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Made in France, E13 : « La maison 3D de François »

vendredi 2 mai 2014 à 09:00

Tranches de vie ordinaires en République Démocratique (et Populaire) Française, imaginées mais pas dénuées de réalité – Épisode 13 : « La maison 3D de François »

Par h16 et Baptiste Créteur.

La France sera un pays de propriétaires ou ne sera pas. C’est comme ça. Et pour que tout se passe bien, il faudra obligatoirement remplir quelques menues conditions et deux ou trois douzaines de petits formulaires pas piqués des hannetons. On est en France, après tout. Et ce qui est vrai pour tous l’est aussi, bien sûr, pour François.

François, c’est un type un peu bonhomme, placide et posé, et qui aujourd’hui a décidé de poser un geste fort, de sortir de sa routine et d’être un pionnier : il sera le premier Français à se faire imprimer une maison. Fouyaya.

Rassurez-vous. Non, François n’est pas fou et ne s’appelait pas dans une ancienne vie Cadet Rousselle. Il a bien évidemment — et comme son caractère le lui impose — mûrement réfléchi sa décision et surtout, il est adepte de nouvelles technologies, notamment quand cela se traduit par un prix réduit. Et la maison imprimée a tout pour lui plaire : écologique et économique, son matériau de base est en béton et fibre de verre recyclés pour un coût de 4300 €.

Et gros bonus : la maison sera fabriquée en 24 heures seulement. Enfin, 24 heures à partir du moment où les buses de l’imprimante 3D se mettent en marche.

la maison 3D de françois

Parce qu’avant de faire ronronner les robots, sa future maison imprimée va devoir passer par toutes les étapes prévues par l’administration. Or, une maison imprimée, c’est beaucoup de cases inexistantes dans les Cerfas, beaucoup de discussions avec un personnel de mairie dubitatif qui a du mal à comprendre comment l’idée saugrenue d’imprimer une maison a bien pu traverser l’esprit du bon François.

Et avant ces 24 heures joyeuses où la maison prendra forme, le maire prendra soin de bien étudier la demande de François avant de lui accorder son permis de construire. Neuf mois semblent un temps de gestation indispensable pour accorder à quelqu’un le droit de construire quelque chose sur un terrain bâtissable dont il est propriétaire et responsable (mais pas tout seul, apparemment – l’État a toujours son mot à dire !).

Au bout des neuf mois, les élections approchant, le maire se résigne. Son permis en poche, François lance l’opération « impression », lentement gagné par une sensation nouvelle qu’il apprendra progressivement à décoder comme « excitation ». Il voit donc sa maison prendre forme sous l’œil circonspect des voisins et de quelques journalistes plus curieux que convaincus. Et 24h plus tard, force est de constater que sa maison est bien là. La promesse a été tenue.

Son emménagement n’est pourtant pas pour tout de suite, loin s’en faut.

hollande humide et triste (carrée)Hop hop hop, on ne peut pas laisser quelqu’un s’installer dans sa propre maison, bâtie sur son propre terrain, avec sa propre méthode et sous sa propre responsabilité, sans s’assurer d’abord par un tiers de la sécurité de tout ça (et, par la même façon, que toutes les petites cases ont été cochées dans les bons formulaires). La nouvelle équipe de la mairie fait donc intervenir la préfecture pour ralentir un peu la cadence et sécuriser tout ce qui peut l’être avant que le petit inconscient n’emménage imprudemment.

Manque de bol ? Malencontreuse stabilité des règles de la physique qui s’imposent à tous, même aux fonctionnaires ? En tout cas, la mairie et ses bataillons d’experts chargés de la sécurité sont obligés de rebrousser chemin : la solidité de la maison ne peut être remise en cause, au contraire de l’impressionnant argumentaire du maire (dont François se demande où il a trouvé le temps pour le bâtir).

Ce que la mairie aura échoué à faire, l’assureur s’en chargera fort bien en refusant de couvrir son étrange construction, tout comme, d’ailleurs, les autres principaux assureurs contactés.

« Eh oui m’sieur François, vot’maison, là, ne correspond pas aux critères habituels, tout ceci n’est pas très catholique avec du bon parpaing et du ciment bien homologué, et puis tout ça n’est pas norme NF, voyez-vous. Et qui nous dit qu’avec ce genre de bricolages vous n’allez pas tenter une petite fraude à l’assurance, hein, m’sieur Français, sauf vot’respect, bien sûr ? »

Bref. Malgré un nombre conséquent d’appels et de courriers de François au siège social de son assureur, il ne parviendra pas à faire reconnaître sa maison comme une maison. Il devra se rabattre sur une assurance en ligne inconnue du grand public. Ce qui est vrai pour l’assurance l’est aussi pour l’électricité aussi : on est en France, et EDF refuse donc de raccorder la maison au réseau. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, c’est finalement vers un fournisseur alternatif que François se tourne.

François ne comprend pas pourquoi tant de monde s’oppose à son projet pourtant simple.

Même les éboueurs municipaux refuseront un temps de s’occuper de sa maison, spécifiquement ; il faudra l’intérêt des médias locaux devant cette étrange discrimination pour que la direction en charge des ordures prenne enfin des mesures contre cette intolérable exclusion (d’autant moins justifiée que les impôts locaux, eux, ont continué à être prélevés).

François ne comprend pas pourquoi le sort s’acharne contre sa maison. Il va même jusqu’à s’imaginer que les maçons sont plus francs que maçons et qu’ils ont sciemment organisé un parcours d’obstacles bien gratiné contre les potentiels émules des impressions de maison, afin de décourager toute velléité de sortir des sentiers battus.

oss 117 nouvelles technosMais voilà : François voit bien aussi qu’une frange très vocale de la France refuse l’exploitation du gaz de schiste, le nucléaire ou les OGM sur la base de peurs infondées. Il a bien noté aussi que ceux qui prétendent diriger les Français ont un retard technologique quasi-pathologique et de plusieurs années. Il s’est bien rendu compte que le personnel administratif de l’Élysée et de Matignon, engoncé dans une vision du monde que n’aurait pas reniée OSS 117, est suffisamment peu formé aux nouvelles technologies pour se laisser berner par le renseignement américain.

Pas de doute : avec l’État français, le parpaing a de beaux jours devant lui.

Vous vous reconnaissez dans cette histoire ? Vous pensez qu’elle ressemble à des douzaines de cas relatés par la presse ? Vous lui trouvez une résonance particulière dans votre vie ? N’hésitez pas à en faire part dans les commentaires ci-dessous !

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Source : http://h16free.com/2014/05/02/30845-made-in-france-e13-la-maison-3d-de-francois


Violence à l’école : ce que l’étude révèle vraiment

jeudi 1 mai 2014 à 09:00

La société française n’est décidément pas bisou, et ça finit par se voir. Quand ce ne sont pas des festivités footballistiques qui tournent à la bousculade, ce sont des voyageuses qui se font tripoter dans le métro. Et là, au détour d’une enquête pointue menée par un ancien chargé de mission de l’inspection générale de l’Éducation Nationale, on découvre que même l’école, qui devrait normalement être un havre de paix et de concentration propice à l’instruction, n’est en réalité qu’un cloaque où les parents viennent tabasser du directeur d’établissement. Arggh.

education.jpgEt dans la presse, cela donne essentiellement de courts articles punchy dans lesquels quelques éléments sont repris, froidement : le harcèlement constitue 38,6 % des agressions, les menaces 26,7 %, les insultes 23,1 % et les coups 0,7 %. Vlan. Et quand Le Parisien se fend d’un titre, il est tout en subtilité : les instits ont peur des parents, et puis c’est tout. À l’origine de ces tensions, il semble que ce soient les punitions et les sanctions qui attisent les différends entre les parents et l’école avec 53,3%, devant la surveillance et la maltraitance entre élèves (45,4 %) et les résultats et les difficultés scolaires (33,1 %) (cumul possible, d’où le score très supérieur à 100%).

Bref, à en croire l’étude, non seulement la situation n’est pas rose en France dans les établissements scolaires, mais en plus elle se serait nettement dégradée depuis la précédente enquête de 2006. Ou bien les réformes (à raison d’une par an) n’ont pas suffi, ou bien elle ont aggravé le problème (allez savoir) mais le constat est accablant : ça bastonne du dirlo dans nos écoles.

On peut cependant prendre un peu de recul et se demander si tout ceci n’est pas un tantinet exagéré. D’une part, les chiffres fournis font apparaître que le terme agression est tout de même assez large, puisqu’il englobe aussi bien le harcèlement que les coups. D’autre part, l’enquête a été menée par e-mail, c’est-à-dire que n’ont répondu que ceux qui le voulaient et se sentaient concernés. Un biais dans l’échantillon serait à craindre. D’ailleurs il est reconnu dans le début du rapport qui signale qu’il y a tout de même une petite sur-représentation des directeurs d’établissements en zones urbaines sensibles. Pour rappel, « sensibles » ne veut pas dire « émotives » ; c’est plutôt l’euphémisme qui signifie que ce sont des zones où on ne viendrait pas passer ses week-ends en famille, même payé. Ensuite, et même si l’on passe sur le fait que la représentativité de l’échantillon est – disons – ouverte à débat, il s’agit d’une enquête de « victimation », qui s’occupe donc d’abord du ressenti et non des faits recensés, avérés et statistiquement solides.

Selon l’un des deux auteurs de l’étude, ce n’est pas un problème :

C’est le propre de l’enquête de victimation. Les personnes interrogées peuvent déclarer ce qu’elles veulent. Mais cela permet d’approcher une certaine forme de vérité.

Voilà : aucun souci, on a simplement un moyen d’approcher une certaine forme de vérité. Et tant pis si c’est ensuite abondamment repris par les journaux avides d’un peu de sensationnalisme et qui dérapent vite depuis « Les proviseurs estiment être harcelés par les parents » vers « La moitié des directeurs d’école subissent des agressions », ce qui est bien … une certaine forme de vérité.

Soyons bien clair : on hésite ici entre la pignouferie d’une presse habituée à ce genre de patouillage statistique en programme libre, et la pignouferie d’étude qui raconte finalement quelque chose dont on ne peut pas franchement tirer d’analyse. En réalité, ce qui est intéressant dans cette étude n’est pas tant les chiffres qui sont donc, comme on le voit, sujets à caution, que ce qui est périphérique.

Pignouferies de presse

Ainsi, le traitement par la presse montre un tendre attachement de cette dernière au système républicain de l’école de Jules Ferry avec tout ce que cela peut comporter de vision romantique : l’école, puis le collège et le lycée, apportent plus que l’instruction puisqu’on y trouve un cadre, une formation, une éducation, qu’on s’y habitue à respecter l’autorité, et qu’on peut, par ce truchement subtil, découvrir progressivement les joies de la citoyenneté ainsi que l’indispensable utilité de l’État pour s’occuper de tous et de chacun.

Et là, poum, la réalité entre en collision avec cette vision délicieuse et un tantinet sépia : manifestement, il y a comme un décalage entre les attentes des parents d’élèves et ce qui est fourni par l’institution. Ce décalage peut entraîner des tensions, et, interviewé par les frétillants journalistes du Parisien qui sont tombés sur l’étude comme on tombe sur une pépite, son co-auteur, Georges Fotinos, émet un avis sur ces parents qui se laissent ainsi aller à exprimer physiquement leur mécontentement sur le proviseur ou le directeur :

Le parent estime qu’il a droit à un certain service, et s’il n’est pas rendu, il manifeste sa réprobation. De son point de vue, il a forcément raison.

Oh, les vilains ! Voilà que les parents, qui payent des impôts et à qui on a expliqué qu’en échange, l’État allait s’occuper de l’éducation de leurs enfants (et non plus seulement de leur instruction), se rebellent devant le médiocre résultat obtenu ! Voilà qu’ils se mettent à attendre un certain niveau de service … du Service Public ! Zut alors ! Où va le monde ? Voilà qui est vraiment scandaleux !

violenceAttention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : tout comme il est parfaitement anormal qu’on en vienne aux mains lorsqu’un produit ou un service ne correspond pas à ses attentes, il est parfaitement aberrant d’aller cogner du directeur d’établissement ou du prof de collège lorsque le gamin s’est pris des lignes à copier pour insubordination, irrespect, vol, racket, trafic de drogue, viol, séquestration, torture, coups et blessures ou avoir triché pendant l’examen. Et donc, pour que les choses soient claires, il ne me viendrait pas à l’idée de trouver la moindre excuse à ces individus qui ont jugé nécessaire d’aller harceler/menacer/insulter/frapper des chefs d’établissements parce que leurs lardons sont d’insupportables racailles en cours.

Mais je ne peux m’empêcher de trouver particulièrement intéressant et savoureux d’apprendre que, de plus en plus, les parents attendent un niveau de service de la part de l’institution scolaire. C’est, en quelque sorte, un délicieux retour de boomerang de ces précédentes générations d’enseignants qui ont, d’années en années, expliqué en détail à leurs élèves l’importance et la prépondérance de l’État dans leur vie. Pendant des années, des milliers d’élèves ont été habitués à recevoir le message délétère que l’État était l’alpha et l’oméga de la société moderne, et que toute société qui tendrait à s’en passer serait condamnée aux inégalités criantes, à l’ultranéolibéralisme galopant sur les cadavres d’enfants morts dans les rues faute de soin et de solidarité, et tout le tralala habituel.

Bonne nouvelle : ces générations de profs là ont gagné.

Les générations qui furent sur les bancs d’écoles, en gros entre les années 70 et 90, sont maintenant des parents affûtés qui ont bien tout compris à la façon dont DOIT fonctionner une société, avec un gros bout d’État ici, là, et là et ici aussi et un peu partout en fait. Des générations d’élèves à qui on a expliqué que l’État devait s’occuper de tout ont fini par le croire, pour de bon.

Et maintenant, ils sont parents et devinez quoi ? Ils attendent exactement ça : que l’État s’occupe de tout, d’instruire leurs enfants, bien sûr, mais aussi de les éduquer, de les nourrir, leur fournir un travail, des congés payés, une assurance maladie et chômage solide, et une retraite taillée au cordeau. Et pour certains de ces parents, la déception devant le résultat sera d’autant plus forte qu’il sont absolument convaincus que l’État est là pour eux.

Pas étonnant, dès lors, que certains, habitués depuis leur plus tendre enfance à avoir cette structure douce et cocoonante de l’administration pour s’occuper d’eux, réclament de plus en plus violemment qu’il en soit ainsi pour leur descendance. Oh, décidément, les années qui viennent promettent de grands moments ! Lorsque les armées d’analphabètes et d’incultes économiques seront aux manettes, dans moins de dix ans maintenant, ce pays va vibrer d’une joie retrouvée à réclamer toujours plus d’État.

Ça va roxxer.

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Source : http://h16free.com/2014/05/01/30824-violence-a-lecole-ce-que-letude-revele-vraiment


Un plan d’économie qui fouette du chaton mignon

mercredi 30 avril 2014 à 09:00

C’est l’effervescence ! Maintenant que les décisions du premier ministre ont été adoubées d’un vote (purement formel et sans danger), toute la France va pouvoir bondir dans une nouvelle direction : la bonne, bien sûr.

Et cette direction est, évidemment, celle des économies, de la dépense maîtrisée, des budgets finement ouvragés et des lignes comptables millimétrées. Manuel Valls l’a rappelé : il s’agit d’un effort sans précédent (c’est-à-dire comme l’emprunt Sarkozy et le plan d’économie sous Villepin, mais encore plus). Vraiment, on sent l’impulsion ferme qui a été donnée au pays. Il y a dix jours, lorsque j’évoquais ce plan, je le taxais, naïf et sarcastique que je suis, de flou et d’insuffisant. Quel méchant je fus, de croire qu’il serait incapable de tenir ses engagements, aussi mous soient-ils ! Pas de doute, ce plan fouette du chaton mignon.

Et depuis, Manu les bons tuyaux a largement prouvé qu’il n’était pas prêt à ergoter sur les efforts, à minimiser les nécessaires ajustements pour revenir dans la rigueur budgétaire. On parlait, jadis, d’austérité, mais à l’évidence c’est bien de rectitude qu’il faut parler ici : le plan Valls d’économie sera gravé avec la précision du laser dans la solidité de l’airain. Bon, et puis pour éviter la grogne des députés, le laser en profitera pour arrondir les angles ici, là et là, en rabotant les économies qui, sinon, risquent de porter une partie de la population à l’animosité envers notre bon président, alors qu’il caracole pourtant en tête des sondages. Ce serait dommage.

Alors on ne va pas toucher aux petites retraites. Le RSA augmentera comme prévu. Et on conservera le gel du point d’indice des fonctionnaires, sauf qu’on vérifiera qu’il doit bien être gelé tous les ans. Des fois, il pourra être gelé à la baisse, des fois, à la hausse, en fonction des performances du pays, ce qui évitera un gel total avec une absence de mouvement. Ce sera un gel dynamique, en quelque sorte, si vous me suivez bien.

Bon. Moyennant donc ces quelques ajustements, on va pouvoir commencer à bien économiser, à bien redresser, à bien faire attention aux dépenses publiques. Parce que bon, ça suffit les dépenses irréfléchies. C’est fini, ça, monsieur, le temps des distributions gratuites de pognon des autres ! C’est fini, ça, madame, les semaines sans lundi matin et sans vendredi après-midi ! Il va falloir se retrousser les manches gouvernementales et bien tout mettre dans les petits tiroirs et les petites armoires, proprement, et s’assurer qu’il n’y a plus rien qui dépasse.

Voilà, c’est dit.

quand valls économise un chaton mignon prend cher

Vous pouvez retourner à vos activités. Travaillez bien. Consommez. N’oubliez pas de payer votre tiers d’impôts.

Voilà voilà.

Hem.

Et concernant les quartiers difficiles, dans certaines banlieues, au fait, on fait quoi ?

Ah oui mais pour ça, c’est différent. On doit absolument faire quelque chose, et on y consacrera donc 600 millions d’euros. C’est la copine de Manu, Najat, qui l’a expliqué : histoire d’apporter à grosses louches un « développement économique dans les quartchiers » qui n’ont pas toujours eu de la chance, la ministre de la Ville a décidé que l’État (comme un grand et en partenariat avec la CDC, c’est-à-dire lui-même) allait consacrer une enveloppe, pardon, une valise, pardon, une piscine de 600 millions d’euros sur une période de 6 ans pour inciter les investissements privés (les entreprises françaises adôôôôrent quand l’État investit avec elles l’argent qu’elles ont dû auparavant lui donner) sur des « projets structurants » comme, je cite, « des pépinières d’entreprises ou des maisons de santé », les quartiers étant, comme chacun le sait, les endroits bucoliques rêvés pour les maisons de santé et les entreprises. Et on consacrera 75 millions d’euros à la revitalisation des centres commerciaux et artisanaux des quartiers concernés, parce qu’un bon coup de peinture (à 75 briques), c’est fou ce que ça donne envie aux gens qui n’ont pas un rond d’aller se précipiter à Carrouf pour acheter des yaourts.

Voili voilà, pas de quoi fouetter un chaton (même mignon).

Bon, je vous l’accorde, le coup du saupoudrage de pognon gratuit dans les quartiers, cela fait un peu 40 ans que ça dure, et que les résultats sont particulièrement pastels si vous m’autorisez l’euphémisme. Je suppose donc que Najat a plus d’un tour dans sa besace pour transformer une recette qui a sur-performé en matière de ratage pendant plusieurs décennies en succès avec happy ending.

Et apparemment, c’est le cas : elle compte pas mal sur un petit tour de magie économico-sociale baptisée Emploi-Francs qui consiste à subventionner à hauteur de 5000 euros l’emploi d’un jeune chômeur résidant dans une zone urbaine sensible. De façon fort bizarre, les entreprises ne se sont pour le moment pas ruées dans la bonne combine et alors que le gouvernement avait prévu de financer 10.000 de ces contrats en trois ans (ça fait un peu plus de 3300 par an, donc), les dix premiers mois n’ont permis de n’en signer que … 130.

les emplois-francs de najat

Allez. Plus que 9870, et c’est bon, Najat ! Moi, je le sens bien le frémissement sur ce sujet. Et je sens que cette fois, l’ouverture des robinets à pognons sur nos quartchiers sensibles va vraiment faire la différence ! Et tant pis pour les zéconomies budgétaires, il y a des endroits, il y a des secteurs où je dis : No Pasaran !

D’ailleurs, j’en ai un autre qui me vient immédiatement à l’esprit : la masse salariale à la charge de l’État.

Économiser sur les trombones, passe encore. Raboter sur les dotations en essence des patrouilles de gendarmerie ou de police, c’est évidemment pénible. Surveiller de près les dépenses des soldats, des magistrats et des diplomates, c’est vexant, mais on comprend que chacun doit faire des efforts. Mais la masse salariale, c’est non, il ne faut pas pousser. En vertu de quoi, la fonction publique compte fin 2012 un petit 0.3% d’effectifs en plus, ce qui est une augmentation rikiki, austère même si on veut absolument employer un adjectif. De façon intéressante, on note que cette tendance à l’augmentation est un changement (on avait prévenu que c’était maintenant, et le voilà !): en hausse continue depuis les années 1980, les effectifs de la fonction publique s’étaient stabilisés pour la première fois en 2008 pour accuser une légère baisse en 2010 et 2011.

Apparemment, en 1980, la France subissait l’anarchie, les gens mourraient sur les trottoirs, les élèves sortaient majoritairement analphabètes et la société était fort malheureuse puisqu’il a fallu toute cette masse de nouveaux fonctionnaires pour arriver au paradis que nous connaissons actuellement. Et comme il est hors de question de tripoter les paramètres du paradis (au risque de le transformer en enfer), admettons qu’il faut donc continuer ainsi.

Le souci, bien sûr, est que ces nouveaux arrivants dans la fonction publique représentent un coût non négligeable qui gomme à peu près tous les efforts que Manu tente de mettre en place. Certains, hardis, l’estiment à 77 milliards d’euros, ce qui n’est pas rien comparé aux 17 milliards prochainement économisés à la sueur du front de Valls (et de tous les Français derrière lui).

Zut et zut, ce n’est pas simple, cette histoire de plan d’économie. D’un côté, on nous annonce des mesures viriles qui vont sauver la France. De l’autre, les bonnes habitudes ne se sont toujours pas perdues et les petits robinets à subventions, les grosses cohortes d’embauches publiques ne se sont toujours pas taries. Certes, il faudra voir si, en 2013, l’État, prenant conscience de son obésité, n’avait pas décidé de lourder quelques dizaines de milliers de fonctionnaires. Mais à vue de nez, je pense que ça n’a pas été le cas. Et peut-être, dans les mois qui viennent, Najat, frappée soudainement de lucidité, se dira que son plan de dépenses pour les quartiers et la bricole sur les emplois-francs sont un échec lamentable et qu’il est bon d’arrêter les frais.

Peut-être.

Factuellement, cependant, je continue de constater que le plan est toujours aussi microscopique, qu’il est déjà raboté avant même d’avoir été appliqué, et que de nombreuses fuites sont toujours ouvertes. Moyennant quoi, ma conclusion est sans appel.

Ce pays est foutu.

valls : c'est pas gagné

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Source : http://h16free.com/2014/04/30/30785-un-plan-deconomie-qui-fouette-du-chaton-mignon


Agression lilloise : doit-on vraiment compter sur la collectivité ?

mardi 29 avril 2014 à 09:00

Mercredi dernier, dans le métro lillois, une jeune femme se fait tripoter par un ivrogne. Appelant à l’aide les passagers de la rame, elle doit cependant subir l’individu alcoolisé sans que personne n’intervienne. Ce n’est qu’une fois hors du métro, au milieu de la circulation urbaine, qu’un automobiliste lui viendra en aide. Magie des réseaux sociaux couplés à une presse en désuétude trop heureuse de faire du drame social pour occuper ses colonnes, ce fait divers malheureusement banal a rapidement enflé pour finir par faire de gros titres dans la presse nationale.

En substance, l’affaire racontée par les journaux nationaux est brossée à gros traits : la jeune femme a été agressée sexuellement, a subi les attouchements d’un jeune homme en état d’ébriété, le tout sous le regard indifférent (ou torve et concupiscent, allez savoir) de nombreux passagers du métro qui se sont honteusement abstenus d’intervenir. Ceci n’a pas empêché la justice de passer puisque l’agresseur a finalement été rattrapé, est passé en comparution immédiate et s’est pris dix-huit mois de prison ferme assorti d’une interdiction du territoire de deux ans (le fait qu’il était, comme on dit de nos jours, « défavorablement connu » des forces de police a dû jouer quelque peu).

Mais voilà : tout ceci soulève plein de questions, dont une de société qui aura été posée par le procureur de la République de Lille, Frédéric Fèvre, et qui en a profité pour ouvrir une enquête préliminaire pour « non-assistance à personne en danger » : comment la société égalitaire, solidaire, citoyenne, multiculturelle, festive et éco-consciente dans laquelle nous vivons tous, et pour laquelle nous payons tant d’impôts afin que ça se passe bien, comment peut-elle dériver pour aboutir à cette hideuse indifférence de nos concitoyens devant les malheurs d’une femme agressée ?

indifference

La question posée, l’enquête débute donc. Il ne s’agit plus de châtier l’impétrant (c’est fait, n’y revenons plus), ni même d’en expliquer le comportement : tout le monde sait que c’est la société qui est au moins en partie responsable de la dérive de ce pauvre homme, que ce sont les conditions d’emploi difficiles, le turbo-capitalisme des patrons mangeurs d’enfants communistes et l’ultra-libéralisme doublé d’un individualisme double-couche molletonné de tous les individus qui traînaient par là qui ont produit ce résultat navrant, pas de doute. Non, ici, il s’agit de retrouver ceux qui n’ont rien fait et de les punir aussi un peu, parce que franchement, dans une société normale (égalitaire, solidaire, citoyenne, multiculturelle, festive, éco-consciente et aux bisous nappés de caramel) il est inconcevable qu’on laisse ceci se produire. Et puis ça tombe bien, c’est puni par la loi, d’abord.

Il faut bien ça. Le procureur de la République à Lille est d’ailleurs tout tourneboulé de l’intérieur et a bien rappelé le fond du problème :

« En tant que représentant du ministère public, je suis inquiet de ce visage d’une société où on est capable de prendre une autre rame en laissant seule une femme face à son agresseur. Il est là, l’effroi aujourd’hui, se dire que dans notre société, on ne pourra pas compter sur la collectivité »

Pansements "Hello Kitty"Voilà : c’est horrible de savoir qu’on ne peut plus compter sur la collectivité ! La collectivité, c’est l’alpha et l’oméga de la sécurité. C’est la béquille quand on boite, le coussin quand on doit mettre un genou à terre, le sparadrap Hello Kitty quand on est amputé. Et la collectivité qui n’agit pas, ce serait comme l’État qui n’apporterait pas de solution. Ce serait comme un service des urgences débordé qui laisserait mourir des gens faute de soin. Ce serait comme des gouvernants qui s’occuperaient plus d’air pur et de vélos que de chômage et d’entreprises. Ce serait insupportable. Il faut donc punir les individus individualistes.

Sauf qu’à première vue, cela ne va pas être totalement du gâteau de retrouver et mettre en examen les méchants égoïstes/individualistes indifférents au sort des donzelles en détresse. Et puis, on ne peut pas s’empêcher de se dire que cette recherche des coupables, de tous les coupables, ce pointage minutieux des défaillances cache un peu trop la nécessaire réflexion sur ce qui s’est produit.

Par exemple, on pourrait noter qu’à part la médiatisation très exagérée de ce fait divers, cette affaire est d’une triste banalité et n’est finalement qu’un nouvel exemple parfaitement ordinaire de ce qui se passe, régulièrement, en France. D’ailleurs, selon les propres paroles de la personne agressée,

« J’espère que ça n’arrivera pas à une autre fille. Arrivé une certaine heure, mieux vaut ne pas prendre le métro. Il y a des gens qui boivent, qui fument, qui sont désagréables. »

Apparemment, c’est donc quelque chose d’assez banal, à Lille, d’avoir des gens qui boivent, qui fument, et qui sont désagréables (on supposera ici qu’il s’agit en réalité de gens qui boivent plus que de raison, qui fument là où c’est interdit et des substances a priori pas autorisées, et qui sont plus désagréables que la faune habituelle de voyageurs en transport en commun). C’est d’ailleurs tellement banal qu’il y a quelques semaines, un groupe de militants du Groupe Identitaire avait organisé des « patrouilles sécuritaires » dans ce même métro, au grand dam de tout ce qui compte parmi les associations conscientisées, dénonçant l’apparition de milices (apparemment, le collectif, dans ce cas-là, ce n’est pas bien).

Eh oui : on est fort prompt à dénoncer l’absence de réaction des individus devant l’agression en cours, mais on oublie qu’apparemment, ce genre de faits divers est suffisamment courant pour que justement, plus personne ne s’en émeuve. Peut-être le problème réside-t-il en partie là, et il faut ensuite se poser la question : ces agressions ont-elles lieu parce que les gens ne réagissent plus, ou les gens ne réagissent plus, blasés, parce que ces agressions ont lieu régulièrement ?

Et là, la réponse est gênante quel que soit le cas.

Si les individus ne réagissent plus parce qu’il y a trop d’agressions, peut-être est-ce le signe clair d’un problème fondamental de sécurité. Peut-être est-ce la démonstration que la société, voulue si bisou, ne l’est plus depuis suffisamment longtemps pour que personne ne s’émeuve plus qu’une femme se fasse peloter lourdement par un poivrot agressif. Peut-être cette société est-elle devenue suffisamment violente pour que chaque individu fasse un calcul, sordide, d’importance de l’agression, et que celle-ci se soit classée bien trop bas dans le niveau de danger pour justifier une action… En tout cas, le collectif appelé de ses vœux par le naïf procureur, ici, est clairement en faute de n’avoir su endiguer cette insécurité galopante. Au fait, quelle entité collective est en charge, justement, d’assurer la sécurité ? La foule ? Les individus qui voyagent dans le métro ? Ou l’État par sa police ?

Au contraire, si les agressions ont lieu parce que les individus ne réagissent plus, peut-être est-ce parce que chacun d’entre eux sait qu’intervenir peut lui coûter fort cher. On ne compte plus, dans la presse, les cas où le bon samaritain, venant à la rescousse, se retrouve à son tour troué. D’ailleurs, Laurence Rossignol, sénatrice PS, avait fait l’expérience de cette « indifférence », et s’était étonnée que personne ne soit venu à sa rescousse ; mais voilà, lorsqu’à l’inverse de Laurence, on est défavorablement inconnu des services de police, on évite d’intervenir et de passer ensuite de longues heures au commissariat du coin à expliquer ce qui s’est passé, ou aux urgences à tenter de survivre. Sans compter qu’ensuite, l’agresseur, devenu agressé, peut aussi se retrouver à réclamer des dommages et intérêts. Et les obtenir.

laurence rossignol

Alors oui, comme le dit le gentil procureur, c’est fort désolant et très très mal de n’avoir pas observé de réaction. C’est bien triste que la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui autorise ce genre d’inaction. Mais voilà, monsieur le procureur : tout ceci n’indique pas franchement un problème au niveau des individus qui sont très rationnels, finalement, et qui ne réagissent pas parce que c’est devenu trop banal ou trop dangereux. Cela montre plutôt que vous et les juges, les politiciens et tout l’appareil d’État, avez parfaitement réussi à faire pénétrer le message important que seul l’État peut intervenir sur ce genre de problèmes.

Vous et tout l’appareil d’État avez persuadé tout le monde efficacement que la défense concrète du citoyen ne passait que par l’État. Et maintenant, vous vous plaignez que, l’État n’assumant pas les missions qu’il s’est lui-même arrogées, les citoyens soient les bras ballants ? À force de collectivisme, vous avez durablement désarmé les individus, physiquement d’abord, puis psychologiquement, en leur ôtant toute possibilité, puis toute envie, de défendre leur prochain. Et maintenant, devant l’échec lamentable de la collectivisation de la force, vous vous plaignez et vous versez des petites larmes ?

Allons. Un peu de cohérence, que diable !

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Source : http://h16free.com/2014/04/29/30738-agression-lilloise-doit-on-vraiment-compter-sur-la-collectivite


Alstom, GE et Montebourg-la-bricole

lundi 28 avril 2014 à 09:00

C’est l’histoire d’un géant déchu, dont les réalisations passées ne suffisent plus à lui assurer un avenir solide. C’est l’histoire d’un autre géant qui a besoin de s’agrandir. C’est l’histoire d’un rachat, de milliards d’euros et de dollars échangés, d’opérations boursières difficiles et complexes. Et c’est la démonstration, en creux, de cette compulsion maladive des groupies de l’interventionnisme étatique à la française à se mêler de tout, au détriment de l’intérêt général.

nokia 3310Cette histoire aurait pu être celle de Nokia dont son activité « téléphones portables » vient d’être rachetée par Microsoft : après des mois de procédures pour faire valider le rachat par les autorités de la concurrence du monde entier, le géant du logiciel a officiellement racheté le dernier fabricant européen de smartphones, pour un peu plus de cinq milliards et demi d’euros. Selon l’accord, Microsoft utilisera probablement la marque Nokia pendant encore quelques mois avant de la faire disparaître, probablement au profit de Microsoft Mobile. Il est bon de noter que Nokia, qui continue à exister au travers de ses autres activités et notamment de Nokia Solutions and Networks (NSN), a l’interdiction de vendre des téléphones durant cette même période.

Mais ce n’est pas cette histoire qui m’intéresse.

En effet, lorsque le géant du logiciel a décidé ce rachat, il s’est essentiellement agi d’une opération commerciale et boursière. On peut bien évidemment parier sur d’intenses négociations entre les différentes parties prenantes, tant les firmes finlandaise et américaine ont intérêt à s’accorder. Mais en tout cas, les autorités finlandaises ne sont pas intervenues. Peut-être, compte tenu de la taille du conglomérat finlandais, y a-t-il eu des pressions ou des arrangements entre le gouvernement et les dirigeants de Nokia, mais rien n’en a filtré. Plus simplement, on peut aussi admettre que ce gouvernement a laissé les actionnaires se débrouiller selon leur meilleur intérêt.

En France, on observe un événement assez similaire : on apprend, de source incertaine mais tout de même, avec des petits bouts de rumeur bien insistante, que General Electric, le conglomérat américano-canadien, aurait proposé de racheter Alstom, pour la modique somme de 9,4 milliards d’euros — soit 25% de plus que le cours de bourse, au passage –, somme bien vite démentie par le groupe de Patrick Kron qui ne veut pas du tout être dilué dans un truc beaucoup plus gros que lui.

La rumeur une fois connue et confirmée, deux phénomènes apparaissent : d’une part, les journalistes s’empressent de fourrer leurs gros micros mous sous le nez des politiciens, à commencer par celui de Valls et de Montebourg, le frétillant ministre de l’industrie et des pilules bleues qui aident à la reproduction, afin de bien leur faire comprendre qu’il était impératif qu’ils s’expriment. D’autre part, ces mêmes politiciens ont évidemment répondu aux questions posées en apportant une saine dose de « Pas De Ça Chez Nous » à laquelle, il faut bien le dire, les journalistes s’attendaient.

Si je souligne ces deux acteurs (les journalistes d’un côté, les politiciens de l’autre), c’est parce que leur interaction est ici essentielle : les journalistes n’auraient pas été titiller les politiciens s’ils n’avaient pas senti que ces derniers s’empresseraient de réagir ainsi, et les politiciens se seraient probablement bien passés de faire le moindre commentaire si les journalistes n’étaient pas venus les voir. Et c’est d’autant plus vrai que chacun des deux a un intérêt à réagir ainsi : les pisse-copies ont bien du mal, actuellement, à enchaîner la moindre analyse pertinente sur la situation politico-économique française (ou, pire encore, sur les enjeux de la prochaine élection européenne) et les politiciens, de leur côté, n’existent pas s’ils n’ont pas leur nom quelque part dans l’un des milliers d’articles que la presse subventionnée produit tous les jours pour faire semblant d’informer son lectorat.

La situation ainsi campée, il était donc inévitable que Valls puis Montebourg s’expriment.

Pour Valls, l’affaire fut réglée par une pirouette : « je m’exprime bruyamment pour dire que je ne vais rien dire. Ainsi, j’existe médiatiquement et mon non-communiqué sera amplement repris pour dire, après analyse, que je n’ai rien dit » avec le bonus de se laisser une voie d’intervention possible : « Nous sommes attentifs », ce qui veut dire que si jamais General Electric devait fauter, hop hop hop, le gouvernement interviendrait. Epic win et tout ça.

montebourg vigilance patriotiquePour Montebourg, bien sûr, il s’agissait de montrer que la France, éternelle et merveilleuse, n’allait pas se laisser faire ainsi. Dès la rumeur connue, les coulisses s’agitèrent. L’idée générale est toujours la même : les actionnaires d’Alstom, parmi lesquels on put compter l’État avant qu’il revende ses parts à Bouygues, ne sont pas assez malins pour savoir ce qui est bon pour eux. Le gouvernement, fermement cornaqué par le fier Arnaud, lui, sait qu’il ne faut pas qu’un groupe étranger, à plus forte raison américain, entre au capital ou le rachète entièrement, parce que … parce que c’est mal, voyons, c’est évident. Dès lors, une saine « préoccupation et une vigilance patriotiques » sont nécessaires, ce qui se traduit par des approches de plus en plus lascives vers … Siemens.

Tout ceci est confus ? Rassurez-vous, tout est hors contrôle, Montebourg est aux commandes et appuie sur tous les boutons, les gros leviers et les petits volants pour obtenir un truc, n’importe quoi, qui puisse se médiatiser sous la forme d’une réussite, de près ou de loin. Et si ce n’importe quoi passe par l’exacte antithèse de ce qui nous a été vendu il y a quelques années par Sarkozy (qui s’est, rappelons-le, « battu » — avec l’argent des autres — pour qu’Alstom reste 100% français), eh bien tant mieux : allons voir Siemens qui sera certainement ravi de former un « partenariat » avec la société française, pardi ! Partenariat d’autant plus fructueux que là où General Electric peut s’avérer complémentaire à Alstom en Europe, Siemens lui est directement concurrent, ce qui promet des décisions douloureuses au niveau des salariés…

Décidément, rien de plus jouissif pour un politicien que faire l’exact contraire de ce qu’un concurrent fit jadis, surtout si cela permet, même vaguement, de modifier le cours normal des choses et d’intervenir avec fracas dans la vie de milliers de personnes ! Peu importe que le résultat soit probablement sous-optimal pour ceux qui ont un intérêt direct dans la société (actionnaires, salariés, fournisseurs et clients) : l’État (et en particulier Montebourg) a une idée précise de ce qu’il convient de faire (à savoir s’agiter), idée bien mieux renseignée que ces différentes parties prenantes, évidemment !

montebourg pour toi public

Il est particulièrement éclairant de voir le calme et la pondération qui ont accompagné le rachat de l’activité téléphonique de Nokia par Microsoft d’un côté, et l’effervescence journalitico-politique lorsqu’il s’est agi d’Alstom par General Electric. Que le premier rachat se situe en Finlande et le second en France explique seulement en partie la différence de traitement ; ne nous leurrons pas, les Français sont latins et on les voit mal rester de marbre lorsqu’un changement d’importance arrive. Mais comment qualifier l’intervention de l’État et de ses sbires dans cette affaire si ce n’est par « ingérence » ? Sous prétexte de « sauver » de l’emploi en France, des tractations et des pressions sont faites en dépit de tout respect du droit de propriété et, surtout, de toute discrétion qui devrait entourer des affaires de cette importance.

Pire : comment justifier ces changements de politique industrielle (un coup Siemens est le diable, un autre un partenaire valable) ? Comment n’y pas voir la frénésie du court-terme, les petits arrangements à la va-vite, la connivence, le bricolage voire la panique ? Comment croire que toute cette agitation n’aura aucun impact sur la viabilité de l’entreprise ? Et surtout, comment imaginer, avec l’historique catastrophique de l’Etat en général, et de Montebourg en particulier, que ces excitations se termineront bien ?

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Source : http://h16free.com/2014/04/28/30714-alstom-ge-et-montebourg-la-bricole