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Et vlan, simplifions un bon coup

mercredi 1 avril 2015 à 13:00

En octobre 2013, j’évoquais une magnifique initiative gouvernementale visant à simplifier la paperasserie administrative dans laquelle baignent avec une certaine décontraction innocente les administrations pléthoriques de ce pays. Le but d’alors, louable, était de mettre les citoyens directement en relation avec un organe de l’État obèse qui les pompe doucement tous les jours, et de les faire s’exprimer pour les simplifications qu’ils voulaient voir.

google loi 2015Pendant que ça cogitait dur à la fois du côté de ce Simplifions-Comme-Des-Malades.gouv.fr et du côté de Modernisons-Comme-Des-Fous.gouv.fr, on ne pouvait s’empêcher de développer un petit malaise. Les cerfas s’empilaient. Les lois s’amoncelaient. L’année dernière, je pouvais assez facilement fournir une image fidèle de quelques-une de ces lois grâce à Google. Cette année, la petite vignette sur la droite de ce texte donne une idée assez fidèle de la bonne santé de nos parlementaires dont la législorrhée atteint des volumes explosifs.

Heureusement, le gouvernement, ramant contre le courant avec une force invraisemblable, déployant des trésors d’inventivité pour remonter la pente, travaille malgré tout à la simplification.

Ainsi, depuis le premier janvier de cette année, les modalités de reversement de la TVA à la Direction générale des Finances publiques sont modifiées pour les entreprises qui relèvent du régime simplifié d’imposition (le gras est de moi). Alors que jusqu’à présent, l’acompte était payé une fois par trimestre, en ligne, les entreprises concernées doivent (je cite l’administration) :

« … désormais télétransmettre chaque mois un formulaire n° 3310 CA3. Par tolérance, le premier formulaire transmis portera sur la période d’imposition qui court du 1er jour de l’exercice jusqu’au mois de dépôt de la déclaration annuelle. Exemple : je dépose le 5 mai 2015 ma déclaration de TVA relative à l’exercice clos au 31/12/2014 et le montant de « TVA due » figurant en ligne 28 est supérieur à 15 000 €. Je dois télétransmettre en juin 2015 une déclaration de TVA n° 3310 CA3 qui porte sur la période du 1er janvier au 30 mai 2015 (déclaration relative au mois de « mai 2015 »). Je télétransmettrai ensuite la TVA tous les mois. »

Ah oui, bien sûr, le formulaire n°3310 CA3 ! Evidemment ! Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ? Et maintenant, tous les mois plutôt que par trimestre, voilà qui me simplifie franchement la vie ! Pas de doute, on peut vraiment voir le travail de terrain réalisé par nos administrations ! Et puis, par curiosité, je me demande ce que donne le Régime Pas Simplifié de déclaration. Cela doit triturer du poney à l’excavatrice industrielle, ça, mes petits amis…

(Et non, c’est pas un poisson d’avril.)

Ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2015/04/01/38237-et-vlan-simplifions-un-bon-coup


Finalement, le diesel c’est comme la prostitution

mercredi 1 avril 2015 à 09:00

Nous sommes le premier avril, sous un gouvernement de petits farceurs. Vous êtes prévenus.

Tenez, le diesel par exemple.

Il est entendu qu’avec sa moindre taxation par rapport à l’essence, l’État a clairement indiqué ce qu’il attendait des consommateurs. Enfin, par moindre taxation, il faut bien comprendre que si l’essence est tabassée comme plâtre par des accises inouïes et quasiment laissée pour morte sur un trottoir de banlieue, le diesel n’aura qu’une série limitée de petits coups de lattes bien appuyés fiscalement ne le laissant paralysé que des jambes. Mais l’idée est là : pendant des décennies, les pouvoirs publics ont choisi d’inciter les automobilistes à rouler en cramant ce résidu de pétrole-ci plutôt que cette essence-là, même si, du reste, il est bien plus facile d’assurer une combustion complète de l’essence que du diesel.

Quelques décennies plus tard, en toute bonne logique, le parc automobile s’est donc largement adapté et comprend majoritairement des moteurs diesel. Ce qui ne va pas sans poser quelques soucis puisque les capacités de raffinage françaises sont majoritairement tournées vers l’essence, de moins en moins consommé en part relative alors que le diesel, pas raffiné chez nous, est donc importé (à nos frais).

Parallèlement à la bonne pénétration du diesel dans nos habitudes de consommation, la société française a aussi laissé entrer chez elle les petites hystéries écologiques parmi lesquelles l’absolue nécessité de respirer un air plus pur, micrométriquement puis nanométriquement pur, contrôlé par des organismes toujours plus pointilleux et des politiciens toujours plus avides de récolter l’une ou l’autre voix lui permettant de perdurer dans son gros fauteuil républicain aussi mou que confortable.

nkm les dents de la maire

Stupeur ! À mesure que les grosses autos crament de plus en plus de diesel, les petites particules, pourtant de plus en plus petites, se font plus nombreuses. Exaspération ! Alors que tout est fait pour dépolluer les atmosphères de nos grandes villes, le méchant diesel s’installe et vient tuer des milliers de personnes tous les ans, si, si, c’est sûr, c’est dans les petits chiffres de l’OMS ou d’Airparif ou peu importe, ça tue par brouettées entières (chatons mignons compris !).

Vite, il faut faire quelque chose ! Par exemple, on pourrait interdire les feux de cheminée pardon non avant on pourrait interdire les autos dans les villes. On pourrait aussi interdire les camions et les gros engins qui polluent. Oh, oh, j’ai mieux que ça : on pourrait commencer par coller des vignettes et des taxes sur les véhicules, en fonction de leur âge, de leur production d’un gaz sans rapport avec la pollution, mettons le CO2. Et puis on pourrait ensuite recommencer à taxer le diesel comme avant l’essence, histoire de remettre l’un au même niveau que l’autre.

Bon, bien sûr, on se rendrait compte que ce sont finalement les véhicules français qui subissent le contrecoup de ce genre de conneries ces bonnes idées, mais ce n’est pas grave parce que la France va bien, va fort même et que ses petits véhicules qui crament du diesel et rejettent des PM10, des PM5 et des PM2.5 par grosses volutes puantes se vendent comme des petits pains à l’étranger.

Hum.

cat shark roomba

Mais enfin, parce que tout ceci est tout de même un peu gênant, et que derrière la production de moteurs diesel, il y a aussi de l’emploi, on va adoucir un peu tout ça. Et puis zut, au diable la cohérence : on va même aller voir l’usine de Trémery (en Lorraine), et comme on est Président de la République, on va défendre le moteur diesel à tout prix, par exemple en sortant avec une bonne louche de « heu… » et d’hésitations finement introduites :

« Je veux souligner que les moteurs diesels aussi, les plus récents, sont les plus performants en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. C’est très important de le dire parce que nous devons à la fois diversifier – c’est le sens de l’installation ici d’une ligne de moteurs à essence –, mais nous devons aussi défendre le moteur diesel de haute performance qui est produit ici. »

hollande et son casque (vignette)Je résume : le diesel n’est pas raffiné en France, le diesel est peu utilisé dans nos voitures, alors l’État le favorise, puis le diesel pue, le diesel produirait des particules nocives pour la santé, alors le diesel tombe en disgrâce, mais la vente des moteurs diesel marque une pause et donc le président intervient pour louer la bonne idée que constitue ces moteurs parce que, … parce que bon.

Tout ceci est d’une cohérence implacable. Et puisqu’on est dans la cohérence, c’est le moment ou jamais d’introduire le sujet de la prostitution.

En France, jusqu’en 2003, la prostitution était autorisée. Depuis, elle l’est toujours, mais pas pareil. Entre temps, il s’est passé quelques trucs.

Ainsi, cette année-là, profitant d’une loi Sécurité Intérieure qui n’avait a priori pas grand chose à voir, le gouvernement invente le délit de racolage passif, qui serait le fait de procéder à du racolage par accident, par inadvertance, sur un malentendu, ou avec des promesses électorales populistes dénuées de tout fondement (la promesse à cul plat, la plus dangereuse). À partir de là, comme savent si bien le faire les systèmes législatifs laissés en roue libre dans les mains de petits enfants irresponsables à qui on a laissé le carnet de chèque, les choses vont rapidement dégénérer.

that escalated quickly

Nos députés, lâchant complètement les élastiques, décideront un peu plus tard de laisser tomber ce racolage passif, mais de pénaliser le client, tout en conservant la prostitution légale. Sauf à inventer ensuite le concept de prostitution gratuite, qui ressemblerait à beaucoup de choses sauf, précisément, à de la prostitution, on commence à comprendre que la plus vieille profession du monde (après celle, nettement moins noble, de politicien) allait expérimenter de troubles effets adverses. À cela, il faut ajouter la définition maintenant XXL de proxénétisme (qui devient donc du proxxlénétisme) qui inclut le prestataire de service informatique fournissant un site web pour la belle de nuit — mais pas encore son boulanger — et on comprend qu’exercer ce métier devient rigoureusement impossible en France dans le cadre des lois officielles.

Rassurez-vous, la situation, déjà particulièrement rock’n’valse (un mélange subtil de rock et de valse viennoise lente), va brusquement se compliquer. Il faut pour cela remercier les interventions musclées des habituelles pasionarias de la cause féminine qui, en ouvrant leur caquet à peu près n’importe comment pour dire à peu près n’importe quoi auront rapidement cristallisé les esprits sur des envies de fessées pas du tout démocratiques. Les Sénateurs, le bourrichon tout remonté, se seront donc empressés de flanquer quelques modifications pas piquées des hannetons sur un projet de lutte « contre le système prostitutionnel » adopté par l’Assemblée nationale en décembre 2013, qui rendent l’ensemble tout de suite plus lisible : fini la pénalisation du client, mais remettez-nous une dose de délit de racolage passif, pour faire bonne mesure.

Le pataquès qui s’ensuit est sans grand intérêt puisqu’il implique inévitablement des ministres qui agitent les bras au ciel en racontant des bêtises, avec des gros bouts de mélange de concepts comme par exemple « Le droit des femmes, c’est le droit à disposer de son corps, ce n’est pas le droit de se servir des femmes, d’utiliser les femmes comme on le souhaite », dont la signification profonde laissera sans aucun doute perplexe des cohortes entières de logiciens dans les générations à venir.

Il n’en reste pas moins qu’on ne comprend plus rien de ce qu’il convient de faire ou pas dans ce pays.

Acheter du diesel est-il une bonne ou une mauvaise chose ? La prostitution est-elle toujours autorisée ? Certaines ministres « féministes » ont-elles bien conscience de l’énorme contre-productivité de leurs agitations, à l’instar d’un gouvernement et/ou d’un président (selon le point de vue) lorsqu’ils s’expriment sur des produits pétroliers ? L’État va-t-il arrêter une fois pour toutes de fourrer ses doigts et ses lois entre les individus en provoquant des catastrophes sociales et sanitaires de tous les côtés ?

Nous sommes le premier avril, sous un gouvernement de petits farceurs, certes. Mais les Français méritent-ils vraiment ça ?

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Source : http://h16free.com/2015/04/01/38199-finalement-le-diesel-cest-comme-la-prostitution


Les petits dysfonctionnements de l’Éducation Nationale

mardi 31 mars 2015 à 09:00

Par Baptiste Créteur et h16

L’actualité chargée, tant sur le plan bêtement politique que, plus triste, sur le plan aérien, aura sans doute détourné un peu l’attention de l’énorme scandale qui secoue maintenant le pays : on découvre, effaré, qu’un directeur d’école a commis une série de viols sur des enfants de la classe de CP dont il avait la charge. Neuf enfants, entre six et sept ans, auraient été victimes de ce pédophile.

C’est bien sûr, une histoire sordide et rien que ces faits justifient que la presse s’empare du sujet. Mais c’est aussi un terrible scandale, parce que ces viols auraient pu être évités.

En effet, à mesure qu’on en apprend plus sur ce directeur, on découvre qu’il avait déjà été condamné pour détention d’images à caractère pédopornographique il y a sept ans, en 2008. Manifestement, cette condamnation, absolument pas anodine, n’a pas définitivement écarté l’individu d’activités le plaçant en responsabilité d’enfants. Rassurez-vous cependant, le problème, comme souvent, vient des autres et en l’espèce, de l’institution judiciaire qui n’aurait pas informé les autorités éducatives du pays. Pour Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation Nationale,

Il semblerait que l’Éducation Nationale n’ait pas été informée de cette condamnation.

Oups. Vraiment, c’est ballot. Cela peut revenir à dire que la Justice ne fait pas son travail exactement comme elle le devrait. Ici, insérez immédiatement un petit couinement sur le manque de moyens, et vous brosserez un tableau assez réaliste. Il n’empêche qu’il semble assez peu complexe de faire savoir aux autorités de tutelles, après une telle condamnation d’un directeur d’école, que celui-ci ne peut plus occuper un autre poste qu’administratif, loin des enfants. Problème de fax ou e-mail défaillant ? Allez savoir.

Alternativement, difficile d’oublier que l’Éducation Nationale merdouille avec brio dans sa partie aussi. Mener quelques vérifications de base sur le personnel d’une institution censée assurer le bon développement des futurs citoyens est apparemment hors de portée de l’Éducation Nationale, qui a apparemment d’autres priorités avec les 63 milliards d’euros dont elle dispose annuellement. Pour le coup, le manque de moyen ne pourra servir d’excuse.

Et puis, n’écartons pas l’hypothèse, de plus en plus raisonnable, qui consiste à imaginer que ces deux institutions ont royalement merdé toutes les deux, de concert, bras-dessus, bras-dessous, et dans cette décontraction qui caractérise finalement ceux qui n’en ont absolument rien à carrer.

irresponsible

Ces éléments, on le comprend, forment la base de la réflexion de tout parent qui se demande maintenant dans la gueule de quel loup il envoie ses enfants. Seulement voilà : au-delà de ceux-ci et des constatations que quelques timides politiciens et discrets journalistes pourraient évoquer, il semble que tous, parents, politiciens, journalistes et responsables de l’Éducation Nationale compris oublient un peu vite un facteur déterminant de la situation actuelle.

En France, l’instruction est obligatoire, et la carte scolaire l’est finalement tout autant, aussi réformée soit-elle. Très concrètement, cette carte empêche les parents de choisir l’école de leur progéniture. Et toujours aussi concrètement, l’État a donc envoyé des enfants directement entre les mains d’un pédophile qui avait déjà été identifié comme tel.

Rassurez-vous là encore, tout ceci n’est au plus, toujours dans la bouche de la ministre, qu’un « dysfonctionnement » :

Il a été condamné en juin 2008, juste avant les vacances scolaires. À cette date, il avait obtenu un changement d’académie et il s’est aussitôt mis en congé parental, puis en arrêt maladie jusqu’en février 2011. Et quand il a repris ses fonctions, il a changé d’école tous les ans.

Sapristi, un petit dysfonctionnement, et voilà que depuis 2011, un condamné pour pédophilie va d’école en école sans que des vérifications de base soient effectuées à quelque moment que ce soit… À moins, bien sûr, que ces changements ne lui aient été imposés pour couvrir un comportement douteux ou des faits gênants – oh, qu’imaginez-vous là ? Eh bien disons qu’il est difficile, maintenant, de passer sous silence le fait que, depuis les révélations de la semaine dernière, les parents d’au moins quatorze victimes potentielles de plus se sont manifesté, venant de l’école où les faits ont été découverts mais aussi d’autres écoles où il a exercé ses fonctions – et potentiellement commis ses méfaits.

Sapristi, on dirait un chapelet de petits dysfonctionnements !

Au passage, difficile aussi d’oublier que son passé n’a été vérifié ni par l’Éducation Nationale, ni par le Parti Socialiste, pour lequel il avait été candidat aux municipales en février 2008 (quatre mois avant sa condamnation) et en juin 2014 (six ans après). Ni par le SNUIPP, syndicat enseignant de gauche dont il était adhérent et membre actif.

Les journaux se font fort discrets sur ces dernières informations. Pourtant, on imagine sans mal que s’il avait été encarté FN ou UMP, la charge informationnelle aurait été largement accrue. Et sans même vouloir jouer cette carte, on devra s’étonner qu’une personne avec un casier judiciaire puisse se présenter à un poste électif qui reviendra, de fait, à contrôler la vie des autres à un moment ou un autre.

Certes, de nos jours et avec la législorrhée dont le législateur est atteint, tout le monde est en fait un coupable qui s’ignore et un condamné en sursis. Mais justement : si un casier judiciaire strictement vierge était enfin nécessaire pour prétendre participer à une élection, on s’éviterait un sacré paquet de mafieux, de sociopathes et de tordus aux manettes de l’État… ou, pour revenir à notre cas, dans quelques écoles du pays. Indépendamment, il reste surprenant et inquiétant que le rectorat n’ait pas consulté le fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles, où il était inscrit et auquel le rectorat a accès.

Or, comme par hasard, ces vérifications sont jugées excessives par le syndicat enseignant UNSA :

On ne peut pas suspecter tous les enseignants ! Il ne faut pas sombrer dans l’excès.

Oui, ne sombrons pas dans l’excès de demander un casier vierge pour les fonctionnaires (pourtant, il me semblait que c’était le cas), l’excès de demander un casier vierge pour les candidats aux élections (cela ruinerait le paysage politique du pays), ou un casier vierge pour les enseignants (parce que, parce que bon, ce serait excessif, voyons, c’est un syndicat qui le dit).

enfant atelier du goût

Et puis, tant qu’on y est, maintenons l’instruction obligatoire et la carte scolaire. Déjà, elle marche très bien pour éviter la mixité sociale. On peut maintenant lui ajouter la vertu indirecte de conserver parfaitement employables auprès d’enfants des pédophiles condamnés : les parents, captifs du système, ne pourront jamais imaginer qu’il n’y a pas de vérifications de base, par une requête simple ou une notification automatique, que le personnel enseignant ne va pas contraindre des enfants à une fellation lors « d’ateliers du goût » (sic). C’est génial, non ?

Fini les pedonazis grâce à la loppsiOn ne peut par ailleurs s’empêcher de noter un autre décalage pour le moins troublant. Alors que le législateur se montre si prompt à accroître la surveillance du web pour protéger les innocents enfants du dangereux pédophile qui rôde sur les tchats réservés aux moins de 12 ans, les contrôles les plus élémentaires ne sont tout simplement pas menés. Mais bon, il est normal que la surveillance de cet abominable espace de liberté qu’est Internet pour identifier d’hypothétiques menaces passe avant des vérifications de bon sens. Non ?

L’État veille, dit-on. Mais s’il le fait, c’est avant tout à se couvrir et couvrir les siens. Dans une chorégraphie méprisable, Justice et Éducation Nationale se renvoient donc la balle. Vite, une enquête est ouverte pour identifier et sanctionner les éventuels dysfonctionnements. Et bien sûr, on identifiera des mesures préventives pour que cela ne se reproduise pas, quand bien même, en réalité, elles sont toutes déjà là… à condition de les appliquer.

Pendant ce temps, dormez bien, braves gens : vos enfants sont entre de bonnes mains.

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Source : http://h16free.com/2015/03/31/38132-les-petits-dysfonctionnements-de-leducation-nationale


Départementales et école des fans

lundi 30 mars 2015 à 09:00

Franchement, c’est inattendu, mais apparemment, tout le monde a gagné.

Déjà et avant tout, c’est encore une victoire écrasante des abstentionnistes : certes, ils étaient plus forts au premier tour, mais c’est toujours le parti d’en rire et celui de s’en foutre qui ont, une fois de plus, décroché la timbale puisque près de 50% des électeurs ont préféré aller à la pêche ou faire un excellent tiramisu pour occuper leur dimanche, ce qui est une saine occupation à base de cacao que je recommande à tous les obstinés du bulletin inutile.

tiramisu

De façon anecdotique, c’est aussi la victoire microscopique mais fanfaronnée de toutes les micro-gauches bigarrées et gourmandes qui trouveront toujours un motif pour se réjouir : entre le canton de Trucmuche qui, grâce l’alliance trans-partisane des gauches ouvrières, syndicales, écologiques et citoyennes (au minimum) a – vaillamment – repoussé le Front National, et le canton de Bidulechouette qui a conservé tel élu communiste à son poste, les petits partis trouveront largement de quoi se congratuler alors que le pays continue à s’agiter dans des soubresauts que d’aucuns qualifieraient de post-mortem.

Mais avant tout, c’est, de l’aveu de tous nos journalistes, philosophes, sociologues, politologues et autres experts de la statistique post-électorale, une jolie victoire de l’UMP : la stratégie du « ni Front National, ni Parti Socialiste » a fonctionné en accroissant sans aucun doute la déroute mémorable du camp socialiste. Il n’y a pas eu de front républicain, ni officiellement pour la droite (d’où l’effroi, justifié rétrospectivement, de Valls), ni dans les faits pour la gauche. Oh, bien sûr, il y a eu moult arrangements entre amis, copains et coquins pour que le changement de mains ne se fasse pas trop dans la douleur. Lorsque les opposants sont les mêmes depuis des lustres, on ne voudrait surtout pas que les petits nouveaux (du Front National, ici) arrivent et mettent à mal les délicats compromis qu’il aura fallu généralement des années pour tisser entre les uns et les autres et qui ont permis de conserver tout un paquet d’affaires sous le discret boisseau départemental.

D’une certaine façon, c’est aussi victoire du PS qui aura réussi à contenir le Front à sa partie congrue. Oui, certes, j’en conviens, le FN aura mis à mal un paquet d’élus locaux du PS en parvenant à se hisser au second tour et à décrocher un poste. Certes aussi, il a récolté un nombre considérable de votants. Mais tous ses efforts ne lui auront permis de ne récolter aucun département (comme prévu, du reste), ce qui était en réalité le but clair de tous les socialistes chauds ou froids, depuis le premier ministre en passant par les militants PS et jusqu’aux sympathisants UMP. Magnifique stratégie qui a le mérite d’à la fois conserver le FN hors de portée du pouvoir (pour le moment), et de ne pas du tout accréditer les thèses de collusion de la vociférante cheftaine nationaliste.

chiffres départementales 2d tour 2015

Avec tous ces beaux victorieux, il faudra un perdant. Et ce perdant sera sans conteste le Front National.

Perdant étrange : encore une fois, bien que ne pouvant bénéficier que d’une dynamique de report extrêmement ténue (avec une porosité vers la droite et la gauche à peu près équivalente, n’en déplaise aux petits bobos sensibles des rédactions de journaux mainstream), le parti récolte tout de même plus que le Parti Socialiste ou que l’Union de la Gauche, et réalise la prouesse de ne décrocher aucun département, au contraire de ces deux précédents blobs politiques…

On m’objectera que c’est la logique électorale, la construction même du conseil départemental (anciennement général) qui aboutit à ce curieux phénomène où un parti qui récupère assez régulièrement un nombre considérable de voix, que ce soit dans des élections nationales ou locales, à la proportionnelle ou au scrutin majoritaire, ne parvient presque jamais à concrétiser cela en postes d’élus. On m’expliquera que c’est ainsi que la Vème République a été conçue, avec, quasi-intrinsèquement, un bi-partisme à peine caché, et puis c’est peut-être un peu bizarre mais finalement, c’est aussi bien comme ça, c’est aussi ça, la « démocratie », et puis voilà c’est tout, n’en parlons plus.

Soit. Mais il faut être conscient d’un problème évident : d’une part, il devient ardu de prétendre avoir des élections démocratiques et obtenir, régulièrement, un résultat en décalage flagrant avec les attentes d’une quantité croissante de Français, aussi nauséabonde soit-elle pour le pouvoir alternatif en place. Cela ne peut que renforcer la fracture entre le peuple et les élus (qui ne sont pas gênés tant que continue la rotation élective).

D’autre part, et c’est à mon avis bien plus gênant, il faut aussi comprendre que lorsque le Front National parviendra effectivement à concrétiser son assise par des élus, le basculement sera à la fois rapide et massif, sans la moindre possibilité pour les perdants de voir arriver le bouleversement. Et je dis bien « lorsque » et pas « si » : la dynamique, évidente, montre que le FN a parfaitement compris à la fois la méthode pour drainer des militants vers lui, et le discours à prononcer pour s’assurer des votes. Il est loin le temps du papa, celui des braconnages de voix sur les terres de la droite. La chasse est maintenant ouverte sur celles de la gauche et de l’extrême-gauche, où le gibier est abondant, les troupeaux apeurés n’ayant pour chef que des limaces sans colonne vertébrale idéologique, prêts à toutes les petites bassesses pour conserver le pouvoir.

De ce point de vue, Manuel Valls, obstinément premier ministre de ce pays, marque un point lorsqu’il déclare

« Les scores beaucoup trop élevés de l’extrême droite restent un défi pour tous les républicains. Ils sont la marque d’un bouleversement durable de notre paysage politique. »

Il se trompe cependant en ne comprenant pas la nature du bouleversement, sourd, profond, qui se joue sous ses pieds. Déjà, il ne comprend pas que l’ère de la droite prête à se sacrifier pour sauver un élu PS, finalement pas différent de son élu à elle, est révolue. Il ne comprend pas non plus que l’ère où le Français votait FN discrètement, sans le dire, pour éviter l’ostracisme, est elle aussi révolue. Il ne comprend pas que toutes les tactiques grossières qui ont été employées jusqu’à présent sur le FN sont en train de se retourner contre lui et tous ceux qui en usent encore. Et surtout, il ne comprend pas que dans ces élections, tout le monde a gagné, sauf plusieurs millions de Français. Or, il ne faut pas tant de monde pour créer des mouvements puissants de mécontentement, durables et dangereux.

En fait, ces départementales résonnent comme une victoire de l’UMP et des forces de droite traditionnelles seulement pour les vieilles oreilles pleines d’acouphènes de nos journalistes et de nos politiciens habituels. Les premiers, bien trop subventionnés, n’ont plus l’habitude d’écouter le terrain. Les seconds, trop coulés dans le moule pratique de l’opposition gauche-droite, n’entendent que le carillon de l’alternance.

Malheureusement, si l’on prête vraiment attention au tintement actuel, c’est en fait celui du glas.

Le FN aux portes du pouvoir

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Source : http://h16free.com/2015/03/30/38156-departementales-et-ecole-des-fans


Départementales : quelques jolies histoires avant la déroute

dimanche 29 mars 2015 à 11:00

Voilà donc le deuxième tour des élections qui seront vraisemblablement plus départementables qu’autre chose. Malgré la désaffection toujours importante d’une majorité de Français pour le cirque démocratique, républicain et populaire, toute la fine fleur politicienne s’est donc mobilisée pour nous rappeler à quel point les départements sont devenus centraux dans la politique du pays.

françois flanbyÉvidemment, c’est du flan. Tout, ici, montre qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une petite lutte entre plusieurs camps dont les émoluments dépendent vivement des résultats électoraux. Pour chacun de ces camps, il est vital d’avoir la plus grosse part de gâteau possible, pour continuer à exister. Les préoccupations des Français, au travers des départements, sont complètement oubliées.

Cependant, pour éviter de trop afficher cette désinvolture, on va occuper le chaland votant avec quelques belles histoires.

Une de ces histoires est que le pays serait en proie à une beuhète immonheudeu, et que ce monstre abominable conduirait les uns et les autres à gravement se communautariser. Pour illustrer cette histoire, on mettrait alors en scène les personnages habituels de ce genre de sujets. D’un côté, on trouvera sans mal un frétillant Sarkozy émettant une de ses comiques opinions sur les repas de cantines des écoles publiques. De l’autre, pour faire bonne mesure, Valls sera propulsé au devant de gros micros mous pour expliquer, le sourcil en bataille et l’œil tressautant d’une nervosité mal contenue, que tout ça, c’est très vilain, que ça fait la vaisselle pardon le lit du Front National. Ajoutez à notre belle histoire un soupçon de moine bouddhiste, saupoudrez avec des menus végétariens, et hop, vous avez tous les ingrédients d’une partie de ping-pong politicien parfaitement grotesque.

Grotesque parce que je rappelle que, contrairement à ce que veulent nous faire croire les journaux et les politiciens, non, le quotidien des Français n’est pas pétri dans les questions existentielles sur la présence ou non d’un menu halal à la cantoche. Pour certains, bien trop nombreux, c’est plutôt l’existence même du restau qui les préoccupe, surtout qu’il est de plus en plus souvent du Cœur.

Une autre de ces histoires, ce serait que le pays sortirait peu à peu de l’ornière dans laquelle il serait malencontreusement tombé suite aux manœuvres hasardeuses des Autres (qui sont, comme chacun le sait et outre l’enfer, toujours responsables et coupables des problèmes rencontrés). Dans cette histoire-là, le taux de chômage baisserait joyeusement. L’analyse des chiffres et la présentation pas du tout subtile de François Rebsamen, ministre du Chômage, laisseraient bien sûr planer un doute, mais c’est sans importance, puisque, comme je le rappelle, il s’agit d’enfumer d’occuper le votant pour l’amener à choisir le bon candidat. De toute façon, on aura eu le bon goût de faire le nécessaire pour que les éventuels licenciements qui surviendraient avant ces élections délicates soient remis à plus tard, au moment où le votant sera redevenu un bête contribuable sans intérêt.

Mais de toutes ces histoires, deux retiennent l’attention.

dépenses administrations publiques - 2013La première, c’est la magnifique montée en sauce d’un chiffre étonnant. Cette histoire est un conte (compte ?) de fées, que nos petits journaux relaient avec la gourmandise convaincue de porte-paroles du gouvernement et qui met en scène un héros âpre au combat, un Michel qui montre ici de quel bois de sapin il se chauffe, dans un environnement (économique) hostile duquel il parvient à triompher à force de petits ajustements microscopiques dont tout indique qu’ils ne sont pas de son fait. Apparemment donc, le déficit français ne sera pas de 4,4%, mais de seulement 4%.

Grâce aux efforts consentis ? Grâce à cette terrible austérité qui toucherait les administrations de plein fouet ?

Que nenni. Comme l’avouent ces articles en petits paragraphes presque chuchotés pour ne pas attirer l’attention, tout ceci n’est dû qu’« à la faveur d’une moindre augmentation des dépenses ». Fichtre. Pas une diminution, notez bien, mais une moindre augmentation, n’est-ce pas. Le résultat reste pitoyable, puisque « leur niveau atteint cependant un plus haut niveau historique, à 57,2% du PIB », et surtout parce qu’en substance, cette moindre augmentation a été obtenue de haute lutte en rognant sur … le papier, les stylos et l’électricité, qui ont diminué de 0.6% soit 600 millions (et avec 600 millions, ça en fait, des paquets de bics et de surligneurs fluos, mes petits amis !). Que c’est charmant !

Les impôts en BD, c'est plus rigolo

La seconde, c’est bien sûr celle qui nous chante les louanges du vote démocratique et de la décision souveraine du peuple (celle-là même sur laquelle on s’assied lorsqu’elle n’est pas la bonne). Que ce soit pour faire barrage au Front National (forcément), ou parce que, rappelez-vous, Jean Bidule et Paul Machin sont morts pour avoir le droit de voter (mais si, puisqu’on vous le dit), l’histoire est maintenant rentrée dans les mœurs : pour que le système ait un sens, pour qu’on puisse continuer à vous raconter ces belles histoires, il faut que vous fassiez semblant d’y croire et donc d’aller voter, saperlipopette !

C’est mignon, vous ne trouvez pas ? Et puis, ça justifie largement tous les gros bobards, non ?

Décidément, ces élections sont bien ternes. Comme prévu, elles concernent un échelon qui aurait largement dû disparaître au profit des régions, mais que la pusillanimité des politiciens n’a jamais réussi à faire évoluer. Comme prévu, elles ne passionnent pas le peuple dont l’abstention est toujours élevée. Comme prévu, les petites roueries des uns et des autres démontrent largement que tous les moyens sont bons pour obtenir et conserver le pouvoir. Comme prévu, les commentaires seront un florilège de réjouissances sur (au mieux) une victoire évidente ou (au pire) une limitation chevaleresque de la catastrophe, et comme prévu, la République rejouera l’École des Fans où personne n’a perdu… Mais comme prévu, le FN ne gagnera pas non plus (quoi qu’il fasse, les politiciens et les journaleux seront d’accord pour ce constat).

À la fin, comme prévu, tout reprendra son cours normal. Comme prévu, la facture sera adressée au contribuable, comme prévu, la fracture entre le peuple et ses gouvernants continuera de s’amplifier.

Franchement, avec un parcours où tout est si parfaitement prévu, pourquoi diable aller voter ?

« Ce tyran, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. »
Etienne de la Boétie,
Discours de la servitude volontaire

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Source : http://h16free.com/2015/03/29/38105-departementales-quelques-jolies-histoires-avant-la-deroute