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Payer pour des services sur Internet ? Vraiment ?

vendredi 28 octobre 2016 à 09:36

Nous allons de plus en plus payer ce que nous utilisons. Et c’est, au fond, une excellente chose…

Dans « Vers la fin de la publicité », j’expliquais le caractère destructeur des services gratuits financés par la publicité. Car la publicité n’a de sens que si, à un moment ou un autre, nous achetons des services payants. Au plus les services tenteront de se financer par la publicité, au moins il y aura de services payants et au moins la publicité sera rentable. D’ailleurs, à la surprise générale, la publicité s’avère en effet beaucoup moins rentable qu’initialement espérée.

Comme le souligne Cory Doctorow, même la publicité ciblée s’avère très peu rentable et la seule solution pour des géants comme Facebook ou Google afin de justifier le prix de leurs emplacements publicitaires est de rendre le ciblage de plus en plus efficace et intrusif.

Selon moi, le modèle publicitaire est appelé à se cantonner à quelques acteurs géants. Les « petits » vont soit disparaître soit devenir complètement dépendants de ces géants.

La perversion du modèle publicitaire

Malheureusement, de nombreux services sont dans une dynamique “publicitaire”. Les créateurs de contenus, les plateformes et même les services gratuits qui n’affichent pas (encore) de publicité. Exemple frappant : les startups qui cherchent à capter le plus possible d’utilisateurs sans réfléchir au business model.

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Des milliers de services sont ainsi offerts gratuitement et sans publicité, financés uniquement par les investisseurs. Le résultat ? Soit une faillite pure et simple du service, soit un modèle publicitaire soudain, comme Medium, soit un rachat par une plus grosse structure qui n’a que faire du service mais veut intégrer l’équipe et ses talents à son personnel. On parle alors de « acqui-hire ».

Dans le cas de Medium, cela signifie qu’il faut désormais considérer tout contenu sur Medium comme étant potentiellement une publicité déguisée (native advertising).

Pour les acqui-hire, citons Mailbox, un service de mail et Sunrise, un calendrier en ligne. Deux services que je trouvais absolument géniaux et qui se sont fait racheter avant d’être définitivement coupés. Moralité : un service gratuit n’offre aucune garantie de continuité.

Il ne reste donc plus qu’une solution, une solution considérée comme indigne d’Internet : faire payer l’utilisateur.

La main au portefeuille

Finalement, rien de plus logique ! Si on trouve un service utile, nécessaire et qu’on veut s’assurer une certaine pérennité, il faut mettre la main au portefeuille. Cette simple constatation m’a poussé à prendre un abonnement payant pour le service Pocket alors que mon compte gratuit me suffisait amplement.

C’est un basculement qui est en train de se faire sur le web, non sans douleur. Le cas le plus marquant chez les géants est certainement Evernote, qui, après des années à tester des business models alternatifs (comme vendre des sacs à dos et des carnets de notes) a soudainement augmenté ses tarifs tout en se séparant d’une bonne partie de son personnel.

Les utilisateurs grondent, les blogs posts se multiplient pour présenter des alternatives gratuites. Mais le fait est là, indéniable. Désormais, il va falloir payer ce qu’on aime.

Le cas de Newton

Un exemple que je trouve emblématique est celui de CloudMagic/Newton, service d’email et calendrier, car je vois justement ce service comme un remplaçant possible des défunts Mailbox et Sunrise.

Au départ, CloudMagic était une application mail comme il en existe tant d’autre. Une interface à votre compte Gmail ou Outlook. Cette interface offrait certaines fonctionnalités payantes. L’utilisateur payait une seule fois pour activer une fonctionnalité particulière, un modèle très courant dans le monde des apps et popularisé par les App Store.

Récemment, CloudMagic s’est renommé Newton et est passé au tarif assez important de 50$ par an.

50$ par an uniquement pour avoir une interface mail. À ce prix là, les mails ne sont même pas hébergés, ils restent chez Google, Microsoft ou tout autre serveur. Payer 50$ par an pour une simple interface mail me semblait une hérésie alors qu’un compte Protonmail qui héberge et sécurise vos emails coûte le même prix.

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Exemple de fonctionnalités de Newton

Poussé par la curiosité, j’ai contacté les développeurs de Newton pour en savoir un peu plus. Leur réponse est assez candide : vu le travail qu’ils fournissent et le coût que leur engendre l’infrastructure, un tarif de 1$ par semaine leur semble tout à fait honnête. Ils soulignent également l’hérésie du « one-time payment » imposé par l’appstore. Cela rend le développement de l’application impossible sur le long terme à moins de sortir des nouvelles versions payantes tous les ans, ce qui oblige à généralement maintenir deux versions et fait râler les utilisateurs qui viennent d’acheter une ancienne version lorsque la nouvelle sort.

Mais, sans étonnement, la nouvelle du modèle payant a été très mal perçue par les utilisateurs de CloudMagic qui se sentent pris en otage. À tel point que l’équipe de Newton a dû se fendre d’un mail explicatif soulignant que les seules alternatives au modèle payant sont la publicité et la vente des données utilisateurs à des services publicitaires, modèles qu’ils souhaitent éviter.

Sachant qu’en utilisant Newton, vous leur confiez le mot de passe de vos emails, mieux vaut avoir confiance ! Payer me semble donc une condition nécessaire pour établir une relation de confiance (mais pas suffisante).

La conclusion est simple : si vous ne payez pas un service que vous utilisez, c’est que vous en êtes le produit. Facebook vient immédiatement à l’esprit ! Google, par contre semble sentir le vent tourner. Le géant dispose en effet d’une version payante sans pub de son service mail (Google App) et lance une version payante de Youtube qui permet de retirer les pubs et de rétribuer les créateurs de contenu (Youtube Red) .

L’inéluctabilité du modèle payant ?

Les utilisateurs ne sont pas prêts à payer pour un service ? Et bien, il faut désormais vous y faire : soit votre service va disparaître, soit il va être bardé de publicités et revendre vos données, soit il va devenir payant. Les services très populaires seront les moins chers mais les services plus spécifiques se concentreront sur un petit nombre de clients qui paieront un abonnement important.

L’exemple de Newton (que j’ai vécu à l’identique avec le service Postach.io) démontre l’immaturité à la fois des utilisateurs, qui ne veulent pas payer, et des créateurs de service, pensant naïvement que les utilisateurs vont payer n’importe quel prix choisi au hasard. Et comme je le démontre dans « Quelle est la valeur de votre temps de cerveau », les pubs coûtent énormément à l’utilisateur mais ne reversent qu’une infime aumône au service.

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Au final, je trouve la perspective de payer pour ce qu’on utilise très saine. Cela devrait permettre l’éclosion de services plus petits, plus locaux, plus spécialisés et moins orientés sur la croissance à tout prix.

C’est d’ailleurs, je pense, une superbe occasion de promouvoir le prix libre. Un concept que les développeurs de Newton n’ont même pas envisagé car ils ne le connaissaient pas. Le prix de 50$ par an a été, ils le reconnaissent, choisi un peu au pifomètre en espérant trouver un équilibre entre les coûts réels et ce que les utilisateurs sont prêts à payer. Alors, pourquoi ne pas laisser les utilisateurs le fixer ?

L’alternative du prix libre

Le prix libre serait-il un moyen de conscientiser les utilisateurs ? Je l’espère. Contrairement à l’abonnement fixe, il est également plus juste. Un tarif fixe peut être raisonnable dans un pays et outrancier dans un autre. Enfin, le prix libre est également un bel indicateur de la qualité de votre service. On pourrait même imaginer un abonnement libre à un prix suggéré et de proposer de l’augmenter avec chaque nouvelle fonctionnalité.

Après tout, est-ce que tous ceux qui soutiennent ma page Tipeee ne sont pas en train de payer pour la pérennité d’un service que je leur rends et qu’ils trouvent utile ? Wikipédia et toute la Framagalaxie ne sont-ils pas justement des services à prix libre qui camouflent leur prix libre sous l’appellation « don » ?

L’exemple de Framasoft est pour moi particulièrement éclairant : une panoplie de services gratuits financés par des campagnes de dons ponctuelles. Le tout avec une éthique notable et malheureusement trop rare : code open source uniquement et garantie de la confidentialité de vos données. Dernier exemple en date de leur campagne pour « dégoogliser Internet » ? Une alternative à Evernote, justement.

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La mission de Framasoft illustrée par Gee.

Et si au lieu d’un don ponctuel ou annuel à Wikipédia, à Framasoft, JCFrog ou même à ce blog, nous pensions ces dépenses comme un abonnement annuel à prix libre pour des services utiles ? Un abonnement pour dire « J’aime ce que vous faites et ça m’est utile, continuez ! ».

Au fond, c’est ce que devrait être toute dépense que nous faisons, sans exception. Une manière de dire « J’aime ce que vous faites ». Vu comme ça, acheter un concombre dans une grande surface et faire le plein d’essence chez Total deviennent soudainement des actes moralement difficiles…

 

Précision : lors de nos échanges par mail, les développeurs de Newton m’ont spontanément offert un abonnement à vie à leur service, sans que je leur aie demandé. C’était complètement inattendu mais je les remercie. J’ai également reçu la possibilité d’offrir 3 abonnements d’un an aux lecteurs qui m’en feront la demande.

Les photos sont issues d’une action citoyenne crowdfundée sur Kickstarter visant à remplacer toutes les publicités d’une station de métro londonienne par des photos de chat.

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Source : https://ploum.net/payer-pour-des-services-sur-internet-vraiment/


L’inlassable quête de rivages

vendredi 21 octobre 2016 à 10:59
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D’un coup sec, j’enfonce le clou dans la planche vermoulue. Avec un bruit mat, le marteau s’écrase sur le bois, éclaboussant l’obscurité d’un remugle de saumure.

Du bout des doigts, je caresse l’intérieur de la coque, explorant les sillons, les mousses et les algues se frayant un passage à travers les planches.

— Tu n’en as plus pour longtemps, murmuré-je à l’intention du Corsaire.

Dans la pénombre, un long craquement mélancolique me répond. Je souris d’une silencieuse tristesse avant d’être interrompu par le claquement joyeux des bottes résonnant au dessus de ma tête.

Traversant la cale, enjambant par réflexe les éléments de charpente, je me dirige vers l’échelle.

— Oh camarades ! Que nous vaut ce brouhaha, m’exclamé-je ?
— Regarde, Petit père ! Regarde ! Il s’approche, il nous accoste !

Mais face à l’azur adamantin, mes pupilles chthoniennes clignent, se froissent et capitulent. Je ne suis qu’une escarbille embrasée dans l’éclatante blancheur de l’air libre.

— Qui nous accoste ?
— L’Espérance ! Les voilà !

Un choc sourd fait trembler la coque, immédiatement suivi d’une clameur de joie. Des voix nouvelles m’envahissent, des rythmes de pas inconnus se font entendre, des odeurs de vies assaillent mes narines.

— Bravo ! Bienvenue ! Vie l’Espérance ! Vive le Corsaire.

On s’embrasse dans les coursives, on se roule dans les cabestans, on rit, on chante, on mélange les odeurs et on danse au son de l’onde.

Je devine l’approche du contremaître qui, d’un coup sec, arrache la bâche sur notre pont et dévoile la carcasse que nous étions en train de construire. Je sens sa fierté jaillir par tous les pores de sa peau alors qu’il entonne le discours traditionnel.

— Camarades ! Nous, marins du Corsaire, avons construit une carcasse qui nous succédera et continuera notre inlassable quête de rivages. Cependant, il nous manque la coque. Nous avons les mâts, apporterez-vous les voiles ?
— Camarades ! répond une voix nouvelle, feutrée, profonde, chargée d’embruns. Nous, marins de l’Espérance, avons tissé des voiles et avons en suffisance des planches pour réaliser une coque.
— Comment appellerons-nous ce fier navire qui portera vos voiles sur nos mâts ?
— Le Bienvenue !

Comme un seul homme, les deux équipages se lèvent et entonnent un chant fait de vivas, de battements de pieds et d’applaudissements.

Je souris à cet ouranien univers avant de replonger vers le fond de cale afin d’annoncer la nouvelle au Corsaire.

C’est un fameux voyage que le Corsaire et l’Espérance vivent côte-à-côte. Souvent, j’entends la coque de l’Espérance râper un peu plus profondément les planches déjà moisies du Corsaire. J’ai beau l’enduire de goudron, le colmater d’étoupe, il râle, souffle et craque.

— Petit père ! Petit père ! Viens donc voir le Bienvenue !

Une main jeune et ferme me guide sur le pont, mêlant de lumineuses effluves d’épice à la douceur ligneuse du sapin frais.

— Attention Petit père ! Il y a des trous. Nous avons utilisé les planches pour le Bienvenue.
— Attention Petit père, le cordage a été coupé et placé dans le Bienvenue.

Que de changements ! Que de transformations ! Le Corsaire est-il donc désossé ?

— Le Bienvenue me semble si petit. Pourra-t-il emporter beaucoup de monde ?
— Tu sais, Petit père, nous l’agrandirons durant le voyage. Alors, certes, nous serons serrés au début. Mais, très vite, nous prendrons nos aises ! Et puis, le voyage ne sera plus long. Nous sommes convaincus que le Bienvenue accostera !
— Accoster…

Je pousse un profond soupir et adresse à cette jeune voix pleine d’énergie ma plus belle larme de sourire.

— Camarades, il est temps de mettre le Bienvenue à l’eau ! Hardi ! Ho Hisse ! Ho Hisse !

Une éclaboussure d’écume me trempe de son vibrant fracas. Par toutes les écoutilles jaillit la joie et la clameur. Une main s’accroche à mon paletot défraîchi.

— Tu embarques Petit père ?

J’hésite. Je déglutis.

— Non. Je reste sur le Corsaire.
— Mais n’as-tu pas dit qu’il n’en avait plus pour très longtemps ?
— Je sais, mais c’est encore suffisamment longtemps pour moi.
— Mais nous avons utilisé ses planches, ses cordages, ses poulies. Il ne peut plus naviguer.
— Il naviguera bien assez pour moi.
— Es-tu sûr Petit père ?
— Oui, certainement.
— Alors, larguez les amarres !

Les voix et les rires se font soudainement lointaines.

— Bonne chance Petit père ! Merci !
— Bon voyage Bienvenue ! Bons rivages !

Pendant de longues minutes, de longues heures, je continue à agiter la main en direction du Bienvenue. Je sais qu’il ne me voient plus mais j’ai l’intime conviction de les sentir, que mon adieu est nécessaire, pertinent.

À pleins poumons, je respire cet air silencieux dans lequel le Corsaire s’est encalminé.

Me guidant prudemment sur les restes dépecés de rambardes, enjambant les outils oubliés et les planches arrachées, je retourne paisiblement vers la confortable moiteur de la cale.

— Dis-moi Corsaire, tu crois qu’ils vont aborder ? Tu crois qu’ils ont une chance de trouver un rivage ?

Le bruit sec d’une planche qui casse me fait sursauter.

— Ou peut-être pourront-ils construire un bateau qui, lui atteindra le rivage ?

Des doigts, je frôle une concrétion marine tandis que l’odeur de la mer me pénètre.

— Le rivage existe-t-il vraiment ? N’est-il pas une invention, une chimère ?

Mes sabots se remplissent d’une eau clapotante, mes doigts s’engourdissent.

— Au fond, cela a-t-il la moindre importance ?

Un grincement humide suivi d’un craquement bref. Le Corsaire se penche brusquement au point de me faire chanceler.

— Au fond Corsaire… Au fond j’ai toujours voulu savoir… Au fond, nous allons…

 

Mont-Saint-Guibert, le 2 décembre 2015. Photo par Peter Kurdulija.

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Elon Musk est-il un voyageur du futur ?

vendredi 14 octobre 2016 à 14:56
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Je viens de terminer un livre qui m’a convaincu qu’Elon Musk, le célèbre CEO de Tesla et SpaceX, est un voyageur du futur perdu dans notre époque. Que ses actions nous révèlent ce qu’il connaît de notre avenir immédiat.

Le résumé du livre

Alors qu’il se ballade tranquillement dans la rue, un homme sans histoire se retrouve brutalement ramené 1400 ans dans le passé.

Grâce à sa culture générale, il arrive à comprendre ce qui lui est arrivé et à se débrouiller dans la langue de l’époque. Préoccupé par sa survie immédiate, il va tout d’abord monter une petite affaire en utilisant ses connaissances du futur. Un produit basique, facile à réaliser qui rencontre immédiatement le succès.

Cette petite réussite permet à notre voyageur temporel de lancer d’autres entreprises. Il sait que, d’ici quelques années, le monde va connaître de grands bouleversements et tomber pour plus d’un millénaire dans un âge sombre de ténèbres, de misère, de famine et de maladie. Un millénaire dont il faudra plusieurs siècles pour s’extraire.

En tentant d’apporter le plus d’innovations possibles, notre héros va chercher à préserver l’humanité de ces ténèbres. Sans répit, sans relâche, il crée des entreprises qu’il doit toutes diriger lui-même, les artisans et les travailleurs de l’époque n’étant souvent tout simplement pas capable de suivre ses instructions à la lettre ou s’évertuant à en tirer un petit profit personnel.

Il tente également d’alerter les intellectuels sur l’imminence de la catastrophe mais elle semble bien lointaine ou irréaliste à toute une population qui trouve bien plus important de se perdre en arguties théologiques ou à comploter pour obtenir un ersatz de pouvoir déliquescent.

Souvent incompris, traité comme un fou mais respecté pour ses succès économiques, notre infatigable voyageur temporel ne prendra même plus le temps de dormir, tentera vainement d’avoir une vie amoureuse mais sera à chaque fois rattrapé par l’urgence absolue de tout tenter pour protéger l’humanité. Il aura à lutter contre l’incrédulité et les croyances absurdes d’un peuple confondant modernité et décadence.

Une coïncidence troublante

Écrit juste avant la seconde guerre mondiale par l’écrivain américain Lyon Sprague de Camp, « De peur que les ténèbres » nous fait suivre Martin Padway, jeune archéologue qui est, dès la seconde page, transporté au VIème siècle dans les derniers jours de l’empire romain.

Fin connaisseur de l’histoire, il va tenter de conjurer l’inéluctable chute de l’empire en tentant des actions à court terme, afin d’éviter les erreurs les plus flagrantes, et des actions à long terme, par l’introduction de technologies comme les chiffres arabes, le sémaphore, l’imprimerie et la presse écrite. À court terme, il cherche à éviter que l’Italie tombe dans le chaos. À long terme, il souhaite éviter l’obscurantisme religieux et l’ignorance qui mènera à un millénaire de misère.

Hormis son caractère de classique de la SF des années 30 et de précurseur de l’uchronie, « De peur que les ténèbres » n’a rien de transcendant. Si ce n’est le particulièrement troublant parallèle que je n’ai pu me retenir de faire avec la vie d’Elon Musk, fondateur de Tesla et de SpaceX.

Tout comme Martin Padway, Elon Musk semble pris par une frénésie d’entreprises, d’innovations. Rien n’est jamais assez bien à son goût et il supervise la plupart des développements importants. Tout comme Martin Padway, Elon Musk ne semble pas attiré par l’argent ou la réussite. À chaque succès, il réinvestit absolument tout dans une nouvelle aventure. Il y’a chez Elon Musk, comme chez Martin Padway, une urgence vitale, obsessionnelle.

Chaque entreprise est considérée comme folle, vouée à l’échec. Pourtant, elles finissent souvent, mais pas toujours, par se révéler des succès même si ce n’est pas immédiat.

Elon Musk serait-il, comme Martin Padway, un voyageur temporel ? Est-il un homme parfaitement banal né en 3400 ? Par sa culture générale, il sait alors que l’humanité s’apprête à vivre une catastrophe.

Cette catastrophe initiale est l’invasion de l’Italie par le général romain Bélissaire pour Martin Padway et la crise du réchauffement climatique pour Elon Musk. Cela expliquerait cette urgence de développer Tesla et Solar City. De faire sortir l’humanité du pétrole en quelques années et non en quelques générations. Car chaque mois compte dans cette course contre la montre afin de prévenir la destruction inéluctable de la planète.

Un période sombre pour l’humanité

Nos voyageurs temporels sont également convaincus que l’humanité va connaître un millénaire de disette et de misère. Pour Martin Padway, la religion et l’ignorance seront les principaux responsables de ce moyen-âge. Il introduit donc l’imprimerie, le télégraphe, les chiffres arabes, la gravitation, l’héliocentrisme. Des innovations qui devraient permettre de conjurer les ténèbres sur le long terme.

Elon Musk, lui, introduit OpenAI dont le but est d’encadrer la recherche sur l’intelligence artificielle afin de s’assurer que celle-ci ne soit pas néfaste pour l’humanité. La crainte d’une intelligence artificielle partagée par de nombreux intellectuels dont le physicien Stephen Hawking.

Si les deux hommes semblent avoir sacrifié leur sommeil et une vie amoureuse normale, ils ont néanmoins leur point faible, leur petit plaisir qui sera banal à leur époque mais est strictement impossible dans le passé où ils ont été projetés. Martin Padway veut lancer la construction de bateaux capables de rejoindre les Amériques afin de ramener du tabac. Elon Musk a lancé SpaceX afin d’aller sur Mars. Mais à quelle fin ?

Les enseignements du futur

Si l’on accepte  l’idée qu’Elon Musk soit bel et bien un voyageur du futur égaré dans notre époque, ses actions nous apprennent beaucoup sur notre avenir. Et ce n’est pas particulièrement réjouissant.

Tout d’abord, le réchauffement climatique et la consommation de pétrole vont créer très rapidement une catastrophe importante. La bonne nouvelle c’est qu’il est sans doute encore possible de l’éviter ou de la limiter mais il faut agir tout de suite. Tout comme Martin Padway, Elon Musk fait face à un déni bâti sur l’immobilisme, l’idiotie et la superstition.

En deuxième lieu, les intelligences artificielles vont asservir les humains et leur faire connaître une période terriblement difficile. La bonne nouvelle c’est que les humains vont survivre, au moins assez longtemps pour nous envoyer Elon Musk. Mais il serait sage de prendre au sérieux les avertissements sur le sujet.

Le troisième enseignement c’est qu’en 3400, il est relativement facile d’aller sur Mars et, visiblement, cela en vaut la peine. Enfin une bonne nouvelle !

Finalement, il paraît évident que pour un individu du 35ème siècle nous sommes tous des arriérés superstitieux et obtus, incapables d’avoir une compréhension globale du monde. Malgré tous les efforts que le voyageur temporel fait pour nous sauver de nous mêmes et de nos ridicules guerres religieuses ou nationalistes, nous nous évertuons à nous croire invincibles et à ne pas voir plus loin que le bout de notre nez.

Au fond, l’enseignement immédiat que nous pouvons tirer de la connaissance du futur d’Elon Musk c’est que le réchauffement climatique et les intelligences artificielles non-contrôlées sont des problèmes graves à régler bien plus rapidement que de savoir qui fait partie de quel pays et quel livre sacré est le meilleur.

Peut-être que tout ceci n’est qu’une coïncidence et qu’Elon Musk ne vient pas du futur.

Mais voulons-nous vraiment prendre ce risque ? Que pensez-vous que penseront les humains de l’an 3400 de nos actions, de nos comportements quotidiens et de notre immobilisme ?

 

Photo par Thierry Ehrmann.

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Source : https://ploum.net/elon-musk-est-il-un-voyageur-du-futur/


L’humanité est-elle condamnée à disparaître comme les dinosaures ?

lundi 10 octobre 2016 à 12:41
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Depuis leur découverte, le gigantisme des dinosaures passionne les hommes. Comment la nature a-t-elle pu produire de tels monstres ? Et comment ont-ils pu disparaître massivement alors qu’ils étaient les rois de la planète ? Sommes-nous condamnés à subir le même sort ?

Trois questions qui sont étroitement liées.

Une question de taille et d’énergie

Le gigantisme des dinosaures n’est, après tout, que le résultat d’une évolution parfaitement logique.

Dans un monde où règne la loi de la jungle, manger ou être mangé, être gros est un avantage indéniable. Plus on est gros, plus on est difficile à attaquer.

Suite à cette stratégie évolutive, les sauriens sont donc devenus de plus en plus grands, de plus en plus forts. Même les herbivores sont devenus gigantesques afin de ne pas représenter une proie trop facile.

Cependant, plus un corps est grand, plus il a besoin d’énergie pour se maintenir en vie et pour se déplacer. La seule source d’énergie utilisable par les dinosaures est la nourriture. Chasser ou cueillir, afin de trouver de l’énergie, demande donc paradoxalement énormément d’énergie.

Cette croissance en taille est donc limitée par la capacité physique à extraire de l’énergie de l’environnement. Et, tout simplement, par la capacité de l’environnement à se régénérer pour fournir cette énergie.

Acculés dans les limites physiques du rendement énergétiques, condamnés à passer leur vie à extraire de l’énergie de leur environnement, les dinosaures étaient donc à la merci du moindre changement rendant l’énergie plus rare.

Si l’on explique souvent la disparition des dinosaures à cause d’une météorite, hypothèse très plausible, il faut préciser que le météorite en question n’a fait qu’accélérer un déclin qui était de toute façon inéluctable. Les dinosaures ne pouvaient pas survivre.

Remplacer le gigantisme par l’intelligence

L’évolution a donc suivi une autre stratégie. Le gigantisme physique étant un cul-de-sac, les espèces qui survécurent à la raréfaction des ressources développèrent une autre caractéristique : l’intelligence.

Avec l’intelligence, les individus pouvaient se défendre (éviter d’être mangé) et trouver à manger sans nécessiter des ressources gigantesques.

L’intelligence est-elle donc la solution ?

Les dinosaures ont régné sur la terre durant 160 millions d’années avant de disparaître. Après seulement 65 millions d’années, l’intelligence est sur le point de détruire la planète. Tout semble indiquer que l’intelligence serait donc encore pire que le gigantisme !

En effet, l’intelligence a permis très vite l’apparition de la collaboration afin d’optimiser la protection des individus et la recherche de ressources.

Les groupes d’individus suivirent la même logique évolutive que les dinosaures et il s’avéra que plus un groupe était gros, plus il était puissant. Les groupes n’eurent donc d’autres ambitions que de devenir de plus en plus gros. Pour les tribus, les empires, les pays, les religions et désormais les entreprises, la croissance était le seul moyen de survivre.

Tout comme les dinosaures, les groupes d’individus sont donc désormais devenus gigantesques, consommant des quantités incroyables de ressources uniquement pour se maintenir en vie.

Contrairement aux dinosaures, il n’a pas été nécessaire d’attendre une météorite : la consommation de ressources et la production de déchets sont telles que le cataclysme est généré par les groupes d’individus eux-mêmes !

Une extinction inéluctable

L’histoire des dinosaures illustre que ce système ne peut que s’écrouler violemment. Les dinosaures ne se sont pas adaptés en devenant plus petits, plus raisonnables. Ils ont tout simplement disparus, laissant la place à d’autres espèces.

Il est illusoire d’espérer une autre issue pour notre situation particulière.

Par ailleurs, contrairement aux dinosaures, ce ne sont pas les individus qui sont inadaptés mais les groupes d’individus.

Une question reste donc ouverte dont la réponse ne dépend que de nous : la disparition des groupes gigantesques d’être humains doit-elle entraîner la disparition des êtres humains ?

Notre système va-t-il laisser la place à une toute autre espèce qui colonisera une terre ravagée ? Ou bien les homo sapiens sapiens vont-ils évoluer afin de survivre ?

Quelques soient nos choix, la disparition du système peuplé de nations, de religions et de multinationales est désormais inéluctable.

Si nous ne nous en détachons pas rapidement, nous disparaitrons avec, comme des marins accrochés à la coque de leur navire en train de sombrer.

Notre seul espoir, en tant qu’espèce, est donc de nous distancier au plus vite de ce système. D’inventer un nouveau système qui n’est plus fait de groupes en compétition mais d’individus en collaboration. De ne plus chercher à grossir au détriment des autres mais de nous entraider.

Pour éviter de disparaître comme les dinosaures, nous devons devenir Homo Collaborans !

 

Photo par Jordan.

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Source : https://ploum.net/lhumanite-est-elle-condamnee-a-disparaitre-comme-les-dinosaures/


Printeurs 40

samedi 8 octobre 2016 à 15:50
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Ceci est le billet 40 sur 41 dans la série Printeurs

Le taxi dans lequel Nellio, Eva, Max et Junior s’enfuient est soudainement balayé par une explosion terroriste.

 

Très vite, je repère les journalistes qui filment l’événement. Les terroristes font toujours très attention de ne pas les blesser afin de donner une visibilité maximale à leur action.

— Par ici ! crié-je.

Mais les terroristes semblent de plus en plus nombreux. Tous les clients sortant du centre commercial de l’autre côté de la rue sont abattus sans pitié. Des grenades sont lancées à travers les vitrines des magasins.

— C’est pas un petit attentat de misère, murmure Junior. On n’a pas intérêt à se faire remarquer.

Trop tard ! Un terroriste isolé nous a aperçut et pointe son arme vers notre petit groupe.

— Nous sommes journalistes ! crie Eva.
— Continuez ! renchérit Junior. Vous êtes en train de devenir le hashtag top trending du jour.

Le terroriste baisse son arme, indécis, mais continue à se rapprocher de nous. Il est vêtu comme n’importe quel étudiant, il est jeune et son regard ne respire aucune haine particulière.

— On est vraiment le hashtag top trending ? demande-t-il d’une voix hésitante.
— Oui, répond Eva. Faut dire que vous avez fait du beau boulot.
— Fait voir tes chaussures ? demande Junior. Génial, c’est justement la marque qui sponsorise notre émission ! Tu peux prendre une pause un peu aggressive ? Je vais te filmer avec mes implants rétiniens.

Flatté, le terroriste obtempère. Je l’entends murmurer en pointant le doigt vers le ciel :
— Tu es vengé mon frère ! Toi dont l’attentat n’avait eu aucun retentissement médiatique, c’est à toi que je dédie ce hashtag top trending !

Prudemment, nous opérons une retraite stratégique. La voix chaude et grave de Max me parvient, comme un souffle d’été :

— Reculons progressivement. Les collègues de Junior ne vont pas tarder. Abritons-nous derrière les journalistes.
— Tiens, ajoute Junior, je n’ai jamais compris pourquoi certains blogueurs étaient appelés des journalistes et d’autres des blogueurs. Y’a une raison particulière ?
— Les journalistes reçoivent de l’argent public en plus de la publicité traditionnelle, fais-je.
— Mais pour quelle raison ?
— C’est historique. C’est pour s’assurer de leur objectivité.
— Ah ? Et ça marche ?
— À ton avis ?
— À mon avis, c’est complètement stupide.
— Ça s’appelle une tradition.
— C’est ce que je dis, c’est complètement stupide. Mais sinon, je trouve ça cool de voir un attentat autrement qu’à travers un avatar. Avec mon vrai corps !
— Ça change quelque chose ?
— Rien du tout ! C’est juste cool.
— L’euphorie de l’implant… intervient Max.

À pas prudents, nous nous sommes éloignés de l’attentat de manière suffisante pour pouvoir nous mêler aux badauds qui, à distance prudente, apprécient le spectacle.

— Bon, et bien il nous reste à trouver un moyen de rejoindre le siège du conglomérat. Le tout sans utiliser le moindre ordinateur ni appareil électronique. Ça va être du gâteau. Je ne sais même pas dans quelle direction il faut aller.
— Et si on demandait ?

Je reste un instant étonné de ne pas y avoir tout simplement pensé. Le sentiment d’être traqué m’a transformé en coupable. J’ai peur de toute interaction. Selon tous les algorithmes de surveillance, mon comportement doit être éminemment suspect pour la seule et unique raison que je sais être suspect. Prenant une profonde inspiration, je m’approche d’une des passantes qui se met sur la pointe des pieds pour tenter de filmer l’attentat et, qui sait, obtenir une vidéo qui deviendrait virale.

— Excusez-moi…
— Vous avez vu ? Vous venez de là-bas, non ? C’est dangereux ? Ça vaut la peine de filmer ?
– C’est plein de journalistes mais…
– Oh, les journalistes, vous savez ce que c’est. Ils filment tout puis ne montrent que ce qui les arrange après montage. De toutes façons, les journalistes, ils sont tous complices.
– Est-ce que vous pourriez…
– Oh, je sais ce que vous allez dire. Ils ne sont pas tous pareil, il y’en a des biens. Mais à partir du moment où ils sont payés par l’état, que voulez-vous, c’est la porte ouverte au clientélisme !
– Je cherche à…
– Alors je ne cautionne pas du tout les journalistes subventionnés mais si je pouvais faire une vidéo dont ils me rachèteraient l’exclu, ça m’arrangerait, vous comprenez ? Ou alors je la revends aux sites privés. Ils paient mieux !
— Mais…
— Je sais ce que vous allez dire : pourquoi ne pas mettre moi-même la vidéo en ligne et toucher les royalties des publicités ? J’avoue m’être posé la question mais si jamais je ne fais pas le buzz, je perds tout ! C’est un fameux risque, vous ne trouvez pas ?

Impuissant face à l’intarissable torrent de paroles de mon volubile interlocuteur, je cherche machinalement de l’aide dans le regard de sa voisine qui s’est rapprochée, interpellé par cet étrange monologue. Celle-ci réagit à mon appel silencieux en brandissant une caméra montée en bague sur son poing serré.

— Quoi ? Vous préférez donc les pseudo-journalistes publicitaires aux journalistes d’état ? Les journalistes d’état, eux au moins, n’ont pas pour métier de nous abrutir avec de la publicité !
— Ah non, répond mon premier interlocuteur ? Pourtant ils utilisent également de la publicité !
— Pas tous ! Et ce n’est qu’une aide supplémentaire.
— Donc vous voulez dire que ce sont des publicitaires sponsorisés par l’état ?
— Ils ont une éthique ! Et je préfèrerais cent fois leur vendre ma vidéo même si cela signifie en toucher un prix inférieur !
— Une éthique ? Quelle vaste blague !
— Parfaitement ! Et ils ont au moins la décence de désactiver les publicités joyeuses pour les événements dramatiques, eux ! Il y a des gens qui se font tuer à quelques mètres de nous et des charognards comme vous ne cherchent qu’à les filmer pour faire vivre des publicitaires !
— Vous faites pareil, madame !
— Non, moi je cherche à fournir du matériel à des journalistes responsables afin d’informer les citoyens, c’est complètement différent !

Je recule prudemment. Max me touche l’épaule de sa main mi-écorchée, mi-métal. Personne ne semble faire attention à lui. Tout au plus lui demande-t-on s’il a été blessé dans l’attentat.

Par gestes, il me montre une automobile semi-blindée un peu à l’écart dans laquelle Eva et Junior sont en train de s’afférer. Emboitant le pas à Max, je m’y engouffre sans poser de questions.

Une rafale retentit, suivit d’un léger bruit de réacteur. À la place où je me tenais, les deux cadavres de mes interlocuteurs gisent, déchiquetés.

— Un drone de combat, ai-je le temps de murmurer.
— Oui, m’explique Max. Ils sont programmés pour détecter les comportements pré-terroristes en se basant sur les données comportementales des individus, leurs utilisations des réseaux sociaux, etc. La conversation que ces deux là viennent d’avoir a sans doute du activer une série de mots clés.
— Mais ils n’étaient pas terroristes !
— Un faux positif… La rançon de la technologie.
— Et les terroristes eux n’ont pas été arrêtés !
— Un faux négatif…

Je ne réagis même pas. Tout cela me semble normal. Je me contente de regarder l’intérieur de la voiture dans laquelle je viens de m’asseoir.

 

Photo par Elizabeth Amore Bradley.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Source : https://ploum.net/printeurs-40/