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Comme une envie de pneus-neige

mardi 3 mars 2015 à 09:00

Pour un député, exister en politique, ce n’est pas seulement faire parler de soi avec de vibrants discours à la télé, ce n’est pas seulement défendre le citoyen, la veuve et l’orphelin sur les bancs de l’assemblée en votant d’un petit coup sec, bien droit dans les urnes, comme son parti l’a demandé, mais c’est aussi pondre, une fois de temps en temps, l’une ou l’autre proposition de loi qui, parfois, aboutit à une authentique législation qui – consécration ! – portera son nom.

Et certaines lois, comme la loi Veil, ont ainsi façonné durablement la vie de millions de Français. Plus modestement, la plupart des lois se contentent d’agacer à la marge un groupe de citoyens ou de contribuables. Mais le plus souvent, la loi ne dépasse heureusement pas le stade de proposition : trop mal boutiquée, sujet ridicule, mauvais « moment démocratique », majorité changeante, les raisons ne manquent pas pour qu’un brouillon de loi termine au panier.

C’est peut-être ce qui attend la proposition de Pierre Morel-À-L’Huisser, qui ne recevra pas toute l’importante publicité qu’elle devrait recevoir. Le 11 février dernier, dans un geste qu’on suppose sans mal aussi auguste que celui du semeur, notre bon Pierre a donc déposé cette proposition-ci à l’Assemblée, qui s’est ensuite chargée de le transmettre à l’une des nombreuses usines à gaz qui l’agitent au frais de la princesse (c’est de vous qu’il s’agit), sobrement nommée « Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République », ce qui sent bon le gros fourre-tout joufflu avec un petit parfum de mouroir aux projets rigolos. Froidement intitulé « Proposition de loi tendant à développer l’usage des pneus neige », la proposition entend donc apporter à un problème posé de guingois sur une commode branlante par un majordome bourré une batterie de solutions innovantes et percutantes par leur périplaquisme presque assumé.

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que je n’ai absolument rien de personnel contre notre brave Pierrot. Député UMP de la Lozère, il est si délicieusement inconnu du public qu’on ne peut pas vraiment lui tenir grief de tenter d’exister, et de riper une fois de temps en temps sur une proposition de loi. Ça arrive à (presque) tout le monde, à Pierre comme à d’autres, une fois en passant, de saisir un gros stylo et de commencer à gribouiller des pages de textes légaux pour calmer son envie de remettre le monde bien droit, bien comme il faut.

pierre morel penche pour des pneus neige

Et en Lozère, l’hiver est parfois rude. Eh oui. Même avec le réchauffement climatique. Ahem.

Si l’on ajoute le fait que cette année-ci, des milliers de véhicules se sont bêtement retrouvés coincés sur les autoroutes alors que le blizzard s’abattait sans pitié, on comprend toute la difficulté de contenir le bouillonnant législateur qui trépigne dans le corps musclé de Pierre, véritable machine de guerre parlementaire au service des Lozériens. Et quand cette machine se déclenche (par auto-allumage, dans ce cas-ci), cela donne des propositions qui tabassent du chaton, avec un exposé des motifs qu’il serait dommage de ne pas étudier un peu, notamment la première phrase, d’une ironie mordante :

Chaque année, les conditions météorologiques hivernales semblent surprendre aussi bien les automobilistes que les pouvoirs publics entrainant alors la perturbation du trafic routier et mettant en danger les usagers.

Sapristi, en hiver, il neige ! Sapristi, les automobilistes sont souvent des buses ! Sapristi, les pouvoirs publics aussi ! Sapristi, il faut faire quelque chose, par exemple une loi, qui imposerait les pneus neige, dans des conditions qu’on va s’empresser de définir plus tard.

Et c’est là que les choses deviennent comiques.

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland

En effet, pour s’assurer que tout le monde va se ruer sur les pneus neige lorsque le drapeau gouvernemental sera levé, Pierre le député propose (article 1) de sanctionner l’automobiliste, probablement parce qu’ainsi ponctionné de quelques douzaines d’euros, la voiture, plus légère, roulera ensuite mieux sur le manteau neigeux. On comprend que l’humour du législateur n’a pas été jusqu’à choisir l’immobilisation du véhicule, probablement inutile une fois la neige abondamment tombée et les autoroutes complètement à l’arrêt.

Une loi ne serait pas une bonne loi sans, d’un côté, une pensée généreuse pour les plus faibles d’entre nous, et de l’autre, la nécessaire diligence à trouver ce qu’il faut pour assurer à la pensée généreuse une possible réalisation. Autrement dit, la loi ne serait pas complète sans une bonne redistribution d’un côté, et une bonne ponction de l’autre. L’article 4 se charge du sprinkler à pognon des autres (avec une prime d’État spécifique versée aux foyers modestes), et l’article 6 s’occupe de la pompe à biftons (avec la création d’une taxe additionnelle aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts, youpi, ni vu ni connu). L’un et l’autre appareils financiers sont reliés par le gros tuyau de l’article 3 (qui impose donc les pneus neige dès que l’État le décide), le tout fluidifié par les adjuvants présents dans l’article 5 qui dissoudront une petite partie de la responsabilité contractuelle entre des adultes normaux et leurs compagnies d’assurances, en imposant à ces dernières une décote de la prime d’assurance pour ces premiers qui feront un effort pneumatique.

Il n’y aura pas d’effets indésirables. Le marché s’adaptera à ces nouvelles contraintes. L’automobiliste, heureux de rouler en France, fera pouët-pouët avec son petit klaxon deux tons, et partira ragaillardi vers les pentes blanches du bonheur skiable, sans couiner pour son pouvoir d’achat. Les fabricants de pneus se frotteront les jantes, aussi chromées que cette belle tubulure législative.

morel lutte contre la neige

Trêve de plaisanteries, cette loi Pierre Pneus-neige montre vraiment les multiples dérives de notre République.

Une dérive législative tout d’abord, où tout semble ne pouvoir se régler qu’au travers d’une loi, de préférence nationale. Qu’advenait-il donc toutes ces années où cette loi n’existait pas et où, malgré la neige, les gens ne se débrouillaient finalement pas si mal ?

Une dérive logique ensuite, puisque si l’exposé des motifs s’étonnait presque ironiquement de la surprise des conducteurs et de l’impuissance des autorités publiques, ces dernières ne seront plus du tout inquiétées dans la suite de la proposition : là où il faut absolument responsabiliser le conducteur, les autorités publiques peuvent bien continuer à se tourner les pouces, agir de travers et en retard ou ne rien planifier, ça ne gène pas ; la loi, c’est pour les cochons de contribuables, les nigauds d’automobilistes, mais certainement pas pour contraindre l’État à faire ce pour quoi il est très grassement payé. Et la logique peut aller se rhabiller.

Une dérive procédurale enfin, où chaque loi n’est qu’un squelette vague sur lequel viendront se greffer des myriades d’épais décrets où, finalement, tout sera paramétré aux petits oignons, loin du peuple et de sa représentation. Si, pour des pneus, on peut encore admettre qu’une dose raisonnable de ces paramètres puisse être déportée dans un texte ad hoc, la tendance générale à l’utilisation de décrets pour un oui ou pour un non est malheureusement suffisamment lourde pour laisser le législateur avec la partie congrue d’une loi pourtant capitale, et l’exécutif avec ce qui en fait l’outil le plus puissant dans ses doigts.

Et bien évidemment, laisser un gros joujou puissant dans les doigts de l’Exécutif, sans réel contrôle du législateur, c’est tout à fait indiqué parce que tout l’appareil d’État n’est composé que d’altruistes humanistes et shootés au bien commun.

Forcément, ça va bien se terminer. Forcément.

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Source : http://h16free.com/2015/03/03/37535-comme-une-envie-de-pneus-neige


Une neutralité du Net pas très nette

lundi 2 mars 2015 à 09:00

Ça y est, sur internet, tous les petits paquets IP naissent désormais libres et égaux en droit. Ou tout du moins, la FCC américaine (Federal Communications Commission) vient-elle de déclarer qu’il en est ainsi et qu’à ce titre, nul opérateur ne peut discriminer méchamment entre un paquet de flux vidéo et un paquet de flux texte.

Et c’est donc dans une nouvelle règlementation de la FCC, expliquée dans un modeste document de plus de 300 pages dans lequel il n’y aura aucune surprise (mais si, mais si), qu’on apprend que tout prestataire de télécommunication qui fait transiter ces petits paquets tous égaux n’a plus le droit de les trier en fonction de la source, de la destination ou (surtout) du contenu de ces paquets. Il est désormais interdit aux fournisseurs d’accès de bloquer arbitrairement des contenus légaux, de ralentir ou d’accélérer les flux de données sans justification ou de prioriser certains contenus transitant par leur réseau moyennant paiement.

Ouf, nous voilà rassurés – ou, en tout cas, les Américains le sont à présent : grâce à ce gros morceau de bravoure, la neutralité du net est en marche aux États-Unis, le consommateur et le citoyen américain seront dorénavant protégés contre les intentions méchantes des corporations internet turbo-capitalistes, et le ciel de l’avenir, chargé de nuages gris, vient de voir percer un rayon de lumière régulatrice. Gloria in excelsis déhohoooooho et tout le tralala.

Internet : Serious bizness

En France, la technicité du sujet et la polarisation de la presse sur les palpitantes aventures de Mr Bean aux Philippines n’auront guère permis à la population de fêter dignement cette avancée majestueuse du droit et de l’égalité jusque dans le monde des octets tendrement empaquetés par le protocole internet, mais on peut facilement lire quelques soupirs de contentement ici ou par exemple.

Mais voilà : cette belle unanimité laisse pensif. En effet, ce qu’on voit et ce qui est vendu sur le papier, c’est une neutralité pour le consommateur, une protection de la liberté de parole, et internet vu comme un service de base sans lequel vivre n’est plus guère possible. Chouette, du chaton mignon pour tous, à parts égales !

chaton youpi encore une mission réussie

Ce qu’on voit moins, c’est qu’un groupe de lobbyistes a gagné contre un autre groupe de lobbyistes. Ce qu’on voit moins, c’est qu’Amazon, Netflix et d’autres grosses corporations qui produisent du contenu ont gagné le droit de continuer à prendre une part croissante de la bande-passante sans s’acquitter du prix et en reportant les coûts d’infrastructure aux fournisseurs. Par analogie, c’est comme si l’industrie de la fabrication de meuble arrivait à se débarrasser presque complètement du coût de livraison de ces meubles et à la faire intégralement supporter par l’industrie de la livraison, en payant la même chose qu’il s’agisse d’une chaise ou d’une cuisine complète au prétexte d’une « neutralité de l’ameublement ».

Parallèlement, l’introduction de cette nouvelle « neutralité » permet de créer une barrière artificielle à l’entrée sur internet : pour Comcast et Verizon (les opposants affichés, mais en réalité fort modérés à cette neutralité), cette nouvelle règlementation impose un coût d’infrastructure important, certes, mais permet de saborder tout nouvel entrant, toute nouvelle startup qui, se plaçant non sur le câble ou la fibre (où l’un et l’autre sont déjà largement dominants), doit maintenant être capable de délivrer un contenu de façon neutre. On imagine sans mal que toutes les petites entreprises qui voulaient fournir un contenu spécifique par une technologie donnée (radio, typiquement) en faisant un traffic shaping innovant s’en retrouve d’autant empêchée. D’un coup, la concurrence aux majors de l’infrastructure vient de se prendre un gros taquet.

Oh oui, on a, sur le papier, régulé internet, c’est-à-dire garanti que des startups de contenu pourraient bénéficier de cette neutralité. Les stratups d’infrastructure, elles, vont se retrouver gravement pénalisées. Régulation qui, en outre, considère internet comme un service public au même titre que l’eau, le gaz ou l’électricité, et qui aboutira donc (les mêmes causes ayant les mêmes effets) aux mêmes cartels que ceux qu’on trouve dans l’eau, le gaz ou l’électricité.

Bien joué.

Quand quelque chose n’est pas cassé, on ne devrait surtout pas le réparer.

Lorsqu’on constate que c’est, précisément, l’État qui vient avec de nouvelles régulations « réparer » internet qui marchait jusqu’à présent et jusqu’à preuve du contraire fort bien, on ne peut que s’inquiéter énormément du chemin que va prendre le réseau mondial. Lorsqu’en plus, cette « réparation » ressemble comme deux gouttes de bave à la myriade d’autres régulations destinées, elles aussi, à « réparer » les intertubes de toutes les crasses pédonazies qui y sévissent terriblement, l’inquiétude prend des allures d’angoisse … D’autant plus lorsque cette « réparation » a été poussée par le même président que celui qui aura, avec une efficacité redoutable, poussé à la « réparation » de l’assurance maladie américaine. Quand, de surcroît, on note que cette magnifique « réparation » est largement poussée par des corporations, typiquement capitalistes comme Facebook, Netflix, Amazon ou Yahoo, qui ont toute l’oreille (rémunérée ?) du législateur, toutes les alarmes se déclenchent sur le mode « Capitalisme de Connivence », celui-là même qui a toujours fait tant de bien à la liberté en général et à internet en particulier… Enfin, s’imaginer que les États, et les États-Unis en particulier dans la question qui nous intéresse, seraient subitement en train de prendre parti pour leurs citoyens, c’est faire preuve d’une naïveté confondante !

Faut-il être aveugle pour constater que cette neutralité du net est mise en place, avec les applaudissements du public, par ce même État qui a mis en place la surveillance la plus massive et la plus profonde de la plus grande quantité d’être humains sur Terre, toutes époques confondues ? Faut-il se réjouir qu’un État régule encore un peu plus internet, lui qui a déjà largement prouvé ne pas s’embarrasser ni des droits de l’homme, ni de l’intérêt collectif, ni même de la liberté ou de la paix ? Faut-il réellement trouver admirable ce pas supplémentaire dans la mise en coupe réglée du réseau des réseaux ? Et faut-il oublier que l’État qui met tout ceci en place n’a, depuis 20 ans, pas passé une seule loi qui vise ni à ralentir sa propre obésité et sa propre mainmise, ni à donner plus de liberté à ses citoyens ?

cat facepalm

Autrement dit, parce que le nom « neutralité du net » est sympathique, parce que le concept, aussi vaporeux soit-il, comporte ce délicieux côté égalitariste, et parce que l’idée qu’on puisse payer en fonction de son usage défrise certains consommateurs, il faudrait d’un coup oublier que l’État qui met en place cette idée n’a jamais autant mis ses gros doigts dans les libertés et la vie privée de tous, n’a jamais montré autant de collusion avec les puissances financières, et croire – youpi, youplaboum – qu’il le fait pour notre meilleur intérêt… Cela nous a un petit côté 3615 Bisounours délicieusement suranné.

Beaucoup voulaient la neutralité du net. Ça tombe bien, elle est en train de se mettre en place et tout indique que les Européens ne seront pas en reste. La gourmandise avec laquelle la Commission Européenne et l’ensemble des États membres l’implémenteront en dira très long sur l’impact réel pour le citoyen.

Mais une fois qu’elle sera là, ne venez pas vous plaindre.

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Source : http://h16free.com/2015/03/02/37495-une-neutralite-du-net-pas-tres-nette


L’appel de Manille, ou la mystification d’une presse française complice

dimanche 1 mars 2015 à 11:00

C’est un déplacement officiel qui aura fait couler beaucoup d’encre. Entre le sujet, forcément rassembleur, et les personnalités, aussi glamour qu’importantes, tout était réuni pour que l’événement secoue la presse d’un bout à l’autre du globe et fasse, sur le plan communicationnel, cartons pleins : François Hollande à Manille, avec Marion Cotillard et Mélanie Laurent, cela ne pouvait que faire le méga-buzz…

D’ailleurs, les médias ne s’y sont pas trompés, puisqu’ils ont amplement rapporté les faits et gestes du chef de l’État français et de son escorte de charme. C’est donc sans mal qu’on trouve des centaines d’articles, qui – surprise ! – ne carburent pas tous à la dépêche AFP, et qui permettent de tout savoir et de tout comprendre de la visite d’État officielle du président français aux Philippines, et surtout, du vibrant discours, solennellement baptisé « Appel de Manille », qu’il a fait prononcer par l’actrice française oscarisée.

françois hollande fait l'andouilleEt voilà que le Figaro décrit presque sobrement les enchaînements de discours et d’opérations diplomatiques menées par la suite présidentielle sur place, en insistant sur le fameux appel, qui vise à préparer les esprits avant la COP21 de Paris en décembre, conférence pour la lutte contre un réchauffement climatique de moins en moins fédérateur, et de plus en plus controversé.

Et voilà que TF1 n’hésite pas à parler d’un succès de communication de la cellule de l’Elysée en charge de faire connaître de par le monde les activités de son chef, et qui pourra, selon la rédaction de la chaîne de télévision française, « être satisfaite de voir l’épaisseur de la revue de presse consacrée au déplacement présidentiel ».

Et voilà que s’enchaînent les dépêches de l’agence française de presse, reprises religieusement par Libération, ou habilement paraphrasées par Le Monde et tant d’autres médias.

Dans cette unanimité de déferlement médiatico-buzzatique, on lira avec attention le premier paragraphe de cet article de Libération, qui laisse supposer qu’en réalité, le déplacement du président français « n’a pas attiré les foules ». Et au fur et à mesure qu’on regarde le déferlement de communication en provenance de l’Élysée et des médias nationaux, et qu’on le met en face de ce qui est dit et ce qui est fait, le sentiment, diffus au départ, s’installe qu’il y a comme qui dirait un peu d’exagération quelque part.

Pignouferies de presse

Bon, bien sûr, on ne pouvait pas s’attendre à ce que la presse s’attarde vraiment longtemps sur le besoin vital du président de se refaire une santé avant le mois de mars (et dans ce cadre, rien d’étonnant à ce qu’il aille étudier de près les typhons et les ouragans en prévision du mois de mars). De la même façon, on ne pouvait guère s’attendre, de la part d’une presse massivement sous perfusion d’argent public, à ce que l’un ou l’autre chroniqueur ou envoyé spécial se fendent d’un petit commentaire sur la nécessaire « compensation carbone » de ce coûteux déplacement d’air et de peoples vers les Philippines. Pourtant, avec l’éolienne royale et Nicolas le vendeur de shampoing à bord de l’avion présidentiel, on pouvait s’attendre à ce que chaque gramme de kérosène cramé pour déplacer le groupe soit largement compensé par la plantation de l’une ou l’autre grosse légume avides de CO2.

Mais sans aller jusque là, on pouvait raisonnablement demander aux médias français de prendre un minimum de distance avec cette visite présidentielle, qui, en définitive, revient à un déplacement d’ordre économique pour placer quelques entreprises et quelques contrats commerciaux, et devait assurer un peu de communication pour la conférence COP21 dont l’issue, fort incertaine, pourrait avoir un impact sensible sur la crédibilité du chef de l’État pendant le reste de son quinquennat.

Or, distance il n’y eut point, et le lecteur français aura donc été confronté à une avalanche d’articles présentant ce fameux appel de Manille comme un événement international d’importance majeure. Pourtant, si on se doit d’accorder l’adjectif « international » à cet appel, c’est surtout parce qu’il impliquait deux nations, mais certainement pas parce qu’il a mobilisé la presse du reste du monde.

Magie des internets, il suffit de quelques recherches dans Google News par exemple pour comprendre l’ampleur de la supercherie ou, disons, de l’exagération franchouille qui se sera emparée de la presse nationale. Du côté allemand, par exemple, les rares articles évoquant le déplacement présidentiel français font furieusement plus penser à des entrefilets que des reportages en bonne et due forme. La même recherche dans le monde anglo-saxon ne laisse guère planer de doute : tant l’appel que le déplacement ont été correctement repris par des journaux philippins (et c’est parfaitement logique), sans qu’on puisse vraiment s’étonner de « l’épaisseur de la revue de presse », parfaitement normale. En revanche, les autres canards anglophones, américains, anglais, ou autres, semblent avoir très cordialement ignoré à peu près tout ce qui a bien pu se passer ces derniers jours dans cette partie du monde. Au-delà d’un ou deux articles (celui du Gardian, un peu plus long que les autres, peut être cité), force est de constater la modestie de l’intérêt face à l’Appel International de Manille pour Lutter Contre le Réchauffement Climatique Et Venez Tous à la Conférence sur le Climat en Décembre 2015 à Paris S’il Vous Plaît (Par Pitié).

hollande et son casque (vignette)En outre, on ne m’ôtera pas de l’idée que faire un appel entièrement en français dans un pays où l’anglais domine, ce n’est clairement pas s’assurer la meilleure pénétration du message. Et du coup, lorsqu’un président français affirme à des Philippins « je n’oublierai jamais votre visage » dans la langue de Molière, on comprend qu’en réalité, il ne s’adresse décidément pas à ces personnes-là mais à toute la presse qui l’entoure et qui, elle, est clairement francophone et toute acquise à sa cause : relayer l’image d’un président médiatique, connu et reconnu, à l’écoute de toute la planète et des vraies questions essentielles comme celle du climat qui intéresse au premier chef les électeurs français, bien avant le chômage, les perspectives économiques ou l’avenir de leur pays alors que la moindre réformette fait hurler toutes les castes politiques et syndicales.

En réalité, l’« Appel de Manille » n’a intéressé à peu près personne. Les Philippins ont poliment écouté, partenariats économiques et diplomatiques obligent, le reste du monde n’a même pas marqué un battement de cil, et les Français ont eu droit à une orgie communicationnelle directement orchestrée par l’Élysée avec un puissant relai dans une presse qu’aucune indépendance ne peut plus maintenant frôler. Ce décalage entre les médias internationaux et français est intéressant surtout en ce qu’il montre deux choses.

D’une part, on peut y déceler toute la vacuité des messages présidentiels habituels. Il faut deux actrices et des visites internationales officielles pour que la presse commence à s’intéresser un peu aux éléments de langage du président (par opposition, mis à part sa durée, son déplacement au Salon de l’Agriculture n’aura laissé aucune trace dans l’esprit collectif, par exemple).

D’autre part, difficile de passer à côté de l’odeur de déroute de plus en plus prononcée qui entoure la COP21. Le fumeux appel ressemble à un cri de ralliement, ultime couinement avant un constat d’échec. L’énorme coût financier et médiatique – que cette conférence promet déjà d’être – risque bien de se porter au débit du pauvre président français et, encore plus douloureusement, à celui du futur candidat Hollande…

loup qui court et paf le loup FAIL

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Source : http://h16free.com/2015/03/01/37449-lappel-de-manille-ou-la-mystification-dune-presse-francaise-aux-ordres


Ah bon, on est à l’os ? Ah bon, on fait ce qu’il faut ?

vendredi 27 février 2015 à 09:00

On l’a dit, on le répète : la situation est grave parce que l’austérité frappe la France de plein fouet, pif, paf. Partout, les élus, âpres à la dépense et conscients de leur énorme responsabilité si un déficit trop gros venait à obérer les finances publiques, font assaut d’inventivité pour tailler dans les services obèses, couper les charges indues et affûter les budgets au plus près.

Bien sûr, cela provoque de la grogne, des cris et des grincements de dents chez ceux qui sont les premiers touchés par ces mesures courageuses. Ainsi, le ministère de la Culture a-t-il pu mesurer les difficultés à assécher les robinets d’argent public et l’impitoyable dureté des éléments se déchaînant sur le monde des Arts a même fait l’objet d’une carte dédiée. Dans les collectivités territoriales, la main ferme de l’État refuse d’ouvrir un peu la bourse publique, et les élus locaux sont donc confrontés à de douloureuses décisions et doivent faire preuve de créativité pour dégager des marges de manœuvre et faire des économies. Il faut dire que d’après la Cour des comptes, ces collectivités n’ont encore fait que peu d’efforts pour réduire leurs dépenses de fonctionnement (notamment en personnel). Serrer la vis s’impose donc avec urgence pour redresser les finances du pays.

Et les résultats sont là ! Grâce à ces mesures inédites dans un pays jadis habitué à la dépense, Christian Eckert, le secrétaire d’État au Budget, a eu le plaisir d’annoncer que la masse salariale des collectivités locales avait bondi de 4% l’an dernier après une progression de 3.1% en 2013 ce qui est très … heu… Bondi ? Quoi ? Hein ?

Vous voulez dire qu’en cette période de disette budgétaire et alors que le déficit de l’État pour cette année ne devrait pas être inférieur à 70 milliards d’euros, nos élus sont infoutus non seulement d’arrêter les embauches, non seulement n’arrivent pas à se contenter d’embaucher autant que l’année précédente, mais qu’ils sont infoutus de s’empêcher d’augmenter encore le nombre d’embauches d’une année à l’autre ?

tout ceci est parfaitement normal

Non ! Ce n’est pas possible. Si cela se savait, cela déclencherait, à n’en pas douter, un mouvement de grogne sans précédent chez ces Français qui payent, chèrement, ce genre de gabegies.

Et alors qu’on entend partout l’orchestre philharmonique d’instruments à vent, pipeaux et flûtes de l’Élysée, jouer sa célèbre rhapsodie « On fait 50 miyards d’économies », il est impensable de lire en parallèle que les dépenses publiques ont encore augmenté, pour atteindre 57.7% des richesses produites, un chiffre jamais atteint auparavant.

Pourtant, pourtant, rappelez-vous, on a bien dit partout que l’austérité frappe les Français ! On a même entendu, partout, sur les plateaux télé, à la radio, on a lu dans moult éditoriaux d’une presse massivement subventionnée que la crise obligeait des économies dans les services publics (que le monde nous envie) à tel point que ces services sont menacés au moment même où les Français en ont le plus besoin (bien sûr) !

Nous aurait-on menti ? Nos élus nous bobarderaient-ils le visage sans vergogne ? Ne se foutrait-on pas un petit peu de notre gueule ?

Oh, ce serait du populisme que dire ça. Il semble évident que, derrière les masses ventripotentes qui siègent à l’Assemblée et au Sénat se cachent des hommes et des femmes respectueux des Français et de leurs finances, qui n’ont à cœur que le bien-être du contribuable si souvent mis à mal. D’ailleurs, c’est précisément pour cela que jamais, ô grand jamais, ces élus ne voteraient, en pleine crise, une loi pour augmenter encore (encore !) les indemnités de certaines catégories de hauts fonctionnaires.

Jamais.

Ah tiens, si.

bonification indiciaire

Apparemment, même en période de crise, on peut être élu de gauche, qui pense au peuple qui trime, ou de droite, qui fait attention aux deniers publics, et voter dans une belle décontraction une augmentation pour des hauts fonctionnaires alors qu’il est plus que temps que toute augmentation, toute nouvelle embauche soit parfaitement et totalement proscrite.

Mais à bien y réfléchir, peut-être que ces votes d’augmentations, peut-être que ce déni des uns et des autres (Delaunay, qui estime sans rire que « L’État et les collectivités sont générateurs d’emplois » ou Philippe Laurent, président de la Commission des finances de l’AMF, Association des maires de France, qui rétorque simplement qu’« Il ne peut pas en 2014 y avoir 4% de progression de la masse salariale »), peut-être que cette parfaite déconnexion avec la réalité explique assez bien le constat sans échappatoire possible que, non, non, l’austérité n’a toujours pas commencé en France ?

dépenses administrations publiques - 2013

Peut-être cette préoccupation à continuer le train-train quotidien des dépenses fumistoïdes, des gabegies décontractées et le déni douillet qui les accompagne expliquent-ils que non, loin s’en faut, le gouvernement, les politiciens et les administrations sous leur responsabilité ne font absolument pas ce qu’il faut, et ont même la furieuse tendance à accroître le problème ? Par exemple, alors que tous ceux qui ont encore un contact avec le réel ont bien compris que l’un des gros problèmes qui plombent le pays est le poids des charges, comment interpréter un petit amendement ajouté lors du vote de la loi de finance de Sécurité sociale pour 2015, petit amendement qui ouvre grand la porte à l’obligation de payer des cotisations pour les gérants minoritaires non salariés ? Tout comme les centaines de bonnes idées précédentes (depuis la loi Macron jusqu’à la loi Consommation en passant par d’autres), toujours motivées par les meilleures intentions, et déclenchant toujours les pires catastrophes, comment ne pas voir ici à l’œuvre une bonne dose de crétinerie ou un désir pervers d’emmerder encore un peu plus certaines personnes ?

Comment ne pas voir, devant l’accumulation de ces débilités néfastes, que nos élus sont maintenant prêts à raconter n’importe quelle bêtise pour faire perdurer la situation tant qu’elle leur est profitable ? Comment ne pas voir leur déni, et comment ne pas voir qu’au final, … ce pays est foutu ?

on appelle cela du foutage de gueule

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Source : http://h16free.com/2015/02/27/37391-ah-bon-on-est-a-los-ah-bon-on-fait-ce-quil-faut


La Culture, ça se mérite avec un prix élevé et une distribution contrôlée !

jeudi 26 février 2015 à 09:00

Grâce à l’écoute attentive des corporatistes de tous poils, le gouvernement travaille de façon acharnée à réduire le pouvoir d’achat des Français et il s’évertue même avec un certain succès à diminuer ses opportunités de créations d’emplois. C’est peut-être même ce qu’il sait faire de mieux. Dans ce contexte, il serait vraiment dommage que le ministère de la Culture ne participe pas à l’effort gouvernemental en sabotant, par exemple, l’accès à la culture pour des milliers de Français. Heureusement, Fleur Pellerin est une femme de défis.

mini fleur pellerin - cc dunoisCertes, elle n’est pas ministre de la Culture depuis bien longtemps, mais elle a su, en six mois, se forger une solide présence dans les médias, réseaux sociaux compris, dans lesquels on a largement pu mesurer l’étendue de ses capacités créatives. Entre ses dernières lubies visant à taxer la bande passante d’une façon ou d’une autre, subventionner la presse encore plus que ce qu’elle est déjà et malgré sa qualité franchement déclinante, taxer les toners d’imprimante ou se mêler d’architecture, il a vite été clair que Fleur Pellerin n’entendrait pas diminuer l’empreinte carbone et surtout fiscale de son ministère en multipliant les interventions diverses et variées aux frais du contribuable, sans toutefois faire mine de freiner les gabegies pourtant consternantes relevées par la Cour des Comptes.

C’est donc sans la moindre surprise qu’on découvre qu’elle n’a pas pu s’empêcher de vitupérer (encore une fois) contre Amazon qui serait en contravention avec la loi française et elle a même estimé que l’entreprise, américaine donc coupable, devra « se mettre en conformité » avec cette loi. En effet, le site Amazon.fr avait annoncé en décembre dernier le lancement de son nouveau service d’abonnement, le Kindle Unlimited, qui cumule l’impudence d’offrir à ses clients un accès illimité et donc fort simple à une vaste sélection de livres numériques à l’indécence d’un prix d’abonnement à seulement 9,99€ par mois.

Difficile de ne pas hausser un sourcil. Bien évidemment, pour arriver à ces conclusions, la ministre s’est largement appuyée sur le travail des habituels « experts du milieu » qui permettent de balancer d’épais rapports où, d’auditions en auditions, on aboutit à l’opinion éclairée que le statu quo ante est tout de même confortable, que l’innovation proposée n’en est pas vraiment une, qu’elle n’apporte donc rien de bon et mérite évidemment de périr dans les flammes de l’enfer, avec une poignée de chatons libéraux pour faire bonne mesure. Pour les professionnels de la profession qui savent que l’avenir peut se passer des vilains américains, l’affaire est entendue : la loi de 2011 s’applique, elle impose que l’éditeur fixe le prix du livre ou de l’abonnement, et pas le distributeur, et, je cite,

« il leur revient d’explorer tous les champs du possible pour répondre aux attentes de lecteurs qui sont aussi des consommateurs, sensibles au prix, à la souplesse d’accès, aux services qui existent sur internet et qui peuvent être tentés sinon par le piratage. »

Non, sans blague ! Après avoir précisément contraint le prix, après avoir explicitement imposé que seuls certains acteurs aient leur mot à dire et pas d’autres, après avoir fait pondre des lois et pris des positions publiques pour empêcher Amazon de prospérer en France, il est de bon ton de préciser, hommage du vice à la vertu, que si on fait un peu n’importe quoi, le lecteur, consommateur à ses heures perdues, pourrait l’avoir mauvaise et se lancer dans le piratage. Vous le sentez, ce petit parfum un peu spécial ?

on appelle cela du foutage de gueule

Et bien sûr, le piratage ne sera pas du tout encouragé par la pauvreté des offres françaises comparées aux offres étrangères (d’ailleurs listées dans le rapport), ce qui permet d’aboutir à la conclusion (p34 du pavé) que – comme c’est surprenant, je suis surpris, c’est étonnant – « il paraît donc inopportun de modifier les dispositions législatives relatives au prix du livre numérique » parce qu’« une dérégulation ou un changement de dispositif présenterait des risques bien supérieurs (…) aux difficultés (…) que pourront rencontrer les opérateurs proposant des services d’abonnements pour se mettre en conformité avec la loi ». Et vlan, prends-toi ça dans les dents Amazon !

Bref, alors même que le monde change et s’adapte à vitesse grand V, alors même que le pays démontre tous les jours un besoin criant d’une culture bon marché et facile d’accès, alors même que le pouvoir d’achat de sa population dégringole, et alors même que des solutions se développent pour répondre à ce besoin criant et résorber cette dégringolade, la France et son ministre de la Culture ont officiellement choisi de ne pas trop s’adapter, parce que périr lentement (seule alternative possible dans le monde réel) semble bien plus douillet.

Comme je l’évoquais dans un précédent billet, tout indique que les ruptures technologiques se poursuivent et s’accumulent à un rythme que la piétaille politicienne a bien du mal à suivre, n’étant de toute façon pas équipée pour intellectuellement. Il ne se passe plus une semaine sans qu’une fissure n’apparaisse dans les murs en moellons que nos élus ont construits sur des compromis corporatistes, par la force de l’habitude et via des brouettées de lois mal torchées pondues pour plaire aux petits copains et pour adoucir les vicissitudes du moment.

Chaque nouvelle application, chaque nouveau paradigme économique, chaque invention marketing se placent de plus en plus en rupture totale avec les habitudes des politiciens, et en opposition frontale avec les modes de production et de consommation jusqu’alors utilisés pour former l’économie mondiale sur laquelle ils ont prospéré. Les avantages que leur procurait leur situation de pouvoir sont rapidement en train de s’évanouir et on découvre que, mal informés, ils réagissent de plus en plus de travers et de plus en plus en retard. On en vient à constater, goguenard puis agacé, qu’ils alignent les clowneries pathétiques, et celles de Fleur Pellerin ne sont ni les premières, ni les dernières.

Alors que, pour sa culture comme pour le reste, le pays nécessite plus que tout de nouvelles méthodes, de nouveaux modes de pensée, de nouvelles voies de distribution, de nouveaux marchés, les forces conservatrices font assaut d’efforts pour tout bloquer, tout calcifier, tout bétonner dans la glu législative la plus épaisse. En tendant trop l’oreille à ces forces, Fleur Pellerin, comme les autres ministres du reste, signe en réalité pour le pays son arrêt de mort lente, diffuse et peu douloureuse mais parfaitement inéluctable.

Ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2015/02/26/37377-la-culture-ca-se-merite-avec-un-prix-eleve-et-une-distribution-controlee