PROJET AUTOBLOG


Hashtable

Site original : Hashtable
⇐ retour index

Mise à jour

Mise à jour de la base de données, veuillez patienter...

CSA, Marseillaise et petits drapeaux

vendredi 7 avril 2017 à 08:00

Dans les objets politiques, quel est celui qui est le plus dangereux, qui, bien utilisé, peut faire le plus de dégâts ? On pourrait croire que c’est une affaire financière, ou un slogan, un débat qui envoie du steak ou une affiche particulièrement sexy. Il n’en est rien. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a fait des recherches et ses conclusions sont formelles : ce sont les drapeaux et l’hymne nationaux qui sont, de loin, les éléments les plus susceptibles de déclencher une catastrophe dans le panorama politique actuel.

Dit comme ça, certains m’accuseront d’exagérer (comme si c’était le genre de la maison, vraiment !). Pourtant, la réalité est encore plus invraisemblable. Elle est rapportée par le journal l’Opinion qui est récemment tombé sur la pépite pondue par le CSA pour en faire un article, mi-consterné, mi-halluciné.

On le serait à moins : alors que la campagne va officiellement rentrer dans son côté pointilleux puisque les temps de parole seront, à partir de lundi, scrupuleusement comptés pour chacun des onze baltringues candidats, le CSA a remis aux différentes parties un document de onze pages décrivant l’ensemble des règles attenantes aux clips de campagne, leur production, leur programmation et leur diffusion.

Que voulez-vous, au Pays Des Droits de l’Homme, la liberté d’expression est millimétrée et la licence artistique ou le matériel de propagande électorale doivent méticuleusement respecter l’imprimatur du régime administratif officiel dans lequel baigne tout le pays (avec un délice étrange à la limite du syndrome de Stockholm). Et pour ce faire, le CSA entend bien définir ce qui est permis de ce qui ne l’est pas. Or, dans son article 9 (ah, ce parfum délicieux de légalisme léger !), le CSA pose l’interdiction dans ces clips de « faire apparaître tout emblème national ou européen », ainsi que proscrire tout hymne national.

Certes, la consigne existait mollement pour les précédents scrutins, mais le Conseil avait admis certaines latitudes qu’il entend bien ne plus conserver dorénavant. Si, jadis, on pouvait imaginer quelques images du drapeau tricolore flottant sur fond de ciel bleu et de Marseillaise, il n’en sera plus ainsi. Pour le CSA, utiliser ces marqueurs pourtant relativement normaux (pour ne pas dire bateau) dans un clip de campagne d’une élection nationale, ce serait prendre le risque que certains candidats « misent sur un nationalisme délirant » ; plus précisément, cette interdiction vise surtout à éviter que ces drapeaux (et cet hymne) soient « maltraités ou utilisés de manière négative ».

Diable. Fichtre. Palsembleu.

Diagramme OMG WTF

Nous sommes en France, au XXIème siècle, qui a apparemment rendu complètement les armes devant le politiquement correct et les lubies mentales de contrôle de la population d’une partie des « élites » zélées en charge de la pénible bureaucratie française.

À la découverte de cette information, l’esprit est pris de cette stupeur qui bloque ceux qui ont encore au moins deux doigts de lucidité. Devant l’avalanche de WTF épais et gluant qui déferle à l’occasion d’une telle décision, il devient immédiatement difficile de savoir par où commencer.

Comment ne pas voir l’atteinte liberticide invraisemblable et parfaitement disproportionnée posée par ce Conseil dont une dissolution dans l’acide sulfurique décamolaire impacterait favorablement le paysage audiovisuel français ? Comment ne pas voir que ce Conseil vient, avec la souplesse et la prestance des cuistres les plus dodus, de décréter ce qu’un clip de campagne devait ou pas contenir, privant ainsi les électeurs de la vision exacte des candidats qui se retrouvent, de façon indubitable, cantonnés dans l’expression de leurs idées ?

Et si on admet (ce qui est une erreur de raisonnement) qu’on puisse imposer des règles particulièrement contraignantes lors de l’exercice le plus spécifique du droit d’expression démocratique (puisqu’il s’agit d’une élection, celle du président, rien moins) comment ne pas être un minimum outré devant le choix des contraintes ? Tant qu’on y est, pourquoi ne pas interdire une couleur en particulier (le brun, au hasard ?), voire des angles de prise de vue (« pas de panos, coco, on veut des plans serrés, exclusivement ») ou au contraire, imposer un style musical tant qu’on y est ? (Ça aurait du chien : cette année, le CSA impose du zouk pour tous les candidats).

D’autre part, il est tout aussi difficile de refréner un petit réflexe glutéal lorsqu’on lit les raisons invoquées pour justifier ce nouveau trait de génie chez notre Haute Administration Télévisuelle.

Qualifier l’apparition d’un ou de plusieurs drapeaux tricolores ou européens dans un clip de campagne de « nationalisme délirant », c’est proprement… délirant : si ce n’est pas dans un clip de campagne pour un candidat à la présidentielle qu’on peut voir apparaître un drapeau, on se demande exactement quand on le peut sans sombrer dans un « nationalisme délirant », d’ailleurs surtout pas défini par le Conseil.

Et ce problème de définition floue se retrouve de la même façon lorsque le CSA entend prévenir toute utilisation contre nature de ces même drapeaux : alors que leur utilisation (leur existence même ?) est la preuve d’une tendance louche au « nationalisme délirant », leur non-utilisation est prônée pour éviter qu’ils soient « maltraités ou utilisés de manière négative ». Il faudrait savoir, à présent, si le risque est le plus fort que, pour un même drapeau, on tripote le nationalisme délirant par la face nord, ou qu’on le maltraite ou l’utilise de manière négative par la face sud, dans un « pile je gagne face tu perds » assez caractéristiques des excuses bidons pour fermer le clapet de ceux qui ne pensent pas comme il faut.

Car avec une telle définition floue (« manière négative », wtf ?), tout peut alors être interdit. On pourrait interdire fleur ou costume dans ces mêmes clips au motif qu’ils sont employés de « manière négative ». Après tout, lorsque Marine Le Pen utilise une rose bleue, c’est quasiment un clin d’œil à la fleur du Parti Officiellement Socialiste, détournement évident d’une symbolique pourtant si humaniste tagada et pleine de lutte sociale tsoin-tsoin ! Après tout, lorsque François Fillon enfile une veste, un soupçon de connivence, de corruption ou de dons indus plane immédiatement, n’est-ce pas ? Allez, zou, supprimons l’un et l’autre de ces clips de campagne : Marine devra se contenter d’un pot de chrysanthèmes (jaunes, pour ne froisser personne), et François pourra à la limite enfiler un petit pull jacquard, à condition qu’il bouloche et que ses manches soient un peu trop longues. La démocratie et la bonne tenue du Paysage Audiovisuel Franchouille sont à ce prix, mes enfants.

On peut, ou pas, être patriote. On peut, ou pas, trouver cette valeur désuète. Soit. Ces positions sont défendables. Mais en tout cas, en combattant ainsi l’expression de ce patriotisme, admis depuis des lustres, entré dans les mœurs et pour tout dire, franchement banal, en l’aspergeant de nationalisme avec un gros pinceau idéologique, le CSA ne fait qu’une seule et unique chose : exacerber le ressentiment à son égard et surtout, donner des arguments forts à tous ceux, nombreux, qui trouvent que trop d’institutions sont allées trop loin dans la lutte contre ce patriotisme au motif qu’il serait nationaliste.

Le CSA est un habitué de ces colonnes tant le ridicule répété de ses propositions défie l’entendement. Une fois encore, il se montre à la hauteur de sa réputation catastrophique et impose qu’on envisage, sérieusement, sa disparition pure et simple.

J'accepte les Bitcoins !

1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2017/04/07/57955-csa-marseillaise-et-petits-drapeaux


Ce que les prisons bataves pourraient nous apprendre

mercredi 5 avril 2017 à 09:00

Dans le flot incessant de billevesées que nous offre tous les jours une presse déchaînée, on trouve parfois des petites notules amusantes ou, encore plus rarement, informatives. C’est avec surprise que je suis tombé sur un article du Monde qui nous parle de prisons néerlandaises.

L’information, en elle-même, n’est pas nouvelle : aux Pays-Bas, les prisons sont sous-employées. Cela fait même plusieurs années qu’il en est ainsi et que leur taux d’occupation est de l’ordre de 80% (10.500 places occupées sur les 12.400 disponibles), avec de surcroît une tendance à la baisse puisqu’on s’attend à ce que ce taux s’établisse à 60% en 2018.

Ce qui est nouveau, c’est que cette information, assez connue outre-Quiévrain (et pour cause, les Belges louant les prisons néerlandaises pour y entasser leurs condamnés surnuméraires), ne l’est qu’assez peu en France. En outre, il est fort rare qu’on trouve ainsi détaillée la situation favorable d’un pays tiers dans un organe de presse qui se fait fort d’entretenir, avec son style si tendrement parisien-centré, l’illusion d’une France globalement indépassable.

Mais voilà, tout arrive : dans Le Monde, on trouve donc le compte-rendu factuel de l’état des prisons néerlandaises qui souffre très avantageusement la comparaison avec les vieux centres carcéraux surpeuplés, sales et pour tout dire, carrément dangereux de France. Et chose encore plus intéressante, on y décrit même les raisons qui ont amené le Royaume à cette situation que certains pourraient qualifier hardiment d’enviable.

Dans ces raisons, on trouve certes une criminalité en baisse (de 8% en 2015 par rapport à 2014). Cette dernière, souvent corrélée à l’état général de la société, explique sans doute pourquoi les Pays-Bas, dont l’économie est en bien meilleure forme que la France, s’en sortent notoirement mieux. Peut-être pourrait-on même affirmer (avec pas mal de raisons et d’exemples historiques pour l’appuyer) qu’une économie florissante favorise l’émergence d’une société moins agressive ; du reste, du point de vue strictement pragmatique, si les efforts demandés pour prospérer légalement dans une société sont inférieurs ou égaux à ceux qu’il faut déployer illégalement, le crime devient une opération économique peu rentable.

prison

Cependant, et comme le reconnaît l’article du Monde, cette baisse de la criminalité ne suffit guère à expliquer une évolution aussi due aux particularités du système judiciaire des Pays-Bas qui envoie moins en prison mais demeure plus répressif qu’au début du siècle.

En fait, en seconde analyse, il apparaît que les juges distribuent moins les peines de prison et beaucoup plus les peines financières (amendes notamment), et recourent aussi aux peines alternatives comme le bracelet électronique et les travaux d’intérêt général, qui peuvent diviser par deux les peines de prison. Un détenu qui passe moins de temps en prison, c’est une meilleur rotation des cellules, et une pression carcérale plus faible.

En outre, les spécificités légales néerlandaises permettent au ministère public de décider seul d’une sanction qui ne prive pas un suspect de sa liberté. Cela entraîne deux effets bénéfiques pour le système judiciaire dans son ensemble : d’une part, cela permet de réduire le nombre d’affaires qui devront être traitées par des juges et contribue donc à désengorger les tribunaux. D’autre part, cela permet aussi de réduire les peines de prison et par voie de conséquence, l’occupation des cellules.

Enfin, notons qu’aux Pays-Bas, les prisons ne servent plus à gérer les malades psychiatriques, et que les étrangers en situation irrégulière ne sont plus détenus aussi longtemps, parce qu’ils sont expulsés plus vite.

En somme et pour résumer, les Pays-Bas ont appliqué une justice rapide dont la mise sous écrou n’est pas l’alpha et l’oméga, qui n’hésite pas à expulser les impétrants irréguliers, qui sait faire le choix entre incarcérer et imposer des sanctions financières ou des peines de travaux publics.

Or, aucune de ces solutions n’est impossible à mettre en oeuvre en France.

Au contraire, même : il ne semble pas invraisemblable de réserver la prison aux éléments violents ou dangereux pour la société, en utilisant toute la panoplie des peines alternatives pour les condamnés d’autre nature (trafics, escroquerie, vol simple…). De même, serait-il vraiment impensable de ne plus utiliser la prison comme dépotoirs de cas psychiatriques ?

En outre et en théorie, il devrait être raisonnablement possible de simplifier beaucoup de ces centaines de procédures existantes pour alléger le travail des tribunaux, quitte à augmenter aussi les moyens dont disposera cet élément effectivement régalien de l’Etat français, pour le moment parent pauvre des ministères et des budgets pourtant votés en déficits depuis plus de 30 ans. Quant à appliquer les mêmes préceptes que ceux des Néerlandais pour les expulsions (dont il ne me semble pas avoir entendu dire qu’ils étaient inhumains et tabassaient tous les jours les Droits de l’Homme avec vigueur), là encore, le bon sens commanderait sinon l’optimisme, au moins la conclusion que cela reste réalisable.

Enfin, soyons fou, construire de nouvelles prisons ne semble pas, là encore, complètement absurde lorsqu’on compare le nombre de cellules disponibles et le nombre d’habitants : comme je l’écrivais du reste il y a quelques temps dans un précédent billet, il semble bien que la France soit encore une fois fort en retard sur ses voisins et sur ses besoins avérés.

Autrement dit, rien, dans la lecture de cet article, ne permet d’affirmer que les solutions mises en place aux Pays-Bas seraient impossibles à transposer en France… À ceci près, bien sûr, qu’il faudrait pour corriger ces problèmes en avoir pris conscience, et que les politiciens concernés soient subitement dotés d’un courage qui les a, en pratique, complètement abandonnés quelque part, un jour d’hiver 1970 (ou quelque chose comme ça).

Sans surprise, le Monde nous a offert un petit aperçu de ce qu’il est possible de trouver ailleurs, de ce qui fonctionne, et pourquoi. Et sans surprise, une fois l’aperçu offert, le journal s’est bien vite contenté de refermer ses paupières. La République du Bisounoursland sait comment il faut procéder pour régler ses problèmes, et ce ne sont pas quelques Bataves lointains et bien trop pragmatiques qui viendront troubler cette science infuse.

Non mais.

Source : http://h16free.com/2017/04/05/57943-ce-que-les-prisons-bataves-pourraient-nous-apprendre


Quand l’État-maman vous dit quoi manger et comment

lundi 3 avril 2017 à 09:00

L’État peut tout. C’est même à ça qu’on le reconnaît. Et notamment, il peut s’occuper de votre santé, notamment en la dégradant puis en mettant tout en œuvre pour vous la rétablir avec des remèdes de son invention. Pour cela, il utilise l’arme redoutable du Comité Théodule.

Le comité Théodule, c’est le couteau suisse de l’État qui peut tour-à-tour fournir des expertises sur les digues en Poitou-Charentes, détailler les normes de sécurité à appliquer dans les réacteurs nucléaires, lister les avantages comparés des éoliennes et des panneaux photovoltaïques et établir la liste officielle des aliments que tout Français doit avoir dans son réfrigérateur, pour son goûter du mercredi.

Pour plus d’efficacité devant une telle versatilité, il faut bien sûr multiplier les experts et les Comités Interministériels, Commissions Nationales et Hautes Autorités. Il en va de la santé comme du reste : elle a donc sa Haute Autorité qui prétend contribuer à la régulation du système de santé par la quälitay et des missions finement étudiées dans les champs de l’évaluation des produits de santé, des pratiques professionnelles, de l’organisation des soins et de la santé publique.

Créée depuis 2004, on peut déjà admirer ses résultats flamboyants de cette HAS puisque, tout le monde le sait, depuis qu’elle est intervenue en régulant à fond les ballons avec des palettes de quälitay, la santé en France ne s’est jamais si bien portée : l’organisation des soins est tip top, la gestion des pratiques professionnelles est impeccable, l’évaluation des produits de santé ne souffre d’aucun reproche et la santé publique n’a jamais affiché un tel ratio de survie chez ses 60 millions de cobayes en plein système collectif alternatif de synthèse.

Pas de doute : grâce à la HAS, le Français, déjà heureux de vivre dans un pays de cocagne, se retrouve le teint rose et les joues rebondies à attendre une retraite méritée qu’il passera à boire de bons vins en grignotant d’excellents fromages dans une absence idyllique de tout problème cardio-vasculaire ou hépatique.

Cette année, les membres de cette indispensable institution sont en plein renouvellement. Et là, c’est le drame : il semble que certaines promesses politiques ne seront pas tenues.

Oh. Zut alors !

Certes, le décret présidentiel n’est pas encore paru, mais la liste des membres fuite déjà.

Or, cette liste est composée sur recommandation des présidents du Sénat et de l’Assemblée Nationale (chacun pour 1 membre), du Comité Conseil économique, social et environnemental (pour un autre membre – victoire, on sait enfin à quoi sert ce Comité au nom à rallonge), et de la ministre de la Santé pour trois membres. Et malgré les promesses de Marisol Touraine, les patients n’auront toujours pas de représentants. Quant aux médecins, le cardiologue qui tenait ce rôle dans l’Autorité actuelle ne sera pas renouvelé.

Autrement dit, des fonctionnaires siègeront à cette Hautotorité, sans présence de patients ou de médecins. C’est extrêmement rassurant puisqu’alors, l’État aura enfin toutes latitudes pour imposer son doigté magique aux décisions qui seront prises en son sein.

On sait d’ores et déjà, compte tenu d’un historique relativement flamboyant de l’État en la matière, que ce sera un franc succès et ce d’autant plus que l’État, depuis qu’il gère la santé, tant depuis sa couverture assurantielle que son côté purement physique (hospitalier, même), a enquillé d’amples réussites et des bénéfices hygiéniques palpables le tout plongé dans des aventures financières bien trouvées et hautement rentables.

mangibougisme, programme nationale d'interdiction du fun

D’autant qu’on ne compte pas qu’une unique instance en charge de la bonne santé de nos compatriotes. Entre cette HAS, l’Institut de veille sanitaire (INVS), l’Institut national pour la prévention sanitaire (INPES), l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) et la demi-douzaine d’autres agences ou institutions publiques en charge de notre sécurité bactériologique qui nous facilitent tous notre transit intestinal, jamais dans l’Histoire de l’Humanité un peuple n’aura été scruté et papouillé avec autant d’attention.

Pour tout dire, la santé, dans ce pays, n’est plus une institution, mais une galaxie, ou plus à propos, une véritable nébuleuse de bidulotrons hygiénistes qui s’occuperont de vous de la tétine au sapin, depuis le cor au pied jusqu’au dénombrement des métastases de votre prochain cancer dont on saura jamais si elle a participé à le guérir ou à le provoquer avec acharnement de bons soins.

C’est cette regrettable vénérable Nébuleuse qui nous aura fourni nos plus beaux slogans défilants aux bas des publicités pour les petits Lus ou les sodas sur le mode « Culpabilisez : la verdure, c’est meilleur ». C’est elle aussi qui nous recommande, par le truchement de radios et de télévisions tendrement complices, de boire lorsqu’on a soif, de se couvrir lorsqu’il fait froid et de mettre chapeau et huile solaire lorsqu’il y a beaucoup de soleil.

C’est d’ailleurs aussi elle qui, depuis janvier de cette année, après nous avoir indiqué avec précision quels aliments nous devions nous fourrer dans le gosier, nous fournit à présent les indications indispensables sur leur quantité.

Nous attendons avec gourmandise les « Fiches Recettes de la République », avec les ingrédients, les quantités, les prix recommandés et le menu pour chaque jour, chaque semaine et chaque mois de l’année pour être un bon éco-citoyen mangeant de bons fruits, de bons légumes de saison (forcément de saison), pas trop sucrés, pas trop salés, pas trop gras, pas trop funs, dans des quantités idoines pour un développement physique et intellectuel harmonieux favorisant le vote collectiviste parfaitement syntonisé avec Gaïa, qui garantit des digestions faciles et des prouts recyclables.

Tout ceci n’est-il pas merveilleux ? Non seulement, c’était évidemment indispensable au vu des résultats obtenus, mais en plus, tout ceci ne nous coûtera rien puisque c’est, comme d’habitude, l’État qui paye. Et ça tombe bien qu’il paye, parce qu’il va devoir le faire encore un moment : la Nébuleuse recrute encore et encore.

J'accepte les Bitcoins !

1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2017/04/03/57927-quand-letat-maman-vous-dit-quoi-manger-et-comment


[Redite] Quand un piposophe analyse le Front National

dimanche 2 avril 2017 à 11:07

Article paru initialement le 28 mars 2013

La campagne bat son plein, ou plutôt, avec Macron, elle bat son creux et avec ce dernier, elle nous donne même l’occasion de revenir sur les « propositions » du Front National. Contrepoints, à ce sujet, revient régulièrement sur les idées plus ou moins consternantes de Marine Le Pen, la candidate du Front. Le quotidien libéral n’est pas le seul puisqu’au milieu des troupes bigarrées des gauches diverses et alternatives, des brassées de philosophes inspirés se sont lancés dans l’analyse du phénomène frontiste. En 2013, c’était Stiegler qui se lançant dans l’aventure…


Si vous lisez des choses intéressantes et sensées, vous ne connaissez probablement pas Bernard Stiegler. Parfois, une petite pause-rigolade est nécessaire pour se décontracter de toutes ces choses intéressantes et sensées qu’on lit avec application. Et c’est là que Bernie la Philo entre en jeu. Ce qui tombe bien, c’est qu’il a récemment pondu un recueil de ses meilleures blagounettes sur le Front National au titre violemment évocateur de « Pharmacologie du Front national » et qu’il en parle abondamment dans un article sur Atlantico. Poilade.

Avant d’essayer de décrypter les pitreries de Bernie, il faut se rappeler qu’il n’en est pas à son premier essai. C’est à la fois un habitué de la production piposophique industrielle et un familier de ces colonnes puisqu’on se souvient de son acoquinement avec Philippe Mérieu qui lui avait permis d’exsuder un pesant ouvrage sur l’éducation, « L’école, le numérique et la société qui vient ». (Oui, Notez que c’est bien le titre, qu’il n’y a eu aucune retouche photo, c’est du brut de décoffrage, c’est comme ça, paf, direct, dès la couverture on assomme l’unique lecteur du livre). Il manque un peu de pandas et des chats mignons, mais on a déjà un beau pot-pourri de ce qu’on peut faire en matière de gloubisophie de combat.

bernie la philoCette fois-ci, Bernie a donc choisi de nous entretenir du Front National et il a décidé de sortir un livre pour lutter. C’est un livre de combat. Tout comme les grenades existent en plusieurs modèles (défensives, offensives et à plâtre), Bernie nous fait un livre modèle de combat, version offensive (et à plâtre aussi) : le poids et la taille de l’ouvrage permettent de le lancer vivement en direction d’un groupe de frontistes, par exemple. Et sinon, on peut aussi le lire, à l’occasion.

Et là, stupéfaction : on découvre qu’on nous a menti. Dans les années 80, le Front National ne s’est pas développé grâce à Mitterrand et au Parti Socialiste qui auront agité, à qui mieux-mieux, l’épouvantail du racisme par le truchement de SOS Racisme. Non ! Rien à voir. Bernard, il a tout compris : si le FN s’est à ce point développé, c’est parce que Jean-Marie se faisait passer pour Ronald. Oui, le père Le Pen voulait selon notre piposophe se faire passer pour le Reagan français.

Fichtre.

Et cela continue avec Marine : la fille a masqué le discours ultra-libéral fondamental du FN. Eh oui. Ce fameux discours ultra-libéral à base d’intervention étatique à tous les étages. Ce discours ultra-libéral de fermeture des frontières que notre vaillant piposophe, armé de ses dix doigts, aura découvert après une longue fouille sous l’épais nationalisme étatique buissonnant qu’il admet lui même trouver aussi dans le parti d’extrême-droite, dans un touchant aveu de confusion mentale difficile à décrypter dans sa tornade de termes compliqués.

Fichtre².

Et comment le FN arrive-t-il à camoufler son ultra-libéralisme galopant derrière tout ces gros nuages de fumée étatiste ? Eh bien il lui suffit d’instiller, je cite, « la perte du sentiment d’exister ». Ici, Bernard est un peu confus (trois fois rien, mais tout de même). Il fait quelques gestes vagues de ses mains pendant que ses yeux fixent le plafond. Il ne faut pas se perdre dans un détail, au risque, justement, de perdre ce sentiment d’exister.

(À tout hasard, j’encouragerai cependant Bernard à propulser l’une de ses tempes sur un coin de table : le sentiment d’exister, même très très perdu, reviendra alors très très vite.)

Mhoui vous la voyez la bonne grosse louchée de n’importe quoi ? Non ?

Je vous réexplique, c’est très simple : selon Bernard Stiegler, ce phare de la pensée moderne passé en mode stroboscopique (attention : l’utilisation prolongée peut provoquer migraines & hallucinations), le Front National est comme ces spécialités laitières industrielles un peu louches dans lesquelles on trouve une couche de yaourt insipide qui camoufle un coulis translucide de fruits indéterminés : sous une (abondante) couche d’étatisme et de nationalisme se cacherait un (délicieux ?) coulis d’ultra-libéralisme au contenu garanti en bifidus. Bifidus d’ailleurs si actif qu’il a manifestement beaucoup trop facilité le transit intestinal de Bernard qui en a mis partout dans son livre.

On comprend que pour avoir découvert ce fameux coulis, le Bernard a du s’avaler des litrons de yaourt fadasse, ce qui n’est pas sans conséquence sur sa propre production intellectuelle. Ce fut un sacerdoce, mais, au bout d’une telle épreuve, le Professeur Stiegler a trouvé (en plus du coulis d’ultra-libéralisme avec de vrais morceaux de capitalisme illimité dedans) un moyen pour combattre le FN ! En somme, Stiegler a trouvé une solution (pas aqueuse, manifestement) pour dissoudre le FN dans son analyse. C’est très fort. Et sa « solution » est simple : il faut élaborer une alternative au parti d’extrême-droite.

Eh oui : finalement, les idées les plus connes simples sont les plus bankables efficaces pour notre piposophe gobeur de yaourts à coulis. Et d’après lui, elles marcheront d’autant mieux que les électeurs du FN sont des abrutis. Oh. Pardon. Non. Ce n’est pas ce qu’il laisse comprendre puisqu’il nous dit en réalité que ces électeurs « souffrent plus que les autres d’une bêtise qui nous affecte tous » (autrement dit : « on est tous également bête, mais ça se voit plus chez eux que chez moi » – Confidence pour confidence, mon brave Bernard, c’est raté.)

On peut cependant se demander pourquoi aucune alternative ne semble émerger au point qu’il faille faire appel à Bernie la Philo. Pourquoi ni le Parti Socialeux (rires sur la droite), ni l’Union pour un Mouvement Perpétuel (rires sur la gauche) ne peuvent se poser en alternatives crédibles à l’abhôminable Front National ? Selon Stiegler, c’est très simple : c’est parce que tout le monde a arrêté de penser :

« Cela fait 30 ans que le monde intellectuel a cessé de penser et de critiquer tout cela. Une sorte de complicité moite et parfois même poisseuse s’est installée. »

Pourquoi s’est-il arrêté ?, peut-on immédiatement poser comme question à notre piposophe. Question à laquelle il répond par un Niagara de références et de name-dropping qui, même poussé dans le décodothron donne ce qui suit et qui n’est pas encore bien clair :

« Parce que. Parce que bon. Parce que en fait tu vois Adorno, Horkheimer, Foucault et Deleuze et je relance d’un Dérida et youplaboum je t’embrouille et je conclus par Milton Friedman et kamoulox. Comment je t’ai emballé le truc. Ahem. Oui enfin disons que si plus personne ne pense, plus aucun philosophe de gauche (sauf moi, bien sûr) n’essaye de comprendre pourquoi le FN s’est à ce point développé, c’est à cause, bien sûr, de l’ultralibéralisme et du méchant consumétisme débridé et tout le tralala. »

Un goldorak au développement synaptogénétique remarquable !

Oui, sa petite fixette sur l’ultralibéralisme et le nuage de mots rigolos qu’il a confectionné en s’enfilant son yaourt ressemble de plus en plus à un trouble obsessionnel compulsif, mais voilà : ça marche suffisamment pour lui valoir une place au chaud dans l’un ou l’autre organisme étatique (que l’ultralibéralisme / le consumétisme / le capitalisme n’a pas réussi à démanteler, apparemment)…

Je résume : sous une énorme couche d’étatisme, de nationalisme et de socialisme, le Front National est ultra-libéral. Il n’y a pas d’alternative crédible actuellement. Il faut lutter, par exemple en écrivant un livre. Et si rien n’est fait, eh bien le FN sera au pouvoir en 2017. Enfin, « sera », il y a encore quelques incertitudes :

Le facteur d’improbabilité des issues est alors extrêmement grand, ce qui fait que tout est possible à travers le jeu de grandes tendances.

Eh oui, c’est comme le loto, m’ame Ginette, à mi-chemin entre le ptêt-bien que oui et le ptêt-bien que non, c’est là que s’ébat joyeusement le piposophe politique dont plus rien ne rattache la pensée avec une quelconque réalité de terrain. Ce qu’il confirme d’ailleurs avec cette tirade, d’un optimisme béat assez affolant :

Je pense que le président de la République et le premier ministre sont capables de tirer les leçons de trente ans d’errance

Ou pas. Il faut bien comprendre que tous ces « facteur d’improbabilité des issues » qui se mêlent dans une grande partouze cosmique de variable multivaluées, ça rend tout bizarre et il devient très difficile de prédire quelque chose, surtout l’avenir. Le plus drôle est qu’alors même que Stiegler étale son inculture crasse du libéralisme et sa compréhension franchement différente de la politique française, un autre article, sur le même site nous apprend que les Chinois ont eux ouvertement choisi plus de libéralisme pour sortir leur nation de la pauvreté.

Comme tant d’autres en France, Stiegler démontre qu’il n’est pas du tout outillé pour comprendre la montée du FN. Il ne voit pas que ce parti est devenu l’exutoire, le défouloir de tant de Français lassés de l’autisme permanent et entretenu par toute une classe politique au sujet de leurs problèmes. Il ne voit pas non plus que ce parti n’a jamais eu de colonne vertébrale idéologique solide : tant le père que la fille le conduisent comme on conduit un esquif dans la tempête politicienne française. On ne peut pas retirer aux barreurs une certaine dextérité, mais le cap a toujours été secondaire puisqu’il s’est toujours agi d’être dans le sillage des grands partis pour récupérer leurs naufragés, déçus et cocus des promesses toutes aussi débiles les unes que les autres qu’ils n’ont pas arrêté de faire pour se maintenir au pouvoir.

Et tout l’avantage du FN réside justement dans le fait qu’il n’a jamais été au pouvoir : il est dès lors bien plus facile de vendre du rêve, de la non-compromission, des idées dites neuves puisque de toute façon, on ne les entend pas dans les autres partis. Ce que Stiegler refuse de voir, incapable d’envisager le monde autrement que noyé dans le libéralisme, c’est que le FN est un parti qui, s’il avait très vaguement des velléités libérales dans les années 70, les a progressivement toutes abandonnées pour ne plus être qu’un parti nationaliste et parfaitement socialiste, en témoigne le nombre de sympathisants et encartés PC et PS ouvertement passés dans les rangs FN.

Et c’est précisément parce que c’est un parti socialiste comme tous les autres, parce que Stiegler réclame encore plus de socialisme, et parce que lui comme les médias fustigent le libéralisme qu’on ne trouve aucune alternative audible.

J'accepte les Bitcoins !

1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2017/04/02/57923-redite-quand-un-piposophe-analyse-le-front-national


De la trêve hivernale à l’expulsion par l’État de ses locataires modestes

vendredi 31 mars 2017 à 09:00

Un texte de Nafy-Nathalie et h16

Nous sommes le 31 mars. Aujourd’hui, c’est la fin de la trêve hivernale.

Suite à l’hiver 1954, très rigoureux, l’Abbé Pierre appelle avec succès à la solidarité des Français contre le sans- ou le mal-logement. La loi du 4 décembre 1956 qui en résulte fonde la trêve hivernale, à savoir la suspension de « toute mesure d’expulsion non exécutée à la date du 1er décembre de chaque année jusqu’au 15 mars de l’année suivante ».

Cette trêve a bien évolué depuis. Les 3,5 mois de l’origine en sont devenus 5 en 2014 (ALUR) permettant une pause des expulsions du 1er novembre au 31 mars : un bailleur ne peut expulser un locataire que 7 mois sur 12 et sur les 7 mois qui lui restent, il ne peut le faire qu’entre 6h du matin et 21 heures le soir sauf exception (violence, squatteur, péril). Elle s’est élargie aussi puisque depuis 2008, la fourniture d’électricité, de gaz ou de chaleur doit être maintenue durant la trêve.

Sa conception a aussi été modifiée. D’abord conçue pour protéger le locataire du froid, elle est devenue une mesure pour le protéger d’un propriétaire sans scrupule : un bailleur qui contreviendrait à cette interdiction s’expose à des peines de trois ans de prison et de 30.000 € d’amende.

Une trêve qui ne règle aucun problème

Mais cette trêve ne fait que repousser le problème de quelques mois sans le résoudre. Au final, environ 132 000 décisions de justice d’expulsion ont été prononcées en 2015.

Ce chiffre impressionnant cache une réalité plus contrastée : ces expulsions, ramenée aux 11 millions de ménages locataires n’en représentent que 1,22%. En 2015, 14.363 expulsions (soit 10,88% des décisions) ont été exécutées avec le concours des forces de l’ordre. Par contraposée, plus de 89% des expulsions trouvent un dénouement sans violence, soit via un arrangement avec le bailleur avant l’expulsion effectivement, soit via une solution de relogement après la décision.

Notons en revanche que sur les 11 millions de ménages locataires en 2015, 55,7 % d’entre eux occupent un logement privé (6,1 millions), et 44,3 % un logement social (4,9 millions). Le problème des difficultés de paiement touche donc à la fois le privé et le social, et en pratique, plus le social que le privé.

Les dépenses contraintes (loyer, assurance, EDF, …) du logement pour les classes moyennes inférieures étaient en effet de 21% en 1980 et sont passées à 38% en moyenne en 2015. Pour les ménages les plus pauvres, elles sont passées de 24% à 48%. 74% de la population HLM est composé de ménages modestes et parmi les plus pauvres.

Aussi douloureux que ce soit, les locataires de HLM sont les plus nombreux à être expulsés.

Constat surprenant pour un État qui prétend lutter vaillamment contre les problèmes de logement ! S’agitant à coup d’ALUR, de lois et de décrets divers contre les prix indécents des loyers dans le privé et des propriétaires trop gourmands, cela parait impossible qu’il ait laissé dériver les prix des loyers dans le public.

Un État qui aggrave les difficultés

Allons ! Impossible n’est pas français, voyons : bien que le parc public, où logent les plus défavorisés, dépende directement de lui, l’Etat n’a rien fait pour réguler ces loyers.

Pendant que l’État s’acharnait électoralement et législativement contre les propriétaires privés, les loyers HLM ont augmenté gentiment de manière très supérieure à l’indice des prix à la consommation. Les seuils de prise en compte des aides personnelles au logement ont également été largement rehaussés.

Selon l’Observatoire des Inégalités, il semblerait même que « l’augmentation des loyers des logements sociaux a dépassé celle des autres logements : entre 1989 et 2011, l’indice du loyer du parc social a progressé de 84%, soit six points de plus que l’augmentation moyenne des loyers des logements du secteur privé. »

Oui vous avez bien lu : cet État qui lutte vaillamment, tous bords confondus, depuis des années contre le mal logement, qui milite pour un logement abordable en portant haut l’étendard des plus pauvres et des classes moyennes, qui vide les poches du contribuable pour financer les lois et de décrets indispensables pour sauver le pauvre locataire des griffes du vil propriétaire, qui a complexifié au possible les rapports entre propriétaires et locataires, tout en décourageant au passage les investisseurs, le tout au nom de la lutte contre les loyers trop chers…

… eh bien cet État a augmenté, sans hésiter, le loyer des plus démunis de 6 points de plus que l’augmentation moyenne « scandaleuse » du privé contribuant ainsi méticuleusement à la paupérisation des populations les plus fragiles.

Rassurez-vous, cela ne lui a pas suffi.

La logique économique boiteuse de l’État

Car tout en posant, de surcroit, des quotas obligatoires de logements sociaux pour loger ces plus démunis qu’il entend défendre, il a par ce mécanisme rendu ces logements moins accessibles aux plus démunis.

Que voulez-vous ! Persuadé que ses actions allaient finir par enrayer le chômage et la pauvreté avec succès, l’État s’est mis à bâtir un monde idéal pour les classes moyennes avec frénésie : il a alors bâti, bâti, et encore bâti de jolis immeubles dans de chouettes endroits.

Las. Ni la pauvreté, ni les plus démunis n’ont disparu. Zut et flûte.

L’Observatoire des Loyers indique en effet qu’ « Entre 2003 et 2013, le parc social s’est enrichi de près de 500 000 logements en France. Mais les nouveaux logements proposés sont moins accessibles pour les ménages à faibles ressources car les plafonds de revenus pour y accéder et les loyers pratiqués sont plus élevés. »

Chacun jugera de la logique de profit qui gouverne les bailleurs sociaux : alors que l’État stigmatise le bailleur qui veut tirer quelques avantages de sa location, il se retrouve lui aussi en tant que bailleur au minimum dans une logique d’équilibrage de son investissement, voire carrément de profit.

Comme le pointe Anthony Rodrigues, de l’Association de défense des consommateurs (CLCV), le bailleur social « doit respecter un équilibre entre ses dépenses et ses recettes. En cas d’impayés, lorsque la dette est trop importante, on a cette logique économique qui aboutit à une expulsion du locataire. »

Une offre de logements publics toujours plus inadaptée

Ce problème n’est pas récent et avait même été pointé en 2011 dans le rapport du Comité de suivi du Droit Au Logement.

Si ces nouveaux logements sont plus « abordables » que ceux du secteur privé, ils ne correspondent toutefois plus aux besoins. Avec le DALO et la constitutionnalisation du droit au logement – qui met à la charge de l’État l’obligation d’assurer un logement décent à tous ses citoyens – c’est une véritable catastrophe.

En définitive, alors que les HLM se retrouvent à loger toujours plus de ménages modestes (de 17 % en 1973, on passe à 39,8 % en 2006), ils logent en revanche moins de ménages défavorisés ou (et c’est bien pire) dans des logements inadaptés, aggravant des situations déjà particulièrement précaires.

Pour Manuel Domergue, de la Fondation Abbé Pierre, la situation se résume ainsi :

« La France construit de plus en plus des logements haut de gamme qui sont destinés à des classes moyennes qui gagnent 2.000 ou 2.500 euros par mois et peuvent se permettre des loyers plus élevés. Le problème c’est que ceux qui font des demandes des HLM sont au SMIC ou en dessous. Alors pour satisfaire quand même ces demandes de personnes en grande difficulté, on leur attribue parfois des logements sociaux haut de gamme. On serre les dents et on espère que ça tienne. Seulement, ça ne tient pas toujours et on se retrouve dans des situations d’expulsion locative. »

Certes, comme l’indique un rapport de la Cour des comptes du 22 février 2017, il est toujours possible de travailler sur les seuils ouvrant l’accès au logement HLM afin d’augmenter la taille des populations concernées, ou modifier la durée des baux pour augmenter le taux de rotation permettant aux locataires les plus modestes d’en bénéficier plus facilement.

Malheureusement, d’après le président de l’Union sociale pour l’Habitat (USH), ces méthodes s’opposent à la « conception française du logement social », qui serait à visée « généraliste » et non pas « résiduelle » – c’est-à-dire cantonnée aux personnes démunies. Autrement dit, les HLM, dans une politique de rentabilité, préfèrent appliquer des sur loyers en cas d’augmentation des revenus des locataires et favoriser une mixité sociale vers le haut plutôt que de favoriser l’accession aux logements des plus démunis.

À ce rythme-là et pour reprendre les mots de Jean-Baptiste Eyraud de l’association Droit au Logement, la conclusion s’impose d’elle-même : « À terme, les ménages modestes ne pourront plus habiter en logement social. »

Bien joué, l’État. Bravo. Brillante réussite.

J'accepte les Bitcoins !

1BuyJKZLeEG5YkpbGn4QhtNTxhUqtpEGKf

Vous aussi, foutez Draghi et Yellen dehors, terrorisez l’État et les banques centrales en utilisant Bitcoin, en le promouvant et pourquoi pas, en faisant un don avec !

Source : http://h16free.com/2017/03/31/57899-de-la-treve-hivernale-a-lexpulsion-par-letat-de-ses-locataires-modestes