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Il faudra la construire sans eux…

mercredi 24 décembre 2014 à 02:02
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Petite histoire de l’humanité à travers le pouvoir et l’écriture.

Depuis ma brève expérience en politique, on me demande souvent si je compte persévérer, quel politicien je soutiens ou quel serait le type de parti susceptible de faire avancer les choses.

Mais je pense que le concept même de politicien est usé, dépassé, qu’on ne peut plus compter sur eux.

Les politiciens sont désormais des machines à gagner des élections, à faire des voix. Ils sont déconnectés de la réalité, ne savent pas ce que c’est d’envoyer un CV, de travailler, d’être indépendant, chômeur, employé, bénévole dans l’ombre.

Alors que notre société est de plus en plus technologique, on ne trouve presque pas de scientifiques ou d’ingénieurs parmi les politiques. Aucun visionnaire, aucun imaginatif, aucun artiste. À la place, des juristes, des anciens journalistes voire, pire, des politiciens de formation.

Ils ne comprennent pas le web, les médias sociaux. Ils sont nés pour faire le show dans les journaux et, s’ils sont là, c’est parce qu’ils ne peuvent pas penser autrement, parce qu’ils sont les meilleurs dans leur domaine qui est de serrer des mains, de passer dans les médias traditionnels et négocier leur politique politicienne. Je l’ai vécu personnellement : la simple illusion du pouvoir corrompt et rend inapte à la moindre pensée, à la moindre réflexion. Tout est justifiable et rien n’a plus de sens si ce n’est être élu.

La politique, comme l’industrie du disque ou les chauffeurs de taxis, est une vocation morte qui va disparaitre, qui doit disparaitre. Mais, comme tout business model, leur agonie va être violente, douloureuse, pleine de dommages collatéraux.

Oui, je crois en une société de demain ouverte, riante, libre. Mais il faudra la construire sans eux…

Pourquoi ? Tout simplement car compter sur les politiciens pour faire évoluer le monde, aussi bien intentionnés soient-ils, revient à demander aux aristocrates de 1789 de bien vouloir, s’il vous plait, destituer le roi, lui couper la tête et renoncer à leurs privilèges.

Pour comprendre cette analogie, peut-être est-il utile que je fasse un bref retour sur l’histoire de l’humanité, rien que ça, à travers les trois grandes ères traversées par notre espèce.

 

L’ère de la force

Depuis l’apparition du premier animal, la force brute était synonyme de pouvoir.

Le chef d’un groupe d’humains était, sans contestation possible, le plus fort d’entre eux. Pour devenir chef à la place du chef, il suffisait de vaincre ce dernier. L’autorité d’un chef se volatilisait dès qu’on n’était plus à portée de sa force.

Bien sûr, la force pouvait parfois être complétée par de l’astuce ou de l’intelligence mais ces qualités étaient au service de la force brute, de la capacité de tuer.

 

L’ère de la transmission

L’humanité prend un tournant historique en inventant l’écriture. Au départ simple outil comptable, il va très vite se révéler incroyablement disruptif. Grâce à l’écriture, un homme peut transmettre une information à un autre.

Géographiquement, cela signifie qu’un chef peut étendre son autorité. Il peut donner des ordres et être informé des résultats. L’écriture permet également d’inventer l’acte de propriété. Un chef peut déclarer “propriétaires de terrains” les membres de son clan grâce à une preuve écrite et donc transmissible ou échangeable. L’intérêt du chef est que le propriétaire du terrain paie un impôt. En échange de cet impôt, le chef s’engage à faire respecter le droit de propriété. Les armées professionnelles font donc leur apparition : elles sont l’outil du chef pour protéger les propriétaires qui lui versent l’impôt.

Mais la transmission de l’information n’est pas uniquement spatiale : elle est aussi temporelle. Le chef peut désormais transmettre son autorité à sa descendance.

Cette tendance est fondamentalement logique : la force pure n’est plus une qualité intéressante chez un chef, désormais un souverain. À la place, un bon souverain doit être gestionnaire. Contrairement à la force brute, la bonne gestion est une qualité très complexe qui nécessite de l’éducation. Le souverain donne donc une éducation à ses descendants afin qu’ils soient intellectuellement aptes à utiliser l’autorité qu’ils recevront.

Ce principe est tellement efficace que des empires immenses se créent. L’Égypte antique doit son succès millénaire à l’utilisation de l’écriture et à la création de dynasties. Mais administrer des territoires si gigantesques nécessite une organisation complexe de la société. Il s’en suit l’apparition de castes très précises. Encore une fois, l’écriture est au centre du processus et permet d’appartenir à une caste élevée : les fameuses “lettres de noblesse”. La même écriture permet l’invention du système économique grâce à la “reconnaissance de dette”.

Si elle était isolée, la minorité noble serait à la merci de la moindre rébellion des classes inférieures. C’est pourquoi une caste transversale fait très tôt son apparition : les prêtres.

La religion est, elle aussi, un pur produit de l’écriture. En fixant sur le papier des règles, des rites, des superstitions et des légendes qui évoluaient joyeusement avec le temps, la religion devient une entité figée extrêmement liée au pouvoir. Elle assène des vérités sacrées car écrites. Ce qui est écrit est indiscutable. La première de ces vérités indiscutables est généralement que le pouvoir du souverain provient de dieu.

La religion est donc un outil extraordinaire qui permet de contrôler ce qu’est la vérité absolue et de l’enseigner jusque dans les plus basses classes. Dans un monde où l’on ne communique que de “un à un” ou “un à très peu”, la religion est le réseau de communication, de distribution de l’information. Toute la subtilité de la religion tient au fait que, tout en étant un adjuvant essentiel du pouvoir, elle cultive en son sein une certaine frange rebelle et rassemble autour d’elle toute velléité de contestation. Le problème étant, bien entendu, lorsque ces franges rebelles prennent trop d’importance. Mais c’est une autre histoire.

Si la religion et le pouvoir temporel ne pouvaient se passer l’un de l’autre, il résultait souvent du partage du pouvoir des tensions, des intrigues, des transfuges.

 

L’ère de la diffusion

Au fil des siècles, les empires se succèdent, appliquant la recette avec plus ou moins de succès. À chaque fois, un déséquilibre trop important entre le clergé et les aristocrates entraine le déclin d’un empire et son remplacement.

Mais au XVème siècle apparaît un outil qui, à première vue, ne sert qu’à faciliter l’écriture. Il devrait donc renforcer le pouvoir en place. Cet outil, c’est l’imprimerie.

Preuve de l’ingénuité de ses concepteurs, l’imprimerie servira tout d’abord à imprimer des bibles, le livre religieux contenant les vérités absolues de cette époque-là.

Cependant, l’impact de l’imprimerie se révélera beaucoup plus profond. Il est en effet possible, pour une personne seule, de communiquer vers une multitude, géographiquement et temporellement. La société humaine passe d’une communication de “un à un” vers “un à plusieurs”.

Les conséquences immédiates sont l’explosion des connaissances, de la réflexion et de la science. Ce que nous appelons “Renaissance” n’est, selon moi, pas dû à la chute de l’Empire romain d’Orient, comme on me l’a enseigné à l’école, mais bien à la démocratisation du savoir grâce à l’imprimerie. Malheureusement, la méthode scientifique et la réflexion intellectuelle vont à l’encontre de la religion.

Mais l’impact le plus évident de l’imprimerie est la gestion de la richesse. Avant l’imprimerie, il était nécessaire d’entreposer sa richesse et de la protéger. Richesse rimait donc avec aristocratie. Cependant, certaines personnes comprennent bien vite qu’il est tout simplement possible d’imprimer de l’argent. Il suffit de proposer aux gens de garder leur fortune et, en échange, de leur donner un reçu imprimé, un “billet de banque”.

Cette invention va complètement saper l’aristocratie tout comme la science sape la religion.

Grâce aux billets de banque, les aristocrates s’endettent afin de maintenir un “train de vie”. Pour eux, la noblesse est plus importante que la fortune. Ceux qui sauront particulièrement exploiter ce filon sont à la base des plus grandes fortunes d’aujourd’hui. Citons par exemple la famille Rotschild.

Les aristocrates sont affaiblis, la religion est affaiblie : il ne manque qu’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Cette étincelle sera, de nouveau, provoquée par l’imprimerie : les écrits séditieux et les poèmes révolutionnaires seront les déclencheurs de la Révolution française.

Celle-ci aboutira, malgré une tentative de restauration, à l’instauration d’un nouveau régime mondial.

Si la religion était le canal permettant d’asseoir l’autorité de l’aristocratie, le nouveau régime, lui, utilise intensivement les moyens de diffusion : journaux imprimés puis radio et télévision. Ceux-là mêmes qui ont causé la perte du régime précédent !

Grâce à l’usage d’élections, dont les résultats sont en grande partie contrôlés par ce que racontent les médias, le peuple accepte dorénavant religieusement ses nouveaux maîtres. La messe est remplacée par le journal parlé et “se tenir informé” devient , en lieu et place de la piété, l’indispensable qualité d’un citoyen honnête et responsable. Le tout nonobstant le fait que l’information est hyper centralisée et contrôlée.

Le pouvoir échoit donc à ceux qui contrôlent le mieux l’information, qui savent utiliser le média qui convient le mieux. La radio permettra l’ascension d’un Hitler ou d’un Charles de Gaulle mais la télévision propulsera un Kennedy.

Tout comme les puissants de l’ancien régime oscillaient entre le clergé et la noblesse, les puissants actuels sont un habile équilibre entre les communicants, les politiciens et les banquiers. Les banquiers financent les politiciens qui, en échange, leur donnent le pouvoir d’imprimer de l’argent garanti par l’état. Les communicants (dont la partie la plus visible tire justement son nom de l’imprimerie : “la presse”) sont, comme la religion avant eux, un soutien perpendiculaire au pouvoir, un exutoire à la rébellion, un outil de contrôle des foules et une antichambre pour permettre aux éléments les plus brillants de devenir politiciens. En échange, ils ont le pouvoir absolu de déterminer arbitrairement qui sera célèbre.

Remarquons que, par rapport à l’ancien régime, il y a désormais trois classes qui consolident le pouvoir. Afin de garantir l’illusion du choix, il est indispensable d’entretenir plusieurs factions politiques. Cette alternance est certainement un progrès par rapport à l’aristocratie et a permis d’appeler ce mode de gouvernement “démocratie”. Démocratie qui s’est faite un devoir de devenir mondiale, à la fois par la force et la propagande. Étymologiquement, le mot “démocratie” est bien entendu abusif mais c’est le terme désormais consacré.

D’ailleurs, le mot “démocratie” entretient l’illusion que tout le monde peut accéder au pouvoir. Tout le monde peut gagner de l’argent, s’il travaille dur, et devenir riche. Ces crédos, amplement répétés, se sont révélés complètement faux voire mensongers. L’argent se transmet principalement par héritage et se concentre de plus en plus chez les riches, tout comme les titres de noblesse. Le pouvoir “démocratique” ne fait pas exception. À titre d’illustration, la prochaine élection d’un président des États-Unis verra probablement s’affronter un fils et frère de présidents à la femme d’un autre président.

Mais, tout comme les braves curés proches des pauvres, l’univers des médias est peuplé de journalistes idéalistes persuadés d’œuvrer pour le bien du peuple, de se rebeller contre l’autorité alors que, par leur petite contestation, ils ne font qu’asseoir la légitimité d’un organe tout entier consacré à la sauvegarde du pouvoir en place. Nos nouvelles sont remplies du moindre fait concernant les politiciens, afin de leur donner de l’importance. Nous sommes noyés sous les histoires pour nous faire rêver : ces entrepreneurs milliardaires partis de rien, ces starlettes de la télé qu’on asperge d’argent afin de prouver que, oui, n’importe qui peut devenir riche. Par contre, les pauvres meurent de faim ou de la guerre dans les pays où la “démocratie” n’est pas encore installée aussi bien que chez nous. Alors que, en démocratie, les pauvres sont si rares qu’on en parle à peine.

En grande majorité, le divertissement renforce cette narration. Les héros de la “démocratie” sont tous des individus normaux, auxquels nous pouvons en apparence nous identifier, qui vont changer le monde à eux seuls, le reste du monde restant passif et applaudissant. La subtilité vient à chaque fois d’un super-pouvoir, d’une particularité, d’une destinée tracée qui rend ce héros unique. Si nous n’avons pas cette particularité, nous pouvons rêver, espérer. Mais nous avons le devoir de rester dans la foule passive et d’attendre “l’élu”. Les super-héros et la télé-réalité nous apprennent donc que “tout est possible” mais qu’il faut attendre, passivement, la chance, l’élément déclencheur miraculeux, le sauveur.

Le succès des loteries prouve amplement la réussite de ce mode de fonctionnement.

 

L’ère de l’interconnexion

L’invention qui va égaler voire dépasser l’imprimerie en termes d’impact est Internet. Après la communication écrite “un à un”, la communication imprimée “un à plusieurs”, Internet permet pour la première fois la communication “plusieurs à plusieurs”.

Tout le monde peut communiquer avec tout le monde. Tous les équilibres et les structures seront irrémédiablement chamboulés.

Les premiers affectés sont les médias. Toute la lourde infrastructure qu’ils ont mise en place pour obtenir des informations, les traiter et les fournir aux citoyens est devenue obsolète. Comme les églises, la presse papier et le journal télévisé n’attireront bientôt plus, outre les courants d’air, que quelques vieux réactionnaires passéistes et nostalgiques. Heureusement pour la presse, elle est historiquement un des piliers du pouvoir démocratique. Les politiciens ne la laissent donc pas tomber et tentent à tout prix de la soutenir sans se rendre compte de sa perte progressive d’influence.

Mais si la presse n’apporte plus pleinement son soutien, la classe politique, taillée pour un monde “un à beaucoup”, s’affaiblit. Sur Internet, le débat d’idées est permanent. Les faiblesses logiques des discours politiciens sont très vite montrés du doigt et les conflits d’intérêts identifiés.

Tout le monde peut dire n’importe quoi sur Internet. Après avoir appris à lire grâce à l’imprimerie, le peuple découvrira la nécessité d’apprendre le sens critique. Mais tout comme la propagation d’idées séditieuses était un tort à un souverain despotique, l’esprit critique individuel marque, à terme, l’arrêt de mort de la particratie partisane.

Le déclin du système est inéluctable. Les banquiers cherchent donc à tirer leur épingle du jeu en tentant d’exploiter le filon jusqu’au trognon, convaincant les politiciens de soutirer le plus de richesses possible avant l’écroulement : les fameuses mesures d’austérité. Lesquelles sont également une tentative désespérée de rappeler les valeurs morales de la “démocratie” : il faut travailler dur pour pouvoir espérer devenir riche. Ou moins pauvre.

Tout comme l’imprimerie a permis l’avènement de la banque à travers le billet et la monnaie papier, Internet entraîne l’apparition d’une toute nouvelle économie, rigoureusement incompatible avec la précédente : la fameuse “économie du partage”.

Que l’on ne s’y trompe pas : payer un trajet Uber avec une carte de crédit n’est pas l’économie du partage, malgré ce que les médias vous diront. Car, encore une fois, rappelons que les médias font partie d’un ancien monde et luttent résolument contre l’apparition de cette révolution.

La véritable économie du partage se profile néanmoins : je paierai automatiquement, avec une monnaie totalement décentralisée, comme le Bitcoin, l’utilisation de la voiture de mon voisin. Ou plutôt d’une des trois voitures que mon quartier aura imprimées, pièce par pièce, de manière communautaire.

Autant dire que, dans cet univers, les notions de politicien, de presse, de banque voire de travail ou d’impôt n’auront plus du tout le même sens.

 

La transition

Que l’on ne s’y trompe pas : raconter l’histoire de manière déterministe est, a posteriori, facile. Mais les humains sont, y compris chez les plus puissants, inconscients des enjeux qui se trament. Ils sont, pour la plupart, de bonne foi et sont même persuadés d’agir dans l’intérêt du bien commun.

Le plus vil et le plus escroc des banquiers est persuadé d’être utile et nécessaire, que son bonus annuel est mérité, que l’économie a besoin de lui.

Il n’y a donc pas de grands méchants riches qui tirent les ficelles et à qui il faut couper la tête. Au contraire, nous participons tous à la construction de notre société. Faire de la politique pour changer le monde ? Pour améliorer la société ? Ce serait comme demander à Louis XVI un titre de noblesse afin d’avoir le droit de faire la révolution. Le droit de changer le monde, il se prend sans l’accord du pouvoir en place. Il s’utilise contre le pouvoir en place. Car, par définition, ils sont opposés à tout changement, même si les plus idéalistes n’en sont pas conscients.

Nous avons la chance d’être conscients de vivre une transition, de pouvoir appliquer un regard d’historien sur la période actuelle. Il s’est écoulé près de 500 ans entre l’invention de l’écriture et l’avénement de la première dynastie égyptienne. Il a fallu 300 ans pour que l’imprimerie engendre la révolution française. Cela fait 20 ans qu’Internet existe. Seulement.

Alors, laissez-moi vous dire : nous ne sommes qu’au début ! Aux prémices ! Aux balbutiements ! À l’aube d’une nouvelle ère que j’espère voir grandir de mon vivant. Une nouvelle époque que je pressens plus humaine, plus passionnante, plus juste. Un futur aussi inimaginable que Thèbes l’était pour l’homme de Cro-Magnon ou que l’homme sur la Lune pour Gutenberg. Une nouvelle société dont nous avons le devoir de préparer les fondations ici et maintenant.

Une nouvelle humanité qu’il faudra construire sans eux…

 

Si ce billet vous a plu, je vous invite à élargir la réflexion avec Pourquoi nous regardons les étoiles.

Photo par Carlos Gracia. Relecture par Pierre-Louis Peeters et mlpo.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

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Source : https://ploum.net/il-faudra-la-construire-sans-eux/


Le fatal amalgame de l’économie et du social

mercredi 17 décembre 2014 à 14:59
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Depuis plusieurs semaines, la Belgique est secouée par des mouvements de grève. Sur les réseaux sociaux comme dans la rue, les positions se polarisent : il y a les pro-grève, généralement favorables aux syndicats et aux divers mouvements politiques de gauche et les anti-grève, défenseurs des petits commerçants et indépendants injustement affectés.

Les deux clans s’invectivent, notamment sur des mesures absurdes. Les débordements agressifs ou menaçants des grévistes font le buzz sur le net, relayés avec délectation par une presse avide d’anecdotes sensationnalistes. Les pro-grève, de leurs côtés, tentent faiblement de justifier, d’excuser ou de minimiser avant de rebondir sur les débordements des non-grévistes, généralement des conducteurs excédés fonçant avec leurs bolides sur les piquets de grève.

L’ambiance est délétère, toute intelligence a laissé place à un corporatisme haineux et animal ne laissant guère de place aux indécis ou aux partisans d’une forme de conciliation. On est pour ou on est contre. On est le bien ou le mal, la droite ou la gauche.

Mais comment en est-on arrivé là ?

Le problème fondamental est que, dans notre pays, beaucoup de personnes ont du mal à joindre les deux bouts voire ne les joignent pas du tout. C’est un fait. Résoudre ce problème est ou devrait être une priorité de notre société.

Historiquement, les pro-grévistes brandissent alors les références historiques, de Germinal aux années 60, expliquant en quoi la grève a été un instrument de progrès social et de pression sur les capitalistes qui a permis la réduction de ce problème. Objectivement, il est vrai qu’on meurt beaucoup moins de faim qu’il y a 150 ans.

Le message véhiculé par la grève est “Sans travailleurs, vous capitalistes n’êtes rien. Nous voulons donc une plus grande part du gâteau que les miettes que vous nous donnez.” L’intérêt social doit primer sur l’intérêt économique.

De l’autre côté, les anti-grévistes répondent que sans activité économique, il n’y aura plus de social du tout. “Si le gâteau est plus grand, les miettes seront plus grosses. Si personne ne paie la farine et les œufs, il n’y aura pas de gâteau du tout !”

Entériné dès les débuts de l’ère industrielle, ce combat social contre économie, gauche contre droite, est, comme tout clivage historique qui se respecte, en perpétuel déséquilibre.

Mais qui a décidé que l’économie et le social devait être lié ? Pourquoi l’un est-il l’opposé de l’autre ? Pour une raison toute simple et aujourd’hui complètement obsolète : le social s’est fondu dans le travail.

Une mesure sociale de nos jours doit “créer de l’emploi”. Les syndicats protègent non pas les pauvres et les démunis mais “les travailleurs”. À l’époque de Germinal, ne pas avoir de travail revenait en effet à crever de faim. L’amalgame a donc été vite fait et s’est perpétué jusque nos jours. Les citoyens réclament du travail alors que ce qu’ils exigent est le salaire du travail, pas le travail lui-même.

Mais ce postulat fondamental est en train de se fissurer de toutes parts. Grâce à la robotisation et à la mondialisation, le capital a de moins en moins besoin de bras. Le plein emploi est une lubie désormais lointaine. L’absurdité de la “création d’emplois” commence à apparaitre au grand jour.

La grève et les syndicats sont devenus obsolètes. Mais l’économie de droite, l’austérité, les incitants, primes et autres cadeaux fiscaux le sont tout autant.

Oui, il est nécessaire de laisser la liberté à ceux qui veulent entreprendre, de ne pas leur mettre des bâtons dans les roues. Mais il est également temps d’arrêter de (faire semblant de) les aider sous de fallacieux prétextes sociaux, ces aides se résumant généralement à apprendre comment éviter les embûches semées par la même administration !

Socialement, il est également nécessaire de s’assurer que chacun puisse, indépendamment de son salaire, de son travail ou de sa pension, vivre humainement. La décorrélation de ce revenu de base avec le salaire est fondamentale. Tout le reste ne fait que renforcer des inégalités, des injustices et pousser à la consommation.

Car comment mieux faire tourner les grosses entreprises que tout le monde critique ? En consommant plus ! Comment aider les employés à consommer plus ? En indexant les salaires, l’indexation automatique n’étant qu’une gigantesque et inique prime globale à la surconsommation, favorisant particulièrement les salaires les plus élevés. On encourage donc les plus pauvres à se mettre en situation précaire avec des dépenses le plus souvent inutiles.

Malheureusement, le seul point sur lequel toutes les parties s’entendent est justement cette erreur fondamentale, la cause de tous les maux : il faut créer, favoriser et protéger l’emploi. Le premier ministre belge vient d’ailleurs de le rappeler dans un soucis d’apaisement. Rassurez-vous, la priorité est de creuser des trous et de maximaliser l’inefficacité !

Mais les deux parties peuvent elles seulement penser autrement ? Elles ne vivent que pour combattre l’autre. Elles se nourrissent de cette guerre, elles ne maintiennent leur obsolète existence que grâce à ce conflit.

Comme deux armées antagonistes, se finançant et recrutant grâce à la peur de l’autre, elles sont d’accord sur un point : la paix serait une catastrophe. Changer d’avis n’est pas une option.

Heureusement pour elles, tant qu’on assimilera emploi et survie, économique et social, il n’y aura pas de paix possible. Et la polarisation évitera à toute voie alternative de se développer.

 

Photo par Hao Nguyen.

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Source : https://ploum.net/le-fatal-amalgame-de-leconomie-et-du-social/


Pour Noël, offrez un peu de liberté !

dimanche 14 décembre 2014 à 15:02
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En cette période de fêtes, trouver des idées de cadeaux peut parfois relever du casse-tête. Le ForeverGift ne sera sur le marché qu’en 2015, l’ambiance des centres commerciaux bondés et surchauffés vous rebute et vous n’avez pas envie d’offrir une babiole inutile ou de tomber dans la frénésie consumériste.

Je vous propose non pas une, non pas deux, mais bien trois idées de cadeau ! Des cadeaux personnalisables à l’envi et à agrémenter de la lettre suivante, lettre que vous pouvez bien entendu adapter et modifier à votre sauce.

 

À toi qui m’est cher,

Cette année, plutôt qu’un bien matériel, j’ai décidé de t’offrir à la fois de la liberté et de l’enrichissement personnel.

Tu trouveras ci-joint une clé USB contenant une sélection d’articles, de reportages, de nouvelles littéraires, de romans au format Epub, de films et de vidéos que j’ai glanés au cours de mes pérégrinations sur le web. Parfois, il ne s’agit que d’un simple lien vers lequel je te renvoie mais j’ai établi cette sélection spécialement pour toi.

Ces contenus sont librement consultables sur Internet mais j’ai tenu, en ton nom, à faire un petit don aux auteurs. C’est mon premier cadeau.

À propos de paiement, j’ai décidé de t’offrir une petite somme sur un compte Flattr et/ou ChangeTip afin de te faire découvrir le principe du prix libre. Je t’expliquerai comment les dépenser. C’est mon second cadeau.

Enfin, tout cela ne serait pas possible sans la liberté que nous offre le web. Sais-tu que cette liberté est régulièrement menacée ? Aussi, en guise de troisième cadeau j’ai envoyé un petit soutien en ton nom à des associations qui défendent cette liberté : Framasoft et/ou La Quadrature du Net et/ou l’Electronic Frontier Foundation.

Au cours de l’année prochaine, je t’invite donc à prendre parfois le temps de souffler quelques minutes hors du tourbillon quotidien pour t’arrêter, te faire une tasse de thé et découvrir un de ces contenus que j’ai sélectionné. Tu verras, ces pauses seront un cadeau que tu t’offriras à toi-même !

Joyeuses fêtes et bonne année !

 

Petite sélection de contenus pour vous donner des idées :

N’hésitez pas à me signaler du contenu à prix libre susceptible d’être offert pendant les fêtes.

 

Photo issue de Pexels.

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Source : https://ploum.net/pour-noel-offrez-un-peu-de-liberte/


Appel à la grève des télé-travailleurs !

dimanche 7 décembre 2014 à 13:47
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Camarades télé-travailleurs,

Le syndicat des Télé-Travailleurs en Association Générale Libre (TTAGL) s’associe à la lutte initiée par nos camarades des syndicats classiques et à leurs revendications.

Il a en effet été observé que, nonobstant les piquets de grève organisés partout dans le pays, de nombreux travailleurs renégats rentrent chez eux et, au lieu de ne rien faire, travaillent à distance depuis leur ordinateur personnel.

Rappelons que la grève est l’affaire de tous. Il est nécessaire que nous soyons unis face aux nantis et à leurs sbires du gouvernement.

Dans un soucis de ramener nos camarades égarés dans le droit chemin et de leur faire prendre conscience de l’esclavage à domicile qui leur est imposé, le TTAGL a décidé de prendre une série de mesures.

  1. Via des attaques de type “DDOS”, l’accès à tous les sites webs pouvant être utilisés à des fins professionnelles sera rendu inaccessible. En temps normal, ces mesures sont bien entendus illégales mais, un préavis de grève ayant été déposé par le TTAGL, la police tolérera ces agissements et ne prendra aucune plainte. Ces “DDOS” seront filtrants afin de laisser passer les communications urgentes.
  2. L’utilisation d’Internet sera scrupuleusement scrutée durant la journée de grève. Le personnel syndiqué des fournisseurs d’accès nous fournira les IPs des personnes ayant eu une activité internet poussée durant la journée de grève. Rappelons que s’informer, lire ou regarder des conférences en vidéo vous rendent plus productif et sont donc des activités apportant un bénéfice direct à votre patron. Ces activités sont donc strictement interdites durant les jours de grève.
  3. L’utilisation de Facebook n’est tolérée qu’avec les personnes qui n’ont aucun lien professionnel avec vous. Les contacts sociaux entre collègues ou avec des clients sont bénéfiques à votre patron et sont donc à proscrire durant les grèves. Une cellule spéciale du TTAGL a été mise en place afin de surveiller l’activité Facebook.
  4. Afin de s’assurer de la coopération de tous, des brouilleurs de wifi circuleront dans les grandes villes dans des véhicules aux couleurs du TTAGL. La police a ordre de ne pas entraver notre liberté constitutionnelle de circuler.

Il est important de souligner que ces mesures sont prises dans l’intérêt général. Par solidarité, interdisez-vous tout ce qui pourrait être bénéfique à votre productivité et, par conséquence, à votre patron durant les journées de grève. Évitez les lectures intelligentes, le repos, la méditation, le sport !

Nous sommes conscient que des complices du grand patronat chercheront à outrepasser ces mesures afin d’égoïstement protéger leurs intérêts au mépris du bien commun. Le TTAGL agira en fonction de la gravité des actes allant griffer voire défoncer le véhicule des coupables.

Camarade, la lutte ne fait que commencer ! Soyons solidaires ! N’oubliez pas que nous combattons pour le bien de tous et pour la défense de vos droits !

 

Photo par Marcovdz.

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Source : https://ploum.net/appel-a-la-greve-des-tele-travailleurs/


Le prix libre décolle-t-il ?

vendredi 5 décembre 2014 à 23:00
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Lorsque des artistes et, surtout, leurs producteurs, se plaignent du piratage, il n’est pas rare d’entendre “Innovez ! Proposez un nouveau modèle économique !”.

Et bien, j’ai une excellente nouvelle : ce nouveau modèle économique, on l’avait sous les yeux depuis des siècles. On l’utilise régulièrement dans la rue mais on n’avait tout simplement jamais pensé à l’utiliser sur Internet : le prix libre ou “tip”.

Le prix libre ? Oui, tout simplement donner de l’argent librement en forme de remerciement, de reconnaissance et non parce qu’on y est contraint. Ce que j’annonçais en rendant ce blog payant. Il ne manquait que des outils afin de rendre ce prix libre possible sur Internet. Mais, aujourd’hui, ils se multiplient. Et le prix libre décolle !

Flattr, le pionnier du prix libre

Certes, il a toujours été possible de faire des dons via Paypal. Mais, pour les petites sommes, les frais peuvent être rédhibitoires.

C’est pour cette raison que Flattr a vu le jour, proposant un modèle particulièrement innovant. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que je suis un grand fan de Flattr. Mais, aujourd’hui, force est de constater que la sauce n’a pas réellement pris et seuls une minorité du public flatt une minorité de créateurs.

La raison ? Pour le public, donner un flattr n’est pas une chose aisée. Moi qui lit beaucoup via Pocket sur ma liseuse, je dois me souvenir d’aller sur le site de l’auteur pour voir s’il n’y a pas de bouton Flattr. Le fait de flatter n’apporte d’ailleurs que peu de satisfaction. Enfin, très peu d’artistes sont sur Flattr. Le site ne concerne donc que l’intersection des fans et des créateurs dont les deux utilisent Flattr.

La seconde génération

Face au problème de Flattr, des solutions ont vu le jour visant à se concentrer sur les artistes qui cherchaient activement à recevoir un prix libre et sur leur micro-communauté. Citons Patreon et son pendant francophone, Tipeee.

Contrairement à Flattr, Patreon et Tipeee sont conçus pour fonctionner avec une audience restreinte. Ils permettent à quelques artistes de se concentrer sur leur micro-communauté. Même en petit comité, l’utilisation de ces plateformes est donc beaucoup moins frustrante que Flattr.

Les deux sites offrent d’ailleurs aux fans la satisfaction de faire partie d’une communauté restreinte, de pouvoir bénéficier d’avantages, d’informations supplémentaires. Par contre, encore une fois, les artistes utilisant ces plateformes ne sont pas légion.

La nouvelle vague

Mais le prix libre gagne du terrain. De plus en plus d’artistes commencent à percevoir l’inhérente schizophrénie que leur impose les producteurs : “Diffuse ton contenu mais limite sa diffusion !”. L’humoriste Dan Gagnon a, par exemple, décidé lui-même de mettre le torrent de son DVD sur T411, le jour même où T411 était attaqué en justice ! Dan Gagnon justifie d’ailleurs son geste de manière très intelligente sur un très beau message Facebook.

En parallèle à cette prise de conscience, une nouvelle vague d’outils permettant de pratiquer le prix libre est en train de faire son apparition.

Carrot, pour récompenser aussi les diffuseurs

Le jeune et expérimental Carrot permet, par exemple, de donner une somme de son choix à n’importe quelle page web via un bookmarklet. Jusque là, c’est assez classique. Petite astuce : le service Carrot va chercher activement l’auteur d’une page web et le contacter à chaque fois individuellement pour lui remettre l’argent.

Mais là où Carrot se démarque c’est dans le fait que Carrot encourage les “découvreurs”. Lorsque vous donnez de l’argent à une page web, une partie de la somme est reversée à tous ceux qui ont donné à la même page avant vous. La logique étant que s’ils ont donné avant vous, ils ont certainement aidé à la diffusion de la page afin qu’elle parvienne jusqu’à vous.

Vous pouvez faire l’essai (2€ vous sont offerts à la création du compte). Donnez une carotte à une page, au hasard celle-ci (mais vraiment au hasard!), et tentez ensuite de convaincre vos amis de faire de même. J’ai par exemple donné 0,20€ à Korben pour « L’éveil ». J’ai été le premier à donner parmi 5 donateurs et j’ai donc gagné 0,64€! Une véritable pyramide de Ponzi mais vertueuse et dont les bénéfices vont à l’auteur de la page (Korben ayant lui gagné 1,22€ au total).

Les auteurs de Carrot eux-mêmes reconnaissent qu’ils n’ont aucune idée de la validité de ce modèle. Il s’agit d’une véritable expérience.

ChangeTip, l’arme fatale

Mais la solution ultime, celle qui commence à prendre le plus d’ampleur, est sans conteste ChangeTip. Si vous ne devez en essayer qu’un, c’est celui-ci.

Né du croisement entre Bitcoin et Reddit, ChangeTip représente la culture web dans toute sa splendeur. Le principe est très simple : vous envoyez un tweet au destinataire avec le montant que vous voulez payer tout en mentionnant @changetip.

Là où ça devient fun c’est qu’au lieu de donner un montant, vous pouvez offrir ce que vous voulez : une bière, un livre, un café, une standing ovation… Une liste standard des dons possibles, en anglais, existe mais vous pouvez déterminer vos propres mots-clés.

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Outre Twitter, ChangeTip fonctionne également sur G+, Tumblr, Youtube, Reddit et, pour les codeurs, GitHub. Le support via Facebook devrait bientôt être possible.

Le tout est, bien entendu, en bitcoins. Ce qui rend ChangeTip à la fois simple, une fois la prise en main initiale effectuée, mais complètement geek et ultra fun. Si on peut faire un don privé, via la page tip.me de l’auteur, le grand intérêt de ChangeTip réside dans ce côté public et décalé.

Le futur du prix libre

Au fond, la question n’est donc pas si le prix libre va marcher. La question est quand allez-vous payer via un prix libre ? Et sous quelle forme ? Quand allez-vous produire du contenu disponible sous prix libre ? Quelles seront les plateformes de prix libre les plus utilisées ?

Dans le monde anglophone, ChangeTip semble avoir pris la tête. D’ailleurs, les investisseurs semblent confirmer cette hypothèse. Le futur nous réserve d’ailleurs encore bien des surprise. Un géant comme Google semble avoir compris le paradoxe auquel il est confronté avec la publicité et a récemment annoncé Google Contributor, une manière de payer librement un prix fixe par mois divisé entre les sites que vous visitez. Bref, Google réinvente Flattr, la boucle est bouclée ! Le prix libre, qui vous semblait complètement utopique hier, va devenir absolument normal et évident, sans que vous n’ayez pris conscience de ce changement.

Mais, trêve de bavardage, je vous laisse tester toutes les solutions et vous faire votre propre avis.

Bon tip !

 

Photo trouvée sur Pexels.

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Ce texte est publié par Lionel Dricot sous la licence CC-By BE.

flattr this!

Source : https://ploum.net/le-prix-libre-decolle-t-il/