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Canicule ? Pas de panique ! Gouvernemaman est là pour vous !

mardi 10 juin 2014 à 09:00

Quand la France n’est pas sous de gros grêlons, elle a chaud, très chaud. Tout comme les hivers trop rudes, les trop fortes chaleurs sont néfastes pour les petits citoyens qui s’étiolent vite. Alors, Gouvernemaman agit pour que chacun prenne ses précautions.

Et si vous êtes inquiets de ces sensations étranges qui mobilisent soudainement tout votre être (gorge sèche, mains poisseuses, apathie devant l’effort, étrange volonté de rester à l’ombre), ne vous inquiétez pas : l’État vous informe.

Pour cela, rien de tel qu’un numéro de téléphone gratuit (c’est-à-dire payé par le contribuable) pour vous délivrer de l’ignorance et vous permettre d’obtenir les principales recommandations pour supporter les fortes chaleurs, qui — comme l’a rappelé notre Ministre de la Santé, l’inénarrable Marisol — comprennent :

marisol touraineAttention cependant, comme Mme Touraine l’explique, pas de quoi passer en mode panique, « il ne faut pas s’inquiéter outre mesure, je ne voudrais pas qu’il y ait de l’affolement ou de la préoccupation. » La France, éternelle et merveilleuse, a déjà connu ce genre d’épisodes (eh si, je vous assure) où les températures font un peu la fête, youhou, mais rien de grave, gardez votre sang-froid, c’est le cas de le dire, hi hi hi, « il fait chaud », hein, mes petits amis, mais « ce n’est pas la canicule, c’est ce qu’on appelle un pic de chaleur », comprenez-vous, c’est-à-dire que les températures, elles étaient là, plutôt en bas, et maintenant, elles sont ici, zwiip, voyez-vous, c’est un peu plus haut, mais elles vont redescendre là, zouf, et c’est tout. Et puis « il y a beaucoup de gens pour qui ça va être très agréable », mais d’un autre côté, « il y des personnes qui doivent être un peu plus attentives parce qu’elles sont plus fragiles », voilà voilà.

Et comme tout ça, c’est relativement technique, je vous propose de revenir en détail sur les méthodes qui permettent de lutter efficacement contre la mort par suffocation, déshydratation ou arrêt cardiaque au milieu du désert de sable chaud :

a/ Il faut boire de l’eau. Pour cela, vous pourrez vous rendre dans un magasin, que ce soit une supérette, un supermarché voire un hypermarché, qui ont aussi le mérite d’être climatisés, ce qui fait deux bonnes raisons de s’y rendre. Et une fois sur place, vous pourrez vous procurer des bouteilles d’eau minérale, éventuellement gazeuse (ça marche aussi). Ne Vous Inquiétez Pas ! Les Autorités Ont Fait Leur Travail ! Tout le monde est prévenu, les magasins ont des bouteilles déjà remplies prêtes à la vente. Il y en aura pour tout le monde.

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b/ Si jamais il n’y avait pas assez de bouteilles d’eau, (et je tiens à préciser avant toute panique que ceci n’est qu’une hypothèse, classifiée « jaune pâle » dans l’échelle de probabilité, de blanc à écarlate, établie par le gouvernement) vous pouvez aussi vous rabattre sur l’Eau du Robinet. Normalement, là encore, les distributeurs ont été prévenus, il y en aura pour tout le monde.

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c/ La fraîcheur peut se trouver facilement dans les galeries commerciales ou chez vous, en fermant les volets pendant la journée. ☆ Petite Astuce De Gouvernemaman ☆ : comme vous avez fermé vos volets pendant la nuit, ne les ouvrez pas le matin lorsque la journée s’annonce chaude ! Vous éviterez de vous coincer les doigts dans les persiennes ou de faire des efforts inutiles alors qu’il faudra les fermer plus tard à cause du gros méchant soleil qui chauffe pendant l’après-midi !

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Voilà, tout est bien carré, bien prévu, bien expliqué. L’important, vous l’aurez compris, est de bien suivre toutes les instructions et surtout, surtout, de ne pas paniquer. On va s’en sortir, tous ensemble !

Si vous avez l’impression que ces gens vous prennent pour des débiles, je tiens tout de même à vous rappeler que c’est le lot normal de tous les contribuables désarmés, d’une part, et que, d’autre part, ce n’est pas eux qui ont commencé pour une fois. Après tout, vous avez voté pour ça.

En outre, il faut comprendre que ce déluge de niaiseries d’une agressivité rarement atteinte n’est pas fortuite et n’est que le pendant irritant de ce qui s’est passé pendant les décennies précédentes. En effet, si Gouvernemaman ne fait rien, ou rien de visible et d’officiel à coups de slogans et de téléphone vert qui reçoit 12 appels par mois (dont 8 par erreur), il sera immanquablement tenu pour responsable des gens qui clabotent, éventuellement. Après tout, le risque d’une vraie canicule sévère n’est bien sûr pas à écarter, et donc, Gouvernemaman fait des choses, agite ses petits (mais très, très nombreux) bras, quand bien même cela ne sert à peu près à rien ni ne modifie le comportement des gens ciblés.

Comment en est-on arrivé là ? La lente dérive vers l’infantilisation des citoyens ne date évidemment pas d’hier, mais plus spécifiquement pour la canicule, elle s’est accélérée à la suite de celle de 2003 qui avait provoqué, on s’en souvient, 15.000 morts prématurées, essentiellement dans les populations âgées.

Cette catastrophe sanitaire illustrait fort bien la déresponsabilisation des familles, qui ont progressivement considéré que les personnes âgées étaient à la charge de l’État, c’est-à-dire de tout le monde (sauf elles), c’est-à-dire … de personne.

S’y ajoute bien sûr qu’avec la collectivisation des soins et de la santé, cette responsabilité retombe mollement sur l’administration, monstre froid et mou qui a déjà tant de mal à tenir quelques infrastructures à jour et qui n’a donc aucune chance de savoir correctement s’occuper d’humains, ces entités individuelles qui lui sont si diamétralement opposées. Un humain âgé et dépendant n’est alors qu’un numéro, un élément d’une statistique bien plus large sur laquelle on n’agira que lorsque celle-ci deviendra assez grosse pour se hisser en première page des journaux.

Enfin, on ne peut pas passer sous silence l’impact négatif des retraites minables et du sous-équipement des maisons de retraite ou des centres de soin : l’un et l’autre phénomènes sont directement liés, là encore, à ces merveilleux collectivismes de la retraite par répartition et de l’assurance maladie qui ont prouvé, tant ici qu’ailleurs, leur capacité à rendre inextricables des problèmes pourtant déjà largement résolus (cela fait quelques années maintenant que l’humanité sait gérer une canicule au niveau individuel).

Ce qu’on observe actuellement n’est que la conséquence logique de la centralisation de plus en plus forte des décisions, et d’un collectivisme tous azimuts dont la France souffre mortellement. Et le pire, c’est qu’apparemment, il ne se trouve pas grand-monde pour constater l’état d’abêtissement dans lequel est maintenu le citoyen. Là où, il y a 50 ans, les recommandations de Gouvernemaman n’auraient pas fait plus qu’un entrefilet en fin de journal télévisé, ou quelques lignes dans une notule de bas de page de la gazette locale, ces « informations » grimpent aujourd’hui rapidement en haut de Une.

Entre les citoyens, qui semblent gober paresseusement ces informations, et les journalistes, qui croient vraiment que ceci constitue un sujet d’importance, une seule conclusion s’impose : ce pays de larves non-écloses, de petits machins mous, faibles et désarmés, de contribuables atones et de ministres ridicules, ce pays-là est foutu.

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Source : http://h16free.com/2014/06/10/31773-canicule-pas-de-panique-gouvernemaman-est-la-pour-vous


Payez, les intermittents ne vous le rendront pas. Au centuple.

lundi 9 juin 2014 à 09:00

L’été approche et avec lui, c’est le retour des barbecues, des longues soirées ensoleillées et les bonnes occasions de profiter de ce temps clément et de ces nombreuses heures lumineuses pour aller goûter à des non-spectacles de plein-air annulés par des groupes d’intermittents improbables venus, comme chaque année ou à peu près, pleurnicher leurs malheurs et la dureté de leur condition.

Et comme à chaque fois où les intermittents se sont mobilisés, des signes avant-coureurs se sont multipliés ces dernières semaines. On se souvient de l’apparition pas assez fugace de nos joyeux drilles au milieu du festival de Cannes qui avaient perturbé les retransmissions de la soirée sur Canal+ et I-Télé, leur permettant ainsi de faire acquérir à leur mouvement une notoriété instantanée, qui, comme la soupe de même calibre, ne nécessite qu’un peu d’eau chaude et quelques petits moulinets de bras pour dégager immédiatement une odeur salée de bouillon bon marché.

Bien évidemment, comme d’habitude, nos intermittents, bien qu’arborant une gueule d’enterrement, n’ont pas le cri sans thème. S’ils viennent ainsi bousculer des festivals, c’est parce que la situation est grave !, qu’il en va de leur avenir !, qu’encore une fois, le patronaââat entend attaquer la Culture et fouler au pied l’Exception Culturelle Fraônçaise, et que ça ne se passera pas comme ça, non, mesdames et messieurs les puissants ! Ils se battront !

roger intermittent prise de vueEt concrètement, ils s’opposent aussi fermement que possible à la convention entre trois syndicats (CFDT, FO, CFTC) et le Medef validée le 22 mars dernier à laquelle ils reprochent de durcir leurs conditions d’indemnisation, avec l’introduction d’un délai avant de palper l’indemnisation, délai qui concernerait désormais 48% d’entre eux (contre 9% auparavant). En outre, ils dénoncent une négociation « déloyale » qui n’a tenu aucun compte des propositions du Comité de suivi, formé de représentants de la profession et de parlementaires. C’t’un scandale. Et il y a urgence, mes petits amis, parce que le 18 juin, le Conseil national de l’emploi examinera cette convention et si rien n’est fait, outre la mort du petit cheval dans des souffrances homériques, le ministère du Travail risque bien de signer tout ce bazar. ArRgh.

Car voyez-vous, les intermittents se battent ici pour conserver leurs zacquis sociaux, ceux qui leur permettent d’être plus égaux que d’autres. Parce que la culture, c’est différent, et même si tout le reste du monde a réussi a trouver un moyen de la monétiser, en France, No pasaran !, ce n’est pas un bien marchand, et donc tout le monde doit payer. Même et surtout les pauvres qui n’en veulent pas et ne bénéficient pas de ce statut.

Moyennant quoi, le mouvement s’intensifie comme en témoigne un article du Monde particulièrement croquignolet qui nous apprend, entre deux gros sanglots à peine réprimés, la longue liste des festivals et autres représentations théâtrales que les uns et les autres vont, la mort dans l’âme, annuler.

Ainsi, on apprend en quelques lignes que Luc Sabot, remonté comme un coucou suisse contre l’infâme convention, ne pourra jouer dans « Marx Matériau », ou que Rodrigo Garcia annule les représentations de « Golgota Picnic ». Rassurez-vous, « Le Capital », mis en scène par Sylvain Creuzevault, reste attendu. Ouf !

Pour information (pas anodine), « Marx Matériau » est une tentative de théâtre à partir des écrits de Karl Marx, « Golgota Picnic » est une pièce présentant un Jésus fou pendant qu’un type joue du Haydn au piano, intégralement nu, et « Le Capital » est une mise en scène des écrits de (devinez …) Karl Marx, bien sûr. Entre Marx et une forme plus ou moins subtile d’antichristianisme, l’annulation de ces spectacles privera donc les spectateurs d’un petit tsunami de propagande communiste. J’imagine déjà la déception qui va secouer les dizaines de milliers de spectateurs potentiels de ces œuvres impérissables. Une cellule de soutien psychologique aurait bien été montée, mais elle était animée par des intermittents qui ont aussi posé un préavis.

Voilà qui est plus que regrettable, c’est borderline lacrymal, mais l’idée générale est qu’il va bien falloir, pour se faire entendre, ne pas effectuer le travail qui a été commandé en faisant grève. Pour rappel, le régime des intermittents est extrêmement généreux pour compenser un nombre par nature peu élevé de jours de travail à l’année, l’activité des spectacles étant difficile, cyclique et très concentrée dans le temps. Cette année, ces quelques jours-là seront vraisemblablement occupés par la grève. Le régime est délicieusement souple.

Ce qu’il y a d’intéressant est ici le miroir grossissant des médias qui attachent logiquement une importance toute particulière à ce régime puisqu’en réalité, ils en bénéficient de façon importante, la télévision et la radio en premier lieu. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce régime ne concerne en réalité qu’une frange assez modeste, pour ne pas dire rikiki, de la population.

Ce qui rend les déficits générés par ce régime spécifique d’autant plus insupportables, puisque, comme le montrait un rapport de la Cour des Comptes de 2012, confirmé par un autre en 2013, un tiers du déficit de l’assurance chômage est directement dû à la branche en charge des intermittents du spectacle qui ne représentent qu’un petit 3% de l’ensemble des chômeurs.

À ces déficits déjà joufflus s’ajoute le comportement légal mais clairement abusif des assurés sociaux de ce régime ultra-favorable puisque les Sages de la rue Cambon ont constaté que, je cite :

« les intermittents quittent pour la plupart d’entre eux leur situation de travail quelques jours après avoir effectué le nombre de jours nécessaire pour être titulaires de droits et qu’ils retrouvent souvent une activité au moment où ils ont épuisé leurs droits. »

aurélie filippetti les intermittents ne sont pas des privilégiés

C’est vraiment commode ! Mais en définitive, ce qu’on observe et ce qui est très justement pointé par Eric Verhaeghe, qui a été président de l’APEC entre 2004 et 2009, dans une tribune parue récemment sur le Figaro, c’est qu’avec ce système, les smicards de tous le pays cotisent pour le festival d’Avignon ou les spectacles intermittents de Montpellier.

intermittents du spectacle - un combat populaireMais nous sommes en France et les avantages de ce régime ne seront jamais remis en question, même lorsque des abus scandaleux sont connus de tous, précisément parce que les bénéficiaires de ce régime ont un pouvoir de nuisance élevé et très visible. Et il est d’abord nuisible pour le pouvoir politique en ce qu’il fait facilement la démonstration de sa grogne, qui risquerait, par ricochet, de cristalliser d’autres grognes, sans mal plus légitimes, que, par leur nombre et leur importance, les politiciens ne sauraient traiter par l’habituel cataplasme de promesses débiles et d’argent des autres dépensés généreusement. Moyennant quoi, nourris de cette lâcheté qui les caractérise depuis 40 ans, les politiciens acceptent tout de ces enfants capricieux, et font passer la France d’un régime de subvention de la culture à la culture de la subvention sans jeûne ni régime.

La réalité est que ce régime n’a aucune assise populaire, et n’a aucune raison d’exister. La fameuse (et surtout fumeuse) exception culturelle française ne justifie en rien cette inégalité criante. Dans un pays exsangue où les classes moyennes et basses sont ponctionnées comme jamais, il est plus que temps que certains se rendent enfin compte que l’égalité dont ils se barbouillent les grasses babines, dont ils se gargarisent du matin au soir, cette égalité devrait effectivement être appliquée et placer tout le monde sous le régime général d’indemnisation du chômage.

Si la culture n’est pas une marchandise, messieurs les intermittents, ne la bradez pas minablement pour vos petits acquis, et ayez la noblesse ou la décence minimale d’appliquer enfin l’égalité en droit : supprimez le régime spécial, rejoignez le rang des honnêtes gens et le régime général. Ça va piquer un peu au début, mais au moins, la prochaine fois que vous pleurnicherez, on vous prendra peut-être au sérieux.

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Source : http://h16free.com/2014/06/09/31743-payez-les-intermittents-ne-vous-le-rendront-pas-au-centuple


Les inquiétantes décisions de Draghi

dimanche 8 juin 2014 à 11:00

C’est la fin de la crise. C’est la reprise, lente, timide et progressive. Tous les clignotants sont au vert. Les sourires se font moins crispés, les discours plus calmes et les actions plus posées. C’est pourquoi, cette semaine, Mario Draghi, le patron de la BCE, a lancé un programme de mesure hors-normes. Parce que tout va bien.

Et comme tout va bien, qu’il y a juste la bonne quantité d’inflation, que la croissance montre des signes évidents de positivité ragaillardie, que le spectre du chômage semble s’éloigner, Mario a décidé plusieurs choses essentielles pour la conduite monétaire de la zone euro.

Mario à la BCE, ça va donner !Tout d’abord, il a abaissé le taux directeur de la Banque Centrale, de 0,25% à 0,15%, ce qui est un nouveau plus bas historique. Comme les fois précédentes avaient merveilleusement marché, le fait de retenter la même chose va évidemment apporter une vraie solution durable.

On peut noter calmement que ce que tente de faire Draghi avec ce nouvel abaissement, les Japonais l’ont tenté avant lui, sur au moins une dizaine d’années, avec un résultat qu’on pourrait qualifier de modeste, même une fois dopé à l’optimistine, cette drogue dure que nos dirigeants s’enfilent par kilo.

Ensuite, le patron de la BCE a annoncé une batterie de mesures financières ciblées, comme la mise en place de « Long Term Refinancing Operations » (LTRO) spécifiques, la fin de la stérilisation des titres de dettes achetés dans le cadre du « Securities Market Program » (SMP) et la préparation d’achats d’Asset Backed Securities (ABS) — qui sont des actifs adossés à des titres de créances (crédits immobiliers, cartes de crédit, prêts automobile, …) — pour soutenir le crédit aux petites et moyennes entreprises. Pour faire court, les LTRO sont simplement des prêts à long terme avec des taux-cadeaux, genre Semaine Commerciale BCE. Les SMP sont des achats d’obligations souveraines sur le marché secondaire de la dette, et leur stérilisation consiste à neutraliser l’effet des achats en reprenant les liquidités correspondantes. En gros, c’est de la création monétaire (« Print, baby ! Print ! ») à peine déguisée.

Mais Mario ne se contente pas d’un ou deux coups de canon. Pour lui, il fallait aller plus loin et ce fut chose faite avec l’introduction des taux d’intérêts négatifs (-0,10%) sur les dépôts laissés par les banques en garde à la BCE. Oui, vous avez bien compris : comme tout va bien, la Banque Centrale a clairement décidé de punir les banques européennes si jamais elles venaient à parquer des avoirs dans ses coffres au lieu de distribuer la manne financière à tous ceux qui le demandent.

L’idée, derrière cette mesure hardie, est d’inciter les banques à ouvrir les sprinklers à crédit pour tous, à commencer par les entreprises dont l’activité et la production dépendent parfois d’investissement coûteux. Bonus supplémentaire espéré : une telle mesure aurait normalement tendance à rediriger les investisseurs hors de l’Euro, ce qui fait baisser la monnaie (par rapport au dollar, notamment) ce qui donne une petite marge de manœuvre, au moins temporaire, aux exportations.

draghi whatever it takes

Tout va donc très bien, sauf que ces actions musclées s’apparentent vraiment très mal à des mesurettes d’ajustement dans une situation maîtrisée tendant à l’amélioration. Tout montre qu’il s’agit plutôt de tentatives vigoureuses d’infléchir une orientation franchement négative.

Amener ainsi le taux directeur à des niveaux si bas montre clairement que les différents efforts menés jusqu’à présent, et qui visaient précisément à créer de l’inflation, n’ont pas porté leurs fruits. En effet, la BCE a été obligée de revoir ses prévisions d’inflation à la baisse, sachant que cet indicateur était déjà assez éloigné d’un 2% qu’on juge nécessaire à la bonne marche de l’économie (et surtout, à la lente érosion de la dette par l’inflation). En outre, les prévisions de croissance sont suffisamment mauvaises pour que la Banque Centrale soit allée plus loin encore que les attentes du marché.

Autrement dit, la situation est probablement bien plus mauvaise que prévu, et les manœuvres de Draghi, qui visent essentiellement à distribuer du pognon fraîchement imprimé, risquent surtout d’alimenter les bulles existantes ou en formation. Pour rappel, toutes ces opérations financières aux acronymes rigolos (LTRO, SMP, ABS) ne sont que l’expression concrète de cette titrisation qui, il y a quelques années aux US, a provoqué le précédent krach. On peut feindre, comme la BCE et Le Monde derrière elle, de croire que les recettes globalement identiques fourniront un résultat globalement différent, mais l’expérience passée ne permet pas un optimisme débordant. Et en tout état de cause, on comprend assez vite que les efforts entrepris ne résolvent pas les problèmes de base (un excès gigantesque de dettes étatiques, partout) et qu’ils ne feront que retarder le moment où la facture sera acquittée.

En France cependant, ces annonces et l’idée même que la situation économique sous-jacente serait assez pourrie n’effleurent même pas la fine équipe de clowns posés à Bercy ces derniers mois. Alternativement, si ses tenants et ses aboutissants leur sont connus, ils ont la présence d’esprit de n’en rien montrer et d’afficher une naïveté confondante qui donne le vertige si elle est simulée.

Pour Michel Sapin, ces décisions sont exactement ce qu’il fallait faire. Peu importe que cela ne résolve absolument rien, puisqu’à présent, les banques vont pouvoir prêter comme jamais. Et s’il le faut, Michel ira vérifier, guichet par guichet, que chaque entreprise repart bien avec son petit chèque ou ses liasses de gros billets joufflus fraîchement imprimés :

« Je veillerai à ce que les entreprises françaises trouvent auprès de leurs banques, ou directement sur les marchés financiers, les prêts à faible coût dont elles ont besoin. »

Quant à Arnaud Montebourg, le ministre de l’économie, des redressements, de la productivité, des frétillances et des vibrations patriotiques favorables, il trouve que, je cite :

« Les banques n’auront plus aucune excuse pour ne pas prêter aux entreprises. »

Il est clair que l’absence de perspectives économiques pour l’emprunteur ne sera pas un obstacle, voyons ! Même si l’emploi est en berne, cela n’empêchera pas de contracter un joli petit crédit, n’est-ce pas ? Pas de croissance peut-être, mais ce n’est pas une raison pour ne pas reprendre une bonne louchée d’emprunt, n’est-ce pas ? Et puis surtout, la France a bien prouvé sur les 40 dernières années qu’avec une telle stabilité fiscale, il n’y avait aucun risque à hypothéquer son entreprise, bien sûr.

montebourg finance

Bah, oublions bien vite les calamiteuses calembredaines gouvernementales qui montrent simplement que les showmen au crâne vide sont toujours dans la place.

La suite, on a déjà une petite idée de ce que qu’elle sera. Les premiers mois, les gesticulations de Draghi permettront peut-être de calmer la déflation qui s’est bel et bien installée ; à ce titre, les matières premières (énergies et nourriture, essentiellement) vont continuer à se renchérir pendant que tout le reste (de l’accessoire à l’optionnel) continuera de se déprécier. Après tout, les gens seront toujours obligés de se nourrir et de se chauffer et ceci restera donc le seul endroit où des profits et des richesses palpables seront créés. C’est déjà ce qu’on observe, et les actions menées n’y changeront pas grand-chose. Les tensions monétaires, les bulles et les mauvaises allocations de capital vont continuer de plus belle. Ceci finira, inévitablement, par un krach, plus ou moins violent.

Ensuite, tout est possible, depuis le chyprage des comptes épargne et d’assurance-vie (en l’échange, bien sûr, de jolis papiers colorés assurant un remboursement dans 10 ou 20 ans avec intérêts dans une monnaie qui tiendra plus du singe que de l’or), jusqu’à la décennie perdue à la japonaise, en passant par l’effondrement des prix immobiliers, ou un mélange plus ou moins fort de tout cela. Sur le long terme, les nations surendettées n’ont jamais finalement que deux choix : annuler leurs dettes d’une façon ou d’une autre (par répudiation ou hyperinflation), ou faire la guerre ou la révolution. Bien que fort peu probables, ces possibilités ne sont pas non plus à écarter.

Heureusement, avec l’équipe en place, nous sommes en de bonnes mains.

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Source : http://h16free.com/2014/06/08/31669-les-inquietantes-decisions-de-draghi


Quelques mots d’Arthur

samedi 7 juin 2014 à 11:00

Ne regardant la télévision que de façon extrêmement épisodique et me limitant toujours à l’une ou l’autre rare émission d’intérêt, je n’ai jamais développé une quelconque curiosité pour l’animateur Arthur. Vaguement au courant de son existence sans pour autant ni connaître son parcours, ni ses faits d’armes, je n’avais donc de lui aucune espèce d’opinion.

Magie des intertubes et des réseaux d’asociaux connectés : entre deux lolcats et autres petits trolls poussifs, je suis tombé sur une vidéo intéressante où, justement, l’animateur en question ne se contente pas d’animer mais va exprimer quelques opinions bien senties. Et, surprise, ses opinions sont à la fois intéressantes et éclairantes sur l’état général du pays.

Dans une interview, résumée à 7 minutes dans la vidéo ci-dessous, Arthur explique ses péripéties avec la radio d’état Le Mouv’ à laquelle il a proposé un partenariat avec Ouï FM, radio dont il est propriétaire. La proposition a été rejetée, ce qui peut se concevoir, mais elle l’a été dans des formes un peu étonnante de la part d’une station qui a bénéficié d’argent du contribuable, et qui n’a jamais réussi à frôler la rentabilité, même de loin. Ces contributions publiques font encore plus mal lorsqu’on met en regard le nombre rikiki d’auditeurs que la station parvient à fidéliser, tout en occupant cependant des fréquences que d’autres radios seraient certainement à même de mieux valoriser.

Quelques petits extraits croustillants :

(00:40) « Quand on voit le budget de cette radio, 17 millions d’euros par an, pour faire 165.000 auditeurs, je comprends qu’ils n’aient pas l’habitude de s’habiller chez H&M. Mais moi, mes auditeurs, vos auditeurs, s’habillent chez H&M. »

(01:28) « Si on prend le budget de BFM Business, Ouï FM, de FG, de Ado, de Nova, de TF6 Jazz, vous prenez toutes ces radios réunies, ça ne coûte pas 17 millions d’euros à fabriquer. »

(01:53) « Par exemple je n’ai pas d’auditeurs à Marseille, je n’ai pas d’émetteurs ni de fréquence à Marseille, le Mouv’ fait 1500 auditeurs à Marseille, ils ont deux fréquences. »

(06:17) « Aujourd’hui, vous avez des auditeurs qui tous les jours commencent à en avoir ras-le-bol de la pression fiscale qu’il y a dans ce pays. J’ai fait un petit calcul tout bête, le prix moyen d’un auditeur pour une radio. (…) Il n’y a aucune radio en France qui dépense plus de 9 euros par auditeur. Le Mouv’, une radio que personne n’écoute, ils sont à 100,9 euros par auditeur (…) depuis 16 ans. C’est-à-dire que c’est une radio qui a dépensé 300 millions d’euros pour faire 1500 auditeurs à Marseille. C’est inadmissible. »

Au-delà du franc parler de cet animateur, on ne peut s’empêcher de trouver une solide dose de bon sens dans ses propos en ces temps où le gouvernement fait soi-disant des pieds et des mains pour économiser l’argent public.

Après tout, 17 millions par an, c’est déjà un début, non ?

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Source : http://h16free.com/2014/06/07/31701-quelques-mots-darthur


Made in France, E18 : « RSI-gît »

vendredi 6 juin 2014 à 09:00

Tranches de vie ordinaires en République Démocratique (et Populaire) Française, imaginées mais pas dénuées de réalité – Épisode 18 : « RSI-gît. »

Par h16 et Baptiste Créteur.

La France est un pays d’ordre et de méthode. Il y a des choses qui se font, d’autres qui ne se font pas, mais quoi qu’il arrive, s’il y a une procédure pour les unes et les autres, elle sera appliquée à la lettre. Qu’on postera avec assiduité, tant que cela sera nécessaire. C’est d’ailleurs cette application rigoureuse de la méthode qu’a pu tester Marisol.

Marisol, c’est la femme de Louis, un travailleur indépendant, et un indépendant très travailleur. Comme tout indépendant, Louis cotise bien sûr au RSI, le « Régime Social des Indépendants ». Seulement voilà : même si Louis est fort travailleur, la conjoncture n’est pas toujours tendre et après des mois, puis des années difficiles, son activité a diminué tant et si bien qu’il ne parvient plus à faire face à ses charges et cotisations. Les jours passent, et ajoutent à son désespoir qu’on peut d’ailleurs mesurer, règle graduée en main, à la hauteur toujours plus imposante de la pile de courriers de relance des différentes administrations réclamant leur pitance toujours plus fort, comme des petits poussins affamés. Et constamment, l’administration la plus insistante, la plus demandeuse, la moins disposée à accorder des délais est précisément le RSI. Au vu du nombre de relance et de l’acharnement de l’organisme, Louis s’est plusieurs fois demandé si l’acronyme ne cache pas une sale blague, celle d’un organisme qui entend mettre vraiment les indépendants au régime.

Les derniers courriers sont plus que menaçants, ils virent à l’agressif. L’appétit féroce du Régime n’est toujours pas comblé, des actions coercitives vont être menées, des huissiers vont être lâchés, des comptes seront fermés, des poursuites seront engagées… Et des issues seront bouchées.

foutralysAprès s’être fait tout seul, Louis se fait tout petit. Ces relances, quasiment belliqueuses, l’inquiètent, l’obsèdent, l’obnubilent. Petit à petit, Louis s’assombrit. Marisol sent bien son mari se renfermer, mais elle ne sait pas plus que lui quoi faire pour calmer les fringales du gros régime joufflu. Jusqu’à ce jour fatidique où, ne parvenant plus à faire face, Louis commet l’irréparable. Dans la lettre où il explique son suicide, rédigée au dos d’un courrier de relance où des montants obscènes sont mentionnés en gras, Louis explique qu’il ne supporte plus l’idée de voir débarquer chez lui des huissiers venus saisir ses biens, lui qui a toujours promis de prendre soin de Marisol. L’absence de toute pitié de l’organisme inhumain, le harcèlement bureaucratique paperassier de plus en plus ubuesque, les longues heures à se cogner au téléphone du Vivaldi mal découpé ou du Chostakovitch en distorsion, en pure perte, auront poussés le brave homme à l’irréparable, à l’abandon, au bail-out terminal.

cerfa travail dissimuléBon. C’est très triste, tout ça, mais il ne faudrait pas oublier l’essentiel : Louis une fois mort et enterré, le RSI a toujours faim. L’équilibre financier de ses caisses est bien plus fragile encore que l’équilibre mental de Louis à quelques secondes de son geste. Le recouvrement des sommes dues ne peut donc attendre la fin du deuil de Marisol. Et puis le mélodrame, tout ça, ça va bien cinq minutes, mais il y a des courriers de relance à écrire, des courriers à mettre sous enveloppe, des enveloppes à timbrer puis à envoyer, et tout ça n’est pas gratuit, ça coûte même un paquet de pognon, ma petite Marisol. Il faut bien que quelqu’un paye et même si Louis s’est désisté d’un coup de pied non chaland à la chaise qui le soutenait, ce n’est pas pour ça qu’on doit s’arrêter de réclamer en si bon chemin.

Sauf que Marisol n’entend pas tout à fait se laisser faire. Prise de colère devant une telle indécence, elle répond à la dernière missive et enjoint les agents du RSI « de lui écrire au cimetière. », puisqu’après tout, c’est là qu’il réside à présent.

Ce qui devait arriver arrive bien évidemment, et puisqu’il faut écrire au cimetière, le RSI le fait. Louis reçoit donc bien sa lettre au cimetière ; ou plus exactement, elle est remise à Marisol par un jardinier inquiet qu’on puisse écrire à un mort. Et lorsqu’une brève explication lui est donnée, il est même choqué d’apprendre que l’objet de la correspondance est le recouvrement de sommes dues.

« Même au cimetière, ils ne vous laissent pas tranquille. »

Avec un tel cadre, il n’est guère étonnant que l’affaire fasse un peu de bruit, au point que les journaux locaux s’emparent de l’affaire, sur le mode « En page 4, Marisol et son histoire ». Mais quand bien même le RSI poursuit-il des cadavres de ses encombrantes relances, il lui en faut plus pour s’excuser. La procédure reste la procédure, la méthode de recouvrement reste en place, les sommes dues sont toujours dues, et ce, même si Louis n’est plus.

Et tout est clair, limpide et parfaitement expliqué sur les courriers que Marisol peine à déchiffrer, ses gros yeux pleins de larmes : les sommes dues se résument à l’ultime cotisation de Louis, qui permettent de couvrir ses prestations santé un bon gros trimestre après son décès (des fois que) ainsi que toutes les cotisations relatives à l’activité professionnelle postérieure à son décès, quand bien même la cessation de cette activité avait été effectuée dans les temps et dans les formes. Et peu importe que le décès ait été enregistré dans les règles : pour le RSI, la mort n’est pas une raison suffisante pour arrêter inconsidérément d’assurer sa santé.

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Le cœur brisé, le ventre retourné et l’esprit plein d’une colère sourde, Marisol s’empresse de régulariser l’ultime cotisation de Louis, se fendant tout de même d’une lettre incendiaire au RSI où elle demande explicitement à être laissée tranquille.

Sans succès.

Cerfa euthanasie simplifiéeRien n’arrête une procédure lancée avec méthode. C’est précis et pointu, ces petites choses-là. C’est comme sur des rails : une fois lancé, rien n’arrête le train du RSI. On a à peine le temps de dire « non merci » qu’on est déjà arrivé à ces destinations où seul le travail rend libre. Moyennant quoi, le RSI continue donc ses relances, ses injonctions de payer, ses mises en demeure, et ses autres lettres compliquées auxquelles Marisol ne comprend plus rien.

Dans sa tête, tout tourne de plus en plus vite. L’étau est maintenant aussi resserré autour d’elle qu’il l’était sur son mari quelques semaines auparavant. Dans un ultime sursaut, cynique et narquois, elle écrit à l’organisme une missive dans laquelle elle lui demande d’adresser ses prochaines relances « à Saint-Pierre, qui transmettra ». Puis, du même geste que Louis, Marisol pousse la chaise qui la retient encore ici-bas.

Sur sa tombe, recouverte de courriers de relance, figure désormais un épitaphe unique au monde : « RSI-gît Marisol ».

Vous vous reconnaissez dans cette histoire ? Vous pensez qu’elle ressemble à des douzaines de cas relatés par la presse ? Vous lui trouvez une résonance particulière dans votre vie ? N’hésitez pas à en faire part dans les commentaires ci-dessous !

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Source : http://h16free.com/2014/06/06/31650-made-in-france-e18-rsi-git