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Qui sert qui ?

mercredi 3 juin 2015 à 09:00

Cela fait des mois que l’idée est en l’air. Cela fait des années que je vous relate les tentatives pitoyables des politiciens français pour tenter de taxer par tous les moyens les géants de l’internet, et notamment en s’attaquant à la bande-passante. C’est donc sans surprise, mais avec une assez grande lassitude qu’on découvre, encore une fois, une tentative de Bercy pour – à nouveau ! – taxer la bande-passante.

Alors qu’en 2010, le sénateur Marini avait proposé de taxer certains flux en tabassant les annonceurs publicitaires sur internet, alors qu’un peu plus tard, il s’était agi de faire payer certains acteurs (fortuitement américains) en fonction du volume de données personnelles collecté et détenu, alors que Fleur Pellerin (à l’Économie Numérique à ce moment-là) s’y était essayée il y a deux ans puis il y a quelques mois (à la Culture) sans grand succès, c’est donc au tour d’Emmanuel Macron de revenir à la charge avec toujours les mêmes arguments moisis : les pov’zopérateurs se font bouffer toute leur gentille bande-passante par les méchants zaméricains, et pour le moment il n’y a pas d’autre solution que de demander de l’aide au gouvernement qui pourra se rattraper en bombardant le contribuable qui a les poches très profondes.

Cette idée revient trop souvent, depuis trop longtemps, et les fonds manquent si cruellement à l’État français qu’il faut s’habituer, dès à présent, à ce que votre bande-passante soit prochainement taxée.

Tax Money

Eh oui, encore une fois, vous allez être amené à la tonte. Oh, bien sûr, on prétendra présenter la facture aux industriels, mais ceux-ci se contenteront, en toute logique, de la reporter, au moins en partie si ce n’est en totalité, aux clients finaux. Que voulez-vous : vous pouvez toujours mettre une taxe sur le lait, ce ne sera jamais la vache qui la payera. Et le plus agaçant, de loin, est que cette taxe n’est en réalité réclamée par personne à l’exception des habituels ponctionnaires, et surtout pas par ceux qui devront en subir la charge une fois mise en place, c’est-à-dire essentiellement, … les consommateurs.

Devant cette énième introduction d’une taxe à marche forcée, je ne peux m’empêcher de me demander combien de temps encore le peuple français — et dans une moindre mesure, le reste du monde aussi — va supporter cette domination systématique des États sur sa vie. Combien de temps faudra-t-il pour que chaque consommateur, puis chaque contribuable, puis mieux encore, chaque citoyen se rende compte qu’il est devenu l’esclave servile et constamment humilié de celui qui était désigné, au départ, pour l’aider, le protéger, et le servir ?

Regardez les choses en face : non, l’État n’est pas là pour organiser la ponction. Il n’a jamais été destiné à mettre son peuple sous le joug, pas plus qu’il n’a été conçu pour dénombrer le cheptel, en prendre les appétissantes mensurations, avant de le tondre, le découper ou le ponctionner autant qu’il lui plaît.

Dans un monde normal, dans lequel le citoyen contrôle effectivement les institutions, l’État doit demander, obséquieusement, avec la plus grande humilité, l’autorisation d’avoir le droit d’espérer obtenir éventuellement un pécule de la part du citoyen. Moyennant quoi, ce dernier lui accorde (ou non) cette autorisation, après un calcul éventuel. Encore mieux, le citoyen peut même déterminer a priori les postes de dépenses qu’il souhaite affecter à l’argent qu’il consent à donner.

La réalité est bien sûr un tantinet différente : l’État pioche ce qu’il veut, le citoyen doit se taire. L’État lui rend éventuellement s’il estime, de son propre chef, avoir trop pris. Parfois, il n’en fait rien. Dans les deux cas, le citoyen doit se taire. Et si l’Etat veut tout prendre, ce qu’il ne manquera pas de faire dans les prochains mois en France lorsque la situation partira en sucette, le citoyen devra aussi se taire.

pawel kuczynski - oppression fiscale
pawel kuczynski – oppression fiscale

Effectivement, on a complètement oublié qui sert qui. On a même inversé les rôles. Seuls quelques gauchistes pathétiques aux pulsions totalitaires mal contrôlées s’en réjouissent encore. Et seuls quelques naïfs sociodémocrates croient encore aux vertus démocratiques censées mettre un frein aux ardeurs étatiques … La bonne blague.

Non, décidément, on a complètement oublié que dans un monde normal, c’est le politicien qui sert l’électeur, et non l’inverse. Dans ce pays où l’électeur n’est plus qu’une clef pour la serrure des caisses publiques desquelles couleront les picaillons par millions, le politicien ne répond plus de ses agissements et n’a plus d’ordre à recevoir de son électeur qu’aux douloureux mais trop, bien trop rares moments du vote. Il n’est qu’à voir le luxe de précaution dont s’entourent les personnages de l’État, les élus et les politiciens en vue pour ne pas être en contact trop direct avec la foule, avec ce peuple qui l’a mis là, pour bien comprendre qui sert qui, qui se sert, et qui finance.

Décidément, on a totalement désappris que c’est le fisc qui devait servir le contribuable et non l’inverse. Dans un monde normal, une association à but non lucratif comme devrait être l’État, qui reçoit chez elle des donateurs qui amènent, tous les ans, des centaines de milliards d’euros (oui, des centaines de milliards !), ferait l’effort d’ouvrir toutes grandes ses portes, offrirait de bons fauteuils moelleux voire un petit café en cas d’attente, et finirait tout entretien par un merci presque obséquieux et, le regard inquiet, par la question rituelle « Vous reviendrez bien l’année prochaine, s’il vous plaît, dites ? »

En lieu et place de quoi, on a le droit à des horaires alambiqués, des réceptions glaciales, un guichet froid et des explications volontairement confuses pour extirper le maximum d’argent sous la contrainte. Et c’est vrai pour tous les services publics en général, qui sont devenus une illustration parfaite de ce parfait renversement de valeurs, où celui qui paye, lourdement, de sa sueur et de son temps, est reçu comme un chien, devant des grilles, appelé par un numéro inscrit sur un petit ticket de papier recyclé, et comment vous n’avez pas le Cerfa 27B-6 ? Ah mais désolé il va falloir revenir…

distributeur de tickets d'attente

On a oublié qui sert qui, et qui, du policier ou de l’honnête citoyen, doit défendre qui (non, l’embuscade avec un radar n’est pas une protection, désolé). On a omis qui rapporte à qui, qui doit respect à qui. Non, messieurs les élus, je ne vous dois que le respect qu’on doit à un majordome, et encore, disons un intendant qui sabote son travail et celui des maîtres du château.

Et ayant ainsi inversé, petit-à-petit, mais complètement, la hiérarchie, on en a inversé le sens des valeurs, le sens du respect, et le sens des devoirs. Tout à coup, le citoyen doit son consentement à l’impôt. Il doit se rendre à tel guichet, à telle administration, à tel rendez-vous fixé par une autorité qu’il paye de son travail. Il est convoqué par l’élu, le ministre, le président comme un larbin auquel il doit obéissance. Il doit laisser le passage aux cortèges officiels. Il doit faire des efforts, il doit payer, il doit surtout se taire et mieux encore qu’encaisser, … décaisser.

Et devant tel renversement, nombreux sont alors ceux qui s’étonnent que les enfants ne respectent plus les enseignants, que les policiers maltraitent l’honnête citoyen, que le fisc harcèle le contribuable ou que le politicien méprise presqu’ouvertement le citoyen.

Quelque part, à un moment donné, ce citoyen s’est fait monumentalement entuber.

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Source : http://h16free.com/2015/06/03/39508-qui-sert-qui


Loi Renseignement : Axelle Lemaire et l’impossible service-après vente

mardi 2 juin 2015 à 09:00

Si l’habitude actuelle est aux entretiens courts, torchés en trois minutes, qui survolent mal un sujet complexe et ne laissent aux intervenants que la possibilité de bafouiller trois banalités, cela n’empêche pas certaines matières d’avoir besoin de temps et de rentrer dans le détail, comme par exemple la Loi Renseignement actuellement en cours d’étude au Sénat. Et ça tombe bien puisqu’un roboratif entretien d’une heure, réalisé par l’équipe de Thinkerview, a été proposé à plusieurs intervenants notoires de l’Internet, à commencer par l’actuelle secrétaire d’État en charge des questions numériques, Axelle Lemaire.

Autour d’elle, Gilles Babinet, entrepreneur expert en « Big Data », Éric Sherer, le directeur de la prospective & stratégie numérique à France Télévision, Éric Léandri, le PDG du moteur de recherche Qwant, et Benjamin Bayart, porte-parole du French Data Network et militant pour les libertés fondamentales dans la société de l’information. Au cours de plus de soixante minutes, le décalage assez notoire entre ces différents acteurs, baignés par la technologie, et la secrétaire d’État, pas tout à fait au top en matière de culture numérique, s’avèrera assez flagrant.

L’interview, disponible en intégralité ci-dessous, peut être grossièrement découpée en trois phases. La première partie, s’étalant sur un gros quart d’heure, aborde le bébé d’Axelle Lemaire, son actuel projet de Loi Numérique, et l’anonymisation des données. La dernière partie, une autre quinzaine de minutes en fin d’interview, évoque différentes questions dont la neutralité du net.

L’avantage de l’introduction sur la Loi Numérique de Lemaire (qui va bien sûr plus loin que la directive européenne (parce qu’ensuite, si on est allé trop loin, on pourra toujours blâmer Bruxelles) est qu’elle constitue un bon échauffement pour le reste de l’interview, notoirement plus musclé.

On peut tout de même goûter (vers 2:20) à l’intéressante passe d’armes sur le fichier électoral qui permet, pour un modeste investissement de 2€, de disposer de la liste de citoyens inscrits, et surtout de leur adresse courante, de leur date et lieu de naissance. Comme le fait justement remarquer Benjamin Bayart vers 4:20, un hacker, même moyen, comprend immédiatement l’intérêt de ce genre d’informations puisqu’à partir de celles-ci, il peut assez simplement usurper une identité, auprès d’un banquier par exemple.

Eh oui, l’anonymisation des données nécessite d’être faite correctement, en faisant réellement disparaître des informations permettant d’identifier une personne (soit directement, soit par corrélation entre les données elles-mêmes), ce qui laisse trop souvent à désirer. Peut-être sont-ce les réactions un peu confuses et parsemées de banalités convenues d’Axelle Lemaire à ces remarques qui pousseront Gilles Babinet à sortir, discrètement (vers 20:09), que

« on a besoin d’avoir une véritable éducation au numérique de la part du monde politique »

… ce qui est le moins qu’on puisse dire et qui est amplement démontré par la suite, puisqu’au milieu d’un décorum épuré dans lequel n’apparaît qu’un peu d’eau plate (tout le monde est donc sobre et l’excuse de l’alcool ne pourra servir pour sauver la réputation d’une certaine catégorie de politiciens), nos cinq intervenants débattront âprement de l’épineuse Loi Renseignement, posée dès le départ mais éludée avec empressement par la sous-ministre, qui n’y échappera donc pas.

Notre secrétaire ne se démontera pas pour autant. Elle a une botte simple qu’elle joue d’emblée : cette loi n’est pas finalisée, son parcours législatif n’est pas fini et tout peut encore arriver. Du reste, c’est fort juste : la plupart des lois pondues dernièrement sont régulièrement chahutées par le Sénat, bousculées lors de l’écriture des décrets et tabassées par une mise en application catastrophique. En gros, en ce qui concerne la Loi Renseignement, nous en sommes actuellement ici :

parcours institutionnel en République du Bisounoursland

Une fois utilisé le bon vieux truc du « Loi Renseignement En Cours d’Installation, veuillez patienter », Axelle Lemaire reprend l’argument officiel du vide juridique, au moins aussi fameux que le vide quantique et encore plus mousseux que ce dernier : certes, les officines républicaines de renseignement espionnaient les Français comme des gorets, mais ils étaient dans ce vide juridique commode. Avec la Loi Renseignement et ses enzymes activées, finis les tâcherons du renseignement hors cadre légal, et à nous les bonnes informations collectées avec légalité ! Mieux, grâce à cette pirouette sémantique qui revient à passer un coup de ripolin juridique sur des pratiques scandaleuses à la base, on peut en conclure hardiment que la Loi Renseignement va nous garantir nos libertés, youkaïdi, youkaïda, pas de quoi s’inquiéter.

axelle nous protège

Malheureusement pour Triple Axelle, le petit coup de trampoline rhétorique n’a pas fonctionné et la réaction des autres intervenants ne se fait pas attendre (22:25). Et ce sera le chevalier Bayart qui remettra l’église au milieu du village en rappelant que les manips en question étaient bel et bien illégales, et que si, actuellement dans le monde, il y a une telle course des principaux pays pour mettre en place de la surveillance de masse, c’est parce que les Américains sont empêtrés dans un Patriot Act qui vit ses dernières heures et qui, une fois mort, interdira à la NSA de fournir en renseignements tous ces pays paniqués.

Heureusement (vers 31:26), selon la secrétaire Lemaire, et dans un discours haché qui masque mal une maîtrise hésitante du sujet, le texte va encore évoluer. Reste à savoir si ce sera comme un organisme bien formé ou comme un mutant zombie venu de l’espace. Mais en tout cas, il va y avoir tout plein de commissions bardées d’experts solidement burnés qui vont ajouter tout plein de contrôles.

Bon, apparemment, ça ne convainc que très moyennement les intervenants sur place, à commencer par Benjamin Bayart qui rappelle à la sous-ministre qu’un titre de chapitre dans une loi ne constitue en rien une garantie quelconque que le texte sera correctement interprété, et notamment pas en faveur du citoyen tant les éléments actuels sont larges. Plus exactement, il n’y a pas à tortiller,

« les boîtes noires sont un dispositif intrusif et relèvent de la surveillance de masse. […] L’article L34-1 CPCE est peu clair, on n’arrive pas bien à savoir quels hébergeurs de quelles plateformes sont concernés [par la Loi Renseignement]. »

Dans la foulée, Bayart en profite pour expliquer qu’au-delà d’un effectif souci de contrôle de l’espionnite aiguë qui s’empare doucement des services de renseignement de l’État, le texte ne prévoit aucune sanction en cas de dérapage.

Ceci cloue sur place la pauvre Axelle, et laisse libre Bayart de continuer avec cette remarque, fort juste (34:51) :

« Le ministre qui a fait éplucher les factures téléphoniques détaillées du journaliste du Monde pour trouver sa source n’est pas en prison, et ça, c’est scandaleux. Il n’y a pas de sanctions dans ce foutu texte.« 

Axelle Lemaire tente alors de faire valoir le fameux contrôle juridictionnel dans une petite salve de mots en vrac, sur le mode « Oui mais les autorités juridiques peuvent imposer aux espions d’arrêter leurs débordements » … Qui fait bondir Bayart :

(35:08) »Mon dealer, il en rêve, de ça, que lorsqu’il passe devant le juge, le juge lui dise ‘Tu arrêtes !’ … Pour moi, un fonctionnaire ou un ministre qui abuse de ses pouvoirs doit être sanctionné. Or, le texte ne prévoit pas de sanction.« 

Le coup est fatal, mais en bonne politicienne, Axelle Lemaire tente malgré tout d’enfumer son audience en appelant à la rescousse les éventuelles sanctions déjà existantes (et donc, par définition, hors du champ d’application de cette loi qui n’en contient pas), et en invoquant l’illusoire sanction politique (oui, politique) dont on voit mal, avec la kyrielle de contre-exemples fumants (Cahuzac, Thévenoud, anyone ?), comment elle peut valoir le moindre kopeck.

Évidemment, les saltos arrière de la petite Axelle ne satisferont personne, mais là encore, résignez-vous : cette loi sans sanction ne sera pas réécrite.

resistance is futileEt cette impression que toute résistance est futile devant le collectif gouvernemental ne s’évanouit pas avec la question d’Éric Sherer. Il cherche à savoir qui pourra évaluer les fameuses boîtes noires et l’algorithme de collecte des données qui seront mis en place, mais il ne reçoit finalement aucune réponse si ce n’est un gros nuage d’encre noire sur ce qu’il faudrait mettre en place au niveau de la CNIL pour lui fournir un pouvoir de sanction. La seiche Axelle repart bien vite en agitant les bras, accuse les uns et les autres de confusion (pour des experts dans leurs domaines, c’est risible), et assure vers 40:59 que l’algorithme saura subtilement discriminer, avec un aplomb si phénoménal que Babinet ne peut s’étonner que la secrétaire d’État connaisse déjà cet algorithme, pourtant absent de la loi.

À la suite d’un tel échange, qui ne laisse aucun doute sur la direction empruntée par le gouvernement, on se réjouit malgré tout vers 44:00 de voir Éric Léandri demander des comptes, économiques cette fois, en rappelant que le Patriot Act américain a coûté aux États-Unis plus de 40 milliards de dollars, et que la France n’est guère en position de seulement supporter une perte d’un centième. Malheureusement, une fois encore, Axelle tire à nouveau la carte du « Loi Renseignement En Cours d’Installation, veuillez patienter », qui permettra d’oublier bien vite cet épineux sujet économique. C’est pas grave, c’est l’État qui paye ?

C’est à la suite de l’intervention de Jérémie Zimmerman, en guest star vers 48:00, qu’on la verra finalement sortir de ses gonds. À la question de savoir si le chiffrement devra être lui-même limité pour les citoyens, comme l’envisage très sérieusement Cameron en Angleterre, Lemaire admet sans sourciller que la question s’est effectivement posée en réunion ministérielle. Lorsque Bayart demande confirmation, la secrétaire s’énerve :

« Soit vous êtes naïf, soit vous êtes hypocrite.[…] Oui, la question s’est posée, mais non, on ne revient pas sur la possibilité de chiffrement. »

C’est toujours ça de gagné. La question qui reste, cependant, c’est : pour combien de temps encore ?

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Source : http://h16free.com/2015/06/02/39482-loi-renseignement-axelle-lemaire-et-limpossible-service-apres-vente


En France, faire des efforts, c’est mal et ce sera puni

lundi 1 juin 2015 à 09:00

Bien que GDF-Suez ait récemment troqué son nom à rallonge pour celui d’une maladie de gorge d’Engie, le mastodonte français de l’énergie a bien du mal à modifier ses réflexes de vieux monopole parfaitement obtus à toute remise en question, dont la dernière manifestation laisse plus que perplexe.

Tout se passe à Plessis-Pâté, petite commune de 4000 habitants située au sud de Paris, dans l’Essonne. En 1992 (il y a donc plus de vingt ans), le maire d’alors signe un contrat avec le monopole du moment, GDF, pour une fourniture de gaz à l’école communale, dans lequel il s’engage à consommer 334 500 kWh par an.

Les années passent, les normes aussi, et l’envie d’isoler l’école en question gagne naturellement le maire actuel, Sylvain Tanguy. Bonne idée écologique et surtout économique, puisqu’en lieu et place des 300.000 kWh prévus, l’école une fois isolée n’a consommé que 89.856 kWh (trois fois moins). La surprise est donc grande lorsque le maire découvre que l’opérateur gazier facture à la ville 5.985 € de gaz, dont 4.824 € de pénalité, pour n’avoir pas consommé autant que prévu en 2014. Une facture d’un peu plus de 1.000€ transformée en une facture de près de 6.000€ grâce à une pénalité, voilà qui revigorerait les comptes de n’importe quel Enron.

Devant l’absurdité de la demande, le maire a cherché à contacter son fournisseur, normalement puis via le médiateur de l’entreprise, en vain. Le maire avait pourtant non seulement prévenu Engie, ex GDF-Suez, des travaux qui allaient avoir lieu sur l’installation scolaire, sans recevoir la moindre remarque de leur part. En outre, lorsqu’il a cherché dans les archives municipales les traces du fameux contrat, ses recherches n’ayant rien donné, il s’est retourné à nouveau vers Engie pour lui demander la copie qu’ils conservaient par devers eux. Malheureusement, comme le maire l’explique :

« Ce contrat, on ne l’a jamais retrouvé dans nos archives. Nous avons demandé à GDF Suez une copie, mais ils ne nous l’ont pas fournie. »

foutralys

Voilà qui est particulièrement cocasse (et, pour le contribuable, coûteux).

Devant une telle absurdité, on ne peut s’empêcher de poser quelques questions, à commencer par se demander où est passée la nécessaire révision régulière de contrat. Il semble donc que ce soit un contrat signé il y a plus de vingt ans qui pilote cette facturation, et que personne n’ait trouvé nécessaire d’en revoir les termes pendant toute cette période.

À ceci s’ajoute l’autre question, évidente : où est passé le contrat ? Si personne n’en a plus trace, il va devenir délicat pour le fournisseur de prouver qu’il a bien existé en premier lieu et, à plus forte raison, de se baser dessus pour établir une pénalité.

Pénalités qui ont tout de l’arbitraire, ici, et pourront facilement se voir rejetées en justice ; et si elles ne sont pas arbitraires (et donc, contractualisées dans un document lisible par les deux parties), on doit se demander qui a autorisé la signature d’une telle aberration. De loin, un maire qui signe un contrat qui l’engage de façon aussi hallucinante (un gros x5 de pénalité sur une facture, tout de même), sans en prendre la mesure, cela ressemblerait presque à certaines habitudes en matières de prêts bancaires que d’aucuns qualifiaient de toxiques il n’y a encore pas si longtemps…

Quoi qu’il en soit, une impression désagréable surnage de cette histoire dont on espère que la publicité permette une renégociation du contrat dans des termes plus favorables à la mairie, et par ricochet, au contribuable local. Difficile de se séparer de cette idée qu’en France, une fois encore, faire des efforts assez organisés pour réduire ses factures, notamment d’énergie, est particulièrement mal accueilli, et ce d’autant plus qu’on est une collectivité, qu’il s’agit avant tout d’argent des autres, et que le tout a été contractualisé il y a suffisamment de temps pour que ce soit rentré dans les bonnes habitudes, c’est-à-dire le robinet public ouvert en grand.

François BaroinEt cette impression d’une habitude de dépenses sans freins, enkystée comme indispensable voire normale, n’est en rien amoindrie par les récentes déclarations du président de l’Association des Maires de France (AMF), François Baroin, qui a récemment pleurniché auprès du premier ministre et sur les micros de RTL.

« On a une mise en coupe réglée par l’État sans précédent en réalité depuis 40 ou 50 ans. Certes, la situation est difficile, naturellement il faut réduire la dette publique, évidemment chacun doit apporter sa contribution à la réduction des déficits publics mais dans des proportions qui soient acceptables et tenables. Là, elles ne le sont pas. »

Pour le pauvret et d’après les calculs diaboliquement précis et commodes de son association lucrative sans but, il faut prévoir « 25 à 30% d’investissement public en moins d’ici à 2017. C’est 0,6% de croissance, 60.000 à 80.000 emplois dans les bâtiments et travaux publics. », ce qui occulte très habilement que c’est aussi toute une ponction correspondante que le contribuable n’aura pas à supporter, ou une dette supplémentaire à court, moyen, et long terme qu’on ne crée pas sur le dos des générations futures.

Mais voilà, Baroin, il s’en contrefiche, du contribuable, et il n’a rien à cirer des générations futures. Comme Engie qui invente des pénalités pour s’éviter des pertes sur un vieux contrat, il veut son pognon pour ne pas avoir à remettre en question son mode de pensée et de dépenses.

L’ancien ministre qui avait surtout brillé par son absence de talent, de saveur, de couleur et d’odeur, se permet donc de pleurer sur la baisse prévue de dotation de l’État aux collectivités locales, qui devrait s’établir à 3,67 milliards par an jusqu’en 2017, en oubliant que ces 11 milliards d’euros resteront donc dans la poche du contribuable qui pourra, peut-être enfin, commencer à mettre de l’argent de côté pour ses vieux jours, rembourser ses prêts, acheter des biens de consommation dont il a besoin plutôt que financer des sens giratoires luxuriants, des médiathèques baroques et des complexes sportifs à la con dans lesquels il ne met jamais les pieds.

D’autant que, et c’est le plus comique de cette histoire, la Cour des Comptes a, quant à elle, expliqué dans son rapport annuel sur le budget de l’État que ces fameuses collectivités territoriales n’ont justement pas encore été frappées par l’austérité et indique qu’en moyenne, la baisse des dotations a été plus que compensée par d’autres mesures, notamment des transferts de fiscalité.

Les petits moutontribuablesEn réalité, la mésaventure du maire de Plessis-Pâté n’est pas fortuite. En fait, il a clairement contrevenu à un pacte tacite, mal connu mais évident lorsqu’on voit les déclarations lacrymales de Baroin : une collectivité, en France, devra dépenser toujours plus, devra toujours se débrouiller pour fournir le plus de laine aux myriades d’acteurs qui tournent autour, cette laine étant prélevée sur les tendres moutontribuables locaux.

Dès lors, pour ces collectivités françaises, faire des efforts sera puni.

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Source : http://h16free.com/2015/06/01/39505-en-france-faire-des-efforts-cest-mal-et-ce-sera-puni


Sur internet, Valls va lancer la Brigade des Gentils contre les Méchants

dimanche 31 mai 2015 à 11:00

Bon, la Loi Renseignement qui va sniffer du paquet internet partout, ça, c’est fait : au moins, maintenant, les dangereux djihadistes qui pullulaient sur le web n’ont qu’à bien se tenir. Fini, les échanges de manuels pour faire des bombes camouflés dans des images de petits chats mignons ! Le terrorisme étant une affaire réglée, on peut passer aux choses sérieuses. Par exemple, on va fliquer les chômeurs.

Oh. Zut, ça s’est vu, des réseaux sociaux ont grogné très fort et l’amendement, propulsé sous le radar d’un Rebsamen totalement à la ramasse sur le coup, a finalement été retiré. Soit. Ce sera pour une autre fois, quand les gens auront le dos tourné.

dog laugh

En attendant, ne nous refroidissons pas, il ne faudrait pas que tous les autres, ceux qui ne sont ni djihadistes ni chômeurs, se retrouvent sans la nécessaire protection de l’État lorsqu’ils surfent comme des enfants sur des intertubes tous les jours plus dangereux. Et ce ne sont pas de vains mots. Il ne faut plus que les gens se rendent, innocemment, sur des sites ici ou là, et se retrouvent ou bien insultés, maltraités, bombardés par de la violence verbale sans frein ni loi, ou qu’ils soient victimes de racisme, d’antisémitisme, ou pire encore, qu’ils se retrouvent englués dans les dédales improbables d’un complotisme fétide.

Non, la République ne peut pas laisser faire ça, elle est au-dessus de ça, la République et l’État doivent ABSOLUMENT intervenir pour sauver les innocents, tous ces enfants (vous y pensez, aux enfants, hein, vous y pensez, bordel !) qui, perdus, trottent d’un site à l’autre sans se rendre compte qu’au moindre faux clic, ils peuvent se retrouver embrigadés par LES PIRES ENGEANCES du Web, et qu’ils pourraient SE FAIRE LAVER LE CERVEAU par des djihadistes qui les auraient appâtés avec des images de chats mignons, pour PARTIR EN SYRIE ET REVENIR POSER DES BOMBES CHEZ NOUS, PARCE QUE C’EST COMME ÇA QUE ÇA SE PASSE MES PETITS AMIS en Vérité Je Vous Le Dis AAAAH C’EST TROPORIBLE IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE !!1!

Valls s'excite

Excusez-moi, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai… j’ai eu un accès de vallsite aigüe.

Toujours est-il que la question, prégnante, lourde et indispensable, de la sécurité sur internet est encore posée, d’autant que notre Vénérable Premier Ministre s’est fixé comme Honorable But de lutter contre l’antisémitisme et le racisme en ligne.

Il va donc mettre en place son « unité nationale de lutte contre la haine sur Internet » dès cet été, qui sera chargée de surveiller plein de sites Web et de rapporter aux autorités les discours de haine en ligne. Ce même Escadron De La Muerte Anti-Webvilains pourra aussi distribuer des avertos à Google, Facebook ou Twitter si ces derniers ne font pas leur travail de modération correctement (au bout de trois avertos, ils auront un blâme. Et au bout de trois blâmes, Manuel Valls prendra directement contact avec eux, pour leur faire des propositions qu’ils ne pourront pas refuser).

Enfin, une mission d’importance lui sera confiée en plus de ces indispensables nettoyages internautiques : la Phalange Nationale d’Action Numérique sera aussi chargée de créer des « cyberpatrouilles » destinées à traquer les propos racistes ou antisémites au plus profond des intertubes afin de les extirper, d’en traquer leurs infâmes auteurs, et de les choper pour les jeter, tremblants et humiliés, devant les pieds impitoyables de la Justice Républicaine, qui ne manquera pas, foi de Manuel Valls, d’être particulièrement sévère. Sapristi, ça va déboîter du poney !

minion gru danseBon, on ne sait pas encore tous les détails d’organisation certainement croustillants de ces Voltigeurs du Web, et s’ils seront par exemple intégrés à Pharos, la superbe et efficace plateforme de signalement des contenus illégaux en ligne du gouvernement, actuellement animée avec force GIFs, lumières colorées et fumigènes tourbillonnants, par des policiers et des gendarmes de l’OCCLICTIC l’OCULTIC l’OCCCLL hum de l’OCLCTIC, l’Office Central de Lutte Contre les Chatonmignons qui Transitent des Informations Cryptiques en loucedé.

On le voit, les choses sont prises au sérieux au plus haut niveau de l’État : c’en est enfin fini du temps du Far-West de l’internet, où des pistoleros sanguinaires et des desperados sans morale pouvaient régner par la terreur sur Facebook, Twitter ou Doctissimo ! Terminées, les insultes antisémites et les blagues de blondes sexistes sur les forums spécialisés ! Il va y avoir du ménage sur les intertubes français ! Fini le cyber-harcèlement sur Call of Duty ou Battlefield ! /B et 4Chan n’ont qu’à bien se tenir !

… Hum. Wait.

one-does-not-simply-oh-wait-one-does-never-mind

Si l’on exclut justement les honorables gendarmes et policiers de l’OCULTIC CLICTOCUL Office Central Truc, qui n’y sont pour rien, et si l’on écarte aussi les membres du gouvernements et notamment Valls qui ont pondu cette magnifique idée, il apparaît qu’à peu près personne qui pratique couramment les internets actuels ne peut imaginer sérieusement que cette Brigade d’Intervention Rapide Des Gentils Contre les Méchants va avoir le moindre effet, si ce n’est d’enduire une fois de plus les politiciens d’une épaisse couche de ridicule collant. L’internet est, par nature même, l’immense océan dans lequel s’ébrouent toutes les passions, toutes les expressions, et se développent tous les prurits les plus ridicules. Deux minutes passées sur n’importe quel jeu en ligne feront sauter tous les klaxibulles des pauvres Voltigeurs du Web de Valls. Inversement, il n’est pas très compliqué de trouver, sur Twitter, Facebook ou que sais-je des comptes, pourtant adoubés par le pouvoir, et animés par des groupes d’individus pas tous les jours bisous-bisous, aux expressions parfois choquantes, racistes, antisémites ou xénophobes.

Bref : la tâche assignée ressemble à du gros n’importe quoi qui fleure bon la police politique, et ce n’est même pas une exagération, puisqu’on se rappellera à toutes fins utiles que la Chine a mis sur pied une « armée de l’ombre » qui écume l’internet chinois pour le nettoyer de toute politique contrariante et de toute dissidence. Que la France prenne aussi ouvertement exemple sur un pays totalitaire communiste redonne décidément un espoir pour cette France vraiment trop libérale !

Car en plus de ses Voltigeurs dûment assermentés, Manuel Valls nous explique vouloir mettre sur pieds une Fondation de droit privé qui fournira des outils de propagande à un « bataillon de community managers de l’État » pour s’opposer non seulement aux terroristes de tout poil, mais aussi aux sites dits « complotistes » qui ont le mauvais goût de miner la crédibilité des informations officielles.

oh yes

Snif, snif, mais tout ceci sent décidément très bon et ne laisse aucun doute ! C’est génial, on gagne encore plusieurs points sur l’échelle de liberté, les enfants. Ce socialisme est vraiment, vraiment magique.

Vous chérissiez l’internet français délicatement bordé par le minutieux travail de la HADOPI ? Vous appréciez l’internet sur écoute par un gouvernement très très attentif ? Vous allez adorer l’internet policé par Manuel Valls et sa fine équipe de propagandistes et de gardes-chasse.

voltigeurs du web de valls

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Source : http://h16free.com/2015/05/31/39445-sur-internet-valls-va-lancer-la-brigade-des-gentils-contre-les-mechants


L’État, un vivier de dettes catastrophiques … et d’emplois rigolos

vendredi 29 mai 2015 à 09:00

Parfois, le monde, il est vraiment pas gentil. Alors même que nos ministres s’emploient à lancer assez peu discrètement la campagne présidentielle de François Hollande à grands renforts de flagorneries toutes plus grosses les unes que les autres, la réalité vient sauvagement leur distribuer des directs bien serrés dans les parties molles : la Cour des Comptes, encore elle, assène une nouvelle gifle au pouvoir en place.

Elle vient en effet de rendre public son rapport sur le budget de l’État en 2014, analysant l’exécution des dépenses et des recettes. La conclusion ne fait guère de place aux doutes : l’exécution du budget de l’État se caractérise en 2014 par une aggravation du solde budgétaire par rapport à 2013 (et pif), du fait d’une baisse des recettes nettes (et paf) et d’une hausse des dépenses nettes du budget général (et vlan). Zut, flute, caca boudin : la dette de l’État continue à progresser « à un rythme soutenu ». Pire : Didier Migaud, le premier président de l’institution, constate (pas trop consterné, le bougre devait bien s’y attendre) que la baisse du déficit de l’État, vaguement amorcée depuis 2010, « a été interrompue l’an dernier », avec une hausse de 10,7 milliards d’euros.

Décidément, c’est vraiment pa’d’chance !

Baisse des recettes, augmentation des dépenses, on croirait à un mauvais scénario où tout, absolument tout, se déroule à la fois comme prévu et selon le pire scénario possible. Dans ce rapport, c’est surtout la nette baisse des recettes qui indique que la trajectoire suivie par les finances publiques ressemble de plus en plus à celle que suivit l’un des boosters de la navette Challenger dans les dernières micro-secondes de son dernier vol. L’autre booster, c’est celui des dépenses qui pointent résolument vers la stratosphère.

budget état dépenses recettes

Cependant, soyons bien clair : pour ce qui est de la hausse des dépenses, cela n’aura étonné personne. À l’exception bien sûr des habituelles pleureuses socialistes qui continuent leurs simagrées sur une austérité dont on voit mal où elle se niche d’année en année : les dépenses exceptionnelles continuent de grimper (sans pouvoir expliquer à elles seules, selon la Cour, l’aggravation des déficits), et surtout, … les dépenses de personnel aussi.

Eh oui, tout comme en 2013 où la presse constatait, à la suite de la Cour, que l’emploi public repartait à la hausse (sans pour autant en conclure que l’austérité était du flan, conclusion logique apparemment inatteignable), il en fut de même en 2014 où l’emploi public aura là encore affiché une excellente santé, probablement en proportion du marasme qui s’est emparé de l’emploi privé.

Et d’ailleurs, il n’est qu’à se rendre sur le portail de la fonction publique destiné à recenser les offres d’emplois ouvertes par les nombreuses (ô combien nombreuses) administrations de notre beau pays pour comprendre qu’il y a fort à faire pour seulement espérer tarir le flot invraisemblable de missions que l’État s’est octroyé et qui nécessitent une armée de bras que tous les impôts du pays ne parviendront pas à payer.

L’exercice, du reste, est aussi éclairant qu’amusant. Ainsi, au milieu d’âpres propositions d’« Inspecteur de l’Éducation Nationale » ou de « Chargé(e) de mission pour des marchés publics » dont on devine, sans avoir besoin de les lire en détail, qu’elles baignent dans l’ambiance joyeuse et un peu fofolle de procédures légales rigolotes et d’une paperasserie tout à fait amusante, on peut aussi trouver une somme assez conséquente de métiers que le secteur privé n’aurait sans doute jamais pu imaginer tant leurs intitulés vendent du rêve, envoient du steak et tabassent du chaton mignon à 100 km à la ronde.

chaton youpi encore une mission réussie

On peut par exemple devenir (offre 104562) « Directeur départemental de la cohésion sociale et de la protection des populations de Dordogne », ce qui permet d’affirmer à la fois qu’il y a tout une administration chargée de la cohésion sociale en Dordogne (apparemment, il y faut toute une administration pour que le social soit bien cohérent, sinon, ça part rapidement en vrille, je suppose – c’est chaud, la Dordogne, question cohésion sociale, que voulez-vous) et à la fois que même sans directeur actuellement, la Dordogne s’en sort pas trop mal puisque l’anarchie n’y a pas encore étendu son règne (ah bah finalement, c’est pas si chaud, la Dordogne, question cohésion sociale).

Une autre offre (ici) permettra d’enfin trouver un « responsable du programme de simplifications pour les citoyens dans le cadre du choc de simplification » ce qui explique d’un coup pourquoi la situation était si foutrement épineuse. Dire qu’il manquait tout simplement d’un responsable pour piloter ce foutu programme de simplification pour qu’enfin, pouf, le choc se mette doucement en route, franchement, on est rassuré de voir que des dispositions ont été prises à ce sujet. Ouf. Depuis le temps qu’on l’attendait, ce responsable !

Je pourrais vous détailler, pour le plaisir, l’offre 105442 qui réclame un « Chargé(e) du suivi des publics en insertion par le logement et demandeurs d’asile » dont l’intitulé laisse présager de grands moments de solitude paperassière aux tampons humides des pleurs de son possesseur, ou, plus amusant, l’offre 106558 qui réclame un – je cite – « Administrateur Agent virtuel intelligent (AVI) pour le Compte personnel de formation (CPF) H/F » qui demande plusieurs relectures et laisse songeur quand on imagine le candidat revenir d’un entretien plein de succès et s’écrier à ses proches :

« Youpi, je suis enfin administrateur agent virtuel intelligent pour le CPF, mes petits amis ! J’ai toujours rêvé d’être administrateur agent virtuel intelligent, et c’est une vraie promotion de mon poste précédent d’agent virtuel idiot ! Vite, mangeons de la Ouiche Lorraine pour fêter ça ! »

ouiche lorraine et administrateurs
Enfin, sachez que l’offre pour un « Responsable de la démocratie sanitaire » est malheureusement expirée, et non, il ne s’agissait pas d’aider la naturelle (et nécessaire) synchronisation des urnes électorales avec les toilettes républicaines, mais de fournir un poste pour un responsable de l’un de ces concepts fumeux, dont la fonction réelle est de créer toute une hiérarchie et des postes à la douzaine pour camoufler l’explosion du chômage en France.

On le comprend, alors que les uns pleurent sur l’amère austérité qui n’existe pas, que les autres chouinent sur la réduction dramatique des services publics, la Cour des Comptes et les chiffres sont sans appel : l’État continue de plus belle à embaucher, à tour de bras, ses dépenses explosent et ses recettes s’effondrent. Mais rassurez-vous : au moins, ses agents ne sont pas en rupture d’imagination pour l’intitulé des multitudes de jobs palpitants qui s’y crée tous les jours.

pole emploi po demploi

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Source : http://h16free.com/2015/05/29/39420-letat-un-vivier-de-dettes-catastrophiques-et-demplois-rigolos