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Heureusement, la répression des fraudes contre l’échange gratuit de livres bat son plein

vendredi 11 septembre 2015 à 09:00

On l’a vu : la France est en pointe dans l’innovation, tant qu’elle est fiscale. En revanche, la route vers le progrès et l’augmentation du pouvoir d’achat des Français est notoirement plus cahoteuse lorsqu’il s’agit des nouvelles technologies et de leur impact sur leur vie de tous les jours.

On a vu récemment que Facebook, Google, Expedia, Uber, Airbnb, Twitter et j’en passe étaient régulièrement la cible des vitupérations des uns et des autres, qui pour des raisons fiscales, qui pour des raisons corporatistes. Il y a quelques jours, on lisait, un tantinet stupéfait, les réactions gênées de dirigeants d’associations caritatives d’aides aux étrangers devant leur uberisation par des applications mobiles développées sur le pouce.

À l’évidence, dès lors que de l’argent rentre en jeu et que la donne légale est largement bousculée par l’arrivée de nouvelles technologies, ceux qui se trouvent au bout du robinet finissent toujours par rouspéter de la baisse de débit, reporté qu’il est vers d’autres tuyauteries.

On pourrait croire que lorsqu’il n’y a pas d’argent en jeu, les choses se passent mieux. Nous sommes en France, il n’en est donc rien. Même le gratuit est sujet à une évaluation millimétrée de la part de l’ensemble des corps administrés qui veilleront, jusqu’à leur dernier souffle, à la bonne marche de la société vers un monde rigoureusement égalitaire, proprement rangé dans des boîtes correctement étiquetées dont rien ne dépasse, avec pour chacune son cerfa et l’attestation que les taxes et autres ponctions ont toutes été correctement payées avant l’enterrement.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, on apprend que l’ultra-célébrissime Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes — sans qui le consommateur français, ruminant paisible mais très influençable, serait déjà mort douze fois d’intoxications, de concurrence déloyale et de fraudes diverses — vient d’intervenir avec sa souplesse habituelle de ninja chez la start-up française Booxup, spécialisée dans l’échange de livres.

c'est français c'est la police française

Que fait Booxup qui mérite ainsi que l’auguste administration se penche de tout son poids sur son cas ? En fait, Booxup propose une application de partage de livres papier : celle-ci permet d’enregistrer les titres de sa bibliothèque personnelle, de consulter celle des autres utilisateurs, et lorsqu’un livre intéresse l’utilisateur, d’entrer en contact avec lui pour le rencontrer et faire un emprunt voire – soyons fous – un échange.

C’est peut-être la présentation, succincte, de l’application en ligne sur le site d’Apple qui a déclenché la visite-surprise de la DGCCRF dans les locaux de la start-up : « Trouve des milliers de livres gratuits autour de toi, dans toutes les langues ». Gratuits ? oooh filocheAllons, cela cache forcément un partage frauduleux d’informations électroniques via des procédés que ne renient pas les nazis, les pédophiles ou les terroristes dans la Daesh, ce qui mérite amplement une action musclée. Ou, à défaut, il s’agit encore d’une tentative de frauder le fisc, la TVA ou le vivrensemble républicain entièrement fondé sur l’une ou l’autre déclaration officielle, dûment tamponnée par un officier administratif assermenté et pointilleux, et dont l’absence manifeste ne peut que laisser soupçonner les pires atteintes au lien social.

En tout cas, des gens qui utilisent des smartphones pour se géolocaliser et s’échanger des livres, sans passer ni par l’État, ni par une association lucrative sans but, ni une administration centralisée ou une bibliothèque municipale correctement subventionnée, c’est extrêmement louche et justifie amplement une enquête. Nous sommes en France, elle sera déclenchée par une petite délation d’un concurrent (un professionnel du livre, « distributeur, diffuseur ou éditeur, nous n’avons pas pu connaître son identité » expliquera David Mennesson, cofondateur de l’application).

skype vintageEnquête qui se traduit par la descente, pouf, au débotté, d’un inspecteur de la DGCCRF. Et pas n’importe lequel : il s’agit d’une mission forcément délicate, avec de la technologie numérique complexe, du bit et de l’octet par paquets, qui sent fort le oueb deuzéro, les réseaux sociaux et ce genre de trucs trop complexes pour être laissé à un débutant de la belle Direction Générale. C’est donc le même inspecteur qui s’est vu confier le douloureux dossier Uber qui se chargera d’aller voir la start-up et de vérifier que cette sulfureuse application d’échange de livres ne cache pas une opération de traite des blanches, de trafic de drogue ou d’armes, si courante derrières les applications numériques disruptives.

Parce qu’en y regardant de près, oui, Booxup pourrait bien être disruptif : en facilitant le prêt de livres entre particulier, avec éventuellement une dimension commerciale, Booxup pourrait représenter une menace croissante à l’encontre de l’industrie de l’édition et de la diffusion de livres. Et dans DGCCRF, le premier C concerne justement la concurrence que le vivrensemble entend étouffer gentiment derrière les mille et uns édredons moelleux de la législation qui se traduiront donc ici par une « enquête préventive » débouchant sur deux procès verbaux (avant, n’en doutez pas, des procès en bonne et due forme), le premier sur les « liens avec les grands éditeurs informatiques, comme Google, Amazon… » et le second sur les « ambitions et le modèle économique » de Booxup, parce qu’après tout, c’est bien à cette Direction Générale de se mêler de ce genre de choses.

Pour le moment, donc, la petite start-up qui a le toupet de vouloir « créer du lien social » par son application en mettant les lecteurs en relation, et favoriser l’échange de culture gratuitement, pourra continuer son activité subversive sous l’œil scrutateur de la DGCCRF en attendant ses conclusions.

gifa dog fail faceplantPendant ce temps, le Français lambda ne pourra s’empêcher de noter qu’encore une fois, l’État travaille pour lui en déboulant comme un chien dans un jeu de quilles dans une entreprise considérée a priori comme vilainement disruptive, qu’il le fait à la suite d’une délation, que cette enquête d’une administration zélée fera beaucoup de bien à cette entreprise (la gestion de cet événement par les fondateurs, l’intervention de l’avocat de la société, tout ça, bien sûr, est gratuit et ne représente absolument pas une dépense inutile pour une jeune société en plein démarrage) et qu’enfin, il fallait bien cette démonstration de force (essayez, pour rire, d’envoyer balader l’inspecteur arrivé par surprise pour pouvoir vous chopper en pleine préparation de votre poudre de licorne prohibée) pour que la société vive en paix. Dès lors, le Français lambda sera rassuré et pourra s’écrier, joyeux :

« Pas de doute, c’est exactement ce dont la France a besoin ! »

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Source : http://h16free.com/2015/09/11/41184-heureusement-la-repression-des-fraudes-contre-lechange-gratuit-de-livre-bat-son-plein


Choqué à tout prix

jeudi 10 septembre 2015 à 09:00

Lorsque la petite frange de la société qui s’autorise à penser tout haut n’est pas occupée à se lamenter sur les malheurs du monde, elle fait absolument tout pour s’éviter l’ennui d’un manque de cause à défendre et d’opprimés à pleurer. C’est probablement ce qui a poussé le collectif « Enjeux e-médias », qui rassemble plusieurs associations liées au domaine de l’éducation, à saisir l’autorité de régulation de la publicité et à dénoncer bruyamment une méchante valorisation des «pulsions individualistes» de la dernière campagne publicitaire d’Adidas.

Et quelle campagne ! Déboulant à la vitesse d’un ballon rond tiré d’un pied expert par l’un de ces footballeurs en vogue actuellement, la série de publicités que propose Adidas semble en effet dépasser toutes les bornes des limites et piétiner avec acharnement le vivrensemble le plus évident que ces associations subventionnées s’emploient pourtant à faire respecter avec componction.

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland

Apparemment, tout part des slogans que la grande marque de sport a choisis pour ses grolles : « Impose tes règles », « Sème le désordre » ou « Gagne tout ». Immédiatement, à la lecture de ces injonctions, l’œil averti du Bisounours Socialement Responsable est pris d’un spasme qui le fait trembloter sans contrôle : c’est évident, ces slogans sont de véritables obus lancés en tirs tendus sur les forteresses de la citoyenneté qu’il s’emploie à construire. Et dans la bouche du collectif « Enjeux e-médias », ça nous donne ceci :

« Nous sommes atterrés qu’une grande entreprise puisse sans honte jouer la carte du mépris, flatter les pulsions individualistes les plus primaires et vanter la loi de la jungle, alors qu’elle devrait porter les valeurs du sport, du collectif, que nous avons à transmettre à la jeunesse. »

Voilà ! Mépris, pulsions individualistes, loi de la jungle, tout y est pour bien faire comprendre l’ampleur du problème : la jeunesse, qui est évidemment la cible marketing première de cette hideuse campagne, d’autant plus manipulée par ces slogans délétères qu’elle est composée d’êtres faibles et un peu stupides, va sombrer dans ce que la société fait de pire, à savoir les pulsions individualistes qui se traduisent par le retour de la loi du plus fort avec de vrais morceaux de renard libre dans le poulailler social-démocrate, et tout le tralala.

Mais il y a pire.

no-way

Si l’on pouvait croire que ces simples slogans n’étaient qu’une vague déformation malheureuse d’un message plus policé de la part d’Adidas, à l’analyse, il n’en est rien : en pratique, la marque de sport invite ouvertement à casser les règles pour devenir « le maître du jeu » en étant « infranchissable » et en « maîtrisant l’issue du match », tout ceci alors qu’en Socialie du Vivrensemble, tout le monde sait qu’un match de foot, ou même d’un sport quel qu’il soit, est entièrement basé sur l’égalité des performances des uns et des autres, qu’on ne doit surtout pas prendre l’ascendant sur le concurrent ou l’autre équipe, qu’on doit être même gentiment franchissable histoire de laisser à tous l’occasion de marquer des points aussi, et qu’ainsi, l’issue de la partie, définitivement calée sur l’égalité parfaite, devra en tout point se conformer à l’idée qu’on peut avoir d’un match nul, très nul.

Et ce dérapage n’est pas unique. Une autre bordée de slogans appelle à son tour à « faire parler son talent » là où, dans un monde vivrensemblesque parfait, le talent de chacun et de tous doit être strictement réfréné pour ne froisser aucune susceptibilité. Dans ce cadre, il n’est évidemment pas question de « gagner encore et toujours », « sans relâche, sans pitié » : dans le monde du sport validé par « Enjeux e-médias », il ne faut pas gagner, ou disons qu’il faut perdre la moitié du temps, de préférence avec relâche et pitié parce qu’ainsi, le gagnant par pitié en conçoit une évidente fierté. La psychologie humaine est décidément pleine d’intéressants ressorts.

gifa kitten facepalmPartant de là, inutile de dire que le troisième texte proposé par Adidas dépasse absolument toutes les limites et représente sans exagérer un tsunami de mauvais goût et d’offense lèse-vivrensemblesque qui justifie à lui seul l’action intentée par le collectif auprès de l’Autorité de régulation idoine. En effet, dans ce texte, on en appelle ouvertement au « chaos » en « détruisant » les adversaires, et vante le « raz-de-marée qui balaye tout sur son passage » et va « exploser la défense » : combien de chatons, combien de petits ours en peluche qui disent « Je T’Aime » quand on leur appuie sur le bidou, combien de petits chiots ont été broyés dans d’atroces souffrances pour produire ces slogans qui sont si éloignés de la réalité sportive, du vocabulaire habituel des stades de foot, de toutes les compétitions musclées, de tous les matchs amicaux ou non ?

Pour Christian Gautellier, président du collectif, c’en était trop.

« On va donc apprendre aux jeunes le matin au lycée que les règles servent à tous et sont essentielles au vivre-ensemble, pour qu’ils soient confrontés le soir à un appel à semer le désordre et à inventer ses propres règles pour se forger une personnalité ? J’en appelle à la cohérence, après les réactions unanimes prônant le vivre-ensemble. »

Réactions unanimes de lui et de ses petits camarades, on n’en doute pas, qui aboutissent toutes à la même conclusion en filigrane : lorsqu’on présente ce genre d’affiches, les jeunes, malléables et très impressionnables, vont évidemment s’identifier aux slogans et tabasser leurs adversaires, ou, plus violents encore, iront probablement défourailler de l’arme lourde (forcément lourde, je vous le rappelle, hein) dans l’un ou l’autre Thalys qui passe par là :

« On ne peut pas, symboliquement, dans la plus grande gare d’Europe et quelques jours après une attaque dans le Thalys, afficher ce genre de slogans sans se poser de questions. »

Eh oui : slogan pour des pompes de foot et attentats terroristes font évidemment bon ménage et se mélangent violemment dans ce jet puissant de bien-pensance aspergée au canon anti-émeutes sur le pauvre citoyen qui passe par là sans se rendre compte que, par son mutisme et entre deux « wharrgarbl » gargouillés pendant que le débit s’accélère, il participe à l’extension inexorable de la méchanceté dans la société. C’est abomiterrible.

loldog

Et puisque notre brave Christian en appelle à la cohérence, comment ne pas s’offusquer du précédent slogan de la même marque, « Celebrate originality », ode putride à la différence et donc course à l’individualisme débridé ? Comment oublier le « Just Do It » de Nike qui prône rien moins que de se défaire des indispensables vérifications d’usage et de sécurité avant de se lancer, en toute conformité et dans le respect des règlementations en vigueur ? Et ne parlons pas de Fila avec son « Make the rules », qui vibre des mêmes idées nauséabondes que les perversions publicitaires d’Adidas…

il est interdit d'interdire

D’autant que si l’on quitte le domaine du sport, les chocs continuent. Que dire du « Jouir sans entraves », « Prenez vos désirs pour des réalités », « Soyez réalistes, demandez l’impossible » ou « Il est interdit d’interdire » d’un mois de mai d’il y a quelques décennies ? Question subversion de la jeunesse, ces slogans — que notre clown de service n’imaginerait pas attaquer de la sorte — se posaient là, non ?

Chaque jour, la société française avance d’un nouveau pas, modeste mais décidé, vers une police de la pensée toujours plus efficace et plus présente. Et contrairement à ce qu’avaient envisagé tant de philosophes et de politiciens chevronnés, cette police n’est finalement pas l’œuvre du gouvernement ou d’une administration pléthorique échappant au contrôle des institutions, mais bien le fait de citoyens ordinaires, dressés contre tous les dommages imaginaires qu’ils entendent dénoncer avec force et vigueur pour se persuader qu’ils existent et servent à quelque chose.

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Source : http://h16free.com/2015/09/10/41115-choque-a-tout-prix


L’agaçante uberisation de la solidarité

mercredi 9 septembre 2015 à 09:00

Le Chef de l’État a bougé un peu ses lèvres de façon officielle : c’est dit, toute cette question syrienne agite maintenant l’opinion ce qui justifie amplement qu’il y intéresse son auguste personne un peu de temps lors d’une conférence de presse. Et puis, ça tombe bien, il a quelques éléments opérationnels à faire valoir.

Or donc, la guerre en Syrie provoque de biens grands malheurs. Les populations locales, par centaines de milliers puis par millions, fuient les combats et quittent le pays pour se retrouver rapidement dans les pays limitrophes à commencer par le Liban et la Turquie. Et si, pendant plusieurs mois s’accumulant en années, le Chef de l’État n’en a guère entendu parler, maintenant, c’est difficile de cacher le sujet puisque le flot de familles déplacées parvient jusqu’à nos frontières.

bobhead hollandeLa première réaction du Grand Homme ne se fait pas attendre. Comme on ne peut quand même pas laisser les choses s’envenimer, on va tout d’abord faire un sommet européen ou deux, réunir les autres chefs d’État, gober des petits-fours, se mettre tous d’accords et, ensuite, la France pourra accueillir quelques unes des familles concernées. Histoire de ne vraiment pas laisser la guerre s’installer et les gens se faire massacrer par les bombes, le Grand Homme a aussi décidé, dans la foulée, d’aller faire la guerre et de lancer des bombes, parce que les budgets (qui ne seront pas mobilisés à accueillir trop de familles déracinées) le permettent — à l’aise — et que cette solution représente une vraie innovation sur la situation actuelle. Et puis pourquoi dépenser de l’argent à accueillir des gens alors qu’il suffit de les réduire à néant directement chez eux ?

La seconde réaction notable du Grand Homme est venue lorsqu’un journaliste lui a rappelé que le Premier ministre finlandais, Juha Sipilä, a annoncé vouloir mettre sa résidence secondaire à disposition des réfugiés et qu’il lui a demandé dans la foulée s’il comptait faire de même. Bien évidemment, notre Chef Suprême a immédiatement fait preuve de sa légendaire Solidarité en mentant calmement qu’il n’avait pas de résidence secondaire disponible (celle de Mougins, c’est du poulet, je présume, et La Lanterne n’est qu’un petit réduit à balais impropre à recevoir le moindre réfugié). Et puis bon, franchement, hein, bon, qu’est-ce qu’on attend du Chef de l’État, de dire ce qu’on peut faire à titre personnel hein non bon évidemment on attend qu’il prenne des décisions hein et puis qu’il fasse en sorte que tous ceux qui veulent accueillir puissent le faire mais bon lui, hein, non pas trop là il a poney, voilà, hein, bon.

Et c’est vrai que « faire en sorte que tous ceux qui veulent accueillir puissent le faire » demande un vrai travail de fond du côté de l’État et de son Chef, même si en pratique, la loi autorise déjà n’importe quel Français à accueillir un réfugié chez lui. La loi du 31 décembre 2012 a d’ailleurs fait disparaître le « délit de solidarité », qui revenait à sanctionner toute personne hébergeant des immigrants en délicatesse avec leurs papiers. Autrement dit, tant que l’hébergement n’est pas payant (le socialisme, toujours très cohérent, imposant par la loi que cette immigration ne génère aucun profit ni bénéfice) tout un chacun ne peut être poursuivi pour avoir accueilli chez lui un étranger en situation irrégulière. Ouf, tout est déjà prévu, François n’aura pas à travailler beaucoup plus.

Cependant, une fois la poussière retombée à la suite des si belles envolées lyriques du Grand Homme et de sa voix grave, chaude et ferme, il n’en reste pas moins que cette crise migratoire sévère aura déclenché une nouvelle tendance qui ajoute un peu plus d’agacement à une société française déjà fort crispée par le ridicule constant dont fait preuve son Chef de l’État.

hollande se recueille devant une bouche d'égouts

Il semble en effet que l’utilisation d’internet provoque une nouvelle fois une petite uberisation désagréable comme les taxis ou les hôtels en ont été récemment victimes : pour que les individus désireux d’héberger des réfugiés se fassent connaître, plusieurs sites et applications existent maintenant et offrent un service qui n’est pas tout à fait du goût de Pierre Henry, le directeur général de l’association France Terre d’Asile.

Pour lui, tout ceci provoque comme un malaise :

« il faut surtout canaliser la générosité de nos compatriotes. L’accueil des réfugiés relève surtout de la compétence de l’État. »

Canalisons mes petits amis, canalisons ! François l’a très bien montré (la force de l’exemple, que voulez-vous, reste irremplaçable pour les vrais socialistes) en ouvrant toutes grandes les portes de l’Élysée : c’est l’État qui doit gérer ce bazar, pas vous. Si, maintenant, on commence à laisser les individus s’organiser directement, en pair à pair, pour accueillir des gens, où va-t-on ? On commence comme ça, et ensuite, les gens se rendent compte que l’État est surtout une encombrante variable d’ajustement qui s’insère dans toutes les équations à grands frais. Et ça, mes petits amis, ça ne doit pas se passer. Il faut canaliser tout ça, qu’on vous dit. En fait, plus précisément, Pierre Henry explique comment il faut s’y prendre :

« Accueillir chez soi n’est pas la bonne action à mener (…) Il faut savoir s’engager au-delà de l’émotion et surtout aider les associations qui sont en charge de cet accueil, et qui ont une mission de service public.« 

Et devinez quoi ? Justement, ça tombe pile-poil (les hasards sont bien faits, finalement), son asso est justement là pour ça. Et voilà : ne vous embêtez plus à accueillir machin truc bidule, on se charge de tout, et l’État prendra tout en charge en vous renvoyant seulement la facture le moment venu. Remballez vos petits sites et vos mignonnes applications amusantes, là, on va s’occuper de ça, laissez donc les grands faire. Il ne faudrait surtout pas qu’une belle association quadragénaire et reconnue d’utilité publique se retrouve ainsi sauvagement uberisée par une petite applications ou un site web monté en quelques heures. Il ne faudrait pas qu’on démontre, par l’exemple, qu’on peut fort bien se passer de l’État dans un sujet aussi sensible, aussi émotionnel, et par voie de conséquence, électoralement juteux !

aides sociales

Comme je le disais dans un précédent billet, le problème de l’émotionnel est qu’il empêche complètement toute réflexion. Son avantage est cependant qu’il permet de révéler, dans le tourbillon de panique, de bons sentiments dégoulinants et de réactions immédiates quasi-réflexives, ce qui se passe vraiment dans les têtes de nos politiciens. Hypocrisie flagrante du président, mollesse caricaturale des journalistes lorsqu’ils la chroniquent, appels des uns et des autres à ne surtout pas se passer d’eux …

Quel beau tableau que ces émotions à fleur de peau permettent de dresser ! Et quelle confiance tout ceci instille dans l’avenir du pays !

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Source : http://h16free.com/2015/09/09/41160-lagacante-uberisation-de-la-solidarite


Chouette, une non-réforme vigoureuse du droit du travail !

mardi 8 septembre 2015 à 09:00

En septembre 2014, c’était l’effervescence en Socialie : tout le petit monde s’agitait à la découverte d’un paquet de propositions révolutionnaires émises par un MEDEF qui sortait son gros bazooka pour dynamiter le code du travail. SMIC, répartition du temps de travail, retour à des discussions employeur/salarié moins encombrées de formalisme, tous les ingrédients étaient réunis pour déclencher une véritable tempête chez les syndicats de salariés et au sein d’un gouvernement dont la doctrine n’a jamais su s’accommoder de la notion d’entrepreneur. Heureusement, ces propositions ne furent évidemment suivies d’aucune mise en pratique et la tension redescendit gentiment.

C’est donc avec une relative surprise qu’on apprend, un an tout juste après ce premier ballon d’essai patronal, que le gouvernement tendrait à présent une oreille attentive à une charrette de propositions toutes aussi révolutionnaires du célèbre Think-Tank Terra-Nova.

Terra Nova (avec Nova parce que c’est comme les étoiles du même nom, à savoir aveuglant et particulièrement destructeur, et Terra, parce que la « terra ne ment pas » je suppose), c’est cette association socialiste lucrative sans but pratique qui pond, de temps en temps, l’une ou l’autre étude richement médiatisée pour prouver que, par exemple, l’immobilier mérite d’être réformé à coup de trucs innovants comme des taxes et des contraintes supplémentaires ; c’est de ce Think-Tank cet aquarium à penseurs que sont régulièrement issues les subtiles recommandations économiques d’augmenter les dépenses et les taxations tous azimuts pour justifier la politique keynésienne ou carrément foutraque de l’actuel gouvernement. Bref, si Terra Nova était dans la Formule 1, ce serait la seule équipe à tout miser sur un tricycle à turbo.

terra nova gloubi boulga

On comprendra donc que c’est avec la plus grande circonspection qu’on devra accueillir leurs nouvelles idées concernant le code du travail. Utilisant sans doute la préparation psychologique du terreau socialiste par le travail de Robert Badinter et du professeur d’université en droit du travail Antoine Lyon-Caen, qui remettaient ouvertement en cause un droit du travail devenu illisible et proposaient même de le réformer en profondeur, le Think Tank s’est donc récemment fendu d’un rapport rédigé par Gilbert Cette, un économiste de gauche (comme si, en France, il y en avait encore de droite) et théoricien de la réduction du temps de travail, et de Me Barthélémy, spécialiste du droit social.

Première surprise (modérée) : le nouveau duo confirme qu’effectivement, le droit du travail français est un tantinet complexe et que cette complexité pourrait bien avoir des effets de bords négatifs sur le plan économique. Seconde surprise, plus fondamentale celle-ci : au lieu de préconiser une bonne volée de taxes, comme à l’habitude du Think Tank et des socialistes en général, nos deux rapporteurs tentent de promouvoir « autant que possible » la négociation collective et l’accord entre partenaires sociaux, c’est-à-dire de faire jouer un principe proche de la subsidiarité, qui veut que ce soit les acteurs les plus proches du problème qui le traitent, ce qui revient en substance à placer le code du travail comme norme par défaut, aisément remplaçable lorsqu’il le faut au niveau local entre adultes consentants. Autrement dit, on fait passer le droit conventionnel avant le droit règlementaire.

antigone code du travailDans cette vision franchement stupéfiante du travail en France, les partenaires sociaux, dans chaque entreprise ou chaque branche de métier, seraient considérés comme des gens normaux, pourvus d’un cerveau pas complètement spongieux, avec une responsabilité d’adultes consentants pas totalement annihilée et auraient donc toute latitude, via un accord collectif, de déroger à la loi et substituer les normes conventionnelles aux normes réglementaires, d’adapter les normes du code du travail (seuils sociaux, durée du travail, niveau des rémunérations) aux besoins locaux.

Alors oui, sur le papier, c’est carrément libéral.

Ça l’est même tellement que ça rejoint les travaux d’un autre think-tank, nettement moins à gauche que le Terra Nova en question, et qui aboutit globalement aux mêmes conclusions : l’Institut Montaigne, dans son étude « Sauver le dialogue social : priorité à la négociation d’entreprise », dénonce « la construction législative, jurisprudentielle et doctrinale du droit du travail (…) historiquement datée » (ce qui est pudiquement dit pour un code du travail asphyxiant écrit par des scribouillards qui n’ont, pour leur écrasante majorité, jamais été confronté au travail dans le privé), préconise lui aussi que les accords au niveau des entreprises ou des branche priment sur le Code du travail, ceci permettant de redonner un peu de marges de manœuvre et de performance au modèle actuel.

C’est même si libéral que la plupart des organes médiatiques, des syndicats et des politiciens n’ont pour le moment pas encore réagi devant ces éléments, captivés qu’ils étaient par d’autres sujets, plus graves ou plus cyniquement porteurs pour leurs petites affaires. Il est à noter qu’a contrario, tout comme le peuple a largement démontré à plusieurs reprises être bien plus souple que ses élites en matière de jour hebdomadaire chômé, un récent sondage montre que près des trois quarts des Français sont prêts à abandonner les 35 heures.

Devant ce genre de propositions, on comprend dès lors les petits pas feutrés et aussi discrets que possible de l’actuel gouvernement, franchement peu populaire, n’ayant finalement aucun cap (si ce n’est celui du changement, un peu mince pour faire une belle route décidée) et ayant abandonné toutes convictions quelque part dans une déserte campagne française il y a plusieurs mois de cela. Mais là où l’affaire prend un tour vraiment comique, c’est que ces propositions révolutionnaires seront présentées et discutées avec exactement la même démarche que celle qui présida pour la belle et grande réforme Macron.

mr bricolage

En effet, dès le départ, la réforme du droit du travail se place avec un handicap de taille, certainement connu et déjà pris en compte par l’équipe en place : un accord de branche ou au sein d’une entreprise impose une forte syndicalisation des salariés, et, d’une façon ou d’une autre, que ces syndicats ne s’opposent pas stérilement à ces changements. Si, d’emblée, cette absence d’opposition paraît particulièrement difficile à obtenir, l’augmentation de la syndicalisation semble, elle, totalement inatteignable.

En outre, la moindre négociation concernant le droit du travail devra se faire en incluant le Ministère du Chômage Travail dont le ministre vient tout juste d’être renouvelé. Chouette, d’âpres dialogues, du compromis taillé au cordeau, de la réforme qui roxxe du chaton mignon, pas de doute, Myriam El Khomeri a tout ce qu’il faut pour tripoter le succès fiévreusement : elle s’y engage même et promet de mettre les doigts dans le droit !

Autrement dit, rassurez-vous : tout comme les propositions initiales de Macron furent copieusement rabotées pour n’être plus qu’une énième couche de législation dans un maquis franco-français de règlements touffus, on peut déjà parier que la réforme du droit du travail dont il est question fera le même trajet ridicule : celui d’une baudruche pleine d’air chaud, brutalement ouverte en plein air et dont le bruit de dégonflement, évoquant celui d’un pet gras, s’ajoutera à celui des autres « réformes » d’un quinquennat vide de sens.

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Source : http://h16free.com/2015/09/08/41078-chouette-une-non-reforme-vigoureuse-du-droit-du-travail


Tant que ça marche, Jean du Voyage remet ça

lundi 7 septembre 2015 à 09:00

Jean du Voyage n’est peut-être pas très éduqué, mais il est assez futé pour comprendre comment le monde fonctionne. Et si on lui donne une méthode efficace pour résoudre un de ses problèmes, il n’a aucune raison d’en chercher une autre lorsque le problème se présente à nouveau à lui.

En début de ce mois, on avait découvert que bien qu’incompétent de façon assez systématique, l’État fournit parfois et à son corps défendant des solutions tout à fait valables à des problèmes pourtant épineux, au moins du point de vue de Jean du Voyage. Ainsi, lorsqu’un compatriote se retrouve coincé en prison alors qu’une cérémonie funéraire doit avoir lieu, on peut bloquer une autoroute durablement, demander une permission exceptionnelle pour le détenu afin qu’il puisse se recueillir un peu devant la dépouille du défunt, obtenir gain de cause et s’en tirer finalement à bon compte.

clowns and riot police

Magnifique exemple que celui qui fut donc donné par l’État et qui permit à deux détenus d’assister à l’enterrement d’un proche après que leur famille a bloqué l’A1 par des vieux pneus enflammés, en plein week-end de retour massif de vacanciers. Belle démonstration de non-force et d’un principe particulièrement vague d’égalité devant la loi où, finalement, si on est déterminé et nombreux — la petite troupe de bloqueurs comprenait apparemment une cinquantaine d’individus — on n’aura qu’un minimum de soucis malgré des déprédations manifestes, des centaines de milliers d’heures d’automobilistes et de litres d’essences perdus pour un pur caprice.

Dès lors, si un cas similaire se reproduit, Jean du Voyage pourra procéder exactement de la même façon. Et ça tombe bien, il aura fallu moins d’une semaine pour qu’une nouvelle occurrence de décès parmi cette communauté entraîne le même problème, deux hommes, mis en examen pour meurtre, se retrouvant en prison pendant les obsèques de la victime. Cette fois-ci, au lieu d’interrompre l’autoroute A1, c’est la Route Centre Europe Atlantique (RCEA) traversant la France d’est en ouest qui sera promptement bloquée à hauteur de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) pendant près de trois heures le jeudi 3 septembre, par des membres de la communauté des gens du voyage.

Au moins, reconnaissons que la situation est simple et comporte ce petit côté mécanique qui permet, déjà, une bonne optimisation : au départ, un événement dramatique dans la communauté des gens du voyage, drame qui pousse plus ou moins gentiment l’un ou l’autre membre de cette communauté à se retrouver en prison. Une cérémonie d’obsèques est organisée, à laquelle l’incarcéré ne peut normalement pas prendre part. Immédiatement, une route est bloquée, des pneus sont brûlés, des forces de l’ordre sont saupoudrées autour du méchoui de caoutchouc, le préfet se tortille les doigts, la demande de permission exceptionnelle est accordée, les obsèques ont lieu sous bonne garde, et tout rendre dans l’ordre.

Moyennant quoi, comme c’est maintenant systématique, il devient aisé de prévoir le blocage. Espérons donc que Bison Buté aura la présence d’esprit d’intégrer ces données essentielles dans ses prévisions de trafic, ce qui fera gagner un temps considérable aux automobilistes et routiers concernés avec une carte présentant les manifestations d’agriculteurs, les blocages de tziganes, les opérations coups de poing des taxis, les interruptions volontaires de trafic de l’une ou l’autre corporation ou communauté française dans le cadre d’une fête locale / événement dramatique / revendication catégorielle / mouvement d’humeur / biffez les mentions inutiles.

optimisme

Toute rigolade mise à part, tout ceci est quand même légèrement inquiétant.

Comme je l’avais pointé dans mon billet du premier septembre, ces exactions impromptues démontrent assez lamentablement que l’État ne sait plus quoi faire pour gérer des groupes déterminés, même faiblement armés. A contrario, des groupes déterminés, tant faiblement que fortement armés, on en trouve un peu partout dans notre belle République, une, indivisible et quelque peu parcourue de spasmes d’agonie. Or, si l’État ne peut pas gérer ces groupes-ci qui sont relativement facile à repérer et encadrer, qu’adviendra-t-il de ces groupes-là qu’il connaît mal, n’infiltre plus par manque de temps, de moyens ou même de conviction, et qui ont eu largement le temps de se doter de moyens tactiques, stratégiques, financiers et offensifs ? Difficile, en effet, de perdre de vue que certains de ces groupes sont très bien organisés (groupes syndicalistes, groupes politiques extrêmes des deux bords, groupes « alter-commerciaux » sur ces marchés lucratifs parallèles qui vendent ces trucs qui font des gouzigouzis dans la tête) et que le précédent ainsi posé forme, en quelque sorte, une recette applicable…

Eh oui : l’État régalien s’est évaporé quelque part sur l’A1 en fin de mois d’août 2015, et je ne pensais même pas que cette évaporation serait mise à profit aussi vite, une semaine plus tard. Dans le même temps, la crise migratoire et l’absence presque totale de toute politique claire de gestion des immigrés, clandestins ou non, demandeurs d’asiles ou non, la valse hésitation entre la fermeté inapplicable et la distribution de câlins tout aussi impraticable donnent une idée précise de la débâcle qui règne non pas au niveau du gouvernement (là, c’est acquis, c’est même devenu une triste banalité de le rappeler) mais au sein des institutions elles-mêmes : la police, la gendarmerie, la justice et l’armée n’ont plus de chefs, de direction et de feuille de route ; non seulement on ne gère plus le quotidien, mais on se contente de faire de la figuration, de donner le change pour les contribuables qui payent la note, sans plus guère prétendre à rendre le service payé.

Par extension, on ne peut que frémir en se demandant ce qui va se passer lorsque les choses vont se corser. Parce qu’elles se corseront forcément — la situation actuelle ne prend absolument pas le chemin d’une amélioration.

Je plains amèrement les hommes de terrain qui, quoi qu’ils fassent, auront tort, le soutien de leur hiérarchie ayant complètement disparu.

forcément ça va bien marcher

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Source : http://h16free.com/2015/09/07/41138-tant-que-ca-marche-jean-du-voyage-remet-ca