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Agression lilloise : doit-on vraiment compter sur la collectivité ?

mardi 29 avril 2014 à 09:00

Mercredi dernier, dans le métro lillois, une jeune femme se fait tripoter par un ivrogne. Appelant à l’aide les passagers de la rame, elle doit cependant subir l’individu alcoolisé sans que personne n’intervienne. Ce n’est qu’une fois hors du métro, au milieu de la circulation urbaine, qu’un automobiliste lui viendra en aide. Magie des réseaux sociaux couplés à une presse en désuétude trop heureuse de faire du drame social pour occuper ses colonnes, ce fait divers malheureusement banal a rapidement enflé pour finir par faire de gros titres dans la presse nationale.

En substance, l’affaire racontée par les journaux nationaux est brossée à gros traits : la jeune femme a été agressée sexuellement, a subi les attouchements d’un jeune homme en état d’ébriété, le tout sous le regard indifférent (ou torve et concupiscent, allez savoir) de nombreux passagers du métro qui se sont honteusement abstenus d’intervenir. Ceci n’a pas empêché la justice de passer puisque l’agresseur a finalement été rattrapé, est passé en comparution immédiate et s’est pris dix-huit mois de prison ferme assorti d’une interdiction du territoire de deux ans (le fait qu’il était, comme on dit de nos jours, « défavorablement connu » des forces de police a dû jouer quelque peu).

Mais voilà : tout ceci soulève plein de questions, dont une de société qui aura été posée par le procureur de la République de Lille, Frédéric Fèvre, et qui en a profité pour ouvrir une enquête préliminaire pour « non-assistance à personne en danger » : comment la société égalitaire, solidaire, citoyenne, multiculturelle, festive et éco-consciente dans laquelle nous vivons tous, et pour laquelle nous payons tant d’impôts afin que ça se passe bien, comment peut-elle dériver pour aboutir à cette hideuse indifférence de nos concitoyens devant les malheurs d’une femme agressée ?

indifference

La question posée, l’enquête débute donc. Il ne s’agit plus de châtier l’impétrant (c’est fait, n’y revenons plus), ni même d’en expliquer le comportement : tout le monde sait que c’est la société qui est au moins en partie responsable de la dérive de ce pauvre homme, que ce sont les conditions d’emploi difficiles, le turbo-capitalisme des patrons mangeurs d’enfants communistes et l’ultra-libéralisme doublé d’un individualisme double-couche molletonné de tous les individus qui traînaient par là qui ont produit ce résultat navrant, pas de doute. Non, ici, il s’agit de retrouver ceux qui n’ont rien fait et de les punir aussi un peu, parce que franchement, dans une société normale (égalitaire, solidaire, citoyenne, multiculturelle, festive, éco-consciente et aux bisous nappés de caramel) il est inconcevable qu’on laisse ceci se produire. Et puis ça tombe bien, c’est puni par la loi, d’abord.

Il faut bien ça. Le procureur de la République à Lille est d’ailleurs tout tourneboulé de l’intérieur et a bien rappelé le fond du problème :

« En tant que représentant du ministère public, je suis inquiet de ce visage d’une société où on est capable de prendre une autre rame en laissant seule une femme face à son agresseur. Il est là, l’effroi aujourd’hui, se dire que dans notre société, on ne pourra pas compter sur la collectivité »

Pansements "Hello Kitty"Voilà : c’est horrible de savoir qu’on ne peut plus compter sur la collectivité ! La collectivité, c’est l’alpha et l’oméga de la sécurité. C’est la béquille quand on boite, le coussin quand on doit mettre un genou à terre, le sparadrap Hello Kitty quand on est amputé. Et la collectivité qui n’agit pas, ce serait comme l’État qui n’apporterait pas de solution. Ce serait comme un service des urgences débordé qui laisserait mourir des gens faute de soin. Ce serait comme des gouvernants qui s’occuperaient plus d’air pur et de vélos que de chômage et d’entreprises. Ce serait insupportable. Il faut donc punir les individus individualistes.

Sauf qu’à première vue, cela ne va pas être totalement du gâteau de retrouver et mettre en examen les méchants égoïstes/individualistes indifférents au sort des donzelles en détresse. Et puis, on ne peut pas s’empêcher de se dire que cette recherche des coupables, de tous les coupables, ce pointage minutieux des défaillances cache un peu trop la nécessaire réflexion sur ce qui s’est produit.

Par exemple, on pourrait noter qu’à part la médiatisation très exagérée de ce fait divers, cette affaire est d’une triste banalité et n’est finalement qu’un nouvel exemple parfaitement ordinaire de ce qui se passe, régulièrement, en France. D’ailleurs, selon les propres paroles de la personne agressée,

« J’espère que ça n’arrivera pas à une autre fille. Arrivé une certaine heure, mieux vaut ne pas prendre le métro. Il y a des gens qui boivent, qui fument, qui sont désagréables. »

Apparemment, c’est donc quelque chose d’assez banal, à Lille, d’avoir des gens qui boivent, qui fument, et qui sont désagréables (on supposera ici qu’il s’agit en réalité de gens qui boivent plus que de raison, qui fument là où c’est interdit et des substances a priori pas autorisées, et qui sont plus désagréables que la faune habituelle de voyageurs en transport en commun). C’est d’ailleurs tellement banal qu’il y a quelques semaines, un groupe de militants du Groupe Identitaire avait organisé des « patrouilles sécuritaires » dans ce même métro, au grand dam de tout ce qui compte parmi les associations conscientisées, dénonçant l’apparition de milices (apparemment, le collectif, dans ce cas-là, ce n’est pas bien).

Eh oui : on est fort prompt à dénoncer l’absence de réaction des individus devant l’agression en cours, mais on oublie qu’apparemment, ce genre de faits divers est suffisamment courant pour que justement, plus personne ne s’en émeuve. Peut-être le problème réside-t-il en partie là, et il faut ensuite se poser la question : ces agressions ont-elles lieu parce que les gens ne réagissent plus, ou les gens ne réagissent plus, blasés, parce que ces agressions ont lieu régulièrement ?

Et là, la réponse est gênante quel que soit le cas.

Si les individus ne réagissent plus parce qu’il y a trop d’agressions, peut-être est-ce le signe clair d’un problème fondamental de sécurité. Peut-être est-ce la démonstration que la société, voulue si bisou, ne l’est plus depuis suffisamment longtemps pour que personne ne s’émeuve plus qu’une femme se fasse peloter lourdement par un poivrot agressif. Peut-être cette société est-elle devenue suffisamment violente pour que chaque individu fasse un calcul, sordide, d’importance de l’agression, et que celle-ci se soit classée bien trop bas dans le niveau de danger pour justifier une action… En tout cas, le collectif appelé de ses vœux par le naïf procureur, ici, est clairement en faute de n’avoir su endiguer cette insécurité galopante. Au fait, quelle entité collective est en charge, justement, d’assurer la sécurité ? La foule ? Les individus qui voyagent dans le métro ? Ou l’État par sa police ?

Au contraire, si les agressions ont lieu parce que les individus ne réagissent plus, peut-être est-ce parce que chacun d’entre eux sait qu’intervenir peut lui coûter fort cher. On ne compte plus, dans la presse, les cas où le bon samaritain, venant à la rescousse, se retrouve à son tour troué. D’ailleurs, Laurence Rossignol, sénatrice PS, avait fait l’expérience de cette « indifférence », et s’était étonnée que personne ne soit venu à sa rescousse ; mais voilà, lorsqu’à l’inverse de Laurence, on est défavorablement inconnu des services de police, on évite d’intervenir et de passer ensuite de longues heures au commissariat du coin à expliquer ce qui s’est passé, ou aux urgences à tenter de survivre. Sans compter qu’ensuite, l’agresseur, devenu agressé, peut aussi se retrouver à réclamer des dommages et intérêts. Et les obtenir.

laurence rossignol

Alors oui, comme le dit le gentil procureur, c’est fort désolant et très très mal de n’avoir pas observé de réaction. C’est bien triste que la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui autorise ce genre d’inaction. Mais voilà, monsieur le procureur : tout ceci n’indique pas franchement un problème au niveau des individus qui sont très rationnels, finalement, et qui ne réagissent pas parce que c’est devenu trop banal ou trop dangereux. Cela montre plutôt que vous et les juges, les politiciens et tout l’appareil d’État, avez parfaitement réussi à faire pénétrer le message important que seul l’État peut intervenir sur ce genre de problèmes.

Vous et tout l’appareil d’État avez persuadé tout le monde efficacement que la défense concrète du citoyen ne passait que par l’État. Et maintenant, vous vous plaignez que, l’État n’assumant pas les missions qu’il s’est lui-même arrogées, les citoyens soient les bras ballants ? À force de collectivisme, vous avez durablement désarmé les individus, physiquement d’abord, puis psychologiquement, en leur ôtant toute possibilité, puis toute envie, de défendre leur prochain. Et maintenant, devant l’échec lamentable de la collectivisation de la force, vous vous plaignez et vous versez des petites larmes ?

Allons. Un peu de cohérence, que diable !

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Source : http://h16free.com/2014/04/29/30738-agression-lilloise-doit-on-vraiment-compter-sur-la-collectivite


Alstom, GE et Montebourg-la-bricole

lundi 28 avril 2014 à 09:00

C’est l’histoire d’un géant déchu, dont les réalisations passées ne suffisent plus à lui assurer un avenir solide. C’est l’histoire d’un autre géant qui a besoin de s’agrandir. C’est l’histoire d’un rachat, de milliards d’euros et de dollars échangés, d’opérations boursières difficiles et complexes. Et c’est la démonstration, en creux, de cette compulsion maladive des groupies de l’interventionnisme étatique à la française à se mêler de tout, au détriment de l’intérêt général.

nokia 3310Cette histoire aurait pu être celle de Nokia dont son activité « téléphones portables » vient d’être rachetée par Microsoft : après des mois de procédures pour faire valider le rachat par les autorités de la concurrence du monde entier, le géant du logiciel a officiellement racheté le dernier fabricant européen de smartphones, pour un peu plus de cinq milliards et demi d’euros. Selon l’accord, Microsoft utilisera probablement la marque Nokia pendant encore quelques mois avant de la faire disparaître, probablement au profit de Microsoft Mobile. Il est bon de noter que Nokia, qui continue à exister au travers de ses autres activités et notamment de Nokia Solutions and Networks (NSN), a l’interdiction de vendre des téléphones durant cette même période.

Mais ce n’est pas cette histoire qui m’intéresse.

En effet, lorsque le géant du logiciel a décidé ce rachat, il s’est essentiellement agi d’une opération commerciale et boursière. On peut bien évidemment parier sur d’intenses négociations entre les différentes parties prenantes, tant les firmes finlandaise et américaine ont intérêt à s’accorder. Mais en tout cas, les autorités finlandaises ne sont pas intervenues. Peut-être, compte tenu de la taille du conglomérat finlandais, y a-t-il eu des pressions ou des arrangements entre le gouvernement et les dirigeants de Nokia, mais rien n’en a filtré. Plus simplement, on peut aussi admettre que ce gouvernement a laissé les actionnaires se débrouiller selon leur meilleur intérêt.

En France, on observe un événement assez similaire : on apprend, de source incertaine mais tout de même, avec des petits bouts de rumeur bien insistante, que General Electric, le conglomérat américano-canadien, aurait proposé de racheter Alstom, pour la modique somme de 9,4 milliards d’euros — soit 25% de plus que le cours de bourse, au passage –, somme bien vite démentie par le groupe de Patrick Kron qui ne veut pas du tout être dilué dans un truc beaucoup plus gros que lui.

La rumeur une fois connue et confirmée, deux phénomènes apparaissent : d’une part, les journalistes s’empressent de fourrer leurs gros micros mous sous le nez des politiciens, à commencer par celui de Valls et de Montebourg, le frétillant ministre de l’industrie et des pilules bleues qui aident à la reproduction, afin de bien leur faire comprendre qu’il était impératif qu’ils s’expriment. D’autre part, ces mêmes politiciens ont évidemment répondu aux questions posées en apportant une saine dose de « Pas De Ça Chez Nous » à laquelle, il faut bien le dire, les journalistes s’attendaient.

Si je souligne ces deux acteurs (les journalistes d’un côté, les politiciens de l’autre), c’est parce que leur interaction est ici essentielle : les journalistes n’auraient pas été titiller les politiciens s’ils n’avaient pas senti que ces derniers s’empresseraient de réagir ainsi, et les politiciens se seraient probablement bien passés de faire le moindre commentaire si les journalistes n’étaient pas venus les voir. Et c’est d’autant plus vrai que chacun des deux a un intérêt à réagir ainsi : les pisse-copies ont bien du mal, actuellement, à enchaîner la moindre analyse pertinente sur la situation politico-économique française (ou, pire encore, sur les enjeux de la prochaine élection européenne) et les politiciens, de leur côté, n’existent pas s’ils n’ont pas leur nom quelque part dans l’un des milliers d’articles que la presse subventionnée produit tous les jours pour faire semblant d’informer son lectorat.

La situation ainsi campée, il était donc inévitable que Valls puis Montebourg s’expriment.

Pour Valls, l’affaire fut réglée par une pirouette : « je m’exprime bruyamment pour dire que je ne vais rien dire. Ainsi, j’existe médiatiquement et mon non-communiqué sera amplement repris pour dire, après analyse, que je n’ai rien dit » avec le bonus de se laisser une voie d’intervention possible : « Nous sommes attentifs », ce qui veut dire que si jamais General Electric devait fauter, hop hop hop, le gouvernement interviendrait. Epic win et tout ça.

montebourg vigilance patriotiquePour Montebourg, bien sûr, il s’agissait de montrer que la France, éternelle et merveilleuse, n’allait pas se laisser faire ainsi. Dès la rumeur connue, les coulisses s’agitèrent. L’idée générale est toujours la même : les actionnaires d’Alstom, parmi lesquels on put compter l’État avant qu’il revende ses parts à Bouygues, ne sont pas assez malins pour savoir ce qui est bon pour eux. Le gouvernement, fermement cornaqué par le fier Arnaud, lui, sait qu’il ne faut pas qu’un groupe étranger, à plus forte raison américain, entre au capital ou le rachète entièrement, parce que … parce que c’est mal, voyons, c’est évident. Dès lors, une saine « préoccupation et une vigilance patriotiques » sont nécessaires, ce qui se traduit par des approches de plus en plus lascives vers … Siemens.

Tout ceci est confus ? Rassurez-vous, tout est hors contrôle, Montebourg est aux commandes et appuie sur tous les boutons, les gros leviers et les petits volants pour obtenir un truc, n’importe quoi, qui puisse se médiatiser sous la forme d’une réussite, de près ou de loin. Et si ce n’importe quoi passe par l’exacte antithèse de ce qui nous a été vendu il y a quelques années par Sarkozy (qui s’est, rappelons-le, « battu » — avec l’argent des autres — pour qu’Alstom reste 100% français), eh bien tant mieux : allons voir Siemens qui sera certainement ravi de former un « partenariat » avec la société française, pardi ! Partenariat d’autant plus fructueux que là où General Electric peut s’avérer complémentaire à Alstom en Europe, Siemens lui est directement concurrent, ce qui promet des décisions douloureuses au niveau des salariés…

Décidément, rien de plus jouissif pour un politicien que faire l’exact contraire de ce qu’un concurrent fit jadis, surtout si cela permet, même vaguement, de modifier le cours normal des choses et d’intervenir avec fracas dans la vie de milliers de personnes ! Peu importe que le résultat soit probablement sous-optimal pour ceux qui ont un intérêt direct dans la société (actionnaires, salariés, fournisseurs et clients) : l’État (et en particulier Montebourg) a une idée précise de ce qu’il convient de faire (à savoir s’agiter), idée bien mieux renseignée que ces différentes parties prenantes, évidemment !

montebourg pour toi public

Il est particulièrement éclairant de voir le calme et la pondération qui ont accompagné le rachat de l’activité téléphonique de Nokia par Microsoft d’un côté, et l’effervescence journalitico-politique lorsqu’il s’est agi d’Alstom par General Electric. Que le premier rachat se situe en Finlande et le second en France explique seulement en partie la différence de traitement ; ne nous leurrons pas, les Français sont latins et on les voit mal rester de marbre lorsqu’un changement d’importance arrive. Mais comment qualifier l’intervention de l’État et de ses sbires dans cette affaire si ce n’est par « ingérence » ? Sous prétexte de « sauver » de l’emploi en France, des tractations et des pressions sont faites en dépit de tout respect du droit de propriété et, surtout, de toute discrétion qui devrait entourer des affaires de cette importance.

Pire : comment justifier ces changements de politique industrielle (un coup Siemens est le diable, un autre un partenaire valable) ? Comment n’y pas voir la frénésie du court-terme, les petits arrangements à la va-vite, la connivence, le bricolage voire la panique ? Comment croire que toute cette agitation n’aura aucun impact sur la viabilité de l’entreprise ? Et surtout, comment imaginer, avec l’historique catastrophique de l’Etat en général, et de Montebourg en particulier, que ces excitations se termineront bien ?

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Source : http://h16free.com/2014/04/28/30714-alstom-ge-et-montebourg-la-bricole


L’état, ses agences et le sabotier mal chaussé

dimanche 27 avril 2014 à 11:00

Entreprendre en France n’est pas toujours une sinécure, loin s’en faut. Entre la paperasserie fiscale toujours plus importante, les petits caïds des administrations ou des tribunaux qui font du zèle, la création d’entreprise est complexe, parsemée d’embûches et souvent synonyme de dépôt de bilan avec pertes et fracas. Heureusement, l’État l’a bien compris et il a mis en place tout ce qu’il faut pour vous aider.

Eh oui : grâce à l’APCE, l’Agence Pour la Création d’Entreprise, vous bénéficiez d’un véritable ange gardien qui guidera vos pas à chaque instant de votre projet entrepreneurial, et vous évitera les petites gamelles rugueuses qu’ont fâcheusement tendance à jeter dans vos pattes toutes ces administrations qui vivent de votre travail, de vos impôts et de vos efforts. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’APCE elle-même sur la page consacrée à expliquer ce que fait cette association loi 1901 créée il y a 35 ans « à l’initiative des pouvoirs publics » : l’agence a ainsi pour triple mission, je cite,

« de promouvoir l’esprit d’initiative, d’informer sur les mesures prises en faveur de la création-transmission d’entreprises et sur les dispositifs en place aux niveaux national et local, et d’orienter les entrepreneurs dans leurs démarches »

Bien évidemment, elle ne vit pas que de bonne volonté, d’eau fraîche et d’un peu de courant produit par une éolienne et la dynamo d’un vélib : en plus de sources propres non spécifiées (Cotisation de ses adhérents ? Dons ? Collectes ? Créathon ?) qui représentent un petit 40% de ses ressources, l’État intervient gentiment histoire de fournir à tout ce monde quelques moyens pour effectuer leur indispensable mission.

apce

Après tout, sans cette agence, qui vous aidera, vous, petit créateur d’entreprise, dans vos démarches auprès des 8533 guichets divers et variés afin d’obtenir des subventions, éviter les contrôles intempestifs de l’inspection du travail, de l’URSSAF, des impôts, des douanes, de la DDPP, ou que sais-je encore ? Qui vous guidera dans les étapes indispensables à la réalisation de vos projets ? Qui vous aidera à compléter votre premier cerfa, vos premières déclarations de TVA, à boucler vos comptes, etc ?

Qui, hein ?

En fait, non, ce ne sera pas l’APCE parce qu’elle a un peu d’autres chats à fouetter en ce moment.

Eh oui, c’est la crise mon petit pépère, fallait pas vous lancer dans la création d’entreprise, en France, malheureux. L’argent de mamie en héritage, franchement, pourquoi ne l’avez-vous pas claqué en putes et champagne, comme tout le monde, hein ? Parce que là, se lancer dans l’entrepreneuriat, sans prévenir, sur un coup de tête, et aller voir l’APCE, ce n’est pas une bonne idée, et comme je l’ai dit : ce n’est pas le bon moment.

En effet, comme nous l’apprend un petit articulet du Figaro daté du 13 avril dernier, l’agence, qui emploie 42 salariés, n’avait de quoi tenir, à cette date, que pendant encore trois semaines. Hummmoui vous comprenez l’Etat n’a pas voulu verser sa petite participation de mmfbroum 4 millions d’euros pour cette année et donc hmmfm bref voilà, l’APCE n’a plus de sous et va déposer le bilan.

small facepalmOui, vous avez bien compris : l’agence d’État qui montre la voie aux créateurs d’entreprise est en train de carafer salement. Mieux : elle carafe parce qu’elle n’a pas été foutue de sécuriser ses fonds propres, qu’elle dépend ultimement d’une subvention étatique et qu’elle n’a, finalement, pas réussi à convaincre suffisamment de donateurs ou d’adhérents, n’a pas réussi à vendre suffisamment de t-shirts marqués APCE dessus ou de pins multicolores ou je ne sais quel merchandising à la con qui lui auraient permis d’équilibrer ses comptes.

L’APCE, qui explique en détails comment arriver à se financer, comment trouver les bons sous-sous dans la popoche des uns ou, mieux, dans celle de l’Etat c’est-à-dire la popoche des autres, cette agence qui utilisait jusqu’à présent l’argent de vos impôts pour vous dire comment gérer votre entreprise n’a pas réussi à trouver des sous-sous dans la popoche qui va bien, n’a pas réussi à lever des fonds et n’a pas réussi à développer son propre projet d’entreprise, et n’a pas réussi à se gérer correctement.

C’est ballot.

small double facepalmVoilà qui est particulièrement croustillant. Et mieux encore, l’APCE est en train de mourir exactement comme tant d’entreprises qui, sur le territoire français, ne peuvent plus se passer de la subvention étatique. Paradoxalement, l’APCE montre de façon limpide comment une entreprise se développe (par l’impulsion des pouvoir publics), survit pendant des années (par la subvention) et meurt (lorsque les robinets à pognon des autres se referment).

Du reste, on pouffera en constatant que le gouvernement prétend d’un côté vouloir aider les entreprises et tout faire pour favoriser l’offre, et de l’autre coupe la subvention à l’une des agences qui s’occupe, justement, d’aider les entreprises. Ce serait presque de la schizophrénie si l’État avait encore une tête.

another triple facepalm

Oh, mais, que vois-je le 16 avril ? Un rebondissement !

On apprend, soulagé et dans un article du Monde, que grâce à la présence d’esprit de ses dirigeants, l’APCE a obtenu un sursis ! Ouf ! Bien joué, les gars : grâce à la sagacité du conseil d’administration, qui s’est déroulé mercredi 16 avril, a débouché sur la décision de… convoquer un nouveau conseil le 29 avril. Voilà qui envoie du steak !

Et pour arriver à tenir quelques jours de plus, on découvre que l’État a tout de même lâché un petit quelque chose, de 1,2 millions d’euros. Bon, ça ne fait pas le compte, mais au moins, une partie des 42 salariés va pouvoir reprendre sa non-activité. Et pour le manque à gagner ? Là encore, des pistes judicieuses se dessinent : d’autres partenaires sont possibles, comme les chambres consulaires, la Caisse des Dépôts, Pôle emploi, bref, tout un tas de grandes entreprises privées issues du capitalisme sain et de la concurrence sur le marché libre, tout ça, youpi youpi.

cat facepalm

Mais en tout cas, une chose est sûre : les instances publiques ne vont pas lâcher l’APCE comme ça ! Ah non ah non, 42 salariés sur le carreau, ce n’est pas le genre de la boutique surtout lorsque ce sont les contribuables qui paient. Et puis, il faut bien ça pour maintenir en vie un site qui fait une audience comparable à celle de Contrepoints (qui a l’impudence d’avoir 0 salariés et de ne rien coûter au contribuable, lui), non ?

Vous voyez, pas de quoi avoir peur : l’esprit d’entreprise n’est pas mort en France, il est même amoureusement cajolé par le gouvernement qui le fait bondir de plus en plus haut jusqu’à lui faire heurter violemment le plafond de la réalité.

C’est trop mignon.

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Source : http://h16free.com/2014/04/27/30627-letat-ses-agences-et-le-sabotier-mal-chausse


Les relais d’Opinion

samedi 26 avril 2014 à 11:46

Comme vous le savez sans doute, l’Opinion est un quotidien qui a débuté récemment, et dont la ligne éditoriale est résolument libérale, pro-business, européenne. En parallèle à leur développement principal, l’équipe l’Opinion vient de mettre en place « Les Relais d’Opinion« , plateforme de type « blog » qui propose de diffuser des contenus compatibles avec leur ligne éditoriale.

relais d'opinion

Ils m’ont proposé de participer à leur expérience et, en échange de mes articles, en profitent pour proposer à mes lecteurs une offre d’abonnement à leur quotidien pour un mois gratuit. Pour cela, il vous suffit de laisser un commentaire à ce court article, et j’utiliserai votre mail pour vous faire parvenir l’offre en question.

Bonne lecture.

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Source : http://h16free.com/2014/04/26/30704-les-relais-dopinion


Made in France, E12 : « Sylvia s’arrache les cheveux en quatre »

vendredi 25 avril 2014 à 09:00

Tranches de vie ordinaires en République Démocratique (et Populaire) Française, imaginées mais pas dénuées de réalité – Épisode 12 : « Sylvia s’arrache les cheveux en quatre »

Par h16 et Baptiste Créteur.

Le plus difficile dans le long cheminement vers le bonheur ultime qu’ont entamé les citoyens français, c’est de ne pas se laisser abattre par les petites déconvenues que la route aura placées devant soi. D’autant qu’il s’agit de mobiliser plus de 60 millions de personnes qui n’ont pas toutes, exactement, les mêmes objectifs de vie. Pour Sylvia, c’est fort dommage, ces différences individuelles.

Sylvia, c’est cette citoyenne consciencieuse qui aime faire avancer les justes causes.

sylvia lapinJusqu’à présent, elle était de toutes les luttes. Il y a quelques semaines, elle a lutté pour la liberté des femmes d’avorter en soutenant le site lancé par le gouvernement et il y a quelques jours, elle a téléchargé l’application gouvernementale qui redonne, par paquet de douze, de la confiance en elles aux femmes pour favoriser le leadership, et l’entrepreneuriat au féminin bien sûr. Régulièrement, elle s’investit contre le sexisme, le racisme, la xénophobie, le conservatisme et la tyrosémiophilie (parce qu’elle croit confusément que ça implique des tortures sur les animaux) ; pour cela, elle produit des articles qui lui permettent d’exprimer son opinion et de répondre aux commentaires des autres.

Aujourd’hui, elle y pense en chevauchant son Vélib’ qu’elle a pris pour rentrer chez elle. Il lui a fallu tester plusieurs appareils (les premiers étant tous un peu dégradés). Tendrement convaincue par ce mode de déplacement urbain qui lui fait brûler des calories, ahaner lourdement et un peu sentir sous les bras, elle n’a jamais été autant convaincue de son utilité qu’après de petits écarts de conduite qui lui ont coûté son permis. Flashée plusieurs fois à 53 km/h au lieu de 50 km/h, ayant grillé un feu rouge de quelques mètres pour laisser passer les pompiers sans jamais avoir pu obtenir que l’infraction soit annulée, elle a perdu ses points, beaucoup d’argent et pas mal de temps.

Mais bon : la disparition des places de stationnement de son quartier, remplacées par de jolies voies de bus presque tout le temps vides et des bornes Vélib’ rarement pleines, l’auraient de toute façon poussée à renoncer à la voiture. Et sinon, cela aurait été la baisse des vitesses maximales autorisées, ou la circulation un jour sur deux, ou les embouteillages, ou l’évident cumul des trois.

Face au vent, sous une pluie battante, Sylvia accepte donc de se faire éclabousser par des bus bondés, des taxis vides, et le bruyant cortège d’un ministre en voiture entre deux réunions.

« L’harmonie ahan pfff avec la nature ahan pfff est à ce prix ahan pfff »

… se dit-elle en faisant progresser sa bicyclette blindée d’un coup de pédale à l’autre.

Arrivée chez elle, Sylvia se réchauffe avec un café ni bio, ni commerce équitable, mais à la cafetière design dont les publicités font intervenir George Clooney et Matt Damon. Peut-être peut-on changer le monde en achetant autre chose, mais comme le dit Georges, « What the hell ! » … Ah, pardon, non, c’est « What else ? » mais peu importe : Sylvia est une partisane du bon café, donc voilà. Et puis elle compense : elle promeut l’égalité des chances, sauvegarde l’environnement pour enrayer le changement climatique, livre bataille pour les droits de l’homme et votait socialiste jusqu’à récemment (mais faut pas pousser tout de même).

Cependant, depuis peu, elle s’interroge sérieusement : comment faire pour mener de front toutes ces justes luttes et admirables causes ?

sylvia chefCar la citoyenneté moderne, ce n’est pas aussi simple que ranger son frigo. Avant, il fallait voter, payer des impôts et aider les vieux à traverser. Mais maintenant, c’est bien plus encore ! Par exemple, ça comprend la lutte contre le gaspillage. Sylvia aime bien lutter contre, et commence même à aimer préparer les compotes (sans sucre, sans édulcorants, sans rien) et le pain perdu, mais bon, par moments, Sylvia se demande si le gaspillage est bien là où on le dit.

Par exemple, elle se demande si le meilleur moyen de réindustrialiser la France est bien d’équiper un Train de la Nouvelle France Industrielle pour sillonner les principales villes du pays. Peut-être serait-il plus judicieux d’arrêter ces dépenses farfelues et de réduire la pression fiscale… Et puis, si les éoliennes et les panneaux solaires sont vraiment si bons, pourquoi les riverains s’en plaignent bruyamment ? Pourquoi les scientifiques semblent-ils tant douter ? Est-il bien nécessaire d’offrir un iPad à chaque élève dans certains départements alors que l’école refuse d’intégrer les nouvelles technologies ? Est-il vraiment indispensable d’avoir des locaux spécifiques pour tel ou tel ministre ? Hein ? D’abord ?

Dans la tête de Sylvia, les questions se bousculent. Comme il y en a beaucoup et que sa tête est petite, même s’il y a pas mal d’espace vide, cela finit par s’entrechoquer :

« La lutte contre les discriminations justifie-t-elle de réduire la liberté d’expression ? » « Il ne faut pas stigmatiser certaines populations, mais peut-on s’abstenir de lutter contre la fraude sociale ? » « Les risques de la vie sont parfois difficiles à anticiper, mais doit-on protéger les citoyens contre les risques qu’ils prennent en connaissance de cause ? »

sylvia clooneySylvia pose sa tasse à café vide, à peine requinquée par les volutes de Clooney, et laisse son esprit vagabonder sur le web. D’un clic à l’autre, elle perd pied en lisant deux articles à la suite, le premier décrivant la surveillance des citoyens, le second racontant l’intense mobilisation des forces de l’ordre pour un enfant disparu n’ayant jamais existé ; comment justifier la surveillance étendue devant le merdoiement des recherches ? Il en faudrait encore plus ? À quoi bon ? Et puis elle se demande pourquoi ces questions ne sont pas posées. Peut-être est-ce à cause de la subventionite aigüe dont souffrent les journaux, normalement indépendants mais effectivement accros à leurs subventions plutôt qu’à leurs lecteurs et annonceurs.

Ces pensées (et l’enfilade de café cloonesque) l’empêcheront longtemps de dormir. Elle finira cependant par trouver le sommeil … peu avant que ne sonne son réveil (zut).

La tête en vrac et les pensées encore plus confuses qu’à l’accoutumée, elle découvre un peu plus tard avec effroi que les vélos qu’elle utilise d’habitude sont hors d’usage : dans la nuit, des militants d’extrême-gauche en ont crevé les pneus pour dénoncer l’esclavage moderne de prisonniers en réinsertion dont la contribution au fonctionnement du parc de JC Decaux n’est pas rémunérée.

Sylvia ne voit pas bien comment ce genre de militants peut promettre une vie meilleure dans une société plus juste tout en passant son temps à pourrir la vie des citoyens par des grèves et des manifestations violentes. Tout ceci n’est pas très cohérent. D’autant plus que, comme le lui fait remarquer un autre usager déçu avec une verve poétique,

Avec ce genre de conneries, c’est encore nous qu’on paye !

Cantonnée aux transports en commun, elle ne rencontrera pas l’amie qui lui avait donné rendez-vous. Suite à un incident technique aussi inopiné que répétitif, le métro s’est lui aussi retrouvé immobilisé. Et comme les conducteurs de bus se sont mis en grève pour dénoncer l’insécurité qui règne dans les transports en commun et leurs conditions de travail difficiles, pas question de trouver une alternative crédible à la marche.

Puisque c’est comme ça, elle n’ira pas non plus voter aux prochaines élections.

Elle est lasse d’une vie politique où les questions importantes ne sont jamais posées et où les questions futiles, enfilées comme des perles sur un collier de pacotille remis au condamné avant son étranglement, trouvent de mauvaises réponses. Elle désinstalle l’application gouvernementale sur le leadership machintruc-féminin. Elle annule son projet de visite du Train de la Nouvelle France Industrielle. Elle supprime son lien vers le site gouvernemental pro-IVG. Elle se promet de ne plus répondre aux commentaires des sites d’information. Et elle donne même (discrètement) un petit coup de pied à un Vélib’ accroché à sa borne, en étouffant un petit « merde à la fin ».

Elle ne renonce pas à changer les choses, au contraire ; mais comment ?

le changement c'est mollo

Vous vous reconnaissez dans cette histoire ? Vous pensez qu’elle ressemble à des douzaines de cas relatés par la presse ? Vous lui trouvez une résonance particulière dans votre vie ? N’hésitez pas à en faire part dans les commentaires ci-dessous !

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Source : http://h16free.com/2014/04/25/30680-made-in-france-e12-sylvia-sarrache-les-cheveux-en-quatre