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Violence à l’école : des priorités clairement définies

jeudi 23 octobre 2014 à 09:00

Ainsi donc, l’école n’est pas toujours ce havre de paix et de calme propice à l’enseignement. Ainsi donc, il semble que l’Éducation nationale ait quelques problèmes à faire régner l’ordre et la discipline dans certains de ses établissements. Mais rassurez-vous : le problème à peine mentionné, des solutions opérationnelles efficaces se dessinent déjà.

Bon, certes, ce n’est pas la première fois qu’une école brûle, et plus particulièrement dans ce quartier sensible. Mais regardons le bon côté des choses : ce fut l’occasion pour quelques membres du gouvernement de sortir un peu prendre l’air, d’aller serrer la main de quelques personnes du peuple, de balancer quelques vérités fracassantes avant de repartir bien vite vers le prochain cocktail et le plateau suivant de petits-fours. Najat Vallaud-Belkacem, l’ancienne porte-parlote du gouvernement devenue ministre de l’Éducation Nationale sur un malentendu lors d’un jeu de chaises musicales auquel Benoît Hamon, l’éternel étudiant, perdit jadis avec le panache des cuistres, a profité de sa présence presque fortuite sur les lieux pour lancer, avec une profondeur d’analyse rarement égalée, que (je cite) :

« Les événements d’hier [lundi 20.10.14] sont des événements graves, d’une violence physique et symbolique inouïe destinée à terroriser la population. »

Pour pouvoir ainsi affirmer une chose avec tant de force, elle s’était courageusement adjoint les services de Bernie Cazeneuve, dont l’extraordinaire passage aux Affaires Européennes, puis le frémissant passage au Budget, avant son actuel poste ébouriffant à l’Intérieur, ont laissé une empreinte forte dans l’histoire de la République. Tout de go, le ministre s’est d’ailleurs exclamé, à bon droit (je cite toujours) :

« Nous sommes venus dire notre détermination à faire en sorte que le droit passe »

Il court, il court, le ministre ; le droit est passé par ici, il repassera par là, c’est lui qui vous le dit, nomého ! D’autant que le chef de la police, toujours aussi lucide, a ajouté :

« Le problème à Corbeil-Essonnes est d’abord celui du rétablissement de l’ordre public. »

Ah tiens donc ? Rejoindrait-on le constat effectué dans ces colonnes il y a quelques jours ? Il y aurait donc un petit souci de rétablissement de l’ordre public à certains endroits… Et puisqu’on parle ici d’écoles et de lieux d’éducation, allons plus loin et osons le dire : il y a peut-être un petit souci de rétablissement de l’ordre public au sein même des établissements scolaires. Oh, ce n’est pas moi qui le dis, c’est le simple constat dressé à longueur d’années par le corps enseignant lui-même dans certains lycées, dans certains collèges et – malheureusement – dans certaines écoles primaires aussi.

l'école des bisous 1

Pour essayer de cerner la question, pendant une semaine, France Bleu 107.1 a décidé de recenser les incidents signalés par les équipes éducatives à leur hiérarchie, de la maternelle au lycée, pour la Seine-Saint-Denis. La liste obtenue est consultable ici et il faudra probablement que le ministre de l’Intérieur la lise quelque peu, aidé par sa copine Najat du gouvernement, qui a (dit-on) une part de responsabilité dans la gestion du bousin des établissements concernés.

Cette liste établit une série de faits tous plus « croustillants » les uns que les autres et si elle ne permet sans doute pas de dresser un bilan exact et fidèle de l’enseignement en France (pour lequel on espère, ardemment, qu’il n’en va pas partout pareil), elle permet néanmoins de se rendre compte que l’égalité républicaine dont se gargarisent nos ministres et nos élus semble avoir bien du mal à passer les portes de certains établissements. À l’évidence, certains élèves sont moins bien lotis que d’autres en terme de sécurité, et, par voie de conséquence, en terme d’éducation : difficile de bien lire au tableau avec les deux yeux pochés, je présume, et déclamer distinctement du Ronsard (ou du Cortex, disons) avec des dents en moins relève parfois de la gageure, reconnaissons-le.

l'école des bisous 2

Ceci dit, au-delà des petits phrases outrées et politiciennes de nos ministres en pleine justification de leurs indemnités, il faut bien reconnaître que des actions, vigoureuses, sont en place pour essayer de lutter contre la violence à l’école. Par exemple, grâce à des sous-sous de la popoche du contribuable (en provenance de l’Europe notamment), des programmes à la fois pertinents, bien étudiés et joliment vitaminés sont mis en place pour sensibiliser les jeunes à la violence scolaire (sur stoplaviolence.net pour les ados et vinzetlou.net pour les plus jeunes) parce que, mes petits amis, il y a urgence à agir, fouyaya fouyaya.

On passera rapidement sur le fait que ceux qui sont les plus susceptibles de commettre ou de subir les violences en question ont une probabilité infinitésimale d’aller sur les sites correspondants ou d’en avoir quelque chose à carrer, ce qui nous évitera de nous poser la question de la pertinence réelle de tout ce fatras dégoulinant de niaiserie et d’inefficacité opérationnelle pour retenir que, ouf, quelqu’un semble avoir pris conscience que la violence scolaire, c’est mal, que ce serait assez chouette d’y mettre un terme et ce serait d’autant mieux si les autorités compétentes pouvaient prendre part à l’opération.

l'école des bisous 3

Et ça tombe bien.

Alors que des élèves du primaire tentent de s’énucléer à coup de Bic ou que d’autres, au collège, font vraisemblablement du trafic de sucre en poudre entre deux tournantes, l’Éducation Nationale prend le problème à bras le corps : il faut en finir avec les stéréotypes sexistes.

Eh oui.

petit facepalmSans même parler des abominations qu’on trouve parfois dans certains manuels qui comportent des pages hallucinantes dans lesquelles papa travaille au bureau et maman fait le ménage à la maison (nan mais quelle horreur !), le Haut Conseil à l’Égalité entre les hommes et les femmes a clairement fait savoir que l’Éducation Nationale a un rôle à jouer dans la lutte contre les représentations stéréotypées, merde à la fin. Pour ce Haut Conseil indispensable au bon vivre-ensemble dans nos établissements scolaires, les collectivités et l’Éducation Nationale, qui financent les manuels scolaires, devraient s’équiper d’une grille d’indicateurs (bullshitometer ?) pour prévenir la présence de stéréotypes dans ces manuels, et faire le nécessaire pour former les enseignants à l’égalité hommes-femmes (en plus des cours d’auto-défense, pas mentionnés mais certainement envisagés, on en est sûr, par ce Haut Conseil si puissamment humaniste).

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland

Autrement dit et pour le poser gentiment, on se fout ouvertement de la gueule du monde avec un cynisme et un détachement que seule une parfaite stupidité doublée d’une complète déconnexion de la réalité permettent avec autant de décontraction. On se moque des élèves en s’occupant du sexisme de leurs manuels alors qu’il faudrait commencer par s’assurer qu’ils seront ouverts et un peu lus (déchiffrés, disons) au cours de l’année. On se moque des parents en leur ponctionnant les impôts correspondant à ce qu’on fait passer pour une scolarité alors que pour certains, « malchanceux », cela ressemble plus à un parcours du combattant qu’autre chose. On se moque des enseignants qui n’ont absolument pas besoin de ce genre de branlette intellectuelle périphérique, ajoutée aux kilotonnes consternantes de contraintes administratives, éducatives et organisationnelles que le ministère leur ajoute tous les ans au prétexte de réformes toutes plus idiotes les unes que les autres.

Parents, enfants, enseignants, réveillez-vous : ces élus, ces décideurs, ces responsables se payent ouvertement votre poire, avec votre argent, votre temps, votre avenir.

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Source : http://h16free.com/2014/10/23/34459-violence-a-lecole-des-priorites-clairement-definies


Une feuille de paie vraiment plus simple

mercredi 22 octobre 2014 à 09:00

Le gouvernement l’a déjà dit plusieurs fois, Emmanuel Macron en premier, rapidement suivi des bégaiements rassurants du président Hollande : le pays a vraiment besoin de retrouver confiance en lui, et pour cela, il doit passer par une nécessaire simplification de son administration. C’est un véritable choc auquel il faut s’attendre, et ce choc de simplification commencera par quelque chose de très concret : la feuille de paie.

Pas de doute, le gouvernement y va d’autant plus cash que les paies de fin de mois ne sont plus payées en cash depuis des lustres et nécessitent, jusqu’à présent, d’encombrantes démarches et de pénibles calculs pour aboutir à une feuille officielle dans les normes. En effet, tout salarié doit le savoir, mais pour qu’une feuille soit correcte, il lui faut respecter un nombre impressionnant de critères complexes.

Outre les mentions habituelles et évidentes portant identification du payeur et du payé, la feuille doit aussi clairement établir les organismes qui toucheront les cotisations, ainsi que la myriade de petites bricoles qui circulent en orbite basse autour de la paie mensuelle, comme les tickets restaurants, les jours de congés, le total des cotisations versées, les nets et bruts imposables, et les comptes bancaires de versement. Notez que jusqu’ici, on n’a pas encore abordé le contenu même de la feuille, qui détaillera ligne à ligne ce qui est dû, ce qui est prélevé au titre de la retraite, des impôts, des taxes, des assurances vieillesse, chômage et autres. Bien évidemment, chacune de ces lignes répond à une mécanique propre, des taux spécifiques, dont les variations, pluriannuelles, doivent être scrupuleusement respectées par l’organisme payeur (le salodepatron) sous peine de poursuites probables.

bureaucratie : rien ne pourra plus l'arrêter !

En tout, il n’est pas rare que cette feuille de paie s’étende langoureusement sur deux pages, écrites petit, et que les calculs, complexes, échappent assez vite tant à la vigilance du payeur que des organismes collecteurs et enfin du salarié qui s’emmerde assez rarement à vérifier que tout y figure bien correctement, que les calculs sont exacts, les taux sont les bons, et les mentions légales complètes. On le comprend, en France, payer ses salariés relève rapidement d’un exercice administratif de haute volée, où le patron, s’il n’est pas aidé d’un expert-comptable, devra se doubler d’un solide fiscaliste pour savoir éplucher les bons codes et retrouver les données et taux sociaux à appliquer.

Il n’était donc que justice que les membres du gouvernement se penchent enfin sur la question pour dépoussiérer un peu ces vilains codes complexes, et nettoient quelque peu la feuille de paie. Vu l’ampleur de la tâche, ils s’y mirent sans doute à plusieurs et relevèrent le défi. Pour eux, une façon évidente de simplifier l’ouvrage consistait à en laisser choir une partie, plof, comme on coupe une jambe gangrenée pour éviter qu’elle emporte le malade tout entier : en réduisant de la feuille l’encombrant calcul des cotisations salariales à sa plus simple expression, on gagnait une place non négligeable. Mieux : en sucrant purement et simplement toute mention des cotisations patronales, la feuille s’en trouvait considérablement allégée.

Youpi. La presse, avertie, n’avait plus qu’à relayer les bonnes idées gouvernementales. Et vas-y que ça nous fait une feuille plus courte (ben tiens, si on fait sauter tous les postes où l’argent s’évapore, c’est d’un coup plus limpide) ! Et vas-y qu’on décortique pour le benêt de salarié ce qui va disparaître, heureux gagnant qu’il est d’une feuille enfin courte et lisible qui n’affichera plus qu’il gagnait en réalité bien plus que la maigre somme déclarée tout en bas avant la fort généreuse « redistribution » effectuée tant par lui-même que par son patron, à son corps défendant mais sans qu’il lui soit laissé le choix, parce que Ta Gueule C’est Magique.

vite simplifions l'administration

Superbe bond en avant d’une certaine vision édulcorée de la réalité : maintenant, il n’y aura plus de cotisations, mais un simple montant, d’une ligne, correspondant à une disparition (magique) d’un bout de salaire pour aller (toujours de façon magique) abonder à des organismes (sans intérêts) qui font des trucs et des machins en rapport avec la retraite, le chômage et la maladie. Et, d’après les calculs (d’autres, encore plus sioux et raffinés, soyez-en sûrs) de Matignon, cette édulcoration drastique permettra d’économiser plusieurs milliards d’euros par an aux entreprises, à raison d’une dizaine par feuille de paie, par mois.

Notez bien que les calculs, derrière, restent strictement identiques et que le travail ici proposé correspond essentiellement à un « revamping » de la feuille de paie pour la rendre sexy. Le patron (ou son expert-comptable) restera confronté au même casse-tête, aux mêmes taux changeants, aux mêmes avalanches de ponctions diverses allant à différents endroits tous aussi obscurs et mal gérés les uns que les autres. Ces calculs, étant les mêmes, cela veut dire que les deux milliards d’euros d’économies attendues le sont donc sur le toner d’imprimante et le papier des feuilles de paie. Voilà une économie dont le pays ne pouvait vraiment pas se passer.

À la limite, j’encouragerai bien le gouvernement à sauter le pas suivant et débarrasser la feuille de paie de toute mention vraiment complexe, pour aboutir à un modèle résolument plus simple et optimiste, à l’instar de celui présenté ci-dessous.

nouvelle feuille de paie ultra simplifiée

Cependant … Quand je dis que le casse-tête, pour l’employeur, reste le « même », je veux simplement dire qu’il existera toujours, caché derrière la petite ligne concentrée présentée à ce salarié trop bête ou trop las pour affronter la réalité du paquet affolant de ponctions incompréhensibles sur son salaire. En revanche, grâce à la « simplification » récente, l’ampleur de ce calcul va changer pour … s’accroître encore un peu.

Parce qu’en fait de simplification, on apprend de façon parallèle et pas trop médiatisée (pour le coup) que cette opération de camouflage sur la feuille de paie s’accompagnera au premier janvier 2015 de l’introduction d’une nouvelle contribution URSSAF destinée au financement mutualisé des organisations syndicales de salariés et des organisations professionnelles d’employeurs. Oui, vous avez bien lu : les changements introduits dans la nouvelle feuille de paie, non contents de dissimuler habilement au salarié le coût réel de sa protection sociale, serviront aussi à faire financer les syndicats directement par le salarié, indépendamment du fait qu’il soit ou non syndiqué. Vous pouvez toujours ne pas vouloir financer la CGT ou FO, vous n’y couperez donc plus.

oh filoche

Et lorsqu’on voit les modalités de ce nouveau financement, on se dit que la fameuse simplification est une nouvelle usine à gaz greffée à la précédente, déjà connue pour être assez monstrueuse. Et le taux, bien évidemment variable d’une année à l’autre, au plancher de 0.014% et plafonné à 0.02%, sera — rassurez-vous, et pour reprendre les termes du décret — fixé par l’accord national interprofessionnel agréé par le ministère et calculé sur une base déplafonnée, voili voilà, c’est très simple, n’est-ce pas. La créature de Frankestein qu’est devenue la feuille de salaire française continue donc son évolution vers le pire, avec un nouveau bras, une demi-jambe et toujours pas de couilles.

Youpi, le délire collectiviste continue donc bon pied, bon œil. On se gaussera de savoir que les Socialistes Officiels (du PS), ou les Honteux (de l’UMP), haïssant le Front National, le financent tout de même grâce à leurs impôts, ou que les fervents électeurs du FN, grâce à leur contribution fiscale, abondent aux caisses du FdG, du NPA ou du PC… Ce système inique est maintenant étendu dans le monde du travail en imposant aux salariés de financer les syndicats qui ont maintes fois prouvé leur parasitisme et leurs gros penchants mafieux, le tout en cavalier d’une « simplification » de la feuille de paie qui vise à conserver les Français dans l’ignorance des coûts réels de leur protection.

Mais ne vous inquiétez pas : tout ceci est prévu, calculé, calibré pour créer de l’emploi, redresser la situation économique française et nous sortir de la crise, si si.

Ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2014/10/22/34405-une-feuille-de-paie-vraiment-plus-simple


Nos quartchiers ont du talent

mardi 21 octobre 2014 à 09:00

Il n’y a pas à dire, la France sait vivre. Si, dans les couloirs feutrés de nos institutions, on sent nettement que la tension liée à une situation globale pas facile-facile oblige les uns et les autres à raser les murs et les dorures républicaines en serrant les fesses, le petit peuple français, de son côté, n’hésite pas à vivre avec l’exubérance qui lui est coutumière. Et cette exubérance permet de ramener quelques pépites journalistiques, grumeaux de faits divers dont l’intérêt n’est pas toujours où l’on pense.

Et pour illustrer mon propos, je voudrais évoquer le temps d’un billet quelques uns de ces quartiers sensibles qui font régulièrement les meilleures pages des faits divers dans les journaux à tirages médiocres de nos localités désœuvrées. Ici, par quartiers « sensibles », on n’entend pas, comme l’adjectif tendrait à le faire croire, des quartiers émotifs, charnels ou sentimentaux, mais plutôt pénibles ou douloureux pour qui s’y aventure sans connaissance de cause.

oh noes !Par exemple, le Cours Victor Hugo à Bordeaux fut l’objet, il y a quelques semaines, de quelques articles dans la presse régionale, où l’on découvrait que sa situation y est devenue, en plus de cinq mois, ingérable, que les plaintes s’accumulent (tapage diurne et nocturne, trafics de toutes sortes, vols), émanant de commerçants et de riverains. Pire, les terrasses des cafés et restaurants sont devenues infréquentables à certaines heures. Des punks à chiens traînent mollement dans le coin et, comme le note Alexandra Siarri, l’adjointe aux affaires sociales, avec la diplomatie habituelle de la politicienne rompue à l’exercice communicationnel pas choquant-padamalgam-bisou compatible, « le sentiment d’insécurité progresse sur ce secteur ».

Par exemple, à Lille, on apprend qu’un quartier aimerait bien se débarrasser d’un encombrant squat de Roms fortuitement installé là depuis deux bonnes années, youkaïdi, youkaïda. Lille qui, apparemment, collectionne les petits soucis puisqu’à Wazemmes, un autre quartier, ce sont les dealers et les voleurs à la tire qui pullulent depuis plusieurs semaines au point d’acculer les commerçants, indignés par l’insécurité grandissante et la saleté indescriptible dans leur secteur, à menacer de faire le ménage eux-mêmes, en commençant par une grève de l’impôt.

Par exemple, on s’aperçoit qu’à Corbeil-Essonnes, quelques petits départs de feu parfaitement volontaires, qui ont emportés une médiathèque, une école et quelques voitures, consternèrent courant septembre une population déjà sensibilisée à ce genre de pirouettes festives puisqu’en 2012, la PMI avait été victime de jets de cocktails Molotov qui avaient endommagé plusieurs salles de cet équipement public et la crèche municipale voisine. Population d’autant plus consternée que les feux, deux semaines plus tard, continuent de plus belle.

sentiment d'insécurité

Évidemment, le recensement fait ici tient bien plus de la collection de perles et d’un enchaînement de faits divers que d’une quelconque étude statistique et n’a surtout aucune prétention ni à l’exhaustivité, ni à l’exemplarité. Il serait probablement assez facile d’ajouter d’autres exemples de la même trempe en écumant la presse locale avide de ces petites notules crapoteuses où se collisionnent les enquiquinements ordinaires de citoyens lambda avec les violences, incivilités et autres troubles à l’ordre public que des faunes frétillantes provoquent avec une certaine maestria.

Le problème n’est pas ici de savoir si ces actes sont caractéristiques d’une tendance à l’ensauvagement, tendance qu’il est impossible d’extrapoler à partir d’éléments aussi parcellaires que disjoints. En revanche, il apparaît tout de même intéressant de noter que dans chacun de ces faits, la situation semble s’éterniser depuis un moment. Dans chacun de ces exemples, on voit la trace d’une police débordée, d’une justice qui peine franchement à agir, d’une municipalité dépassée et impuissante, et ce, pendant des semaines. Et dans chacune de ces tristes démonstrations de toute la faiblesse de l’état républicain, on notera l’exaspération croissante des riverains concernés, la colère sourde des voisins, l’incompréhension puis la colère de ceux dont la vie dépend, d’une façon ou d’une autre, de l’ordre public qui, dans ce quartier, s’est évaporé on ne sait où.

Rollers Police NationaleOr, comment caractériser une société si ce n’est par sa capacité à faire régner un semblant d’ordre public, au moins autour de ceux qui paient le plus lourd tribut aux services de l’État ? Que vaut une civilisation au plan politique et moral si elle est incapable de garantir un traitement raisonnablement rapide des troubles évidents à l’ordre public ? Que vaut-elle si elle est infoutue d’assurer un minimum d’harmonie entre les individus ? À quoi peut-elle prétendre si elle ne répond plus aux attentes basiques, essentielles, des individus respectueux, justement, de l’ordre institué en norme admise par tous ?

Le constat que je fais ici est aussi réalisé, de façon pas toujours consciente, par tous ceux qui sont confrontés à ce genre de problèmes plus ou moins graves. Petit-à-petit s’insinue dans leurs pensées l’évidente inadéquation entre les ponctions toujours plus grandes qu’ils concèdent à l’État censé faire régner l’ordre, et les avanies elles aussi toujours plus grandes qu’ils subissent, et qui sont toujours moins bien réglées. Inévitablement, la ponction fiscale apparaît chaque jour plus douloureuse (et surtout lorsqu’une partie d’icelle retombe sous forme d’aides et de subventions diverses dans l’escarcelle des fauteurs de troubles). Que voulez-vous, les gens sont bêtement pragmatiques et savoir qu’une part de leurs impôts nourrit, directement ou pas, certains des individus qui leur coûtent leur sommeil, et que l’autre morceau fiscal ne sert manifestement plus à calmer le jeu, ça finit par agacer franchement. Là encore, lorsque le régalien, « cœur de métier » de l’État et seule raison valable de son existence, part ainsi en goguette, le consentement à l’impôt se fait mécaniquement plus rocailleux.

Et même si l’on oublie un instant ces rouspéteurs ataviques (le Français est un gros ronchon, tout le monde le sait, voyons), et si l’on pose donc un petit mouchoir pudique sur leurs protestations de contribuables, de commerçants, ou de parents concernés par les dégradations et autres troubles subis, il est plus délicat de placer aussi sous le mouchoir les effets de bord délétères que ces situations entraînent à long terme.

On pourrait ainsi croire anecdotique le fait que ces problèmes renvoient une image déplorable de ces quartiers. Il n’en est rien, tant pour les vacanciers qui pourront y découvrir une autre forme de tourisme (ou renoncer à venir, disons), que pour les employeurs, commerçants ou sociétés qui réfléchiront à deux fois avant de choisir une implantation trop présente dans les faits divers des journaux locaux. Comme bien souvent, les problèmes qui s’enkystent déteindront des années durant sur le lieu et en pourriront durablement l’attractivité. Tout ceci, répété des centaines de fois sur tout le territoire, finit par coûter bien plus cher que les exactions initiales elles-mêmes.

just think of it as a taxEnfin, comment ne pas voir que cette évaporation durable des services régaliens forme toute une génération d’individus à des comportements qui compromettent le socle même de notre société ? D’un côté, c’est toute une génération qui s’est habituée à s’en tirer à bon compte et qui a oublié ces barrières et ces limites sans lesquelles la civilisation ne peut s’épanouir. D’un autre, c’est toute une génération d’individus qui s’est entraînée à régler ses problèmes par elle-même, sans en passer par la case indispensable de l’institution officielle de Police et de Justice, celle-là même qui fonde, précisément, le principe de civilisation ordonnée, par opposition à un immense foutoir où règne essentiellement la loi du plus fort et du plus nombreux.

Non, décidément, impossible de faire des statistiques sur des faits divers, mais non, décidément, impossible d’oublier que ceux-ci illustrent très bien que l’État, en voulant se mêler de tout, ne se mêle plus vraiment de rien, qu’il a tant dilué son action dans la myriade d’associations diverses, des services publics pléthoriques et d’une qualité médiocre, qu’il en est venu, progressivement et inexorablement, à oublier ses missions premières. Non, bien sûr, le territoire français n’est pas à feu et à sang, mais chaque quartier où ces exactions durent montre que l’État a largement atteint son niveau d’incompétence : tiraillé entre ses finances exsangues et ses missions toujours plus nombreuses urbi et orbi, les milliers de lubies de ses dirigeants frivoles, il n’a plus ni l’argent, ni le temps pour effectuer correctement la seule tâche à laquelle il peut prétendre : celle d’assurer l’ordre et la justice.

Ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2014/10/21/34430-nos-quartchiers-ont-du-talent


Du pétrole toujours plus abondant, et encore moins cher

lundi 20 octobre 2014 à 09:00

En l’espace de quelques semaines, le prix du pétrole a chuté, passant de plus de 100$ le baril au cours du mois d’août à un petit 80$ actuellement. Comme on va le voir, cette baisse entraîne quelques remarques économiques fort intéressantes.

Plusieurs facteurs expliquent cette dégringolade des cours. Comme on peut le lire assez facilement à droite ou à gauche, il y a d’abord la forte diminution de la demande, liée à un ralentissement économique mondial. Tout particulièrement, la Chine demande maintenant nettement moins d’énergie (tant du côté du pétrole que du charbon, dont les prix baissent aussi) alors que son économie se ralentit notoirement. En Europe, la récession entraîne aussi une baisse de consommation : tant les industries qui produisent moins pour s’adapter à une baisse de la demande que les consommateurs individuels qui font des efforts d’économies poussent effectivement à une diminution marquée de la demande en produits pétroliers.

D’un autre côté, on note aussi une hausse de l’offre, de plusieurs façons. Si certains pays (comme le Venezuela) cherchent à réduire la production — et il faut bien dire que le socialisme a un talent certain pour générer, voire provoquer de la pénurie — d’autres en revanche n’ont aucun souci à l’augmenter, les États-Unis en tête avec le gaz et l’huile de schiste, suivis de l’Arabie Saoudite qui n’hésite pas à conserver ses robinets grands ouverts. Aux producteurs traditionnels se sont en outre ajoutés la Russie, qui n’a pas de souci de production, et l’Iran, qui n’est plus encombrée de l’embargo sur son pétrole.

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Mécaniquement, cette offre abondante alors que l’économie marque nettement une pause, qui entraîne une demande plus faible, aboutit déjà à un prix tendu vers le bas. À présent, les perspectives de croissance ayant été revues à la baisse, il n’est dans l’intérêt d’aucun producteur de pétrole actuel de noyer le marché dans une offre trop abondante, au risque de voir encore les prix descendre bien plus bas. La baisse actuellement constatée devrait, de ce point de vue, favoriser la mise en suspens de nouvelles exploitations, tant aux États-Unis (dans le pétrole conventionnel ou de schiste) qu’ailleurs — je pense ici aux gisements énormes récemment trouvés en Arctique par les Russes de Rosneft.

À ceci s’ajoute le désir du principal producteur et membre le plus influent de l’OPEP, l’Arabie saoudite, de limiter la prise de parts de marché de la part de ses concurrents (américains notamment). Comme les coûts de production de l’or noir ne sont pas partout les mêmes, l’Arabie joue ici surtout sur le fait que l’exploitation de son pétrole est bien plus facile à rentabiliser à 80$ ou même 70$ le baril que l’exploitation des schistes, ou des gisements iraniens ou russes qui ont besoin d’un prix du baril supérieur à 100$ (l’Arabie peut ainsi se satisfaire d’un prix du baril très bas, quitte à couper dans ses subventions publiques généreuses le temps que la situation s’apure). En outre, géopolitiquement, l’Arabie saoudite tient toujours à faire tomber le régime syrien, actuellement soutenu par les Russes, et ne voit vraiment pas d’un bon œil un régime iranien qui disposerait de l’arme atomique. Un prix du baril bas frappe donc, indirectement, les capacités des iraniens à parvenir à leurs fins nucléaires et, en même temps, les soutiens de Bachar el Assad. Poutine doit ainsi composer avec une réalité économique défavorable tant que les prix sont maintenus aussi bas.

Enfin, les pays du Golfe ont un autre adversaire à faire tomber, et il nécessitera un prix du pétrole durablement bas, qu’ils sont seuls en mesure de fournir de façon durable : il s’agit des énergies renouvelables dont les coûts de production apparaissent de plus en plus exorbitants à mesure que les prix du barils descendent. En effet, on ne doit pas perdre de vue que si le gaz et l’huile de schistes ne sont exploitables qu’à partir d’un baril raisonnablement et durablement au-dessus de 70$ (le « break-even » moyen aux États-Unis se situant autour de 68$), les énergies vertes, éco-conscientes et Gaïa compatibles sont réalistes économiquement avec un baril bien au-dessus de 100$ (et plus sûrement 150). En substance, les producteurs de l’OPEP sont en train de tuer leurs concurrents « renouvelables » et leurs errements écologistes rigolos mais totalement irréalistes.

break even point - shale gaz and oil US

Mieux : avec de tels prix, les baisses de profits entraînent des rationalisations, une recherche de tous les instants pour réduire les coûts du côté des producteurs. C’est à force de ces rationalisations que les exploitations de gaz et huile de schiste ont fini par être rentables bien en dessous de 100$ le baril. En revanche, la baisse des subventions dans les énergies renouvelables entraîne la faillite pure et simple des entreprises qui les fournissent, tout simplement parce qu’elles ne peuvent pas, en l’état actuel des techniques, rationaliser à ce point là. Tant que les rendements éoliens ou photovoltaïques sont aussi faibles, il ne faut pas espérer voir se développer ce genre d’offre alternative alors que leur coût, in fine, se situe à plus du double des énergies non renouvelables actuelles. Il faut se rendre à l’évidence : non seulement, on ne manque pas assez de pétrole pour que les moulins à vent et les panneaux solaires soient rentables, mais en plus, le pétrole est actuellement si abondant et la demande suffisamment faible pour que la perspective d’en manquer dans les dix ou vingt ou même trente prochaines années semble parfaitement ridicule.

us field production of crude oil

Enfin, cette baisse du prix du pétrole s’inscrit dans un contexte assez particulier puisque le pétrole n’est pas le seul produit dont le prix baisse. Eh oui : la déflation bat son plein ! La création de crédit s’effondre, les individus et les entreprises ont maintenant compris que l’épargne redevient nécessaire et souhaitable. À ceci, on doit ajouter la baisse des cours de bourses correspondant à une sortie très importante d’actifs boursiers : on parle en centaines de milliards voire en milliers de milliards de dollars qui se sont retirés des principales places de marché sur la semaine écoulée. La baisse des cours du pétrole s’ajoute donc à une baisse de prix assez générale.

Or, la déflation, ça a du bon : selon Brean Capital, 10$ de baisse sur le prix du baril de pétrole est l’équivalent d’un stimulus de 0.4% sur le PIB mondial, dont l’effet est nettement plus palpable que les milliards de dollars injectés récemment par les économies occidentales. Cette baisse du prix du baril, c’est en réalité un gain net de pouvoir d’achat estimée à 1.8 milliards de dollars journaliers (660 milliards à l’année). Et pour le moment, en Europe, qui récupère ces gains journaliers, le prix à la pompe n’ayant pas changé ?

Vous l’avez compris : non seulement, le consommateur européen va continuer à payer pour des moyens de production énergétiques très très loin d’être rentables comme l’éolien et le photovoltaïque, mais il va de surcroît continuer à payer le carburant au même prix alors que son prix de marché réel, lui, chute. En substance, on prive maintenant les foyers et les entreprises d’importants gains de pouvoir d’achat et de gains de productivité, pour rien.

Réjouissez-vous : l’écologie punitive, c’est maintenant.

peak oil shortage

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Source : http://h16free.com/2014/10/20/34372-du-petrole-toujours-plus-abondant-et-encore-moins-cher


Plug Vendôme

dimanche 19 octobre 2014 à 11:00

Certains y voyaient un sapin vert stylisé, d’autres un bouchon anal gigantesque. Paul McCarthy, le grRrand artiste connu de tous (mais si !) a récidivé en installant, sur la place Vendôme à Paris, une de ses œuvres provocantes pour le plus grand plaisir du Tout Paris Intellectuel frémissant à l’idée d’un vrai débat sur la place de l’art contemporain dans la cité.

le plug anal de la place vendômeIl fallait bien ça. Le monde parisien attendait à l’évidence une telle aventure artistique depuis des lustres, et la mobilisation d’un peu d’argent du contribuable parisien pour permettre à un artiste de faire sa publicité ne doit pas remettre en question le message essentiel qu’il tente ici de faire passer : la place Vendôme avec un gros bidule vert au milieu, c’est tout de même vachement chouette. Et puis, si le bidule peut, en plus, choquer le bourgeois, c’est encore mieux.

Car ici, entendons-nous bien, le but n’est pas autre que celui de choquer. Certains, touchant de naïveté, font semblant de croire que l’objet ne serait qu’un sapin et l’artiste malicieux n’aurait qu’un peu joué sur l’ambiguïté, tout au plus. Ce serait oublier un peu vite que l' »artiste » est un habitué du scatologique, du tendancieux ou de l’outrage ouvertement affiché. On se rappellera ses crottes de chien volantes, par exemple, qui ne défrayèrent pas assez la chronique pour en faire un artiste aussi mondialement connu que d’autres comme Koons ou Murakami qui ont eu, eux, l’honneur d’aller faire leurs bouffonneries dans les lieux les plus touristiques du monde, Versailles par exemple, et obtenir ainsi une exposition suffisante pour accroître grandement leur notoriété et, conséquemment, leurs prix de revente.

crotte de chien volante, par Paul McCarthy

Et quand je parle de bouffonneries, croyez bien que je n’exagère pas. Difficile en effet de voir autre chose qu’une représentation clownesque dans les « performances » auxquelles se livrent ces individus : à ce titre, celles de Paul McCarthy sont presque caricaturales dans leur recherche obstinée de la provocation, celle qu’un enfant de quelques années entreprendrait pour obtenir un peu de cette attention dont il est dépourvu et qu’il se croit en droit de réclamer, haut et fort, poings fermés et yeux pleins de larmes, parce que, parce que c’est comme ça, la société lui doit cette attention, merdalors.

Bref, l’espèce étrange de débat qui s’est rapidement installée à l’arrivée de la sculpture gonflable, pour déterminer ce qui se trouvait sur la place Vendôme n’a pas vraiment lieu d’être, et aucun doute ne doit subsister : il s’agit bien d’un objet sexuel d’une taille gigantesque, exposé au milieu d’une place centenaire. En cela, nous pouvons donc être certains qu’il s’agit bien d’art contemporain, et donc comptant pour rien puisqu’il respecte les trois critères habituellement assemblés pour se classer ainsi :

Mission parfaitement remplie, donc : les réseaux sociaux bruissent, les journalistes scribouillent, les photographes photographient, les critiques d’art s’époumonent, les conservateurs hurlent au scandale pendant que les progressistes crient au génie, et les blogueurs (moi compris) bloguent. Paul McCarthy est heureux : on parle de lui. L’enfant de cinq ans a l’attention qu’il réclamait.

Entendons-nous bien. Ici, Je ne remets pas en cause l’éventuel talent de l’individu. Apparemment, il maîtrise par exemple assez bien les levées de fonds nécessaires à réaliser ses bidules, ce qui demande un évident savoir-faire en matière de négociations financières, en placement produit, en marketing, ou, plus prosaïquement, dans l’embobinage de riches gogos qui pourront larguer de gros chèques. L’ascenseur est facile à renvoyer puisque le coût des installations, lorsqu’elles sont financées par un riche mécène collectionneur et fan de l' »artiste », est compensé par l’accroissement sensible des prix des pièces du collectionneur grâce à la médiatisation obtenue. De ce point de vue, l’opération peut même être très rentable, et le gogo ne pas en être un du tout. Bien joué.

On ne peut pas non plus retirer à Paul McCarthy une bonne expertise du gonflage de gros ballons (expertise sans doute pas aussi pointue que nos politiciens en général, mais suffisante pour en vivre, à l’évidence). Bien sûr, cette expertise n’atteint pas le même niveau de subtilité que celle qui permet par exemple de manipuler de gros morceaux d’acier rouillé comme un Bernar Venet jadis à Versailles.

Mais tout de même, quelques questions se posent, et certainement pas sur la nature de l’objet (dont, personnellement, je me fous pas mal).

La première est celle de savoir pourquoi l’art, depuis quelques années, se doit ainsi de choquer. Les « artistes » ou, plus exactement, les auteurs de ces (contre-)performances expliqueront que l’art contemporain doit absolument remettre tout en question, et poser des questions est bien, parfois, prendre le risque de choquer. Je note cependant que dans un monde où le choc (des photos, des sons, des opinions, que sais-je) n’est jamais beaucoup plus loin qu’à un clic de souris, leurs performances se suivent et se ressemblent de plus en plus. Le choc devient de plus en plus mou, la réaction relevant plus de l’agacement de ces répétitions oiseuses que d’une quelconque réflexion que serait censé provoquer ce fameux choc. Accessoirement, il devient beaucoup plus difficile pour ces artistes, pourtant généreusement subventionnés par des services publics avides de dépenser l’argent du contribuable en happenings médiatiquement bien visibles, d’émerveiller, de faire rire ou d’enchanter les foules. Pour ces artistes, la recherche de spectacles, de sculptures, de « performances » qui permettraient au peuple d’échapper vraiment à son quotidien, de le transporter ailleurs, ne semble plus à l’ordre du jour.

L’autre question vient du lieu où ces joyeuses représentations sont disposées. Que ce soit Versailles, la place Vendôme ou d’autres endroits (encore qu’ici, devant Bercy me semblait plus à-propos), il apparaît régulièrement que ces endroits, publics par nature, se coltinent ces œuvres d’un goût … disons « ouvert à débat », sans que le public ne soit préalablement consulté, à commencer par celui qui vit directement alentour. Il est en effet assez improbable que le peuple parisien fut consulté pour savoir s’il goûtait la présence de ces sculptures gonflables. La question pourrait paraître anodine, mais elle dévoile un autre aspect : n’importe qui ne peut pas, à l’évidence, installer tout et n’importe quoi au milieu d’une place publique. Dans le cas qui nous occupe, une autorisation fut demandée, et obtenue. Qui décide ? Pourquoi, à la mairie de Paris, a-t-on opté pour Paul McCarthy plutôt qu’un autre ? Le gros coup de pouce (ou de plug anal, selon le point de vue) à l’artiste est si peu anodin qu’il n’est pas impensable d’imaginer un retour d’ascenseur pour celui qui l’a autorisé. Est-ce vraiment l’égalité alors qu’il existe sans doute d’autres artistes, aussi bons ou aussi mauvais que McCarthy, qui rêveraient d’exposer ainsi leurs « œuvres » sur cette place ? Est-ce justice que de choisir cet artiste-ci plutôt que celui-là ? Et surtout, est-ce normal qu’un tiers choisisse tout court, au nom du service public ?

art contemporain

Finalement, le scandale n’est pas tant dans la forme de la structure gonflable choisie par son auteur, ni sa couleur, ni son ambiguïté dont, il faut bien le dire, on se fiche un peu. Il est plutôt dans l’existence même de cette possibilité offerte à certains, happy few arbitrairement choisis et désignés par ceux qui savent, ceux qui pensent et ceux qui décident pour les autres, d’aller prendre possession d’un lieu public et d’imposer à tous (dans tous les sens du terme « imposer ») une certaine vision de l’art, cette vision si particulière où le but recherché est avant tout de faire un investissement spéculatif sur le choc et la couverture médiatique, pendant qu’apporter une nouvelle interprétation du monde, but possible de l’art, est largement oublié en chemin.

Parisiens, Français, avec ce genre de démonstrations, on se moque de vous. On choisit ce que vous devez voir et connaître, on choisit pour vous ce qui doit vous choquer. On choisit ceux de ces artistes qui seront renommés, et ceux qui seront oubliés. On favorise une clique, sans vous demander votre avis, et, à la fin, on vous présente la facture.

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Source : http://h16free.com/2014/10/19/34351-plug-vendome