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Changement d’ambiance ?

mercredi 17 septembre 2014 à 09:00

Snif, snif, snif, snif, mais, tiens, c’est bizarre, il y a comme une petite odeur dans le fond de l’air, quelque chose de frais, de subtil et d’extrêmement ténu… La politique française serait-elle, par le plus furieux des hasards, en train de changer ?

Allons, allons, faites un effort, respirez à fond et faites marcher (un peu) votre imagination. Ne sentez-vous pas ce petit changement d’ambiance, ô combien léger, je vous l’accorde, mais néanmoins palpable, dans le petit bruit de fond qui occupe généralement les plateaux télé, les rédactions, les discussions de comptoir voire certains couloirs de ministères pas trop visibles et peu médiatiques ?

Je vous rassure tout de suite : je ne parle pas, ici, d’un vent de changement comme celui qui parcourut jadis l’Allemagne en novembre 1989, ou même celui, plus tragique, qui accompagna les bolcheviks en 1917, non. Je parle plutôt de ces petits signes d’agacements apolitiques d’une population française, lassée du pouvoir actuel qu’il soit de droite ou de gauche, et qui semble, dès qu’il émet des sons, si éloigné de ses préoccupations terre-à-terre.

Je vous parle aussi de ces petites remarques, entendues ici et là, des uns et des autres qui, ronchonnant mais bonhommes, admettent du bout des lèvres que oui, peut-être l’État a-t-il un peu trop fourré ses gros doigts boudinés partout, et peut-être est-il responsable d’une partie (modeste, mais décidément mesurable) du torrent de caca mou dans lequel nous barbotons tous actuellement. Oui, petit-à-petit, acculés devant l’état catastrophique de l’économie, les Français ne font plus complètement l’impasse sur certains principes du libéralisme.

Bien sûr, on est encore au tout début du processus de remise en cause, tout juste à l’embryon d’une phase de questionnement sur la pertinence de l’avalanche de lois qui occupent tous les jours les députés. C’est aussi cette interrogation, encore peu formulée, mais dans l’air du temps, sur la probité de ceux qui représentent les citoyens, aidée en cela par la consternante série de faux-pas de la brochette de clowns tristes qui miment un gouvernement de loin par temps de pluie. C’est un petit début de « Et si ? » qui, pour le moment, ne pose pas le débat, loin s’en faut, mais qui, au moins, n’en écarte pas complètement la possible tenue, un jour dans un futur quelconque.

Les petits moutontribuablesMais voilà, la graine semble plantée et certains comprennent qu’il serait vraiment chouette qu’on remette en cause certaines pratiques, surtout pour les autres, évidemment. Confusément, certains commencent à voir, au-delà des discours fumigènes de ministres patauds et de députés peu crédibles, que les manœuvres qu’on tente pour museler certaines innovations (Uber, Amazon, AirBnB) se traduisent, très concrètement, par des pertes de pouvoir d’achat, de liberté ou la disparition de possibilités jusqu’alors insoupçonnées mais diablement intéressantes quand on y réfléchit deux secondes. Alors pour ces cas là, on commence à comprendre que supprimer certains monopoles d’état (celui des autres, hein, attention), ça pourrait marcher. Et s’il y a vingt ans, on s’accommodait parfois mal qu’un patron puisse rouspéter sur les monceaux de loi et de règlements qu’il avait à respecter pour faire tourner son entreprise, de nos jours, il n’est plus si rare d’entendre un salarié émettre les mêmes complaintes… et mieux encore, il arrive même qu’on acquiesce à sa triste mélopée de moutontribuable tondu ras.

Oui, le fond de l’air change un peu… Mais ne nous leurrons pas.

Pour le moment, les petites lamentations discrètes concernent des choses éthérées (nettoyer des lois pléthoriques, freiner la bureaucratie galopante, le besoin d’une « simplification administrative », la nécessaire « baisse des impôts », des « aides mieux ciblées », pas moins d’État mais mieux, etc…), pas des choses vraiment concrètes, derrière lesquelles se trouveront inévitablement des gens, des individus, peut-être des proches, des amis, des collègues ou des connaissances. Tout ceci est diablement théorique et, comme toutes les discussions de comptoir, ne peuvent pas laisser présager d’un changement, réel et palpable, des mentalités.

En effet, si, grâce aux efforts acharnés de notre classe politique, chaque jour augmente le nombre des « sans-dents », ces derniers n’en sont pas moins repus. Soyons clairs : comme on ne va pas à l’école le ventre vide, inversement, on ne fait pas la révolution le ventre plein. La France est fort loin de son passé turbulent, et ce, d’autant plus que les malheurs du socialisme ne sont pas totalement fortuits.

Eh oui : bien que certains comprennent qu’il faille y aller mollo avec la taille de l’État, la plupart s’accommode en réalité très bien de cette redistribution large, généreuse et répétée de l’argent des autres. À ce titre, François Hollande n’est PAS arrivé à sa place par hasard et si on peut accorder une part de facétie au destin, l’actuel président est, bel et bien, le résultat aussi tragique que logique des quarante années qui l’ont précédées. Quant au socialisme dégoulinant de tous les côtés, depuis les médias jusqu’à l’ensemble des partis, les élus pourris, les ministres nuls et incompétents, la débilité et les raisonnements foireux portés en étendard, tout ça n’est, là encore, pas du tout fortuit, malencontreux, ou fruit d’une erreur tragique. C’est, consciemment ou non, désiré par le public qui continue, vaille que vaille de voter pour ça et de voter pour ceux qui le proposent.

Dès lors, et quand bien même les ronchonnements se font insistants, le président Hollande n’a aucune raison de s’en aller. Et d’une, il ne prend aucun risque en restant : tant que les ventres seront pleins, il ne se passera rien, d’autant que les institutions ne lui imposent même pas d’être vraiment présent ailleurs qu’une fois l’an, pour les vœux, histoire de faire le beau sur une chaîne de télé. Et de deux, en matière de descente aux enfers, lente mais continue, l’Argentine ou le Venezuela, dont j’ai déjà parlé dans ces colonnes, montrent toute la marge de manœuvre dont dispose le pouvoir, notamment en France. En effet, incroyablement, l’acceptation des populations à leur sort, paramètre clef, est acquise, là-bas comme ici : les gens veulent, tendrement, du socialisme, de la redistribution, du riche qui crache au bassinet, du patron qui se tait et paye, du grand tout à l’État pour la santé, le chômage, l’éducation, la retraite. Et quand tout ne se passe vraiment pas comme prévu, c’est, simplement, parce qu’on n’a pas fait assez de socialisme, pardi !

Et pire que tout : contrairement au Venezuela qui n’a, finalement, que son pétrole mal exploité à faire valoir, ou à l’Argentine, qui n’a même pas ça pour s’en sortir, la France a encore trop de beaux atouts pour que tout parte en sucette très vite. Ne vous y trompez pas : à périmètre constant, les pensions seront payées, les salaires des fonctionnaires seront versés, les indemnités des chômeurs, les aides sociales et les remboursements sécu continueront à couler en flot ininterrompu vers ces milliers de bouches qui réclament. Et c’est un pari sans risque parce que la France continuera d’emprunter, pas cher et même mieux que pas cher, à taux négatif, sur des marchés manipulés et, surtout, avant tout le reste, sur l’assurance en acier inoxydable qu’en cas de besoin, elle pourra toujours « rembourser ».

hollande, le changement sans dents

Alors, un changement d’ambiance ? Oh, oui, bien sûr. Maintenant, on laisse parler les libéraux, un peu. On écoute, poliment, les quelques solutions qu’ils pourraient présenter, entre deux gloussements, en arrière-plan. C’est toujours mieux que l’ostracisme, c’est plus poli que le placard. Mais c’est tout. De même qu’il n’y aura jamais de « Grand Soir » socialiste, cette idéologie se terminant toujours, ontologiquement, par un bain de sang et de larmes, il n’y aura pas en France, prochainement, de grand vent de libéralisme. N’y comptez pas.

Et lorsqu’il s’agira de vrai changement, poilu et bien senti, eh bien armés de leurs bonnes résolutions et nourris des bons débats bien lisses qu’une doxa médiocre mais confortable leur aura fournis clefs en mains, les Français iront voter, comme un seul homme (ou à peu près) pour … un peu plus de socialisme, qui, s’il n’a pas les oripeaux de l’UMP ou du PS, aura une couleur bleue marine.

Ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2014/09/17/33286-changement-dambiance


Le MEDEF sort son bazooka

mardi 16 septembre 2014 à 09:00

Effervescence en Socialie Française ! Des propositions révolutionnaires sur le code du travail auraient été émises ! Et alors que l’opinion publique, le parti socialiste, la gauche de la gauche et les journalistes se remettent à peine d’un remaniement ministériel éclair qui aura permis l’avènement d’un Nouveau Gouvernement de Combat Plus Mieux, avec, même, un petit parfum de drouate, c’est au tour du syndicat des patrons de tenter un chambardement inouï dans le statu quo.

Et quel chambardement, puisqu’il s’agit ni plus ni moins, pour le MEDEF, que de s’attaquer à quelques unes des vaches les plus sacrées de la République Citoyenne & Festive.

Citoyenne et Festive, depuis 1789

Dans une furie révolutionnaire apparemment sans limite, on apprend en effet que le Medef propose de pouvoir supprimer des jours fériés, de déroger à la durée légale du travail, ou s’affranchir du salaire minimum, en utilisant le prétexte — qu’on devinera évidemment fallacieux (les patrons sont fourbes, ne l’oubliez pas) — de la création de centaines de milliers d’emplois. Ces propositions, aussi hérétiques que médiatisées (c’est dire), sont rassemblées dans un document que Les Echos se sont empressés de compulser pour en extraire, notamment, la petite phrase de conclusion, bien saignante :

« Il s’agit avant tout d’animer un débat […] Notre conviction est que nous n’avons pas “tout essayé contre le chômage”, nous avons juste essayé ce qui n’a marché nulle part et oublié ce qui a fonctionné partout. »

Oh ! Que voilà un tacle bien appliqué dans les gencives des gouvernements de ces quarante dernières années ! Et ma foi, ce n’est pas si mal vu si l’on se rappelle qu’en effet, les solutions qui furent tentées ces dernières décennies ressemblent toutes, à s’y méprendre, à des bricolages sociétaux et économiques favorisant largement le salarié au détriment de l’employeur, la sauvegarde des positions acquises au détriment de l’adaptabilité et de la souplesse, et plaçant la redistribution et l’aide sociale bien au-dessus de la création de richesse. Et il est vrai que revenir en arrière sur le SMIC, sur la répartition du temps de travail ou les modes de contractualisation d’un emploi n’entrent vraiment pas dans les solutions déjà appliquées, et encore moins proposées, en France récemment.

À première vue, voilà qui devrait déclencher un « youpi ». Mais revenons sur terre deux secondes.

D’une part, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’organisation patronale a tout de même mis du temps avant de sortir ce genre de « solutions », qui s’apparentent, dans le paysage politique habituel, à une véritable attaque au bazooka (même si, soyons clair, la croissance ne peut pas reposer, même dans les rêves les plus humides des politiciens et des organisations patronales, sur une paire de jours fériés travaillés). Plus exactement, disons qu’ils ont mis des années avant de rassembler le courage de proposer ce package pourtant modeste, et de bénéficier d’une situation suffisamment « favorable » pour qu’il soit relayé et écouté avec un minimum d’attention. Par « favorable », on entend « favorable à la réception des idées » … Quelque part, cela en dit long sur l’étendue de la catastrophe qui se joue actuellement dans le pays : même les capitalistes de connivence commencent à comprendre que le trop-plein d’État finit par leur nuire.

D’autre part, il est facile de revenir aux tristes réalités de terrain : les organisations syndicales habituelles vont nous y aider, en nous rappelant que ces vénérables institutions, dont le financement, particulièrement opaque, tient bien plus souvent de la comptabilité mafieuse que de la petite association de quartier, sont farouchement contre tout ce qui pourrait s’apparenter de près ou de loin à une perte de leurs prérogatives. Normalement, les « forces de propositions », c’est eux, pas le patronat. Normalement, ceux qui ont de « vraies » solutions pour trouver des emplois par miyons, c’est eux, pas le patronat. Et normalement, dès lors qu’il s’agit de toucher aux drouazakis, les syndicats se dressent comme un seul homme pour crier un « No Pasaran » ferme et déterminé, à peine couvert par la sono de Gégé qui vend des merguez en queue de manifestation.

Et s’il s’agit de tripoter le SMIC, fricoter avec le travail le dimanche ou les jours fériés, ou encore malaxer délicatement les 35 heures, immédiatement nos amis se retrouveront sur le passage pour s’opposer. Ainsi, pour Mailly, le secrétaire général de Force Ouvrière, de telles propositions conduiront à l’évidence « le pays à sa perte » et comme il n’était pas en reste d’une petite exagération caricaturale ou deux, coincé qu’il est dans ces années charbonneuses et terribles qu’un Zola décrivit sur de longues pages, il a même rajouté :

« Ce n’est pas négociable ce genre de choses. La France ne se gère pas comme une entreprise privée. La prochaine étape, c’est quoi : on va faire travailler les enfants ? »

Voilà, c’est dit : pas négociable, pas une entreprise privée, travail des enfants, misère noire, chatons morts, patatras.

revoir le code du travail

Au moins, les choses sont claires : la garde et l’arrière-garde crypto-communiste des syndicats ouvriers, dont la représentativité, inversement proportionnelle aux subventions publiques reçues, leur permet toute outrance, seront vent debout contre toute velléité du patronat à proposer la moindre bricole, la moindre expérience ou tentative d’expérience qui pourrait éventuellement relancer l’activité.

C’est gênant, à plusieurs titres.

D’abord, parce que l’expérience aurait un aspect fort ludique, à commencer par la fonction publique, surtout lorsqu’on se rappelle que cette dernière est le cœur de cible de ces syndicats arc-boutés sur leurs certitudes badigeonnées de Zola. En effet, en terme de droit du travail et de gestion des horaires légaux, cette fonction publique se pose un peu là : entre les avantages qu’aucun texte ne semble réguler ni encadrer, et les dérapages d’horaires ultra-favorables aux employés publics, le fait de simplement appliquer le droit actuel permettrait de dégager un volume d’heures de travail assez conséquent. Et puis après tout, pour remettre la France au travers, pourquoi ne pas inclure aussi sa fonction publique ?

antigone code du travailEn outre, quand bien même les solutions proposées par le MEDEF sont particulièrement blasphématrices, pourquoi ne pas tenter le tout pour le tout ? Après tout, de l’aveu même d’un Premier Ministre dont on ne sait pas ce qu’il gouverne exactement, si la situation n’est pas un peu meilleure d’ici trois à six mois, « ce sera foutu ». Bon, certes, on sent bien la petite phrase pratique pour mobiliser les troupes, jouer à se faire peur et tenter de rallier l’opinion à sa démarche, mais indépendamment de ce petit calcul, quel risque existe-t-il à appliquer les mesures proposées ?

Plus de chômage parce que les entreprises travailleraient plus longtemps, ou plus de jours ? Difficile à croire. Plus de pauvreté et Zola à tous les étages, alors que d’autres pays montrent tous les jours, avec leurs règles bien plus souples, qu’il n’en est rien ? Alors quoi ?

Non, décidément, les propositions du MEDEF sont, bien qu’absolument iconoclastes, intéressantes, et précisément parce qu’elles osent ainsi s’attaquer à des tabous, elles rouvrent un débat qu’on n’avait plus entendu dans le pays : la place réelle de la loi et de l’immixtion de l’État dans la vie des individus. Par exemple, pourquoi le trouve-t-on, sous la forme de codes toujours plus gros, à l’interface entre l’employeur et le salarié, pour déterminer salaire, jours ouvrés et modalités de paiement ?

Autre exemple, pourquoi doit-on avoir une loi qui spécifie pour tous et pour chacun le temps légal ? Pourquoi ne peut-on se contenter de grands principes, à la fois évidents et sains, et laisser aux adultes entre eux, au niveau individuel et éventuellement épaulés de syndicats réellement représentatifs, le soin de s’organiser et déterminer, entre eux, ce temps de travail qu’il semble absolument indispensable de légiférer au yeux du politicien moyen ? Pourquoi ce qui marche, finalement, dans tant de pays civilisés, où, non, on ne nage pas au milieu d’exploitation de l’Homme par l’Homme avec des Bêtes Humaines et des Assommoirs à tous les coins de rue, ne marcherait-il pas en France ?

Le débat s’ouvre donc. Il aura fallu des années d’atermoiements et de stupidités collectivistes pour en arriver là, des décennies perdues et des millions de vies abimées par le chômage, la misère et les expédients douteux. C’est une bonne chose et on peut même rêver qu’il aboutisse à un léger mieux. Mais en attendant, l’assemblée est toujours socialiste. Le gouvernement est toujours socialiste. Le sénat est encore socialiste. Le président est toujours socialiste. L’opposition est toujours socialiste. Les autres partis sont encore et toujours socialistes. Les syndicats sont aussi socialistes que possible. Et le peuple, qui souffre et rouspète, maugrée en silence en souhaitant … un peu plus de socialisme.

C’est pas gagné, cette histoire.

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Source : http://h16free.com/2014/09/16/33517-le-medef-sort-son-bazooka


Taxe Tobin et puis s’en va

lundi 15 septembre 2014 à 09:00

Avec Pierre Moscovici devenu commissaire européen, la croustillance politique française vient de gagner subitement plusieurs galons. On savait qu’il aurait à batailler pour espérer dégager un semblant de crédibilité, mais en plus va-t-il devoir traiter du dossier de la Taxe Tobin, dossier qu’il avait tout fait pour éviter lorsqu’il était à Bercy… Le monde politique n’est décidément pas tendre avec le petit Pierre.

Et quelque part, c’est assez rigolo.

Ainsi, Moscovici se retrouve dans la position de devoir tancer vertement le pauvre benêt de Sapin pour des comptes français catastrophiques alors qu’il est en réalité responsable, au moins en partie, du désarroi dans lequel il les a plongés. On attend les balbutiements du rond Sapin pour tenter de s’expliquer sans toutefois se mettre en porte-à-faux avec un type qui, tout bien considéré — le monde est petit, notamment lorsqu’on est encarté PS — risque fort de se retrouver sur son chemin dans l’avenir.

Et pour la taxe Tobin, la collision des intérêts confus de l’Europe et de la France promet de grands moments de solitude pour les journalistes qui devront expliquer ce qui se passe vraiment au sommet des institutions françaises et européennes. Et il est déjà fort complexe de savoir exactement à quelle sauce seront mangés les financiers auxquels s’appliquera la taxe en question, surtout lorsqu’on apprend simultanément que, d’après Challenges, la France n’en parle plus, alors qu’en même temps, pour Les Échos, Sapin a plein de choses à dire à son sujet, à commencer par la fable qu’elle ne serait pas faite pour rapporter, mais pour dissuader.

no-way

Autrement dit, on n’en parle plus, mais on en parle tout de même, et suffisamment pour en dire des choses qui piquent un peu les yeux au passage. Comprenne qui pourra.

Bon, certes, le sujet est particulièrement délicat actuellement.

D’une part, on va devoir annoncer la mise en place de cette taxe sur les transactions financières alors que tout laisse à penser que d’autres taxes, à commencer par la TVA puis celle sur le gasoil vont venir gonfler un bon coup. On constate ici un timing d’une précision diabolique auquel nous a déjà habitué un gouvernement taillé au cordeau. S’ajoutera à cette nouvelle ponction celles déjà existantes (la liste est fort longue), à mettre en face d’un revenu pour l’état qui n’est pas aussi bon que prévu (effet Laffer ?), et l’ensemble apparaît déjà comme une opération particulièrement hasardeuse sur le plan politique, et franchement catastrophique sur le plan communicationnel.

Notez bien que ce n’est pas comme si on n’avait pas l’habitude des foirades politiques et des communications incompréhensibles du gouvernement, mais à la longue, on se demande si cette méthode, qui consiste à dire tout, puis son contraire, puis encore autre chose, le tout dans un temps très court, n’est pas devenue une habitude sciemment organisée pour se dispenser de tout effort de planification. À ce titre, jamais poulet gouvernemental n’aura paru aussi dépourvu de tête et de direction cohérente.

sapin et la taxe tobin

D’autre part, on ne peut s’empêcher de tiquer sur la déclaration, encore une fois navrante, de l’actuel ministre des Finances. Pour lui, donc, cette taxe a, avant tout, un rôle dissuasif :

« La taxation n’est pas forcément faite pour rapporter, mais pour dissuader, car la TTF doit permettre de lutter contre la mauvaise finance »

small double facepalmEncore une fois, on se demande si le pauvre Sapin ne s’est pas fait bercer d’illusion un peu trop près d’un mur en crépi tant ses affirmations péremptoires ne résistent pas à quelques secondes d’analyse. D’une part, on peut s’interroger sur l’aspect réellement dissuasif des taux proposés (0,1% sur les actions et les obligations et de 0,01% sur les produits dérivés) mais d’autre part, on a bien du mal à passer à l’as des recettes envisagées de 35 milliards d’euros par an. On comprend que le but, exactement à l’opposé des déclarations du minustre, consiste à rapporter un maximum pour l’État sans tuer la poule aux œufs d’or, et que dans cette optique, la dissuasion est le dernier de ses soucis. En pratique et encore une fois, l’État fait les fonds de tiroir et utilise ses plus mauvaises recettes de cuisine constructiviste pour tenter de rapporter un peu d’argent dans l’escarcelle du Trésor Public.

jesus petit facepalmQuant à la tirade sur l’introduction d’une loi pour lutter contre la « mauvaise finance », elle serait presque drôle si Sapin n’avait pas balancé cet « élément de langage hollandesque » en toute ingénuité. Qu’est-ce que la bonne finance ? Qu’est-ce que la mauvaise ? Qui ou quoi détermine le moment où le financier, âpre au gain, le regard torve et embué par les envies insurmontables d’un lucre des plus faciles, se décide à sombrer dans la mauvaise au lieu de rester bien sagement du côté de la bonne, propre sur lui ? Les mauvais financiers, ceux qui font de la mauvaise finance, boivent-ils en groupe avant de lancer des OPA ? Lâchent-ils, en désespoir de cause, des produits dérivés toxiques sur des pigeons boursiers en captivité ? Et puis surtout, qui comprend encore quelque chose dans les discours politiques de l’équipe en place lorsqu’il s’agit de taxation, de finance ou d’économie ?

petit facepalmEt justement, parlant d’économies, il est particulièrement piquant de lire les articles cités pour y découvrir que chacun y est allé de son petit calcul pour déterminer avec la plus grande précision possible combien cette fameuse taxe allait bien pouvoir rapporter. L’Allemagne ayant ouvert le bal, il était normal que les autres économies, France en tête, se lancent dans les estimations, toutes aussi fumeuses les unes que les autres, et qui aboutissent toutes à la conclusion commode que des trouzaines de milliards d’euros vont débouler dans les caisses par le truchement de la ponction opérée avec tact et doigté. C’est magique, on y croirait presque.

C'est pas gagnéSauf que la réalité, rarement assez souple pour se plier aux desiderata humides des socialistes, renvoie généralement ces beaux calculs dans les limbes qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Il ne faut en effet jamais perdre de vue deux choses. La première est que les taxes constructivistes, qui entendent modifier le comportement des acteurs d’un marché, finissent toujours par engendrer des effets pervers, bien évidemment imprévus lors de leur élaboration, le concret étant toujours plus imaginatif que les exercices de papier dont on fait les lois. La seconde, c’est que, lorsque ces lois parviennent en effet à modifier les comportements des acteurs concernés, elles le font souvent dans des proportions qui rendent rapidement obsolètes les estimations de gain envisagées. Autrement dit, quoi que nos frétillants taxeurs ministériels envisagent, la taxe Tobin rapportera moins que prévu.

Et le mieux est qu’on a déjà des expériences historiques sur ce qui va se passer. La Suède, par exemple, a tenté cette taxe sur les transactions financières, et la conclusion est sans appel : ça n’a pas fonctionné. Pire : pour une taxe qui se voulait dissuasive et qui entendait mettre de l’ordre dans la méchante spéculation, elle s’est rapidement révélée contre-productive au point d’encourager celle-ci !

Non, décidément, la situation politique en France et en Europe vient de gagner deux ou trois barreaux sur l’échelle (ouverte) de Croustillance & Débilité. Parce que le commissaire français est Moscovici, parce qu’il va devoir juger un pays qui prend l’eau alors qu’il a pris part au forage des trous dans la coque, parce qu’il va devoir se débattre avec ces propositions idiotes qu’il a contribué à mettre en place, et parce qu’il va devoir gérer un ministre français aussi incompétent que lui. Les prochains mois promettent, tant sur le plan économique que sur le plan politique, de révéler la vraie force communicationnelle du tandem Sapin – Moscovici.

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Source : http://h16free.com/2014/09/15/33484-taxe-tobin-et-puis-sen-va


Oublier hardiment toute crédibilité

dimanche 14 septembre 2014 à 11:11

Qu’il est étrange, ce pays où ceux qui comprennent quelque chose sont soigneusement ignorés, où ceux qui ont failli sont récompensés et où ceux qui s’éloignent du pouvoir deviennent subitement lucides ! Qu’il est bizarre, cet État dans lequel on trouve à la fois des olibrius bouffis de leur propre importance qui prennent des décisions lamentables des années durant sans jamais rendre de compte à personne, et à la fois des personnes qui, pendant les mêmes durées, fournissent obstinément des éléments de réflexion sensés que les premiers feignent de ne pas entendre.

La France est terre de paradoxe.

Prenez Christian Noyer. C’est l’actuel gouverneur de la Banque de France, et aussi celui de la Banque des Règlement Internationaux, la banque centrale des banques centrales. C’est un énarque, ce qui tendrait plutôt à le classer dans la colonne des problèmes de ce pays plutôt que dans celle des solutions. Pourtant, lors d’un récent entretien sur Europe-1, on découvre, surpris, que ce qu’il raconte n’est pas du domaine du n’importe quoi habilement enrobé de langue de bois ou d’une vision keynésienno-absurde de l’économie.

C’est assez éberlué qu’on entend ainsi un des personnages les plus importants de l’économie française balancer quelques évidences qui sonnent comme un chapelet d’hérésie en ces temps confus d’ignorance économique portée comme des étendards montebourgeois. Si l’on écarte son optimisme que je qualifierais d’un peu audacieux qui lui fait croire que la France est devant une passe décisive, à l’orée d’un sursaut ou du déclin, on ne peut s’empêcher de noter dans les réflexions de Noyer quelques éléments dont on se demande pourquoi la presse ne semble pas faire grand cas.

Ainsi, lorsqu’Elkabbach estime que la réduction de quelques dizaines de milliards d’euros des dépenses publiques, ce serait « l »austérité », on est pris de stupeur en entendant :

« Non, quand on a 4 à 5% de déficits, ce n’est pas l’austérité. »

oooh filoche… Comment ? On nous aurait menti depuis toutes ces années, partout, sur les ondes, sur les mauvais papiers de journaux déficitaires, dans les sites interlopes de médias dépassés mais toujours aussi grassement subventionnés ? Oooh, voilà qui est étonnant. Et ce qui l’est plus, c’est qu’apparemment, l’intervieweur politique ne semble, lui, pas du tout étonné de voir un invité qui remet ainsi les pendules à l’heure.

Au demeurant, on regrette que ce rappel de la triste réalité n’est pas fait par le même intervieweur lorsqu’il reçoit ces politiciens qui, justement, pleurnichent amèrement sur l’insupportable austérité dont tout indique qu’elle n’existe en réalité pas du tout. Qu’il serait doux et comique, l’entretien avec l’une ou l’autre pleureuse socialiste (de droite ou de gauche, leurs barrissements se valant largement), si Elkabbach trouvait le courage de leur balancer exactement la phrase de Noyer lorsque ceux-ci s’épanchent humidement sur les méchantes économies déjà réalisées (« On est à l’os, M’sieur Elkabbach, snif, snif, à l’os ! »).

Et à la surprise d’entendre enfin quelques éléments de bon sens sur les déficits abyssaux creusés depuis trop longtemps succède l’effarement ému lorsque le gouverneur poursuit sur sa lancée en expliquant que non, des impôts supplémentaires ne sont pas une panacée, et que si, si, il existe des méthodes pour réduire les déficits, abondamment décrits dans l’imposante littérature laissée par la Cour des Comptes :

Il y a des gisements d’économie très importants. (…) Il ne faut évidemment pas augmenter les impôts. (…) Mais par contre, il faut couper hardiment dans les dépenses.

Sapristi ! La solution serait donc là ? Couper (hardiment) dans les dépenses ? Mais, mon brave Christian, vous n’y pensez pas ! Ceci s’apparente à un crime évident de lèse-socialisme ! Ainsi donc, il suffirait de relire attentivement les opuscules reliés de la Cour, d’y éplucher les évidentes gabegies et autres dérapages budgétaires permanents pour, enfin, retrouver un peu de marges de manœuvre en France ?

Cela paraît à la fois trop simple et bien trop complexe. Trop simple, parce qu’après tout, la solution décrite semble au bout des doigts : on a les manuels, on sait où taper, comment, pour combien de temps et ce que ça va représenter comme effort. Fastoche. Mais d’un autre côté, lorsqu’on sait qu’on devra batailler contre l’opinion publique, les personnels directement concernés, les politiciens dont le pouvoir dépend justement des dépenses qu’ils engagent, les syndicats et les habitudes, les tonnes de mauvaises habitudes qui font du système l’énorme usine à gaz qu’on connaît maintenant, on comprend que la tâche s’avère en réalité quasiment insurmontable.

Et la situation semble d’autant plus inextricable qu’au moment où Noyer balançait ses quelques vérités sur le plateau d’Europe-1, l’ancien ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, apprenait sa nomination comme Commissaire européen … aux Affaires Économiques. Et à ce point, difficile de ne pas toussoter : le renard se retrouve à garder les poules. Voilà qui s’annonce brillant.

moscomissaire

C’était, bien sûr, attendu. L’Allemagne s’opposait logiquement à ce que l’ancien ministre, trimballant la corpulente marmite de son échec à Bercy, prenne ce poste au sein de l’Europe et se retrouve dans la position ambigüe de devoir être juge alors qu’il fut partie. Comme prévu, l’Allemagne a plié. L’énarque approximatif se retrouve donc à devoir évaluer les politiques économiques de la France, et constater que les déficits présentés sont tout de même un peu trop gros. Zut alors.

Le Commissaire Mosco’ se voit maintenant contraint à tancer vertement l’ex-ministre Mosco’ pour la pitoyable tenue des comptes français et l’absence de réformes structurelles évidentes qu’il aurait fallu lancer depuis des années. Voilà qui est piquant, d’autant que, ce faisant, il tend à rejoindre, petit-à-petit, les remarques de Noyer dont, au contraire de l’ex-ministre, on peut admirer la constance du message des années durant.

Et ce poste obtenu, se pose à présent la question de la crédibilité d’un homme qui va devoir faire semblant d’écouter le même Noyer, qui, en tant que gouverneur de la Banque de France, dispose d’un siège à la BCE, institution dont le commissaire devra évidemment tenir compte en ces périodes financièrement rock’n’roll. Autrement dit, il va devoir faire l’exact contraire de ce qu’il a fait pendant les deux années où il sévissait à Bercy. Et si, du point de vue européen, la situation ne manque pas de sel, du point de vue français, elle tourne carrément au vinaigre puisque c’est le même type qui n’a pas arrêté de bobarder sur les déficits français pendant deux ans qui se retrouve maintenant à devoir distribuer des leçons de bonne conduite économique.

moscovici et le déficit

Je le disais en introduction : la France est terre de paradoxe, et nos aigrefins socialistes ne sont pas les derniers à en fournir des brouettées. Comme le faisait judicieusement remarquer Baptiste Créteur dans un récent édito sur Contrepoints, les chantres des politiques menées jusqu’à présent, Moscovici compris, se retrouvent à présent à les débiner largement pour s’assurer un avenir politique alors qu’ils ont, semble-t-il, misé sur l’échec des actuels tocards au gouvernement.

De ce point de vue, le nouveau Commissaire, ne craignant absolument pas pour sa propre crédibilité, s’est mis bien à l’abri des déboires qui pourraient arriver à la France prochainement. Parce que question réformes, il va falloir faire vite : si les taux d’intérêt auxquels se négocient actuellement la dette française devaient remonter, le pays se retrouvera très vite en cessation de paiement. La mise sous tutelle, alors inéluctable, risque bien de renvoyer Valls et son gouvernement dans des limbes douloureuses. Cette catastrophe servira-t-elle d’électro-choc pour une classe politique déconnectée des urgences actuelles ?

On peut en douter.

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Source : http://h16free.com/2014/09/14/33454-oublier-hardiment-toute-credibilite


Et si on faisait des micro-réformes turbo-libérales ?

vendredi 12 septembre 2014 à 09:00

Surprise, bouffée de chaleur, tête qui tourne, cœur qui palpite dans une cage thoracique trop longtemps comprimée par la tristesse et l’effroi… Paf, selon un récent sondage, une majorité de Français approuverait les réformes « libérales » du gouvernement Valls. Rien que le titre donne des petits frissons aux extrémités des membres.

Par Baptiste Créteur et h16

Frissons modérés, cependant : il y a une bonne et une mauvaise nouvelle.

le honzec - la domination libéraleD’abord, la bonne nouvelle, c’est que, même avec le carpet-bombing anti-libéral permanent d’une presse, d’une opposition et d’une majorité qui ont tout fait pour agglutiner le mot « libéral » avec « mal ultime », « désolation », « enfer aride » et « chatons torturés », des réformes de bon sens qui seraient présentées comme « libérales » peuvent avoir l’assentiment des Français. On peut le dire : c’est, au choix, parfaitement fortuit parce que le sondeur qui interrogeait l’échantillon parlait avec une patate chaude dans la bouche et les sondés auront mal compris, ou, si l’hypothèse d’un défaut de prononciation n’est pas retenue, une véritable performance contre-intuitive.

La mauvaise nouvelle, cependant, c’est qu’il faut vraiment fort peu de choses pour être aujourd’hui qualifié de libéral en France. La moindre déviance déviation du dogme collectiviste est, de ce point de vue, immédiatement taxée de libérale et le rappel que le travail et l’entreprise sont, mine de rien, la première source de richesse déclenche l’utilisation pavlovienne des adjectifs « ultra », « néo » voire « turbo », avec un peu de bave à la commissure des lèvres. Et le pire dans cette mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a qu’une majorité de Français pour approuver. Autrement dit, même au pied du mur, il se trouve encore des gens pour s’y opposer.

Et dans le détail, sur quoi tombe-t-on ?

Concrètement, quatre réformes passent pour libérales. Rien que la faiblesse du chiffre laisse songeur, mais baste, ne nous focalisons pas et retenons que l’ouverture à la concurrence des professions réglementées, la réforme territoriale, celle du marché du travail et celle du logement semblent tenir la corde.

Et si l’on épluche un peu les petites statistiques du sondage, cette idée même d’un vent de libéralisme s’évapore assez vite.

Ainsi, l’ouverture à la concurrence des professions réglementées (qui ne touche pas, par exemple, les taxis toujours aussi protégés par le gouvernement) remporte moins l’adhésion des sympathisants de droite, prompts à dénoncer les droits acquis des fonctionnaires mais refusant qu’on touche aux privilèges des petits notables. Évidemment, on voit mal comment on pourrait s’opposer aujourd’hui à une réforme qui aurait dû avoir lieu depuis longtemps — ou ne jamais être justifiée — et qui, pour être consensuelle, a été préparée sur le plan médiatique. Mais voilà : il reste quand même 29% de Français pour justifier les privilèges de ces professions, et 37% des sympathisants de droite.

Histoire de ne pas encombrer le billet, évacuons rapidement la réforme territoriale qui serait une bonne blague si elle ne nous était pas, encore une fois, facturée. Las. Elle n’instaure pas le principe de subsidiarité, ne réduit nullement le mille-feuille administratif et alors qu’il aurait fallu supprimer plusieurs couches de ce gâteau inefficient, indigeste et gluant qui crée des doublons au lieu des synergies, on ne supprimera que quelques régions. En plus, les regroupements effectués sont surtout l’illustration de l’influence de quelques barons locaux, démontrant s’il le fallait encore que l’État sert ses intérêts et ceux de ses dirigeants, et pas celui des citoyens.

Enfin, la réforme du code du travail se contente de micro-ajustements dans une tornade de bons sentiments et de pieux espoirs, qui ne modifient ni la physionomie du marché, ni les principales motivations des entreprises pour embaucher (ou plutôt, s’abstenir de le faire). Bref, c’est encore quelques changements à la marge, tout comme la réforme du logement, qui, très concrètement, consiste à annuler (avec un brio largement ouvert à débat) une loi catastrophique dont la mise en application n’a même pas eu complètement lieu. Pour ce qui est d’une remise à plat, d’une réforme ou d’un changement cap, on repassera.

Non, vraiment, les réformes ont beau, de près ou de loin, aller dans le sens d’un léger relâchement de l’étau, elles ne sont pas réellement libérales. La goutte de libéralisme, diluée dans une piscine d’agitation médiatique et plusieurs hectolitres de socialisme rose fuchsia, ne se décèle qu’avec des instruments extrêmement précis, mais dont l’étalonnage a été réalisé il y a 50 ans et plus jamais revu depuis.

Aucune de ces réformes ne s’attaque aux vrais enjeux. Dans leur frénésie surjouée, elles déplacent un peu le curseur mais partent toujours du principe que celui-ci doit être fixé par l’État. En fait, elles sont aussi libérales que le serait une pause fiscale qui stabiliserait les prélèvements à leur niveau actuel de tabassage confiscatoire : comme l’intensité des coups n’augmente pas, et qu’on pourrait, si on voulait, eh bien c’est qu’on est libéral. Mais oui.

Tristement, on voit déjà ce qui se profile : une fois passée cette « tornade libérale » dans un verre d’eau, une fois faites les micro-économies sur un budget ne donnant pas vraiment d’autre choix, le gouvernement, courageux comme pas deux, fera porter le chapeau des conséquences de quarante ans de collectivisme et de dirigisme au (méchant) libéralisme et à la (vilaine, très vilaine) austérité qu’il aura ainsi introduits à doses homéopathiques dans les derniers mois.

le changement c'est sans dent

Moyennant l’appui des médias, impartiaux, analytiques, judicieux et bien lunés, et des années à répéter les mêmes bobards, les Français tomberont dans le panneau.

Oui, certes, bien sûr, ils constatent aujourd’hui l’échec de toute les autres « recettes » et semblent vouloir une France plus libre, plus libérale. Ils sont désespérés et comprennent qu’il faut maintenant revenir à la réalité ; 82% n’ont pas confiance dans l’avenir de l’économie française. Leurs espoirs de « changement » de mai 2012 sont morts (déjà). Sauf ceux des 32% d’indécrottables qui pensent encore que l’État doit réglementer et contrôler plus encore qu’aujourd’hui où ramener son verre au comptoir du bar, c’est du travail dissimulé.

Comprendront-ils que le libéralisme, c’est bien plus que quatre réformettes ? S’ils sont effectivement un peu plus favorables au libéralisme, aux entreprises plutôt qu’à l’État, les Français doivent aller plus loin.

Rome ne s’est, certes, pas faite en un jour. Ni défaite, d’ailleurs. L’URSS a tenu soixante-dix ans avec son idéologie débile, et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la France tient depuis aussi longtemps son collectivisme et son dirigisme à marche forcée. Comme en URSS à l’époque, nos dirigeants tentent d’introduire un peu de liberté et de marché dans un système qui, sans eux, ne tiendrait plus bien longtemps. Et, comme en d’autres temps et d’autres lieux, cela ne suffira pas : on ne détruit pas les effets d’un poison en ajoutant à la mixture un peu de nourriture saine.

communism party is over

Il ne reste plus qu’à espérer que les Français comprendront qu’un pays où la dépense publique représente 57% du PIB et qui vit à crédit depuis quarante ans n’a pas besoin de réformes libérales mais d’une véritable révolution. Un retour aux principes fondateurs de la liberté et de la responsabilité individuelles, la fin des privilèges, la décentralisation des décisions non à divers échelons de vassaux mais jusqu’aux individus, et pas simplement une réduction de la dîme et de la gabelle permettant de maintenir un peu plus longtemps le socialisme féodal français.

Les Français semblent le vouloir ; à eux d’aller au bout.

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Source : http://h16free.com/2014/09/12/33436-et-si-on-faisait-des-micro-reformes-turbo-liberales