamment remarquable pour le noter, voire en parler et relayer aussi bruyamment que possible son initiative.

Malheureusement, il ne faut pas se leurrer. En terme de coups médiatiques, le politicien n’en est pas à son premier essai et cette initiative a tout d’une tentative d’amener à lui les désabusés du désastre actuel qu’est devenu le RSI et, plus largement, la sécurité sociale. S’il peut peut-être se faire entendre pendant cette période des primaires, son manque de parrainages mettra bien vite fin à son exposition médiatique.

Et outre cet écueil d’appareil politique dans lequel il joue le modeste rôle d’un petit trublion, il reste celui, bien plus gros, de l’écueil social que représente l’attaque frontale de la sécurité sociale. Même si, chaque jour qui passe, les appels de cotisations délirants, les dossiers perdus, les paperasseries débiles, les courriers iniques ou tout simplement grotesques, les envois d’huissiers, même si tous ces éléments provoquent chaque jour des faillites et du chômage, même si des commerces ferment directement à cause de l’incurie du RSI ou de l’incompétence de ses services, même si des individus mettent fin à leurs jours de n’avoir jamais pu trouver de solutions aux problèmes kafkaïens que la Sécu provoque régulièrement, les Français ne voudront jamais entendre que ce système est, de la base au sommet, de long en large et de droite à gauche, complètement pourri, vermoulu sous des années de gabegies, d’incompétences, de mauvaise gestion paritaire et de compromis boiteux.

Sécurité sociale

Le système de Sécurité Sociale à la française n’a plus rien d’un système répondant à des lois : ce n’est plus qu’un État dans l’État, qui répond exclusivement à son propre besoin de rester en vie, en pompant sans cesse sur des cotisants captifs pour ses besoins toujours plus grands. Dès lors, tout changement drastique ne pourra pas venir de lui.

Sauf à le mettre à bas, définitivement, il perdurera. Quitte à tuer son hôte.

Source : http://h16free.com/2016/02/26/47049-cette-securite-sociale-que-le-monde-nous-envie


Thinkerview interroge Natacha Polony qui parle très bien d’elle-même en parlant des autres

jeudi 25 février 2016 à 09:00

Thinkerview nous propose régulièrement des entretiens qui sortent des sentiers battus. Cette fois-ci, ils ont cependant décidé de s’attaquer à un sujet assez peu original, l’analyse du journalisme en France. Pour cela, ils ont profité de la création, par Natacha Polony, d’un nouveau think-tank dédié à ce sujet pour lui poser une batterie de questions.

Natacha Polony, c’est cette journaliste et essayiste française qui s’est spécialisée dans l’éducation et les questions sociétales et qu’on voit régulièrement pratiquer les plateaux télés, les chroniques radios ou de presse traditionnelle et qui a constaté un grand trouble dans la force journalistique française. Pour elle, le journalisme du pays n’est plus ce qu’il était et sombre du côté obscur, où il y aurait une façon de ne pas poser les problèmes et de ne pas poser les questions (qu’on devrait pourtant se poser).

Raison indispensable, donc, pour notre Yoda du journalisme de créer le think-tank Comité Orwell qui justifiera amplement une petite interview de derrière les fagots que Thinkerview vous livre ici même.

Les premières minutes de l’entretien laissent faussement s’installer une petite routine de questions-réponses relativement convenues. Abordant la question du journalisme et de sa perception dans l’opinion publique, Polony admet sans mal l’insatisfaction énorme des Français à l’égard des médias. Les Français ne seraient pas correctement informés, les médias alimentant ainsi une forme de trahison dans laquelle les journalistes sont perçus, selon elle, comme les chiens de garde d’un système.

Pour Polony, ce système serait cette connivence entre médias, politiciens et entreprises dans un grand mélange des genres néfaste à la démocratie et à la bonne communication entre le peuple, ceux qui l’informent et ceux qui le dirigent. Pour elle, les élites n’ont plus d’intérêts convergents avec le peuple dont ils ont la charge, ce qui pousse inévitablement à des mouvements sociétaux violents, dont on pressent les prémices dans les récentes élections dans les pays occidentaux, où les peuples tentent de faire comprendre aux dirigeants que leurs intérêts sont maintenant trop divergents les uns des autres.

Soit.

Roulant sur ce constat, que d’autres ont fait depuis un moment, elle embraye facilement (vers 11:45) sur l’évidente contrainte économique qui pèse lourdement sur les journalistes (telle une laisse au cou d’un chien, apparemment). Pouvant perdre son job à tout moment, le journaliste moderne n’est plus libre d’écrire ce qu’il veut ou ce qu’il pense, usant d’auto-censure ou d’aveuglement pratique. Il y aurait des sujets tabous, une police de la pensée, dans lequel « celui qui déborde passe pour un incompétent ou un conspirationniste » et en tout cas, « ne peut plus être pris au sérieux ».

À l’écoute, je n’ai pu m’empêcher de noter que, finalement, à l’aune de cette définition, tout le monde était dépendant économiquement (d’un patron, d’un client, d’un mécène, d’un électeur même) et qu’en conséquence, la parole était bridée partout. Diable. Polony déploierait-elle des trésors d’ingéniosité pour énoncer de telles évidences ? Plus tristement, j’ai aussi noté que la contrainte économique introduite par les subventions massives de l’État à la presse ne semblait pas se ranger dans la même catégorie de laisse que la précédente. On se demanderait presque pourquoi…

Le doute continue de s’immiscer lorsqu’à l’occasion d’aborder le rôle d’internet dans les médias (vers 18:30), elle constate que la presse se fait « uberiser » par internet et le journalisme low cost : dans une course permanente à la vitesse où tout est taillé pour faire de « l’alerte smartphone », le journalisme du temps long serait en train d’être éradiqué. Pour elle, deux causes se dégagent : l’une est économique (oui, encore) — on n’a pas ou plus les moyens de faire du journalisme d’investigation, de réflexion, de recul — et le second serait l’audience, le public (et pire encore, les journalistes eux-mêmes) ne se donnant plus la peine de lire suffisamment.

La suite de l’entretien est un peu du même tonneau, où l’on aborde la déchéance de nationalité, la hiérarchisation des journalistes (depuis les journalistes politiques, en haut, et les autres types de journalistes, en bas), la problématique proximité des journalistes avec leur sujet, et enfin le manque de culture politique ou historique des jeunes générations de journalistes.

Tout ceci n’est guère excitant. Les constats, sans casser trois pattes à un canard, semblent les bons, mais on peine à distinguer une colonne vertébrale à tout ça. C’est au détour d’une question sur Laurent Joffrin (vers 26:30) que, d’un coup, les choses s’éclaircissent.

Interrogée pour savoir si Joffrin n’aurait pas atteint son seuil d’incompétence, Polony, sans doute précautionneuse de ses arrières, prend quelques pincettes pour noter l’absence de résultats fulgurants du directeur de Libération en termes de lectorat ; elle se permet tout de même d’évoquer l’idéologie du patron de presse qui d’un côté défend mordicus un président ayant pourtant renié toutes ses promesses, et qui de l’autre criminalise ceux qui font valoir des opinions politiques différentes des siennes. Dans la foulée, elle explique que Joffrin réagit ainsi car il serait intimement convaincu d’être dans le camp du Bien. On ne le lui fait pas dire…

Mais là, c’est le drame.

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Emportée dans son élan, et en l’espace de quelques secondes, Polony sort alors les mêmes âneries que 99% des autres journalistes qu’elle s’est pourtant employée à dézinguer dans tout son discours précédent : pour la brave Natacha, le petit Laurent défend coûte que coûte la sociale-démocratie « qui n’est même plus une sociale-démocratie, mais du libéralisme pur » (27:40).

Patatras.

Pour quelqu’un qui a fait SciencePo et qui n’hésite pas à le rappeler à l’auditeur attentif, on peut légitimement se demander ce qu’elle a retenu de ses cours. Pire : pour quelqu’un qui prétend faire preuve de plus de recul que les autres membres de sa profession (dont les oreilles ont furieusement dû siffler pendant le reste de l’entretien), que voilà bel exemple d’une pensée conforme et symptomatique d’un trajet parfaitement fixé qu’elle emprunte comme une petite loco sur de longs rails solidement fixés vers l’abîme intellectuel où tous les maux de la planète ont trouvé un dénominateur commun, à savoir le libéralisme pur, le turbo-libéralisme caca, l’ultralibéralisme déchaîné.

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Et d’un envoi d’épithète à un autre, poum, voilà le pauvre Joffrin, pourtant déjà rhabillé pour l’hiver et le suivant, taxé de libéral, injure suprême et d’autant plus lolifiante que le pauvret n’est pas le dernier à distribuer, lui aussi quand on le lui demande, de cet anathème à qui osera se fendre d’objections à son encontre.

le honzec - la domination libéraleJoffrin qui accuse les méchants de libéralisme pendant que Polony accuse Joffrin de libéralisme, mathématiquement, au moins un des deux se trompe. Tout ce libéralisme qui souffle en tempête sur le pays semble faire d’immense dégâts… Et l’observateur goguenard un peu lucide n’aura pas de mal à déceler que ces deux journalistes, empêtrés dans leur salmigondis intellectuel, sont tous les deux aussi éloignés qu’on peut l’être de la raison.

À partir de ce point, on pourrait arrêter de se gondoler et reprendre calmement l’interview. Le geste serait beau, courageux même, d’autant que quelques petits sushis de pensée pratique à gober s’égaillent joyeusement dans la suite (Natacha parle des Français, Natacha pense le monde, Natacha fait de la cuisine politique, Natacha fait de la géopolitique — mais on préfèrera celle de Conesa, interrogé par la même équipe Thinkerview, bref Natacha meuble bien).

Malheureusement, ce qu’elle raconte ensuite est teinté de cette révélation qu’elle raconte, finalement, exactement la même chose, d’une façon à peine différente, que ses collègues journalistes qu’elle fustige pourtant à grand coup de cuillère à pot.

D’ailleurs, à plusieurs reprises, elle montre très clairement n’accorder qu’assez peu de sens critique et de capacité d’analyse aux téléspectateurs, aux auditeurs et aux lecteurs des différents médias disponibles en France. Là encore comme 99% de ses collègues, elle n’a pas de mal a estimer que le peuple est tenu dans l’ignorance en jouant sur sa paresse et sur les ficelles de la société de consommation (qu’elle critique en détail, là encore comme 99% de ses collègues).

Interrogée sur cette tendance, elle expliquera évidemment ne surtout pas déconsidérer ces individus, allant jusqu’à expliquer qu’on les a volontairement abêtis (« on » étant les méchants, le système, les autres, le libéralisme notamment), résumé vers 33:20 par un « triptyque télévision, publicité et grande distribution » qui aurait englué les gens chez eux devant la télé sans possibilité de dépassement. Que la baisse de niveau culturel et intellectuel puisse provenir de l’effondrement complet du niveau scolaire, lui-même directement dépendant des décisions politiques de plus en plus calamiteuses prises depuis 40 ans en la matière, ça ne l’effleure pas trop. Que le délitement de la société française soit en corrélation presque parfaite avec l’accroissement de l’interventionnisme de l’État dans toutes les parties d’icelle ne l’a sans doute jamais troublé (tout comme 99% de ses collègues), tout simplement parce qu’il est bien plus commode de cogner (comme 99% de ses collègues) sur les méchants capitalistes.

Quelque part, tout ceci est un peu triste puisqu’on échappe encore une fois à une pensée vraiment originale. On pourra toujours souhaiter que le Comité Orwell de Polony parvienne à faire un peu bouger les lignes journalistiques actuelles, mais les prémices semblent bien ternes : en parlant des autres journalistes, sa présidente démontre assez bien leur panurgisme sans arriver le moins du monde à prouver qu’elle n’en est pas elle-même atteinte.

Source : http://h16free.com/2016/02/25/46845-thinkerview-interroge-natacha-polony-qui-parle-tres-bien-delle-meme-en-parlant-des-autres