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Ma vie est un calvaire : je suis ouatezephoque-sensible

jeudi 8 mai 2014 à 09:00

Jean-Eudes n’a vraiment pas de chance. En quelques années, sa vie a basculé dans l’enfer : il est homéo-sensible. À la suite d’une overdose carabinée d’homéopathie, son corps ne supporte plus le moindre principe actif et Jean-Eudes doit donc, pour survivre, débarrasser ce qu’il mange ou boit de la moindre trace de goût, d’odeur, de saveur, et ne se nourrir exclusivement que de cellulose. Heureusement, l’État français est venu à son secours et lui a octroyé une aide matérielle pour lui permettre d’acheter le matériel nécessaire aux délicates opérations de filtrage et de nettoyage qu’il emploie sur son tofu bio déminéralisé.

ouate de phoque

Grotesque ? Pas tant que ça. À mesure que la Science progresse et permet à l’Humanité de s’extraire un peu plus tous les jours de l’ignorance et de la stupidité, l’Univers s’ingénie à produire des spécimens toujours plus compacts, plus résistants et plus nombreux de collectivistes joyeux dont le but ultime semble être de dépenser, vaille que vaille, l’argent des autres, et de préférence pour les causes les plus absurdes possibles. Et j’en veux pour preuve le cas à la fois récent et à vrai dire franchement préoccupant de la maison départementale des personnes handicapées de l’Essonne, qui a jugé bon d’accorder une aide financière à un homme de 32 ans souffrant d’électrosensibilité. L’affaire n’avait à l’époque déclenché qu’un intérêt moyen dans la presse. Elle rebondit cependant avec le communiqué de presse de l’Académie de Médecine qui tente de remettre un peu d’ordre dans le salmigondis gluant qu’est devenue cette fumisterie.

En substance donc, nous avons d’un côté Jonathan (le prénom n’a pas été changé), qui est chimiste, aujourd’hui en arrêt maladie, et qui se protège en se couvrant le visage d’un tissu avec un maillage de fil d’argent enrobé de polyuréthane, parce que cela permettrait de filtrer les champs électromagnétiques. Oui, vous avez bien lu, le type se protège sous une burka-magnétique.

tin foil hats

Tout a commencé alors qu’il travaille comme technicien de recherche dans un laboratoire de chimie dans les Hauts-de-Seine, en contact direct avec un appareil générant d’importants champs magnétiques, des bruits bizarres, un salaire et des horaires pas top. Au début, explique-t-il, les symptômes sont bénins, puis, pouf, en 2010, cela se dégrade : troubles digestifs, du rythme cardiaque, des pertes de mémoire, une moto russe qui refuse de démarrer, bref, la totale. Bien évidemment, les consultations chez les médecins, ces allopathes approximatifs mécréants, ne donnent rien. Pire : à chaque fois, ils osent l’affront et disent que c’est psychologique au lieu d’immédiatement abonder dans le sens du malade. Heureusement, après moult consultations remboursées par la Sécu (donc, concrètement, vous, les électro-insensibles en bonne santé), c’est le professeur Belpomme, tout acquis à sa cause, qui diagnostique enfin ce qu’il a : il est électrosensible, évidemment !

Depuis, il s’est installé dans un village loin de toutes les ondes électromagnétiques, dans la campagne profonde et loin de toutes traces de civilisation électronique, au milieu de la Creuse l’Essonne sous-développée. Et sa santé s’est, évidemment, améliorée : grâce à un régime sans gluten (cette fraction protéique réputée pour provoquer des champs magnétiques graves) et des balades en forêt et dans la nature, Jonathan a moins de problème de mémoire (mais il porte un joli filet magnétique, des fois que).

De son côté, l’Académie de médecine est, elle, fort surprise. Apprenant que notre chimiste électro-réduit a obtenu une aide publique pour ses petits soucis, elle s’est fendue d’un communiqué de presse dans lequel elle s’interroge sur la pertinence de cette décision. Et à l’appui de son interrogation, elle rappelle quelques éléments factuels dont ne se sont manifestement pas trop embarrassés les pouvoirs publics lorsqu’il s’est agi de distribuer l’argent du contribuable (chapeauté ou non d’alu) :

dr house ondes homeopathieEh oui, si la faculté est parfaitement consciente qu’il peut très bien y avoir une véritable souffrance des patients déclarés électro-sensibles, elle n’en rappelle pas moins les fondamentaux scientifiques : les expériences en aveugle ont malheureusement toutes conclu à l’incapacité des malades à déterminer s’ils sont ou non en présence d’un champ magnétique (zut et zut), et il n’y a pas, à ce jour, d’études permettant d’établir l’efficacité des dispendieux dispositifs vendus aux malades trop contents de trouver là un moyen, aussi artificiel soit-il, de contrôler leur environnement et de reprendre prise sur leur maladie, mal identifiée (zut et flûte).

(Économiquement en revanche, on peut très facilement expliquer pourquoi, à mesure que les malades sont plus écoutés, ils se font aussi plus nombreux, et pourquoi, dès lors, les fabricants d’amulettes technospatiales se multiplient aussi.)

D’autre part, et l’Académie rejoint ici les remarques maintes fois répétées des libéraux, la distribution de ce genre de roudoudous subventionnés par l’administration ne peut qu’aggraver le problème général que les diagnostics fantaisistes entraînent : les malades ne sont pas réellement soignés puisqu’on leur fournit seulement un effet placebo, on les encourage dans leur représentation faussée de leur maladie en abondant dans leur sens, et pire encore, on envoie un message catastrophique au reste de la population en donnant l’onction administrative à ce type de handicap, ce qui favorisera la recrudescence inopinée et fort commode de nouveaux cas tous plus lacrymogènes les uns que les autres.

En d’autres termes, maintenant que le robinet d’argent public est ouvert, l’électrosensibilité va devenir un mal foudroyant touchant une proportion toujours plus grande d’individus dont le travail, harassant, mal payé et en contact facile avec des substances magnétogènes ou électronuisibles, ne peut être continué sous peine de graves lésions. Vite, indemnisez-moi / prenez-moi en charge / occupez-vous de moi et de mes problèmes.

Bref, tant l’Académie que la personne de bon sens ne peuvent que constater la suite, déjà évoquée dans un précédent édito, de la dérive vers le n’importe quoi new-âge dans lequel s’enfonce mollement la société en général et l’administration française en particulier (élus inclus) : depuis le funeste avènement du principe de précaution dans notre constitution, qui aura plongé le pays dans un formol aussi toxique que le plus totalitaire des socialismes, tout concourt dans ce pays à infantiliser toujours un peu plus les individus en tenant pour acquis que le monde les entourant ne veut que leur perte et que la technologie ne provoquera, à terme, que troubles et maladies désagréables. Et il est donc urgent que tout le monde se serre les coudes pour, d’une part, s’entraider à coup de solidarité forcée (ne discutez pas) et d’autre part que chacun fasse barrage (de son corps s’il le faut) à ces inventions du Diable.

Moyennant quoi, on honnit le gaz de schiste, on interdit les OGM, on fustige les méchantes ondes et on se réfugie bien vite en forêt avec un filet métallique sur la tête.

Tout ceci est extrêmement encourageant pour le futur de ce pays.

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Source : http://h16free.com/2014/05/08/30970-ma-vie-est-un-calvaire-je-suis-ouatezephoque-sensible


Hollande parle. Les journalistes écoutent. Le pays pleure.

mercredi 7 mai 2014 à 09:00

Ainsi donc, François Hollande a parlé. Il est allé s’exprimer à la radio, le front plissé et l’esprit certainement plein des conseils que ses communicants lui ont fournis, pour fêter dignement les deux ans d’un quinquennat mal enquillé, actuellement marqué par une popularité catastrophique. L’exercice était nouveau. Le résultat, lui, nettement moins.

hollande se recueille devant une bouche d'égoutsEn une heure, le président de la République, répondant aux questions de Jean-Jacques Bourdin, aura — sur la forme — montré une nette amélioration de ses capacités à communiquer des idées. En terme de contenant, il partait d’assez bas ; l’amélioration était franchement possible. Reconnaissons donc à Hollande qu’il a pour une fois pris au sérieux sa propre démarche, et qu’il a eu la bonne idée d’admettre ses plus grosses erreurs (sans aller, toutefois, à reconnaître sa consternante contre-performance léonardienne, échec artisanal de proportion pourtant épique).

Mais c’est bien sur le fond, à l’évidence, qu’on doit le juger sur cette heure d’intervention dans laquelle il a tenté à la fois d’expliquer le parcours chaotique des deux années passées à l’Élysée et de montrer qu’il avait encore quelques juteux projets dans sa besace.

Et quels projets !

Comme d’habitude, on trouve en bonne place les bricolages traditionnels histoire de ratisser aussi large que possible et rassembler l’électorat qui s’est beaucoup dispersé récemment. La cote de popularité étant fort mauvaise, il n’y avait pas besoin d’aller chercher très loin quelques bonnes idées à pas cher qui pourraient marquer des points. Ainsi peut facilement se classer l’idée de représenter le texte pour le vote des étrangers, qui aura l’immense mérite de faire jacasser les partis politiques, sans aboutir à quoi que ce soit de bien pertinent dans un futur proche. De la même façon, le fait de temporiser toute prise de position sur la procréation médicalement assistée ne coûte rien et lui évitera vraisemblablement quelques épineuses passes d’armes avec une droite qui a bien du mal à trouver des sujets de rassemblements et qui trouverait dans une telle discussion de bonnes raisons de tempêter à l’Assemblée.

Il aura même continué sur cette lancée de petits bonbons faciles à distribuer. Une fois parti à Villiers-Le-Bel après l’interview, il a par exemple proposé une petite réforme du permis de conduire, histoire de le rendre plus simple, plus facile, plus abordable et certainement plus rose. À vrai dire, il aurait eu tort de s’en priver : ce genre de promesses ne coûte pas grand-chose et ne polarisera pas franchement l’électorat.

hollande XVIParallèlement, le président s’est risqué à quelques sorties plus ou moins habiles sur des sujets d’actualité, qui ont surtout montré une maîtrise assez moyenne des dossiers. Ainsi, s’accrocher coûte que coûte à la réforme des rythmes scolaires introduite par Vincent Peillon avec fracas et malgré la crispation maintenant évidente tant de l’Éducation Nationale que des parents d’élèves et des communes chargées de l’appliquer, c’est faire preuve d’un courage un peu ridicule, d’autant qu’en parallèle, le pauvre Hamon, qui hérite du dossier, n’a très clairement pas tout l’outillage mental à sa disposition pour éviter un abandon en rase campagne, ni même l’appui de son administration : avec le départ inopiné de son n°2, Jean-Paul Delahaye, la réforme en question paraît surtout morte-née. Un peu à l’instar d’un Chirac qui laissera passer le CPE mais ne le promulguera pas, Hollande défend ici un ectoplasme qui ne prendra jamais vraiment corps.

De la même façon, lorsqu’il évoque sa maîtrise de la finance, il fait doucement sourire. Certes, l’union bancaire européenne est en route, mais c’est un projet qui ne date pas d’hier, et le pauvre n’y est pas pour grand-chose. Du reste, on peut largement arguer que ce projet ne sera qu’un cautère sur une jambe de bois. Par exemple, les banques françaises sont lourdement exposées au risque financier ukrainien, et ce n’est pas l’union bancaire qui va y changer quoi que ce soit. D’autre part, la taxe Tobin (ou plus exactement, sur les transactions financières) est une parfaite idiotie, poussée tant par la droite socialiste du précédent président que par la gauche socialiste actuelle. De plus, on voit mal ce que le président pourra lui trouver pour fanfaronner, tant sa version actuelle est diluée et, de fait, impraticable. On peut déjà s’attendre à des effets de bords comiques et coûteux.

En une heure de temps, on pouvait aussi s’attendre à une petite brouettée de promesses plus ou moins ridicules, plus ou moins tenables, et plus ou moins habituelles dans la bouche d’un politicien qui se fait actuellement frotter l’épithélium avec du crépi en terme de popularité. Avec une grosse louchée de petits bisous fiscaux pour les salariés modestes (et une baisse de trois points des cotisations, dans bientôt, promis juré craché, vers janvier 2015), on le voit espérer rattraper le vote d’une tranche de population nettement plus acquise à la gauche radicale (celle représentée, de façon brouillonne, par le Front de Gauche, et de façon camouflée, par le Front National).

Lorsqu’il indique aussi vouloir réformer pour la classe moyenne, celle qui n’est, finalement, ni vraiment riche, ni vraiment pauvre, et qu’il a précédemment tabassée d’impôts, on pourra s’étonner que cette promesse — qui n’engage à rien tant sa description est floue — n’ait pas été réalisée plus tôt : c’est elle qui doit bénéficier des réformes, certes certes, mais pour ce qui est du détail, vous consulterez l’intendance qui verra tout ça plus tard, ne vous inquiétez pas.

hollande et son casque (vignette)Quant au chômage, le petit air de pipeau qu’il nous joue depuis deux ans continue, toujours aussi pulsé et obstinément à contre-temps de la réalité. Au sujet de la courbe des demandeurs d’emplois, magnanime avec lui-même, le président reconnaît que « Nous l’avons stabilisée, pas inversée. » Plus troublant, il a ensuite rappelé dans la foulée que

« c’est la seule promesse qui compte aux yeux des Français et je m’engage donc à la tenir. »

Autrement dit, concernant les autres promesses, il les fait mais ne s’engagera pas trop, hein. Ce n’est pas comme si elles comptaient vraiment aux yeux des Français, donc ça va.

Comme on le voit, jusqu’ici, le président a, sur la forme, repris un peu de crédibilité, et sur le fond, joué la partition parfaitement habituelle à laquelle on pouvait s’attendre de quelqu’un qui n’a, finalement, à peu près rien à craindre (il est président, il y reste, quoi qu’il arrive), et qui a encore quelques cartouches dans sa besace (remaniement, dissolution) pour s’assurer un avenir assez tranquille.

Mais là où Hollande sera bien vite retombé sur ses petites habitudes de politicien bidouilleur aux pâles copies de tactiques mitterrandiennes, c’est lorsqu’il aura annoncé, de façon assez détournée, un report des élections régionales, pour les mettre en phase avec la réforme territoriale qui a été lancée récemment, et a évoqué, là encore de la façon la plus ambigüe possible, la disparition des départements (ou, tout du moins, des Conseils généraux).

Tout ceci est, bien évidemment, un magnifique enfumage.

Hollande fucking loves cocaine

Enfumage qui a, du reste, parfaitement fonctionné lorsqu’on voit les réactions journalistiques et les réactions politiques.

Du côté des journalistes, toutes les rédactions se sont mobilisées comme un seul homme pour mettre en avant cette supercherie : Hollande sera peut-être le président de la réforme territoriale ? Mes petits amis, quels instants magiques ne vivons-nous pas ! C’est extraordinaire, les élections régionales pourraient être repoussées ! Et les régions fusionnées ! Et les départements dissouts ! Quelle excitation, quelle transformation, quelle révolution mes enfants, c’est vraiment géniaâal !

Les politiciens, devant cette orgie médiatique, ne sont évidemment pas en reste : vite, ouvrons notre bec, qui pour abonder dans le sens présidentiel, qui pour s’étouffer de rage que le méchant président puisse ainsi remettre en question le calendrier électoral parce qu’on sait, au fond, que si les élections avaient lieu aux dates prévues, il se prendrait une volée de bois vert, voyons, voyons. Ainsi, pour Copé, il faut en passer par un référendum (autrement dit, planifier un vote au moyen d’un vote, c’est particulièrement finaud) et ne surtout pas laisser ceci à la seule initiative du chef de l’État. Après tout, « il s’agit en réalité d’une grande réflexion institutionnelle que l’on doit avoir » !

Sauf qu’ici, je dis modestement « stop ». Ou plutôt, foutaises.

Non pas que la disparition des départements m’attristerait. En réalité, ils sont à l’évidence redondants dans le mille-feuille institutionnel dont la France s’est dotée aux cours des années. Le report des compétences actuellement dévolues aux conseils généraux vers les communautés de communes ou vers les régions (mélange possible) ne serait pas un mal, d’autant plus si on arrive vraiment à faire disparaître les structures et les centaines de milliers d’emplois fonctionnaires qui les occupent. Je n’y crois pas trop, mais après tout, pourquoi pas.

Mais en réalité, tout ceci est un parfait enfumage : alors que le pays accumule actuellement des problèmes graves, une fiscalité débordante, un chômage galopant, et des perspectives économiques de plus en plus sombres, le président, les journalistes et toute la clique politique, bref, tous ces clowns qui sont payés, de près ou de loin, par nos impôts, s’emploient à réformer … le cadastre administratif.

Ce pays est foutu.

vite réformons les régions

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Source : http://h16free.com/2014/05/07/30948-hollande-parle-les-journalistes-ecoutent-le-pays-pleure


Ségolène Royal, écotaxe relax, énergique transition énergétique et bisphénol lol

mardi 6 mai 2014 à 09:00

Ça travaille dur au gouvernement. Mais si. Le Président, après avoir prétendu que « le changement, c’est maintenant », explique à présent que « le redressement, c’est pas fini » et que « le retournement, c’est bientôt ». Les différents ministres, pendant ce temps, se sont lancés dans des plans de travail complexes et minutieusement préparés pour donner enfin corps à ce souhait jadis formulé d’un vrai travail d’équipe pour sortir la France de l’ornière. Et s’il y a une ministre qui s’est retroussé les manches, c’est bien Ségolène Royal.

Cela fait un mois qu’elle est aux commandes de son magnifique ministère qui s’occupe de l’énergie, du développement durable, du bio-écoconscient, des petites plantes vertes et des petits oiseaux, et elle n’a pas chômé. C’est un vrai contraste par rapport à ses prédécesseurs : on se souvient en effet de Delphine Batho, éjectée pour dissidence, qui avait fait grand bruit avec ses nombreux dossiers très importants comme … euh … ou… bon bref et ses envolées lyriques sur … hum… moui bon et qui fut remplacée par l’illustre Philippe Martin qui aura imprimé son inoubliable marque de fabrique à ce ministère avec son projet de … ah heu bon. Voilà quoi. Vous avez saisi.

ségo la courgeLa relève est donc assurée d’autant que Ségolène se consacre à fond aux questions environnementales, d’énergie et de transport que son ministère lui impose… tout en conservant tout de même son poste de présidente du conseil régional de Poitou-Charente et celui, plus anecdotique mais tout aussi symbolique, de vice-présidente de l’Internationale Socialiste (sa hontectomie, subie très jeune, aide beaucoup). Le non-cumul des mandats, elle est comme Rebsamen : contre. Et si l’on peut s’étonner du calme relatif dans lequel ce mois s’est écoulé sans qu’aucune bravitude néologique ne vienne troubler le travail studieux du gouvernement, on ne peut s’empêcher de noter les efforts permanents de la ministre pour faire parler d’elle. C’est, on peut le dire, moyennement réussi.

Une écotaxe remise à plat ?

Notons cependant qu’à l’instar d’un Hamon, fraîchement posté à l’Éducation Nationale, qui aura réussi le pari de détricoter presqu’entièrement la « réforme » Peillon sur les rythmes scolaires, Royal s’est employée à patiemment faire passer la couleuvre de l’écotaxe alors que cette nouvelle servitude fiscale avait déclenché l’ire fumante des Bretons sous le précédent gouvernement. Et quel meilleur moyen pour faire avancer une taxe que d’annoncer, ubi & orbi, qu’elle a été annulée, pardon, « remise à plat » ?

Magie du changement maintenant, tout ce qui fut fait pendant deux ans semble maintenant bon pour la poubelle, ce qui est assez comique lorsqu’on y réfléchit deux minutes et qu’on constate que, bien qu’ayant finalement désavoué le travail des précédents ministres, Hollande a choisi de changer de cap tout en continuant à se tromper de direction. Cet acharnement dans l’erreur a indéniablement quelque chose d’héroïque pour les quelques socialistes encore convaincus (et d’inquiétant pour tous les autres qui payent les factures). Et concrètement, cela se traduit donc dans l’abandon de l’idée d’une écologie à fiscalité punitive, tout en conservant tout de même le principe (débile au demeurant) qu’il faut lourdement handicaper les entreprises de transport, ces dernières méritant largement qu’on leur tape dessus – si elles ne comprennent pas trop bien pourquoi, les Français, eux, le savent, et puis Ta Gueule C’est Magique™.

ecomouv

Et bien que l’Union Européenne, par nature, empêchera la discrimination des camions étrangers qui voyagent, les coquins, ailleurs que sur nos autoroutes, Royal s’est malgré tout fendue d’explications vasouillardes sur la nécessité de rabattre ces derniers sur nos belles infrastructures payantes, qu’on surtaxera et qui permettront ainsi à ces camions de financer la maintenance et le développement des nouvelles routes françaises (et des nouveaux portiques écotaxes ?).

Bref, on comprend bien que rien ne change vraiment si ce n’est le packaging. Et pour le détail des opérations, vous attendrez juin, une fois la déculottée européenne actée.

Une énergique transition énergétique ?

Parallèlement, et parce qu’on sent que cette écotaxe qui n’en est plus une mais tout de même un peu mais n’y prêtez pas attention zip, zoup, ni vu ni connu je t’embrouille, n’occupait pas tout son temps d’antenne, la ministre a compris que son existence médiatique reposait sur quelques gimmicks simples, dont « Transition Énergétique ». Et ça tombe bien : avec un peu d’enfumage, on peut accoler cette fumisterie à la notion de création d’emplois à gros bouillon. Pour une raison inexpliquée, la ministre s’est arrêtée sur le chiffre de 100.000 nouveaux emplois grâce à son astuce rhétorique. Pourquoi pas 150.000, ou seulement 50.000 ? On ne sait pas trop. 100.000, ça claque, alors ce sera 100.000…

royal : la crisitude

Mais en tout cas une chose est sûre : on va créer de l’emploi. Parce que la transition énergétique, mes petits amis, ce sont des outils efficaces qui seront le pis de la croissance et de l’emploi de demain aux mamelles duquel nos politiciens viendront téter goulûment avec l’appétit qu’on leur connaît.

Ainsi, en imposant des normes drastiques d’isolation et d’économies d’énergie, on va (forcément) créer de l’emploi. Certes, l’argent qui partira dans des maisons éco-conscientes et hermétiques à leur environnement ne partira pas en souliers neufs, en livres, en voiture haut de gamme que la France ne sait pas faire, mais ça, on s’en fiche puisqu’on va créer de l’emploi !

Et puis, en imposant de nouvelles énergies et en demandant à EDF de racheter à prix arbitrairement élevé une électricité produite au moment où on en a le moins besoin, on va (forcément) créer de l’emploi et de la richesse pour le consommateur. Mais si, puisqu’il va installer comme un fou des panneaux photovoltaïque sur sa maison éco-consciente hermétique, des éoliennes dans le champ du voisin et des roues à hamsters pour la production alternative : tout ceci va déclencher la création de nouvelles industries de pointe (notamment les roues à hamsters) et tant pis si l’argent ainsi mobilisé n’ira pas dans des abonnements culturels, de l’électronique grand public ou la création d’une entreprise pour des impressions 3D. On s’en fiche, puisqu’on va créer de l’emploi !

Et puis, en fermant la porte aux énergies alternatives éprouvées, on sait aussi qu’on va créer de l’emploi ailleurs dans le monde, là où, justement, ces énergies seront exploitées, les compétences seront requises et expérimentées, et où les savoir-faire seront monnayés.

Dans tous les cas, l’important sera d’occuper suffisamment les esprits avec ces belles créations d’emploi pour éviter que les Français, qui paieront la facture, ne s’attardent sur les expériences similaires outre-Rhin qui ont pourtant clairement montré la catastrophe qui s’ensuivait : la transition énergétique allemande est une folie, probablement l’arnaque du siècle et se terminera par un échec coûteux. Raison de plus pour l’importer chez nous, non ?

Enterrer l’écotaxe, faire avaler une couleuvre taxatoire supplémentaire, lancer une transition énergétique casse-gueule, tout cela n’était pas suffisant pour l’ex-compagne du Roi Solex : en parallèle, Ségolène s’attaque au Bisphénol !

Un Bisphénol qui fait moins le malin

Parce que créer de l’emploi et taxer les méchants camions, c’est bien, mais ça ne sert à rien si les gens meurent dans d’atroces souffrances par empoisonnement à cause, par exemple, du Bisphénol ou de toutes ces molécules dangereuses au nom complexe comme les phtalates, le methyl-parabène, le BHA et le très célèbre acide 1,2-Cyclohexane dicarboxylique diisononyl ester, qui mérite largement qu’on s’occupe de son cas pour avoir un nom aussi moche.

C’est donc tout naturellement que Ségolène est partie en lutte contre les tickets de caisse (thermiques) qui contiennent du Bisphénol, qui entraîne infertilité, impuissance, chute de cheveux, perte de l’être aimé et panne de motos russes. Grâce à Docteur Ségo, si son projet d’élimination complète du Bisphénol-A passe, vous pourrez enfin grignoter vos tickets de caisse sans danger ! Vous voyez : nous sommes dans de bonnes mains et le retournement, à l’évidence, c’est bientôt.

Mais par prudence, ne retenez pas votre souffle.

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Source : http://h16free.com/2014/05/06/30895-royal-ecotaxe-transition-energetique-et-bisphenol


Don de RTT : l’idée qui irrite les collectivistes

lundi 5 mai 2014 à 09:00

Il y a quelques jours était adoptée au Sénat une loi permettant à des salariés de faire don de leurs journées de repos à l’un de leur collègue dont l’enfant est gravement malade. L’histoire de cette loi et les votes qui l’ont accompagnée en disent très long sur le mode de pensée particulièrement délétère qui anime certains de nos élus.

L’histoire commence en 2010. Christophe et Lydie Germain ont un enfant qui, à neuf ans, est diagnostiqué pour un cancer du foie. Son père, à l’annonce de la maladie, se met en arrêt maladie pour accompagner Mathys dans son traitement. Magie d’une assurance santé compréhensive et louée pour son humanisme : trois mois plus tard, il est convoqué par la Sécurité Sociale qui le somme de reprendre le travail sous peine de perdre ses droits à l’indemnisation : il n’a pas le droit de se mettre en arrêt ainsi. Retournant donc travailler alors que son fils est souffrant, ses collègues, découvrant l’ampleur du problème, proposent de donner leurs jours de RTT pour qu’il puisse reprendre congé et accompagner son enfant jusqu’à son décès, fin 2012.

Mais voilà : ce qu’une entreprise et un groupe d’individus se sont autorisé, pour aider un père et son fils, ce que l’État n’a pas formellement interdit, la loi ne l’a pas encadré non plus. Jusque là, il est textuellement précisé que les congés sont strictement personnels et que toute initiative dépend donc du bon vouloir de l’employeur (qui pourrait, éventuellement, être un gros salopard, ne l’oublions pas, nous sommes en France, après tout). Immédiatement, il s’est alors agi de légiférer bien vite, des fois que les gens deviennent bêtement autonomes et s’autorisent ainsi des choses comme s’aider sans que tout ceci soit bien balisé par de longs textes. Rappelons que ces transferts, réalisés sur une base exclusivement volontaire, et en accord entre individus adultes et responsables, ne lèsent personne, pas même l’entreprise.

Loi il fallait ? Loi fut écrite, déposée et débattue à l’Assemblée. La loi a été adoptée le 25 janvier 2012, puis mise en suspens le temps que Sarkozy se fasse jeter, que Hollande s’installe, merdoie comme un beau diable et change finalement de premier ministre après deux ans d’atermoiements ridicules sans rapport avec cette loi mais tout de même. Et finalement, voilà notre loi présentée aux sénateurs.

Ils adopteront finalement la loi mercredi dernier, le 30 avril, youpi.

C’est un youpi modéré à deux titres.

C’est tout de même un youpi, puisque cette loi permet de s’en réclamer lorsque de telles pratiques seront mises en place dans une entreprise afin qu’un parent puisse accompagner son enfant plus facilement en bénéficiant de la charité de ses collègues. Indéniablement, ceci est un vrai plus.

Mais je le modère puisqu’en réalité, en encadrant ainsi l’utilisation du don de RTT, la loi exclut immanquablement certaines situations du champ d’application. On peut être sûr que la réalité, toujours plus inventive que le législateur, saura nous proposer l’un ou l’autre cas tordu et lacrymogène qui ne rentrera pas dans la bonne case législative, et qui aboutira probablement à plus d’emmerdements pour les parties prenantes qu’une absence de loi n’aurait entraîné en premier lieu. En effet, rien n’interdit d’imaginer que le flou pouvait plus souvent qu’à son tour bénéficier au salarié (non, il n’y a que dans l’esprit malade de certains syndicalistes, inspecteurs du travail ou élus communistes que tous les patrons sont des raclures ; la réalité est bien évidemment plus nuancée).

En outre, le youpi est largement modéré par la façon dont le vote au Sénat s’est déroulé. On apprend, aussi surpris que consterné, que le vote n’a pas recueilli l’unanimité. Oui, vous avez bien lu : il y a des élus qui se sont ouvertement opposés à ce « don de RTT » bien qu’ayant pris connaissance du contexte dans lequel il est proposé.

watrin n'aime pas trop trop la charité

Chose bien plus significative encore : ceux qui se sont opposés sont communistes, et ceux qui se sont abstenus de tout soutien sont socialistes. Ce n’est pas un hasard, c’est même parfaitement symptomatique.

La raison évoquée par les paléo-marxistes repose sur l’un de ces raisonnements parfaitement absurdes et les habituels sophismes agaçants de stupidité dont les collectivistes se barbouillent pour camoufler leur haine mal contenue de la liberté individuelle. Pour eux, il n’était pas question de valider une telle proposition puisque le don de RTT ne sera valable que dans les grandes entreprises, les petites ne permettant pas la collecte de suffisamment de RTT pour avoir un impact.

Vous avez bien compris : il faut s’opposer à une facilité parce que les petites entreprises n’ont pas la possibilité d’en profiter. Notez que ces dernières n’ont pas la possibilité de participer à certains appels d’offres d’administrations publiques, mais ça ne gêne pas le coco de base. Notez qu’elles ne peuvent pas offrir les mêmes facilités que le CE de la RATP ou de GDF, mais là encore, le turbocommuniste s’en tamponne. En revanche, lorsqu’il s’agit pour les salariés et le patron de s’entendre entre eux pour organiser leur propre solidarité, là, immédiatement, l’avant-garde et l’arrière-garde marxistes poussiéreuses se dressent comme un seul guignol pour crier leur opposition.

Ainsi, pour Dominique Watrin, ce grand humaniste communistoïde qui, tout sénateur qu’il est, n’aura jamais à se battre pour des RTT en cas de maladie d’un proche, estime-t-il que, je cite :

« Le cas des actifs qui s’occupent de proches malades est un problème politique de fond, et non une question de charité. Si on s’engage dans cette voie, on nous dira demain que c’est aussi aux collègues d’offrir leurs congés aux aidants familiaux, par exemple. »

Ah, que voilà bel argument de la pente glissante ! Ce n’est pas une question de charité parce que si jamais on commence à laisser les gens se faire la charité entre eux, qui nous dit que demain ils ne voudront pas les mêmes facilités pour les « aidants familiaux » ? Notez qu’ici, il n’est même pas fait mention du caractère parfaitement bénévole des dons en question : pour le paléo-communiste, le fait d’accepter ce début de charité libre risque d’entraîner, plus tard, des demandes de plus en plus pressantes, voire une obligation.

Véritablement, dans la bouche des collectivistes, s’offusquer d’une hypothétique obligation et d’une éventuelle coercition, c’est du grand art dans la catégorie du foutage de gueule en cinémascope, eux qui se sont empressés, à la libération, de verrouiller complètement le système social en imposant, par la force, la retraite par répartition (avec les catastrophes qu’on observe actuellement) ou ce système d’assurance maladie que le monde, bizarrement, ne nous envie pas plus qu’il ne nous le copie.

Quant à Rebsamen, socialiste assumé, il nous fournit son fumeux point de vue de multi-cumulard actuellement en charge du travail au gouvernement (oui, il ne doit pas être débordé, ça lui laisse le temps de pérorer sur les dons de RTT) :

« Il ne s’agit pas de briser les élans de solidarité. Mais j’émets de fortes réserves sur le texte : les jours de repos répondent à un impératif de protection de la santé des salariés et le congé n’est pas un capital ou un patrimoine. »

Autrement dit : le don de congés n’est pas bon pour la santé, et vous ne pouvez pas donner vos jours de RTT (dont tout le monde se passait très bien avant l’introduction des 35H) parce qu’ils n’existent pas pour de vrai, tout ça, voilà voilà, pouf pouf.

rebsamen contre les dons de RTT

Comme on peut le voir, entre la recherche d’une égalité chimérique et parfaitement néfaste entre les salariés, afin de bouter hors de France toute charité indépendante de l’État, et les considérations consternantes sur la santé des travailleurs qui se priveraient ainsi d’une bonne occasion de se reposer de leurs épuisantes semaines de 35H, il n’y a pas vraiment besoin de chercher longtemps pour trouver des raisons idiotes de s’opposer bêtement.

Mais surtout, comment ne pas comprendre qu’encore une fois, une partie, fossilisée, de nos élus cherche encore et toujours à imprimer sa marque, aussi nauséabonde soit-elle, dans chaque petit aspect de la vie de ses concitoyens qui n’ont alors plus aucune marge de manœuvre ou d’autonomie personnelle.

La solidarité, imposée, régulée par l’État, c’est bien. La charité, individuelle, spontanée, décidément, c’est mal. Bienvenue en France.

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Source : http://h16free.com/2014/05/05/30872-don-de-rtt-lidee-qui-irrite-les-collectivistes


CSA, neutralité et gouvernance du Net

dimanche 4 mai 2014 à 11:00

Aujourd’hui, c’est dimanche et c’est l’occasion de prendre un peu de temps (pas beaucoup je vous rassure) pour vous faire découvrir un entretien fort intéressant réalisé dernièrement par l’équipe de Thinkerview avec Benjamin Bayart, qui est l’ancien président de l’un des premiers fournisseurs d’accès internet, French Data Network.

(Attention : ceci est un billet un peu technique, mais il soulève des questions de société qui, elles, ne le sont pas et concernent tout le monde.)

Dans cette interview (que je fournis à la fin de cet article), Bayart qui se décrit lui-même comme un militant pour les libertés fondamentales dans la société de l’information, par la neutralité du net et le logiciel libre, est interrogé sur quelques domaines numériques connexes, et en profite pour passer en revue différents aspects de l’évolution de la société numérique, dans le monde en général et en France plus particulièrement.

CSA

Dans une première salve de questions, touchant aux récentes volontés du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel d’augmenter drastiquement la portée de ses pouvoirs, Bayart revient sur l’arrivée du CSA sur l’internet.

Selon lui (et je rejoins son analyse et son avis), le Conseil a obtenu une légitimité à contrôler les contenus des fréquences hertziennes parce qu’en substance le spectre de ces fréquences est limité. On peut admettre qu’il faille donc une autorité pour les attribuer de façon aussi équitable que possible, et que le contenu de ce qui est émis sur ces fréquences réponde à un cahier des charges donné. Soit. Cependant, ce raisonnement devient caduc dans le monde numérique, la création d’un site web, d’une URL ou d’une ressource numérique en général n’empiétant en rien sur la possibilité de création d’autres ressources successives (on passe d’une économie de la rareté à une économie de l’abondance dans ce domaine). Dès lors, la position du CSA est elle-même intenable, et, par là-même, l’augmentation de ses pouvoirs dans le domaine est parfaitement injustifiée.

cctv bucoliquesParallèlement, Bayart développe une pensée très intéressante et que je partage aussi sur la liaison entre nature totalitaire du pouvoir et outils d’espionnage et de contrôle de la population : comme moi, il constate qu’il n’y a pas (et pas besoin) de complot ou de désir de la part des gouvernements successifs de devenir totalitaires comme but intrinsèque, mais plutôt qu’ils le deviennent de facto au fur et à mesure qu’on les laisse mettre la main sur les outils qui les autorise à ces comportements. Autrement dit, c’est parce que les outils qui apparaissent actuellement permettent le contrôle et l’espionnage des populations et parce qu’on laisse ces outils à portée des gouvernements que ces derniers deviennent progressivement fascistes et totalitaires, et non le contraire.

Bien évidemment, cette réflexion en corrobore une plus ancienne qui est que, par nature, l’État ayant toujours intérêt à grossir et à contrôler les populations, il est par nature enclin à devenir totalitaire. Dès lors, lui laisser prendre possession d’outils toujours plus performants pour assouvir ses pulsions accélère le rythme auquel le totalitarisme, inéluctable, s’installe.

Un peu plus loin dans l’interview (vers 28:50), s’il convient que des pans législatifs sont bel et bien mis en place pour contrôler la population et doter l’exécutif de moyens à cette fin (typiquement, la dernière loi de programmation militaire dont j’avais parlé ici fournit un excellent exemple), il exprime clairement un doute sur le fait que ce soit lié à la montée d’un totalitarisme mais plus à la calcification des gens de pouvoir qui utilisent tous les moyens qu’ils trouvent pour conserver l’ordre des choses tel qu’ils le connaissent.

Le totalitarisme est donc un résultat, un sous-produit de ce désir mal géré de contrôle de la part d’une caste vieillissante, et le fruit d’un manque de contrôle de la part des individus sur les élus.

Neutralité du net

La seconde partie de l’interview est consacrée à la Neutralité du net et au « big data ».

Pour rappel, la neutralité du net est un principe qui permet de garantir que tous les flux de données sont traités à l’identique par le prestataire de services internet. Par exemple, il ne favorisera ou ne défavorisera pas l’utilisation d’un protocole, d’un site ou d’un type de médium. Ce serait comme le fait — hypothétique — pour Orange de désavantager Youtube par rapport à Dailymotion parce que le premier est propriété de Google et le second de France Télécom…

À ce sujet, Benjamin Bayart remarque que le risque inhérent de laisser les opérateurs décider quasi-unilatéralement de ce qu’ils favorisent ou non sur leur bande-passante est qu’à la fin, ils façonnent la société en n’en montrant que la partie qu’ils désirent, dans une espèce de constructivisme commercial négocié par le contrat d’abonnement de l’usager.

Redoutable, et bien évidemment dangereux. Cependant, je ne peux m’empêcher de noter que les tentatives, jusqu’à présent, des fournisseurs internet d’obtenir, justement, un internet filtré par leurs soins, ont été régulièrement empêchées. D’une part, filtrer les paquets en fonction de leur contenu n’est pas simple techniquement et nécessite notamment des techniques (traffic shaping, deep packet inspection) qui commencent tout juste à devenir possible à échelle modérée (et sous conditions).

D’autre part, et c’est à mon avis plus pertinent encore, les sociétés commerciales auront du mal à vendre durablement un contrat d’abonnement qui limite sérieusement l’accès à Internet d’une façon ou d’une autre. Le consommateur, lassé d’avoir une telle asymétrie dans son service, se reportera sur tout abonnement qui lui garantira un traitement équitable de ses demandes ; symétriquement, tout fournisseur internet qui offrira un tel service garanti remportera des parts de marchés sur ses concurrents.

Enfin, à mesure qu’une telle menace se fera plus précise, les moyens techniques pour la contourner se développeront aussi, que ce soit dans le développement de réseaux réellement décentralisés (type P2P) qui rendront la régulation de source très complexe, ou dans l’utilisation de la cryptographie, qui annihilera toute volonté de réellement espionner le contenu des paquets passant par le fournisseur internet.

En revanche, on peut noter qu’à force de réclamer que l’État intervienne pour assurer la neutralité du net, il pourrait bien le faire. Et il ne faudra pas venir se plaindre du résultat : rien ne permet d’affirmer qu’il s’en sortira bien, et surtout, lorsqu’un sujet a le soutien effervescent de la gent politique, on peut immédiatement se poser des questions. N’ont-ils pas, justement, poussé à la roue d’HADOPI ou de cette fameuse loi de programmation militaire ?

Big Data et gouvernance d’internet

Le Big Data (ou datamasse, par analogie à la biomasse) est cette expression anglophone utilisée pour désigner les ensembles de données si volumineux que travailler dessus avec les outils classiques de gestion de base de données devient trop compliqué.

Bayart, vis-à-vis du Big Data, pose une question essentielle et y répond dans la foulée :

Qui est propriétaire de ce que vous avez mis sur internet ? Vous, forcément vous. Toute autre réponse est dangereuse puisqu’elle dit que vous n’êtes plus adulte et libre de partir.

Ce faisant, il prêche donc pour la disponibilité totale des données stockées par les sociétés commerciales pour une personne donnée (géolocalisation des portables, par exemple), et ce, afin de rendre les citoyens conscients qu’ils sont effectivement des producteurs permanents de données. Cette prise de conscience doit permettre de faire en sorte qu’ils agissent en connaissance de cause.

Gouvernance internet

Enfin, Benjamin Bayart aborde la question de la gouvernance internet en remettant à sa place technique une question qui est rapidement devenue politique pour de mauvaises raisons (les politiciens agissant toujours pour tirer la couverture à eux, même lorsque le sujet ne les concerne finalement qu’assez peu). Pour Bayart (et là encore, je le rejoins), la gouvernance internet est essentiellement concentrée dans deux éléments.

Internet : une série de tubes

Tout d’abord, il s’agit de la centralisation des noms de domaine, historiquement tenue par les Américain, ce qui peut poser un problème de domination hégémonique potentiellement dangereuse. En pratique, une multiplication des racines suffit pour résoudre ce problème.

Ensuite, Bayart pointe l’actuel problème de l’adressage en IPv4 (adresses sur 32 bits et donc intrinsèquement limitées en nombre à 4 milliards) : pour lui, on se dirige vers une architecture d’internet où les serveurs resteront en version 4 (sur 32 bits) et les clients, eux, seront en version 6, avec, par construction, une concentration des serveurs du côté américain (ces derniers ayant 50% des adresses IPv4 disponibles).

Là encore, nul ne peut présager de ce qui se passera effectivement, mais on peut assez facilement imaginer que les masses énormes de nouveaux clients à internet ne se satisferont pas vraiment d’un internet ainsi construit. Si, pour le moment, la puissance commerciale des occidentaux peut laisser penser qu’une telle organisation des adressages pourrait voir le jour, l’arrivée massive des Chinois, des Indiens et du continent africain changera durablement la donne.

À mon avis, il est peu probable qu’ils acceptent sans broncher une organisation qui leur serait par trop défavorable…

Dans le cours de l’interview, le militant aborde quelques autres questions qui sont aussi intéressantes que les quelques points que j’ai développés ici ; c’est pour cela que je vous invite à voir l’intégralité de la vidéo qui ne dure, finalement, qu’une trentaine de minutes.

Après tout, c’est dimanche, non ?

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Source : http://h16free.com/2014/05/04/30746-csa-neutralite-et-gouvernance-du-net