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Faire mentir les chiffres

mercredi 28 mai 2014 à 09:00

Comme le disait Mark Twain, il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques. L’actualité n’a jamais aussi bien illustré ceci que récemment, tant elle balaye onctueusement ces trois sortes de bobards plus ou moins puissants.

Pour le mensonge de base, il suffit simplement d’aller piocher dans la longue litanie des déclarations gouvernementales françaises. Les politiciens, de façon générale, sont des experts en bobards et de ce point de vue, les Français ne sont donc pas en reste. Et comme actuellement, la conjoncture est particulièrement rocailleuse pour les élus et le gouvernement, il était logique que le taux naturel de calembredaines au paragraphe augmente de façon notable.

Et si l’on regarde tout particulièrement le domaine de l’emploi en France, il était inévitable qu’on assiste à de longues et pénibles séances d’orchestre philharmonique de pipeautage. Les années précédentes n’étaient vraiment pas brillantes, mais l’année 2013 puis l’année 2014 se sont montrées particulièrement mauvaises. À cette tendance déjà fort désagréable s’est ajoutée une communication de l’Exécutif parfaitement calamiteuse : non seulement, les chiffres fournis ne sont pas joyeux, mais en plus sont-ils scrutés attentivement, d’autant que tout l’appareil d’État a promis que la situation allait changer… Ce qu’elle ne fit que dans le sens inverse de celui attendu.

bullshit meterBref : il a fallu pour l’équipe en place redoubler d’inventivité pour se tortiller hors du piège rhétorique et politique dans lequel ils se sont jetés avec la décontraction de ceux qui savent qu’ils n’en auront pas à subir vraiment les conséquences. Et récemment, c’est François Rebsamen qui s’y est collé. Rebsamen, c’est ce sénateur qui n’a jamais rien su faire d’autre qu’afficher une tendre affection pour François Hollande, ce qui lui a valu son poste actuel au Ministère du Travail dans lequel il excelle, justement, à baratiner gentiment le journaliste.

Cette capacité est même surprenante : il y a quelques jours, il explique ainsi se placer un objectif en terme d’emplois pourtant extrêmement modeste (3 millions de chômeurs maximum d’ici 2017), et qui ressemble fort à un aveu d’échec si l’on rappelle qu’un tel nombre de chômeurs est déjà un point haut en France… Objectif sur lequel il revient sans avoir l’air d’y toucher quelques jours plus tard en expliquant qu’à défaut du seuil passé en 2017, on l’attendra sans doute quelques temps plus tard.

En attendant, il débine les statistiques fournies par l’UNEDIC et minimise tant qu’il peut la déconfiture générale de l’emploi en France. Sauf que l’UNEDIC est plutôt fiable en matière de chiffres, et que les comparaisons de Rebsamen entre les taux de chômage calculés par cette institution d’un côté et l’INSEE de l’autre ne tiennent pas compte de leurs modes de calculs différent et qui, si l’on s’en rappelle, amènent malheureusement aux mêmes conclusions, désagréables, que si la France est sur une pente descendante, ce n’est pas celle du chômage mais plutôt de son activité économique…

rebsamen et ses bobards sur le chômage

Mais comme je le disais, tout ceci s’apparente aux petits mensonges habituels d’une classe politique qui a été habituée à ça.

À ces mensonges détendus (et malheureusement sans conséquences pour ceux qui les profèrent), l’actualité ajoute dernièrement les sacrés mensonges, encore plus gros, qu’on impose aux institutions de statistiques au travers d’une redéfinition pour le moins audacieuse du Produit Intérieur Brut (PIB).

Comme vous le savez sans doute, l’établissement de cette mesure est importante pour les États puisque cela leur permet de savoir si le pays est en croissance ou non, ce qui leur permet ensuite de tirer un certain nombre de plans sur la comète à commencer par celui qui consiste à dépenser aussi vite que possible l’argent qu’ils iront ponctionner ensuite. Comme les rentrées fiscales (notamment la TVA) sont très sensibles à la conjoncture économique et qu’il y a une forte corrélation entre la croissance du PIB et celle de la TVA, on comprend que ce chiffre revêt un intérêt bien particulier pour ces entités qui n’existent, finalement, que par l’impôt (et pour l’impôt lorsqu’ils ont atteint leur maturité).

bullshit meterDernière invention en date : modifier le périmètre de ce qui rentre dans ce calcul de PIB pour y faire figurer les transactions issues des activités illicites comme le travail au noir, la vente de drogue, la prostitution et les activités mafieuses. Et si, pour le moment, la France ne s’est pas encore alignée avec certains pays, l’Italie, en revanche, montre la voie : suite à un nouvel alinéa introduit par Eurostat, les calculs de PIB doivent tenir compte des activités économiques illégales tant que les parties prenantes sont consentantes dans la transaction incorporée au calcul. L’Italie ne fait donc pas preuve d’initiative imaginative parfaitement rocambolesque, mais se contente d’appliquer les textes, trop contente qu’elle est de voir ainsi sa croissance rehaussée de plusieurs points par le commerce dynamique de Cosa Nostra, Calabre ou d’autres.

Et rassurez-vous, si l’Italie semble en avance sur la prise en compte de ce genre d’activités dans ses petits calculs, la France suivra. Certes, l’INSEE se défend de vouloir présenter sur son site un PIB qui tiendrait compte des activités illégales, mais les normes de calculs européennes lui étant aussi imposées, un calcul de PIB incorporant ces activités sera bien fourni à Eurostat, permettant ainsi de comparer les pays entre eux sur la base d’un même calcul. Voilà qui promet de fournir des cartouches intéressantes à nos frétillants ministres de l’Économie et des Finances, qui ont justement bien besoin de ce genre de coups de pouce.

À ces mensonges habituels de politiciens et ces gros bobards des institutions étatiques, il va maintenant falloir ajouter les pirouettes statistiques de Thomas Piketty, cet économiste qui fut officiellement celui du PS. Ces deux mots accolés, « économiste » et « du Parti Socialiste », ont quelque chose de comique, voire obscène vu les gamelles permanentes qu’ils nous ont offert sur les cent dernières années… Comique qui se fait de répétition lorsqu’il s’agit du brave Thomas puisqu’on découvre que les données de son récent pensum, « le Capital au XXIème Siècle », seraient parsemées de manipulations bizarres (pas forcément frauduleuses mais en tout cas nécessitant quelques explications) et d’erreurs théoriques discutables.

Bien évidemment, tout ce que la fine fleur des journaux de gauche peut compter dans ses rangs s’est rapidement emparé de l’affaire pour essayer de comprendre comment leur poulain délicatement marxisant aurait pu déraper, et tente à présent de modérer autant que faire se peut les critiques sur « l’économiste du PS » français. En réalité, il n’y a pas vraiment lieu d’être surpris lorsqu’on se rappelle que ce n’est pas la première fois que Piketty se livre à une interprétation très hardie de ses données.

piketty et ses erreurs

Il continue donc simplement son œuvre idéologique, aidé par une presse complaisante et un public majoritairement acquis à la thèse d’un capitalisme racine de maux infinis et d’aliénation perpétuelle des masses laborieuses, quand bien même les milliards d’humains récemment sortis de la misère la plus noire du communisme attestent pourtant du contraire.

Car ne l’oubliez pas, des petites calembredaines habituelles des politiciens aux gros bobards méthodologiques de Piketty en passant par les petits arrangements statistiques des États, les mensonges ne marchent jamais d’autant mieux que ceux qui les reçoivent n’en attendent pas plus. Et comme j’ai commencé par une citation de Mark Twain, je terminerai, pour faire bonne mesure, par celle d’un statisticien, Aaron Levenstein, qui avait noté avec autant d’humour que de lucidité que les statistiques, c’est comme les mini-jupes : ce qu’elles révèlent est suggestif, mais ce qu’elles dissimulent est essentiel.

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Source : http://h16free.com/2014/05/28/31349-faire-mentir-les-chiffres


Allocution de François Hollande : le pédalo a encore rétréci

mardi 27 mai 2014 à 09:00

C’est avec un peu d’étonnement que j’ai appris que Hollande allait intervenir sur les médias, étonnement qui s’est rapidement mêlé de consternation en entendant ce que le président avait à dire. Cela méritait-il vraiment d’interrompre toutes les rotatives et tous les journalistes en radio ? Franchement, je me demande.

la dialectique peut elle casser des briquesParce qu’en cinq minutes d’une intervention menée à un rythme qui ne ressemblait pas à celui, lancinant, qu’il impose d’habitude à ses auditeurs, ce qu’il a dit n’a pas franchement cassé des briques.

Après avoir passé un petit savon sur les électeurs du FN, qui n’ont vraiment pas été gentils, lui font mal à sa France et mettent ce beau pays, le phare de la Liberté et des Droits de l’Homme, dans une sale posture vis-à-vis des autres membres européens, Hollande a fermement décidé de faire porter le chapeau à son prédécesseur et à la conjoncture très difficile (mais surtout pas lui), puis s’est fixé comme mission de réformer la France et de réorienter l’Europe, parce que bon, ça suffit à la fin, maintenant, c’est décidé, il faut faire des choses.

Voilà donc le capitaine de pédalo qui annonce vouloir agiter ses petites cannes de serin pour draguer derrière lui tout le paquebot européen. On y croit très moyennement, d’autant moins que son frêle esquif a encore rétréci au lavage électoral, et ne mesure plus guère qu’un petit 15% (si on oublie l’abstention, et 6.1% sinon). Mais il y tient : avec sa nouvelle légitimité turgescente et vigoureuse, il va réorienter l’Europe, d’autant plus qu’il va mener une réforme du Tonnerre De Brest en France, vous allez voir, ça va cogner du chaton mignon.

hollande alibi

Oui, vous avez bien lu (et pour les plus courageux d’entre nous, vous avez bien entendu), il entend réformer la France à grand coup de plans d’actions, de pactes trucs et de dépoussiérage institutionnel machin. Cette affirmation soudaine à vouloir changer les choses interroge. D’une part, on se demande pourquoi il ne s’y est pas mis plus tôt. Même en imaginant qu’il lui ait fallu un an pour prendre la mesure de l’ampleur de la crise, la deuxième année aurait largement dû être consacrée à mettre en place les réformes structurelles qui permettraient, justement, de relancer la croissance, ou, au moins, de stabiliser la situation, arrêter l’hémorragie d’emplois, de reboucher les paniers percés des administrations, bref, insuffler un vrai vent de réformes profondes.

D’autre part, on attend toujours les détails de ses pactes divers et variés, annoncés pour certains depuis la fin de l’année dernière. Si la mise en place des réformes demandera bien évidemment du temps, annoncer précisément de quoi il va retourner n’en prend guère, et composer des grandes lignes pour préparer l’opinion à ces réformes ne nécessite surtout que du courage. Les données, on les a depuis des lustres. Les domaines d’actions sont connus. Les méthodes ne sont, malheureusement, pas pléthore et les marges de manœuvre ont même tendance à se réduire, ce qui laisse peu de place aux tergiversations chronophages. Mais apparemment, l’actualité a été trop chargée ces derniers temps puisque nous n’avons eu ni les grandes lignes, ni le détail de ces réformes, juste leurs noms sous forme de slogans publicitaires et de jingles acidulés.

quand valls économise un chaton mignon prend cher

Et du côté européen, il prétend pouvoir réorienter tout le paquebot Europe. On se demande où il est allé pécher une idée pareille, mais deux petites secondes de réflexion montrent qu’il ne le pourra pas. D’abord, parce que le Parti Populaire Européen (la droite européenne, donc) a toujours la dragée haute. Ensuite, il faut bien admettre qu’actuellement, ceux qui ont le vent en poupe, ce sont largement plus les anti-européens que les pros, et certainement pas le PSE (parti socialiste européen) qui a perdu pas mal de sièges et n’a toujours pas la majorité au parlement. Et enfin, les récentes élections, toutes bleues marines furent-elles, n’ont pas changé la donne européenne : les équilibres sont identiques, les gugusses sont globalement les mêmes. Hollande n’a rien pu réorienter en deux ans d’Europe, on ne voit pas ce qui pourrait changer maintenant. Et ce n’est certainement pas avec sa nouvelle crédibilité qu’on n’aperçoit plus maintenant qu’avec un microscope à balayage électronique qu’il va pouvoir déclencher autre chose que des sourires amusés parmi ses collatéraux à Bruxelles.

hollande : habemus blagounette

Avant même d’avoir entendu le chef de l’Exécutif s’exprimer sur les résultats de campagne, il était légitime de se demander s’il y avait réellement matière à commenter de sa part.

Après tout, le peuple, souverain, a voté, et a mis une solide calotte aux partis de gouvernement : il n’y a guère à discuter. Après tout, l’élection implique des députés européens, et si elle est probablement un défouloir pour les électeurs, ne change pas l’équilibre des forces en présence dans le jeu national : il n’y a donc en France rien qui change fondamentalement. Après tout, le bonhomme est en place pour encore trois ans et peut, si cela sent vraiment le roussi, dissoudre l’assemblée ; moyennant le scrutin à deux tours, il aurait probablement une droite pas trop extrême en face de lui pendant le reste de son mandat, ce qui sera amplement suffisant pour la griller définitivement et être réélu quasiment dans un fauteuil. Bref : même un échec pareil ne le remet pas directement en cause.

Alors, sérieusement, pourquoi a-t-il pris la parole ?

Quel conseiller à moitié débile lui a proposé une manœuvre aussi délicate, et pire, quel hydrocéphale lui a pondu un texte à ce point navrant ? Prendre la parole devant le peuple à la suite d’une telle rouste demande effectivement du courage, mais cela se transforme en pure inconscience si c’est pour ensuite se placer, encore une fois, dans un nouveau piège rhétorique. C’est à se demander si Hollande, parfaitement conscient de son inamovibilité, ne se moque pas ouvertement du peuple français. Alternativement, il est totalement inconscient du décalage de son attitude par rapport à ce qui est demandé et ne comprend pas qu’ajouter une grosse louchée de langue de bois sur la débâcle de dimanche ne fait qu’attiser l’irritation générale, tant chez ses opposants que, pire, chez ses partisans (dont le nombre continue de diminuer).

De façon claire, prendre la parole pour un résultat aussi calamiteux laisse pour le moins perplexe. Si l’on écarte la possibilité qu’il ait lancé cette idée en l’air, pour rire, entre deux tartines au petit-déjeuner, et que tout son staff, aussi servile que perdu, ait embrayé aussi sec, on est forcé d’imaginer que cette prise de parole répond à une stratégie particulière. Bien évidemment, on en sera réduit aux pures spéculations, mais peut-être le message d’hier ne s’adressait-il finalement pas aux Français. Peut-être était-il plutôt dirigé vers l’extérieur, ce monde qui nous regarde un peu, consterné par les résultats, et que Hollande a bien maladroitement tenté de rassurer, tant sur le plan politique que sur le plan économique avec ses promesses de réformes, pour l’instant sans substance concrète. Peut-être aussi ce message s’adressait-il à ses propres troupes sur le mode « Tenez bon, j’ai compris qu’on barbotait dans le purin, on va s’en sortir », impossible à faire avaler.

Difficile à savoir. La seule impression qui surnage est que le chef de l’Exécutif semble s’être fait dicter sa conduite par un parti tiers, qu’il est balloté par les événements et ne montre aucun signe de savoir où il va… mais qu’il y va quand même, à tout hasard.

Vraiment, tout ceci n’est pas très rassurant.

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Source : http://h16free.com/2014/05/27/31437-allocution-de-francois-hollande-le-pedalo-a-encore-retreci


Des élections européennes abyssales. Comme prévu.

lundi 26 mai 2014 à 09:00

Or donc il y a eu les élections européennes en France. Et tout comme les résultats des élections municipales furent finalement prévisibles (et croustillants à souhait), les résultats de ces dernières élections furent dans la lignée de ce qu’on pouvait attendre, avec une bonne dose de drame et de grincements de dents, et beaucoup de bulles.

Les qualificatifs ne manquent pas dans la presse mainstream : choc ou séisme, tout le monde semble s’accorder à trouver tout ceci particulièrement calamiteux. Et lorsqu’on regarde les résultats bruts, il est vrai que cela picote un peu pour les politiciens des principaux partis qui se sont tous pris une bonne mandale. Le Front National arrive donc largement en tête, autour de 25%, l’UMP limite la casse à 21% (ce qui représente tout de même une perte de plus de 6 points sur l’élection précédente). Quant au PS (15%), aux Verts (9%) et au Front de Gauche (6.5%), les scores marquent tous une reculade notoire. Il est à noter la contre-contre-performance de l’UDI/Modem qui parvient, contrairement au prout tiède qu’on s’attendait à lui voir réaliser, à amasser 10% des votes.

Sous forme de petit graphique, cela donne ceci (c’est basé sur les estimations de dimanche soir) :

elections europeenes 2014 - sans abstention

Pendant ce temps, les plus prompts s’emploient à faire passer cette fort jolie branlée des divers partis officiellement de gauche (PS notamment) pour une défaite historique, alors que la déroute actuelle est en réalité tout à fait comparable (et probablement plus feutrée) que celle qui accompagna Rocard en 1994. La déculottée de l’époque avait été cruelle, mais le temps a passé ce qui permet aux actuels clowns de l’opposition de demander bruyamment la démission de Hollande. La hontectomie autorise bien des postures et des saillies ridicules, mais on voit mal le rapport entre cette élection (européenne, je le rappelle) et la légitimité du président. Du reste, il n’a absolument pas besoin de ce cuisant échec pour réussir le pari de se faire autant détester chez ses opposants que ses amis politiques, mais de même que Mitterrand, à l’époque, avait encaissé la débâcle sans broncher, il est absurde d’imaginer qu’il en sera autrement pour le Roi Solex.

valls européennes bousculade

Il n’en reste pas moins que c’est donc encore un échec à mettre au débit de Hollande. S’il semble acquis que le parti au pouvoir aura le plus de mal à rassembler lors d’élections qui ont tout du défouloir, il faut avouer que, cette fois-ci, les gens se sont vraiment bien défoulés. Eh oui, c’est encore un échec. Cela doit finir par chatouiller un peu, et cela me fait irrémédiablement penser à cette vidéo de Mozinor où les protagonistes tentent de se sortir d’une situation délicate et échouent lamentablement, à plusieurs reprises.

Devant des scores aussi calamiteux, on se perd en conjectures : est-ce le Front National qui a, à ce point, progressé dans les esprits ou est-ce le PS, les Verts et toute la marmaille politicienne qui a réalisé là une contre-performance aussi rigolote qu’historique ? Si l’on s’en tient aux scores bruts, il est assez délicat de ne pas voir l’éléphant dans le salon, à savoir Marine Le Pen pardon le score du Front National qui passe d’un petit 6.34% en 1994 à quatre fois plus vingt ans plus tard. On peut toujours admettre qu’une partie de cette ascension est due à la multiplication des imbécillités consternantes de la gauche, mais malheureusement, cela ne suffira pas à expliquer toute la progression constatée.

Non, décidément : à l’évidence, les partis qui se sont succédé au pouvoir sur les vingt dernières années ne trouvent plus grâce aux yeux des électeurs qui, attirés par la nouveauté, donnent d’autant plus facilement un ticket à ce parti qu’il n’a jamais été chopé les doigts dans le pot de confiture (ce qui est logique puisqu’il n’a jusqu’à présent jamais eu le bras assez long pour l’atteindre). Et c’est d’autant plus facile que les députés européens sont, par nature, fort éloignés de leurs concitoyens et électeurs : un vote pour la Marine aux européennes n’aura donc pas les mêmes conséquences que lors d’une municipale où on peut fort bien se retrouver avec elle (ou un de ses lieutenants) comme maire. Avec un eurodéputé, le risque est si faible d’avoir à le contacter directement qu’on peut se permettre bien des choses.

Autre point d’importance : l’abstention, qui a rapidement été évacuée une fois que les résultats, détonants, furent connus et officiellement discutables par les journalistes. Pourtant, on peut noter deux choses à son sujet.

Tout d’abord, elle est (un peu) plus faible que lors des votes des précédentes européennes. Or, cela n’a pas empêché le FN d’atteindre le score mémorable qu’on discute partout. L’argument que les abstentionnistes font monter les partis d’extrêmes est donc un peu court et se retourne contre ceux qui l’utilisent : puisqu’apparemment, il y a eu moins d’abstentionnistes et un FN plus fort, c’est clairement que les électeurs se sont déplacés spécifiquement pour voter pour le FN et n’ont pas, selon l’iconographie amusante et traditionnelle, laissé la place aux troupes disciplinées de l’extrême-droite. Eh oui : le peuple n’a pas ripé sur les bulletins FN, il a sciemment glissé quelques heures très sombres dans les urnes de notre histoire et tout le tralala.

Eh oui, avalez-ça, messieurs les démocrates du centre, de droite, de gauche et de l’autre extrême : tout indique que le peuple s’est volontairement déplacé pour voter pour ce parti-là. Vous pourrez toujours vous réfugier dans l’argument que « la démocratie, c’est vraiment pas cool », mais vous risquez ainsi de glisser sur cette pente glissante qui m’a amené, récemment, à justement questionner l’exercice démocratique en lui-même (chose que vous n’êtes absolument pas prêts à faire, sauf lorsque votre environnement sent soudainement l’andouillette).

D’autre part, si l’on tient compte de l’abstention, force est de constater que le FN représente en réalité 10% du corps électoral : si 25% des votants l’ont choisi, et si à peine 43% des électeurs se sont déplacés, cela veut dire que 10.75% des électeurs ont choisi Marine au détriment des autres. Dit autrement, cela veut dire tout de même que quasiment 90% des électeurs n’ont pas voté pour le FN (ou l’UMP, le PS et les autres micro-partis bigarrés du spectre politique français) et que, comme d’habitude, ce sera donc cette petite minorité qui va décider pour cette grosse majorité. Décidément, la démocratie est un concept délicat à appréhender.

elections europeenes 2014 - avec abstention

Alors que les éditorialistes se tordent maintenant les doigts sur la France qui aurait brutalement basculé dans la poix lourde d’une xénophobie rance, avec du ventre fécond, de la beuhète immonde et de la consternation mêlée de honte, la réalité est, comme souvent, bien plus pastel. Ce que le score du FN indique clairement, c’est l’absence de parti d’opposition réel, structuré, dans une France qui ne compte plus que des partis socialistes aux différentes options, parfaitement accessoires. Les seuls avantages du FN sur les autres partis socialisants sont en effet de disposer de cette (très) relative virginité du pouvoir, de bénéficier de l’éloignement des députés élus, et d’offrir une voix cohérente et simple à comprendre, au contraire d’une UMP illisible et en pleine déliquescence, et d’un centre incolore, inodore et sans saveur.

Quant au point de vue libéral, il reste, malheureusement, le même : le socialisme continue en France son petit bonhomme de chemin. Il semble qu’on abandonne doucement le socialisme internationaliste pour goûter à la variante nationaliste, avec de gros bouts de protectionnisme dedans.

Il n’y a donc aucun changement de fond, tout juste de forme.

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Source : http://h16free.com/2014/05/26/31402-des-elections-europeennes-abyssales-comme-prevu


Houellebecq, démocratie directe et cases à cocher

dimanche 25 mai 2014 à 11:00

Ce dimanche, des millions de personnes vont se bousculer pour aller voter et exercer ainsi ce droit inaliénable qu’a chaque citoyen européen de pouvoir aliéner les autres à son échelle. Ils vont tous joindre leur voix à ce chœur magistral louangeant la démocratie, permettant ainsi à une joyeuse troupe de 751 personnes d’émarger au budget de l’Union, et, accessoirement, de les représenter, eux, leurs petites lubies et cette compulsion étrange qu’ils ont de vouloir absolument que des décisions soient prises aussi loin d’eux sur des sujets qui ne les concernent la plupart du temps jamais.

Voter ? Vraiment ?Avec un peu de recul, on ne peut qu’être surpris de cet engouement pour la chose démocratique. Tout indique que c’est la grande affaire de tous, que chaque personne majeure et citoyenne de l’Union est imbibée de l’utilité et de l’importance de l’exercice démocratique. Non seulement il faut aller voter, mais en plus, ne l’oubliez pas, « des gens sont morts pour ça », voyons ! Moyennant quoi, une fois cette fanfreluche gobée avec un peu de miel républicain, tout le monde est content.

Enfin, content, il faut le dire vite. Parce que la démocratie, actuellement, ne semble réjouir vraiment personne. C’est tellement vrai que c’est devenu le marronnier des journalistes politiques à chaque élection dans laquelle ils découvrent, la bobine blafarde sous le choc de la révélation, qu’une part de plus en plus grande de citoyens ne s’est finalement pas déplacée pour la grand-messe. Sapristi, à ce rythme, les élus vont avoir de plus en plus de mal à asseoir leur légitimité, mes petits canaris !

Pariez donc qu’il y aura, à l’issue de ce scrutin européen, les mêmes têtes abasourdies par la hauteur de l’abstention d’abord et par l’inévitable résultat amer de la consultation qui ne sera pas, on peut l’imaginer sans mal, du goût de chacun, avec cette abominable « montée des extrêmes » parfaitement prévisible pour l’observateur aguerri qui verra d’abord une lassitude grandissante des gens honnêtes pour ces mascarades chronophages. Et tant qu’à faire dans le marronnier, on retrouvera immanquablement quelques hérauts de la démocratie directe, solution évidente à tous nos problèmes de représentativité de l’élite politique.

Bien évidemment, avant le vote, ce fut le cas d’un paquet de formations politiques plus ou moins colorées et farfelues. De façon plus anecdotique, mais aussi plus amusante, signalons la récente interview de Michel Houellebec dans Lui du mois d’avril, dans lequel Frédéric Beigbeder, l’actuel patron de la revue masculine, l’interroge notamment sur « son projet pour la France ».

Dedans, on y apprend que l’auteur souhaite « … généraliser la démocratie directe en supprimant le Parlement. » et que le président de la République devrait être élu à vie mais instantanément révocable sur simple référendum d’initiative populaire. Comme je l’ai dit, il n’y a rien ici qui ne change de ces nombreux partis et autres groupuscules qui entendent « remettre le citoyen au centre de la République », ou « assurer le renouveau démocratique du pays » afin de résoudre l’énorme « problème de représentativité » constaté actuellement.

houellebecq

Pour Houellebecq, si cette démocratie directe est si importante, c’est parce qu’il y a eu « plusieurs tours de vis supplémentaires », et que, pour lui, « le gouvernement semble vouloir augmenter le malheur des gens, dans des proportions peut-être inédites » … Pas de doute, selon l’écrivain, ces tours de vis et cette augmentation du malheur des gens provient de l’inadéquation grandissante entre le peuple et le gouvernement, inadéquation contre laquelle il entend lutter avec une bonne dose de démocratie directe :

Il faut plus de démocratie directe si l’on veut sortir de cette crise de la représentation politique dans laquelle nous sommes.

Et pourquoi pas ? Après tout, se passer des clowns actuels serait en tout cas une bonne idée. Cependant, s’il semble clair que leurs choix politiques actuels sont calamiteux, peut-on être absolument certains que les choix de tout le peuple seront plus éclairés ? En quoi la démocratie directe protège-t-elle du populisme ?

En rien. Contrairement à ce que beaucoup croient, la Confédération Suisse, souvent citée en exemple de démocratie directe, ne fonctionne pas grâce à celle-ci, mais en dépit d’elle et chaque votation approche le pays un peu plus des « paradis » socio-démocrates aux états étouffants de socialisme qui l’entourent. Il n’est qu’à voir le grossissement progressif des textes de lois qui accompagne le résultat des votes, ou les petits cris stridents que poussent les journaux français quand un vote ne va pas dans le sens attendu pour comprendre qu’en réalité, cette magnifique expérience démocratique ne change pas des masses de celle qu’on connaît ailleurs et est sujette aux mêmes aléas populaires.

Et quand bien même cette démocratie directe permet au peuple de s’exprimer plus directement, pourquoi la démocratie deviendrait-elle alors plus légitime ? En quoi le fait qu’elle soit directe permet de s’assurer de façon solide qu’une courte majorité du peuple ne va pas voter l’aliénation d’une courte minorité ?

Là encore, rien. Et ontologiquement, la démocratie, aussi directe soit-elle, n’est absolument rien d’autre qu’une forme de dictature du nombre, ni plus, ni moins éclairée qu’un despote.

Heureusement, Houellebecq ne s’arrête pas là et profite de son interview pour glisser une autre idée, nettement plus originale que cette démocratie directe qui ne protège de rien, même pas de la démocratie : dans son projet, le budget de l’État sera décidé par les citoyens « qui devront chaque année remplir une feuille avec des cases à cocher. Le peuple décidera ainsi quelles dépenses il juge prioritaires. »

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Et ça tombe bien : cette idée ne nécessite pas la remise à plat de toute la constitution. Quelques aménagements suffiraient et apporteraient peut-être un vent nouveau dans notre pays, à commencer par le fait que les ministères seraient alors directement placés en concurrence les uns des autres pour obtenir des fonds, par nature limités. Combien de citoyens choisiraient ainsi d’abonder directement aux frasques du ministère de la Culture ? Combien préfèreront donner un peu plus à la Justice ou à l’Intérieur plutôt qu’au Logement, à l’Écologie ou aux Anciens Combattants ? Et plus pragmatiquement encore, comment ne pas saliver à l’idée des combats homériques entre certains ministres pour obtenir des fonds ? À l’évidence, le fait de proposer des mesures aussi intempestives qu’idiotes à la Montebourg ou Royal serait fortement tempéré par le couperet de ces cases à cocher citoyennes… Non, vraiment, cette idée est à creuser.

Parallèlement, ce dimanche, des millions de personnes vont exercer cette petite parcelle de pouvoir, ce petit morceau de vengeance sur ceux qui ont, à l’élection précédente, fait exactement la même chose. Youpi, les oppresseurs changeront peut-être un peu. Mais à la fin du dépouillement, il y aura toujours des oppresseurs.

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Source : http://h16free.com/2014/05/25/31333-houellebecq-democratie-directe-et-cases-a-cocher


Les vacances approchent ? Achetez de la lecture !

samedi 24 mai 2014 à 11:00

Je sais, un billet le samedi est rare. Il sera donc bref et à but purement commercial : comme les vacances approchent, je vous encourage, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, à commander mes deux livres : « Égalité, Taxes, Bisous » d’un côté, et « Le Petit Dictionnaire Incorrect Mais Vaillamment Illustré » de l’autre. L’un et l’autre feront de surcroît un excellent cadeau de fête des Mères, des Pères, d’anniversaire et fourniront un paquet de sujets de discussion dans les réunions de famille si le gigot de la belle-mère est trop cuit ou si vous tenez absolument à vous brouiller avec.

Égalité – Taxes – Bisous

égalité taxes bisousDans un monde toujours plus dur, et alors que la crise, la vilenie, les aigreurs et les misères allant de la maladie aux bières tièdes font rage, un pays fait courageusement face et propose toute une panoplie de mesures plaisamment abrasives qui permettront d’aplanir les aspérités, gommer les difficultés et arrondir les angles. Ce pays, rempli de gentils et d’aimables tous les jours mieux pensant, est devenu un véritable phare scintillant dans la nuit noire de l’obscurantisme des méchants et des vilains. Et pour mieux scintiller, il s’est doté d’une devise qui est parvenue à se hisser au rang de slogan, d’accroche et de modus vivendi : pour chacun et pour tous, il faudra de l’égalité, des taxes, et des bisous.

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Petit Dictionnaire Incorrect Mais Vaillamment Illustré

Le Petit DictionnaireÇa y est! La France s’est installée dans une nouvelle dynamique, et ce changement, ce n’est vraiment pas du flan ! Tout d’un coup, avec les difficultés qui s’accumulent, les choses s’emballent et les discours se bousculent ; il faut alors une grande expérience pour percevoir toutes les finesses du sabir des Politiciens et des Médias, dont la langue de bois rugit à pleine puissance. Entre paronymes, néologismes et antonomases, le Petit Dictionnaire Incorrect Mais Vaillamment Illustré agrège quelques mots plutôt pimentés qui permettront de décrypter la parole politicienne et les joutes verbales du petit monde politico-médiatique français. Il est aussi destiné à tous ceux qui se sont vu, jadis, reprocher leurs termes peu amènes ou qui auront, un jour, à manier la fine métaphore pour éviter les foudres du qu’en dira-t-on consensuel. En procurant un ensemble de mots-clefs faciles à replacer dans une conversation de haute tenue, ce glossaire a l’ambition de devenir l’allié lexical de vos dîners mondains, débats politiques, discours d’investiture et de tout article journalistique anti-polémique.

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Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2014/05/24/31335-les-vacances-approchent-achetez-de-la-lecture