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Inlassablement, Montebourg retourne au charbon

mardi 25 février 2014 à 08:45

Nul ne sait exactement comment tout a commencé, tout juste sait-on que, tôt le matin du mercredi 19 février 2014, Greenpeace, la célèbre organisation climato-extrémiste aura choisi de déverser un gros tas de charbon devant l’Élysée. Au-delà de l’inévitable couverture médiatique habituelle de ces coups d’éclat, l’organisation cherchait évidemment à sensibiliser le gouvernement à la délicate question énergétique en lui fournissant un petit indice de cinq tonnes.

Les boulets de charbon à peine déversés sur la chaussée présidentielle, la mécanique gouvernementale se met en marche. Et qui mieux qu’un petit Zébulon à ressort pour faire partir les choses en sucette ? Vous l’avez compris, Arnaud Montebourg est immédiatement monté au créneau. Et devant la complexité du message écologique, il a évidemment trouvé les mots qui apaisent.

nono démonte-bourg mittalIl faut bien comprendre qu’Arnaud maîtrise maintenant fort bien les subtilités du langage politique. Mittal débarque pour tenter une négociation pointue sur l’avenir de l’acier en France, Arnaud lui claque le beignet sans tergiverser. La monnaie unique est en difficulté : Arnaud propose immédiatement de le dévaluer à coup de cric dans la nuque, et n’en parlons plus. La Commission européenne interdit aux États de proposer des aides publiques non justifiées quand elles distordent la concurrence ? Hop hop hop, Arnaud intervient immédiatement et dans la langue diplomatique qu’il domine maintenant totalement, il explique que cette institution n’est qu’un repaire de « talibans du droit ». D’autant qu’Arnaud se retrouve devant un véritable casse-tête multiple, version Légo 10.000 pièces, plan en 3 volumes, et qu’il semble clairement manquer un paquet de petits engrenages gris qui s’emboîteraient là et là et c’est scandaleux merde à la fin.

le petit marteau playskool de montebourgEn effet, d’un côté, Arnaud a fini par comprendre, après deux ans au gouvernement, temps nécessaire pour que l’information percole doucement jusqu’aux couches basses de son cortex, les mieux protégées de la réalité économique, que le gaz de schiste et l’énergie en général pourraient constituer une opportunité pour la France à condition de regarder un peu les choses de près et laisser au moins quelques forages prospectifs histoire d’évaluer les gisements. Dans son esprit, cela se traduit immanquablement par une intervention de l’État (quand on n’a qu’un marteau conceptuel, tous les problèmes ressemblent à des clous idéologiques, que voulez-vous). Dans l’esprit de la Commission, cela veut surtout dire des aides, ce qui n’est pas autorisé dès lors que ces aides introduisent des distorsions de concurrence. Arnaud est tout vénère.

saperlipopette !Mais ce n’est pas tout ! D’un autre côté, Greenpeace a bien fait comprendre qu’il y avait des trucs écohalal et des machins écoharam. Ainsi, le charbon, c’est cracra et il faudra tout faire pour en empêcher l’exploitation ! Le nucléaire, qui n’emploie pas du tout de charbon, est au moins aussi cracra et donc il faudra aussi tout faire pour ne pas l’utiliser ! Le gaz de schiste a été officiellement estampillé Gaz Du Démon, ce qui le range là encore dans la catégorie du cracra. Le souci majeur, c’est que si on n’emploie pas le nucléaire, on plante des éoliennes et que ces éoliennes fonctionnent en intermittence (un peu comme le spectacle en France ou l’intelligence du gouvernement actuel) ; et pour compenser cette intermittence, on fait tourner des générateurs thermiques, soit diesel, soit charbon.

Et, on l’a vu, le diesel, le charbon, tout ça, c’est cracra. Bref, tout ceci n’est pas simple.

Arnaud doit donc composer pour trouver un juste milieu entre ces différentes parties prenantes, d’un côté les écolos, de l’autre la Commission, du troisième lui et l’économie française qui aurait bien besoin d’un petit coup de fouet. Il s’agit d’un chemin étroit, dans lequel la diplomatie et un discours calibré au micromètre jouent un rôle essentiel, où la finesse de navigation pour ne choquer personne doit s’apprécier au millimètre près, bref, Arnaud va devoir faire dans l’orfèvrerie de précision.

Il décide donc de ressusciter la Compagnie Nationale des Mines de France.

Implied Facepalm

Si vous avez cette impression de chien dans un jeu de quilles qui, pour ponctuer son action décisive termine en faisant pipi partout, c’est normal : le ministre du dressement reproductif a compris que la diplomatie, la finesse, les entrechats délicats, c’était pour des gens comme Fabius ou Hollande. Pour des gens comme lui, avec une chevelure abondante qu’il faut pouvoir agiter dans le vent de l’action, il n’est pas question de demi-mesure ou de compromis : ça doit claquer.

sapristi !Et qu’est-ce qui peut claquer plus qu’une Compagnie Nationale des Mines ? Comment se mettre mieux dans la poche l’opinion publique de tout un pays lorsqu’on fait appel à toute la grande histoire du charbonnage français, avec ses gueules noires, ses ouvriers soudés et bourrus, ses fermetures mitterrandiennes qui n’en finirent pas de durer, ses régions sinistrées et ses résultats économiques cataclysmiques ? Bien sûr, ici, il ne s’agira pas directement de charbon, mais quelle meilleure formule qu’une compagnie nationale ? Quelle meilleure idée par ces temps délicats qu’une réouverture progressive et rampante des Ateliers Nationaux qui emploieront toujours plus de monde à tricoter des manteaux, souffler du verre, tisser des tapisseries, raboter des sabots de bois français ou couler des canons en bronze ? C’est qu’il y a du monde à occuper, avec nos six millions de chômeurs !

sacrebleu !On sait déjà qu’en confiant à une entreprise publique le forage du sol national pour trouver du gaz, on est assuré d’un succès retentissant : entre le capitalisme de connivence, les petits arrangements entre copains et coquins, les marchés discrets entre politiciens et écolos du cru, les turbo-facturations et les mallettes de billets, on peut déjà parier sur un détournement massif de fonds publics pour une petite frange de population qui saura se placer dans le flot d’argent gratuit que l’initiative Montebourg va déclencher. Et il ne pourra pas se défiler, c’est bien lui qui est à l’origine de la manœuvre :

« Avec l’appui du président de la République, j’ai organisé la renaissance d’une compagnie nationale des mines pour prospecter et exploiter d’abord notre sous-sol – tout en respectant les aspirations environnementales de nos concitoyens. »

montebourg le parrain et ses mines de lithiumMais on peut aller plus loin : tant qu’à faire des trous, et tant qu’à détourner discrètement de l’argent public, autant le faire loin des regards scrutateurs et toujours gênants de la population qui paie pour ces frasques ! Pourquoi ne pas remettre le couvert avec une bonne dose de Françafrique, qui a prouvé par le passé à quel point elle pouvait aider les campagnes électorales les plus mal engagées ? Dans la bouche d’Arnaud, cela semble même un prérequis indispensable :

« Nous explorerons aussi le sous-sol d’autres pays. Les pays d’Afrique francophone, notamment, aimeraient travailler avec nous plutôt que d’avoir affaire à des multinationales étrangères. »

Je veux mon neveu qu’ils préfèrent travailler avec nous (entendez : l’État français) plutôt qu’avec des multinationales privées ! Le niveau de corruptibilité n’est pas le même, et les montants qu’on peut détourner sont sans commune mesure ! Et quel bonheur pour le frétillant ministre de déclarer que telle mine de Lithium dans un pays lointain produit ainsi des batteries « made in France », même si c’est au prix de l’appauvrissement des Français en général, des populations locales et l’enrichissement inouï d’une petite coterie de copains de Montebourg dont il est souvent l’idiot utile !

Françaises, Français, réjouissez-vous : avec Arnaud, les mines rouvrent, et avec elles, les robinets d’argent gratuit de la République.

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Source : http://h16free.com/2014/02/25/29305-inlassablement-montebourg-retourne-au-charbon


Par devant, le Crédit d’Impôts. Par derrière, le redressement fiscal.

lundi 24 février 2014 à 09:00

Aaaah, gros soupir de soulagement : apparemment, le petit appendice ministériel en charge de l’innovation, des PME, de l’économie numérique et des lolcats sur internet, après avoir quelque peu merdouillé en périphérie du crowdfunding, a revu sa copie et les plafonds d’investissement au travers de ce moyen. C’est, on peut en être sûr, une vraie bonne nouvelle pour les startups françaises.

Pouvant en effet lever jusqu’à un million d’euros en faisant appel aux donateurs par Internet, et sans devoir recourir systématiquement à l’épaisse brochure requise par l’Autorité des Marchés, on imagine sans mal le nombre d’initiatives passionnantes et d’inventions excitantes qui vont pouvoir se développer sur le sol français avec ce genre de facilités.

Et puis, ne l’oublions pas : comme c’est joliment encadré par l’État, cela va forcément porter ses fruits et inciter les uns et les autres à s’y investir dans tous les sens du terme. Et comme tout ceci se passe avec la souplesse réglementaire habituelle dans ce pays, on peut garantir que les entreprises qui se lanceront dans ce type d’ouverture de capital paveront la voie d’un monde plus innovant, plus dynamique et plus rigolo.

Je dis plus rigolo, parce qu’en réalité, c’est vraiment la seule chose de sûre concernant ce genre d’innovation fiscale. Et je ne prends guère de risque en affirmant que les péripéties rocailleuses qui attendent les joyeux entrepreneurs à l’orée du bois fiscal leur offriront toute une panoplie de sensations nouvelles lorsqu’ils devront les expérimenter.

J’en veux pour preuve le Crédit Impôt Recherche, magnifique innovation fiscale introduite en 1983 et massivement remaniée de nombreuses fois depuis. S’il a certes permis à nombre d’entreprises de bénéficier d’une certaine indulgence fiscale en permettant de jolies déductions en échange d’une vraie R&D interne, il est devenu un extraordinaire hachoir à entrepreneur à mesure que les finances étatiques se sont appauvries et que les facilités de crédit se sont taries.

Et pour illustrer mon argument, laissez-moi vous conter l’histoire malheureusement très banale d’un créateur d’entreprise innovante, lauréat d’un pôle de compétitivité, et bénéficiaire de ce fameux crédit d’impôt recherche en 2009 et en 2010, et à présent en redressement fiscal pour n’avoir pas compris les subtilités cachées dans la fiscalité française.

Après des années de recherche et de développements dans le packaging, l’entrepreneur se lance et crée sa propre société en 2007, dépose et obtient des brevets pour commercialiser le produit résultant de l’innovation. D’autant que rapidement, les plus grandes marques de produits de luxe et de la grande distribution deviennent ses clients. Ce n’est pas un hasard puisque le produit proposé répond bien à des contraintes précises et complexes. En 2008, l’entreprise obtient le statut de Jeune Entreprise Innovante, ce qui permet d’embaucher du personnel et de commencer à négocier des licences sur les brevets.

dilapisJusque là, tout va bien et l’entreprise, qui participe ainsi activement à la promotion du Made In France et des talents d’innovations français dans le monde, obtient même le soutien d’Oseo, bidule institutionnel descendant de l’ANVAR et de la Sofaris et dans lequel l’État et la CDC sont actionnaires. Les contrats de licence affluent pour différents pays (Angleterre, Allemagne, Pologne, Brésil, Taïwan, Corée, …).

Euphorie du moment, croyance un peu naïve dans sa bonne étoile, confiance trop raisonnable dans les services rendus par les services de l’État, allez savoir ce qui pousse l’entrepreneur mais le fait est qu’au tournant de 2010, il dépose un dossier de Crédit d’Impôt Recherche pour l’année 2009, pour un montant total de 170.000 euros (soit 40% des sommes effectivement dépensées sur l’année en recherche, brevets, prototypes et salaires d’ingénieurs). Le fisc examine le dossier et, comme dans tout bon piège qui se respecte, le valide avec un grand sourire.

L’année 2011 arrive et avec elle, le montant, en cash, du CIR de 2009, directement viré sur le compte de l’entreprise par le fisc. En effet, grâce au statut de Jeune Entreprise Innovante, elle n’est pas imposable. Ceci tombait fort à propos puisque, la crise étant passée par là, quelques dettes s’étaient accumulées ainsi que cinq mois de salaires en retard des employés. Réduisant ses dépenses, l’entreprise survit cette année encore et le patron peut déposer un nouveau dossier de CIR pour l’année 2010, dont le montant sera toutefois bien plus faible, à 90.000 euros. Dossier qui sera validé et montant qui sera versé en 2012 directement sur le compte.

Malheureusement, la crise s’étant prolongé, l’argent servira surtout à éponger le licenciement de trois des employés. Seul l’obtention d’un contrat de longue durée en Allemagne (avec un mi-temps à Francfort) permettra de maintenir la société à flot, de payer le maintien des brevets, et éviter la faillite pure et simple.

Tax DayC’est ici qu’intervient, au moment le plus judicieux, la puissance publique qui dégotte alors un petit contrôle fiscal de derrière les fagots : une entreprise en difficultés, des gens licenciés, c’est le moment pour ce que notre pays compte de plus subtil, de plus fin, et de plus utile pour se réveiller et mettre à mort l’animal en souffrance. Bien sûr, dans un premier temps, le contrôle se passe bien car tout est en règle.

Et comme tout est en règle, le redressement sera bien maigre. C’est, bien évidemment, insupportable. Et donc, dans un second temps, l’inspecteur des impôts va chercher :

« En tant qu’inspecteur des impôts, je suis ravi de voir votre petite entreprise innover, gérer tout bien comme il faut et remporter des contrats à l’étranger. Mais je ne suis pas un technicien et je ne peux pas juger de la qualité de vos travaux. Je demande donc une expertise au Ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. »

Ce qui se traduit concrètement, pour le chef d’entreprise en péril, par la constitution inopinée de dossiers énormes pour expliquer le caractère innovant de chacun des projets, détaillant l’affectation de toutes les dépenses et l’utilisation de chaque heure d’ingénieur. Tout ceci représente bien sûr des mois de travail kafkaïen.

Travail qui sera bien évidemment ensuite utilisé contre le (salaud de) patron qui aurait mieux fait de faire l’ENA ou pizzaiolo dans un Flunch (ça, c’est connu, balisé, sans risque, sans recherche, sans innovation, et surtout salarié). La réponse du Ministère tombe, cinglante :

« Tous vos projets sont qualifiés d’innovation et ne sont donc pas éligibles au titre de la Recherche ! »

Eh oui, pour l’État, lorsqu’on fait de la recherche, c’est pour cramer de l’argent pour la beauté de la science. Ça n’a rien à voir avec l’innovation qui aboutit connement à développer un business et créer des emplois. Et bien évidemment, le refus du ministère se traduit mécaniquement par la mise en demeure de rembourser la totalité des sommes perçues (et une bordée de pénalités sans lesquelles le fisc ne serait pas vraiment le fisc).

Le patron se retrouve donc à devoir rembourser seul ce qu’il a touché quelques années plus tôt pour plusieurs personnes, ce qui condamne inéluctablement l’entreprise à la fermeture définitive.

Hourra, les efforts du fisc ont payé, juste à temps ! Un peu plus et la France aurait pu s’enorgueillir d’une réussite industrielle, ce qui aurait fait tache dans le tableau global de destruction, de mesquinerie et de vilénie habituelle du bras armé de la mafia étatique.

Bizarrement, ce cas n’est pas unique, loin s’en faut ; ils se multiplient, même. Tenez, par exemple, Gravotech :

On pourrait croire que les cas cités (celui de mon patron d’entreprise innovante et celui de Gravotech) sont des cas particuliers. Il n’en est rien : il s’agit, véritablement, d’une démarche concertée, planifiée, décidée de la part de l’institution fiscale dans le but de récupérer les sommes qui furent accordées il y a quelques années. Je l’ai dit ailleurs : l’état n’a plus d’argent, et préfèrera se servir sur la bête, sucer l’hôte quitte à le tuer, plutôt qu’envisager, ne serait-ce qu’une minute, une diminution de ses dépenses et changer ses habitudes et son train de vie.

Si l’histoire nous enseigne quelque chose, c’est que l’État ne donne jamais, jamais ô grand jamais, d’une main ce qu’il ne va pas reprendre de l’autre, avec intérêt et quelques tartes dans la gueule pour faire bonne mesure.

Et de la même façon que le Crédit Impôt Recherche est devenu un véritable piège qui se referme sur les petites entreprises françaises, on peut parier que le crowdfunding tel qu’envisagé par le gouvernement se terminera en séance de torture chinoise dans les années qui viennent.

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Source : http://h16free.com/2014/02/24/29137-par-devant-le-credit-dimpots-par-derriere-le-redressement-fiscal


Au Vénézuela, tout va bien

dimanche 23 février 2014 à 11:30

Entre les manifestations nantaises et les bouleversements politiques en Ukraine, les journalistes ne savent plus où donner de la tête. Cependant, on peut se demander pourquoi les événements qui se déroulent au Venezuela semblent recueillir aussi peu d’attention de leur part…

Comme je l’ai noté il y a quelques jours, la situation vénézuélienne n’a pourtant rien de calme ou de rassurante, et géopolitiquement parlant, le pays ne peut pas être négligé tant ses réserves en ressources pétrolières sont grandes. Pourtant, si l’on s’en tient au traitement médiatique qui est réservé aux émeutes et très violentes manifestations qui secouent le pays actuellement, force est de conclure que tout ne va pas si mal.

Certes, il y a bien eu quelques échauffourées, certes l’intervention des forces de l’ordre aura entraîné quelques petits dommages collatéraux, certes le pays semble un peu mal enquillé. Mais il n’est qu’à lire les articles délicieusement pondérés du Monde ou de Libération pour écarter toute éventualité d’un pays au bord de la guerre civile : tout ceci est un petit mauvais moment à passer, voilà tout.

Pignouferies de presse

Ainsi, le Monde titre-t-il sans trembler que  » les deux camps mobilisent en masse mais dans le calme », calme qui a jusqu’à présent fait 10 morts et plusieurs dizaines de blessés (chiffre officiel, les chiffres officieux étant à la fois bien supérieurs et surtout à la solde de l’impérialisme américain ce qui les discrédite immédiatement). À l’aune de ce « calme » là, on peut dire que le jour où les Vénézuéliens vont vraiment s’énerver, ça va faire dans l’humanisme à coup de gros calibres. En tout cas, pour les journalistes du quotidien national français pas du tout acquis à la cause chaviste et toujours aussi neutre politiquement, tout ceci serait simplement

la plus importante vague de contestation depuis (l’)élection (de Maduro) de justesse en avril

… Vague qui aurait été déclenchée par une tentative de viol d’une étudiante sur le campus à San Cristobal, oups, ça arrive allons allons, protestations qui auraient dérivé « des revendications sur l’insécurité » à « la critique plus générale de la situation du pays ».

journalism - demorand keep fakingPour Libération, dont la qualité journalistique se mesure maintenant avec un microscope à effet tunnel (comme les nouveaux abonnements, du reste), on assiste aussi à des « contestations » (diable, que c’est bien trouvé – miracle de l’AFP et du copier-coller, la vraie valeur ajoutée du journalisme à la française), et puis le déploiement de parachutistes serait une conséquence de l’arrivée de paramilitaires colombiens, pas de quoi fouetter un petit félin sud-américain. Étonnement feutré (suivi d’une totale absence d’enquête) de nos journalistes en culotte courte lorsqu’ils nous apprennent que, je cite,

Dans les manifestations, il y a beaucoup de groupes armés qui ne semblent pas appartenir aux corps de sécurité de l’État.

Bah. Des citoyens vigilants qui organisent des petites patrouilles pour calmer les contestations un peu trop vigoureuses, il n’y a pas de raisons de vouloir y voir à mal. De toute façon, tout le monde sait que Maduro, le successeur du Cha’, est un Membre Officiel de La Ligue Du Bien Humaniste, et on le voit mal déclencher une répression sanglante ou laisser son pays à la solde de groupes armés plus ou moins anarchiques.

Pour le Figaro, tentative amusante de faire croire à un journal de droite en France, la question vénézuélienne doit être bien piquante puisque sa rédaction a choisi d’aborder le sujet sous l’angle du pas d’angle du tout, cachons ça dans les brèves et les « flash-actu » rédigés un sandwiche à la main, entre les fines analyses de Sotchi et les palpitantes resucées d’AFP sur l’Ukraine et les échauffourées nantaises.

Problème d’une source unique (AFP) et diablement pondérée, pour le dire gentiment ? Souci lié à une réduction drastique des effectifs de fin de semaine dans les rédactions des quotidiens nationaux ? Trop de stagiaires et pas assez de rédacteurs aguerris ? Volonté manifeste de conserver une saine distance aux événements, histoire de ne pas surjouer les problèmes vénézuéliens ? Détachement lié à l’éloignement du pays (après tout, Caracas, Maduro, l’Amérique du Sud, tout ça, c’est bien loin et il faut bien traiter les petits enquiquinements d’Ayrault Le Bâtisseur à Nantes, hein !)  ?

Allez savoir. En tout cas, il semblerait que le pays soit en proie à une insécurité galopante, une inflation vitaminée, des pénuries grandioses et des troubles sociaux et économiques pétillants, bref toute la panoplie de ces lendemains qui chantent promis régulièrement aux citoyens trop heureux de voter pour le socialisme triomphant.

che vador

On ne peut tout de même pas s’empêcher de noter que tout ceci cadre assez mal avec la présentation du pays que les mêmes journalistes des mêmes organes de presse subventionnée nous ont fait les mois et les années précédentes. Oh, ne leur retirons pas le fait qu’ils ont bien relaté les petits soucis économiques du pays, mais à chaque fois, les euphémismes furent de sortie, les modérations habilement introduites et, pour le coup, toutes les avancées sociales entraînées par Chavez ne furent jamais oubliées. Tant lors de sa première élection, qui leur permit de dresser le portrait d’un populiste, certes, mais humaniste et décidé, que lors de sa réélection et de sa mort, il fut toujours présenté dans des demi-teintes appliquées avec une précision louable si elle était d’actualité pour tous les autres politiciens de tous les autres pays. Et on ne compte pas les billets plus ou moins enfiévrés de chavistas européens louangeant le nouveau révolutionnaire, dont les Libération, Rue89 et autre NouvelObs se firent les porte-voix joyeux.

Comme d’habitude cependant, le crépi de la réalité est venu frotter sur les fesses des socialistes et des communistes qui doivent maintenant composer avec le résultat sanglant. Pourtant, il était visible depuis longtemps que le pays courrait à sa perte ; à la mort de Chavez, Contrepoints synthétisait fort bien l’état général du pays, son bilan économique désastreux, son bilan social très mitigé (les disparités sont toujours énormes), son inflation, ses pénuries multiples, et se posait déjà la question de savoir ce qu’il resterait des années Chavez devant un tel désastre. Et alors que les journaux français se lancent dans une tornade de copiers-collers vigoureux de nouvelles d’agence AFP insipides, c’est encore dans les médias non-subventionnés qu’on devra chercher pour trouver une analyse claire et sans concession de la situation, analyse qui laisse apparaître que la menace principale n’est pas l’opposition dont Maduro pourra toujours s’occuper en augmentant la répression et la violence, mais bien les forces militaires alliées au président de l’Assemblée Nationale, Diosdado Cabello, que le moindre signe de faiblesse de la part de l’actuel président pourraient amener à agir, et plonger ainsi durablement le pays dans une bonne vieille dictature communiste comme on en trouve encore quelques unes.

De façon ironique, Maduro s’était récemment déclaré solidaire de son homologue ukrainien, Viktor Ianoukovitch. La question est à présent de savoir jusqu’à quel point le président vénézuélien suivra les traces de l’Ukrainien.

communism party is over

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Source : http://h16free.com/2014/02/23/29312-au-venezuela-tout-va-bien


Made in France, E4 : « Aurélie, de mal en pis »

vendredi 21 février 2014 à 09:00

Tranches de vie ordinaires en République Démocratique (et Populaire) Française, imaginées mais pas dénuées de réalité – Épisode 4 : « Aurélie, de mal en pis. »

Par h16 et Baptiste Créteur.

Le monde est une jungle pleine de pièges et de dangers. Heureusement en France, on s’en est rendu compte et l’État a donc multiplié les associations, les syndicats et les institutions aptes à défendre la veuve, l’orphelin et le salarié contre toutes les exactions du monde moderne. Grâce à ces garde-fous patiemment mis en place, les citoyens français sont protégés d’absolument tout risque.

C’est le cas d’Aurélie.

aurélieIl y a encore quelques mois de cela, Aurélie était employée par une société de pompes funèbres. C’était certes un emploi inhabituel pour une fille dont ses amis se plaisaient à dire, sans grande imagination mais avec beaucoup de franchise, qu’elle était un « rayon de soleil » et une « boule d’énergie », mais Aurélie avait eu à choisir entre un poste de vendeuse chez un marchand de chaussures gay et cette entreprise moins primesautière et son cœur n’avait pas balancé très longtemps : après la douloureuse mort de ses parents dans un accident de voiture alors qu’elle n’avait que huit ans, Aurélie avait décidé qu’elle voulait rendre le deuil des autres plus supportable en fournissant un service mortuaire plus professionnel. Et puis, une vocation, ça vient parfois sans prévenir et c’est tout naturellement qu’elle avait postulé. Sa fraîcheur et sa personnalité enjouée mais discrète avaient convaincu le patron calme et pondéré de l’entreprise.

Cependant, l’entreprise qui l’employait avait des difficultés.

Entendons-nous bien : deux choses sont absolument certaines dans la vie, et la mort est l’une d’elle. Ceci permet de conserver la « clientèle » quoi qu’il arrive. Mais c’est du côté de l’autre chose certaine, les taxes, qu’il faut regarder un peu pour comprendre les difficultés qu’elle traversait. Le pouvoir d’achat diminuant, les (futurs) clients cherchaient des solutions aussi bon marché que possible. De plus en plus, les sociétés de pompes funèbres négocient directement avec les assurances, malheureusement bien plus tatillonnes et regardantes à la dépense que leurs assurés qui viennent de perdre un être cher et qui cherchent à lui offrir un bel hommage. Les marges s’amenuisant, les cotisations augmentant, l’employeur d’Aurélie dut licencier deux salariés.

Aurélie, sur le coup, fut triste de les voir partir : il s’agissait de collègues de travail efficaces, avec lesquels elle avait toujours entretenu de bons rapports. Bien qu’entrée récemment dans la société, elle avait tout de même eu le temps de se lier un peu d’amitié avec Laurent, l’un des malheureux licencié, le thanatopracteur dont les services étaient de moins en moins réclamés.

Quelques semaines après les licenciements, Aurélie fut invitée par Laurent à manger un midi, en tête-à-tête. Intriguée, elle accepta d’autant que lui manquaient un peu les longues discussions qu’elle avait eues avec le technicien (elle se souvenait ainsi qu’il lui avait détaillé comment il s’y prenait pour extraire, avec délicatesse et dignité, tout le sang des corps qui lui étaient confiés. Sacré Laurent !)

Crémation : toujours faire appel à un professionnelÀ table, il ne fut — heureusement — pas question de thanatopraxie ; Laurent lui expliqua en fait, sur le ton de la confidence et sous le sceau du secret qui piqua encore plus la curiosité d’Aurélie, que, malgré ses réticences initiales à attaquer en justice un employeur agréable et honnête, avec qui il s’était toujours fort bien entendu et qui n’avait jamais posé de problème, il s’était malgré tout laissé convaincre par un ami syndicaliste qui l’avait franchement incité à déposer plainte : en effet, la lettre de licenciement ne spécifiait aucun motif, sapristi !

Comme murmuré pendant ce repas décisif, la plainte fut déposée. Et grâce à la diligence de ces institutions qui se sont fait fort de protéger toutes les veuves et tous les orphelins (même ceux qui n’ont rien demandé), à la surprise générale, l’entreprise de pompes funèbres, qui avait bien malheureusement déjà la corde au cou, fut condamnée à plusieurs dizaines de milliers d’euros de dédommagement. Somme qu’elle n’avait bien évidemment pas, ce qui l’obligea a mettre la clé sous la porte. Succès incontestable des syndicats, des prudhommes et du tribunal de commerce: de deux salariés licenciés, on passait à neuf, auxquels s’ajoutait le patron de l’entreprise lui-même, franchement dépité de devoir mettre fin à son activité, d’autant qu’il se sentait responsable du licenciement de ceux qu’il considérait aussi comme des proches. La perte sociale et économique de cette fermeture ne fut même pas compensée par le regain furtif d’activité des concurrents qui embaumèrent le patron qui se suicida quelques jours après la faillite définitive.

Aurélie se retrouve à présent sans emploi. Elle n’a pas le courage d’annoncer à son fiancé une telle nouvelle ; adorable, il comprendra sans doute mais psychologiquement, elle n’y arrive pas : depuis l’accident qui l’a laissée orpheline, elle a appris à prendre sur elle. Avec silence et détermination, il lui a fallu, à l’époque, rassurer ainsi sa jeune sœur. Aurélie est une battante, alors plutôt qu’attendre commisération et atermoiement de son fiancé, elle prend le parti de se reconvertir dans la mécanique. Après tout, nous sommes au XXIème siècle et plus aucun domaine ne doit être l’exclusivité des hommes. Et puis, c’est décidé : jamais une voiture dangereuse ne sortira du garage où elle travaillera. Elle contribuera par son professionnalisme à sauver des vies !

LOL-emploi.gouv.frQuelques tâtonnements à Pôle Emploi lui permettent de trouver une formation. Celle-ci achevée, Aurélie peut fièrement postuler à un premier emploi dans un garage proche de son domicile. La vie va reprendre son cours. Elle se prend à rêver : peut-être pourra-t-elle enfin concrétiser un projet de mariage, et un bébé, peu importe dans quel ordre ?

Heureusement, là encore, l’État veille et évite aux impétueux de se lancer tête baissée dans l’un des innombrables pièges que la société marchande, sans foi ni loi, tend à chaque détour de la vie. Le jour même de sa prise de fonction au sein du garage, l’inspectrice du travail, fort commodément en visite, met le holà à toute cette folie : malgré un contrat en règle, malgré des installations dernier cri, Aurélie ne pourra pas travailler dans ce garage. Celui-ci doit au préalable être équipé de toilettes pour femmes.

Les protestations d’Aurélie, qui ne voit pourtant aucun inconvénient à partager les mêmes toilettes que ses collègues, n’y changeront rien. L’inspectrice coupe court :

« La loi c’est la loi, elle est faite pour être respectée et protéger le salarié. »

La vie d’Aurélie devient singulièrement moins fun. Cet échec et ces mesquineries la laissent sans voix. Elle n’ose pas rentrer immédiatement à la maison : il va lui falloir une bonne dose de courage pour annoncer les tristes nouvelles à celui qui partage sa vie.

Quelques heures plus tard ce soir-là, Aurélie va reposer son sixième verre sur le comptoir. Elle sera arrêtée pour travail dissimulé par l’inspection du travail. Un rapport de police et les dépositions des deux inspecteurs du travail présents sur place permettront d’attester qu’Aurélie, à bout de nerf, aurait hurlé aux inspecteurs (visiblement plus avinés qu’elle) qu’elle a je cite dissimulé non pas son travail, mais son chômage, bande de gros cons fin de citation.

Vous vous reconnaissez dans cette histoire ? Vous pensez qu’elle ressemble à des douzaines de cas relatés par la presse ? Vous lui trouvez une résonance particulière dans votre vie ? N’hésitez pas à en faire part dans les commentaires ci-dessous !

Funérailles agitées

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Source : http://h16free.com/2014/02/21/29284-made-in-france-e4-aurelie-de-mal-en-pis


Le Mangibougisme passe le turbo et met les gommettes

jeudi 20 février 2014 à 09:00

On le sait : la bataille contre les gens qui meurent connement ne fait que commencer. D’abord parce qu’il y a de plus en plus de gens (il y a des statistiques dessus, c’est affolant). Ensuite parce qu’ils y en a de plus en plus qui meurent connement et notamment parce qu’ils n’ont pas mangé comme il fallait. Et ça, dans le monde qui est le nôtre au jour d’aujourd’hui et à l’instant présent qui nous occupe ici et maintenant, c’est proprement intolérable. Ne tolérons plus ça.

Heureusement, en France, l’élite politique et les responsables gouvernementaux ont pris la mesure de la tâche à accomplir et se sont empressés, depuis plusieurs années, de donner un objectif clair et précis à la population : lutter contre les nourritures trop grasses, trop salées, trop sucrées, et surtout, faire du sport régulièrement, boire quand on a soif, se couvrir quand il pleut, se laver les mains après le petit pipi et les dents avant le petit dodo. Grâce à la répétition ininterrompue de messages aussi pertinents que subtils (dans les publicités pour les Pépitos, sur les aires d’autoroute, à la radio, sur les paquets de chips et les bouteilles d’alcool, etc…) le message général a fini par percoler doucement dans la population et il a fort bien été compris : pour pouvoir mourir en bonne santé, il n’y a pas d’autres solutions que se passer de sel, de sucre, de gras, de drogues, il faut faire des efforts, tout le temps, il faut se restreindre, toujours, et garder le sourire.

Nos politiciens, en charge de notre santé collectivisée jusqu’au trognon, l’ont bien compris : il n’y aura pas de salut pour nous tant qu’il y aura du fun. Et puis, c’est pas comme si en France, la nourriture était une tradition ou un art de vivre. Laissons ça à la perfide Albion, tiens, qu’elle s’étouffe sous les douceurs bien préparées !

mangibougisme, programme nationale d'interdiction du fun

C’est donc tout naturellement dans cette optique de restriction du plaisir qui pourrit la vie qu’un épais rapport vient d’être remis à l’une des piètres excuses ministérielles actuellement en charge de la santé, Marisol Touraine. Et pour changer de tout ce qui a été fait avant, ce rapport préconise une nouvelle série de mesure (interdictions, taxations, vexations) pour inciter le cheptel les Français à suivre une alimentation encore moins fun plus équilibrée.

Eh oui : comme je le notais avec détachement dans un précédent billet qui évoquait la Fat Tax, la taxation de toute une série d’aliments méchants est évidemment LA solution pour résoudre le vrai et réel problème qui se pose à nous de limiter le fun et la joie de vivre déjà trop présents dans ce pays. Bon, ici, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’un retour de cette Fat-Tax qui agita vaguement les médias il y a quelques mois. On va faire dans le subtil : au pays de Socialie, il y a des aliments méchants et des gentils. Alors pour passer les moments difficiles, avoir des surtaxes (sur les aliments méchants), c’est très utile. Les propositions envisagent de sous-taxer les aliments gentils, mais n’y comptez pas, c’est un gros bobard pour endormir les naïfs. (Baisser une taxe, en France, pffrt, franchement)

small double facepalmEt on sait que ce sera une réussite ! Rien de tel qu’une bonne taxe pour réduire le nombre d’obèses ou de maladies cardiaques, hein. D’ailleurs, depuis qu’il y a des taxes sur les cigarettes, il y a moins de fumeurs. Les taxes sur les alcools ont renvoyé la consommation de spiritueux au rang de curiosité. Et à l’instauration des taxes sur le carburant (nombreuses et gratinées), les ventes de voitures se sont effondrées et la consommation d’essence, de gasoil, de mazout et de kérosène a dégringolé. C’est connu.

Bien sûr, quelques tabassages taxatoires ne suffiront pas. Je vous le rappelle : nous sommes en guerre contre les gens qui meurent connement, et comme la connerie s’étend, il y a toujours fort à faire. Et pour cela, l’étatisme à la Française pourra se servir de ses deux mamelles habituelles : l’interdiction et la propagande.

eat your vegetables

Pour l’interdiction, rien de plus simple : on lâchera les législateurs fous comme on le fait régulièrement pour tout et n’importe quoi, et, après une solide ponte de quelques kilomètres de papiers gribouillés d’articles de lois illisibles, on pourra interdire certaines promotions en volume de méchantes boissons sucrées (disons, au hasard, des sodas américains qui butent des chatons mignons) ; cela ne suffira pas et il faudra aussi interdire complètement toute publicité pour certains produits, comme ceux de régimes amaigrissants sous toutes les formes (livres, méthodes, suppositoires, …) parce qu’il est maintenant reconnu qu’interdire de telles publicités amènera naturellement les gens à mieux se nourrir (mais si, c’est évident).

Et pour la propagande, on utilisera les moyens maintenant habituels des légions de petits empêcheurs de saler, sucrer et graisser en rond, ainsi que la panoplie courante de slogans agressivement niais et de brochures aussi colorées qu’idiotes. Innovation : on va introduire des petites gommettes de couleurs pour indiquer, comme à des enfants en bas âge, ce qu’il faut ou pas consommer, ce qui permettra de jeter à peu de frais une bonne louche d’opprobre sur les aliments déclarés impurs par les Hautes Autorités Sanitaires. L’échelle est déjà fixée, les couleurs seront sans ambiguïté et l’ensemble ressemblera grosso-modo à ça, pas du tout culpabilisant :

échelle nutritionnelle

La question évidente qu’on peut se poser maintenant, c’est comment nos élites enfiévrées vont parvenir à faire passer tout ça ? Fort simple, mes petits amis : on va utiliser l’arme efficace de l’égalitarisme qui rabote tout ce qui dépasse à commencer par les mets plantureux et les repas de famille festifs. Et c’est expliqué dès les premières pages du rapport : on va combattre le gras et les méchantes nourritures parce qu’à cause d’elles, les gens tombent malades et que ces maladies sont directement liées à la condition sociale des individus, pardi !

Ces maladies liées à la nutrition sont un facteur d’inégalités sociales de santé.

S’ensuit un magnifique bricolage logique sur le mode « Les pauvres ne savent pas s’alimenter, indiquons-leur comment procéder et donnons leur des tickets de réduction ». Les auteurs se sont manifestement fait violence pour ne pas traiter ouvertement les populations défavorisées d’idiots incapables de manger sain, mais cela transpire pas mal dans l’épais rapport, additionné d’un ou deux barils de commisération qu’un Zola n’aurait pas reniée afin d’enrober l’idée générale qu’en distribuant, encore une fois, de l’argent à des gens, on allait résoudre leurs problèmes (méthode dont tout le monde peut constater qu’elle a très bien marché jusqu’à présent).

Sauf que manger sainement ne demande généralement pas plus d’argent que manger des cochonneries (en moyenne, ces dernières sont plutôt plus cher). Distribuer des coupons et afficher des petits stickers aux couleurs vitaminées ne changera pas : l’idée que le principal problème de ces populations n’est pas d’abord celui de l’argent, mais d’abord un problème de temps semble échapper quelque peu au tableau grassement barbouillé par nos experts ; préparer un repas prend du temps, choisir des aliments sains mais peu cher est très consommateur de temps, planifier ses repas, ses courses prend du temps, et, comme je l’expliquais dans un précédent billet, c’est ce temps (et l’habitude, l’expérience qui se construisent dans la durée) qui manque cruellement.

Du reste, il faut ajouter à ça que les recommandations des « experts internationaux » sont, de plus en plus souvent, parfaitement contraires à l’hygiène alimentaire que la médecine, hors des poncifs entendus partout, valide obstinément. Ainsi, des individus persistent à manger en quantité des graisses de bonne qualité et s’en portent honteusement bien comme l’explique cet article, et que d’autres, faisant fi des remarques répétées des agences sanitaires anti-fun, salent copieusement leurs plats et ne s’en portent pas plus mal ; les exemples sont légions de « recommandations » foireuses, de petits stickers mal adaptés et de populations orientées dans la mauvaise direction.

Encore une fois, on nous sert une soupe bien amère : interdictions, stigmatisation, propagande, et messages douteux. On voit mal ce qui va encore pouvoir sortir de bon de ces recommandations d’autant qu’elles seront mises en musique par les habituels bras cassés qui nous gouvernent. Alors que la France a élevé la cuisine au rang d’art, elle s’apprête maintenant à saboter l’une de ses plus grandes richesses.

Ce pays est foutu.

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Source : http://h16free.com/2014/02/20/29260-le-mangibougisme-passe-le-turbo-et-met-les-gommettes