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Message de service pour les Hashtablonautes

samedi 13 juin 2015 à 13:00

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Source : http://h16free.com/2015/06/13/39682-message-de-service-pour-les-hashtablonautes


Être prof, franchement, c’est magique

samedi 13 juin 2015 à 10:00

Deuxième opus de notre enseignante qui, après nous avoir exposé la réforme des collèges vue de l’intérieur, nous décrit ce qu’elle vit au quotidien, dans un lycée français pas trop élitiste.

Par Rara’
—-

Professeur, c’est un métier formidable et même le plus beau métier du monde selon la rumeur, très varié puisque vous êtes tour à tour flic, nounou, voire éventuellement gardien de zoo. C’est très formateur, cela permet d’envisager tout un tas d’options de reconversion. C’est magique, et je ne vous parle même pas de mon CAP en dépannage de photocopieuses, je ne comprends pas pourquoi certains collègues râlent.

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Bon, certes, il existe encore des bahuts, pas nécessairement de centre ville, où il fait bon venir bosser, où les élèves sont de vrais élèves, pas toujours super brillants mais pas non plus super méchants ; j’irai même jusqu’à prétendre que certains sont plutôt bienveillants envers leurs professeurs, même quand on les châtie pour leur manque de boulot ou leurs bavardages.

Je crois que l’on devient professeur parce que l’on est tombé amoureux d’une discipline et qu’on a plus que tout la volonté de transmettre aux plus jeunes ses bienfaits et tout ce qu’elle peut apporter en terme de liberté, d’autonomie intellectuelle et morale. Sauf à être issu de la COTOREP, nous nous doutons bien que les premières années, nous serons confrontés à un public pas tout à fait acquis à la cause et que nous devrons batailler sec pour espérer obtenir un résultat, même minime.

Pourtant, je pense que la réalité, dans certaines enclaves de la République Française, dépasse ce que tout nouveau professeur pourrait imaginer.

Je le dis, et pourtant, je suis une grande planquée de l’Éducation Nationale : professeur de philosophie, je ne peux qu’être face à des classes de Terminale – générales ou technologiques – et donc les rescapés de l’impitoyable sélection zélitiste pratiquée à chaque étape de l’évolution de l’apprenant par de méchants professeurs qui ne pensent qu’à stigmatiser. Quand tout dérape, je pense à ce que subissent les collègues de collège, de lycée professionnel, de seconde et au travail qu’ils fournissent, chaque jour, pour essayer de civiliser des mioches décérébrés qui n’ont parfois plus que leur folie pour s’imposer et exister socialement (Et je pense très fort à Clemenceau).

J’ai eu le privilège de travailler dans le pire établissement de mon académie en termes de résultats – 60% de réussite en terminale au bachot en terminale ES, c’est dire s’il faisait baisser les statistiques nationales – et j’en parle aujourd’hui comme si j’avais survécu à la guerre. Une guerre intellectuelle, une guerre morale, la guerre contre la bêtise et la couche crasse de propagande qui recouvre les cerveaux de certains.

Dans cet échec massif de l’Éducation Nationale à apporter un minimum d’autonomie intellectuelle aux populations les plus défavorisées, il faut pointer les réformes qui ne cessent de s’empiler au nom d’un pédagogisme tout rousseauiste que Rousseau lui-même estime pouvoir être « chimérique et fau[x] ». Même Rousseau le dit, mais ce n’est pas grave, on va continuer quand même, le niveau ne fait que baisser depuis quarante ans, mais ce n’est pas grave, on va continuer quand même : les sciences de l’éducation, c’est comme les fruits et légumes, c’est bon, mangez-en cinq fois par jour.

La méthode globale a été mise en place parce que la méthode syllabique était très très méchante puisqu’elle supposait d’apprendre avant de goûter au plaisir de lire des textes répétant les cinq mêmes mots appris par cœur le matin même; grâce à la loi Jospin, la grammaire ne s’enseigne plus, charge à l’élève de découvrir des régularités dans un texte. Résultat des courses : mes élèves – quel que soit l’établissement, et je suis passée par tout à l’exception des lycées de centre-ville – qui sont pourtant des miraculés et par conséquent, l’élite, confondent, pour la plupart, la monstration et la possession, avoir, savoir et être, tout en s’imaginant que si art est féminin, une « opignion » doit, elle, être masculine. Pire, certains élèves, en fin d’année, continuent à écrire philosophie « phylosophie », en expliquant que ce n’est pas une faute mais de l’anglais, dans un Double Fail à peine perçu.

À vouloir mettre un « apprenant » au centre du système scolaire, en refusant de parler de transmission des savoirs et sauf à croire en la métempsychose, ils ont mis le vide au centre de tout. Malheureusement, on ne raisonne pas sur du vide, on répète ce qu’on entend à la télévision et on fait des dissertations de philosophie à grands coups de proverbes dans ta gueule. (D’ailleurs, je suis devenue super forte en proverbes.)

Losing : if at first you can't succeed, failure may be your style.

On s’étonne de l’augmentation des violences dans certaines banlieues mais très honnêtement, je ne serais pas super contente non plus si l’État m’avait dépossédée de mon esprit. Je crois même que je serais très en colère. Privés des mots, et bien qu’ayant étudié à l’école Citoyenne et Festive de la République, il ne leur reste que la violence brute, déchaînée, irraisonnable (et pourtant, je vous jure, j’essaie, je fais de la « remédiation » toute l’année, comme on dit rue de Grenelle, en espérant leur faire comprendre que c’est à eux avant tout qu’ils font du mal en se comportant comme des débiles).

À force de vouloir envoyer des bisous plutôt que des réponses fermes à des individus, on fabrique des bêtes ou des brutes, mais certainement pas des esprits. À force de confondre le savoir, qui se mérite et requiert l’effort d’apprendre, avec un click sur ouikipédia, on forme des consommateurs et des réceptacles à propagande. À force de ne jamais les confronter à l’échec, on forme des gens qui imaginent que tout leur est dû parce que c’est comme ça EPIcétout.

Le résultat, c’est que dans certains bahuts, je n’enseigne pas la philosophie, je suis prof’ de « Devenir responsable de ses actes ».

Déjà, ils se retrouvent face à un mur, l’abstraction n’est pas possible pour ces élèves. Dès lors, le voyage au bout des Idées démarre avec une roue crevée et un réservoir à sec et ils le sentent bien. Je ne dis pas qu’ils sont capables de mettre des petits mots dessus pour identifier le problème mais ils sentent bien que quelque chose dysfonctionne. Comme cela ne peut évidemment pas venir d’eux, cela ne peut venir que de moi. Les élèves diront alors que je suis trop méchante, et l’Éducation Nationale, que je suis trop zélitiste.

La réalité, c’est que pour ces élèves en perdition, je symbolise le baccalauréat, l’institution dans sa froideur la plus brute, la porte qui va se refermer d’un seul coup sur le coin de leur nez avec d’autant plus de violence que ce sera la première fois en dix-huit ans.

La réalité, c’est que certains parents ne nous aident pas : quand un élève me jette une chaise en pleine figure (que j’esquive, heureusement, rassurez les enfants) et que sa mère nous dit en substance et en pleurs, sachant que nous en sommes au minimum à sa quatrième exclusion de l’établissement, « Je ne sais plus quoi faire, il va trop loin, pourtant son père et moi on ne l’éduque pas comme ça. Mais là, il va trop loin ! Je le prive de portable une semaine », c’est moi qui ai envie de pleurer.

Mais tout ceci n’est pas très grave, puisque les lycées sont de plus en plus éco-citoyens et responsables, qu’on mange bio une fois par semaine à la cantoche, qu’on réfléchit à proposer des menus végétariens, que l’ennui recule (merci m’ame Najat), et que l’Éducation Nationale s’est donné comme projet de produire une chaîne de montage 100% parfaite. Et puis nous, nous pouvons même ajouter « entraînement Ninja » à notre curriculum vitae.

Prof’, franchement, c’est magique. Je me demande pourquoi on râle.

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Source : http://h16free.com/2015/06/13/39816-etre-prof-franchement-cest-magique


Les métiers à tisser et Google détruisent nos emplois !

vendredi 12 juin 2015 à 09:00

On le sait : l’enfer est joliment carrelé par les produits de multinationales capitalistes, dont la majorité est américaine parce que c’est la nationalité actuelle du Grand Satan. Alors quand, en plus d’être américaine et capitaliste, la multinationale est en position dominante, on fera tout ce qu’il faut, surtout en France, pour lui tailler un costard, aussi étroit que possible.

C’est ce à quoi s’emploient déjà tout un rang de politiciens chevronnés et de juristes patentés prêts à dégainer de la loi ad hoc pour découper en morceau le moteur de recherche qui, en plus de dominer de la tête et des épaules le marché de la recherche sur internet, se double d’un fieffé optimiseur fiscal, ce qui le classe immédiatement dans les pires engeances que la Terre ait portées, à parité avec le virus Ebola, la bière tiède et les bus municipaux.

bus municipaux - stop global warming leave your car use public transport

Grâce au fin travail d’analyse de nos sénateurs, on avait en outre découvert, stupéfait, que Google favorisait honteusement ses propres services au lieu d’aller faire gratuitement de la réclame pour les services concurrents, comme tout Innocent au pays des Bisous était en droit de le réclamer.

Et dernièrement, certains économistes se sont même lancés eux aussi dans la chasse à l’argumentaire anti-Google. Parmi ceux-ci, on peut citer Pascal Perri qui a sorti sa petite calculette et ses post-its pour prouver de façon définitive et pas du tout idéologique que Google, en plus d’être une multinationale américaine en position dominante, en plus d’optimiser méchamment ses impôts avec succès, et en plus de ne pas faire de cadeaux à ses concurrents, serait aussi responsable de freiner la création d’emploi en France.

Pour Perri, c’est très clair, comme Google est « en situation de monopole », non seulement il facture sa publicité (oui, c’est sale, mais c’est comme ça) mais en plus peut-il le faire en profitant de sa situation et en facturant donc ses services entre 10% et 40% plus cher. Ceci entraînerait un renchérissement d’environ 5% des produits. L’auteur de l’imposante étude qui tient bien la route déclare même avec un aplomb assez phénoménal :

« Nous avons fait un calcul sur 150 produits et quand on les agrège, on arrive à 1 milliard d’euros que l’on pourrait rendre au contribuable. »

Zip zoup, et voilà un beau milliard, mes enfants. Vous ne voyez pas le lien entre les recherches Google et le contribuable ? Attendez, vous allez voir, c’est très simple : il faut simplement introduire une bonne petite régulation de derrière les fagots qui imposerait obligerait Google à placer ses offres commerciales au même niveau que celle de ses concurrents (autrement dit, à saboter son outil), et, pouf, la concurrence arrivant, cette régulation permettrait la création de 15.000 emplois en France. Voilà, tagada tsoin tsoin, c’était plutôt simple, vous ne trouvez pas ?

Sauf, bien sûr, qu’il n’y a pas de monopole de Google, tout juste une position dominante. La distinction est importante puisque dans cette dernière, personne n’impose Google si ce n’est le marché. Google n’a forcé aucun commerçant à passer par lui et s’il doit sa position dominante, c’est tout simplement parce qu’il est meilleur. Mais comme il n’empêche absolument personne de faire exactement comme lui (tenez, prenez Quaero pffrt pardon excusez moi je déconne, prenez plutôt Bing ou, pour rester français, Qwant), ce n’est pas un monopole, du tout.

Et bien évidemment, le calcul farfelu qui aboutit tant au milliard d’euro qu’aux 15.000 emplois créés ex nihilo par une concurrence aussi hypothétique qu’évanescente semble oublier tous ces emplois créés justement par l’actuelle situation du marché, qui se trouveraient affectés directement ou indirectement par toute nouvelle régulation de Google, et qui se passeraient probablement de l’abominable tripotage qu’on nous propose ici et dont tout indique qu’il s’agit encore une fois d’un bon gros protectionnisme de tâcheron baveux.

oss 117 nouvelles technos

Eh oui, encore une fois, l’état d’esprit bien Français refait surface : une innovation particulièrement fructueuse bouscule l’une ou l’autre corporation, qui s’en remet aux pouvoirs publics et à l’opinion correctement polarisée pour claquer le faquin qui ose lui faire des misères. Pour cela, on utilisera l’arme toujours efficace de la peur :

– On ne peut pas laisser Jacquard et ses métiers à tisser s’installer dans le pays ! Ils vont détruire le métier de tisseur !
– On ne peut pas utiliser une pelleteuse mécanique, malheureux ! Cela va supprimer trop de postes de cantonniers ! Mieux vaut creuser avec une petite cuillère, tiens !
– On ne peut pas laisser Google à sa position dominante (qu’on appellera monopole, pour choquer l’honnête homme et le nigaud inculte) ! Il freine la création d’emploi chez nous ! Nos emplettes sur Google tuent nos emplois, sus au vilain moteur !

Moyennant quoi, une fois le « frein Google » éliminé, on pourra retourner à nos petites cuillères de terrassement et nos métiers à tisser pré-Jacquard, pour s’assurer en France un plein emploi réjouissant.

Ceci posé, et une fois la belle « analyse » de Perri prise pour ce qu’elle est donc (un énième combat néo-luddite), on doit admettre que tout comme les métiers Jacquard qui firent des dégâts chez les Canuts ou les automobiles qui décimèrent les palefreniers, Google et, de façon plus générale, les technologies de l’information modifient profondément le paysage de l’emploi, en France et dans le monde.

De ce point de vue, la démocratisation galopante de l’information modifie de façon profonde le comportement des individus, et, comme le souligne Philippe Silberzahn dans un récent article, met par contraste en exergue violente les vieilles habitudes et les règlementations surannées qui imposent une structure de prix dépassée. Autrement dit, on n’est encore qu’au début des gains de pouvoir d’achat et de productivité que permettent ces technologies, et les professionnels touchés vont sans doute devoir faire preuve d’une capacité d’adaptation remarquable tant la rapidité des changements induits est importante.

Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de voir les réactions, souvent outrées ou au moins agacées, des professionnels directement concernés par ces évolutions. Je m’attends d’ailleurs à leurs longs commentaires chiffonnés indiquant par le menu pourquoi tout ce qui est raconté ici (ou dans d’autres colonnes) est à la fois méchant, faux et caricaturalement simpliste, le tout en noyant l’ensemble dans l’expertise et la jargonite qui permettent de bien faire passer le message qu’ils ont raison par argument d’autorité et que non, leur métier n’est pas synthétisable à quelques informations glanées sur les intertubes, scrogneugneu d’abord.

IBM Watson by Clockready - CC BY-SA 3.0

Pourtant, ils auront tort. Bien sûr, pas tout de suite, sur le court terme. Mais sur le long terme, c’est inéluctable et c’est précisément ce qu’on observe partout où ces technologies démocratisent à grande vitesse l’accès à l’information : la création de valeur n’est progressivement plus dans l’application d’un savoir ou d’une expérience ; elle se niche de plus en plus loin de ce qui est faisable par une machine, par un automatisme, eux-mêmes de plus en plus capables. Par exemple, s’il est pour le moment un tantinet risqué de se fier à une machine pour poser un diagnostic médical (à tel point que certains pays lancent des campagnes pour inciter les gens à ne pas « googler » bêtement leurs symptômes), il n’en reste pas moins vrai que les pas de géant réalisés par des projets comme Watson d’IBM en matière d’oncologie par exemple indiquent clairement le chemin qui sera suivi, dans ce domaines et dans les autres.

Dans ce contexte, il sera particulièrement intéressant de voir les stratégies personnelles qui se développeront devant ce changement profond de paradigme. On peut espérer que beaucoup d’individus comprendront les enjeux, et adapteront leur façon d’agir en embrassant ce changement fondamental. En France et comme le démontrent les petites études de notre « économiste » Perri, on pourra en revanche s’attendre à une belle vague de luddisme, poussée par des corps de métiers toujours plus nombreux luttant par la régulation forcenée pour une survie ancrée dans un passé de plus en plus difficile à justifier.

Forcément, ça va bien se passer…

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Source : http://h16free.com/2015/06/12/39733-les-metiers-a-tisser-et-google-detruisent-nos-emplois


Un petit peu de violence

jeudi 11 juin 2015 à 09:00

Aujourd’hui, je vais vous parler violence. Violence en vrac, violence mal gérée, violence républicaine voire endémique, bref, de la bonne violence comme notre pays semble maintenant mûr pour en distiller à chaque coin d’une notule journalistique crapuleuse. Mais surtout, je vais parler d’actes violents dont les motivations supportent mal d’être mises côte-à-côté, parce qu’elles heurteront inévitablement la sensibilité des plus bisounours d’entre nous.

Tenez, prenez de la violence standardisée, celle qu’on trouve maintenant de façon assez commune dans les banlieues françaises, ces banlieues dont on croirait qu’elles ont été cultivées exprès pour ça, avec la dérive complète des élus locaux les arrosant d’aides publiques pour acheter une paix factice, une société devenue bien trop permissive entraînant une police beaucoup trop nerveuse et consciente de l’inutilité de sa présence ou de son travail. Laissez pourrir quelques décennies. C’est facile, c’est avec l’argent des autres (il y en a plein) ou la dette sur les générations futures (c’est facile, ils gueuleront trop tard). Puis faites monter en sauce avec un événement à la fois banal et violent. Cela peut nécessiter un transformateur électrique un peu trop facile à visiter, ou un platane malencontreusement présent dans une courbe.

Recette efficace : quelques jours de violence suivront et de nombreuses voitures seront brûlées, comme ce fut le cas à Tourcoing la semaine dernière.

Notez le traitement médiatique particulièrement modeste de la presse nationale, qui commente cette actualité comme elle le ferait d’une météo agitée : des voitures ont brûlé (pouf, comme ça, la foudre sans doute), mais c’est l’accalmie, voire le reflux des violences comme celui d’une marée dans son étiage normal. N’en parlons pas (ou pas trop).

En revanche, cette même presse aura fort à faire lorsqu’il s’agira de rapporter les abominables souffrances endurées par les immigrés clandestins lorsque la police sera intervenue pour les déloger de leurs campements sauvages. Là encore, notez (comme le fait d’ailleurs Corto sur son blog) qu’on les appellera « migrants » plutôt que clandestins et qu’on insistera sur la violence des policiers, au besoin en utilisant le mot « rafle » qu’on sait venu d’un autre siècle plein d’heures sombres, parce qu’après tout, s’il y a bien un problème en France, c’est que le pays tourne à la violence policière comme à Ferguson, voyons. Si si, tout le monde le sait.

méchantes fleurs

Notez enfin que la presse ira bien vite interroger les uns et les autres sur leurs pertinents avis (forcément pertinents) et sur les fonds qu’il va falloir mobiliser pour lutter contre ces dérives, ce fléau, ces souffrances.

Vous trouvez l’écart de traitement entre ces deux formes de violence étonnant ? Allons. Ressaisissez-vous, morbleu !

Pour une autre forme de violence, on pourra parler de celle, régulière, qui ne déclenche pas de réaction des témoins autour (vilains, vilains témoins apathiques !).

En son temps, Laurence Rossignol, alors sénatrice, avait été toute émue de cette léthargie citoyenne : s’étant fait dérober de l’argent alors qu’elle venait de le retirer au distributeur, la sénatrice poursuivant son voleur s’était scandalisée de l’absence totale de réaction des témoins pourtant nombreux autour d’elle. À l’époque, je remarquais que, justement, une réaction de la part d’un quidam aurait probablement signifié pas mal d’ennuis pour ce dernier. Plus récemment, une agression dans le métro de Lille avait défrayé la chronique pour des raisons similaires. Les méchants ne sont décidément pas en voie d’extinction puisqu’il y a quelque jour, rebelote, l’un d’entre eux violait une étudiante dans un train et profitait ainsi de la passivité des voyageurs.

laurence rossignol

Oh, mais, que vois-je ? Regardez ici une autre louchée de violence, cette fois-ci avec un fêtard qui tente d’agresser sexuellement une femme endormie sur une banquette de discothèque. Surprise, Arnaud Gonnet, un père de famille, réagit, s’interpose fermement mais sans violence au départ, se prend tout de même un bourre-pif du tripoteur pas honteux pour un sou, contre-attaque donc et … fracasse l’impétrant. L’agresseur confronté aux risques de ses comportements décidera bien évidemment de porter plainte pour coups et blessures contre Arnaud.

Sans surprise (et avec un petit coucou pour Laurence Rossignol qui continue actuellement ses exactions au gouvernement), la Justice condamne l’honnête (mais trop impulsif) père de famille à deux mois de prison avec sursis, pendant que l’agresseur, lui, s’en prend quatre.

Ce pourrait être un jugement à la Solomon si le message ainsi envoyé ne corroborait pas exactement les remarques que je faisais il y a deux ans lorsque la pauvre sénatrice Rossignol découvrait la dure réalité de la vie en République Française : au-delà du discret appel téléphonique aux pompiers (la police ne répond plus, elle est débordée par la protection des VIP républicains), mieux vaut largement ne rien faire lorsqu’on est témoin d’une carabistouille criminelle. Bien sûr, cela n’est vrai que pour le Français moyen. Le citoyen Modèle Supérieur, lui, saura parfaitement garder son sang-froid et doser sa réponse pour la garder parfaitement proportionnelle à l’agression. Seul souci : on n’en trouve plus en rayon, les stocks ont été consciencieusement détruits par une société plus du tout d’accord avec eux.

méchante méchante légitime défense

Tout ceci n’est pas simple.

Tout comme il est difficile d’y voir clair dans ce qu’il convient de penser et de faire à tel point que la définition même de Camp du Bien devient fuyante, tout comme il devient particulièrement complexe de déterminer ce qu’est, exactement, une république exemplaire qui ne comprendrait pas de repas au Fouquet’s mais pourrait s’autoriser des allers-retours footballistiques en Falcon, il devient finalement impossible de déterminer exactement à quelle sauce la Justice va gober du citoyen. Il devient impossible de savoir s’il existe vraiment une défense légitime, ou si, plus simplement, il faut juste subir et fermer sa gueule.

Et à cette confusion déjà grande d’une Justice illisible par le citoyen pour lequel elle est normalement rendue, s’ajoute celle d’une presse tout aussi illisible qui opère manifestement plus souvent comme un filtre déformant que comme une source équitable d’information. C’est finalement elle qui décidera de monter en épingle (ou pas) certains événements plutôt que d’autres ; c’est elle qui favorisera certains discours politiciens gluants de démagogie par des lâchers réguliers de gros micros mous sous leurs nez turgescents ; c’est cette même presse, perdue dans un siècle révolu et ivre des importantes subventions qu’elle reçoit, qui croit toujours qu’elle éclaire son lectorat de sa sagesse et de la finesse de ses analyses, et c’est donc elle qui peut se permettre de définir ce qu’il convient de penser ou ce qu’il est bon de fustiger en dodelinant du chef.

Je résume : les politiciens font tout et son contraire ; la Justice distribue ses verdicts comme un malade de Parkinson des tic-tacs goût foie de morue ; et là-dessus, la presse boucle le tout de ses analyses ineptes et de ses sermons moralinés. Pas de doute : ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2015/06/11/39766-un-petit-peu-de-violence


Snowden : les rapports de forces commencent à changer

mercredi 10 juin 2015 à 09:00

L’avantage avec les lois floues votée par une bande de députés pleutres et trouillards, c’est qu’elles offrent déjà pas mal de latitudes d’interprétation pour faire un peu tout et n’importe quoi. Si on y ajoute les amendements de sénateurs veules et pétochards, c’est carrément open bar sur les libertés des citoyens. Heureusement, la Patrie des Droits de l’Homme est au-dessus de ça.

Et c’est donc à pas guillerets qu’elle se lance dans la belle aventure de mettre en pièce la vie privée de ses citoyens, par le truchement d’une Loi Renseignement aussi pratique … que floue, justement. C’est ainsi qu’on découvre, écœurés mais pas surpris, les manœuvres bien visqueuses de nos sénateurs, collectivistes assumés ou inconscients, pour étendre les effets de la loi bien au-delà des domaines pourtant déjà vastes qu’elle couvrait déjà.

Cette fois-ci, nos petits amis l’ont donc tripoté discrètement pour justifier l’utilisation des outils de surveillance envisagés même dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon. Oh ! Et dire que ces benêts de citoyens croyaient que cette loi se contenterait de lutter contre le terrorisme ! Qu’ils sont naïfs ! Et non, ce n’est pas un poisson d’avril. Et oui, bien sûr qu’on va profiter de cette loi pour y inclure la « défense » ou la promotion des intérêts économiques et scientifiques de la France ! Quand on voit la liste des domaines couverts, on comprend qu’à part la chambre à coucher (et encore), le Français post-Loi Renseignement n’aura pas grand chose à envier avec l’Allemand de l’Est pré-Chute du Mur : en plus d’une évidente mais floue sécurité nationale, on trouve les « intérêts essentiels de la politique étrangère et l’exécution des engagements européens et internationaux », les « intérêts économiques et scientifiques essentiels », la « prévention du terrorisme » (en quatrième position seulement), ainsi que de la criminalité, de la délinquance organisées, des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique (incluez « manifestations avec poussettes », je suppose), et bien sûr l’indispensable prévention de « la reconstitution ou du maintien de groupement dissous en application de l’article L. 212-1″ (i.e. les groupements politiques du Camp du Mal dissouts par le pouvoir). Il ne manque plus que la prévention des actes délictueux en voiture ainsi que celle des actes répréhensibles en matière de mangibougisme et on aura à peu près fait le tour.

jon-hamm-facepalm

Il devient difficile d’ignorer l’espèce de surenchère malsaine dans laquelle se sont lancés l’exécutif et le législatif français. Pendant que le premier réclame de la coercition, de l’interdiction et de la régulation aussi fort qu’il le peut, le second les lui accorde à un rythme jamais atteint jusqu’à présent, le tout sous les yeux médusés d’une frange des citoyens un minimum conscients, et l’impavidité presque cadavérique d’une presse nationale subventionnée le petit doigt sur la couture.

Edward_Snowden_2013-10-9_(1)_(cropped)Dès lors, on ne peut que s’interroger sur l’optimisme assez spectaculaire dont fait preuve Snowden dans sa dernière tribune, parue très récemment. Dans cette dernière, il note l’évolution rapide de l’opinion mondiale vis-à-vis de cette surveillance généralisée mise en place par les différents gouvernements, et en premier chef l’américain auquel il est directement confronté : pour lui, en seulement deux années, on est passé d’une situation où il était considéré comme un traitre à sa nation, à une situation où le public, averti des pratiques de la NSA, prend conscience de l’espionnage permanent auquel il est soumis, et se déclare de plus en plus ouvertement contre.

Et s’il convient aisément qu’en dehors des États-Unis,

« les chefs des services secrets en Australie, au Canada et en France ont exploité des tragédies récentes afin d’essayer d’obtenir de nouveaux pouvoirs intrusifs, malgré des preuves éclatantes que ceux-ci n’auraient pas permis d’empêcher ces attaques »

… montrant en cela que l’opinion reste facilement manipulable par des événements dramatiques, il termine tout de même en notant de façon optimiste que

les rapports de forces commencent à changer. Nous assistons à l’émergence d’une génération post-terreur, qui rejette une vision du monde définie par une tragédie particulière.

(Les gras sont de moi.) Devant les gesticulations sénatoriales évoquées en début de billet, les déclarations de Snowden peuvent paraître surprenantes. Et pourtant, il n’a pas tort.

shocked lolcat

Il n’a pas tort, parce qu’en effet, de plus en plus de citoyens se rendent bien compte du décalage énorme qu’il y a entre les motifs invoqués par ces lois d’espionnage et les motivations réelles de ceux qui les poussent.

Il n’a pas tort parce qu’en effet, certains politiciens, sentant le vent tourner en faveur d’une lutte contre ces dérives, prennent la parole et montrent un courage qu’on n’aurait pas imaginé il y a quelques années de cela.

Il n’a pas tort parce qu’à mesure que tous les citoyens s’informent, ils se rendent compte que l’État ne peut pas, devant l’énormité des masses de données qu’il prétend filtrer, repérer ce pour quoi il a été mandaté, et qu’il amasse donc des données pour d’autres buts, peu avouables ou carrément scandaleux.

Il n’a pas tort d’être rationnellement donc modérément optimiste parce qu’en réalité, l’État perd pied : il veut tout contrôler, mais il est coincé entre deux réalités. D’un côté, il ne peut par nature réagir aussi vite qu’il le voudrait à l’introduction de technologies et de méthodes toujours nouvelles, toujours plus sophistiquées, à la myriades de contournements que des millions de cerveaux indisciplinés s’emploient à trouver contre les moyens, forcément limités, dont il dispose. L’État obèse n’est ni suffisamment souple, ni suffisamment agile ou léger pour bondir sur chaque nouvelle idée qui vise à se passer de lui ou à le contourner. Et de l’autre côté, il doit donner le change pour justifier son existence et des ponctions toujours plus grosses, tout en garantissant (ou en faisant semblant de garantir) la sécurité et l’intégrité des citoyens qui l’ont désigné responsable.

Et confronté à ces deux positions, il se prend les pieds dans ses propres lois, notamment celles issues du désir d’endormir la méfiance des citoyens à son égard. La transparence dont les politiciens se gargarisent est maintenant un motif légitime pour chercher à savoir ce qui se passe dans le ventre du Léviathan. C’est même une raison officielle reconnue par l’administration d’accéder aux données publiques, ce qui donne de croustillantes situations où l’État doit alors tout faire pour – par exemple – cacher ses partis pris dans le calcul de l’impôt

Oui, Snowden n’a pas tort : les citoyens changent doucement de point de vue concernant ce qu’ils tolèrent de la part de l’État. Certes, en France, la soumission est telle qu’il faudra encore du temps pour que se remarque un réel mouvement de défiance contre l’État. Mais là encore, l’attitude habituelle de tout l’appareil étatique français pourrait aider à déciller les yeux des Français : en effet, l’administration, son énarchie et sa brochette de politiciens maintenant très détachés du peuple ont largement acquis des réflexes de survie typiques des castes en fin de règne, comme le culte du secret, l’espionnage du peuple et les tentatives pathologiques de contrôle…

Autrement dit, oui, la France va au devant d’une tempête d’espionnite, de contrôles, de régulations malsaines et de lois invasives. Mais chaque jour qui passe, cette espionnite, ces contrôles et ces régulations que l’État met en place semblent plus ridicules, plus inutiles et plus délétères pour l’État lui-même. Oh, l’agonie sera sans doute longue et pénible, mais la fin de l’État obèse est inéluctable.

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Source : http://h16free.com/2015/06/10/39718-snowden-les-rapports-de-forces-commencent-a-changer