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La France, prudente, choisit l’immobilisation totale.

vendredi 13 juin 2014 à 09:00

La rue, en France, réserve décidément bien des surprises. Si l’on s’imagine que c’est le lien naturel entre les habitations, les commerces et les lieux de vie, la réalité française en fait rapidement un lieu où se déroulent mille et une péripéties sociales. Et en ce mois de juin, où les températures et les moindres précipitations rendent propices les déplacements, c’est encore plus vrai.

interdit piétonsPar exemple, profiter de la rue lorsqu’on est simple piéton, c’est parfois s’exposer à des déconvenues, surtout si on fait un peu n’importe quoi. C’est ce qu’ont pu découvrir 186 personnes qui avaient eu la triste idée de traverser en dehors des passages piétons et qui se sont fait verbaliser récemment à Saint-Étienne. Ah, que voilà fière police qui réalise ici un travail de véritable salut public puisqu’enfin elle admet que le piéton n’a pas tous les droits et peut, parfois, être en tort lorsqu’un véhicule motorisé lui passe dessus… La verbalisation était donc plus que nécessaire, salutaire même !

controles radarsEt puis, lorsqu’on n’est pas piéton, on devra aussi bien faire attention à son environnement, notamment cette partie de l’écosystème routier qui verbalise à tout va. C’est ainsi qu’on découvre la traque mise en place par la gendarmerie sur les autoroutes … de l’information, où elle a décidé de choper quelques petits internautes qui ont eu la mauvaise idée de partager sur Facebook la localisation des forces de l’ordre et leurs radars dans l’Aveyron. On passera sur la qualification fantaisiste des délits poursuivis pour se concentrer sur le fait principal : les forces de l’ordre font ici encore preuve à la fois de discernement et d’intelligence pour s’attaquer à ces vrais problèmes qui rongent la France.

attention accidentEntre les piétons poursuivis et les facétieux partageux de Facebook, policiers et gendarmes sont donc assez occupés. Ce qui explique probablement pourquoi ils ne sont pas là lorsqu’un rodéo a lieu en pleine ville. Rodéo impromptu organisé par des jeunes sur de grosses cylindrées de location (Mercedes, Porsche Cayenne, deux Ferrari et une Lamborghini), qui se termine malencontreusement lorsque la Porsche et la Mercedes écrasent un piéton (probablement récidiviste du passage hors des clous). Rassurez-vous : les autorités « compétentes » (ici, le Maire de la commune) se sont immédiatement emparées de l’affaire pour proposer des solutions viables et concrètes comme l’interdiction de la location de grosses cylindrées ou la création d’un nouveau permis de conduire pour ces engins puissants. Parce que la loi, ça marche, bien sûr.

Vous voyez, il se passe beaucoup de choses dans les rues de France, et à bien y réfléchir, tout indique qu’y circuler comme un individu insouciant et libre devient de plus en plus difficile. Heureusement là encore, les politiciens ont pensé à vous. En ayant fort habilement ponctionné les contribuables pour mettre en place des transports en commun, ils résolvent ainsi plusieurs problèmes : plus besoin de grosse ou de petite cylindrée, plus besoin d’être piéton ! Et puisque l’État s’occupe déjà de vous éduquer, de vous soigner, d’épargner pour votre retraite et de vous trouver un travail s’il venait à manquer, il va aussi vous transporter, du téton au sapin et de chez vous à l’endroit où vous comptez vous rendre (car vous êtes cerné).

C’est bien évidemment magnifique. Un rien coûteux, mais on s’en fiche puisque c’est de l’argent gratuit du contribuable.

ideesncfJusqu’au jour où certains décident que non. D’habitude, la saison de la gréviculture est plutôt Septembre, mais la déliquescence générale du pays, couplée à l’approche des vacances et à un temps qui pousse à la rêverie sous les cerisiers, additionnée d’une bonne louchée de Coupe du Monde de football qui incite clairement certains à rester chez eux devant la télé, tout cela aura favorisé l’émergence d’une nouvelle récolte de grèves dodues et chargées de bon gros slogans sucrés. Le bal fut ouvert en début de semaine par la SNCF, grévicultrice patentée et reconnue dans le monde entier depuis plus de 60 ans. Bien évidemment, le motif de ce débrayage complet des cheminots est absolument essentiel à la compréhension de cette action syndicale qui recueille bien évidemment le soutien complet des Parisiens en particulier et des Français en général, parce que tout le monde sait qu’ils se battent pour nos droits aussi et gros bisou. Bien évidemment, on lit déjà certains ronchons, perturbés par ces petits changements inopinés d’horaires et de disponibilités, s’épancher dans une presse bien trop complaisante pour ces vendus au turbolibéralisme apatride mangeur d’enfants communistes.

Bien sûr, lorsqu’une grève SNCF survient ainsi, le rompu des métros, l’habitué des navettes et l’usagé des transports se rabat sur ce qu’il peut. Le taxi est une option possible. Mais dommage, ces derniers ont aussi poussé leur petite grève pour protester contre la concurrence des voitures de tourisme avec chauffeur (VTC), qui a le mauvais goût de saboter leur rente de situation et de remettre largement en question leur méthodes commerciales. Et rien de tel que d’envoyer chier de conscientiser le client pour, justement, illustrer leurs méthodes commerciales et se garantir une bonne compréhension du message et un appui corporatiste auprès des politiciens.

Tant pis pour les non-piétons qui voulaient tenter de se déplacer ces derniers jours, de grosses perturbations se sont donc accumulées pour le plus grand bonheur de tous, sachant que « grosses perturbations » est un délicat euphémisme pour « bordel total avec prise en masse ». Et ne comptez pas sur les prochains jours pour une éventuelle amélioration puisqu’au bal des pleureuses de la France Corporatiste s’ajoute le personnel de piste d’Air France de l’aéroport Charles-De-Gaulle. Entre les cheminots opprimés, les taxis malmenés et le personnel aéroportuaire maltraité, tout indique qu’enfin, les damnés de la Terre et les forçats de la faim se redressent et réclament ce qui leur est dû : du pognon, une protection contre le monde qui pique, plus de moyens (financiers), l’assurance de la conservation de leurs acquis sociaux, des augmentations de salaire et le retour au status quo ante.

Je passerais pudiquement sur le fait que cette grève aura poussé les usagers à toutes les extrémités pour parvenir à se déplacer, et ces derniers, redevenus piétons, n’en faisant qu’à leur tête et n’importe comment, se retrouvent parfois sous les transports en commun qu’ils espéraient utiliser. Je laisse au lecteur le soin de savoir s’il faut verbaliser le piéton ou blâmer le conducteur de n’avoir pas fait grève.

caillebotteÀ l’instar d’un tableau de Monet ou de Caillebotte constitué de petites touches de couleurs assemblées pour former un tout cohérent, cette pénible litanie de faits divers et de mouvements sociaux tous aussi consternants les uns que les autres montrent tous, par agglutination et juxtaposition, l’état général de la France en ce mois de Juin 2014. Loin d’une France apaisée, le pays n’a jamais été autant parcouru de tensions, d’aigreurs et de ressentiment.

À lire ces faits divers, on croirait que la police et la gendarmerie font absolument tout ce qui est dans leurs cordes pour se faire détester. Les corporations et les syndicalistes ajoutent à la nervosité ambiante en démontrant à tous leur implacable sens du foutage de gueule et leur mépris le plus profond pour ces clients qu’ils savent captifs. Tout, dans le pays, est fait pour que l’individu libre qui se déplace à son gré soit largement encadré, surveillé et considéré, par défaut, comme un délinquant potentiel, et lorsque ça ne suffit pas, on entravera purement et simplement ses déplacements. De cette façon, il faut faire comprendre au peuple qu’il doit maintenant rester chez lui et attendre sagement le dénouement des confrontations entre les meutes de loups pour savoir à quel sauce il devra être mangé. Ce peuple qui a jadis tant choyé sa liberté n’est plus qu’un esclave au service de petits maîtres, veules et sans scrupules. Finalement, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le Changement, c’est l’Immobilisation. Et le pire n’est même pas qu’elle soit imposée au peuple, mais que celui-ci s’en accommode.

Ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2014/06/13/31838-la-france-prudente-choisit-limmobilisation-totale


Loi ALUR et Cécile DuFAIL

jeudi 12 juin 2014 à 09:00

Mauvais karma pour les Bisounours : contrairement à un plan de route établi au micro-poil de longues années en avance, des imprévus se sont glissés sur le trajet qu’ils comptaient emprunter (moyennant des prêts à taux bas et des facilités de crédit assez exceptionnelles). Et patatras, voilà donc un nouvel échec du gouvernement, inévitable et parfaitement prévisible, qui se déplie lentement devant nos yeux.

L’immobilier n’est décidément pas un marché facile pour les joyeux étatistes, et plus ils sont dogmatiques, plus fortes sont les chances que leurs aventures interventionnistes leur pètent violemment au museau. C’est exactement ce qui est en train de se produire avec les rocambolesques bricolages législatifs que Cécile Duflot nous aura laissés en héritage après deux ans d’acharnement à raconter, faire et défaire n’importe quoi n’importe comment.

On s’en souvient, toute l’histoire de la loi ALUR, puisque c’est d’elle dont il s’agit ici, est une démonstration parfaite de ce que peut faire l’incompétence comme dégâts lorsqu’elle est jetée au milieu d’un ministère dont les moyens financiers ne sont pas aussi nuls que sa ministre de tutelle. À l’épisode précédent, nous avions actualisé le schéma indiquant le parcours institutionnel d’une loi débile dans notre belle République du Bisounoursland. Il est temps, à présent, de le rafraîchir pour tenir compte des derniers développements : l’échec étant avéré, la facture va être adressée à tous les contribuables, tous les propriétaires et tous les locataires de France.

Loi ALUR - étape finale

En effet, à cette étape, le bilan ne fait plus aucun doute.

D’une part, le dispositif « Duflot » d’investissement locatif s’est banané en rase campagne avec le bruit mou de petits fruits blets lancés sur un mur. Les conditions d’accès incompréhensibles ou trop restrictives ont largement entamé l’intérêt de ce type de prêts qui n’ont finalement concerné qu’une toute petite partie des Français. D’autre part, la loi Duflot prévoyait la cession gratuite (ou fortement décotée) de terrains constructibles appartenant à l’État, mais n’a abouti finalement qu’à une poignée d’opérations (moins de dix). Le ridicule ne tue pas mais fait quand même des ravages.

À ces merdoiements tout à fait dans l’esprit gouvernemental, il faut aussi admettre que tout avait été fait pour que la conjoncture n’aide en rien les petites poussées catarrheuses de la pauvre Cécile sur le sujet : comme l’État avait absolument tout fait pour protéger et maintenir sous oxygène le marché de l’immobilier à la suite de la crise de 2008, les prix des biens disponibles ne se sont pas réajustés comme ils l’ont fait dans d’autres pays. Actuellement trop hauts pour les salaires moyens français, ils n’ont pas permis à de nouveaux acheteurs de devenir solvables.

Pire encore, l’explosion paperassière faisant suite aux prouesses législatives de Duflot ont laissé plus d’un vendeur ou d’un agent immobilier pantois. En effet, pour qu’une promesse de vente soit valable, il faut désormais fournir une masse invraisemblable de documents administratifs (règlement de copropriété, procès-verbal des trois dernières assemblées générales, état de division des lots…) qui non seulement ralentissent le processus de vente, mais en plus coûtent pour leur collecte du temps et des moyens financiers dont ne disposent pas toujours les vendeurs. Après le ridicule, c’est le choc de simplification qui fait des dégâts.

Enfin, même les dispositions de la loi ALUR qui n’ont pas encore trouvé leur décret d’applications font frémir tant les propriétaires que les professionnels de l’immobilier, refroidissant encore un peu plus un marché déjà particulièrement visqueux.

epic failTout ceci est déjà calamiteux. Si l’erreur est humaine, pour une vraie catastrophe, il faut en revanche faire intervenir nos amis socialistes : à ces pitreries coûteuses s’ajoutera donc, pour ce nouvel épisode, une communication cacophonique dont le gouvernement est maintenant coutumier.

Selon Europe1, on apprend, de sources gouvernementales plus ou moins en coulisses et de professionnels de l’immobilier de plus en plus déconfits par l’étendue des dégâts, que le gouvernement s’apprêterait à « détricoter » la loi ALUR (expression qu’on retrouvera un peu partout dans le cours de l’après-midi) : officieusement, l’encadrement des loyers serait oublié et la garantie universelle des loyers (GUL) serait réétudiée pour trouver des alternatives. Et pour parvenir à cette entourloupe des familles, il suffirait d’appliquer la méthode habituelle du « votée sans son décret », devenue un grand classique dès qu’il s’agit de faire marche arrière discrètement.

Par un furieux hasard, on apprend à la suite de cette information que finalement, le gouvernement dément officiellement vouloir retoucher à cette magnifique loi. D’ailleurs, Émilie Piette, la directrice du cabinet de la ministre du logement, Sylvia Pinel, l’assure :

« Il n’y a pas de remise en cause de la mise en œuvre de la loi ALUR »

(On admettra bien sûr qu’on la voit mal abonder bruyamment dans le sens d’Europe1, seul le Roi Solex pouvant ouvertement passer pour une andouille sans en subir la moindre conséquence.) Tout comme il semble acquis que la « fuite » vers Europe1 n’en était pas une, et que le démenti n’en est donc pas vraiment un, on peut en tout cas en conclure que cette loi est très mal engagée, qu’elle constitue bel et bien un épieu profondément enchâssé dans l’arrière-train gouvernemental (d’ailleurs dodu), et qu’elle va de toute façon être aussi massivement que discrètement remaniée à coups de non-décrets et de bricolages divers et variés pour en limiter les effets.

L’épisode communicationnel rigolo qui nous a été offert a probablement été conçu pour mesurer les forces en présence et l’étendue des latitudes dont le gouvernement dispose pour charcuter cette loi indigente. Mais apparemment, l’idée même de faire amende honorable et de l’annuler est parfaitement impossible : mieux vaut largement présenter une facture démentielle au peuple français qu’avoir le courage d’admettre son erreur.

Comme je l’ai dit, l’échec est donc connu, son coût est quasiment déjà acté, et la facture, en cours de rédaction, sera envoyée, petit-à-petit, à tous les Français. Bien sûr, on pourrait conclure en disant que ce FAIL pose un marqueur net dans la carrière de Cécile Duflot. Malheureusement, rien n’indique que cet échec gluant soit le seul que la fine équipe en place va nous offrir. La façon dont on enquille doucement le compte pénibilité, qui n’est qu’un exemple parmi d’autres des brillantes idées socialistes appliquées à la couture sociétale et au patchwork citoyen écoconscient, ou les idées quotidiennement navrantes de Montebourg permettent d’affirmer qu’une longue succession de gamelles retentissantes nous attendent dans les prochains mois.

Encore une fois, l’État a tenté de nous aider et s’est donné à fond. Le résultat est terrifiant.

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Source : http://h16free.com/2014/06/12/31836-loi-alur-et-cecile-dufail


Trop de cadenas ? Hidalgo mobilise Julliard !

mercredi 11 juin 2014 à 09:00

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses, mais quand ça tombe bien, ça tombe vraiment bien. On se souvient qu’il y a deux semaines, Anne Hidalgo, la nouvelle maire de Paris, avait émis le souhait de décrocher les cadenas qui encombrent les barrières du pont des Arts. Et dimanche dernier, de façon fort commode, une barrière, surchargée par ces verrous pesants, a fini par tomber, justifiant la nécessité d’agir…

Afin de ne pas perdre mes lecteurs non-parisiens, revenons quelque peu sur cette étonnante coutume qui s’est développée fort récemment. Depuis quelques années et dans différentes villes du monde, on assiste au même phénomène : des amoureux décident d’accrocher un cadenas à l’une des barrières d’un pont, et jettent la clef du verrou dans l’eau. La coutume, observée au départ dans des villes italiennes, est arrivée à Paris en 2008 et n’a plus cessé depuis. D’habiles marchands sont même apparus aux abords du Pont pour proposer des cadenas aux touristes, alors que la fine idée s’est propagée aux autres ponts parisiens (et, dit-on, jusqu’au dernier étage de la Tour Eiffel). La multiplication de ces gestes, effectués tant par les touristes que par des autochtones amusés, conduit rapidement les grilles des barrières à se recouvrir de milliers de petits antivols dont le poids cumulé finit par affaiblir la grille.

Et ce qui devait arriva donc il y a quelques jours : deux des barrières ont finalement cédé sous le poids des verrous, ce qui, outre le bruit de métal froissé, a entraîné le bruit encore plus irritant d’élus immédiatement concernés par la question.

hidalgo lamaAvant toute chose et comme il est maintenant de coutume dans ce pays où la moindre diminution, même temporaire, d’une protection ou d’un garde-fou quelconque entraîne une vague de frayeur dans le public qui risque de se blesser bêtement, la mairie de Paris a tenu à s’assurer sur le champ que personne n’avait été blessé, que le danger était connu, compris, et qu’un management efficace de la question avait été mis en place. Ne paniquez donc pas, tout est sous contrôle, et déjà, on apprend que « Les deux grilles qui se sont affaissées ont été remplacées temporairement par des planches de bois. » La catastrophe abominable à présent évitée, il va falloir déterminer exactement comment procéder pour la suite.

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Rassurez-vous (Do Not Panic, j’ai dit), quelqu’un est justement en charge des grilles qui s’affaissent sur le Pont des Arts. Comme quoi, l’argent du contribuable est bien employé d’autant qu’il s’agit de Bruno Julliard. Pour ceux qui l’auraient oublié, notre ami Bruno est un des rares à avoir su tirer son épingle du jeu suite aux troubles du CPE : ayant réussi – avec brio – à éviter toute forme de réflexion trop épuisante dans le monde réel, il est ainsi passé directement du non-travail estudiantin après un parcours brillant comme non-lycéen gréviste, à un poste de politicien dans lequel il suit méticuleusement la tendance globale à toucher une indemnité en minimisant le nombre de calories brûlées, économies d’énergie oblige.

Malheureusement pour sa retraite anticipée, il est donc impliqué dans cette affaire et va devoir s’investir un peu pour résoudre le grave problème qui se pose.

brigade bruno julliardCar ne vous y trompez pas : la situation est grave et justifie largement la mobilisation d’un adjoint à la Mairie de Paris pour la Culture. D’abord, pour des raisons évidentes de sécurité. On commence par cadenasser gentiment une grille ou l’autre, et on en vient à poser des verrous un peu partout. Imaginez si la folie prenait les touristes et autres amoureux et qu’ils en viennent à cadenasser les grilles de l’Élysée comme des fous ? Que se passerait-il si tous les vélibs se retrouvaient, à leur tour, cadenassés par des amoureux facétieux ? On n’est pas au bout de nos surprises !

Ensuite, cadenasser des grilles, c’est une forme de culture. Eh oui : c’est, un peu, un geste militant, un cri du cœur, une forme de rébellion sur la méchanceté et la grisaille du quotidien, et on assiste peut-être, ici et maintenant, au début formidable d’une tendance mondiale à tricoter des grilles de cadenas d’amour sur toute la planète, ce qui revient à une forme d’art un peu spéciale, toute dans la frétillance du moment, qui devra être à la fois encensée, canalisée, et bien évidemment subventionnée.

Enfin, si c’est bien de l’art pour certains, c’est clairement du cochon pour d’autres. On apprend ainsi que deux Américaines amoureuses de Paris ont lancé en mars une pétition, qui a depuis recueilli 7400 signatures, pour réclamer le retrait de ces moches cadenas qui enlaidissent le pont des Arts. Pour d’autres encore plus agressifs, le pont ressemble à une poubelle, et la perspective est toute bouchée avec ces encombrantes décorations.

Bref : notre ami Bruno se retrouve devant un bien épineux problème. Comment contenter les zartistes, les zamoureux, les zopposants et les ztouristes ? Question qui nécessite donc de mener « une réflexion autour du phénomène des cadenas d’amour, afin de proposer des alternatives à la fois artistiques, solidaires et écologiques » au phénomène. Oh, oui, vous les voyez se profiler langoureusement, ces jolies alternatives artistiques, solidaires, éco-conscientes et subventionnées par la Mairie de Paris, inaugurées dans des happenings coûteux où le champibulle coulera à flot ?

De façon étonnante, certains ont bien senti comment aller tourner cette affaire. Le petit Bruno s’en est ému :

« Lorsque Anne Hidalgo m’a demandé de m’occuper de ce problème, on a été l’objet de sarcasmes. Ce dernier événement vient renforcer notre conviction qu’il y a une vraie nécessité de trouver une alternative. »

Des sarcasmes ? Oh ! Allons. Tout le monde n’a pas la fibre artistique, c’est tout, et peu sont prêt à consacrer le temps nécessaire (probablement long, très long) pour trouver une « alternative séduisante pour remplacer ces cadenas ». Il faudra à l’évidence passer « par un appel à projet » auprès d’artistes, et par ici la bonne soupe une solution esthétique sera trouvée. En attendant, on ne résoudra rien du tout, et « on va continuer à enlever fréquemment des grilles de cadenas ». Le Parisien, bonne poire, s’adaptera, youpi tralala.

Cette petite péripétie cadenassière est fort amusante en ce qu’elle illustre, une fois encore, la tragédie des bien communs. En effet, les barrières du pont des Arts et, plus généralement, le pont tout entier appartiennent à l’État, c’est-à-dire à la collectivité, ce qui revient à dire, à personne. De façon presque mécanique et comme on peut le constater un peu partout ailleurs, ce qui appartient à tout le monde, et ce qui n’appartient à personne n’est généralement pas entretenu avec la même attention qu’un bien privé, la collectivité étant toujours moins motivée (et, en France, trop ponctionnée) pour s’occuper de ces menus détails.

brigade de clowns pour les cadenas

En fait, le pont aurait appartenu à une personne physique ou morale privée, dont la motivation était la valorisation (peu importe ici que ce soit une valorisation financière ou purement patrimoniale), une réaction aurait eu lieu dès les premiers cadenas posés, probablement avec leur retrait. Or, de retraits en retraits, l’habitude d’en placer n’aurait jamais été prise, et à plus forte raison, il n’y aurait pas eu de vendeurs de cadenas à proximité, ces derniers finissant systématiquement à la poubelle. On peut même envisager que le propriétaire aurait eu les moyens de poursuivre les cadenasseurs fous pour dégradation de bien privé… Autrement dit, le problème que le pauvre Julliard tente à présent de résoudre maladroitement ne se serait jamais posé.

Et sans même aller jusqu’à la privatisation du Pont des Arts (qui ferait sans aucun doute frémir la plupart des Français bien attachés à la chose publique, dussent-ils en souffrir longuement) on peut très bien imaginer qu’une fois l’ensemble des cadenas retirés et les grilles renouvelées, une surveillance légère soit mise en place (par une brigade de clowns et de mimes, par exemple) à l’instar de ce qu’on observe dans la plupart des grands parcs publics. Celle-ci suffirait à calmer les ardeurs des cadenasseurs, d’une part, et si d’autre part, elle s’ajoute d’un retrait prompt et systématique de chaque nouveau cadenas posé (certains cambrioleurs sont devenus maîtres dans l’art de faire sauter ces antivols, il ne doit pas être trop complexe de reproduire leurs techniques, largement documentées par les caméras de surveillance), l’habitude de verrouiller les grilles se perdra très vite.

Privatisation ou prévention légère, on voit en tout cas mal ce qui justifie l’étrange mobilisation de l’adjoint Bruno. À moins, peut-être, que les homo-festivus de la mairie de Paris aient quelque argent à dépenser pour des artistes amis ?

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Source : http://h16free.com/2014/06/11/31807-trop-de-cadenas-hidalgo-mobilise-julliard


Canicule ? Pas de panique ! Gouvernemaman est là pour vous !

mardi 10 juin 2014 à 09:00

Quand la France n’est pas sous de gros grêlons, elle a chaud, très chaud. Tout comme les hivers trop rudes, les trop fortes chaleurs sont néfastes pour les petits citoyens qui s’étiolent vite. Alors, Gouvernemaman agit pour que chacun prenne ses précautions.

Et si vous êtes inquiets de ces sensations étranges qui mobilisent soudainement tout votre être (gorge sèche, mains poisseuses, apathie devant l’effort, étrange volonté de rester à l’ombre), ne vous inquiétez pas : l’État vous informe.

Pour cela, rien de tel qu’un numéro de téléphone gratuit (c’est-à-dire payé par le contribuable) pour vous délivrer de l’ignorance et vous permettre d’obtenir les principales recommandations pour supporter les fortes chaleurs, qui — comme l’a rappelé notre Ministre de la Santé, l’inénarrable Marisol — comprennent :

marisol touraineAttention cependant, comme Mme Touraine l’explique, pas de quoi passer en mode panique, « il ne faut pas s’inquiéter outre mesure, je ne voudrais pas qu’il y ait de l’affolement ou de la préoccupation. » La France, éternelle et merveilleuse, a déjà connu ce genre d’épisodes (eh si, je vous assure) où les températures font un peu la fête, youhou, mais rien de grave, gardez votre sang-froid, c’est le cas de le dire, hi hi hi, « il fait chaud », hein, mes petits amis, mais « ce n’est pas la canicule, c’est ce qu’on appelle un pic de chaleur », comprenez-vous, c’est-à-dire que les températures, elles étaient là, plutôt en bas, et maintenant, elles sont ici, zwiip, voyez-vous, c’est un peu plus haut, mais elles vont redescendre là, zouf, et c’est tout. Et puis « il y a beaucoup de gens pour qui ça va être très agréable », mais d’un autre côté, « il y des personnes qui doivent être un peu plus attentives parce qu’elles sont plus fragiles », voilà voilà.

Et comme tout ça, c’est relativement technique, je vous propose de revenir en détail sur les méthodes qui permettent de lutter efficacement contre la mort par suffocation, déshydratation ou arrêt cardiaque au milieu du désert de sable chaud :

a/ Il faut boire de l’eau. Pour cela, vous pourrez vous rendre dans un magasin, que ce soit une supérette, un supermarché voire un hypermarché, qui ont aussi le mérite d’être climatisés, ce qui fait deux bonnes raisons de s’y rendre. Et une fois sur place, vous pourrez vous procurer des bouteilles d’eau minérale, éventuellement gazeuse (ça marche aussi). Ne Vous Inquiétez Pas ! Les Autorités Ont Fait Leur Travail ! Tout le monde est prévenu, les magasins ont des bouteilles déjà remplies prêtes à la vente. Il y en aura pour tout le monde.

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b/ Si jamais il n’y avait pas assez de bouteilles d’eau, (et je tiens à préciser avant toute panique que ceci n’est qu’une hypothèse, classifiée « jaune pâle » dans l’échelle de probabilité, de blanc à écarlate, établie par le gouvernement) vous pouvez aussi vous rabattre sur l’Eau du Robinet. Normalement, là encore, les distributeurs ont été prévenus, il y en aura pour tout le monde.

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c/ La fraîcheur peut se trouver facilement dans les galeries commerciales ou chez vous, en fermant les volets pendant la journée. ☆ Petite Astuce De Gouvernemaman ☆ : comme vous avez fermé vos volets pendant la nuit, ne les ouvrez pas le matin lorsque la journée s’annonce chaude ! Vous éviterez de vous coincer les doigts dans les persiennes ou de faire des efforts inutiles alors qu’il faudra les fermer plus tard à cause du gros méchant soleil qui chauffe pendant l’après-midi !

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Voilà, tout est bien carré, bien prévu, bien expliqué. L’important, vous l’aurez compris, est de bien suivre toutes les instructions et surtout, surtout, de ne pas paniquer. On va s’en sortir, tous ensemble !

Si vous avez l’impression que ces gens vous prennent pour des débiles, je tiens tout de même à vous rappeler que c’est le lot normal de tous les contribuables désarmés, d’une part, et que, d’autre part, ce n’est pas eux qui ont commencé pour une fois. Après tout, vous avez voté pour ça.

En outre, il faut comprendre que ce déluge de niaiseries d’une agressivité rarement atteinte n’est pas fortuite et n’est que le pendant irritant de ce qui s’est passé pendant les décennies précédentes. En effet, si Gouvernemaman ne fait rien, ou rien de visible et d’officiel à coups de slogans et de téléphone vert qui reçoit 12 appels par mois (dont 8 par erreur), il sera immanquablement tenu pour responsable des gens qui clabotent, éventuellement. Après tout, le risque d’une vraie canicule sévère n’est bien sûr pas à écarter, et donc, Gouvernemaman fait des choses, agite ses petits (mais très, très nombreux) bras, quand bien même cela ne sert à peu près à rien ni ne modifie le comportement des gens ciblés.

Comment en est-on arrivé là ? La lente dérive vers l’infantilisation des citoyens ne date évidemment pas d’hier, mais plus spécifiquement pour la canicule, elle s’est accélérée à la suite de celle de 2003 qui avait provoqué, on s’en souvient, 15.000 morts prématurées, essentiellement dans les populations âgées.

Cette catastrophe sanitaire illustrait fort bien la déresponsabilisation des familles, qui ont progressivement considéré que les personnes âgées étaient à la charge de l’État, c’est-à-dire de tout le monde (sauf elles), c’est-à-dire … de personne.

S’y ajoute bien sûr qu’avec la collectivisation des soins et de la santé, cette responsabilité retombe mollement sur l’administration, monstre froid et mou qui a déjà tant de mal à tenir quelques infrastructures à jour et qui n’a donc aucune chance de savoir correctement s’occuper d’humains, ces entités individuelles qui lui sont si diamétralement opposées. Un humain âgé et dépendant n’est alors qu’un numéro, un élément d’une statistique bien plus large sur laquelle on n’agira que lorsque celle-ci deviendra assez grosse pour se hisser en première page des journaux.

Enfin, on ne peut pas passer sous silence l’impact négatif des retraites minables et du sous-équipement des maisons de retraite ou des centres de soin : l’un et l’autre phénomènes sont directement liés, là encore, à ces merveilleux collectivismes de la retraite par répartition et de l’assurance maladie qui ont prouvé, tant ici qu’ailleurs, leur capacité à rendre inextricables des problèmes pourtant déjà largement résolus (cela fait quelques années maintenant que l’humanité sait gérer une canicule au niveau individuel).

Ce qu’on observe actuellement n’est que la conséquence logique de la centralisation de plus en plus forte des décisions, et d’un collectivisme tous azimuts dont la France souffre mortellement. Et le pire, c’est qu’apparemment, il ne se trouve pas grand-monde pour constater l’état d’abêtissement dans lequel est maintenu le citoyen. Là où, il y a 50 ans, les recommandations de Gouvernemaman n’auraient pas fait plus qu’un entrefilet en fin de journal télévisé, ou quelques lignes dans une notule de bas de page de la gazette locale, ces « informations » grimpent aujourd’hui rapidement en haut de Une.

Entre les citoyens, qui semblent gober paresseusement ces informations, et les journalistes, qui croient vraiment que ceci constitue un sujet d’importance, une seule conclusion s’impose : ce pays de larves non-écloses, de petits machins mous, faibles et désarmés, de contribuables atones et de ministres ridicules, ce pays-là est foutu.

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Source : http://h16free.com/2014/06/10/31773-canicule-pas-de-panique-gouvernemaman-est-la-pour-vous


Payez, les intermittents ne vous le rendront pas. Au centuple.

lundi 9 juin 2014 à 09:00

L’été approche et avec lui, c’est le retour des barbecues, des longues soirées ensoleillées et les bonnes occasions de profiter de ce temps clément et de ces nombreuses heures lumineuses pour aller goûter à des non-spectacles de plein-air annulés par des groupes d’intermittents improbables venus, comme chaque année ou à peu près, pleurnicher leurs malheurs et la dureté de leur condition.

Et comme à chaque fois où les intermittents se sont mobilisés, des signes avant-coureurs se sont multipliés ces dernières semaines. On se souvient de l’apparition pas assez fugace de nos joyeux drilles au milieu du festival de Cannes qui avaient perturbé les retransmissions de la soirée sur Canal+ et I-Télé, leur permettant ainsi de faire acquérir à leur mouvement une notoriété instantanée, qui, comme la soupe de même calibre, ne nécessite qu’un peu d’eau chaude et quelques petits moulinets de bras pour dégager immédiatement une odeur salée de bouillon bon marché.

Bien évidemment, comme d’habitude, nos intermittents, bien qu’arborant une gueule d’enterrement, n’ont pas le cri sans thème. S’ils viennent ainsi bousculer des festivals, c’est parce que la situation est grave !, qu’il en va de leur avenir !, qu’encore une fois, le patronaââat entend attaquer la Culture et fouler au pied l’Exception Culturelle Fraônçaise, et que ça ne se passera pas comme ça, non, mesdames et messieurs les puissants ! Ils se battront !

roger intermittent prise de vueEt concrètement, ils s’opposent aussi fermement que possible à la convention entre trois syndicats (CFDT, FO, CFTC) et le Medef validée le 22 mars dernier à laquelle ils reprochent de durcir leurs conditions d’indemnisation, avec l’introduction d’un délai avant de palper l’indemnisation, délai qui concernerait désormais 48% d’entre eux (contre 9% auparavant). En outre, ils dénoncent une négociation « déloyale » qui n’a tenu aucun compte des propositions du Comité de suivi, formé de représentants de la profession et de parlementaires. C’t’un scandale. Et il y a urgence, mes petits amis, parce que le 18 juin, le Conseil national de l’emploi examinera cette convention et si rien n’est fait, outre la mort du petit cheval dans des souffrances homériques, le ministère du Travail risque bien de signer tout ce bazar. ArRgh.

Car voyez-vous, les intermittents se battent ici pour conserver leurs zacquis sociaux, ceux qui leur permettent d’être plus égaux que d’autres. Parce que la culture, c’est différent, et même si tout le reste du monde a réussi a trouver un moyen de la monétiser, en France, No pasaran !, ce n’est pas un bien marchand, et donc tout le monde doit payer. Même et surtout les pauvres qui n’en veulent pas et ne bénéficient pas de ce statut.

Moyennant quoi, le mouvement s’intensifie comme en témoigne un article du Monde particulièrement croquignolet qui nous apprend, entre deux gros sanglots à peine réprimés, la longue liste des festivals et autres représentations théâtrales que les uns et les autres vont, la mort dans l’âme, annuler.

Ainsi, on apprend en quelques lignes que Luc Sabot, remonté comme un coucou suisse contre l’infâme convention, ne pourra jouer dans « Marx Matériau », ou que Rodrigo Garcia annule les représentations de « Golgota Picnic ». Rassurez-vous, « Le Capital », mis en scène par Sylvain Creuzevault, reste attendu. Ouf !

Pour information (pas anodine), « Marx Matériau » est une tentative de théâtre à partir des écrits de Karl Marx, « Golgota Picnic » est une pièce présentant un Jésus fou pendant qu’un type joue du Haydn au piano, intégralement nu, et « Le Capital » est une mise en scène des écrits de (devinez …) Karl Marx, bien sûr. Entre Marx et une forme plus ou moins subtile d’antichristianisme, l’annulation de ces spectacles privera donc les spectateurs d’un petit tsunami de propagande communiste. J’imagine déjà la déception qui va secouer les dizaines de milliers de spectateurs potentiels de ces œuvres impérissables. Une cellule de soutien psychologique aurait bien été montée, mais elle était animée par des intermittents qui ont aussi posé un préavis.

Voilà qui est plus que regrettable, c’est borderline lacrymal, mais l’idée générale est qu’il va bien falloir, pour se faire entendre, ne pas effectuer le travail qui a été commandé en faisant grève. Pour rappel, le régime des intermittents est extrêmement généreux pour compenser un nombre par nature peu élevé de jours de travail à l’année, l’activité des spectacles étant difficile, cyclique et très concentrée dans le temps. Cette année, ces quelques jours-là seront vraisemblablement occupés par la grève. Le régime est délicieusement souple.

Ce qu’il y a d’intéressant est ici le miroir grossissant des médias qui attachent logiquement une importance toute particulière à ce régime puisqu’en réalité, ils en bénéficient de façon importante, la télévision et la radio en premier lieu. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce régime ne concerne en réalité qu’une frange assez modeste, pour ne pas dire rikiki, de la population.

Ce qui rend les déficits générés par ce régime spécifique d’autant plus insupportables, puisque, comme le montrait un rapport de la Cour des Comptes de 2012, confirmé par un autre en 2013, un tiers du déficit de l’assurance chômage est directement dû à la branche en charge des intermittents du spectacle qui ne représentent qu’un petit 3% de l’ensemble des chômeurs.

À ces déficits déjà joufflus s’ajoute le comportement légal mais clairement abusif des assurés sociaux de ce régime ultra-favorable puisque les Sages de la rue Cambon ont constaté que, je cite :

« les intermittents quittent pour la plupart d’entre eux leur situation de travail quelques jours après avoir effectué le nombre de jours nécessaire pour être titulaires de droits et qu’ils retrouvent souvent une activité au moment où ils ont épuisé leurs droits. »

aurélie filippetti les intermittents ne sont pas des privilégiés

C’est vraiment commode ! Mais en définitive, ce qu’on observe et ce qui est très justement pointé par Eric Verhaeghe, qui a été président de l’APEC entre 2004 et 2009, dans une tribune parue récemment sur le Figaro, c’est qu’avec ce système, les smicards de tous le pays cotisent pour le festival d’Avignon ou les spectacles intermittents de Montpellier.

intermittents du spectacle - un combat populaireMais nous sommes en France et les avantages de ce régime ne seront jamais remis en question, même lorsque des abus scandaleux sont connus de tous, précisément parce que les bénéficiaires de ce régime ont un pouvoir de nuisance élevé et très visible. Et il est d’abord nuisible pour le pouvoir politique en ce qu’il fait facilement la démonstration de sa grogne, qui risquerait, par ricochet, de cristalliser d’autres grognes, sans mal plus légitimes, que, par leur nombre et leur importance, les politiciens ne sauraient traiter par l’habituel cataplasme de promesses débiles et d’argent des autres dépensés généreusement. Moyennant quoi, nourris de cette lâcheté qui les caractérise depuis 40 ans, les politiciens acceptent tout de ces enfants capricieux, et font passer la France d’un régime de subvention de la culture à la culture de la subvention sans jeûne ni régime.

La réalité est que ce régime n’a aucune assise populaire, et n’a aucune raison d’exister. La fameuse (et surtout fumeuse) exception culturelle française ne justifie en rien cette inégalité criante. Dans un pays exsangue où les classes moyennes et basses sont ponctionnées comme jamais, il est plus que temps que certains se rendent enfin compte que l’égalité dont ils se barbouillent les grasses babines, dont ils se gargarisent du matin au soir, cette égalité devrait effectivement être appliquée et placer tout le monde sous le régime général d’indemnisation du chômage.

Si la culture n’est pas une marchandise, messieurs les intermittents, ne la bradez pas minablement pour vos petits acquis, et ayez la noblesse ou la décence minimale d’appliquer enfin l’égalité en droit : supprimez le régime spécial, rejoignez le rang des honnêtes gens et le régime général. Ça va piquer un peu au début, mais au moins, la prochaine fois que vous pleurnicherez, on vous prendra peut-être au sérieux.

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Source : http://h16free.com/2014/06/09/31743-payez-les-intermittents-ne-vous-le-rendront-pas-au-centuple