PROJET AUTOBLOG


Hashtable

Site original : Hashtable
⇐ retour index

Ivre, le gouvernement fait des sites web rigolos

jeudi 29 janvier 2015 à 09:00

Décidément, notre gouvernement, c’est un peu l’ours Baloo de la jungle politique française : il lui en faut peu pour être heureux. Et ce « peu » se traduit, surtout lorsque les moyens manquent cruellement, par de grands moulinets oratoires, des petits cris, et, inévitablement dans ce monde connecté du oueb deux zéro, par l’un ou l’autre sites internets qui marqueront les esprits par leur totale inutilité rigolote.

balooAvant d’aller plus avant, je tiens d’emblée à préciser que l’observation de cette nullité crasse du gouvernement sur les réseaux sociaux n’est pas, très loin s’en faut, réservée à la gauche. La précédente majorité avait amplement démontré une nullité tout aussi exécrable dans le même domaine : il suffira de se remémorer les magnifiques pages en vélin surfin à base d’octets recyclés pour France.fr, qui avaient donné quelques articles croustillants ici même ainsi qu’un clip en noir et blanc du plus lol effet.

La droite avait donc largement entamé le capital-crédibilité des institutions républicaines dans tout ce qui touche aux nouvelles technologies, qui ne sont plus si nouvelles, trente ou quarante ans après leur massification, mais qui semblent rester désespérément hors de portée de nos politiciens.

On pouvait espérer mieux d’une gauche progressiste et pleine de djeunzs qui en veulent. Las. Je passerai pudiquement sur l’épisode Désir d’Avenir que les plus jeunes d’entre nous ne connaissent peut-être pas et qui avait largement prouvé qu’on peut prétendre exercer la plus haute distinction du pays tout en faisant preuve d’un attachement quasi-malsain pour le passé et une méconnaissance totale des technologies modernes.

quand on est fier, on barbouilleLorsqu’enfin, cette gauche de progrès — qui sait tweeter et liker du partage facebook comme pas deux — est parvenue au pouvoir, elle a à son tour montré qu’elle ne valait pas mieux que la droite en matière d’interweb, de sites didactiques et de chatons mignons. Et cette année a commencé sur les chapeaux de modem 56K avec des vœux du gouvernement croustillants de niaiserie (que j’évoque ici par exemple).

Il aurait été dommage de s’arrêter là. Le #Fail n’aurait pas été épique et nos dirigeants, quand ils se gamellent, recherchent toujours à obtenir le plus de dégâts possibles, avec une gourmandise incompréhensible mais absolument indéniable. Si l’affaire doit se terminer piteusement, autant y aller à fond et réclamer du collatéral éclaboussé, de la honte, des hashtags infamants, des trending-topics qui écorchent. Peut-être est-ce pour cela que la communication élyséenne contient régulièrement des fautes d’orthographe ?

epic fail

En tout cas, côté Matignon, on se donne un sacré putain de mal pour passer pour des boulets, notamment lorsqu’il s’agit de bien vendre l’action gouvernementale (qui veut du Kit Repas de Famille ?), et jusqu’à présent, l’objectif est très bien atteint. Trop peut-être puisque dans l’enthousiasme, on apprend qu’en quelques jours, le gouvernement a décidé de lancer deux opérations d’importance.

L’une est consacrée à tordre le cou à quelques mythes sur l’attractivité française, et ne mérite malheureusement pas plus qu’un aller-retour désolé sur l’infographie minimaliste proposée. Au passage, on notera que http://gouvernement.fr n’est pas du tout le même selon qu’on choisit l’anglais ou le français. Manifestement, nos amis anglophones seront donc cajolés avec des explications sur les vilain mythes de la France réelle (vue depuis Matignon, en tout cas), alors que les francophones seront immédiatement plongés dans l’autre France réelle (vue depuis la place Beauvau, apparemment).

Et cette autre opération contraste violemment avec les fadaises sucrées auxquelles il nous avait habitué. Cette fois-ci, avec Stop-Djihadisme, c’est une déclinaison de « Toi Aussi, Stigmatise Un Djihadiste » qui nous est proposée avec force icônes et moult vignettes, le tout agrémenté de textes colorés écrits en gros et d’une vidéo qui a déjà encombré une partie considérable de la bande-passante de leurs serveurs.

Et là, une question lancinante revient dans la tête de l’internaute égaré qui découvre le contenu âprement mis en ligne par les fiers tâcherons des intertubes de Matignon : à qui s’adresse donc ce site ? Selon la presse, toujours bien rencardée dès qu’il s’agit de faire la retape de la main qui la nourrit, ce site s’adresse à des personnes en voie de radicalisation et offre des conseils à leurs proches.

Eh oui, mes petits amis, parce que lorsqu’un djihadiste en herbe s’apprête à se lancer dans le terrorisme ou à plier bagage pour la Syrie ou l’Afghanistan, il commence par tapoter gouvernement.fr dans la barre d’URL de son navigateur personnel. Et là, paf, c’est la surprise : il tombe quasiment nez à nez, ou disons nez-à-site avec une vidéo du site franco-français Daymolition sur le terrible sujet du djihadisme.

surprise

Notez au passage que l’orthographe djihadisme a été préférée à jihadisme ou même giadisme, mais immédiatement affublée d’un # pour, d’une part, faire tendance / web-2.0 / réseau social / swag et d’autre part aiguiller les futurs tweets dans la bonne direction optimisée SEO. Et pour que le message passe bien, outre des mots simples, un numéro de téléphone facile à retenir (et, bien sûr, payé par le contribuable gratuit), et un formatage du site façon plaquette de présentation de lingettes nettoyantes pour machine à café, les concepteurs sont allés jusqu’à inclure une sympathique série de pictogrammes simples à comprendre qui ne dépareilleraient pas la porte d’une toilette publique.

Quelque part, c’est touchant : Gouvernemaman se fait du souci pour ses piou-pious et futurs contribuables auxquels elle explique donc, en détachant bien les mots pour éviter qu’ils s’embrouillent la tête, les signes avant-coureur d’une radicalisation pathologique.

méchant-giadiste

Quand on voit ça, on ne peut que s’écrier : Malheureux ! Arrêtez ! Ne dévoilez donc pas tous les subtils indices qui permettent de repérer le déviant du Français normal qui mange du pain et écoute du Zazie. Si vous continuez, il apparaît évident que pour mieux se fondre dans la foule des Français normaux, le djihadiste, surfant sans vergogne sur les sites gouvernementaux, va dorénavant faire exactement le contraire : il va redoubler d’effort pour ne pas se laisser pousser la barbe, manger des croissants au beurre et écouter du Christophe Maé (et sa radicalisation n’en sera alors que plus compréhensible).

C’est là qu’on commence à percevoir une réponse à la fameuse question lancinante : à bien y réfléchir, ce site a la forme d’un site qui ne s’adresserait pas aux bonnes personnes, il a l’odeur d’un site qui louperait sa cible et la couleur d’un site qui taperait à côté. D’autant que, sur les cas connus, la radicalisation des terroristes n’a pas eu lieu sur le web. Zut alors.

cat jump failÇa sent encore un bel #EpicFail, ça, mes amis.

Bien évidemment, on comprendra que ce site n’est pas destiné aux cibles en question, mais exclusivement à justifier l’existence du service qui l’a pondu, et à communiquer sur les « actions » que le gouvernement entreprend pour lutter contre la terrible menace.

Maintenant, le constat de l’absurde nullité gouvernementale dans le domaine des intertubes impose de se poser la question : et si c’était un symptôme d’un mal plus étendu ? Et si ce que bricole notre gouvernement est si pathétiquement nul sur internet, pourquoi subitement en serait-il autrement dans les autres domaines ?

Les efforts déployés par le gouvernement sont visiblement bien plus mauvais sur ce support spécifique parce que les usages, les codes et les modes opératoires sont mal maîtrisés par l’institution gouvernementale, résolument branchée dans les années 70 ou 80 (au mieux). Mais en réalité, ce qu’il fait ailleurs est exactement du même tonneau. La seule différence est que les communicants et les politiciens se sont bien mieux adaptés au type de communication vertical, du haut vers le bas, que leur offraient la télé ou la radio, qu’au mode horizontal et multipolaire d’internet, qui ne les loupe pas. Autrement dit, le gouvernement est plus habile à camoufler la nullité de ses agitations lorsqu’il s’exprime au travers de canaux qu’il maîtrise.

Mais sur internet, sa nullité se voit. Terriblement. #LOL.

J'accepte les Bitcoins !

1ASZZCiCFb9e8n79mL6YUGaoSpeyNcR7vW

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2015/01/29/36810-ivre-le-gouvernement-fait-des-sites-web-rigolos


Radars, humour parisien et sécurité routière bidon

mercredi 28 janvier 2015 à 09:00

Ô route, ô désespoir, ô vitesse ennemie ! La route continue à nous faire des ennuis. Malgré l’averse de radars et d’amendes salées, on apprend que le nombre de morts sur les routes augmente à nouveau, chose qui ne s’était pas vue depuis douze ans : il semble qu’il faudra compter entre 120 et 140 morts de plus qu’en 2013.

Certes, l’année 2013 avait été une année notable avec un record à la baisse du nombre de victimes, laissant tout de même à l’année 2014 la deuxième place des années les moins meurtrières en France, depuis que les statistiques existent. Bien évidemment, cette atténuation du constat de base, scandaleuse tentative de faire oublier que les routes françaises sont des mouroirs apocalyptiques, est vivement combattue par Chantal Perrichon, la présidente calme et pondérée de la Ligue Contre La Violence Routière Et Les Gens Qui Roulent En Voiture À Plus de 35 km/h, qui n’y voit, elle, qu’une augmentation due à la scandaleuse propension de la puissance publique à se la jouer pépère puisqu’elle « n’a annoncé aucune nouvelle mesure depuis mars 2013″ (cette bande de fumistes). Elle en profite donc pour demander la mise en place rapide (la vitesse a du bon, parfois) d’une loi interdisant les avertisseurs de radar, le passage de 90 à 80 km/h de la limitation de la vitesse sur le réseau secondaire français ou l’interdiction de toute pratique de téléphone au volant, y compris bluetooth.

Parce que voyez-vous, la seule mesure qui marche vraiment pour diminuer le nombre de victimes, d’après Perrichon, la Sécurité Routière, le gouvernement et un nombre conséquents de politiciens aux intérêts bien compris, c’est la réduction des vitesses autorisées sur le réseau routier. Ceci explique sans doute les voix insistantes en provenance de la mairie de Paris où l’on se tâtouille pas mal pour savoir si l’on ne va pas encore diminuer la vitesse autorisée sur le périphérique de la capitale, la faisant passer de 70 km/h (anciennement 80 km/h jusqu’en janvier 2014) à 50 km/h, au moins pendant la nuit.

radars routiers moins laxistes

Cependant, si on peut faire la constatation physique indéniable qu’avec une vitesse maximale autorisée de zéro, il n’y aurait probablement plus aucun accident, force est de constater que les expériences menées en matière de réduction de la vitesse ne permettent en réalité pas du tout de tirer les conclusions pour le moins hardies de nos politicards et des dirigeants d’associations satellites qui sont toujours là lorsqu’il s’agit d’aller cadenasser le citoyen pour son bien.

L’exemple du périphérique parisien est d’ailleurs fort intéressant : la baisse récente de limitation n’a pas franchement abouti à l’effet escompté, bien que la presse se soit largement gargarisée du communiqué de presse dithyrambique de la mairie assurant urbi & orbi – comme c’est pratique – que l’effet bénéfique fut spectaculaire. En réalité, outre une baisse inaudible du bruit, une diminution imperceptible de la pollution (et une probable augmentation du benzène de combustion), la mairie occulte habilement qu’on est passé de 4 morts en 2013 à 7 en 2014, ce qui montre de façon assez éclatante que s’il y a eu un effet, il n’est pas très glorieux.

En revanche, s’il y a bien eu un effet très palpable, c’est sur les infractions constatées dont le nombre a bondi puisqu’elles ont triplé en un an. Ici, on pourrait soit admettre que le parisien moyen est subitement devenu un chauffard entre le 31 décembre 2013 et le premier janvier 2014, soit que l’abaissement drastique de la vitesse maximale autorisée a largement permis de multiplier les contredanses (dont on apprend, au passage, que 40% sera reversée aux collectivités territoriales). Financièrement pratique, mais d’une moralité douteuse.

Cette douteuse moralité ne serait donc pas franchement au service d’une route moins dangereuse contrairement à ce que tenteraient de nous faire croire les passionarias d’associations de sécurité routière, mais plutôt au service des finances de l’État, éventuellement à leurs corps défendant (mais pas toujours). Cette supposition hardie semble corroborée par la multiplication des radars automatiques en parfaite décorrélation des points noirs du réseau routier français et en forte corrélation avec les lieux d’importants passages à vitesse élevée.

Du reste, cette affirmation est assez facile à vérifier. Pour cela, j’emprunterai une méthode fort intéressante auparavant décrite par Charles Murray et reprise sur le site Evoweb (dont je recommande la lecture). En substance, si l’introduction des radars doit marquer une amélioration notable de la sécurité routière, cela doit pouvoir se constater facilement.

Pour cela, voici le graphique du nombre de tués sur la route en France.

(Cliquez sur les graphiques pour les agrandir au besoin)
tues sur les routes - muet

Pour illustrer mon propos, j’ai enlevé la marque des années et celle indiquant le moment où les radars automatiques furent introduits. En toute bonne logique, leur introduction doit se remarquer sur la courbe par l’apparition d’une pente décroissante, ou, mieux encore, par un retournement de tendance (passer d’une hausse à une baisse). Toute autre positionnement prouvera en revanche que l’effet des radars ne peut pas être l’unique facteur d’une hausse ou d’une baisse.

Pourtant, lorsqu’on rétablit la courbe complète, où apparaissent années et le moment précis d’introduction des premiers radars en France, on constate – c’est dommage – que ces derniers s’inscrivent en plein milieu d’une tendance à la réduction des accidents mortels, déjà largement entamée depuis des années. Si l’on regarde attentivement, on constate même que leur arrivée sur les routes correspond aussi au moment où la baisse du nombre de morts ralentit nettement.

Autrement dit, non, les radars ne sont en rien une garantie de l’augmentation de la sécurité sur les routes. Les progrès continus de sécurité passive sur les voitures (air-bags, anti-patinage, aide au freinage d’urgence, etc.), l’abaissement des seuils de tolérance pour l’alcool, les changements notoires d’habitudes (ceinture de sécurité, notamment) ont certainement plus fait pour sauver des vies que les automates à contredanses sur les bords des autoroutes.

tues sur les routes - full

En outre, faire marcher la fibre émotionnelle et prétendre lutter pour la sécurité en culpabilisant les conducteurs sur le seul critère de la vitesse dispense complètement les autorités d’efforts pour améliorer les infrastructures, ce qui est fort coûteux et souvent pénible électoralement. En tout état de cause, l’augmentation récente des décès montre surtout que ne peut plus tenir l’argument quasi-unique de la répression par l’abaissement des vitesses maximales autorisées. D’ailleurs, d’autres pays, comme le Royaume-Uni qui a retiré près de 60% de ses radars, présentent de bien meilleurs résultats que la France.

Il faut se résoudre à l’évidence : tant pour le périphérique de la capitale en particulier, qui montre bien tout l’humour de l’équipe municipale parisienne drapée d’hypocrisie écolo-sécuritaire, que pour le réseau routier français en général de plus en plus encombré de boîtiers automatiques, l’actuelle politique de sécurité routière n’a jamais réellement visé à une diminution du nombre de victimes. Les décideurs savaient pertinemment que ce nombre continuerait à décroître régulièrement, indépendamment de leurs « efforts ». Simplement, en feignant de porter une attention soutenue aux hystériques de la répression tous azimuts, ils ont trouvé une excuse solide pour racketter un peu plus, un peu mieux l’automobiliste, véritable vache à lait républicaine.

J'accepte les Bitcoins !

1PN6QhyDh5y51c4hpgwnB6Hh9BCP5DiLVr

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2015/01/28/36733-radars-humour-parisien-et-securite-routiere-bidon


Fleur Pellerin veut subventionner la presse. Encore plus.

mardi 27 janvier 2015 à 09:00

Une des retombées inattendues de l’attentat subi par la rédaction de Charlie Hebdo aura été d’avoir largement multiplié le tirage de l’hebdomadaire, au moins pour le numéro du 14 janvier. Avec plus de sept millions d’exemplaires écoulés, il s’est même brièvement classé dans le top 10 mondial, lui assurant ainsi des rentrées financières de plusieurs millions d’euros.

Certes, Charlie Hebdo se faisait fort, au moins jusqu’à récemment, de refuser toute aide publique pour pouvoir conserver son indépendance comme un Canard Enchaîné qui, lui, continue de n’en réclamer aucune et arrive, bizarrement, à bien tenir le cap financièrement tout en se passant, au contraire d’autres confrères, de publicité, de subventions et de dépêches AFP repompées à la va-vite et recopiées avec une ou deux typos créatives.

Moyennant quoi, on comprend bien la situation : il devenait indispensable que l’État intervienne.

Et devant le désarroi financier évident de Charlie Hebdo, Fleur Pellerin, celle qui apparemment officie comme ministre de la Culture ces jours derniers, promet d’élargir le système des aides à la presse afin d’en faire bénéficier les hebdomadaires et les mensuels.

pellerin aide la presse

Il est vrai qu’actuellement, ce système est particulièrement restrictif et ne distribue ainsi qu’une paire de milliards d’euros des contribuables vers une presse quotidienne à la qualité toujours plus grande, que le public — qui la paie donc quoi qu’il fasse — semble pourtant bouder. Or, à l’instar du Monde Diplodocus dont le lectorat payant ne parvient pas à assurer le moindre début de rentabilité économique, Charlie Hebdo n’est pas un quotidien mais un hebdomadaire et ni l’un ni l’autre ne disposent donc des aides spécifiques pour les journaux à tirages quotidiens, « ce qui n’a pas beaucoup de sens » d’après Fleur, parce que, parce que bon.

Alors qu’aider un journal qui vient de tirer 7 millions d’exemplaires, en revanche, c’est logique au nom du « soutien au pluralisme de la presse ». Pour cela, il faudra bien sûr en passer par une réforme des lois gouvernant les aides à la presse, mais ce n’est pas le genre de chantiers qui effraie la ministre : il y a de l’argent dans la poche des contribuables pour aider plus et aider mieux les journaux minutieusement sélectionnés par le pouvoir une administration impartiale et soucieuse du pluralisme.

Maintenant, avec ce qu’on sait déjà des montants de subventions destinés à la presse française, on est en droit de se demander si, en face, on parvient réellement à cette fameuse pluralité qui semble l’alpha et l’oméga de ces aides financières, ou si, au moins, la liberté de la presse est pleinement assurée au Pays des Drouadlhom et dans la République du Vivrensemble Triomphant.

Ça tombe bien, l’édition 2014 du « Classement mondial de la liberté de la presse » de Reporters Sans Frontières permet d’avoir une idée assez précise de ce que valent la liberté de la presse et la qualité de celle-ci en France, en comparaison des autres pays.

Surprise ! La France, le pays des droits de l’homme, du vivre-ensemble, de la liberté d’expression et du « Je Suis Charlie » dans toutes les bouches ne se classe péniblement qu’en 39ème position, après l’Estonie, la Jamaïque, le Costa-Rica, la Namibie, l’Urugay ou le Salvador par exemple, ou, plus symptomatique, après la Finlande, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, l’Irlande ou la Pologne…

subvention presse rsf 2014

C’est tout de même intéressant de constater qu’un pays dont les dirigeants se gargarisent à longueur d’année de ses principes de liberté se retrouve à une position aussi médiocre, et ce, alors même que la presse est chouchoutée à hauteur de près de deux milliards d’euros tous les ans, et que son lectorat s’amenuise malgré tout d’années en années.

C’est tout de même intéressant de voir qu’en plus, la France perd des places. Alors que, d’un côté, des ministres tentent de faire passer l’idée que l’État s’emploie à rendre la vie de la presse et des journalistes plus facile en les subventionnant de plus en plus, de l’autre, on constate surtout l’avalanche de lois qui restreignent tous les jours un peu plus la liberté d’expression, refusent de protéger les sources ou condamnent la divulgation d’informations pourtant publiques.

Quelque part, on peut se demander si, avant de distribuer de telles quantités d’argent, au vu des résultats médiocres obtenus, le gouvernement ne devrait pas passer un peu plus de temps à libérer la parole et mieux protéger le travail d’investigation des journalistes. Tout se déroule comme si, justement, les subventions étaient d’autant plus abondantes que la parole se devait d’être policée, châtiée, circonscrite à des domaines et des habitudes bien définies. Tout se passe en pratique comme si les subventions jouaient un rôle très efficace pour déterminer quel journal peut vivre, à l’abri des contraintes de marché, et quel journal devra se retrouver le plus exposé à celles-ci, quels journalistes pourront trouver du travail, et lesquels n’auront pas cette chance. En définitive, le gouvernement stipendie les organes de presse, en compensation de son rognage permanent et de plus en plus ferme des libertés et des droits fondamentaux…

Mais baste : Fleur est donc décidée, sur les ondes, à tripoter la réglementation concernant les aides à la presse. S’agira-t-il d’un simple bidouillage à la marge comme l’exécutif hollandesque nous y a habitué depuis deux ans (avec l’option « marche arrière » toujours embrayable à la moindre anicroche), ou tentera-t-elle de véritablement remettre à plat un système que la Cour des comptes juge aussi opaque que décevant en matière de résultats et dont l’attribution est, selon les termes de la Cour elle-même, un véritable maquis ? On peut franchement douter de la seconde option tant la première est plus simple et moins risquée.

Et quoi qu’il arrive, le contribuable devra donc continuer à payer les folliculaires dont il ne lit plus la prose, et des journaux dont il ne partage ni l’orientation politique, ni le style, ni même ne goûte les connivences capitalistiques si ancrées dans ce pays. Si le contribuable libéral pourra toujours se consoler de payer pour ces torchons journalistes français en sachant que ses dons à Contrepoints sont défiscalisables à 66%, en revanche, un contribuable UMP devra supporter de continuer à financer de sa poche une épave journaliste comme l’Humanité, pendant que des dinosaures communistes seront obligés de financer Le Figaro et son actionnaire milliardaire.

Y’a pas à dire : le socialisme, c’est magique™.

J'accepte les Bitcoins !

13615vcV5yeX1vwSxpHzsj8iJgxCz8cNrq

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2015/01/27/36695-fleur-pellerin-veut-subventionner-la-presse-encore-plus


Et la Grèce choisit le communisme

lundi 26 janvier 2015 à 09:00

Comme prévu, cette semaine sera consacrée en Europe aux petits soubresauts politiques grecs. Encore une fois, l’Union Européenne va devoir s’adapter à une nouvelle donne plutôt hostile, en se tortillant pour ne pas trop bouleverser l’opinion publique, les marchés, les médias et les institutions elles-mêmes. Et encore une fois, les leçons ne seront pas tirées de ce qui se passe.

Le peuple grec a donc choisi Syriza comme grand vainqueur des élections législatives. Les différents sites d’information épluchent les estimations et résultats au fur et à mesure qu’ils tombent, en insistant au passage sur la nature historique du vote qui vient de se dérouler en Grèce : ni le parti socialiste du cru (PASOK), ni la droite démocrate locale n’ont réussi à réunir assez de voix pour constituer une majorité, même relative, alors que Syriza, d’extrême-gauche, emporte la timbale et s’approche très près de la majorité absolue.

On ne s’étonnera pas de la gêne moite du parti socialiste français à la nouvelle que l’extrême-gauche a remporté les élections grecques, gêne camouflée par les périphrases niaises d’un Cambadélis toujours affûté comme du beurre chaud, « inconditionnellement pour la victoire de la gauche rassemblée », c’est-à-dire pas comme là-bas où avoir sa carte du PASOK doit s’apparenter à une vexation honteuse ou un gage de pilier de bistrot.

my big fat greek debtOn s’étonnera plus du peu de commentaires sur la place du parti nationaliste, Aube Dorée, qui dépasse tout de même de façon sensible le score du PASOK, ce qui donne une bonne idée de l’ampleur de la branlée qu’il a ramassée. Peut-être serait-il inconvenant pour nos journalistes français d’enfoncer à ce point le couteau dans une plaie aussi douloureuse (et puis, Cambadélis est probablement à court d’ellipses enrobantes, je suppose).

Mais finalement, peu importe : le pays va maintenant avoir une ligne claire, un programme limpide, un chef évident (Alexis Tsipras, le leader de Syriza), et va se sortir de l’ornière dans laquelle il était tombé en 2010 suite à la crise de la zone euro, en faisant de petits bonds comme un jeune cabri sur les pentes rocailleuses et léchées par le soleil méditerranéen des paisibles îles grecques. C’est évident. Youpi, l’austérité, c’est fini.

Mais si, voyons. Rappelez-vous : l’austérité, qui a essentiellement consisté à tabasser les classes moyennes d’impôts et à faire des petites coupes cosmétiques dans les services sociaux et les dépenses des administrations pour donner le change aux institutions internationales, va laisser la place à un beau programme flambant neuf, très peu servi et franchement innovant, grossièrement basé sur l’ouverture de nouveaux sprinklers à pognon.

Plus en détail, le parti Syriza (une coalition de partis divers et variés, en réalité, mais tous délicieusement marxistes, collectivistes ou assimilés, hein, n’oublions pas nos fondamentaux) envisage d’appliquer les propositions suivantes.

grèce communisme rené le honzecD’une part, une coupe franche d’une partie des remboursements de la dette grecque, sur le mode « On devait de l’argent ? Eh bien on refuse, et puis c’est tout. » Notez que ce n’est pas tout à fait nouveau en Grèce, c’est même plutôt une habitude. Inutile de dire que cette excellente idée va donner de jolis frissons aux détenteurs de bons grecs. Ne rigolez pas trop, les banques et institutions françaises ou allemandes en ont gobé un bon paquet, et même si elles se sont départies d’une grosse partie (sur la BCE, notamment), il reste encore pas mal de cadavres dans pas mal de placards. Des remous financiers sont donc à prévoir.

D’autre part, un programme de gauche ne serait pas vraiment un programme de gauche sans la distribution automatique et gratuite de bonbons divers et variés. C’est le cas avec Syriza (qui a une réputation à tenir en matière de populisme, zut alors) qui ajoute à son package financier un volet « électricité gratuite », une annulation de certains prêts bancaires pour les plus modestes, des aides étatiques pour les dépenses alimentaires ou de loyers, le retour aux douces années d’assurance maladie « gratuite » (payée par les autres, européens surtout), des créations massives de jobs publics, et — bien sûr — l’augmentation des pensions versées afin de rattraper les coupes actées depuis 2010.

Tout ceci sera financé grâce aux énormes excédents budgétaires qui… que… enfin bon, disons, pour innover, qu’on va taxer les riches (je vous le rappelle, c’est un programme tout nouveau, jamais vu à la télé, inédit, mérite l’essai, etc.). Bref : ça va forcément bien marcher.

noel en grece : pas cette annee

À présent, le chemin est tracé, et il est d’une épuisante banalité.

La première hypothèse — fort hardie — est bien sûr que les nouveaux dirigeants grecs, pas complètement dépourvus de toute lucidité, renoncent à leurs lubies électoralistes et populistes (je vous avais dit qu’elle était hardie) ; un « bon » vent de sociale-démocratie molle souffle alors sur la Grèce qui continuera donc de vivoter aux crochets de l’Europe en faisant semblant d’appliquer un programme inabordable. La situation ne s’améliorera évidemment pas pour les Grecs, qui pourront continuer à accuser l’ultra-turbo-libéralisme, mais permettra de faire durer un statu quo douloureux mais gérable pour pas mal d’autres pays européens. Évidemment, ce chemin n’a rien d’enviable, mais il ménage un peu tout le monde, autour du pays. Hollande pourra s’en inspirer, quand le tour de la France sera venu… En fait, rassurez-vous : même hardie, cette hypothèse reste la plus probable, sur le papier en tout cas.

La seconde hypothèse, un peu moins joyeuse et un tantinet plus rocailleuse dans le parcours, est que les nouveaux arrivants décident qu’après tout, foutus pour foutus, autant y aller carrément. Ils appliquent alors les « bonnes » recettes proposées en amont de l’élection. Le communisme en mélange plein-riche est alors injecté dans le puissant moteur de l’économie grecque qui, immédiatement, vrombit de plaisir. Et explose en vol, comme il se doit : après tout, il s’agit de faire à peu près comme les exemples vénézuéliens ou argentins, mais sans le pétrole de l’un ou les terres arables de l’autre. La situation, déjà pas brillante, passe au carrément sinistre. Sans étonnement, l’ultra-turbo-libéralisme est accusé.

À partir de là, tous les paris sont possibles mais l’hypothèse d’une sortie en catastrophe du pays pour éviter que l’euro ne soit emporté dans le délire collectiviste grec reste une hypothèse relativement raisonnable face aux autres possibilités, au rang desquelles on trouve la fuite de l’Allemagne hors de la zone euro avant son explosion, ou toute autre solution intermédiaire à base de cris (pour 34,5%) et de grincements de dents (pour 53,6%) – excipients à base de fuite en avant, inflation galopante et bank-runs rigolos, q.s.p. pour 100%.

Mais ne vous inquiétez pas puisque de toute façon, Le Communisme, C’est Magique™.

Communism : it's a party

J'accepte les Bitcoins !

1HvXBirA9hwzgwKfiSeecgiKoNyQHADioX

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2015/01/26/36747-et-la-grece-choisit-le-communisme


Contre-radicalisation et géopolitique – Pierre Conesa pour Thinkerview

dimanche 25 janvier 2015 à 11:00

En ces temps agités, la mode consiste trop souvent à trouver, aussi rapidement que possible, des réponses rapides et simples aux problèmes complexes contemporains. Comme on peut s’y attendre, ces réponses sont donc souvent mauvaises, inadaptées ou contre-productives. A contrario, prendre quelques minutes pour réfléchir peut s’avérer souvent payant.

C’est ce que propose l’équipe de Thinkerview au travers d’entretiens ciblés auprès d’experts, disponibles sur leur chaîne Youtube. Cette fois-ci, on m’a aimablement proposé l’interview de Pierre Conesa, interrogé à la suite des attentats de début janvier.

Pierre Conesa est un ancien haut fonctionnaire du Ministère de la Défense qui s’est spécialisé dans les questions de stratégie internationale, notamment militaire et a dirigé pendant huit ans, au cours des années 2000, un important cabinet d’intelligence économique.

L’interview, d’un peu plus d’une heure, est intégralement disponible ici, et aborde plusieurs sujets dont l’intérêt mérite largement quelques lignes dans ces colonnes. En plus, on est dimanche, on a du temps pour ça, profitons-en !

Après une introduction de son parcours, Conesa revient en détail sur les attentats récents, et notamment sur l’importance qu’a eu l’Occident (et les États-Unis en particulier) de se construire des ennemis en remplacement de l’Union Soviétique, construction qui aura abouti aussi bien à la déstabilisation du Moyen-Orient qu’à la diffusion d’un islamisme radical en passant par la hiérarchisation bien particulière des conflits en fonction de leurs intérêts économiques et médiatiques.

Au sujet de cette hiérarchisation, Conesa liste trois grands types d’acteurs (vers 18’00) qui ont tous leur mot à dire sur l’intérêt ou non d’un conflit. À côté des intellectuels médiatiques, à la frétillance calculée comme celle de BHL par exemple, on peut ajouter les humanitaires, qui expliquent volontiers bien connaître les bourreaux puisqu’ils connaissent leurs victimes, et les diasporas, qui brandissent la carte de leur passé de victimes pour orienter l’opinion publique ou faire du lobbying en leur faveur. Ces acteurs, disposant de l’oreille attentive des politiciens et ne s’embarrassant jamais d’années de réflexion sur les délicates questions de politique étrangère, poussent l’État à intervenir, parfois lourdement et rapidement, souvent en dépit de ses intérêts à long terme.

pierre-conesaConesa revient notamment sur l’ingérence humanitaire (19’12), en prenant l’exemple somalien : l’aide humanitaire se faisant piller par les chefs de guerre locaux, il faut absolument intervenir, et réinstaller un état central, seul capable de remettre le pays en ordre. Moyennant quoi, il aura été choisi (par Kouchner, à l’époque) de faire accompagner les convois humanitaires par des forces armées, rendant leur position d’intervenants neutres sur les territoires de guerre absolument impossible à tenir et transformant ainsi les humanitaires en cibles de choix pour les armées locales.

Au passage, (22’40) Conesa en profite pour montrer à quel point la Somalie, la Libye ou l’Afghanistan sont des exemples concrets de lieux où la notion d’État central, comme la chérissent actuellement les occidentaux, n’est pas réellement viable : dans ces contrées où ce sont les structures tribales qui dominent, où tout le monde est armé, la sécurité ne provient pas d’un état central mais de ses proches, et chaque tribu a tout intérêt à ne pas s’embarrasser d’un tel centralisme.

Il peut y avoir des territoires sur la planète sur lesquels il n’y pas d’état central.

Réflexion d’autant plus intéressante qu’elle vient en contrepoint frappant de la tendance actuelle qui est, justement, de tout vouloir centraliser, d’accroître l’emprise de l’État et ce, même où l’on sait déjà que ça ne marche pas…

thinkerview - conesa

Au sujet de la radicalisation de certains musulmans français, Pierre Conesa aborde ensuite quelques évidences toujours bonnes à rappeler (30’35) : au contraire des agitations consternantes de Vallaud-Belkacem, il rappelle que ce n’est certainement pas à grands renforts de cours de civisme et de barbouillage des cours avec un gros pinceau de citoyenneté qu’on aurait pu durablement calmer les frères Kouachi ou Coulibaly. Partant de cette évidence, il note que tous les pays européens, à l’exception de la France, ont actuellement une politique active de contre-radicalisation, qui se traduit concrètement par un discours public clair qui permet de désigner la cible et par une organisation des renseignements et d’alerte s’appuyant sur les collectivités locales.

Cette organisation locale de contre-radicalisation permet de répondre aux besoins locaux, chose dont la France ne dispose pas du tout actuellement et qui a abouti, devant le désarroi de familles constatant le départ de leurs enfants pour la Syrie, à un abandon en rase campagne des institutions étatiques sur le mode « Je ne suis pas responsable ». Le but, ici, est d’obtenir un État qui fournit des moyens, mais surtout pas d’en faire un acteur, surtout qu’en France, les questions religieuses et de culte sont du ressort de l’Intérieur … c’est-à-dire de la Police et des Renseignements, alors qu’il ne s’agit pas ici d’un problème de délinquance (34’17).

Ce n’est pas un problème de délinquance. (…) On retrouve tous les tropismes français : « C’est à l’État de faire, c’est au réseau public de s’en occuper » ce qui à mon avis est une erreur.

Est ensuite abordé (34’40) le rôle de l’Arabie Saoudite dans le financement des opérations visant au prosélytisme de l’islam, notamment politique, le plus rigoriste. Pierre Conesa en profite pour refaire quelques rappels historiques, en pointant notamment le fait que les différentes organisations de résistance afghanes, dans les années 90, étaient d’autant mieux financées qu’elles étaient radicales, ou que les Saoudiens ont toujours eu comme stratégie de diffuser au maximum leur vision politique de l’islam et le salafisme. Dès lors, désigner la cible, (38’26)

C’est désigner ce qu’est le salafisme, c’est-à-dire une idéologie totalitaire comme on en a connu plein au vingtième siècle. Celle-là n’est simplement pas née chez nous mais en Arabie Saoudite. Si on veut défendre l’islam comme religion de paix et de tolérance, il vaut mieux ne pas avoir l’Arabie Saoudite dans son camp.

Parlant ensuite des suites sécuritaires données aux récents attentats, Pierre Conesa revient sur le Patriot Act qui a surtout abouti à une formidable captation d’informations au bénéfice des États-Unis, et ce d’autant plus facilement que ces derniers sont en position de force pour imposer des contraintes à leurs partenaires. Il note aussi la dissymétrie de traitement entre certains terroristes (islamistes ou non) et des personnes comme Julian Assange, dissymétrie essentiellement due à l’importance des ruptures informationnelles que ce dernier apporte et qui servent de justification aux États pour le traquer.

nsa backup copy

Enfin, si la question se pose de savoir pourquoi, devant ce traitement à ce point dissymétrique, la France reste malgré tout l’alliée des États-Unis, Pierre Conesa rappelle bien (vers 52’08) les travers de la sociologie des cabinets ministériels, qui, en construisant une cour révérencieuse et opaque déconnecte complètement les dirigeants des réalités de terrain et réduit dans des proportions énormes la capacité des institutions dont ils ont la charge à prendre en compte et s’adapter aux ruptures.

Pierre Conesa conclut l’interview en rappelant le manque flagrant de culture internationale de nos élites politiques, et la disparition complète de tout ennemi stratégique extérieur, rendant l’opinion publique intérieure totalement souveraine sur les décisions de nos dirigeants.

L’interview n’est pas exempte de quelques défauts, qui, outre sa longueur et le fait d’aborder différents sujets d’une façon un peu décousue, noient quelques points fort intéressants que le spécialiste évoque dans ses réponses.

Mais on peut noter toutefois un avantage décisif du format « internet » : certes, cela fait au final plus d’une heure d’interview, c’est long, mais cela permet à des intervenants qui maîtrisent vraiment leur sujet de répondre en détail à des questions de journalistes qui ne se placent pas dans l’immédiat et la petite phrase. On est à des lieues de la télévision traditionnelle qui, même dans ses émissions de format long, recherche avant tout le sensationnel et dont les journalistes visent absolument sans vergogne à faire passer un message. Au milieu de la période actuelle où l’action et l’agitation ont largement pris la place de la réflexion, les éléments apportés sous ce format et par ces interviewés sont, réellement, nourrissants.

Bon visionnage.

J'accepte les Bitcoins !

1MpsVHrprydGqUuz4uuLmE5v3rP9rth9m6

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2015/01/25/36605-contre-radicalisation-et-geopolitique-pierre-conesa-pour-thinkerview