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N’aidez pas votre prochain, il pourrait en rester quelque chose

lundi 12 mai 2014 à 09:00

Avec l’aide de tous, la République du Bisounoursland progresse chaque jour. Bien sûr, cela demande régulièrement des efforts, quelques petits ajustements et l’inévitable coup de pelle derrière la nuque du récalcitrant, mais soyez assurés que ceci est pour le mieux. Et n’oubliez pas : dans cette République, par solidarité, vous serez obligé d’aider votre prochain, puis on vous châtiera. Aucune bonne action ne restera impunie.

Certains pensent ici que j’exagère. Ils ont raison. Il est évident que certaines actions charitables, si elles sont faites de façon suffisamment subtile et discrète, échapperont à une sanction. Mais pour les autres, ostentatoires donc méprisables, vous aurez ce que vous méritez. ‘ Fallait pas voter socialiste.

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland

Bien évidemment, cela va provoquer quelques soucis. Lors d’une situation tendue, ne pas aider votre prochain risque bel et bien de vous mettre en situation délicate. On se souvient du cas épineux relaté dans ces colonnes récemment d’une agression dans le métro lillois qui avait illustré de façon évidente que la société, toujours plus vilaine, méchante, ultralibérale et individualiste, n’avait plus ces réflexes d’antan permettant d’assurer la sécurité d’une femme poursuivie par les avances et les tripotages grossiers d’un poivrot envahissant. On se rappelle aussi qu’une frêle sénatrice avait découvert l’étrange apathie de ses semblables alors qu’elle se faisait gentiment dépouiller par un individu aussi louche que rapide à la course et que personne n’était venu à sa rescousse. Dure leçon de vie pour les Lillois, dure leçon de vie pour Laurence Rossignol : la société, la collectivité, le groupe, les gens (les autres) laissent parfois faire des choses sans broncher, tout de même, ma brave dame, c’est inouï, c’est scandaleux, c’est vraiment lamentable.

Où va-t-on si dans le pays qui a, à ce point, sanctuarisé le vivrensemble et le bisou républicain, on ne s’entraide plus les uns et les autres à coups d’associations lucratives sans but qui distribuent des bons points et des anathèmes pour bien remettre sur les rails de la pensée positive ceux qui auraient le malheur d’en sortir ? Où va-t-on ?

aider les autresEh bien apparemment, on va aux urgences. Parce que justement, lorsque l’individu se décide à agir, il lui arrive parfois quelques désagréments : aider peut provoquer des trous graves, qui nécessiteront ensuite des interventions chirurgicales, un suivi psychologique pour la victime, pour celui qui l’a aidé et évidemment pour l’agresseur, beaucoup, beaucoup de paperasse administrative et une difficulté supplémentaire pour faire croire à tous que la police fait son travail, que la sécurité dépend de l’État, et qu’il n’est jamais utile, voire qu’il est dangereux donc défendu d’avoir sur soi de quoi se défendre.

En vertu de quoi, lorsqu’une passante se fait agresser, n’allez pas bêtement vous faire trouer. Essayez, autant que faire se peut, de changer de trottoir, d’appeler la police avec votre téléphone portable en précisant qu’il y aura des donuts gratuits (ça aide à booster la motivation des forces de l’ordre, probablement), et filmez la scène. Ça ne servira probablement à rien pour l’enquête de police (celui qui agresse est déjà « défavorablement connu des services de police ») qui aura lieu après l’homicide, mais cela peut faire un joli buzz sur Youtube ensuite.

Mais surtout, aider, c’est rentrer dans le cadre complexe d’un contrat, probablement tacite mais bien réel, entre vous et la personne que vous aidez. Et ce contrat, même si vous ne le saviez pas, comporte de nombreuses clauses, est évidemment encadré par toute une myriade de lois toutes plus subtiles les unes que les autres qui font que, quoi qu’il arrive, vous allez prendre cher ensuite, si ce n’est pas de la main de l’agresseur, au moins de la main de la victime à laquelle vous portez secours.

Eh oui. Vous ne le saviez pas ? Rassurez-vous, certains, eux, le savent très bien et utilisent cette information à bon escient. C’est le cas par exemple de l’inénarrable MRAP (le mouvement contre une certaine forme de racisme et pour l’amitié entre certains peuples) qui aide actuellement un groupe de sans-abris dans leurs démarches juridiques visant à traîner en justice une association qui a eu l’imprudence de les aider et l’impudence de manquer de moyens ce faisant.

Que voulez-vous, il ne fallait pas laisser impunie une bonne action : cet hiver, l’association LAHSo avait eu la bonne idée d’héberger ces sans-abri en urgence dans un « village mobile » à Villeurbanne. Lorsque le centre a fermé à la fin de la trêve hivernale, l’association n’ayant proposé aucune solution alternative (quelle bande de salauds !), les SDF, aidés du MRAP, l’ont attaquée parce que bon, ça ne se fait pas d’aider ainsi à durée limitée !

aidez le mrap

Quelle joie de vivre en France ! Quel bonheur d’aider ainsi des SDF pour savoir qu’ensuite, eux et le MRAP se retourneront contre vous pour abandon ! Quel plaisir de comprendre que la loi est si bien faite qu’aucune aide, même temporaire, ne saura être fournie sans que d’importantes conséquences en soient tirées ! Les gentils, les généreux n’ont que trop frimé à la surface de la Terre ! Il y en a assez de ces gens qui jettent ainsi leur bonté et leur charité à la face de ceux qui manquent de tout, même de décence !

Heureusement que l’État et ses lois sont là. Sans lui, qui pourrait se retourner ainsi contre son bienfaiteur ? Et d’abord, qui distribue des droits imposés à la société toute entière, si ce n’est l’État ? Qui, si ce n’est l’État, a réussi à faire disparaître derrière des tonnes d’associations légalistes et fielleuses les proverbes de bon sens comme « à cheval donné on ne regarde pas les dents » ?

Grâce à lui, on est passé d’une société d’entraide et de charité à une société où les interactions individuelles sont toutes régulées, normées, balisées par la loi. Tout devient explicitement contractualisé, et chaque manquement de l’une ou l’autre partie peut et doit se terminer au tribunal. Les gentils, les généreux, les charitables doivent être écrasés. C’est fini, il n’y a plus de « gentlemen’s agreement » qui a été remplacé par une soupe monstrueuse de petits caractères et de notes en bas de page, d’alinéas touffus et de paragraphes serrés de clauses qui ne pourront se terminer, in fine, qu’en arguties juridiques insupportables et coûteuses.

le silence de la loiPire, à ce légalisme galopant (d’ailleurs très bien décrit dans Le Silence de la Loi, de Parren, aux Belles Lettres, que je recommande chaudement) qui pourrait n’être qu’un encombrement de plus dans les relations entre les individus s’ajoutent maintenant les réclamations véhémentes de certains de ces individus justement soutenues par ces lois : après tout, si elles existent, autant les appliquer et réclamer alors goulument tout ce qu’on peut, tant qu’on peut, pour ne pas se sentir spolié de tous ses fameux droits ! Et tant pis si, dans la foulée, cela doit faire quelques dommages directs ou collatéraux ! Une association d’aide qui se retrouve poursuivie ? Bah, qu’importe : une autre se recréera aussi sec pour la remplacer, non ? De toute façon, l’argent ne manque pas, puisque c’est l’État qui paye, voyons…

On comprend bien que ce genre de raisonnement ne fonctionne qu’un temps. Au bout d’un moment, d’une part, les finances publiques ne suivent plus. Et d’autre part, les bonnes volontés s’étiolent. Et, comme dans le métro lillois ou devant les automates bancaires de Compiègne, les gens se lassent d’intervenir pour aider leurs prochains qui le leur rendront, bien violemment, au centuple et dans les gonades.

Tous, en réclamant toujours plus d’encadrement, toujours plus de droits, toujours plus d’interventions de l’État dans votre vie, vous avez réclamé ce qui vous arrive à présent. Les libéraux vous avaient prévenus, vous ne les avez pas écoutés.

Ne venez pas vous plaindre.

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Source : http://h16free.com/2014/05/12/31022-naidez-pas-votre-prochain-il-pourrait-en-rester-quelque-chose


À quand le député stagiaire ?

dimanche 11 mai 2014 à 11:00

Selon différentes sources journalistes bien renseignées, 10% de nos députés auraient eu un jour l’expérience de l’entreprise. C’est devant la faiblesse de ce pourcentage, d’ailleurs même pas remis en cause, qu’une association patronale, au nom réjouissant d’ « Entreprise et Progrès », propose d’en envoyer quelques uns en stage histoire de les former à cette réalité qui leur est bien souvent complètement inconnue.

Et oui, après tout, pourquoi pas ? Et si on envoyait nos députés, pendant la prochaine pause estivale, faire un stage dans une entreprise, histoire qu’ils découvrent un peu comment cela se passe, en vrai, sur le terrain ? En lançant l’opération « Moi, Parlementaire, une semaine dans les pas d’un PDG », l’association « Entreprise & Progrès » — qui regroupe 120 entrepreneurs et patrons d’entreprises de toutes tailles et de tous secteurs — pose plusieurs excellentes questions à la représentation nationale :
- Que connaissent-ils vraiment de l’entreprise ?
- Sont-ils prêts à aller sur le terrain ?
- S’ils ne connaissent pas le monde de l’entreprise, comment peuvent-ils s’estimer représentatifs de la population française ?

Denis Terrien, le président de l’association, explique que son idée est venue du constat « que les députés français connaissent peu l’entreprise » (ce qui est une façon gentille de dire qu’ils sont, dans leur écrasante majorité, de parfaits ignorants de la question). Le but de ces stages est de faire assister le député à « une réunion d’investissement, une réunion avec des partenaires sociaux, une réunion d’embauche, pour mieux comprendre la vie de l’entreprise » … Et, probablement, d’aborder les questions que j’évoquais au précédent paragraphe.

Questions auxquelles les députés se sont déjà très rapidement employés à répondre aussi mal que possible, en se défilant, bien sûr, et en passant bien vite à un autre sujet. C’est dommage, les vacances approchent et il sera d’autant plus dur pour eux de trouver un stage s’ils s’y prennent à la dernière minute, bande de petits coquins. D’autant que le sacrifice n’est vraiment pas violent puisque le stage envisagé ne dure qu’une semaine.

the internship - les stagiaires

Oui, vous avez bien lu : la proposition n’est bien que d’un stage d’une semaine, ce qui laissera à nos élus largement assez de temps pour prendre des vacances avant de retourner « travailler » en septembre, moment auquel ils pourront faire un petit bilan de leur expérience en entreprise en pondant une nouvelle brouettée de lois idiotes (par exemple, visant à supprimer la précarité en l’augmentant d’un coup).

Malgré tout, ne boudons pas notre plaisir : cette idée de stage est intéressante à plus d’un titre.

Déjà, pour commencer, elle permet de rappeler que les députés n’ont pour la plupart aucune idée de ce qu’est l’entreprise. C’est toujours gênant pour des gens qui seront, par la suite, chargés de mettre leurs gros doigts dedans par le truchement de lois toutes plus complexes et détachées du terrain les unes que les autres. D’autre part, cela permet de mettre sur la place publique l’importance d’un stage, d’une exposition à l’entreprise, et par là même, faire naître l’idée qu’un député ne devrait raisonnablement pas émettre un avis sur le monde du travail, de l’emploi salarié ou de l’entreprise sans avoir pris part, au moins une fois dans sa vie, à une telle expérience.

On pourrait ainsi imaginer augmenter la durée de ce stage à trois mois, période suffisante pour avoir un meilleur aperçu de ces petites tâches récurrentes qui font la joie du chef d’entreprise : déclarations de TVA, délais fournisseurs, établissement de feuilles de paie, gestion du personnel et des congés maladies extensifs obtenus par certains salariés peu scrupuleux acoquinés avec certains médecins accommodants, relations (joyeuses) avec les banques, relances URSSAF, inspecteurs du travail, contrôles fiscaux, paperasserie diverse et variée imposée par la loi mais dont l’utilité pour la bonne marche de l’entreprise est strictement nulle, etc… Inutile ici de dresser une liste exhaustive de toutes les petites vexations auquel le patron d’une PME ou d’une TPE est confronté, ce serait plus long que le billet lui-même. En revanche, nul doute que le stage du député serait rapidement mis à profit : ce dernier pourrait par exemple être employé à remplir les Cerfas et autres formulaires rigolos que notre administration pond à tire-larigot.

licence de stagiaire

Le calvaire moyen ne servirait sans doute pas à décrasser les élus les plus hermétiques à toute forme d’intelligence, mais aurait, on peut en être sûr, un petit côté vaccinant sur les autres qui pourrait se traduire dans une législhorrée un peu moins vigoureuse (on peut rêver).

D’autre part, on pourrait aussi envisager très sérieusement de rendre un tel stage rigoureusement obligatoire après l’élection d’un député ou d’un sénateur, obligeant celui-ci à n’entrer en fonction que muni d’un certificat de passage, obtenu par exemple à la remise d’un rapport de stage en bonne et due forme. Bien évidemment, le député ou le sénateur ne pourrait en aucun cas travailler dans une entreprise de plus de 1000 personnes, ou dans une entreprise où l’État a des parts ou une participation, même lointaine, l’idée étant ici d’éviter toute collusion et conflit d’intérêt malencontreux qui heurterait, on peut en être sûr, le citoyen honnête qui s’agite en chaque Français (et donc, en chaque élu). Et quand on y pense, quel bénéfice on pourrait tirer de ces élus fraîchement affranchis par la vie réelle, arrivant sur les bancs de l’assemblée trois mois après leur élection, une fois l’excitation électorale calmée, et les pieds retombés sur terre !

Maintenant, j’ai bien conscience que tout ceci poserait un petit problème assez technique : lorsqu’on constate la moyenne d’âge de l’assemblée nationale, on doit se rendre à l’évidence : disperser cette brochette de vieux croûtons dans des stages en entreprise risque de s’avérer particulièrement délicat. Je passe sur l’évidente problématique des plus de 70 ans (une cinquantaine tout de même) qui devraient être débarqués purement et simplement, au motif que la retraite en France est, jusqu’à preuve du contraire, avant 70 ans (et puis ça renouvellera les bancs de l’Assemblée en diminuant ses frais de naphtaline). Reste à présent le gros de la troupe, c’est-à-dire des sexagénaires et autres quinquagénaires dont, je le rappelle, la majorité n’a jamais réellement connu le travail en général, et le travail en entreprise en particulier.

montagne de paperasseComment imaginer ces apparatchiks, flanquant le patron d’une PME, à remplir des formulaires qu’ils ont aidé à mettre en place alors que, pour la plupart, la concentration nécessaire pour en lire la première page dépasse de loin celle qu’ils sont capables de mobiliser dans le cours d’une journée entière ? Comment croire que des Cazeneuve, Estrosi, Duflot ou Cambadélis pourraient tenir trois mois avec une vraie mission, un vrai travail, sans aide-de-camp, sans chef de cabinet, sans secrétaire, sans stagiaire ou sans béquille d’aucune sorte, alors que l’écrasante majorité de leur travail consiste maintenant à faire acte de présence et qu’ils ont minutieusement oublié toute idée d’effort personnel depuis leurs plus tendres années, qu’ils ne lisent leur dossier qu’une ou deux minutes avant d’en parler et que leurs fulgurantes pensées se résument le plus souvent à aligner des mots aussi creux que possible pour éviter de déclencher de la grogne entre deux élections ?

À l’évidence, il y a, avec cette idée de stage pour nos élus, matière à creuser mais on ne pourra s’affranchir de la nécessaire réflexion sur le renouvellement des élites, leur lien avec le monde réel, et l’impératif absolu qu’ils ont à s’y reconnecter de toute urgence…

Cela presse. Je ne suis vraiment pas sûr qu’il y reste encore du temps pour redorer la fonction.

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Source : http://h16free.com/2014/05/11/30943-a-quand-le-depute-stagiaire


Made in France, E14 : « Mireille l’abeille face au ratel étatique »

vendredi 9 mai 2014 à 09:00

Tranches de vie ordinaires en République Démocratique (et Populaire) Française, imaginées mais pas dénuées de réalité – Épisode 14 : « Mireille l’abeille face au ratel étatique »

Par h16 et Baptiste Créteur.

Comme l’ont prouvé les prix Nobel d’économie Martine Aubry et Lionel Jospin, le travail en France est un gros gâteau de taille fixe qu’il convient de découper en parts de plus en plus fines à mesure que le nombre de demandeurs d’emploi augmente. Mais attention : si on fait des parts trop fines, le travailleur se rabougrit, s’étiole, se fane et ne repousse plus. S’il faut un plafond, il faut aussi un plancher. Et c’est ce plancher que Mireille a récemment découvert.

D’ailleurs, ça tombe bien qu’on parle plancher, parce que Mireille s’en occupe très souvent. Mireille est de ces femmes courageuses qui ne rechignent pas à la tâche. Parce qu’elle aime rendre service et est, de son propre aveu, maniaque de la propreté, Mireille est devenue femme de ménage. Alors les planchers, ça la connaît.

Mais bon, même si elle aime le travail bien fait et la propreté impeccable, elle ne peut pas travailler à temps plein. Physiquement, à 53 ans, elle ne se sent plus la force d’abattre plus de 15 à 18 heures dans une semaine, ce que lui demandent ses cinq à six employeurs. En outre, elle dispose d’un petit revenu foncier, ce qui lui permet de boucler ses fins de mois. Ce n’est certes pas mirobolant, mais si on le lui demande, Mireille dira sans problèmes qu’elle est une femme heureuse : un travail qui lui plaît en qualité et en quantité, que demander de plus ?

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Cependant, récemment, trois de ses clients sont partis en maison de retraite car, même avec son aide, ils ne parvenaient plus à affronter le quotidien. Porter une casserole d’eau quand on a de l’arthrose, signer une déclaration d’impôt pour la première fois de sa vie, monter les escaliers avec des rhumatismes et entretenir une maison, aussi petite soit-elle, ce n’est pas une mince affaire et Mireille en sait quelque chose. Et elle sait aussi que le plus dur, quand on vieillit, c’est la solitude et l’ennui ; alors, au lieu de s’apitoyer sur son sort, Mireille va régulièrement visiter ses anciens clients à la maison de retraite. Il n’en reste pas moins que sa charge hebdomadaire a diminué de moitié, et ses revenus ont sensiblement diminué. Et si la perspective de payer un peu moins d’impôt peut, éventuellement, adoucir la situation, Mireille se demande comment elle va s’adapter à ce changement de situation financière.

Un beau jour, alors qu’elle va chez son dentiste pour une visite de routine qui se transformera en ajustement d’un plombage (dont plusieurs euros seront remboursés par la sécurité sociale que le monde nous envie et qui grève si allègrement le salaire de l’industrieuse femme de ménage), Mireille discute sur le fauteuil réglable, qu’elle a toujours trouvé amusant. Entre le dentiste équipé de son masque et Mireille qui tente d’articuler avec les instruments dans la bouche, la conversation a un air comique, mais c’est très sérieusement que le dentiste lui propose de nettoyer son cabinet trois heures par semaine.

C’est inespéré pour Mireille : voilà qu’on lui propose un travail moins éreintant que chez des particuliers, qui comble en partie les heures récemment perdues, avec un salaire un peu meilleur ! Rarement visite chez le dentiste aura été plus agréable.

Rassurez-vous, nous sommes en France et la joie de Mireille sera donc de courte durée.

we can do itLe dentiste, préalablement à l’embauche de sa nouvelle femme de ménage, a consulté son expert-comptable pour les douloureuses questions de salaire. Ce dernier l’a donc naturellement informé d’une loi, qui le concerne en tant qu’employeur « non particulier » et qui entrera bientôt en vigueur, et qui portera la durée minimale hebdomadaire du travail à 24 heures. Lorsqu’il informe Mireille, elle est interloquée ; elle devra lire plusieurs fois les explications emberlificotées des sites internets barbouillés par l’administration pour comprendre exactement de quoi il retourne.

Mireille ne sait pas bien comment faire. D’une part, elle se voit mal astiquer le cabinet du dentiste 24 heures par semaine, la propreté a des limites. D’autre part, elle sent physiquement qu’elle ne pourra pas travailler plus. Sur le papier, cependant, la loi l’y oblige.

Renseignements pris, Mireille ne trouve malgré tout aucune solution. En plus, il n’y a pas beaucoup plus de gens qui ont besoin de ses services dans le voisinage, c’est-à-dire à moins d’une heure en voiture de chez elle… Et d’ailleurs, deux heures aller-retour pour une heure ou deux de ménage, le calcul économique n’est guère réjouissant.

Mireille ne baisse pas les bras. Elle qui aime se faire appeler « Mireille l’abeille » car elle est « travailleuse et sociable » ne veut pas devoir arrêter, contrainte par une loi mal boutiquée à abandonner ses clients et, pompon de l’affaire, vivre de subsides. D’abord, elle s’en est toujours sortie par elle-même et n’a pas l’intention de changer maintenant. Mais tout ceci finit par l’agacer : d’un côté, on la bassine sans arrêt avec le chômage, qui justifie toutes les ponctions, les taxes et les agitations politiciennes et de l’autre, ces mêmes agitations se traduisent par des lois … pour empêcher les gens de travailler comme ils l’entendent.

Heureusement, l’entrée en vigueur de la loi, initialement prévue pour le premier janvier 2014, a été repoussée de six mois. Mais quand elle lit que le gouvernement fait de cette loi un moyen de lutte contre la précarité, elle fulmine : c’est précisément à cause de cette loi en carton rédigée par une bande de bivalves accrochés à leur rocher républicain loin de toute réalité de terrain qu’elle va se retrouver dans la précarité, ou l’obliger à travailler bien plus que ce qu’elle aimerait, ou, tout simplement, pourrait. C’est parfaitement grotesque.

my cleaning ladyAussi grotesque, finalement, que ces salariés licenciés suite aux décisions prises contre le travail du dimanche. Mireille se demande pourquoi, alors que les Français butinent, l’État détruit leur vie et pille leur miel durement gagné. À ce rythme, non seulement elle va devoir renoncer au beurre, mais aussi aux épinards.

Mireille pourrait écrire aux députés et sénateurs, mais ça ne servira à rien, comme écrire au gouvernement ou pisser dans un violon : les politiciens n’écoutent pas les gens comme elle et n’ont aucune expérience de l’entreprise. Elle pourrait tenter de trouver un truc, pour échapper à cette loi débile. Mais plus probablement, elle ira travailler au noir. Ou, magie socialiste, plus du tout.

Merci qui ? Merci l’État !

Vous vous reconnaissez dans cette histoire ? Vous pensez qu’elle ressemble à des douzaines de cas relatés par la presse ? Vous lui trouvez une résonance particulière dans votre vie ? N’hésitez pas à en faire part dans les commentaires ci-dessous !

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Source : http://h16free.com/2014/05/09/30989-made-in-france-e14-mireille-labeille-face-au-ratel-etatique


Ma vie est un calvaire : je suis ouatezephoque-sensible

jeudi 8 mai 2014 à 09:00

Jean-Eudes n’a vraiment pas de chance. En quelques années, sa vie a basculé dans l’enfer : il est homéo-sensible. À la suite d’une overdose carabinée d’homéopathie, son corps ne supporte plus le moindre principe actif et Jean-Eudes doit donc, pour survivre, débarrasser ce qu’il mange ou boit de la moindre trace de goût, d’odeur, de saveur, et ne se nourrir exclusivement que de cellulose. Heureusement, l’État français est venu à son secours et lui a octroyé une aide matérielle pour lui permettre d’acheter le matériel nécessaire aux délicates opérations de filtrage et de nettoyage qu’il emploie sur son tofu bio déminéralisé.

ouate de phoque

Grotesque ? Pas tant que ça. À mesure que la Science progresse et permet à l’Humanité de s’extraire un peu plus tous les jours de l’ignorance et de la stupidité, l’Univers s’ingénie à produire des spécimens toujours plus compacts, plus résistants et plus nombreux de collectivistes joyeux dont le but ultime semble être de dépenser, vaille que vaille, l’argent des autres, et de préférence pour les causes les plus absurdes possibles. Et j’en veux pour preuve le cas à la fois récent et à vrai dire franchement préoccupant de la maison départementale des personnes handicapées de l’Essonne, qui a jugé bon d’accorder une aide financière à un homme de 32 ans souffrant d’électrosensibilité. L’affaire n’avait à l’époque déclenché qu’un intérêt moyen dans la presse. Elle rebondit cependant avec le communiqué de presse de l’Académie de Médecine qui tente de remettre un peu d’ordre dans le salmigondis gluant qu’est devenue cette fumisterie.

En substance donc, nous avons d’un côté Jonathan (le prénom n’a pas été changé), qui est chimiste, aujourd’hui en arrêt maladie, et qui se protège en se couvrant le visage d’un tissu avec un maillage de fil d’argent enrobé de polyuréthane, parce que cela permettrait de filtrer les champs électromagnétiques. Oui, vous avez bien lu, le type se protège sous une burka-magnétique.

tin foil hats

Tout a commencé alors qu’il travaille comme technicien de recherche dans un laboratoire de chimie dans les Hauts-de-Seine, en contact direct avec un appareil générant d’importants champs magnétiques, des bruits bizarres, un salaire et des horaires pas top. Au début, explique-t-il, les symptômes sont bénins, puis, pouf, en 2010, cela se dégrade : troubles digestifs, du rythme cardiaque, des pertes de mémoire, une moto russe qui refuse de démarrer, bref, la totale. Bien évidemment, les consultations chez les médecins, ces allopathes approximatifs mécréants, ne donnent rien. Pire : à chaque fois, ils osent l’affront et disent que c’est psychologique au lieu d’immédiatement abonder dans le sens du malade. Heureusement, après moult consultations remboursées par la Sécu (donc, concrètement, vous, les électro-insensibles en bonne santé), c’est le professeur Belpomme, tout acquis à sa cause, qui diagnostique enfin ce qu’il a : il est électrosensible, évidemment !

Depuis, il s’est installé dans un village loin de toutes les ondes électromagnétiques, dans la campagne profonde et loin de toutes traces de civilisation électronique, au milieu de la Creuse l’Essonne sous-développée. Et sa santé s’est, évidemment, améliorée : grâce à un régime sans gluten (cette fraction protéique réputée pour provoquer des champs magnétiques graves) et des balades en forêt et dans la nature, Jonathan a moins de problème de mémoire (mais il porte un joli filet magnétique, des fois que).

De son côté, l’Académie de médecine est, elle, fort surprise. Apprenant que notre chimiste électro-réduit a obtenu une aide publique pour ses petits soucis, elle s’est fendue d’un communiqué de presse dans lequel elle s’interroge sur la pertinence de cette décision. Et à l’appui de son interrogation, elle rappelle quelques éléments factuels dont ne se sont manifestement pas trop embarrassés les pouvoirs publics lorsqu’il s’est agi de distribuer l’argent du contribuable (chapeauté ou non d’alu) :

dr house ondes homeopathieEh oui, si la faculté est parfaitement consciente qu’il peut très bien y avoir une véritable souffrance des patients déclarés électro-sensibles, elle n’en rappelle pas moins les fondamentaux scientifiques : les expériences en aveugle ont malheureusement toutes conclu à l’incapacité des malades à déterminer s’ils sont ou non en présence d’un champ magnétique (zut et zut), et il n’y a pas, à ce jour, d’études permettant d’établir l’efficacité des dispendieux dispositifs vendus aux malades trop contents de trouver là un moyen, aussi artificiel soit-il, de contrôler leur environnement et de reprendre prise sur leur maladie, mal identifiée (zut et flûte).

(Économiquement en revanche, on peut très facilement expliquer pourquoi, à mesure que les malades sont plus écoutés, ils se font aussi plus nombreux, et pourquoi, dès lors, les fabricants d’amulettes technospatiales se multiplient aussi.)

D’autre part, et l’Académie rejoint ici les remarques maintes fois répétées des libéraux, la distribution de ce genre de roudoudous subventionnés par l’administration ne peut qu’aggraver le problème général que les diagnostics fantaisistes entraînent : les malades ne sont pas réellement soignés puisqu’on leur fournit seulement un effet placebo, on les encourage dans leur représentation faussée de leur maladie en abondant dans leur sens, et pire encore, on envoie un message catastrophique au reste de la population en donnant l’onction administrative à ce type de handicap, ce qui favorisera la recrudescence inopinée et fort commode de nouveaux cas tous plus lacrymogènes les uns que les autres.

En d’autres termes, maintenant que le robinet d’argent public est ouvert, l’électrosensibilité va devenir un mal foudroyant touchant une proportion toujours plus grande d’individus dont le travail, harassant, mal payé et en contact facile avec des substances magnétogènes ou électronuisibles, ne peut être continué sous peine de graves lésions. Vite, indemnisez-moi / prenez-moi en charge / occupez-vous de moi et de mes problèmes.

Bref, tant l’Académie que la personne de bon sens ne peuvent que constater la suite, déjà évoquée dans un précédent édito, de la dérive vers le n’importe quoi new-âge dans lequel s’enfonce mollement la société en général et l’administration française en particulier (élus inclus) : depuis le funeste avènement du principe de précaution dans notre constitution, qui aura plongé le pays dans un formol aussi toxique que le plus totalitaire des socialismes, tout concourt dans ce pays à infantiliser toujours un peu plus les individus en tenant pour acquis que le monde les entourant ne veut que leur perte et que la technologie ne provoquera, à terme, que troubles et maladies désagréables. Et il est donc urgent que tout le monde se serre les coudes pour, d’une part, s’entraider à coup de solidarité forcée (ne discutez pas) et d’autre part que chacun fasse barrage (de son corps s’il le faut) à ces inventions du Diable.

Moyennant quoi, on honnit le gaz de schiste, on interdit les OGM, on fustige les méchantes ondes et on se réfugie bien vite en forêt avec un filet métallique sur la tête.

Tout ceci est extrêmement encourageant pour le futur de ce pays.

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Source : http://h16free.com/2014/05/08/30970-ma-vie-est-un-calvaire-je-suis-ouatezephoque-sensible


Hollande parle. Les journalistes écoutent. Le pays pleure.

mercredi 7 mai 2014 à 09:00

Ainsi donc, François Hollande a parlé. Il est allé s’exprimer à la radio, le front plissé et l’esprit certainement plein des conseils que ses communicants lui ont fournis, pour fêter dignement les deux ans d’un quinquennat mal enquillé, actuellement marqué par une popularité catastrophique. L’exercice était nouveau. Le résultat, lui, nettement moins.

hollande se recueille devant une bouche d'égoutsEn une heure, le président de la République, répondant aux questions de Jean-Jacques Bourdin, aura — sur la forme — montré une nette amélioration de ses capacités à communiquer des idées. En terme de contenant, il partait d’assez bas ; l’amélioration était franchement possible. Reconnaissons donc à Hollande qu’il a pour une fois pris au sérieux sa propre démarche, et qu’il a eu la bonne idée d’admettre ses plus grosses erreurs (sans aller, toutefois, à reconnaître sa consternante contre-performance léonardienne, échec artisanal de proportion pourtant épique).

Mais c’est bien sur le fond, à l’évidence, qu’on doit le juger sur cette heure d’intervention dans laquelle il a tenté à la fois d’expliquer le parcours chaotique des deux années passées à l’Élysée et de montrer qu’il avait encore quelques juteux projets dans sa besace.

Et quels projets !

Comme d’habitude, on trouve en bonne place les bricolages traditionnels histoire de ratisser aussi large que possible et rassembler l’électorat qui s’est beaucoup dispersé récemment. La cote de popularité étant fort mauvaise, il n’y avait pas besoin d’aller chercher très loin quelques bonnes idées à pas cher qui pourraient marquer des points. Ainsi peut facilement se classer l’idée de représenter le texte pour le vote des étrangers, qui aura l’immense mérite de faire jacasser les partis politiques, sans aboutir à quoi que ce soit de bien pertinent dans un futur proche. De la même façon, le fait de temporiser toute prise de position sur la procréation médicalement assistée ne coûte rien et lui évitera vraisemblablement quelques épineuses passes d’armes avec une droite qui a bien du mal à trouver des sujets de rassemblements et qui trouverait dans une telle discussion de bonnes raisons de tempêter à l’Assemblée.

Il aura même continué sur cette lancée de petits bonbons faciles à distribuer. Une fois parti à Villiers-Le-Bel après l’interview, il a par exemple proposé une petite réforme du permis de conduire, histoire de le rendre plus simple, plus facile, plus abordable et certainement plus rose. À vrai dire, il aurait eu tort de s’en priver : ce genre de promesses ne coûte pas grand-chose et ne polarisera pas franchement l’électorat.

hollande XVIParallèlement, le président s’est risqué à quelques sorties plus ou moins habiles sur des sujets d’actualité, qui ont surtout montré une maîtrise assez moyenne des dossiers. Ainsi, s’accrocher coûte que coûte à la réforme des rythmes scolaires introduite par Vincent Peillon avec fracas et malgré la crispation maintenant évidente tant de l’Éducation Nationale que des parents d’élèves et des communes chargées de l’appliquer, c’est faire preuve d’un courage un peu ridicule, d’autant qu’en parallèle, le pauvre Hamon, qui hérite du dossier, n’a très clairement pas tout l’outillage mental à sa disposition pour éviter un abandon en rase campagne, ni même l’appui de son administration : avec le départ inopiné de son n°2, Jean-Paul Delahaye, la réforme en question paraît surtout morte-née. Un peu à l’instar d’un Chirac qui laissera passer le CPE mais ne le promulguera pas, Hollande défend ici un ectoplasme qui ne prendra jamais vraiment corps.

De la même façon, lorsqu’il évoque sa maîtrise de la finance, il fait doucement sourire. Certes, l’union bancaire européenne est en route, mais c’est un projet qui ne date pas d’hier, et le pauvre n’y est pas pour grand-chose. Du reste, on peut largement arguer que ce projet ne sera qu’un cautère sur une jambe de bois. Par exemple, les banques françaises sont lourdement exposées au risque financier ukrainien, et ce n’est pas l’union bancaire qui va y changer quoi que ce soit. D’autre part, la taxe Tobin (ou plus exactement, sur les transactions financières) est une parfaite idiotie, poussée tant par la droite socialiste du précédent président que par la gauche socialiste actuelle. De plus, on voit mal ce que le président pourra lui trouver pour fanfaronner, tant sa version actuelle est diluée et, de fait, impraticable. On peut déjà s’attendre à des effets de bords comiques et coûteux.

En une heure de temps, on pouvait aussi s’attendre à une petite brouettée de promesses plus ou moins ridicules, plus ou moins tenables, et plus ou moins habituelles dans la bouche d’un politicien qui se fait actuellement frotter l’épithélium avec du crépi en terme de popularité. Avec une grosse louchée de petits bisous fiscaux pour les salariés modestes (et une baisse de trois points des cotisations, dans bientôt, promis juré craché, vers janvier 2015), on le voit espérer rattraper le vote d’une tranche de population nettement plus acquise à la gauche radicale (celle représentée, de façon brouillonne, par le Front de Gauche, et de façon camouflée, par le Front National).

Lorsqu’il indique aussi vouloir réformer pour la classe moyenne, celle qui n’est, finalement, ni vraiment riche, ni vraiment pauvre, et qu’il a précédemment tabassée d’impôts, on pourra s’étonner que cette promesse — qui n’engage à rien tant sa description est floue — n’ait pas été réalisée plus tôt : c’est elle qui doit bénéficier des réformes, certes certes, mais pour ce qui est du détail, vous consulterez l’intendance qui verra tout ça plus tard, ne vous inquiétez pas.

hollande et son casque (vignette)Quant au chômage, le petit air de pipeau qu’il nous joue depuis deux ans continue, toujours aussi pulsé et obstinément à contre-temps de la réalité. Au sujet de la courbe des demandeurs d’emplois, magnanime avec lui-même, le président reconnaît que « Nous l’avons stabilisée, pas inversée. » Plus troublant, il a ensuite rappelé dans la foulée que

« c’est la seule promesse qui compte aux yeux des Français et je m’engage donc à la tenir. »

Autrement dit, concernant les autres promesses, il les fait mais ne s’engagera pas trop, hein. Ce n’est pas comme si elles comptaient vraiment aux yeux des Français, donc ça va.

Comme on le voit, jusqu’ici, le président a, sur la forme, repris un peu de crédibilité, et sur le fond, joué la partition parfaitement habituelle à laquelle on pouvait s’attendre de quelqu’un qui n’a, finalement, à peu près rien à craindre (il est président, il y reste, quoi qu’il arrive), et qui a encore quelques cartouches dans sa besace (remaniement, dissolution) pour s’assurer un avenir assez tranquille.

Mais là où Hollande sera bien vite retombé sur ses petites habitudes de politicien bidouilleur aux pâles copies de tactiques mitterrandiennes, c’est lorsqu’il aura annoncé, de façon assez détournée, un report des élections régionales, pour les mettre en phase avec la réforme territoriale qui a été lancée récemment, et a évoqué, là encore de la façon la plus ambigüe possible, la disparition des départements (ou, tout du moins, des Conseils généraux).

Tout ceci est, bien évidemment, un magnifique enfumage.

Hollande fucking loves cocaine

Enfumage qui a, du reste, parfaitement fonctionné lorsqu’on voit les réactions journalistiques et les réactions politiques.

Du côté des journalistes, toutes les rédactions se sont mobilisées comme un seul homme pour mettre en avant cette supercherie : Hollande sera peut-être le président de la réforme territoriale ? Mes petits amis, quels instants magiques ne vivons-nous pas ! C’est extraordinaire, les élections régionales pourraient être repoussées ! Et les régions fusionnées ! Et les départements dissouts ! Quelle excitation, quelle transformation, quelle révolution mes enfants, c’est vraiment géniaâal !

Les politiciens, devant cette orgie médiatique, ne sont évidemment pas en reste : vite, ouvrons notre bec, qui pour abonder dans le sens présidentiel, qui pour s’étouffer de rage que le méchant président puisse ainsi remettre en question le calendrier électoral parce qu’on sait, au fond, que si les élections avaient lieu aux dates prévues, il se prendrait une volée de bois vert, voyons, voyons. Ainsi, pour Copé, il faut en passer par un référendum (autrement dit, planifier un vote au moyen d’un vote, c’est particulièrement finaud) et ne surtout pas laisser ceci à la seule initiative du chef de l’État. Après tout, « il s’agit en réalité d’une grande réflexion institutionnelle que l’on doit avoir » !

Sauf qu’ici, je dis modestement « stop ». Ou plutôt, foutaises.

Non pas que la disparition des départements m’attristerait. En réalité, ils sont à l’évidence redondants dans le mille-feuille institutionnel dont la France s’est dotée aux cours des années. Le report des compétences actuellement dévolues aux conseils généraux vers les communautés de communes ou vers les régions (mélange possible) ne serait pas un mal, d’autant plus si on arrive vraiment à faire disparaître les structures et les centaines de milliers d’emplois fonctionnaires qui les occupent. Je n’y crois pas trop, mais après tout, pourquoi pas.

Mais en réalité, tout ceci est un parfait enfumage : alors que le pays accumule actuellement des problèmes graves, une fiscalité débordante, un chômage galopant, et des perspectives économiques de plus en plus sombres, le président, les journalistes et toute la clique politique, bref, tous ces clowns qui sont payés, de près ou de loin, par nos impôts, s’emploient à réformer … le cadastre administratif.

Ce pays est foutu.

vite réformons les régions

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Source : http://h16free.com/2014/05/07/30948-hollande-parle-les-journalistes-ecoutent-le-pays-pleure